Ecoute et présence dans un ashram...
samedi 3 mai 2014
Un ashram en Inde pour vivre le présent
Ecoute et présence dans un ashram...
vendredi 2 mai 2014
Au plus secret du mystère...
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jeudi 1 mai 2014
La Méditation ? Une rupture ! par Jacques Castermane
Pourquoi, après quarante années de pratique, l’exercice de la méditation fait-il encore partie de ma vie de tous les jours ?
Afin de répondre à cette question il me semble nécessaire de décrire en quoi consiste la méditation que je pratique et enseigne. Dürckheim l’appelle « La méditation de Pleine Attention ».
Ce n’est pas un exercice en plus ; un exercice ajouté aux multiples activités qui composent notre vie quotidienne. Ce n’est pas un exercice qui aurait pour but ce qu’on appelle aujourd'hui le développement personnel.
La méditation est une rupture avec notre manière d’être et notre manière de faire habituelle. L’exercice qui mène à cette rupture est on ne peut plus simple. Qu’y a-t-il de plus simple que de s’asseoir, d’exercer l’absolue immobilité et de porter attention à la respiration. J’ai souvenir de mon incompréhension et de ma suspicion au cours des premières séances : « Si je ne fais rien comment se pourrait-il qu’un changement dans ma vie intérieure puisse se faire ? »
Mais, surmontant mes doutes, j’avais rapidement l’impression d’être sur un chemin de connaissance de moi-même. Ainsi, l’exercice du rien faire m’a conduit à distinguer deux niveaux d’être et deux niveaux de conscience.
L’expression « Je suis moi »» désigne notre niveau d’être habituel : l’ego.
L’ego auquel la pensée occidentale donne un statut privilégié. Jusqu’à croire que : « Je suis ce que je pense que je suis ! ». L’ego, c’est « moi », sujet pensant, qui sans cesse fait retour sur lui-même par la pensée. L’ego est indissociable du mental (mind) ; le mental considéré comme étant le champ de l’activité cérébrale. L’ego c’est l’homme rationnel qui, identifié à la conscience-moi oublie que sa vie s’enracine à un autre niveau d’être : sa propre essence.
Cet autre niveau d’être je le désigne par l’expression « Je suis ! ».
C’est l’homme pré-rationnel, pré-mental. « Je suis », c’est ma vraie nature qui est avant l’ego. Avec une prise de conscience physique essentielle : Avant « Je suis moi » ... « Je suis corps » ! Passage de l’idée ‘’j’ai’’ un corps (Korper) à l’expérience ‘’je suis‘’ corps (Leib). Expérience que le corps vivant est un champ de conscience qui n’a rien à voir avec le mental (mind). C’est dans ce champ de conscience que le fœtus, le bébé, l’enfant vit jusqu’à l’âge de trois ans. « L’enfant dit ‘’Je suis corps"'», écrit Nietzsche et il ajoute « Pourquoi ne dirions-nous pas comme l’enfant : 'Je suis corps' ? ». Nous ne le disons pas parce que nous pensons : « Je suis moi ! ». Cependant, la méditation de pleine attention, cette rupture momentanée avec ce que nous pensons être notre identité, permet cette marche arrière, ce retour à l’origine de l’être, de l’acte d’être.
Je ne peux oublier cette expérience au cours de laquelle j’ai observé que, identifié aux contenus de la conscience-ego, aux contenus du mental, « Je suis moi » est le domaine du souci, de l’appréhension, de l’inquiétude latente, de la peur, de l’angoisse. Et je ne peux oublier que, d’une manière paradoxale, « Je suis corps » est le domaine du calme, le domaine du silence intérieur, le domaine de la paix intérieure.
