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dimanche 30 avril 2023

Comment… entrer dans la contemplation


Partout, dans les Évangiles, Jésus est d’abord un contemplatif : « Il le regarda et il l’aima » (Marc 10, 21). Cet état nous met dans les bonnes dispositions pour recevoir ce qui nous émerveille. Avec de l’entraînement, c’est possible au quotidien, dixit celle qui a passé plus de 180 jours dans un lit d’hôpital, à 37 ans !


1. Traquer la beauté…

…dans une tasse de café, un rayon de lumière. Une fois, lors d’un voyage en famille en voiture, nous passions sur un pont. L’eau offrait un tel reflet turquoise que j’ai fait arrêter tout le monde, juste pour le saisir. Ça a renâclé, mais pas trop. Ils savent que je suis plus disponible quand je me permets ce genre de chose ! Plus je m’abreuve de ce qui me transporte, plus je vis pleinement.

2. Consacrer du temps

Trente minutes gratuites, devant quelque chose de beau. Ne rien faire. Juste écouter, détailler les couleurs sans chercher un résultat, une analyse. Les effets, à ce stade, peuvent déjà être très bénéfiques. Un jour de grande colère, cette étape-là m’avait déjà permis de sortir de ma rage, avant même de peindre.

3. Regarder avec attention

J’observe cet arbre en hiver. Évidemment, il doit être gris. Pourtant n’y vois-je pas des nuances de mauve ? Laisser faire son impression, sans enfiler ses propres lunettes, ouvre des perspectives étonnantes. Pourquoi ne pas prendre de quoi dessiner ? Écrire ? Tenter de garder cette émotion sous une forme concrète permet de la choisir. Or, on devient ce qu’on choisit. La beauté transforme.

4. Ne pas chercher à bien faire

Petite fille, j’aimais reproduire des tableaux. Une fois, j’achoppais sur un visage. Je n’arrivais pas à faire la bouche. Je cherchais trop à « bien » faire. Mon père me glisse alors ce conseil : « Mets du violet sur la lèvre supérieure et du rose dessous. » Deux couleurs pour une même bouche ? Il avait raison. Ça m’a débloquée et ouvert un monde de possibilités.


Elo de la Ruë du Can



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Pour en savoir plus : 
Élo de la Rüe du Can : La foi par l'art et la matière

Première artiste à exposer sur les grilles des Invalides à Paris, cette dessinatrice designer est une combattante. Après une chute qui, depuis 2018, la cloue dans un fauteuil roulant, cette mère de cinq filles raconte l’épreuve et sa constante recherche de Dieu.

Par Emmanuelle Ollivry

Je me réveille à moitié morte, en ce jour de mars 2018. L’échelle a glissé et je viens de me briser la colonne vertébrale. Briser un monde aussi. Je suis artiste et designer textile. J’ai travaillé pour Dior et consorts, dessinatrice des fashion-weeks européennes… Dans ce milieu, une fille, c’est d’abord une démarche. Et là, je viens de changer d’univers en quelques fractions de seconde.

Je suis comme passée au cœur d’un réacteur d’avion. Impossible de situer le sol ni le plafond. Mes muscles s’évaporent, mais je me sens aussi comme absorbée par le plancher et plus rien ne fonctionne en dessous de ma taille. Entre rage et découragement, en constatant l’étendue de ce qui grippe la mécanique, je mesure en même temps l’extraordinaire complexité du corps humain. Commencent alors de longs mois d’hospitalisation et de questions.

Cette machine si complète peut-elle être conçue par autre chose qu’une intelligence divine ? Remarcherai-je un jour ? Quand retrouverai-je mon mari, Romain ? On se voit déjà si peu, du fait de son métier, auréolé de mystère. Après les Forces spéciales, le renseignement. Ça veut tout dire et rien dire à la fois. Je ne sais jamais où il part, ni combien de temps. Comment gérer nos cinq filles, dont la dernière n’a pas 18 mois ? Une seule réponse campe dans mon esprit : Dieu ne peut vouloir ma souffrance abyssale. Ce serait intenable.


Un catéchisme pétri de règles et de grands principes

Pourtant, on m’a enseigné tout autre chose. Mon enfance est un improbable pari, mixant catéchèse janséniste de ma grand-mère et quotidien joyeusement foutraque, quasi exempt de règle. D’une part, je navigue dans une atmosphère bohème : profusion de pastels à disposition, fragrances de cire de fonderie, super-platine vinyle dont les notes jazzy font souvent oublier les tartes dans le four.

Avec mes quatre frères et sœurs, je partage un grand loft à Trappes, où se trouvent également les ateliers de mes parents (père sculpteur, athée, et mère catholique, peintre prolifique). D’autre part, toute la fratrie suit un catéchisme rigoureux, dans sa version presque juridique. Il faut connaître la cartographie des péchés (véniels ou mortels) hisser la souffrance au rang de vertu, connaître les prières susceptibles de nous obtenir des indulgences.

Moi, je ne crois pas en un Dieu comptable. J’ai l’intuition qu’il passe par la matière, les sens, l’odeur de l’encens, les couleurs, les attitudes, le cœur. Par exemple, quand à 10 ans, je fais une randonnée à la montagne, je suis saisie par la beauté époustouflante d’une clairière. Ça me remplit tellement de l’intérieur que j’y vois une manifestation concrète de Dieu dans ma vie. Un peu à la manière d’un saint François d’Assise qui accepte de devenir pauvre, voire antisocial, pour rencontrer son Seigneur dans la création. En écoutant, observant, touchant.

