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jeudi 8 janvier 2009

Boules de neige...

Ce matin-là, en se réveillant, le jeune moine découvrit un paysage tout de blanc vêtu. Toute la nuit il avait neigé. Sans savoir d'où cela venait, une joie immense l'envahissait, une envie de rire. Ce fut à ce moment qu'il reçut une boule de neige. Un rire se fit entendre, il découvrit le visage illuminé d'une petite fille aux cheveux noirs. Il ramassa de la neige, en fit une boule et la lança dans la direction de la fillette. S'ensuivit une partie de rires entre eux.
Au bout d'un moment, essouflés, ils s'arrêtèrent. Ils allèrent s'asseoir près du vieux moine qui les regardait avec compassion.
Le jeune moine secoua la neige de ses vêtements, le vieux moine lui donna un verre grossissant...

- Regarde, dit-il...
Le jeune homme observa les flocons...
- C'est extraordinaire, s'exclama-t-il, puis il passa la loupe à la fillette.
En effet, qui a déjà regardé un flocon de neige, cette beauté mystèrieuse et géométrique ?
- On dirait des étoiles, dit la jeune fille, c'est magnifique !...
- Oui, parfois, lorsqu'on se penche sur les petites choses, elles nous apparaissent magiques. Chaque flocon nous offre cette beauté, regarde ce tapis blanc, ce sont des millions de flocons...
Le jeune moine prit un flocon sur son doigt, il ne laissa qu'une perle d'eau où se reflétaient le ciel et son visage rougi et arrondi...
- De flocon il devient eau et avec la chaleur vapeur, pourtant dans la goutte d'eau le flocon existe toujours. Est-ce que le flocon, même en se débattant, pourrait rester flocon ?...
- Non, je ne le pense pas, il fondrait, ce serait peine perdue...
- En effet, il souffrirait pour rien ; lorsqu'il rencontre ta chaleur, il devient eau, qu'il le veuille ou non...
- Cela vaut-il aussi pour l'homme ? S'il rencontre suffisamment de chaleur et d'amour, il peut se transformer ?...
Le vieux moine sourit.
- Oui, même s'il désire rester attaché à ce qu'il était, qu'il le veuille ou non, quelque chose en lui ne sera plus pareil. De plus, cet attachement sera cause de souffrance...
- Pourtant certaines personnes voudraient changer, mais n'y parviennent pas, elles se sentent prisonnières de ce qu'elles sont...
- La goutte d'eau est-elle coupable de ne plus être flocon ? Elle est l'instant... Quand je me suis levé ce matin et que je suis sorti, j'ai ressenti une immense joie... J'étais l'instant... Puis cette joie s'est effacée, est-ce le fait de me juger ? Le jugement fait partie du tout, que je le veuille ou non, le jugement n'est pas condamnation...
Le jeune moine est perdu dans ses pensées, lorsqu'une boule de neige s'écrase sur sa tête, et les milliers de flocons deviennent des perles de lumière sur son crâne rasé.
Le vieux moine se mit à rire, suivi de la fillette et du jeune moine.
Vivre l'instant et aimer.
Tels des moineaux, les trois comparses sautillaient en lançant ou évitant les boules de neige...

Tiré du blog "Paix des âmes"

mardi 15 janvier 2013

Etre dans la neige avec Jean Claude Ameisen


« A partir de ce presque Rien, un minuscule atome de neige, j’ai été proche de recréer l’Univers entier, qui contient tout ! »  

Johannes Kepler. 

Strena seu de nive sexangula [Etrennes ou la neige hexagonale].



Extrait de l'émission "Sur les épaules de Darwin"

"Un cadeau de Nouvel An"




« Lire la neige c’est comme écouter de la musique.  
Même quand il n’y a pas de chaleur, pas de nouvelle neige, pas de vent – même alors, la neige change. Comme si elle respirait – comme si elle se condensait et s’élevait et retombait et se désintégrait. » 

Peter Høeg. 
Smilla et l’amour de la neige.