En même temps, l’exercice de l’absolue immobilité, autre rupture avec notre manière d’être et de faire habituelle, m’a permis de distinguer que l’être humain vit sa vie à deux niveaux d’actions. Jusque là, je vivais avec l’idée que « Je suis moi » est la source et le moteur de toutes mes activités. Cependant, la pleine attention portée sur la respiration pendant l’exercice de la méditation vous empêche d’aller plus avant dans cette illusion. L’acte de respirer n’est pas du ressort de « Je suis Moi ». Aujourd'hui, après quarante ans de pratique de la méditation, je vis encore avec le même étonnement ce mystère évident : « Je suis, donc je respire ; je respire, donc je suis ». Ce n’est pas de la pensée, c’est de l’être. Il n’y a ni distance ni écart de temps entre ce que je nomme « Je », ce que je nomme « respire », ce que je nomme « suis » ! Expérience de l’unité ; alors que l’ego n’existe que dans le sentiment d’être séparé de tout. Moment de plénitude, moment de silence, expérience du calme des profondeurs ; ces différentes qualités d’être, qui manquent cruellement à l’homme actuel, sont des ressources du corps, du corps vivant (Leib). Des ressources de l’être. Des ressources de notre propre essence.
Voilà quelques expériences qui m’incitent à reprendre chaque jour l’exercice de la méditation. Chaque jour ? Oui. Parce que « Je suis moi » a tendance à penser que l’expérience de ces moments privilégiés suffit pour faire de soi un autre homme. L’expérience intérieure, immédiate, ne suffit pas ; s’impose l’exercice, sans cesse renouvelé, qui participe à la métamorphose : devenir celui, celle, que je suis au fond.
J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer un maître de méditation qui, comment pourrait-il en être autrement, est en même temps, un maître sur ce chemin qu’on appelle : la Vie. Comme il est des maîtres de danse et des maîtres de musique qui sont, en même temps, des maîtres de l’art de vivre. Au Japon, Durckheim demandait à son maître de calligraphie « Comment fait-on pour devenir un maître ? ». Il répondit d’un sourire silencieux : « Simplement, laisser sortir le maître qui est en soi... » ! Lorsque j’ai demandé à Durckheim « Comment fait-on pour laisser sortir le maître qui est en soi ? », il me répondit d’un sourire silencieux : « Il suffit d’apprendre une technique (par exemple la méditation) ; il s’agit ensuite de bien faire ce qu’on a appris ; pour alors maîtriser ce qu’on fait bien. Enfin, il s’agit de maîtriser parfaitement ce qu’on maîtrise ... ! ».
Jacques Castermane
Afin de répondre à cette question il me semble nécessaire de décrire en quoi consiste la méditation que je pratique et enseigne. Dürckheim l’appelle « La méditation de Pleine Attention ».
Ce n’est pas un exercice en plus ; un exercice ajouté aux multiples activités qui composent notre vie quotidienne. Ce n’est pas un exercice qui aurait pour but ce qu’on appelle aujourd'hui le développement personnel.
La méditation est une rupture avec notre manière d’être et notre manière de faire habituelle. L’exercice qui mène à cette rupture est on ne peut plus simple. Qu’y a-t-il de plus simple que de s’asseoir, d’exercer l’absolue immobilité et de porter attention à la respiration. J’ai souvenir de mon incompréhension et de ma suspicion au cours des premières séances : « Si je ne fais rien comment se pourrait-il qu’un changement dans ma vie intérieure puisse se faire ? »
Mais, surmontant mes doutes, j’avais rapidement l’impression d’être sur un chemin de connaissance de moi-même. Ainsi, l’exercice du rien faire m’a conduit à distinguer deux niveaux d’être et deux niveaux de conscience.
L’expression « Je suis moi »» désigne notre niveau d’être habituel : l’ego.
L’ego auquel la pensée occidentale donne un statut privilégié. Jusqu’à croire que : « Je suis ce que je pense que je suis ! ». L’ego, c’est « moi », sujet pensant, qui sans cesse fait retour sur lui-même par la pensée. L’ego est indissociable du mental (mind) ; le mental considéré comme étant le champ de l’activité cérébrale. L’ego c’est l’homme rationnel qui, identifié à la conscience-moi oublie que sa vie s’enracine à un autre niveau d’être : sa propre essence.
Cet autre niveau d’être je le désigne par l’expression « Je suis ! ».