À 25 ans, je suis également bouleversée par une messe de Pâques ukrainienne. De véritables armoires à glace testostéronées y embrassent le sol avec vigueur pour manifester leur petitesse devant le Seigneur. Dans le geste de ces hommes, consentant à s’abaisser, je perçois encore une manifestation de ce Dieu qui nous dépasse.

Avec le catéchisme de mon enfance, pétri de règles et de grands principes, j’avais pensé que croire consistait en une marche à suivre technique, aux étapes préétablies. Ces moments de grâce me poussent plutôt à chercher des réponses dans la contemplation, la matière, voire le travail de mes mains, comme l’artiste que je deviens. Cela explique mon ­attirance pour la vie de mon oncle Joseph, moine portier à l’abbaye de Wisques (Pas-de-Calais) où se fabriquent quantité de cartes de première communion artisanales, joliment ouvragées.


Il m’emmène, dès mon plus jeune âge, dans l’atelier de gravure, me fait plonger dans ce quotidien équilibrant, entre prière et travail. Cette vie créative au service du spirituel, ça a du sens. C’est ainsi que je rencontre vraiment Dieu. J’en reçois d’ailleurs une confirmation très forte, à 21 ans.

Témoignage de foi par l'art et conversion

J’entre alors à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris où je côtoie une étudiante, Clarisse, au destin singulier. Dans tout son travail, elle brandit sa foi. Un peu à la manière du Greco, ce théologien qui se sert de la peinture comme d’une chaire. Ainsi, lorsqu’elle crée une splendide robe en feuilles d’or, elle la conçoit délibérément pour la Vierge et en témoigne. Or, cette jeune fille meurt dans un accident de voiture, au beau milieu de son cursus dans l’enseignement supérieur, le jour de Pâques. Toute la promotion est chavirée et assiste à l’enterrement, dont le livret est orné d’un magnifique pommier en fleurs.

En regardant son parcours, je ressens une forme de plénitude qui m’appelle à, moi aussi, ajuster vie intérieure et travail, pour traquer le beau, et pas seulement représenter ce qui s’offre à mes yeux. Son témoignage de foi par l’art rejoint mon aspiration à contempler l’Invisible dans la création. J’expérimente que Dieu passe par la matière pour nous toucher. À cette période, je lis la Bible et je médite 30 minutes à une heure chaque jour. Pendant ce temps, je ne fais « rien ». Je me laisse transformer, je vais à l’adoration, je cherche la porosité entre visible et invisible.

Crise majeure et avancée dans la foi

Puis, à peu près au moment où je mets au monde ma première fille, je traverse une crise majeure. Dieu ne fait quasiment plus partie de ma vie, et le catholicisme m’apparaît comme un rituel froid, déshumanisé. Pourquoi là, à cette période ? Je n’en ai aucune idée. Je fais quand même baptiser mes trois aînées. Un vrai choix personnel, puisque Romain n’est pas croyant. Cette tourmente (de laquelle je ne me sens pas pleinement sortie) je m’en extrais, petit à petit, cette fois encore grâce à la matière.

Les questions qui me taraudent sont aussi métaphysiques, géographiques que physiques. Par exemple, je n’arrive pas à m’approprier le mystère de la résurrection du Christ, mais je reste fascinée par le linceul de Turin. Comment une lumière peut-elle projeter l’image de Jésus sur le tissu ? Est-il possible qu’une puissante émission de neutrons et de protons forme vraiment une empreinte, grâce à l’oxydation des fibres de cellulose ?

J’ai besoin d’une clef d’entrée scientifique. Et je la reçois, il y a cinq ans, alors que je lis le récit du Dr Hida. Ce médecin japonais, témoin de l’explosion à Hiroshima, raconte une lumière immense, d’une intensité inconnue, capable d’imprimer sur un mur l’ombre d’un homme en mouvement. Le lien avec le linceul m’apparaît comme une évidence. Ce phénomène existe donc selon des lois physiques ! Le savoir m’est essentiel pour avancer dans ma foi.

« Un état contemplatif de paix profonde »

Je trouve aussi des échos à mes questions dans les écrits de la mystique Maria Valtorta, certes controversés, mais qui fourmillent de détails topographiques, alors que l’auteure n’a vraisemblablement pas mis les pieds sur les lieux : « Jésus est seul. Il médite, assis sous un chêne vert gigantesque qui a poussé sur une pente du mont Garizim qui domine Sichem. La ville, d’un blanc rosé sous le premier soleil, est située tout en bas, et s’étend sur les premières pentes du mont. Vue d’en haut, elle ressemble à une poignée de gros cubes blancs renversés par quelque grand enfant sur un pré vert incliné. »

Ces descriptions me donnent le désir de peindre, en renouant avec cet état contemplatif de paix profonde. L’accident arrive à ce moment de ma vie où je suis convaincue de l’existence de Dieu, mais toujours en quête de le connaître vraiment.

