jeudi 12 février 2015
Nature tranquille...
mercredi 11 février 2015
Arbres d'Osho...
Je sais qu'il est possible d'aimer un arbre, mais seulement après avoir aimé les êtres humains si profondément et si totalement qu'on a découvert les arbres, les animaux, les oiseaux dans chacun d'eux, car l'être humain a été tous ces êtres et en garde encore les traces dans son inconscient ou dans l'inconscient collectif.
Vous avez déjà été un arbre, un oiseau, un animal, une pierre. Vous avez été toutes les choses, un million de choses et vous portez encore en vous toutes ces expériences. La seule façon de communiquer avec un arbre est d'entrer d'abord en contact avec l'arbre qui est à l'intérieur de chaque être humain.
Osho,
extrait de : The Wisdom of the Sands, Vol 1
mardi 10 février 2015
Conscience d'humilité avec Clotilde Courau
Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.
Sénèque
« Cette phrase m'accompagne, au quotidien, depuis des années. Elle m’aide à entreprendre chaque journée comme un cadeau, comme une aventure. Y aller, avec plaisir, avec envie, intensément. Elle m’aide, aussi, à relativiser ce qui peut m'arriver et à ne pas trop me prendre au sérieux. Je ne sais pas exactement ce que Sénèque entendait par "bien vivre", mais j'ai tendance à traduire : “Hâte-toi de vivre", tout simplement.
Ce qui, pour moi, est un appel urgent à revenir à ce que je suis et vis ici et maintenant, sans songer au passé ni me préoccuper du futur. Une manière de contrer cette façon que j'ai, comme tout le monde, de fuir la réalité présente. Et puis, prendre conscience, grâce à cette phrase, que vivre le temps présent est une chose particulièrement difficile constitue, à mes yeux, une merveilleuse leçon d’humilité. »
Sénèque : Philosophe romain (v. 4av. J.-C.-65apr.J.-C).
Cette citation est extraite des Lettres à Lucilius (Mille et une Nuits, “La Petite Collection”, 2002).
lundi 9 février 2015
Humanité avec Robert Guédiguian
« Mes cahiers de lycéen étaient couverts de citations glanées au fil de mes lectures. Mais s'il en est une qui a déterminé ma vie, c'est celle-ci :
"Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
Et si je ne suis que pour moi, que suis-je ?
Et si ce n'est pas maintenant, quand ?"
(Avot 1.14).
(Avot 1.14).
Hillel l'Ancien
(v. 70 av. J.-C.- v. 10 apr. J.-C.)
Elle signifie qu'il faudrait, à chaque instant, unir le geste individuel au geste collectif; agir sans perdre de vue que tout ce que je fais, je le fais pour moi mais aussi pour les autres. Le jour où je l'ai découvert, ce précepte est devenu ma règle de vie. Je dirais même : mon traumatisme ! Car il met une pression énorme et ôte toute insouciance. Cependant, considéré avec plus de légèreté, il indique que chacun doit faire comme il peut, avec ce qu’il est, donc avec modestie. J’y entends un appel pour l'engagement et contre l’égoïsme.
À une époque où l'on se noie chaque jour davantage “dans les eaux glacées du calcul égoïste", comme disait Marx, le monde, je crois, a besoin de se souvenir que, seul, on n'est rien et que, dans chacun de nos pas, c'est l’humanité tout entière qui avance. »
Robert Guédiguian
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dimanche 8 février 2015
Le monde dans mes mains avec Joshin Luce Bachoux:
Vivre dans ce monde et espérer le transformer un tout petit peu : ce matin, devant le travail de la journée à accomplir, je me demande si cela passe par mes idées, ou par mes mots, ou simplement par mes mains. Parce que ce sont elles qui ont touché le monde, chaque jour, qui y ont travaillé, avec amour ou impatience et qui l’ont rendu présent à chaque instant.