C’est l’homme pré-rationnel, pré-mental. « Je suis », c’est ma vraie nature qui est avant l’ego. Avec une prise de conscience physique essentielle : Avant « Je suis moi » ... « Je suis corps » ! Passage de l’idée ‘’j’ai’’ un corps (Korper) à l’expérience ‘’je suis‘’ corps (Leib). Expérience que le corps vivant est un champ de conscience qui n’a rien à voir avec le mental (mind). C’est dans ce champ de conscience que le fœtus, le bébé, l’enfant vit jusqu’à l’âge de trois ans. « L’enfant dit ‘’Je suis corps"'», écrit Nietzsche et il ajoute « Pourquoi ne dirions-nous pas comme l’enfant : 'Je suis corps' ? ». Nous ne le disons pas parce que nous pensons : « Je suis moi ! ». Cependant, la méditation de pleine attention, cette rupture momentanée avec ce que nous pensons être notre identité, permet cette marche arrière, ce retour à l’origine de l’être, de l’acte d’être.
Je ne peux oublier cette expérience au cours de laquelle j’ai observé que, identifié aux contenus de la conscience-ego, aux contenus du mental, « Je suis moi » est le domaine du souci, de l’appréhension, de l’inquiétude latente, de la peur, de l’angoisse. Et je ne peux oublier que, d’une manière paradoxale, « Je suis corps » est le domaine du calme, le domaine du silence intérieur, le domaine de la paix intérieure.
En même temps, l’exercice de l’absolue immobilité, autre rupture avec notre manière d’être et de faire habituelle, m’a permis de distinguer que l’être humain vit sa vie à deux niveaux d’actions. Jusque là, je vivais avec l’idée que « Je suis moi » est la source et le moteur de toutes mes activités. Cependant, la pleine attention portée sur la respiration pendant l’exercice de la méditation vous empêche d’aller plus avant dans cette illusion. L’acte de respirer n’est pas du ressort de « Je suis Moi ». Aujourd'hui, après quarante ans de pratique de la méditation, je vis encore avec le même étonnement ce mystère évident : « Je suis, donc je respire ; je respire, donc je suis ». Ce n’est pas de la pensée, c’est de l’être. Il n’y a ni distance ni écart de temps entre ce que je nomme « Je », ce que je nomme « respire », ce que je nomme « suis » ! Expérience de l’unité ; alors que l’ego n’existe que dans le sentiment d’être séparé de tout. Moment de plénitude, moment de silence, expérience du calme des profondeurs ; ces différentes qualités d’être, qui manquent cruellement à l’homme actuel, sont des ressources du corps, du corps vivant (Leib). Des ressources de l’être. Des ressources de notre propre essence.
Voilà quelques expériences qui m’incitent à reprendre chaque jour l’exercice de la méditation. Chaque jour ? Oui. Parce que « Je suis moi » a tendance à penser que l’expérience de ces moments privilégiés suffit pour faire de soi un autre homme. L’expérience intérieure, immédiate, ne suffit pas ; s’impose l’exercice, sans cesse renouvelé, qui participe à la métamorphose : devenir celui, celle, que je suis au fond.
J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer un maître de méditation qui, comment pourrait-il en être autrement, est en même temps, un maître sur ce chemin qu’on appelle : la Vie. Comme il est des maîtres de danse et des maîtres de musique qui sont, en même temps, des maîtres de l’art de vivre. Au Japon, Durckheim demandait à son maître de calligraphie « Comment fait-on pour devenir un maître ? ». Il répondit d’un sourire silencieux : « Simplement, laisser sortir le maître qui est en soi... » ! Lorsque j’ai demandé à Durckheim « Comment fait-on pour laisser sortir le maître qui est en soi ? », il me répondit d’un sourire silencieux : « Il suffit d’apprendre une technique (par exemple la méditation) ; il s’agit ensuite de bien faire ce qu’on a appris ; pour alors maîtriser ce qu’on fait bien. Enfin, il s’agit de maîtriser parfaitement ce qu’on maîtrise ... ! ».
Jacques Castermane
mercredi 30 avril 2014
Une bouffée d'Ermite avec Frère Antoine
Quand j'ai voulu
Quand le temps fut venu pour moi de quitter la solitude et que je décidai de retourner parmi les hommes, voilà que les hommes se sont mis à monter à ma solitude.
Quand je suis parti chercher du pain, j’ai rencontré un homme qui venait à moi avec un gâteau. Quand je suis descendu chercher du chou, un barbu montait avec de la choucroute.