J’arrive à l’Institut national des Invalides pour six mois à temps complet, puis deux années en hospitalisation de jour. Tous mes repères volent en éclats tandis que je regarde mon corps inerte dans ce lit. Mes yeux s’évadent par la fenêtre d’où j’aperçois le dôme rutilant. Jour après jour, la beauté de l’architecture me tracte vers le ciel. Il y a une sorte de bénédiction dans ce lieu. Une grandeur qui relève. Est-ce cela que voulait Louis XIV ? Donner un toit aux vétérans oubliés, prouver sa reconnaissance sous la forme d’un bâtiment majestueux ?

Je songe que si les châteaux sont pour les gens importants, alors nous tous, nous le sommes. Je saisis mon iPad et mes doigts ébauchent sur l’écran le contour d’un entablement ou d’un visage voisin. Je cherche des nuances non acquises (un bleu sur une joue, un rouge sur la pierre) et j’apprends à reconquérir ma dignité.

Je repense alors à cette scène du Nouveau Testament que j’aime tant : quand Jésus est interpellé par les scribes et les pharisiens pour savoir s’il approuve la lapidation de la femme adultère. Quelle est sa toute première réponse ? Se taire et, avec son doigt, dessiner sur le sol.

Elo de la Ruë du Can


source : La Vie


Les étapes de sa vie 

1981 Naissance dans les Hauts-de-Seine. 

2001 Entrée à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris.

2007 Rencontre avec Romain, son mari.

2009 à 2016 Naissances de ses cinq filles.

2018 Chute d'une échelle.

2022 Première exposition d’envergure à Paris, avant une tournée encore en cours.

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samedi 27 août 2022

Récitation


Je foule de mes pas la lumière céleste

Respire et me nourris de pureté

Dans l'expir, le Mystère, dans l'inspir, le féminin

Je semble être et ne pas être


Récitations taoïstes du matin

Traduction de Catherine Despeux,, 

"Le livre de la contemplation intérieure" Ed. Rivages poche


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samedi 12 décembre 2020

Lettre à un ami confiné par Gilles Farcet


Cher ami,
Toi qui, parmi d’autres, il y a longtemps, m’a prié- sans mesurer ce que tu demandais mais n’est ce pas vrai de nous tous ?- de t’accompagner à ma mesure en tant qu’ami spirituel sur la voie par laquelle nous avons chacun été touchés il y a plus longtemps encore…
Cher ami, dont la stratégie de protection envers la souffrance consiste à ériger entre toi même et la profondeur un bunker d’opinions, de pensées, d' indignations, constamment alimentées par quantité de nourritures d’impression choisies avec plus ou moins de discernement …
Cher ami chez qui cette stratégie, en place depuis des décennies et pour ton malheur non débusquée tant qu’il en était encore temps, se trouve exacerbée par les conditions et circonstances présentes.
Cher ami qui me demande de lui dire ce que je « pense » d’un article joint à ton courriel, sous prétexte que le savoir t’aidera à mieux me connaitre en tant qu’instructeur…
Mon cher ami, je suis au regret de te le dire : non seulement cette démarche consistant à aller me chercher sur le terrain des opinions ne te permettra en rien de mieux me connaitre en tant qu’instructeur spirituel, mais elle t’éloigne encore de la connaissance de toi même.
Si tu savais à quel point je trouverais heureux et fécond que tu m’écrives pour me parler simplement de toi, de ce que tu vis, éprouves en amont de toutes tes pensées, opinions et émotions non vues en tant que telles. Tant d’énergie employée à indéfiniment justifier et argumenter des émotions n’ayant en elles mêmes rien à voir avec l’ « actualité », alors même que tu crois sincèrement tant t’y intéresser …

Ah, si tu investissais ne serait ce qu’un peu de cette énergie à tourner ton attention vers la profondeur, vers le sentiment de ta misère comme de ta grandeur intrinsèque…
Mon cher ami, je ne te suggère aucunement de te désintéresser du monde dans lequel nous vivons, ce monde à la fois si merveilleux et si insensé. Mais je t’enjoins à être à l’affut de l’émotion et des pensées en toi. A l’affut de ce qui souffre en toi et se projette sur ce que appelles l’extérieur.
Je ne te demande pas de te désintéresser du monde, non ; mais, oui, je t’enjoins à t’intéresser avant tout et premièrement à « ton monde ».
Car seule cette vision de « ton monde » te donnera accès au monde, à ce monde auquel, comme tout un chacun et à ta place, il est naturel et juste que tu prennes part avec la sensibilité qui est la tienne.
Pour l’instant et pour ton grand malheur, ton monde prend beaucoup trop de place pour que le monde te soit accessible.
La culture des opinions confondue avec la recherche de la vérité constitue une immense tragédie.
Il n’est pas exclu que ce soit à terme la plus meurtrière.
Mon si cher ami, jamais tu ne pourras rencontrer l’ami spirituel authentique sur le terrain des opinions, qu’elle soient partagées ou confrontées. Cette triste contrée, ce pays de la séparation et de l’isolement, autrefois figuré par la tour de Babel, ce pays n’est pas sa demeure. On ne peut donc l’y rencontrer.
L’ami spirituel authentique ne se rencontre que sur le terrain peu fréquenté d’une vulnérabilité désarmée, face contre terre.
C’est une terre à laquelle on n’accède pas si facilement.
Pour y pénétrer, il faut poser les armes, et cela ne nous est pas naturel, n’est ce pas ?
Il y a le confinement, celui dont il est ces temps ci, beaucoup question.
Et il en est un autre, bien plus redoutable.
Celui là n’est pas prêt d’être levé.
Pour qu’il le soit, il faudrait que la contemplation de la nature du réel nous mette à genoux. Ce réel qui n’est pas une abstraction métaphysique mais inclut notre misère et notre grandeur.
Ce confinement, combien plus redoutable, c’est celui dans lequel nous maintiennent, non seulement l’ignorance essentielle de notre vraie nature, mais les pensées, émotions, opinions, jugements, du matin au soir entretenus, justifiés, alimentés. Y compris parfois, ô folie, les opinions, pensées, émotions, à propos de notre vraie nature et des moyens d’y accéder.
De ce bunker là, au sein duquel nous gesticulons tel un führer en bout de course, il sera difficile de se déconfiner.
Cher ami, crois bien que de tout cœur, je te remets et nous remets chacun au Plus Grand.