Elles ont savonné, rincé, repassé ; elles ont passé la serpillière, le balai et le chiffon, elles ont fait la vaisselle et manié la tronçonneuse ; elles ont accroché des milliers de lessives, empilé des bûches, reçu pour leur peine des dizaines d’échardes et laissé tomber quelques jolis vases. Elles ont essuyé des larmes, rectifié une mèche vagabonde ou un foulard, noué des lacets pour de petites mains. Elles ont enfourné tartes et gratins et envoyé d’un coup de pelle décidé le gravier dans la bétonnière. Elles ont cloué, scié et raboté avec enthousiasme et maladresse. Elles ont été potelées, douces, gelées, ravinées par des crevasses, bronzées, solides. Elles ont consolé, nourri, caressé, soigné ; elles ont soulevé des malades, rafraîchi des visages en sueur et serré fort des mains qui tremblaient.
Je ne me souviens pas qu’elles aient frappé, ni homme ni bête, mais il est peut-être des choses que notre mémoire préfère oublier. Elles ont épluché, coupé en dés, en allumettes, en rondelles ; elles ont pelé les pommes et les tranches de melon, pressé des oranges, écrasé des graines d’anis et de coriandre, pétri le pain et découpé de la pâte sablée en faisant des ronds avec un verre. Elles ont fait sauter des crêpes et brûlé du caramel. Elles se sont essayées à la sculpture avec un bloc de terre glaise et joué avec des tubes de peinture avant de comprendre qu’elles n’étaient pas des mains d’artiste, mais des mains tout à fait banales, utiles, non pour créer, mais pour maintenir et protéger la vie, là, juste devant elles.
Elles portent des cicatrices de coupures, de brûlures, de coups de marteau et aussi la trace d’anciennes ampoules ; elles se sont fait pincer dans des tiroirs ; quelques chiens et deux ou trois chevaux les ont mordues ; des chatons joueurs s’y sont fait les griffes. Elles ont essayé d’être aussi légères que le vent pour tenir un oiseau, petit cœur battant trop vite, et aussi fortes que la pierre pour protéger ceux qu’elles aiment. Elles ont écrit à l’encre, au stylo et enfin ont adopté le clavier de l’ordinateur, tapant comme des petits marteaux sur des touches qui n’en demandent pas tant…

Elles ont arraché des orties, planté des graines en tassant la terre, transporté des centaines de lourds arrosoirs, ramassé les haricots et les fraises, plongé dans la terre pour y retrouver les dernières pommes de terre. Elles ont manié le sécateur et le râteau et brisé les cageots en menus morceaux pour faire du petit bois. Elles ont assemblé des bouquets, accroché des guirlandes, décoré des sapins. Elles ont emballé des surprises, noué des rubans multicolores et déballé de précieux cadeaux faits de trois bouts de ficelle.
Elles ont été poing, enserrant un chagrin ou vibrant de colère, et main tendue, aussi, dans le geste du pardon ; elles ont parfois caché un sourire ; elles se sont jointes pour une prière. Elles sont restées fermées longtemps avant d’apprendre à s’ouvrir, à accueillir, à recevoir. Elles ont tissé et retissé toute une tapisserie de travail et d’amour, d’odeurs et de goûts, de quotidien et de joies. Et peut-être, oh peut-être, un petit peu offert quelques couleurs à ce monde, tout comme les vôtres.
Joshin Luce Bachoux est nonne bouddhiste, elle anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.
samedi 7 février 2015
vendredi 6 février 2015
Méditer pour témoigner que, là où nous sommes, le monde peut encore être en ordre !
Les événements cruels qui, ces dernières semaines, ont bouleversé notre conscience remettent brutalement en question notre être au monde.
A l'heure où se passait ce fait abject, j'étais entouré d'une trentaine de personnes participant à une semaine de pratique de la méditation. Est-il légitime de prendre le temps de méditer dans un monde où, comme on l'observe quotidiennement, les fausses valeurs tentent de prendre le pouvoir ?
Après quarante ans de pratique de la méditation je réponds : oui !