Le jour où j’ai commencé à écrire une page sur la béatitude, un écrivain est venu me dédicacer son livre sur le bonheur infini.
Quand j’ai voulu partir pour embrasser mes neveux, des enfants sont arrivés de partout qui m’ont appelé père en posant une bise sur ma joue.
© Frère Antoine, « Une Bouffée d’ermite ».
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mardi 29 avril 2014
L'homme cercle et la joie
Humour et joie de tracer un cercle d'homme...
lundi 28 avril 2014
Du code barre au champ libre...
dimanche 27 avril 2014
De l'humanité de Lascaux à Rumi... par Jean-Marie Le Clézio
J’ai été ébloui par ce que je voyais : des êtres vivaient là il y a plus de 15000 ans, combattaient les ours des cavernes, les lions des montagnes, peignaient avec leurs doigts dans une semi-obscurité avec tant de force et de vérité. J’aime l'idée que l'humanité soit si ancienne...
Giono disait qu’il fallait s'étonner de voir le lièvre bondir par-dessus la haie, parce qu’aucun être humain n’est capable d’un tel exploit. S’étonner aussi du rythme auquel bat le cœur d’un oiseau quand il vole. Alors, étonnons-nous, et n’allons pas trop vite...
...Dans mon enfance, j’ai été entouré de personnes qui étaient très croyantes. J’ai donc eu une solide formation religieuse. C’est quelque chose que l’on n’oublie pas. Et quand j'ai découvert le soufisme en lisant Ibn Arabi et surtout Rumi - incroyable écrivain - j'ai été vraiment séduit : parce que c’est presque un jansénisme, une religiosité dépouillée de tout. Il n’y a rien d’autre que le contact qu’on peut avoir avec Dieu. Pas d’intermédiaire. Même pas de prière. Juste cette relation, cette communion qui se fait à travers la beauté du monde et l’amour que l’on a pour les êtres humains. La lecture de Rumi m’a changé et beaucoup apporté. J'ai trouvé quelqu'un qui parlait la langue que j'espérais entendre. Et étonnamment, ce message qui s'adresse à l’islam peut être lu parfaitement par les chrétiens et les shintoïstes du Japon. La langue si inspirée de Rumi y est sans doute pour quelque chose : on a l'impression qu'elle est dictée, qu’il est habité. J’irai un jour à Konya en Turquie visiter son tombeau.
Jean-Marie Gustave Le Clézio
(source La Vie)
Giono disait qu’il fallait s'étonner de voir le lièvre bondir par-dessus la haie, parce qu’aucun être humain n’est capable d’un tel exploit. S’étonner aussi du rythme auquel bat le cœur d’un oiseau quand il vole. Alors, étonnons-nous, et n’allons pas trop vite...
...Dans mon enfance, j’ai été entouré de personnes qui étaient très croyantes. J’ai donc eu une solide formation religieuse. C’est quelque chose que l’on n’oublie pas. Et quand j'ai découvert le soufisme en lisant Ibn Arabi et surtout Rumi - incroyable écrivain - j'ai été vraiment séduit : parce que c’est presque un jansénisme, une religiosité dépouillée de tout. Il n’y a rien d’autre que le contact qu’on peut avoir avec Dieu. Pas d’intermédiaire. Même pas de prière. Juste cette relation, cette communion qui se fait à travers la beauté du monde et l’amour que l’on a pour les êtres humains. La lecture de Rumi m’a changé et beaucoup apporté. J'ai trouvé quelqu'un qui parlait la langue que j'espérais entendre. Et étonnamment, ce message qui s'adresse à l’islam peut être lu parfaitement par les chrétiens et les shintoïstes du Japon. La langue si inspirée de Rumi y est sans doute pour quelque chose : on a l'impression qu'elle est dictée, qu’il est habité. J’irai un jour à Konya en Turquie visiter son tombeau.
Jean-Marie Gustave Le Clézio
(source La Vie)
samedi 26 avril 2014
La grande vie de Christian Bobin
La poésie, c'est la flèche de l'éternel plantée dans le cœur...
vendredi 25 avril 2014
ça marche avec Axel Kahn
D'une certaine façon, même si c'est un peu sot de répondre ainsi, je cherchais le bonheur en côtoyant la beauté. Voilà ce qui était central. J’aime la beauté faite de main d’homme, mais je suis très attaché à la beauté de la nature, aussi roide et nue que possible. Elle m’est indispensable.
