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lundi 29 juin 2026

Solstice

 


Sol sistere, le soleil s’arrête, il s’assoit, il y a un avant et un après :

Je croyais que la vérité était certitude invincible, je découvre que la vérité est vulnérable, que ma certitude peut être blessée et cette blessure est la trace d’une autre certitude, d’une autre vérité, la vérité de l’Autre.

J’accepte désormais que ma vérité ne soit plus invincible mais vulnérable, certitude ouverte, non fermée.

Je croyais que la bonté était vulnérable, fragile, emportée par les violences du dehors, faiblesse !

Je découvre que la bonté est invincible, sans fond, que rien ni personne ne peut la vaincre. On ne peut rien contre la bonté comme on ne peut rien contre l’amour.

L’agneau est plus fort que le dragon. Face à l’innocence, c’est celui qui dévore, qui est dévoré. Peut-être que la puissance de la Vérité, c’est la Bonté qu’elle cachait et qui se dévoile. Une vérité sans amour ne peut être qu’une idole, comme un amour sans vérité est complaisance molle.

Plutôt qu’avec une vérité invincible et une bonté vulnérable, il me faut apprendre désormais à vivre, avec une vérité vulnérable et une bonté invincible.

Une certitude qui accepte d’être blessée et une bonté qui demeure sans limites.

 

Intercontinentale des consciences, Solstice d’été, 21 juin 2026 -  Jean-Yves Leloup

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mardi 18 février 2025

Ephémère


"La plupart des choses ne durent pas : votre ordinateur, votre maison, la nourriture, ou même votre animal de compagnie sont voués à l’obsolescence, au dysfonctionnement, au pourrissement ou à la mort. 

Tout a un temps, et même les roches s’érodent, les montagnes changent de forme, rien n’est éternel, tout est éphémère. Voilà pourquoi il vous faut profiter de chaque chose que vous voyez ou percevez.

Et ce qui vaut pour un objet, un aliment ou une plante d’appartement l’est également (malheureusement) pour les gens que vous côtoyez. Aucun de nous n’est là pour toujours. Aussi, profitez de la compagnie des personnes que vous aimez ou appréciez. Luttez contre les habitudes qui vous empêchent de voir vraiment les gens autour de vous.

Ouvrez les yeux et constatez que tout, autour de vous, est éphémère et jouissez de chaque moment. À la fin, vous pourrez vous dire : « J’en ai vraiment profité, j’ai vraiment vécu ma vie. »

Le magique, c’est poser sans cesse un regard neuf et attentif aux choses et aux gens de votre vie ; chaque jour, chaque heure, chaque instant, prenez conscience que tout est toujours changé, balayé, renouvelé.

En percevant la fragilité des choses, la trame fine et changeante du monde, il est plus facile de comprendre comment il est possible d’influer sur celui-ci.”

Serge Augier, “Traité de Magie Taoïste”

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lundi 15 janvier 2024

Ressourcement de l'âme

 


À l'âme aussi il arrive, d'avoir besoin d'ombre, de repli, de recueillement, de silence profond. Elle veut s'éloigner du monde des agitations, des frénésies et des paroles aboyées. Elle se reconnait dans la nuit, la fraîcheur, la densité d'un rocher, l'immobilité d'un insecte, le scintillement de l'eau. L'âme aussi doit se ressourcer, se recharger, puiser dans ses racines des motifs d'espérer, de grandir, d'ajouter un peu de lumière à la lumière originelle des êtres et des choses. Celle dont l'intensité faiblissante fait craindre les disparitions, l'effacement d'un monde sensible digne encore du vivant : fragile, poétisé et sans cesse menacé.

Jacques Dor


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mardi 12 décembre 2023

Pommes brisées


 "La vie vous brisera. Personne ne peut vous protéger de cela, et le fait d’être seul ne vous protégera pas non plus, car la solitude vous brisera aussi avec ses envies et ses aspirations.

Il faut aimer. Il faut ressentir. C’est la raison pour laquelle vous êtes ici sur terre.

Vous devez risquer votre cœur.

