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dimanche 14 juin 2020

Tomber amoureux de l'ennuyeux


Quand on observe les gens qui ont réussi dans leur domaine, et notamment dans le domaine spirituel, on ne voit souvent que la très fine pointe de l'iceberg.
D'une manière générale, nous pouvons être admiratifs de ce qu'ils incarnent en terme d'excellence, et pouvons même peut-être parfois être un peu jaloux de ce qui peut nous apparaître comme des privilèges. Par exemple, ces personnes peuvent avoir la "chance" d'approcher le Dalaï Lama, ou d'être interviewés, ou d'avoir de l'influence, ou tout simplement, d'être heureux, le plus souvent, sans raison.
Mais ce dont nous devrions être jaloux, en réalité, c'est de leur exceptionnel talent pour tomber amoureux de l'ennuyeux, du répétitif, de l'ordinaire assumé avec tant de patience.
Pour une pièce de Mozart jouée avec tant de dextérité et de sensibilité, combien d'heures de travail répétitif, ennuyeux, effectué dans la solitude?
Pour une réussite apparente, combien d'échecs, du frustrations, de petits petits pas à se relever et à recommencer, en changeant juste un tout petit peu d'angle? Combien de foi (sans s!) dans cette minuscule étincelle qu'ils savent présente, envers et contre tout et tous, dans l'ordinaire le plus déprimant?
Pour une forme de Qi Gong maîtrisée, combien de centaines d'heures d'ennui, de déception, d'énervement, d'envie d'aller boire un café plutôt que poursuivre?
Je me souviens de Wu Changzhen, une femme, une des plus hautes autorités spirituelles du taoïsme vivant, qui nous disait: "Tous les jours, à la même heure, je suis au rendez-vous de ma méditation. Parfois elle vient, parfois elle ne vient pas. Mais moi, je suis là, tous les jours. Je ne veux pas la rater quand elle décide de venir".
Oui, tomber amoureux de l'ordinaire, de l'ennui, du banal, de la frustration, de l'énervement, de la déception, c'est la clé de notre réussite et de nos fulgurances.

Fabrice Jordan
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mardi 31 mars 2020

Confinement : les conseils des moines (2)

Conseil n°1 : Prendre le rythme

Chez les moines : « Au début, j’avais l’impression d’être dans un train qui roule où rien n’est laissé au hasard », se souvient frère Antoine. Offices, temps de travail, d’étude, d’oraison et de repos s’enchaînent inlassablement. « Il est capital d’avoir des repères objectifs concernant les horaires et la répartition des tâches. Cela nous libère ! », estime sœur Bénédicte, qui partage sa vie avec 46 autres moniales. Autre vertu d’une journée cadencée : la lutte contre l’ennui et la mélancolie.
Chez nous : Nous pouvons commencer par fixer des horaires de repas, puis définir des plages de temps pour le travail, l’école, la lecture, l’exercice, etc.

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samedi 13 juillet 2019

Etre présent !


La moindre action, même la plus banale comme laver une assiette ou descendre les ordures, ou poser un objet sur la table, si je suis vraiment là, vraiment présent dans l’action, celle-ci devient alors source de paix, d’harmonie et de joie. 
Inversement, si par exemple je suis assis dans une salle où est joué un très beau concert, mais absorbé par des préoccupations, la plus belle musique peut me laisser indifférent, et même me procurer de l’ennui. 
La qualité de mon état d’être ne dépend donc pas des circonstances extérieures, mais de ma capacité à être présent, conscient.


René Sidelsky 

mercredi 12 juin 2019

Le miracle reconnu...



Dans votre précédent livre vous écrivez : "Chaque jour a son poison et pour qui sait voir, son antidote." Quel est l'antidote au poison des jours ordinaires et comment apprendre à le voir ? Car là est le vrai problème : comment reconnaître le miracle lorsqu'il arrive.
Quand le miracle arrive, vous le savez. Si vous me demandez quels sont les vrais trésors aujourd'hui, à l'heure qu'il est, à cette époque de ma vie, je répondrais : la patience et l'humeur bonne. Oui : une bonne humeur. J'ai entendu, il n'y a pas longtemps, un plâtrier siffler, mais - comment dire...? - il avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait. Et cette image m'a réjoui et j'ai eu comme l'intuition que cette humeur-là rinçait la vie, la lavait, comme si cette gaieté de l'artisan réveillait jusqu'à la dernière et la plus lointaine étoile dans le ciel. Ça, vous voyez, ce sont des riens, des moins que rien, des micro-événements, des choses minuscules, mais ce sont ces événements qui fracturent la vie, qui la rouvrent, qui l'aident à respirer à nouveau. Lorsque de tels événements adviennent, croyez-moi, vous le savez. Vous le savez parce qu'une sorte de gaieté vous vient. C'est sans valeur marchande, la gaieté, sans raison, sans explication ! Mais c'est comme si, tout d'un coup, la vie elle-même passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête. 
source : L'Express

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Image : coaching holistique
" Un enfant qui s'ennuie n'est pas très loin du paradis : il est au bord de comprendre qu'aucune activité, même celle, lumineuse, du jeu, ne vaut qu'on y consacre toute son âme. L'ennui flaire un gibier angélique dans le buisson du temps : il y a peut-être autre chose à faire dans cette vie que de s'y éparpiller en actions, s'y pavaner en paroles ou s'y trémousser en danses. La regarder, simplement. "

Christian Bobin ; Prisonnier du berceau

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dimanche 28 juillet 2013

L'ennui mis au jour avec Patrick Lemoine

L’ennui n’existe pas dans la nature. Et il y a des ethnies qui n’ont pas de mot pour l’­exprimer. Quand on lutte pour sa survie, on ne s’ennuie pas, même s’il s’agit de rester sans bouger pour surveiller une proie, ou de vérifier que l’on n’est pas attaqué. Les Chinois n’ont pas non plus de vocable pour le dire. Dans les cultures orientales, la méditation a une place centrale. Et l’ennui représenterait un décalage entre l’homme et son environnement, ce qui va à l’encontre de la recherche d’harmonie. En Occident en tout cas, l’ennui est une production des sociétés sédentarisées et urbanisées. Dès lors que vous savez que votre nourriture et votre sécurité sont assurées, vous commencez à vous payer le luxe de l’ennui...

Cela dit, ça se cultive. Il y a des familles où l’on ne supporte pas de laisser les enfants quelques minutes sans rien faire. Je vois des parents qui passent leur temps libre à courir, du foot au dessin puis aux louveteaux, faire des burn-out. Laisser son enfant 10 minutes sans lui proposer une activité n’est pas cruel. Les enfants trop sollicités deviennent des intolérants à l’ennui et donc plus facilement addicts. Dès lors que l’on n’est pas capable de rester face à soi-même, on fait avec ce que l’on a. La drogue, l’alcool et… pourquoi pas l’addiction numérique ? L’ennui à petites doses dès la petite enfance permet de développer l’imagination, la créativité, l’introspection, une forme d’autonomie. Je suis reconnaissant à mes parents de m’avoir laissé m’ennuyer dans le jardin à regarder les oiseaux !

Patrick Lemoine

(source : La Vie)