À six mois de la fin de mon mandat de président de l’université Paris-Descartes, je me suis demandé ce que j’allais faire après : me représenter ? Faire de la politique ? Être conseiller dans un cabinet ministériel ? Aucune de ces perspectives ne m’enthousiasmait vraiment. Ce que je désirais le plus, c’était de prendre le chemin. J’ai eu une vie très active pendant très longtemps, avec des postes à responsabilités - à même pas 40 ans, je dirigeais un laboratoire de 120 personnes ; et ça a fini par une université de 40000 étudiants et 5000 salariés. Une vie donc où une grande partie de votre journée est occupée à réagir aux sollicitations des autres. On réagit plus qu’on agit. On ne pense pas pour soi. Je me suis souvenu d’une rencontre que j’avais faite au début des années 1980, en randonnée avec un groupe d’amis au puy de Sancy.
J’avais aperçu un matin la silhouette allongée d’un vieux monsieur avec ses deux cannes anglaises posées à côté de lui, enveloppé dans sa couverture de survie, qui s’était fait prendre par le mauvais temps la veille au soir. Je lui avais posé cette question absurde : - Qu’est-ce qu'un homme dans votre état peut bien faire, ici ?» Il m’avait rétorqué : - Eh quoi, vous voudriez que je sois dans un hospice à quémander le pistolet et le bassin ? Chacun d'entre nous choisit sa vie. » Ça m'a marqué. En prenant le chemin, je ne répondais à la sollicitation de personne, je choisissais ma vie.
...Je voulais trouver une situation optimale pour consacrer à la pensée l’essentiel de mon temps. Et pour parvenir à cela, la marche est un moyen qui a peu d'équivalents. « Je est un autre », disait Rimbaud. Et on a rarement l’occasion d être en tête à tête avec cet autre. Quand vous marchez sur des centaines de kilomètres, seul, vous êtes vraiment face au personnage singulier qui est ce «je ». Et ce dialogue avec lui est ce qu’on appelle la pensée. C’est ce bonheur que je suis d’abord allé quérir, mais avec le désir profondément humaniste de trouver le moyen de partager. Il y a un proverbe gitan que j’apprécie : « Tout ce qui n'est pas partagé est perdu. » Je ne supporte pas une certaine mode actuelle du développement personnel, qui n’est pas une manière de s’enrichir pour donner, mais plutôt une forme du nombrilisme le plus mesquin. La seule justification de mon enrichissement durant le parcours, c’était le partage.
Je n’ai pas la chance d’avoir la foi. Si la quête de la beauté, de la rencontre de l’autre et du partage fait partie d’une sorte de quête spirituelle, alors oui. Par ailleurs, il y avait pratiquement dans mon désir de me mettre en route une démarche mystique : au moment de partir, je n’envisageais pas qu’il puisse y avoir un après. J’étais tellement dans la réalisation de mon projet que je ne voulais pas envisager ce que je ferais ensuite. Une fois parti, je me suis retrouvé totalement dans le présent, libre. D'une liberté totale, complète, absolue. Ce sentiment m’a submergé. J’ai vécu dans cette atmosphère d’allégresse où vous ne désirez rien d’autre que de persévérer dans ce que vous faites, que de rester là où vous êtes. Qu’il vente, qu’il pleuve, même si cela peut de loin sembler masochiste...
Et pourtant, malgré l’un des printemps les plus pourris du siècle, malgré toutes les anicroches et les accidents de parcours, mon enthousiasme et mon bonheur n’ont guère connu d’exception, en dehors d’une journée où mes pieds se sont retrouvés dans un très triste état...