Vous êtes ici pour être engloutis, avalés. 

Et quand il vous arrive d’être brisé, ou trahi, ou abandonné, ou blessé, ou que la mort vous frôle de trop près, asseyez-vous près d’un pommier et écoutez les pommes tomber tout autour de vous en tas, dilapidant leur douceur.

Dites-vous que vous en avez goûté autant que vous le pouviez."

Louise Erdrich in The painted drum

(par Fabrice Jordan)

mardi 9 mars 2021

François-Xavier Moronval, à l'épreuve de la fragilité

 

Toujours en première ligne pour les autres, cet urgentiste a un jour basculé du côté des patients. C'est dans la présence diffuse de Dieu et dans les réseaux sociaux qu'il a puisé les ressources pour vivre cette épreuve.


Aux urgences, depuis plus de 10 ans, j'ai vu le pire, des pendus, des blessés par balles, des mutilés, des bébés secoués... Je suis confronté aux drames humains, sans filtre. C'est souvent très difficile d'affronter toute cette fragilité, mais je suis fait pour ça. Dans les couloirs de l'hôpital où j'exerce, dans les Vosges, j'ai le sentiment que je peux vraiment être utile. Et pourtant, vous allez peut-être trouver cela étrange, mais j'ai longtemps eu très peur du sang !

À la vue de l'hémoglobine, pendant mes études, je sortais de l'amphithéâtre, en plein cours, et faisais un malaise vagal dans les toilettes. En stage de chirurgie, au bloc opératoire, je devais tenir les écarteurs et hop ! je tombais dans les pommes. On appelle cela de l'hématophobie, une affection qui, selon l'Organisation mondiale de la santé, arrive au troisième rang des phobies les plus répandues après la peur des animaux et celle du vide.

« Ma vocation médicale est plus forte que tout »

Quand j'étais petit, j'étais fasciné par Il était une fois la vie. Ce dessin animé très bien fait est sans doute à l'origine de ma vocation. Quand j'ai dit à mes parents que je voulais devenir médecin, ils ont tenté de me dissuader. Ils travaillent tous les deux dans le soin : ma mère est kinésithérapeute, mon père, orthopédiste. Eux savaient bien que je ne tenais pas le coup devant une plaie. Et, pourtant, j'ai surmonté cette phobie avec beaucoup d'efforts et de patience.

Je tentais de me dissocier intellectuellement du moment présent pour affronter la vue du sang. Ma vocation médicale est plus forte que tout. Ce sont les urgences pédiatriques qui m'ont donné le goût pour la médecine d'urgence. C'est très compliqué de voir des enfants en souffrance.

Progressivement, sans même m'en rendre compte, je faisais moins de malaises, j'éprouvais une joie intense à aider et soulager les petits. Je suis également formé en médecine de catastrophe, capable de prendre en charge de très nombreuses victimes en même temps, en cas d'accident chimique, nucléaire, de séisme ou d'attaque terroriste.

Un accident extrêmement grave

Un matin de la fin du mois de juillet 2019, quand mon téléphone a sonné, alors que je dormais très profondément après 24 heures de garde, je ne me doutais pas de l'épreuve à laquelle j'allais bientôt devoir faire face. Au bout du fil, une voix de femme, inconnue, m'a prévenu : « Votre épouse va bien mais elle a eu un accident de la route, un accident sérieux, il faut venir. » J'ai demandé comment était la voiture, par réflexe. « Mais il n'y a plus de voiture ! », s'est-elle exclamée.

J'ai tout de suite compris que c'était extrêmement grave et, en tant que soignant, je sais parfaitement que l'on ne donne jamais d'information inquiétante au téléphone. J'ai roulé de manière automatique vers le lieu qu'on m'avait indiqué, à 10 km de chez nous. Mes mains étaient tétanisées sur le volant. En garant ma voiture avant le virage, j'ai même fait un bref malaise et j'ai dû m'allonger.