« Parti à la recherche d’un présent à travers les bourrasques de la Prague hivernale, Kepler ne trouve rien.  Mais ce rien est tout : un flocon de neige lui révèle la structure de l’univers.  
Sa structure hexagonale est l’une des figures élémentaires de la matière – une « figure cosmopoétique », dit Kepler – c’est-à-dire littéralement, « fabricatrice du monde ».  
En cherchant à reconnaître de telles figures géométriques dans la nature, on accède au mystère du monde et de sa construction.  
Ces figures, Kepler les découvre partout : dans la forme hexagonale du flocon de neige, dans les cinq figures fondamentales qui président à la cosmologie képlérienne et expliquent les distances entre les planètes, dans les alvéoles d’un nid d’abeilles.  
[Le flocon de neige] objet infime mais crucial par sa fonction architectonique, éphémère mais permanent par sa structure géométrique.  
Sans doute, il s’agit d’un divertissement, d’un jeu. Mais ce jeu, et ce rien dissimulent la question essentielle de la construction de l’univers. […]  
Que la science ait pu être si poétique et littéraire, voilà qui peut sembler difficile à admettre. » 

Frédérique Aït-Touati. 

Contes de la lune. Essai sur la fiction et la science moderne.


jeudi 8 janvier 2009

Les six mondes féeriques des flocons


"Les Chinois avaient eux aussi développé une explication numérique de la structure des flocons. La référence la plus ancienne remonte probablement à 135 av. J.-C., quand Han Ying écrivit : «Les fleurs d'une plante ou d'un arbre présentent en général cinq ramifications, le flocon lui... en présente toujours six. » T'ang Chin l'érudit raisonnait en pythagoricien quand il expliquait que « puisque six est le nombre de l'eau, quand elle gèle et produit une fleur (le flocon) elle doit avoir six ramifications. »
Des siècles plus tard, ce fut Johannes Kepler qui en 1611 se demanda : « Pourquoi toujours six branches ? », et qui tenta d'en découvrir la géométrie. Il fallut attendre que le savant anglais Robert Hooke (1635-1703) les observe au microscope vers 1600 – et en dessine les esquisses – pour que leur forme soit totalement reconnue en Occident..."

Extrait du livre "Géomètrie sacrée" de Stephen Skinner

Le flocon de Koch



La représentation mathématique de Helge Von Koch permet de représenter de manière assez juste la nature fractale du flocon. Aucune autre matière que l'eau ne cristallise sous autant de formes...

jeudi 30 décembre 2010

Mandala du flocon de neige (à colorier)

La beauté du flocon de neige est éphémère. 
A peine a-t-on le temps de l'admirer qu'il fond. 
Ainsi va le monde : nos vies changent perpétuellement, mais au fond de nous l'esprit est immuable.

Extrait du coffret "Atelier mandala" de Lisa Tenzim-Dolma aux éd. Solar
Tous les articles sur les flocons de neige

dimanche 13 février 2011

La force du NON avec Joshin Luce Bachoux

Trois petits moines sous la neige
Puissante est la force du refus, la force du " non ". 
Non au cours de la vie, non à ce qui ne va pas dans le sens des désirs, 
non à tout ce que je ne maîtrise pas.
par Luce Joshin Bachoux

Il neigeait déjà quand je me suis levée. Ma première réaction fut de penser : " Ah, non ! pas la neige, encore ! " Amusée par ma mauvaise humeur, je contemplai par la fenêtre les flocons minuscules qui tombaient dru, voletant en tous sens, en pensant : " Si ces flocons avaient un esprit humain, au lieu de se laisser porter et de tomber là où le vent les envoie, je suis sûre qu'ils râleraient et grommelleraient : " Je ne veux pas aller ici, non, là non plus ça ne me plaît pas, et non pas à côté de celui-ci, et ici c'est trop bas..." Tant est puissante chez nous la force du refus, la force du " non ". Non à ce qui se présente que je n'ai pas souhaité, non au cours de la vie, avec la maladie et la vieillesse et la mort, inévitables ; non à ce qui ne va pas dans le sens de mes désirs, non à tout ce que je ne maîtrise pas, ne contrôle pas.  