Marcher permet de tout voir, en effet, et de se confronter à la réalité du pays. Les gens avaient des choses à me dire et à me demander : comment notre région peut-elle s’en sortir, etc. ? Comme je suis parti des Ardennes, j'ai commencé par du lourd. Et cela m'a suivi pendant les deux tiers de mon parcours. Dans toutes les régions jadis industrialisées que j'ai traversées, il y a une grande souffrance. J’ai entendu ce terrible « ils nous ont tout pris ». Les gens ont l’impression d’être abandonnés et qu’on leur en veut, que leurs valeurs sont l’objet d’un opprobre, d’une agression permanente de ces forces obscures, ce « ils », ce « on » qui conduisent vers un avenir encore pire qu’un présent que l'on rejette. Alors cela induit un sentiment de sécession et un positionnement réactionnaire inquiétant. Puisque seul le passé est considéré comme avoir été bon. Aux experts qui nous présentent l'économie à travers l’évolution de paramètres macroéconomiques comparés, de pays en pays, d’hôtel de luxe en hôtel de luxe à travers le monde, je propose de tailler un bâton et de se mettre en route avec moi pour se confronter à la réalité.
Axel Kahn
son blog
source : La Vie
À six mois de la fin de mon mandat de président de l’université Paris-Descartes, je me suis demandé ce que j’allais faire après : me représenter ? Faire de la politique ? Être conseiller dans un cabinet ministériel ? Aucune de ces perspectives ne m’enthousiasmait vraiment. Ce que je désirais le plus, c’était de prendre le chemin. J’ai eu une vie très active pendant très longtemps, avec des postes à responsabilités - à même pas 40 ans, je dirigeais un laboratoire de 120 personnes ; et ça a fini par une université de 40000 étudiants et 5000 salariés. Une vie donc où une grande partie de votre journée est occupée à réagir aux sollicitations des autres. On réagit plus qu’on agit. On ne pense pas pour soi. Je me suis souvenu d’une rencontre que j’avais faite au début des années 1980, en randonnée avec un groupe d’amis au puy de Sancy.
J’avais aperçu un matin la silhouette allongée d’un vieux monsieur avec ses deux cannes anglaises posées à côté de lui, enveloppé dans sa couverture de survie, qui s’était fait prendre par le mauvais temps la veille au soir. Je lui avais posé cette question absurde : - Qu’est-ce qu'un homme dans votre état peut bien faire, ici ?» Il m’avait rétorqué : - Eh quoi, vous voudriez que je sois dans un hospice à quémander le pistolet et le bassin ? Chacun d'entre nous choisit sa vie. » Ça m'a marqué. En prenant le chemin, je ne répondais à la sollicitation de personne, je choisissais ma vie.
...Je voulais trouver une situation optimale pour consacrer à la pensée l’essentiel de mon temps. Et pour parvenir à cela, la marche est un moyen qui a peu d'équivalents. « Je est un autre », disait Rimbaud. Et on a rarement l’occasion d être en tête à tête avec cet autre. Quand vous marchez sur des centaines de kilomètres, seul, vous êtes vraiment face au personnage singulier qui est ce «je ». Et ce dialogue avec lui est ce qu’on appelle la pensée. C’est ce bonheur que je suis d’abord allé quérir, mais avec le désir profondément humaniste de trouver le moyen de partager. Il y a un proverbe gitan que j’apprécie : « Tout ce qui n'est pas partagé est perdu. » Je ne supporte pas une certaine mode actuelle du développement personnel, qui n’est pas une manière de s’enrichir pour donner, mais plutôt une forme du nombrilisme le plus mesquin. La seule justification de mon enrichissement durant le parcours, c’était le partage.
Je n’ai pas la chance d’avoir la foi. Si la quête de la beauté, de la rencontre de l’autre et du partage fait partie d’une sorte de quête spirituelle, alors oui. Par ailleurs, il y avait pratiquement dans mon désir de me mettre en route une démarche mystique : au moment de partir, je n’envisageais pas qu’il puisse y avoir un après. J’étais tellement dans la réalisation de mon projet que je ne voulais pas envisager ce que je ferais ensuite. Une fois parti, je me suis retrouvé totalement dans le présent, libre. D'une liberté totale, complète, absolue. Ce sentiment m’a submergé. J’ai vécu dans cette atmosphère d’allégresse où vous ne désirez rien d’autre que de persévérer dans ce que vous faites, que de rester là où vous êtes. Qu’il vente, qu’il pleuve, même si cela peut de loin sembler masochiste...