« Elle s'est vue mourir »

Ce jour-là, je suis passé de l'autre côté du miroir. De médecin, je suis devenu victime. Un buggy de collection, pourtant homologué, s'était déporté sur la route et avait tapé de plein fouet l'automobile que conduisait Tiphaine, alors enceinte de sept mois de notre premier enfant. Le conducteur en face est décédé sur le coup. Quant à notre voiture, elle a pris feu.

Mon épouse s'est retrouvée prisonnière de l'habitacle déformé par la collision et les flammes. Elle ne parvenait pas à ouvrir la portière et s'est vue mourir. Finalement, elle a pu s'extraire et se laisser tomber à terre. Elle ne pouvait pas se relever ni marcher, alors elle s'est traînée au sol. Les témoins n'osaient pas s'approcher d'elle et de son gros ventre, car les pneus, à proximité, explosaient. Ils craignaient un embrasement général.

Quand j'ai retrouvé ma femme à ce moment-là, sous une couverture de survie, j'ai vu qu'elle ne présentait pas de lésions apparentes, cela m'a un peu rassuré. Mais elle m'a soufflé : « Je ne sens pas le bébé. » J'ai eu terriblement peur qu'il soit mort et que la situation de Tiphaine ne dégénère après coup, ce qui arrive fréquemment dans ce genre d'accident. Elle a effectué une batterie d'examens, des scanners, des échographies qui ont fini par me rassurer. La petite était bien vivante, mon épouse ne présentait aucune lésion interne. Elle souffrait toutefois de graves fractures aux vertèbres.

« Nous étions vivants et ensemble ! »

Ce n'était que le début de notre épreuve. Elle a dû rester allongée à plat dos, à l'hôpital, jusqu'à l'accouchement qui a été pratiqué sous anesthésie générale à la fin du mois d'août. Puis elle a dû être opérée dans la foulée et placée en soins intensifs. Les premiers mois de la vie d'Iris ont donc été particuliers, avec une maman en convalescence et amoindrie.

Tiphaine ne pouvait pas la porter ni la changer mais elle restait à côté de moi pour tous les soins que je prodiguais. Nous étions vivants et ensemble ! Nous avions vécu de si belles choses depuis notre rencontre dans une soirée étudiante en 2008, à commencer par notre mariage dans le Grand Canyon, après avoir survolé l'Arizona en hélicoptère depuis Las Vegas.

Dieu... et Twitter !

Dans les semaines qui ont suivi l'accident, je me suis surpris à adresser quelques prières à Dieu afin que tout aille bien pour ma femme et notre bébé. C'était non codifié, un peu flou. Mais j'ai quand même fait toute ma scolarité à Saint-Sigisbert, un établissement catholique de Nancy, et mes deux parents, croyants et pratiquants, nous ont élevés, ma sœur et moi, dans la foi. Au milieu de cette épreuve, je cherchais des ressources et parmi celles-ci, il y avait Dieu… et Twitter !

Ce réseau social est souvent décrié pour la présence de trolls et pour la méchanceté de certains commentaires. Je m'en suis servi pour témoigner de ce que nous traversions. Je peux dire que cela m'a sauvé tout comme m'a beaucoup aidé une séance d'hypnose que j'ai faite pour tenter d'évacuer le traumatisme de l'accident.

En effet, j'ai revécu ces heures-là et modifié un détail de la scène pour la rendre plus acceptable : j'ai remplacé mentalement le médecin qui m'a accueilli, sur les lieux de l'accident, par une collègue que je considère comme ma grande sœur. Cela me permet de faire face au souvenir plus facilement. D'ailleurs, je me forme désormais à l'hypnose pour aider mes patients blessés ou endeuillés.

Un compte qui a explosé avec la crise sanitaire

« Je suis papa, nous avons l'immense bonheur de vous annoncer la naissance de Cacahouète ce matin à 10 h 37 ! Elle se prénomme Iris. Elle est magnifique et adorable ! Elle restera sous surveillance durant les 24 prochaines heures. Nous l'aimons déjà énormément. » Le tweet tout simple que j'ai écrit pour la naissance d'Iris le 23 août 2019 a affiché plus d'un million de vues et a été classé dans le top des tendances en France ce jour-là ! Je n'en reviens toujours pas ! Mon compte @FXMoronval est désormais suivi par 24 000 abonnés. Il a explosé avec la crise sanitaire.