De même que ce flocon léger relie le ciel et la terre, nous allons parcourir l'espace entre la naissance et la mort. Nous allons y rencontrer des joies et des souffrances, des cadeaux et des deuils, des retrouvailles et des ruptures... Puissions-nous les accepter avec grâce et légèreté, plutôt qu'avec colère et refus. Et peut-être que le travail - au sens d'un travail d'accouchement que les religions ou les véritables voies spirituelles effectuent en nous - est de nous transformer, de nous faire renaître dans le changement de ce "non " en "oui ". Que Ta volonté soit faite... Et il nous faut parfois tant de temps pour comprendre : ce " oui " n'est pas bougon, comme celui d'un écolier qu'on envoie faire ses devoirs dans sa chambre, au lieu de regarder la télé, et qui traîne les pieds, marmonnant dans sa tête : " Quand je serai grand, je ferai ce que je veux... " C'est le oui plein d'élan, de mouvement de celui qui s'élance vers l'aimée, les bras grands ouverts. C'est l'acceptation, non pas parce que " je n'y peux rien ", mais parce que ce qui est là, plaisant ou douloureux, joyeux ou contrariant, est ma réalité, est ce que je vais vivre. 


Souvent, je ne l'aurais pas choisi, j'avais vu pour moi, pour cette personne que j'aime un autre avenir. Mais voilà, c'est cela. Et pourtant, me direz-vous peut-être, je dois bien agir, prendre des décisions, décider quel sens donner à ma vie. Je suis un être humain, avec en toute situation un choix possible : comment concilier, réconcilier ces deux composantes de notre vie ? À chacun de trouver sa réponse, bien sûr ; moi, j'aime bien l'histoire des trois petits moines.


Tout là-bas, au fond des montagnes, il neige. Le silence des monastères est soudain troublé par un chuchotement, puis une discussion qui tourne à la vraie dispute. Le Supérieur voit apparaître devant lui deux petits moines tout agités. Il les fait asseoir devant lui, leur laisse un peu de temps pour se calmer, puis leur demande la raison de tout ce bruit. Le premier dit : " Maître, n'est-il pas vrai que tout ce qui vit, tout ce qui existe doit tout à la grâce ? Nous sommes si fragiles, sans nous en remettre à la grâce, comment pourrions-nous chaque jour avancer sur le chemin du cœur ? " - C'est vrai ", répond le Maître. " Mais, permettez-moi, Maître, intervient le deuxième petit moine, encore un peu rouge. C'est à nous qu'il appartient de choisir la direction de notre vie : la grâce peut-elle alors apparaître autrement qu'à travers nos efforts, notre application ? " - C'est vrai ", répond le Maître. Alors un troisième petit moine, qui était resté jusque-là un peu caché dans un coin, toussota et dit : " Maître, je ne comprends pas... Vous avez dit : "C'est vrai" au premier, puis :" C'est vrai " au second qui disait le contraire... ?" - C'est vrai ", répond le Maître. La neige tourbillonne : résiste-t-elle au vent ou danse-t-elle avec lui ? 

Joshin Luce Bachoux, nonne bouddhiste, a été ordonnée au Zuigakuin, un monastère de la montagne japonaise, voici vingt ans. Elle a ouvert, en 1991, la Demeure sans limites, à la fois temple zen et lieu de retraite, à Saint-Agrève, en Ardèche.
(Source : La Vie 2004)


Vous pouvez voir tous les articles de Joshin Luce Bachoux en cliquant son nom dans le libellé ci-dessous

mardi 25 décembre 2018

Simple silence avec Christian Bobin

S comme Silence

« Le silence est la plus belle matière. On sait que le pétrole va s'épuiser, après nous avoir épuisés. On sait que les diamants et l'or ne sont pas en quantité indéfinie dans la terre. Mais il existe une matière qui, tout en étant précieuse, est surabondante. C'est le pur silence du lecteur penché sur son livre, ou la petite respiration à peine perceptible du nouveau-né qui dort. Le silence est le mariage de l'éveil et du sommeil, de l'extrême attention et de l'extrême repos. Si le silence était un événement de la nature, ce serait un flocon de neige. Si le silence était en vers, il serait un poème de Jean Grosjean. Et si le silence était une personne, on ne saurait pas son nom, on ne la verrait pas, et on ne pourrait absolument pas douter qu'elle est là. »