Et pourtant, malgré l’un des printemps les plus pourris du siècle, malgré toutes les anicroches et les accidents de parcours, mon enthousiasme et mon bonheur n’ont guère connu d’exception, en dehors d’une journée où mes pieds se sont retrouvés dans un très triste état...
Marcher permet de tout voir, en effet, et de se confronter à la réalité du pays. Les gens avaient des choses à me dire et à me demander : comment notre région peut-elle s’en sortir, etc. ? Comme je suis parti des Ardennes, j'ai commencé par du lourd. Et cela m'a suivi pendant les deux tiers de mon parcours. Dans toutes les régions jadis industrialisées que j'ai traversées, il y a une grande souffrance. J’ai entendu ce terrible « ils nous ont tout pris ». Les gens ont l’impression d’être abandonnés et qu’on leur en veut, que leurs valeurs sont l’objet d’un opprobre, d’une agression permanente de ces forces obscures, ce « ils », ce « on » qui conduisent vers un avenir encore pire qu’un présent que l'on rejette. Alors cela induit un sentiment de sécession et un positionnement réactionnaire inquiétant. Puisque seul le passé est considéré comme avoir été bon. Aux experts qui nous présentent l'économie à travers l’évolution de paramètres macroéconomiques comparés, de pays en pays, d’hôtel de luxe en hôtel de luxe à travers le monde, je propose de tailler un bâton et de se mettre en route avec moi pour se confronter à la réalité.
Axel Kahn
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source : La Vie
jeudi 24 avril 2014
Le maître spirituel par Gilles Farcet
Quand la Présence est ressentie...
mercredi 23 avril 2014
Zazen et Ikebana pour être...
Pour la méditation au Japon, Zazen ou Ikebana ?
mardi 22 avril 2014
lundi 21 avril 2014
L'éternité d'un regard par Philippe Mac Leod
La terre entière est une boule de présence, sa courbe la réfléchit, la rayonne avec douceur, d'un influx inaperçu : miroir, peau frémissante, voile tremblant d’une présence plus secrète, le jour en donne l'éclat et la nuit sa profondeur. Je vis, mais je prends si peu conscience de l'immensité qui palpite, en ses moindres détails, comme la plus petite branche de l’arbre élancé au bout du chemin, l'herbe menue à mes pieds, la fleur naïve des talus, en sa démesure aussi, avec le bleu, le vertige de l’étendue, le picotement des étoiles.
Il me suffit, un court instant, d'être seulement plus attentif à cette présence, comme en un pas suspendu, pour entrer en contact avec une présence plus grande et plus troublante. Le monde visible, ce coin d'univers où nous respirons sans le savoir, où nous recueillons la lumière sans nous émouvoir, recèle comme un souffle, un battement, comme si Dieu lui-même ne cessait de lui être présent, comme si toute la vie qui l’anime n’aspirait qu’à communiquer cette présence.
Il vient, nous dit l’Apocalypse, parlant du Vivant, du Ressuscité, le Premier et le Dernier. Et en effet il ne cesse de venir, d’advenir, il est là, il vient, il s’approche, tout l’air est son haleine, la masse des arbres son épaisseur, l’océan son emprise, quand roule la vague, courant d’une main incertaine qui disparaît sous les sables.
Chaque heure est la sienne, gorgée de l’éternité qui fait le temps, chaque jour est son imminence, chaque instant, chaque seconde porte une plénitude dont le cœur seul connaît la portée. L’espace même, dès que nous en prenons la mesure, dès que notre conscience comme une aile le recouvre, le devient pour ainsi dire, semble s'animer. L’air, qui n'est pas un vide, se fait conducteur, la distance, rayonnement, lien, murmure. Ma présence au monde rejoint la présence de Dieu à chaque vivant, à travers cette existence, cette miraculeuse instance d’un équilibre toujours périlleux, de présence à présence, de cœur à cœur, de cet envers des apparences à cet envers que je suis en mon esprit.
Le silence, comme les anges, passe les murailles, il loge au-dehors comme le silence, comme les anges, passe les murailles, il loge au-dehors comme au-dedans, il voyage, se déplace sans bruit, dans l'espace qui est au-dedans comme au-dehors. Cet infini sans bords ni rêves, sans heures ni rives, que je perçois à travers le ciel qui s'étire, ne fait qu’ouvrir cet infini d’intensité que je sens se ramasser en un foyer, un point vibrant au plus loin de moi-même. Comme en miroir, ils se répondent, et c’est ce dialogue vivant, secret, qui fait le monde.