Le philosophe Martin Heidegger énonce deux vérités inéluctables :
« Je vis parce que je suis un être vivant »
« Je pense parce que je suis un être pensant »
En d'autres mots, l'être humain est, comme l'animal, « doué de vie » et l'être humain, à la différence de l'animal, est aussi « doué de raison ». Doué de raison. Un processus qui avec la pensée, le langage, l'intelligence constitue ce qu'on appelle : le mental. Le mental. C'est le noeud du problème ! Le mental a une puissance telle que l'homme se voit à travers ses propres constructions mentales. D'où cette conviction illusoire : « Moi, je crois, que je suis, ce que je pense que je suis ! ». D'où cette autre illusion : « Ce que moi je pense est la vérité ! ». Identifié à ses constructions mentales l'homme se coupe de son essence. Lorsque « Je pense » devient plus important que « Je suis », les fruits du raisonnement, comme nous l'observons dans de multiples domaines, ne sont pas toujours raisonnables.
Dans quel monde vivons-nous ?
Nous vivons, sans en être vraiment conscients, dans un monde construit et organisé selon nos constructions mentales. L'organisation politique et sociale du monde est la manifestation de constructions mentales. L'organisation industrielle et économique du monde est le fruit de constructions mentales. La publicité, la mode, la spéculation financière ne sont rien d'autres que le résultat de constructions mentales. Les prises de positions dogmatiques des différentes confessions religieuses sont la traduction des constructions mentales.
L'identification à la somme des productions mentales nous plonge dans l'ignorance des « valeurs de l'être ».
Ces valeurs de l'être que la méditation nous aide à dé-couvrir.
Lorsque le collectif humain est entraîné dans le marasme, le découragement, la détresse, la peur, il est important d'accompagner celles et ceux qui refusent de foncer plus avant dans cette impasse.
Je ne suis pas niais au point de croire ou de penser que la méditation va changer le monde d'un tour de main. En même temps, j'observe que le mot méditation, qui comme un tsunami, aborde aujourd'hui l'Occident, répond peut-être à une intuition et une exigence à laquelle adhèrent de plus en plus de personnes qui souffrent du non-sens dans lequel le monde semble plonger.
Les valeurs essentielles, celles qui font d'un homme un être humain, peuvent surgir du plus profond de soi grâce à ce travail artisanal sur soi qu'est la méditation de pleine attention.
La méditation de pleine attention ? Un exercice spirituel parfaitement adapté à notre temps !
Dans les années 1970, au lendemain d'un reportage sur la guerre au Vietnam qui dénonçait l'insupportable : une petite fille brulée au napalm, courant, nue, sur une route bombardée, Graf Durckheim a introduit la pratique méditative en disant : « Nous ne pratiquons pas la méditation pour nous mettre à l'abri des bombes ; nous pratiquons la méditation pour témoigner que là où nous sommes, en ce moment, le monde peut encore être en ordre ».
Jacques Castermane
Le philosophe Martin Heidegger énonce deux vérités inéluctables :
« Je vis parce que je suis un être vivant »
« Je pense parce que je suis un être pensant »
En d'autres mots, l'être humain est, comme l'animal, « doué de vie » et l'être humain, à la différence de l'animal, est aussi « doué de raison ». Doué de raison. Un processus qui avec la pensée, le langage, l'intelligence constitue ce qu'on appelle : le mental. Le mental. C'est le noeud du problème ! Le mental a une puissance telle que l'homme se voit à travers ses propres constructions mentales. D'où cette conviction illusoire : « Moi, je crois, que je suis, ce que je pense que je suis ! ». D'où cette autre illusion : « Ce que moi je pense est la vérité ! ». Identifié à ses constructions mentales l'homme se coupe de son essence. Lorsque « Je pense » devient plus important que « Je suis », les fruits du raisonnement, comme nous l'observons dans de multiples domaines, ne sont pas toujours raisonnables.
Dans quel monde vivons-nous ?
Nous vivons, sans en être vraiment conscients, dans un monde construit et organisé selon nos constructions mentales. L'organisation politique et sociale du monde est la manifestation de constructions mentales. L'organisation industrielle et économique du monde est le fruit de constructions mentales. La publicité, la mode, la spéculation financière ne sont rien d'autres que le résultat de constructions mentales. Les prises de positions dogmatiques des différentes confessions religieuses sont la traduction des constructions mentales.