Après l'épreuve familiale, nous devons désormais affronter la pandémie de Covid-19. Ma femme étant infirmière dans un service de réanimation, nous sommes tous les deux en première ligne. Depuis mars dernier, je suis au front tout le temps, dans la crainte d'une saturation des lits et surtout des respirateurs, donc la peur de devoir sélectionner entre un patient de 40 ans et un autre de 60 ans.


Donner des informations fiables sur le coronavirus

Mentalement, je suis fatigué comme tous les Français. Cette maladie est complexe avec des symptômes variés et parfois atypiques. Elle complique les procédures à l'hôpital. Sur Twitter, et au sein du collectif Du côté de la science, cofondé avec des amis médecins qui écrivent également sur ce réseau, je lutte contre les fausses informations qui peuvent induire des comportements à risque chez les gens. Il me tient à coeur de divulguer des informations fiables et vérifiées sur le coronavirus.

Je ne me considère pas dans un combat. Je tiens à garder une posture toujours bienveillante dans l'exercice de la médecine et sur les réseaux sociaux. D'ailleurs, je bloque tous ceux qui ont des mots déplacés ou violents. J'envisage mon travail comme une mission. L'accident de mon épouse m'a aidé dans ma pratique quotidienne : j'ai plus d'empathie qu'avant, je me mets davantage à la place des gens. Il a aussi renforcé notre couple. Nous savourons chaque instant que nous offre la vie. Je pense souvent à la famille du conducteur du buggy, qui est mort dans ce terrible accident. Écrivez-le, c'est important pour moi : nous ne l'oublions pas.


Les étapes de sa vie

21 juin 1984 : Naissance à Nancy.
Mars 2008 : Stage aux urgences de l'hôpital de Nancy.
28 septembre 2012 : Soutenance de sa thèse sur la formation des médecins en gestes techniques.
21 juin 2015 : Mariage avec Tiphaine.
1er septembre 2016 : Responsable de l'école du Samu (Cesu) pour les Vosges.
Mars 2019 : Début d'une formation à l'hypnose.
Fin juillet 2019 : Accident de la route de son épouse alors enceinte de sept mois.
23 août 2019 : Naissance d'Iris.

source : La Vie Magazine

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dimanche 11 octobre 2020

Solitude bienfaisante


« Notre époque, friande de grand public et de rassemblements, parle très peu de cette conduite de vie solitaire qui favorise la réflexion et affermit l’indépendance, de cette solitude belle et courageuse, riche et rayonnante, que pratiquèrent tant de sages, d’artistes, de saints et de philosophes. »


« Personne ne nous apprend à être seul. Au contraire, toute éducation, qu’elle soit dispensée par la famille ou à l’école, vise à ne jamais laisser l’enfant dans le silence, face à lui-même: on l’oblige à jouer avec ses camarades, à faire partie d’une équipe sportive, bref à « communiquer » et à s’intégrer, ces deux poncifs tyranniques de la société contemporaine. Plus tard, il voyagera en groupe ou au moins avec quelqu’un. Très vite aussi, s’il ne choisit pas de s’incruster chez ses parents, il se mettra en ménage ou bien se mariera puisqu’on lui a appris que l’homme ne doit pas rester seul. Dépossédé de lui-même, l’être humain devient nécessairement dépendant des autres. On appellera cela l’esprit de famille, la camaraderie, le sens de la communauté. De fait, ce sont tous ces dispositifs sociaux qui empêchent l’individu de demeurer seul, qui l’empêchent d’être autonome et de penser par lui-même. Ainsi, dans le monde moderne contemporain, l’être humain ne vit jamais avec soi. Tout est programmé pour égayer ou briser ses rares moments de silence et de solitude. (et cela est encore plus évident avec l’envahissement exponentiel des réseaux sociaux). 
Lorsque cet homme affrontera des ruptures sentimentales, des deuils ou tout simplement s’il se retrouve au chômage ou à la retraite, il s’épouvantera et perdra pied; depuis qu’il est né, on lui a fait croire que sans les autres il n’est rien, il ne sert à rien. »


« La solitude s’avère toujours féconde voire heureuse pour qui l’honore au lieu de la fuir. »

« Il y a en chacun de vous une solitude qui est ce que vous avez de plus précieux. Une solitude inaliénable, magnifique, qui est la solitude même de l’esprit ».

