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vendredi 6 juin 2025

Grises pensées

 "L'enfer me ment, c'est de haut en bas.

La libération, c'est du bas en haut."


Merci à Yannick David

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vendredi 26 novembre 2021

Chemin complet



"Seul celui qui a osé voir que l'enfer est en lui y découvrira le ciel enfoui" 

Christiane Singer

Gravure: M.C.Escher - Anges et démons

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dimanche 18 juillet 2021

Enfer par Fabrice Jordan


Qu'est-ce que l'enfer ?
C'est être piégé sans possibilité de se libérer tout en endurant une grande douleur. C'est l'enfermement et la torture.
C'est être confus quant à sa situation dans la vie. C'est être en incapacité de créer du sens à la souffrance ou de lâcher l'idée même de trouver du sens.
C'est être traité cruellement par des personnes qui exercent une emprise sur nous, évidente ou parfois pire : subtile.
Pourquoi sommes-nous si nombreux à nous passionner pour les histoires de héros ? Parce que le héros déjoue les probabilités et de ce fait, crée au lieu de subir.
Dans la mythologie grecque, Orphée, Ulysse, Psyché, Héraclès, Thésée et d'autres vont en enfer et en reviennent. L'histoire de la chute est dans notre culture même. Katabasis est la chute, y compris en enfer, et c'est le sous-titre de beaucoup de nos histoires jusqu'à aujourd'hui.


Le bodhisattva, Ksitgarbha, était autrefois une jeune fille brahmane, à une époque lointaine, appelée Fille Sacrée. Elle était profondément troublée par la mort de sa mère, qui avait été médisante à l'égard du bouddhisme. La Fille Sacrée pria et fit des offrandes. Finalement, grâce à l'intercession du Bouddha, elle se rendit elle-même en enfer à la recherche de sa mère, pour s'entendre dire que sa piété avait élevé l'âme de sa mère au ciel. Mais la Fille Sacrée vit la souffrance des âmes en enfer et elle fit le vœu de soulager la souffrance des autres dans toutes ses vies futures.
Si une personne a le sentiment d'être piégée dans un enfer vivant, elle a le droit de s'échapper.
Si une personne voit d'autres personnes prisonnières et trouve qu'elle a les moyens de les libérer, alors elle a le devoir moral d'intervenir d'une manière ou d'une autre.
Se demander à chaque instant si nos actions augmentent ou diminuent la souffrance est une des meilleures pratiques spirituelles.
L'enfer est réel. Pas ailleurs. Mais ici. Dans nos cœurs.
Le paradis est tout aussi réel. Il est à une décision près de l'enfer. Dans nos cœurs. Nous avons le choix. Toujours.
Et une fois le choix fait pour nous, nous pouvons encore faire celui d'aider les autres à le trouver aussi.
(Adapté d'un post de Deng Ming-Dao)
Photo : un des 18 niveaux des enfers chinois

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dimanche 12 avril 2015

Le poids du non-dit avec Alexandre Jollien


Une très sérieuse étude conduite par le professeur Cole de l'université de San Francisco vient nous prendre comme par la main pour briser ces silences qui peuvent tuer pour de bon. D'abord, elle nous invite à risquer une vie toujours plus à l'écart du mensonge, des non-dits, de la duplicité, bref, de la comédie sociale et de la honte. Je commence à deviner pourquoi le Christ mène une guerre sainte contre l'hypocrisie. Aujourd'hui, je comprends mieux son intransigeance salutaire.

Le chercheur américain a découvert, en observant plus de 200 hommes homosexuels, que ceux qui dissimulaient leur attirance affective à leur entourage développaient trois fois plus de cancers ou d'infections sérieuses. Il n'est pas de ma compétence d'évaluer la scientificité de ce résultat. Mais l'enseignement est lumineux : les luttes intestines qui nous dévorent, le règne du secret nous détruit. Outre le poids des non-dits et l'atrocité de ne pas pouvoir être soi au grand jour, c'est carrément l'enfer de ne pas être accepté pour qui nous sommes en vérité. Que ne doit-on pas cacher au quotidien ? Une critique, un sentiment, une déception, une attente, un fantasme, des idées politiques, un avis sur le dernier livre à la mode, ce n'est pas forcément un gros truc qui nous reste en travers de la gorge...

Sur le terrain de la vie spirituelle, il est mille enseignements à en tirer. D'abord, peut-être, une invitation à oser une authenticité, une sincère transparence. Qui, du matin au soir, part en lutte contre lui-même et, à tout instant, s'éreinte à refuser ce qui le constitue vraiment, n'a pas fini de vivre un enfer. Une chose est de renoncer à soi, briser son ego, quitter l'étroitesse de son égocentrisme, une autre est de dénigrer ses blessures, condamner sans aucune bonté ses désirs, sombrer dans une autocritique permanente qui nous rend exsangues et sans force et qui, in fine, nous interdit tout véritable progrès. Car il en faut de l'énergie pour nier les faits, pour s'aveugler soi-même, pour se mentir et pour enfiler chaque matin un costume mal ajusté ! Non qu'il s'agisse de vider ses poubelles et de déverser sur le premier venu tout ce qui charge un coeur, mais simplement être qui on est. En compagnie de son directeur comme aux côtés d'un proche, pourquoi devrions-nous forcément changer radicalement d'attitude ? Mais c'est surtout à l'amour inconditionnel que cette recherche m'invite. D'abord, oser le non-jugement, n'enfermer ni soi ni personne dans des rôles et des attentes.