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samedi 1 août 2020

Une totale disponibilité au monde


...Sur l’autre versant de la profondeur, la pratique méditative régulière rend disponible au monde, à sa beauté comme à ses contradictions. Elle aide à affiner son langage, à entendre les résonances entre le réel et l’intériorité, toutes « les correspondances ». Hervé Esnault, sophrologue et hypnothérapeute, met à profit les états modifiés de conscience des personnes qu’il reçoit pour leur lire un ou deux haïkus, ou l’Invitation au voyage, de Charles Baudelaire. « Je leur propose de se redire ces vers mentalement. Puis elles laissent parler leur imaginaire, se promènent dans de nouvelles manières de voir leur vie. » Pour ce public souvent contraint par le stress et l’anxiété, c’est comme une fenêtre inespérée, celle de la conscience, qui s’ouvre. « Je les encourage à garder les notes de ce qu'ils vivent à l’issue des séances, car les hàikus notamment aiguisent leur regard sur l’instant présent », se félicite le praticien.


« Quand vous entendez le mot océan, votre cerveau active la zone olfactive, celle qui perçoit l’odeur iodée. Aussi peut-on dire d’un poème qu’il transforme votre cerveau », s’émerveille pour sa part Pierre Lemarquis, neurologue, neuropharmacologue et président de l’association l’Invitation à la beauté, qui explore la notion d’« empathie esthétique ». « Écouter de la poésie, c’est être en amont du langage comme quand on écoute une symphonie », explique-t-il. Ce refuge dans l’instant présent et les plus petits détails de la réalité aide paradoxalement à traverser les périodes agitées, ou désolantes. Ce n’est pas toujours le rêve d’un ailleurs et le désir d’évasion qui nous portent alors, mais bien plutôt l’attention au « tout devant », la conscience de ce qui est simplement là. Comme beaucoup d’autres, je l’ai expérimenté pendant le confinement. Observer sur ma petite terrasse la floraison de l’hortensia ou de l’arbre d’à côté et transformer ces instants en haïkus suffisait à colorier les jours. 

Pascale Senk
(source : La Vie)

"face à l'ocean-
les pensées vont et viennent
par vagues
sur le rocher
mon ombre soudain hors
et dans le monde"

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mercredi 15 juillet 2020

Contemplation


" Penser, malgré tout, c’est encore agir. Ce n’est que dans la rêverie, où rien d’actif n’intervient, où la conscience de nous-mêmes finit par s’embourber dans la vase – c’est seulement, dans ce non-être tiède et humide, que le renoncement à l’action peut être atteint efficacement. Ne pas tenter de comprendre; ne pas analyser… Se voir soi-même comme on voit la nature contempler ses émotions comme on contemple un paysage – c’est cela la sagesse…"

Fernando Pessoa 1888-1935
Le livre de l’intranquillité


Charles-Clos Olsommer 1883-1966
femme assise 1911

vendredi 27 mars 2020

Moins d'ego, plus de joie (3)

J'ai pu tester cela hier et ça a marché ! Une détente et quelques larmes émues de cette unification.
Je vous le conseille !

Sortir de la logique binaire : la coïncidence des opposés

Dans mon cheminement, l’opinion que, moi, j’ai de moi-même, face aux différents domaines de la vie, a accaparé beaucoup de mon attention. Mes jugements ont fluctué de la dévalorisation aux prétentions de supériorité. J’observais comment je pouvais osciller d’une seconde à l’autre, m’enorgueillir de certaines facilités puis me trouver nul, peu sympathique.
Où se situe la vérité ? Puis-je trouver une objectivité pour définir ma valeur, ou ma cote dépend-elle uniquement de mon humeur du moment ? Ainsi je peux tergiverser entre « Suis-je beau ou laid ? » et en arriver à « Ni l’un ni l’autre », rien de fixe. Puis j’ai découvert qu’en prenant la formulation opposée : « Je suis beau et laid en même temps », « Intelligent et pas si intelligent que ça », une sidération de ma pensée se produisait, amenant la paix et le silence.