« Ceux qui ne l’ont pas goûtée qualifient volontiers la solitude de vie égoïste. Mais les vrais solitaires y savourent des moments d’exaltation intérieure et de multiples joies, des bonheurs infimes à longue résonance. Dans le jardin bruissant de la solitude, l’attention aux choses est le maître mot: la fleur que l’on contemple et que l’on frôle, le baiser envoyé aux nuages, le salut aux oiseaux. Le livre qu’on hume et qu’on entrouvre n’est plus une marchandise, un produit fait de carton et de papier, il est craquant de vie, de mots et de secrets. Plus rien n’est ordinaire, tout devient très précieux - un insecte, une brindille, une pierre, une rafale de vent. Dans la solitude, je redécouvre l’émouvante fragilité des choses ».


« L’esprit de solitude »: extraits du livre de Jacqueline Kelen.

samedi 27 juin 2020

samedi 22 décembre 2018

Enfance fragile avec Christian Bobin

F comme Fragilité

« Ce qui naît, c'est ce qui meurt. Alors peut-être que ce qui meurt est ce qui naît ? C'est une vraie interrogation. La main invisible qui nous donne la vie, qui nous offre les nuages, la pluie d'été, un poème inestimable, la surprise d'une amitié qui traversera toute notre existence, je sais que cette main est paradoxale. Elle donne et prend en même temps, elle offre et elle efface, elle fait apparaître et disparaître dans la même seconde. L'écriture me semble avoir son intérêt quand elle arrive à saisir ce double trait qui est celui de toute notre vie : le noir et le blanc, la douleur et la joie, l'effroi et la merveille à leur point de jonction, avant que la beauté n'aille d'un côté et la peur de l'autre. Si nous sommes sûrs d'être éternels, c'est précisément parce que nous éprouvons que nous sommes mortels. Dans ce sentiment de notre fragilité, nous connaissons notre éternité. Les choses qui se présentent comme dure, solides et défiant le temps, sont celles qui seront livrées à la ruine et à la rouille, que ce soit les grands palais ou les ambitions, voire nos volontés dès qu'elles se crispent. Et celles qui semblent sans poids, qu'un rien peut chasser tel un sourire sur un visage, témoignent de ce qui traverse la vie et la mort. 
Et qui continue... »

comme Hans Brinker 

« Grandir, c'est chercher son visage dans les buissons qui nous entourent. Le premier visage que j'ai trouvé et qui m'allait, c'était celui du petit aventurier Hans Brinker. Dans le conte pour enfants, il est celui qui sauve un village entier de l'engloutissement qu'allait provoquer la rupture d'un barrage. Il passe derrière la muraille, repère une faille par laquelle la mort peut surgir. Alors, il met son doigt pour boucher le trou jusqu'à ce que les secours arrivent. Il préserve tous les siens d'une catastrophe annoncée. Ce qui me frappe aujourd'hui chez cet enfant de légende, c'est l'attention qu'il a eue : et sans doute est-ce une des figures de l'écriture de voir la faille par laquelle les ténèbres peuvent venir et de faire en sorte que le désastre n'ait pas lieu... L'écriture est une manière radicale de prendre soin. Radicale, car elle touche au langage, silence compris. Ce qui peut nous sauver, c'est cette part d'enfance, cette distraction si attentive des tout-petits. Bien sûr, quand j'ai découvert le conte à 7 ou 8 ans, je n'avais pas en moi toutes ces pensées, mais je l'ai ressenti en bloc. Et je crois à la vérité de cette histoire encore aujourd'hui. »

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jeudi 26 janvier 2017

Fabrice Midal : se foutre la paix (1)

Résister aux tentations de perfection et d’hyper-performance valorisées par la société, c’est ce que le philosophe Fabrice Midal, créateur de l’École occidentale de méditation, propose dans son dernier livre Foutez-vous la paix et commencez à vivre (Flammarion). Le fondateur de l’École occidentale de méditation, qui pratique cette discipline depuis 30 ans, nous invite ici à nous libérer des modèles ambiants pour retrouver la liberté et l’audace de notre humanité. 