S comme Simplicité 

« C'est comme si nous traversions cette vie avec un petit tablier d'enfant, plein de taches. La simplicité, c'est de le dénouer et de l'enlever. Tous les liens vitaux, amicaux, amoureux, réels, peuvent venir. Quand on voit un rouge-gorge avec son petit torse de lutteur et son maillot rouge, ou quand on entend la voix de la poétesse Marceline Desbordes-Valmore, ou encore certaines paroles aiguisées de Corneille, on sait que la simplicité est la grande porte de la vie. On a besoin d'un peu de pain, de murs solides - comme le nid des oiseaux, il faut que notre abri soit un minimum stable. Et au-dessus, c'est la splendeur de la vie. Celle de tout ce sur quoi portent nos yeux, et qui jamais ne fera défaut. Il y a quelques jours, j'ai vu dans un verger à l'herbe noircie par le gel quelques grosses pommes qui étaient tombées. Et elles étaient autant de planètes extraordinaires, bien plus étranges que Mars et d'autres prétentieuses de l'univers. Quoi de plus simple qu'une pomme, quoi de plus parfait ? Demandez au gros cheval lourd à la robe blanche sale qui errait dans l'herbe. Demandez à Cézanne, demandez à Giacometti, qui a peint une pomme plus rayonnante qu'un pharaon : vous sentez la folie du cœur de l'artiste qui est allé chercher le point premier de toute existence à l'intérieur d'une petite pomme presque décatie, oubliée sur une commode. Il est allé capturer le début de l'univers dans un fruit banal et il l'a mis définitivement à l'abri de la pourriture : en majesté dans sa peinture. »



source : La vie
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dimanche 22 janvier 2012

Un jour comme ça... avec Joshin Luce Bachoux


Il y a des jours comme ça où l’on a juste envie de se mettre à sa fenêtre et de regarder tomber la neige ; ou bien d’aller s’asseoir dans la salle de méditation, loin des journaux, du tumulte et des nouvelles. Des jours où le monde est simplement trop lourd, et où l’on n’a plus que le désir de se retirer, de dire : « Je ne veux pas être là, ni être témoin, ni être partie prenante de ce qui se passe. Continuez sans moi ; je veux juste compter les nuages, remonter la rivière à sa source, m’envoler avec les oiseaux. Je ne peux ni faire, ni défaire, mais je ne veux plus regarder, ni entendre. Il est vrai que je fais partie du monde, de ce monde, comme le flocon qui tourbillonne et disparaît, comme la graine qui germe dans l’obscurité en ce moment même, comme la mouche qui se cogne, encore et encore, contre la vitre, ou comme le souriceau – ah ! – qui m’épie de dessous le placard… mais moi, dois-je absolument prendre conscience de ce qui m’entoure, de la douleur, des guerres, de l’insatiable violence, de la cruauté sans fin ? Dois-je toujours soupirer du plus profond du cœur devant la souffrance, l’errance, le deuil, la mort ? »

Aujourd’hui, je veux rêver, rêver de blancheur et de calme, rêver de ré­conciliation et de pardon ; rêver que le cri est de joie, et les gestes de tendresse. J’aimerais que le monde fasse une pause, qu’il nous offre un instant où s’essouffle la violence, cesse la folie ; une heure où l’impatience de l’amour prendrait le pas sur l’urgence de la colère. Un monde qui se réveillerait dans un éclat de rire…

Je sais, je sais : je n’ai pas raison. On ne peut pas, on ne doit pas fuir ce monde que nous partageons tous, pour le meilleur et pour le pire. Le laisserons-nous aux plus violents, l’abandonnerons-nous aux porteurs de haine ? Notre place est là, en plein milieu, j’en suis convaincue, mais aujourd’hui, je m’absente. C’est juste un de ces jours où est tombée la fameuse goutte qui fait déborder le cœur : un autre massacre, une autre horreur, une autre victime.