L'identification à la somme des productions mentales nous plonge dans l'ignorance des « valeurs de l'être ».
Ces valeurs de l'être que la méditation nous aide à dé-couvrir.
Lorsque le collectif humain est entraîné dans le marasme, le découragement, la détresse, la peur, il est important d'accompagner celles et ceux qui refusent de foncer plus avant dans cette impasse.
Je ne suis pas niais au point de croire ou de penser que la méditation va changer le monde d'un tour de main. En même temps, j'observe que le mot méditation, qui comme un tsunami, aborde aujourd'hui l'Occident, répond peut-être à une intuition et une exigence à laquelle adhèrent de plus en plus de personnes qui souffrent du non-sens dans lequel le monde semble plonger.
Les valeurs essentielles, celles qui font d'un homme un être humain, peuvent surgir du plus profond de soi grâce à ce travail artisanal sur soi qu'est la méditation de pleine attention.
La méditation de pleine attention ? Un exercice spirituel parfaitement adapté à notre temps !
Dans les années 1970, au lendemain d'un reportage sur la guerre au Vietnam qui dénonçait l'insupportable : une petite fille brulée au napalm, courant, nue, sur une route bombardée, Graf Durckheim a introduit la pratique méditative en disant : « Nous ne pratiquons pas la méditation pour nous mettre à l'abri des bombes ; nous pratiquons la méditation pour témoigner que là où nous sommes, en ce moment, le monde peut encore être en ordre ».
Jacques Castermane
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jeudi 5 février 2015
L'homme qui marche... (2)
La poésie devient aussi révolutionnaire…
Elle l’est. C’est que les puissances mortifères qui se développent à certains moments, dans l’histoire, ne supportent pas la moindre herbe de vie, la moindre brise. Il faut qu’il n’y ait plus aucun courant d’air dans les rues de la ville ; iI faut que le ciel soit fermé. Et il n’y a rien qui rouvre tout, à la fois les fenêtres et à la fois le ciel, comme la poésie, ou comme une parole d’enfant ; il n’y a rien d’aussi puissant. La parole poétique est par essence subversive, elle n’est pas gentille, elle n’est pas mièvre, elle n’est pas sentimentale. Elle est insurrectionnelle, c’est une force de vie, pas de mort, oui…
Est-ce que les mots d’aujourd’hui saisissent la vie ?
Les mots qui servent à rendre compte de la vie d’aujourd’hui, la plupart du temps, sont prémâchés et donc ils ne sont pas nourriciers. Aujourd’hui, on nous voile les choses sous prétexte de nous les éclairer. On ne peut guère ouvrir un journal ou entendre une émission de radio ou de télé sans qu’on vous parle d’économie. L’argent a une main mise sur presque tout. Le commerce cherche à attraper la vie, mais la vie est inimitable. Or moi, je crois que la langue économique n’est pas la première. On a besoin d’un langage et d’un monde qui ne soient pas mis tout entier sous un code-barres. On en a un besoin affolant, cela explique une partie des choses qui se passent. Il faut aller dans une forêt de mensonges en se guidant juste avec son instinct et son oreille, essayer d’entendre là où on nous ment. On peut y arriver…
La quête de réussite, de richesse, de jeunesse éternelle, est-ce compatible avec cette recherche ?
Il n’y a pas un gramme de vie dans les images lisses que proposent d’eux-mêmes les plus grandes fortunes de ce monde, ces vies fermées de milliardaires américains avec leurs piscines infernalement bleues. Je ne sais pas si l’argent à lui seul réussit ce prodige, mais ce n’est pas avoir de la chance que de se mettre à l’abri de la vie, des surprises, de l’imprévu. Ces châteaux-là sont des châteaux de néant et ils s’écrouleront. Ils ont peut-être déjà commencé…
Le monde autour de nous est en train de se couvrir de carapaces (casques, gilets pare-balles), cela vous inquiète-t-il ?