Vous revendiquez aujourd’hui le droit de « se foutre la paix ». Que voulez-vous dire ?

Pour la première fois dans l’Histoire, nous ne contrôlons plus le contenu de nos journées : la multiplicité des échanges virtuels, des réseaux sociaux, des rythmes de vie nous empêche de répondre à toutes les exigences qui nous écrasent. Le nombre d’e-mails, par exemple, a augmenté de manière si exponentielle qu’on ne peut, à la fin d’une journée, avoir tout lu, tout traité. « Se foutre la paix », c’est faire une pause par rapport à cette avalanche et refuser d’être tributaire de toutes ces injonctions. Il ne s’agit pas d’arrêter de faire, mais de refuser cette pression qui voudrait, qu’en plus on réponde à tout de manière parfaite et indiscutable.

Car nous avons nous-mêmes intégré cette pression ?

Oui et c’est une vraie compétition ! Nous nous demandons sans cesse si nous sommes à la hauteur. Il faudrait réussir sa vie personnelle, familiale, être à l’écoute de ses enfants, être un bon père, un bon professionnel… Et si je ne suis pas parfait, c’est de ma faute. Tout sert à entretenir ce challenge, même les livres de psychologie ou de méditation qui vous laissent croire qu’il faudrait être zen et calme en permanence, gérer parfaitement ses émotions. On retrouve cela dans le monde professionnel avec le phénomène du burn out. Des gens s’effondrent non pas parce qu’ils ont mal fait ou ne sont pas motivés, mais parce qu’ils veulent trop bien faire. C’est une maladie de l’hyper-performance. On est tellement poussé à bout qu’on se sent doublement coupable : de ne pas être parfait et de laisser surgir sa fatigue ou ses défaillances. Or, la fragilité, c’est ce qui tisse l’existence humaine. Se foutre la paix, c’est renoncer à un idéal inaccessible d’homme ou de femme parfait qui ne correspond pas à mon aspiration profonde et m’est renvoyé par notre société de performance.

Vous « foutre la paix » vous a sauvé ?

Oui, découvrir à 20 ans, avec la méditation, que je pouvais rester là sans rien faire m’a libéré. Toute mon enfance, on m’avait dit : « Peut mieux faire » et je ne comprenais pas ce qu’on attendait de moi. Mes grands-mères, restées veuves, voulaient que je les sauve de la solitude, mes parents que je m’intègre dans la société, que je fasse un bon métier – du commerce comme mon père ! Et à l’école, je ne faisais jamais assez bien. Et là, d’un coup, je m’assoie et on me dit : « Tu n’as rien à faire, tu n’as pas à être autrement mais à t’ouvrir à ce qui est là. » C’était libérateur. Bien sûr, il m’a fallu du temps d’apprentissage pour ne plus chercher à « bien » méditer, ni à me conformer à l’idée que j’avais du « bon » pratiquant. Comme beaucoup de chrétiens qui pensent qu’il faut être toujours généreux, toujours serviables. Ce qui, paradoxalement, empêche de l’être vraiment !

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samedi 7 mars 2015

Interconnexions humaines


Quelques amis de Montréal ont voulu montrer, à quel point ‘une réelle connexion’ entre les êtres humains est importante. Ils ont donc organisé une expérience sociale : ils ont demandé à des inconnus de se regarder dans les yeux pendant une minute et ils ont filmé leurs réactions.
Les individus semblent vivre un moment assez fort, entre l'introspection, la création d'un lien unique, et l'envie de sourire face à cette situation amusante mais inhabituelle. 