Je sais : ce monde est aussi ­généreux, et à chaque instant, un sourire, un don, une main tendue transforment une vie lui donnant espoir et courage. N’avons-nous pas, chacun, reçu et donné plus que nous ne pensions possible ? N’avons-nous pas été accueillis quand nous étions seuls, soutenus quand nous étions trop faibles parfois pour continuer ? Et la beauté de ce monde ! Je vois la grâce dans le sapin qui ploie sous l’étreinte de la neige, l’harmonie dans la courbe de la colline qui se détache sur le gris du ciel ; j’aime la douceur potelée du nuage et la plénitude du soir, quand l’ombre voile peu à peu la lumière ; sans oublier la beauté de l’arc de pierre au-­dessus du porche et des lauzes grises de cette maison qui sait si bien se ­blottir entre prés et forêt.

Je sais : après cette longue ­journée, doucement triste, demain je vais refaire un pas en avant, revenir avec tous les autres, reprendre ma place. Parce que je l’aime, ce monde qui nous est donné, que nous avons façonné, dans son imperfection, avec son chaos, ses limites ; ce monde qui contient aussi mon chaos et mes limites. Parce que je suis sûre que nous pouvons, même un peu, même imperceptiblement, le changer, l’enrichir, le rendre plus aimant. Et que si l’on ne peut pas, il faut quand même essayer – même s’il y a des jours comme ça…


Joshin Luce Bachoux
Nonne bouddhiste, Joshin Luce Bachoux anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.

Source : La Vie

mercredi 3 février 2016

Les cieux de Marie-Elise Larène


Peintre et pastelliste, elle crée, depuis près de 30 ans, des ciels. À leur contact, elle a découvert la dimension spirituelle qui l'habitait et qui ne demandait qu'à éclore. ...


Ma dimension spirituelle a mis du temps à émerger. Son fil conducteur était logé en moi, depuis toujours. J'ai été une petite fille fervente, entourée par des parents pieux. Mon père a d'ailleurs voué sa vie à la Vierge par son art. J'ai un souvenir très fort de ma confirmation qui m'a bouleversée. Avec le recul, je considère cet événement comme une expérience de Dieu. Assez jeune, j'avais troqué la pratique religieuse contre la visite de lieux de cultes où je trouvais de quoi épancher ma soif : à l'église Saint-Julien-le-Pauvre (Paris Ve), séduite par la liturgie orientale d'une grande beauté, à Saint-Georges (Paris XIXe), bercée par les chants orthodoxes... Ces rites étrangers me transportaient dans un doux voyage poétique. Ma vie spirituelle s'est créée comme j'ai fait mes dessins : elle a puisé sa source dans mes expériences, mes épreuves, et dans mon coeur. Jusqu'à la cinquantaine, j'en avais une idée très floue. Dans mes tableaux, elle se manifestait sur un plan poétique, mystique, onirique. Ces composantes, retrouvées dans les ciels, m'ont peu à peu permis de rejoindre une sphère bien plus profonde, au goût d'éternité.

L'éternité est dans un écrin qu'il nous appartient à tous d'ouvrir, à tout moment. Il est comme un flocon de neige porté par le vent. Mes toiles fixent cette dimension qui m'habite, avant, pendant, et après l'acte créateur. Le temps est alors comme suspendu, arrêté. L'éternité est ce présent vécu avec intensité, non pas dans l'intelligence, mais dans le cœur. Lorsque je peins, je fais fi de tout le reste. Cette plénitude, je la retrouve dans la méditation, le matin. Descendue dans mon ciel intérieur, j'embrasse alors un peu de cette béatitude dans laquelle j'espère être plongée après ma mort. Nous en avons tellement peur, et si peu de belles choses sont dites à son propos ! Nous ne pouvons certes qu'esquisser une image de l'au-delà. Mais je n'ai aucun doute sur son existence. Je crois que nous sommes un esprit divin dans un corps physique, et que notre enveloppe s'éteint, disparaît, le passage franchi. Je vois la vie comme un terrain d'expériences, d'apprentissages précieux permettant à chacun de se découvrir en vérité et en plénitude. Pour, au final, retourner à un état de perfection, semblable à celui du nourrisson, qui n'a rien d'autre à donner et à recevoir que de l'amour. Mon but est de mourir au plus proche de cet état de confiance et de pureté. Je vois la mort comme les retrouvailles d'un lieu d'accueil fabuleux. Retrouvailles avec le Père éternel et tous ceux que nous aurons aimés. Le ciel sera ma récompense. C'est sur terre que la vie est sans concession !