Dans le Relatif, je peux être beau comme être laid, les deux ont leur part de vérité. Laisser ces opinions coexister dans mon esprit, sans chercher à trancher, les neutralise. Je peux penser tout et son contraire à propos de moi, il s’y trouvera du vrai et du faux, mais rien ne me définira entièrement, toute formulation restera relative et fondamentalement réductrice. Quelle détente ! La coïncidence des opposés tétanise l’ego, il ne peut penser dans ces termes, et aussitôt il « bugue » !


Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"
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lundi 26 août 2019

A propos de la poésie (2)


« Je crois qu'habiter poétiquement le monde, c'est l'habiter aussi et d'abord en contemplatif.

Contempler est une manière de prendre soin. C'est casser tout ce qui en nous ressemble à une avidité, mais aussi à une attente ou un projet. Regarder et s'émouvoir de l'absence de différence entre ce qui est en face et nous. J'ai là sous les yeux, dans cette forêt, quelque chose qui est beaucoup plus riche que tout ce qu'un musée ne pourra jamais s'offrir. Dans l'ordre, un peu de mousse, un peu plus loin des ronces, une fougère que le soleil traverse comme un vitrail. Cette fougère est sainte par sa mortalité, par sa fragilité, par le fait qu'elle va connaître le dépérissement. Que faire de mieux que de saluer ceux qui sont dans le passage avec nous ? Ce serait beau de bâtir toute une conversation autour de cette fougère... Le monde est rempli de visions qui attendent des yeux. (...)

La contemplation est ce qui menace le plus, et de manière très drôle, la technique hyperpuissante. (...) Qui a dit que la vie devait être facile et pratique ? (....) La technique (...) fait grandir une lèpre d’irréel qui envahit silencieusement le monde.
La contemplation, ce qu'on appelle la poésie, c'est le contraire précisément. C'est le contraire même de ce qu'on entend trop souvent par poésie. Ce n'est pas une décoration, ce n'est pas une joliesse, ce n'est pas quelque chose d'esthétique, c'est comme mettre sa main sur la pointe la plus fine du réel. Et en le nommant, de le faire advenir. Le réel est du côté de la poésie et la poésie est du côté du réel. »



Christian Bobin,
extrait de Le Plâtrier siffleur, Revue Reflets, N* 28, « Dossier Poésie - Dire l'indicible », p. 33-34.
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lundi 6 mai 2019

L'heure juste...

Combien de temps prenez-vous 
pour contempler le monde ?

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samedi 16 mars 2019

La distinction entre méditation et contemplation


Dans le Dzogchen "méditation" et "contemplation" ont des significations bien distinctes.
La pratique du Dzogchen est en soi la pratique de la contemplation dans laquelle on demeure en cet état non duel d'auto-libération, qui est au-delà des limites du niveau conceptuel de l'activité mentale, et qui cependant inclut aussi le fonctionnement de ce qu'on appelle l'esprit "ordinaire" ou la pensée rationnelle. 
Bien que les pensées puissent survenir dans la contemplation, on n'est pas conditionné par elles et, laissées telles quelles, elles se libèrent d'elles-mêmes. Dans la contemplation, l'esprit ne s'implique dans aucun effort mental ; il n'y a rien à faire ou à ne pas faire. Ce qui est est, tel quel, parfait en soi. Par contre, ce que l'on entend par "méditation" dans les enseignements Dzogchen, c'est l'une ou l'autre des très nombreuses pratiques qui impliquent de travailler avec l'esprit afin de permettre au pratiquant d'entrer dans l'état de contemplation. 
Ces pratiques peuvent inclure les différents types de fixation du regard qui amènent à un état de calme, de même que les différents types de visualisation, etc. Ainsi, dans ce que l'on appelle méditation, on travaille avec l'esprit, mais la contemplation est au-delà de ce travail.

Extrait de "Dzogchen et Tantra" Namkhaï Norbu Rimpoché

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mardi 12 mars 2019

Contemplation et écrans...

Passez-vous beaucoup de temps en contemplation avant de faire votre photo ?
Oui (rires). Je ne suis pas pressé ! Pendant un an, je n’ai pas fait plus de 100 m à droite ou à gauche. Une vallée avec des brumes, des paysans, des oiseaux, des insectes et un monastère qui sort de la brume parfois le matin… La nuit, je prends les étoiles, la lune sur la vallée. Henri Cartier-Bresson que j’ai connu dit : « On ne prend pas des photos, ce sont elles qui vous prennent ». Il y a des moments où l’image vous saute à la figure. Sinon la photo ne sera pas bonne.
Comment fait-on pour pratiquer la contemplation ?
Il faut entraîner notre esprit qui est à l’origine de grandes souffrances. La dépression est due à des ruminations excessives. Les gens ne voient pas qu’ils sont esclaves de leurs propres pensées. La liberté intérieure est fondamentale. Sous l’emprise de la haine, de la jalousie, de l’arrogance, vos actions seront teintées de ces poisons, au détriment des autres.
Comment fait-on ?
L’exercice physique fait du bien, 20 minutes 5 fois par semaine. Et 20 minutes d’exercice de l’esprit. Cela augmente la capacité d’être attentif aux autres. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), 40 % des maladies ont des origines mentales. Il faut faire l’effort.
Avec toutes vos activités, arrivez-vous à vous astreindre à cette discipline ?
J’essaie. Je suis une journée à Paris, je vous vois et cela laisse des traces. Mais sinon, je suis dans mes montagnes au Népal ou avec ma maman de 95 ans à la campagne.