« Quand on regarde quelqu'un dans les yeux, et que cette personne se trouve dans notre bulle, c'est très inconfortable comme situation. On se retrouve confronté à soi-même et la vulnérabilité ressort »




De nos jours, nous ne prenons jamais le temps de rentrer en relation avec les autres, ne serait-ce que par le regard. Sortons de notre monde virtuel, pour communiquer et s’apprécier RÉELLEMENT !



Source : Marc Guevremont via Huffingtonpost

dimanche 29 septembre 2013

Un fil lumineux et fragile de vérité...avec Emily Loizeau

"Il y a une fêlure dans chaque chose, c'est par là que la lumière passe" Léonard Cohen 


 «C'est tellement plus beau en anglais, et surtout écrit par Leonard Cohen. Mais, en dehors de la beauté renversante de cette chanson, ces mots sont pour moi des mots de résistance. Je les garde au fond de moi. Ils m'indiquent une quête fondamentale dans le rapport à soi-même, à la création et au monde. Apprendre à protéger la beauté de notre fragilité. de ce qui nous rend ou rend une oeuvre rare. Chérir cela comme un trésor. 

L'oeuvre parfaite ne m'a jamais fascinée. J'aime ce qui est sur le fil, ce qui donne à penser sur notre solitude absolue. Ce qui me touche, c'est ce qui reste d'humain et de faillible, et non le bluff du tour de force ou du record battu. Pour moi, le vrai dépassement de soi se trouve là. C'est si difficile de toucher à cette vérité sensible, d'assumer ce que l'on a de plus fragile. Tenter d'y parvenir me semble le plus passionnant des défis.» 

Emily Loizeau, (cliquer pour aller sur son site)
auteure, compositrice et interprète, est actuellement en tournée en France avec son album Mothers and Tygers .

 1. Leonard Cohen, romancier, auteur, compositeur et interprète canadien (né en 1934 à Montréal).
2. La phrase complète est "Ring the bells that still can ring/Forget your perfect offering/There is a crack in everything/That's how the light gets in» (in Anthem, chanson tirée de l'album The Future,1992). 

(source : psychologies magazine)


lundi 24 décembre 2012

Un nouveau né pour un nouveau regard...

Depuis Intouchables, le philosophe Alexandre Jollien rêvait de rencontrer Philippe Pozzo di Borgo, dont l’histoire a inspiré ce succès de cinéma. Qu’à cela ne tienne, une réalisatrice suisse, Raphaëlle Aellig Régnier, a réuni ces deux hommes que 22 ans et bien d’autres choses séparent. De leur rencontre est né De chair et d’âme... 
Vous parlez souvent tous deux de vos combats contre la douleur, pour supporter le regard des autres… mais aussi de fragilité. Comment ressentez-vous l’idée d’un Dieu qui s’est incarné dans le nouveau-né de la crèche ?


Alexandre Jollien : Pour moi, Noël est un événement éminemment subversif qui vient convertir toute notre vision du monde et nos valeurs de compétition, de force, d’adversité, voire de concurrence. Un sauveur né dans une crèche, fragile, à la merci du premier venu, il se donne à l’humanité pour la sauver. Le message de Noël, outre le don, c’est peut-être aussi celui-ci. La fragilité peut devenir le haut lieu de la fécondité pour autant qu’on l’accueille sans protections, sans murs, sans masques.
La crèche m’invite à accueillir ma vulnérabilité et à prendre le risque de m’ouvrir à l’autre tel que je suis. Le Dieu des chrétiens n’est pas un Superman, ni un héros mais quel­qu’un, une personne qui sauve en donnant tout, en se donnant. 





Philippe Pozzo di Borgo : L’image du Dieu enfant innocent et désarmé et qui plus tard portera le poids et les misères du monde est, à travers son sacrifice, la plus grande espérance de notre humanité. La fragilité est une force tranquille, en devenir, à la lumière de cet accomplissement.


Source : interview du magazine La Vie