Tout cela tombe au premier coup de tonnerre, ou alors quand on est amoureux. Ces jeunes, dont vous dites qu’ils ont des casques greffés sur le crâne, attendent le tremblement de terre amoureux. C’est devant eux, et c’est quelque chose devant quoi toute l’électronique ne tient pas. Devant le tremblement d’une mèche blonde ou brune, devant le sourire de quelqu’un que l’on aime et qui s’en va, toutes les armures que nous avons inventées ne tiennent pas, elles tombent. Elles tombent… Elles tombent. Ma confiance, elle est dans ce point-là, elle est, au fond, dans le fait que la protection totale nous est impossible, et on le sait, on le voit en plus…
Les extrêmes s’affrontent désormais, les mèches dont vous parlez sont parfois cachées sous un voile…
Je pense que le bateau coule et en même temps, je suis confiant. Malheureusement, l’humain s’éloigne ces temps-ci. Il est enlevé même des visages et des regards, mais cela ne peut pas ne pas revenir parce que, tôt ou tard, vous avez à faire à l’inconnu d’aimer, à l’inconnu de mourir, à l’inconnu de perdre quelqu’un ; à des joies, à des amours, à des épreuves qui sont la base même de la vie et devant lesquelles vous vous redécouvrez. Et pas uniquement des choses malheureuses, mais la simplicité de l’humain est inaltérable. Elle est recouverte, parfois même détruite, mais elle peut renaître. À tout moment.
Beaucoup de visages se ferment dans les villes…
C’est vrai… Mais cette fermeture n’est pas définitive. L’inépuisable est à notre porte. Dans le métro, les gens ne le savent pas, mais ils sont magnifiques. Parfois, ils ont des visages de livres fermés, mais il suffit de très peu pour rouvrir un livre fermé. Chacun doit trouver sa place dans la vie, personne n’est inutile, absolument personne. À partir du moment où vous avez l’intuition que vous avez trouvé votre place, il faut la tenir, faire votre travail. Il y a un trésor de choses pauvres qui nous est redonné, à tous, chaque matin, tant qu’on est vivant et que nous devons essayer de ne pas trop abîmer. Une belle vie, c’est une vie où la personne a beaucoup donné d’elle-même, s’est beaucoup élancée. Il y a eu beaucoup de floraisons, beaucoup de risques pris. C’est ça, la vraie chance, c’est parfois coûteux, c’est parfois déchirant, mais c’est magnifique.
mercredi 4 février 2015
L'homme qui marche... (1)
Vous donnez au musée Rodin une lecture de votre texte « L’homme qui marche »… Qui est cet homme ?
J’ai essayé de parler de quelqu’un, c’est le moins qu’on puisse dire, de mondialement connu, comme on ferait de quelqu’un qui vient de rentrer dans la pièce, dont on ne sait pas le nom, mais dont la présence commence à nous bouleverser. Dans cette vie, nous sommes aveuglés par les connaissances que nous avons. Pour rencontrer vraiment quelqu’un, il faut traverser tous les écrans, tout le dictionnaire, toutes les rumeurs, toutes les opinions. Il s’agit du Christ. C’est un livre très bref sur le Christ, mais il n’est jamais nommé en tant que tel. Je me suis basé sur sa présence humaine, vibrante, mais sans prononcer son nom, car c’était tout de suite faire venir tous les gardes du Vatican, et 2 000 ans d’histoire. C’était beaucoup trop lourd pour moi, cela soulevait beaucoup trop de poussière…

Parler de Dieu, comment fait-on aujourd’hui ?
C’est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils ont souvent une définition très simpliste de Dieu. Le grand penseur et poète, Jean Grosjean, qui fut aussi prêtre, écrivait : « Dieu, c’est l’abîme intérieur ». Dieu, c’est notre abîme intérieur. Ce n’est pas une autorité qui viendrait nous écraser ou nous culpabiliser. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui vient nous dire comment il faut vivre. C’est l’insondable en nous mais qui fait que nous vivons, c’est-à-dire que nous inventons, que nous créons, que nous jouons, que nous rions. Voyez, c’est à peu près l’inverse de tous les intégrismes. C’est une puissance vitale qui traverse la mort mais qui n’en est pas défaite, c’est comme un printemps portatif.