Vous utilisez beaucoup le portable ?
Ici, je joue le jeu avec mais dans mon ermitage, j’ai peu de réseau et pas d’internet. Je ne suis jamais allé sur mes comptes Facebook et Instagram, la vie est trop précieuse. Les réseaux sociaux ne font qu’augmenter le narcissisme en nous… Le « moi, moi, moi » du matin au soir rend la vie misérable car on dépend trop du regard des autres.
Faut-il faire attention à la multiplication des écrans ?
Je suis allé à Times Square à New York avec un ami moine et au milieu de tous ces écrans, il s’est écrié : « Ils sont en train de voler mon esprit » ! C’est exactement cela. Cette société de consommation vous impose d’acheter, désirer des choses dont nous n’avons pas besoin. La pollution du bruit est énorme aussi. Dans mon ermitage, j’entends un crépitement de feu de l’autre côté de la vallée, ou la pluie arriver. Ici pour appeler quelqu’un de l’autre côté de la rue, il faut hurler. On ne se rend pas compte de cette pollution.
La rumeur dit que vous ne vous êtes pas mis en colère depuis des années…
La vraie colère, quand la moutarde monte au nez. La dernière fois, j’étais au Bhoutan avec mon premier ordinateur. Les moines ne savaient pas ce que c’était, l’un d’entre eux a versé de la farine d’orge grillé dans le clavier. J’avais mis toutes mes économies. Je lui ai dit « Tu trouves ça drôle ? » et il m’a répondu « Tu vois que tu te mets en colère » (rires). C’était il y a 30 ans.

source : Le Parisien

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jeudi 8 novembre 2018

Interview d'Eric-Emmanuel Schmitt (4)


Votre regard tendre sur l’humanité, d’où vient-il ?

Je recherche ce qu’il y a de grand dans les petits êtres que nous sommes. Je déteste les gens qui cherchent ce qu’il y a de petit. En plus, je ne vois que ça. Aujourd’hui, avec le sarcasme, un certain humour, une ironie constante, une dépréciation absolue, une critique permanente, c’est le règne de la grimace et du sarcasme, c’est le règne du crachat. Je trouve que le monde médiatique est encombré par les crachats. Soit le cirage de pompes indécent, soit, pour avoir l’air intelligent, le crachat. C’est plus intelligent d’admirer que de cracher.

Je cherche toujours ce qui s’ouvre à un être. Je n’arrive pas à réduire un être à un seul de ses actes. C’est cela, le pardon. Pardonner, c’est dire : non, la personne que j’ai en face de moi ne se réduit pas à cet acte mauvais qu’elle a fait un jour. Dans sa vie, il y a d’autres éléments. L’étoffe est plus riche que ce que j’en ai vu à un moment et qui a pu scandaliser ou choquer, ou faire du mal.
Maintenant j’ai pris conscience que c’était aller contre le courant dominant. Il y a dix ans, à l’époque où j’ai parlé de mon optimisme, je me suis pris une volée de bois vert du milieu « intellectuel » autodéclamé. Ils sont moins diplômés que moi, mais bon, ce sont eux les intellectuels, si ça leur fait plaisir. Là, je me suis aperçu qu’il y avait un combat. Je me suis dit : « Eh bien, ce sera l’un des miens ! ».
J’étais en profonde résonance, en profond accord, en disant : plutôt cultiver la joie que la tristesse. Il faut plutôt aller chercher ce qu’il y a de grand dans ce qu’il y a de petit que ce qu’il y a de petit dans ce qu’il y a de grand. Tout d’un coup, quand je vois que cette position est inaudible pour beaucoup de gens, je me dis : « Alors, cela doit être un combat ». Ce sera un combat. À ce moment-là, les choses deviennent plus claires.


C’est ce qui explique votre discrétion par rapport aux '' people '', vous n’y êtes jamais, c’est de l’humilité ?

Non, j’ai la chance que les télévisions, les radios m’aiment bien, puisqu’on dit que je suis un bon client. Mais je n’y vais jamais sans avoir à délivrer un contenu, parce que je ne vais pas me mettre à faire partie d’un jeu télévisuel ou à aller à une émission sans fond. Si j’y vais, c’est toujours pour apporter un contenu, relatif au dernier livre que j’ai écrit ou à la pièce. Jouer le V.I.P., la very impossible personne - je bénéficie d’un traitement de V.I.P. parce que j’ai vendu des millions de livres et parce que je fais partie du paysage culturel -, en tant que tel, cela ne m’intéresse pas. Être connu ne m’a jamais intéressé. Ce que je veux, c’est qu’on me lise, qu’on voie mes pièces. J’ai toujours refusé de servir aux médias un personnage ; parce que souvent ils veulent un personnage pour faire le show. J’ai toujours pensé que
c’est par le contenu que je devais être présent quelque part. Alors, avec le temps, cela finit par rendre. Et puis, la discrétion dont vous parlez, c’est aussi tout simplement une impossibilité, parce que j’ai une carrière dans 50 pays. Vous imaginez donc, pour qu’on me voie un petit peu partout, j’en fais beaucoup. À l’arrivée, vous en voyez peu parce qu’il y a plein de pays. Je dois garder du temps pour ma vie privée, pour le ressourcement intérieur et pour l’écriture car j’écris beaucoup.