J'ai fini par comprendre à quel point je l'aimais, cette vie. Il m'a fallu 32 ans. Mes toiles contiennent toujours un horizon de terre car je me refuse à être en apesanteur, suspendue au-dessus du vide : je veux témoigner de la beauté du ciel sur la terre, en tant qu'être humain, à ma hauteur d'1,63 m. J'offre à voir quelque chose auquel les gens ne donnent que peu de temps et d'attention. Or, nous nous rejoignons tous quand il s'agit de beauté, d'équilibre et d'harmonie. L'artiste a pour vocation de proposer d'autres chemins de vie, de visions et de conscience des choses. Depuis peu, je dessine, et brode certaines de mes œuvres au fil d'or, des anges. Par ces créations, je voudrais que chacun prenne conscience qu'un ange veille sur lui à chaque instant. Loin d'être une fuite, le ciel est un tremplin pour aller plus loin, plus haut. Mes tableaux traduisent cet idéal, mais ils sont aussi le reflet de mon état d'être profond, le témoin de ma foi et de mon idéal. Accordé à mon tempérament passionné, le pastel, qui est fait avec des pigments purs, sert mes toiles d'une intensité vibrante.

Le ciel, qui n'est qu'inconstance de par ses mouvements et ses couleurs changeantes, m'a appris à accepter l'impermanence de la vie, sans me sentir pour autant en insécurité. C'est d'ailleurs lorsque j'ai perdu la sécurité matérielle et connu la précarité que j'ai dû apprendre à me forger intérieurement pour gagner ma liberté. Les sécurités que je cherchais à l'extérieur étaient en fait des chaînes. On ne gagne jamais autant sa liberté que lorsqu'on en a manqué : 18 ans durant, j'ai peint des ciels dans une cave. Manquer de lumière me poussait à la désirer ardemment, et donc à la créer.

Je ne demande ni assurances, ni preuves, ni garanties. Je ne cherche pas de réponses, mais des épousailles avec le mystère qui me comble et me remplit. Je crois qu'un dessein divin nous conduit. Et souvent, j'ai été surprise de mon propre chemin. Comment être pessimiste puisque je ne sais rien de l'avenir ? Je fais ce que j'ai à faire pour aider. Je sais que je suis là pour ça.



source : La Vie
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jeudi 26 octobre 2023

Flocons de pensées

 Hier à la méditation, nous avons abordé un sujet sur lequel nous pouvons toujours revenir : quelle est notre intention en méditant ?

Avons nous une intention uniquement tournée vers notre bien être ?

Est-elle plus altruiste ? Est-elle orientée vers le bien de tous les êtres ? La réponse appartient bien sûr à chacun, mais la question mérite toujours d'être posée.

Nous avons ensuite parlé de nos pensées. Elles peuvent bien souvent nous emporter, surtout si nous n'avons aucune idée de quoi elles sont faites, si nous leur accordons une réelle et substantielle importance.


Les pensées peuvent être comparées à des flocons de neige qui quand ils arrivent sur une pierre très chaude, disparaissent instantanément en touchant la pierre, au lieu de s'accumuler en un gros tas de neige.

La pierre chaude c'est cultiver la présence pour être capable de voir la pensée surgir sans que nous ne fassions rien, de réaliser que cette pensée est insaisissable, on ne peut ni l'attraper, ni la retenir et quoi qu'on fasse (ou ne fasse pas) et elle disparaît sans laisser de trace, si ce n'est parfois d'entraîner une nouvelle pensée qui aura les mêmes caractéristiques.

Quand cela est vu, le flocon de la pensée disparaît en un instant, sans laisser de trace.