L’éternité colore la paix de cet instant qui en dessine la trame, les contours vagues, la forme à venir. Elle porte en elle, comme un enfant, comme dans les peintures anciennes les détails finement ciselés de la Jérusalem céleste, ce clair vallon que j’aperçois au loin, à l’écart de tout, et qui affirme d'une voix claironnante l'unique actualité de la présence.
Non, l’éternité n’est pas si loin. Elle épouse les rondeurs de cette plénitude, sa brillante transparence. Le monde ne lui est pas étranger. Depuis l’origine, il a sa place en elle. Il nous la transmet, par gouttes infimes. Et le regard que je pose aujourd'hui sur lui, dans la clarté d'un rayon, a déjà tout de l'éternel, bien plus que le ruissellement de l'astre d'en haut, non seulement la lumière qui éclaire, mais celle qui tremble, celle qui traverse toutes choses, la matière comme la chair.
Il me suffit, un court instant, d'être seulement plus attentif à cette présence, comme en un pas suspendu, pour entrer en contact avec une présence plus grande et plus troublante. Le monde visible, ce coin d'univers où nous respirons sans le savoir, où nous recueillons la lumière sans nous émouvoir, recèle comme un souffle, un battement, comme si Dieu lui-même ne cessait de lui être présent, comme si toute la vie qui l’anime n’aspirait qu’à communiquer cette présence.
Il vient, nous dit l’Apocalypse, parlant du Vivant, du Ressuscité, le Premier et le Dernier. Et en effet il ne cesse de venir, d’advenir, il est là, il vient, il s’approche, tout l’air est son haleine, la masse des arbres son épaisseur, l’océan son emprise, quand roule la vague, courant d’une main incertaine qui disparaît sous les sables.
Chaque heure est la sienne, gorgée de l’éternité qui fait le temps, chaque jour est son imminence, chaque instant, chaque seconde porte une plénitude dont le cœur seul connaît la portée. L’espace même, dès que nous en prenons la mesure, dès que notre conscience comme une aile le recouvre, le devient pour ainsi dire, semble s'animer. L’air, qui n'est pas un vide, se fait conducteur, la distance, rayonnement, lien, murmure. Ma présence au monde rejoint la présence de Dieu à chaque vivant, à travers cette existence, cette miraculeuse instance d’un équilibre toujours périlleux, de présence à présence, de cœur à cœur, de cet envers des apparences à cet envers que je suis en mon esprit.
Le silence, comme les anges, passe les murailles, il loge au-dehors comme le silence, comme les anges, passe les murailles, il loge au-dehors comme au-dedans, il voyage, se déplace sans bruit, dans l'espace qui est au-dedans comme au-dehors. Cet infini sans bords ni rêves, sans heures ni rives, que je perçois à travers le ciel qui s'étire, ne fait qu’ouvrir cet infini d’intensité que je sens se ramasser en un foyer, un point vibrant au plus loin de moi-même. Comme en miroir, ils se répondent, et c’est ce dialogue vivant, secret, qui fait le monde.
L’éternité colore la paix de cet instant qui en dessine la trame, les contours vagues, la forme à venir. Elle porte en elle, comme un enfant, comme dans les peintures anciennes les détails finement ciselés de la Jérusalem céleste, ce clair vallon que j’aperçois au loin, à l’écart de tout, et qui affirme d'une voix claironnante l'unique actualité de la présence.
Non, l’éternité n’est pas si loin. Elle épouse les rondeurs de cette plénitude, sa brillante transparence. Le monde ne lui est pas étranger. Depuis l’origine, il a sa place en elle. Il nous la transmet, par gouttes infimes. Et le regard que je pose aujourd'hui sur lui, dans la clarté d'un rayon, a déjà tout de l'éternel, bien plus que le ruissellement de l'astre d'en haut, non seulement la lumière qui éclaire, mais celle qui tremble, celle qui traverse toutes choses, la matière comme la chair.
Philippe Mac Leod
(source La Vie)
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