 
Avez-vous un objectif avant la fin de votre vie ? Intérieur peut-être ?

Forcément, des volontés de perfectionnement intérieur, bien sûr. J’aimerais, avec le temps, devenir plus contemplatif qu’actif. Je me demande si j’ai raison de vouloir cela. C’est quelque chose que je cultive en me disant : « Ce serait bien de rendre cet hommage à la nature, au monde, à la vie, d’être un peu plus contemplatif ». Je suis un suractif. Parfois cette suractivité m’effraie, mais pas longtemps. Autrement, j’ai des projets intellectuels et artistiques. Je pense d’ailleurs très naïvement que ma vie sera calibrée à ces projets, c’est-à-dire aussi longue que mes projets me porteront. Je pense vraiment que quand mes projets ne me porteront plus, cela voudra dire que mon temps sera fait. J’ai cette conception-là. Le temps, pour moi, c’est le pouvoir de faire. Je n’ai pas du tout une conception passive du temps comme étant ce qu’on subit. Le temps, c’est notre action, c’est notre pouvoir d’agir. Avoir du temps, c’est pouvoir faire ceci ou cela. J’ai une conception positive : je conçois le temps comme un feu, comme un feu qui brûle, pas un feu qui me consume, mais un feu qui produit de l’énergie, un feu qui produit des objets, un feu qui réchauffe, un feu qui cuit, un feu qui construit.

C’est une conception active du temps, du temps comme un pouvoir et pas une conception passive du temps, qu’on subit.


La contemplation n’est-elle pas une activité, active d’une autre manière ?

La contemplation, c’est une autre façon d’habiter le temps. Ce n’est pas le subir non plus. C’est chercher l’éternité dans le présent. C’est chercher l’éternel qu’il peut y avoir sur l’éphémère, donc c’est encore autre chose. C’est se connecter à quelque chose d’important. Quand je dis : « J’aimerais être plus contemplatif », c’est cela, parce que cela ne m’arrive que par éclairs.

N’est-ce pas le propre de la vieillesse ?

Non, parce que je me souviens qu’enfant j’étais comme ça. Ce n’est pas une question d’âge. Dans ma vie adulte, j’ai des moments comme ça, mais ils sont assez peu nombreux parce que je ne leur laisse pas la place d’arriver. Ces moments-là me prennent par surprise.


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dimanche 18 mars 2018

Méditer avec le rosaire

Pour préparer Pâques, le mensuel Prier vous ouvre chaque semaine à l'art de la prière. L'expérience : le rosaire contemplatif.



« Je n'arrivais plus à faire oraison en raison du rythme de vie familial et de mon manque de recueillement intérieur, alors je suis revenu au rosaire qui me permet d'être fidèle à la prière quotidienne et m'ouvre à la contemplation, confie Laurent, documentaliste. Saisir le chapelet dans ma poche est déjà pour moi un rappel à Dieu. » Les papes rappellent constamment la valeur de cette prière à la portée des simples comme des plus grands spirituels. Mais malgré sa notoriété, la pratique du rosaire peut être approfondie et devenir ainsi une véritable prière de contemplation. Voilà quelques clefs.

Le corps de la prière

Le corps du rosaire est la récitation du chapelet. Elle alterne trois prières essentielles : sur les gros grains le Notre Père qu'a enseigné Jésus lui-même, sur les petits le Je Vous salue Marie et à la fin de chaque dizaine une courte glorification de la sainte Trinité qui oriente vers la fin de toutes choses. Les grains que l'on fait défiler sous la pulpe des doigts permettent de donner un rythme à sa prière sans avoir à compter, pour être disponible à la contemplation. Répéter avec le cœur ouvert, aimant et attentif, c'est non pas rabâcher mais creuser, approfondir, entrer dans le mystère.

Je vous salue Marie

Cette prière qui constitue l'essentiel du chapelet est hautement évangélique puisque sa première partie est composée des salutations de Gabriel et d'Élisabeth auxquelles l'Église a ajouté les noms de Jésus et de Marie. Le nom dans la tradition biblique recèle l'essence de la personne. L'invoquer, c'est entrer en relation avec elle. Au lieu de prendre la traduction habituelle, on peut prier comme le suggère sœur Jeanne d'Arc : « Grâce sur toi, Comblée de grâce ! Le Seigneur avec toi ! Tu es bénie entre les femmes et ton fils est béni, Jésus ». Cela a l'avantage de souligner que « comblée de grâce » est le nom que l'ange donne à la Vierge - non un simple qualificatif - et d'achever la première partie par le nom de Jésus.

L'âme du rosaire

Les Je vous salue Marie sont comme une basse continue qui ouvre notre cœur. Mais l'âme du rosaire est la méditation de l'Évangile à l'école de la Vierge qui « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Luc 2, 19). Comme le soulignait Paul VI, « la récitation du rosaire exige que le rythme soit calme et que l'on prenne son temps ». Pour cela, certains contemplatifs ne disent la seconde partie du Je vous salue Marie qu'une seule fois à la fin de la dizaine.