L’inquiétant aujourd’hui, c’est que pour certaines religions, même un mot d’amour peut choquer…
Les religions sont de beaux tombeaux, mais le vivant ne s’y trouve pas. J’aime le pape François, mais je ne suis pas sûr que le Christ habite encore au Vatican.
Lisez-vous des textes religieux ?
Je ne fais pas la démarcation entre les textes religieux et les autres. Je cherche la plaque chauffée à blanc de la vie. Certains vers d’Ossip Mandelstam, un poète russe mort en 1938 dans un camp, me parlent de la vie éternelle aussi bien, et même sans doute mieux, que certains textes dits spirituels. J’aime aussi beaucoup les poètes arabes. Le penseur perse et fondateur du soufisme au XIIIe siècle, Rumi, me touche beaucoup. Il y a chez lui une ivresse des mots qui fait danser la vie autour de cette chose impossible à dire, même le mot de Dieu n’y suffira pas.
...
mardi 3 février 2015
Les mains dans la terre avec Belinda Cannone
« J’ai toujours été une femme pressée et, avant de m’installer dans ma maison des champs, je n’avais jamais à mettre les mains dans la terre. Et puis j'ai décidé de planter deux hortensias devant la porte et, comme par un engrenage inexorable, je suis tombée jardineuse...
Et j’ai ainsi appris la lenteur, le calme du temps étiré. On est entré un instant plus tôt dans le jardin et soudain, comme s’éveillant d’un beau songe, on ne sait plus depuis quand on jardine : deux heures, trois ?
Le temps a passé à sa manière et on avait tout oublié de la vie ordinaire. Car il a d’abord fallu regarder - oh ! comme on a envie de regarder, passionnément : où en est donc le lilas ? Les tiges des pivoines ont-elles commencé à poindre, rouges et charnues ? Les anémones du Japon n’en prennent-elles pas trop à leur aise? Il faut arracher, patiemment - oh ! cette patience ! -, les plantes fanées, choisir les emplacements des fleurs annuelles, creuser, et, si vaste soit l’emprise des mauvaises herbes sous la poussée printanière, on sait que l’on en viendra pourtant à bout, tranquillement.
Devenue jardinière, rien ne sera plus comme avant, on aura appris à s’insérer dans le grand flux du temps naturel, celui qui nous extrait de nous-mêmes - de ce petit moi si inquiet, si exigeant -, car le jardin, comme la musique, est l’occasion d’abandonner provisoirement ses oripeaux trop singuliers pour s’harmoniser à l’univers. »
Belinda Cannone est l’auteure, notamment, du Don du passeur (Stock, 2013).
lundi 2 février 2015
La marche réenchante mon existence avec David Le Breton
« La marche implique les ressources élémentaires du corps, sans technologies, à pas d’homme, sans hâte, chacun selon son rythme. Elle sollicite un temps ralenti à ma mesure et à celle de mon désir. Je parcours les sentiers, j’arpente les forêts ou les montagnes, je gravis les collines pour avoir le plaisir de les redescendre, tout en restant à hauteur d’homme, livré à mes seuls moyens physiques, introduit à la sensation continue de moi et du monde.
La marche réenchante mon existence. Elle n’est pas seulement regard, elle m’est aussi immersion parmi les nappes d’odeurs, les sons, la tactilité, quand le sentier se confronte soudain à une rivière, un ruisseau et que mes mains s’abandonnent à la fraîcheur de l’eau. Je sens l’épaisseur subtile de la forêt que recouvre l’ombre, les effluves de la terre ou des arbres, j’éprouve la texture du jour.