Je n'ai pas pu m'empêcher, en découvrant la nocivité de nos conflits intérieurs et du mensonge réitéré chaque jour, de penser au propos de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Ce verset convertit comme un koan. Et nous invite à quitter la tendance à tout justifier pour être, progresser dans la vérité. D'ailleurs, même les adversaires de Jésus lui adressent ce magnifique compliment qui constitue une route à suivre, un exemple à imiter : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens. » Comment mieux dire qu'il ne faut pas faire de courbettes ni juger d'après les apparences mais regarder de coeur à coeur et ne pas réduire ni réifier l'autre à ses blessures. Pour progresser, tout le monde a le droit d'être aimé et accueilli comme il se présente en cet instant. Et pour l'heure, qu'est-ce qu'à mes yeux, concrètement, ici et maintenant, être vrai ?

Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse. Son dernier livre, Vivre sans pourquoi, est paru au Seuil. 
(source : La Vie)


samedi 18 octobre 2014

vendredi 27 décembre 2013

Les bonheurs de Sophie (1)

Voici un extrait des célèbres Malheurs de Sophie, de la comtesse de Ségur. 
On a beaucoup reproché à celle-ci un manichéisme et un moralisme étroit. 
Ma lecture est différente : si je reconnais bien dans ce texte un certain vocabulaire moraliste propre au 19e siècle et un ton destiné à un public enfantin, j'y découvre aussi, plus essentiellement, un récit particulièrement riche de sens et d'une étonnante profondeur. 
Mais chut ! Pour l'instant, je ne ferai pas de commentaire. Je vous laisse entrer dans ce rêve de Sophie, la fillette dont le prénom signale la quête d'une sagesse authentique... Je vous invite à pénétrer dans l'étrangeté de ces jardins de l'Autre Monde et à laisser la narration faire son oeuvre en vous...

A suivre... 
Sabine (auteure du Jeu des Miroirs)


Sophie eut une nuit un peu agitée ; elle rêva qu’elle était près d’un jardin dont elle était séparée par une barrière ; ce jardin était rempli de fleurs et de fruits qui semblaient délicieux. Elle cherchait à y entrer ; son bon ange la tirait en arrière et lui disait d’une voix triste : « N’entre pas, Sophie ; ne goûte pas à ces fruits qui te semblent si bons, et qui sont amers et empoisonnés ; ne sens pas ces fleurs qui paraissent si belles et qui répandent une odeur infecte et empoisonnée. Ce jardin est le jardin du mal. Laisse-moi te mener dans le jardin du bien. 
– Mais, dit Sophie, le chemin pour y aller est raboteux, plein de pierres, tandis que l’autre est couvert d’un sable fin, doux aux pieds. 
– Oui, dit l’ange, mais le chemin raboteux te mènera dans un jardin de délices. L’autre chemin te mènera dans un lieu de souffrance, de tristesse ; tout y est mauvais ; les êtres qui l’habitent sont méchants et cruels ; au lieu de te consoler, ils riront de tes souffrances, ils les augmenteront en te tourmentant eux-mêmes. » 
Sophie hésita ; elle regardait le beau jardin rempli de fleurs, de fruits, les allées sablées et ombragées ; puis, jetant un coup d’œil sur le chemin raboteux et aride qui semblait n’avoir pas de fin, elle se retourna vers la barrière, qui s’ouvrit devant elle, et, s’arrachant des mains de son bon ange, elle entra dans le jardin. 
L’ange lui cria : « Reviens, reviens, Sophie, je t’attendrai à la barrière ; je t’y attendrai jusqu’à ta mort, et, si jamais tu reviens à moi, je te mènerai au jardin de délices par le chemin raboteux, qui s’adoucira et s’embellira à mesure que tu y avanceras. » 

Sophie n’écouta pas la voix de son bon ange : de jolis enfants lui faisaient signe d’avancer, elle courut à eux, ils l’entourèrent en riant, et se mirent les uns à la pincer, les autres à la tirailler, à lui jeter du sable dans les yeux. 


Sophie se débarrassa d’eux avec peine, et, s’éloignant, elle cueillit une fleur d’une apparence charmante ; elle la sentit et la rejeta loin d’elle : l’odeur en était affreuse. Elle continua à avancer, et, voyant les arbres chargés des plus beaux fruits, elle en prit un et y goûta ; mais elle le jeta avec plus d’horreur encore que la fleur : le goût en était amer et détestable. 


Sophie, un peu attristée, continua sa promenade, mais partout elle fut trompée comme pour les fleurs et les fruits. Quand elle fut restée quelque temps dans ce jardin où tout était mauvais, elle pensa à son bon ange, et, malgré les promesses et les cris des méchants, elle courut à la barrière et aperçut son bon ange, qui lui tendait les bras. Repoussant les méchants enfants, elle se jeta dans les bras de l’ange, qui l’entraîna dans le chemin raboteux. Les premiers pas lui parurent difficiles, mais plus elle avançait et plus le chemin devenait doux, plus le pays lui semblait frais et agréable. 

Elle allait entrer dans le jardin du bien, lorsqu’elle s’éveilla agitée et baignée de sueur. Elle pensa longtemps à ce rêve. [...]


Les Malheurs de Sophie
 XVI – Les fruits confits. 
Par la Comtesse de Ségur