Les fruits des mystères

Les mystères sont médités par quatre séries de cinq. La pratique commune est de prier les joyeux le lundi et le samedi, les douloureux le mardi et le vendredi, les glorieux le mercredi et le dimanche, et les lumineux le jeudi. Une autre configuration me semble très porteuse : les joyeux les lundi et mardi, les douloureux les mercredi et vendredi, les lumineux le jeudi, les glorieux le samedi et dimanche. Pour recueillir la grâce particulière de chaque mystère, Grignion de Montfort (1673-1716) propose enfin une méthode toute simple : achever chaque dizaine par cette invocation : « Grâce de (tel mystère), descendez dans mon âme », avant une nouvelle brève pause de méditation silencieuse.

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source : La Vie

samedi 5 mars 2016

4ème dimanche de Carême avec Jean Vanier


Monde de l'émerveillement et de la contemplation



Il y a le danger, à notre époque, d'être saturés d'informations, et de n'enregistrer que des choses très superficielles. Il est toujours bon de pénétrer avec notre intelligence dans un petit domaine de ce vaste monde de la connaissance qui est le reflet de notre immense univers: celui des choses visibles et invisibles. 

Si on creuse avec son intelligence un domaine restreint, que ce soit la croissance de la pomme de terre ou l'approfondissement d'un mot de l'Écriture, dans chacune de ces réalités on touche le mystère. 

Si on explore une chose à fond avec notre intelligence, on entre dans le monde de l'émerveillement et de la contemplation. Une intelligence qui touche la lumière de Dieu cachée au cœur des choses et des êtres renouvelle toute la personne.



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dimanche 9 novembre 2014

Le dernier cadeau de l’automne par Joshin Luce Bachoux

C’est vrai, il faut faire quelques efforts pour aimer la fin d’automne, quand les oranges et les rouilles se sont éteints, et que les matins gris s’allongent sans fin ; mais vous en verrez toute la beauté avec quelques accessoires, et un peu de bonne volonté : il vous faut des arbres dépouillés et un amoncellement de feuilles sèches et craquantes à leur pied ; un ciel blanc sans limite se déployant au-delà de l’horizon ; des montagnes qui s’effacent dans le lointain. Il faut de la mousse sur de gros rochers, des fleurs de bruyère et des chevreuils bondissant en lisière de forêt, silhouettes gracieuses vite disparues…

Il faut aussi accepter d’avoir un peu froid aux doigts, mais s’enorgueillir d’une bonne écharpe et d’une paire de bottes en caoutchouc qui fera floc floc sur les chemins boueux. Sans oublier un pas rêveur, un grand sac pour les châtaignes, et peut-être un bâton qui servira quand le chemin prend la tangente au milieu des pierres et des pommes de pin.
Il faut respirer pour se sentir nettoyé jusqu’à l’âme par cette fraîcheur aux reflets bleus qui dessine chaque aiguille de pin, chaque caillou du chemin, chaque minuscule goutte de rosée encore accrochée à l’ombre des fougères. Il faut ce petit vent vif et joyeux qui pénètre les ­vêtements et fait le ménage dans le cœur, ôtant toutes les couches de paresse et d’indifférence entassées dans l’indolence de l’été.

Ajoutez-y la tache vive des derniers potirons dans le potager, une pile de bois bien rangée près de la porte de la cuisine, et la promesse d’un gâteau avec les petites pommes rabougries ramassées hier sous le pommier. Les derniers jours d’automne sentent la ­cannelle et le feu de bois, avec une nuance de vanille.

Si vous avez de la chance, vous aurez aussi tout au fond de la vallée un petit ruisseau qui court, murmure et s’enroule, tout transparent, autour des pierres polies. Lorsque de longues herbes vertes essaient de le retenir, il s’arrête un instant, devient mystérieux et sombre, avant de repartir, ragaillardi par les pluies d’automne, là-bas, là-bas, plus loin, là où l’entraîne son chant, là où l’appelle la vie…

Il faut enfin rester immobile, à l’abri d’un chêne, jusqu’à se confondre avec lui et se laisser porter par l’air et la lumière, jusqu’à sentir pousser ses racines et partager le réconfort et la générosité de la terre ; alors peut-être apercevrez-vous le museau pointu et la queue rousse et touffue de Goupil, ou bien le cou tout blanc et les oreilles rondes d’une minuscule belette…

Pour aimer pleinement ces dernières journées d’automne, vous devrez vous laisser absorber par leur lumière : si au printemps elle est douce et pâle comme le duvet sous la gorge de l’oisillon, aujourd’hui le monde est empli d’une lumière blanche et dure qui nous prépare pour le gel, pour le dur, le coupant et l’hiver. Elle refroidit la terre et endort les pierres, s’insinue à travers les sapins, éblouit les ravines : les couleurs de l’automne sont devenues lumière.

Et, si vous n’avez sous la main ni forêts ni renard ni belette, pas le moindre sapin ni la moindre clairière aux rochers gris ; si aucun ruisseau ne se faufile près de chez vous, et s’il y a longtemps que vous n’avez plus ramassé de pommes, consolez-vous ! Car, souhaité ou non, l’automne vous fera un dernier cadeau, aujourd’hui ou demain : 


Vent d’automne colore les feuilles

Est-ce lui qui a posé sur ma tête
Le premier cheveu blanc

Natsume Soseki