J’entends les cris des oiseaux, les bruits de l’orage ou les appels des gamins dans les villages, les stridulations des cigales ou le craquement des pommes de pin sous le soleil. Selon les saisons, je cueille les fraises des bois, les noisettes, les champignons... La marche est une expérience sensorielle totale qui ne néglige aucun sens. Les retrouvailles avec le cosmos ne sont jamais loin, mes pas me mènent infiniment plus loin que le paysage. »
David Le Breton, sociologue et écrivain, est l’auteur, notamment, de Marcher, éloge des chemins et de la lenteur (Métailié, 2012).
dimanche 1 février 2015
Samsara et nirvana avec Alexandre Jollien
Voilà quelques mois que nous avons atterri au sommet de cet immeuble de 15 étages. Dire qu’il y a dix ans la Corée du Sud représentait à mes yeux qu’une terre lointaine, un nom presque insignifiant, perdu dans l’atlas de mon enfance. Aujourd’hui, elle constitue le cœur de notre quotidien.
Voilà la formation spirituelle rêvée : vivre sans repères, se rapprocher d’un réel inconnu, se mettre à l’écoute des gens avec le cœur quand les mots font défaut. Tout cela déconcerte et peut engendrer un stress immense pour qui veut se maintenir dans la performance, la compétitivité. Mais le pari de ce séjour, c’est de sortir pour un temps du contrôle, de laisser se reposer un peu les verbes avoir et réussir, ces hyperactifs. Au final, tout est dans les mains du Créateur, tout est prêté. Je le dis souvent aux enfants. Notre corps, la nourriture, le toit qui nous abrite, la famille et les parents… tout est prêté. Aussi, il s’agit de s’exercer à considérer les choses sous un nouvel angle ou, mieux, sans angle du tout. Comment ne pas rire lorsque, incapable de demander à la pharmacienne une pommade contre un gros rhume, je suis obligé de mimer la toux et de me frotter la poitrine à grands renforts d’atchoums…
En arrivant, je m’attendais naïvement à croiser des bouddhas à tout bout de champ. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en entrant dans une supérette je suis tombé sur un homme en train de battre vertement l’épicière ! Après avoir fui lâchement, je me suis soudain souvenu de Nagarjuna et de Maître Eckhart. Oui, le monde est à la fois nirvana et samsara, les rires côtoient les larmes. Aucun voyage, même en avion supersonique, ne peut nous arracher au tragique de l’existence, rien de nouveau sous le soleil…
Dans la rue, mon fils me montre un lugubre bassin dans lequel d’infortunés animaux marins attendent qu’un client les bouffe. J’ai essayé de le consoler :
« On est en plein samsara, mon fils, c’est la vie ! » Un homme aux larges bottines perdues sous un immense tablier jaune sort alors. Il se saisit d’une sorte de pieuvre et disparaît… Devant l’abattement de mon enfant, je lui confesse que, pour ma part, je me réjouis du sort du malheureux qui échappe enfin à une condition infernale et quitte pour de bon cet aquarium maudit dans lequel il poireaute, souffre et dépérit.
Dans la journée, il y a des flashs de nirvana, des moments de joie intense. Le samsara n’est jamais très loin non plus ! Un rien et tout bascule… sans parler des tiraillements qui se succèdent. Le tout est toujours et encore de se fixer nulle part. En ce sens, je pense à Céleste, ma fille cadette de 2 ans et demi, qui n’aura probablement aucun souvenir de notre séjour coréen. Parfois, je me dis que c’est dommage, mais au fond, j’aimerais être comme elle et accueillir gratuitement l’instant sans le comparer à ce qui a été déjà vécu, tout ouvert à l’être, à ce qui advient.
Le soir, au sommet de ma tour, j’imite sa confiance lorsque je me jette dans mon lit et dans les bras du Père céleste et que j’abandonne tout. Souvent retentit une intuition : « Si je veux maîtriser notre vie ici, je suis foutu. » Les épicières battues et les aquariums glauques n’effaceront jamais le miracle inouï d’ouvrir chaque jour nos yeux.
samedi 31 janvier 2015
Miraculeuses transformations...
Cela qui se tait en toi
Qui murmure tout bas
Si tu lui donnais ton souffle
Si tu le berçais de ta chaleur
Ne pourrait-il pas accomplir un jour
En toi quelque miracle
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