Cela est relativement facile à comprendre, mais apprendre à ne rien faire de nos pensées, à ne pas se laisser entraîner ou distraire par elles demande une attention bien aiguisée.

La question est : Souhaitez-vous vraiment vous y entrainer ? Ou préférez-vous être le jouet de vos pensées qui risquent de vous amener à poser des actes de façon uniquement réactionnelle, des actes posés sans aucune conscience et dont vous ignorez souvent les conséquences ?

Quelle est la solution qui pourrait vous amener à être vraiment heureux ?

Notez qu'il n'est aucunement question d'influencer la chute des flocons, de diminuer vos pensées. Cette intention-là ne pourrait avoir qu'un résultat très temporaire.

Je vous souhaite à tous une belle journée, laissant les flocons vos pensées s'évaporer grâce à la pierre chaude de l'attention.

Philippe Fabri

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dimanche 27 août 2017

Sur les pas de Charles de Foucauld

"Nous sommes la feuille sèche, le grain de poussière, le flocon d’écume. 
Soyons seulement fidèles et laissons-nous porter avec un grand amour 
et grande obéissance là où nous pousse la volonté de Dieu jusqu’à ce qu’un dernier souffle de ce vent béni nous porte dans le ciel." 

Lettre au Père Jérôme, janvier 1897

Charles de Foucauld
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dimanche 1 mars 2015

Le cœur tel un matin soyeux parc Philippe Mac Leod


C’est d’abord un long silence, une pluie sans bruit dans la nuit, la fin rendue aux commencements. Seulement après, longtemps après, pour qui sait attendre, entendre, le silence devient lueur, silence pour les yeux, pour les mains, espace et temps ensevelis sous la même neige. Et tout est blanc, à nouveau, le ciel et ses arbres, la terre et ses chemins, l’air qu’on respire, l’air qui se déplace aussi léger qu’un flocon, et le cœur, le cœur comme un matin soyeux, le cœur qui s’émerveille, lui-même est blanc, touché par la neige, et lisse, rond, libre des traits anciens qui le vieillissaient.
Les lignes patiemment tracées, creux à creux, d’un relief à une courbe plus sinueuse, la neige les recouvre, la neige innombrable, de nulle page, si dense en son silence, de nulle forme et toutes les recréant, la neige en sa chute immobile, éparse et comme suspendue, la neige ininterrompue, qui fait du livre achevé un ciel lisse où l’oiseau apprend à marcher.

Nul envol, mais ce grand, ce vaste étalement, au souffle du silence une aile muette sur l’ombre des vallées. Nous avons perdu tout savoir, tout chemin, la barrière dérobée avec son troupeau. À travers des champs déjà moissonnés nous avançons, un peu plus haut qu’hier et sans jamais sentir sous nos pas l’épaisseur qui longtemps nous a portés. Au bout de nos membres, il n’y a plus qu’un crissement de glace ou d’étoiles, le scintillement étourdissant d’un ciel pilé, et dru, piquant, l’œil aveuglé cherchant parmi les dentelles le chemin du retour, sans comprendre, dans la transparence de la blessure, que tout seulement commence.

L’ombre bleue sous les arbres, comme à l’intérieur d’un glacier, ou comme un reflet gelé, nous rend un peu du ciel tombé sans se briser, tout l’azur dans chaque étincelle, une seule note, sur le gong de la terre à peine bombé, immense et étincelant, un seul coup, infiniment suspendu, midi arrêté, midi sur les neiges éternelles. Peut-être la mer à son zénith, qui est l’envers de la nuit, retournée avec toutes ses étoiles, ses anges, ses rêves fous, ses abîmes sans fin, au matin, à nos portes, humble et docile en son corps éparpillé, la tunique d’une lumière venue de plus loin, de plus haut que le jour. Dans son abondance la neige nous a laissé la mémoire. Les yeux gardent le vertige de cette chute longue et simple jusqu’au matin, qui s’étire dans nos gestes vagues, au bout de nos mains hagardes, nous-mêmes ne nous reconnaissant pas dans l’éclat nouveau de nos visages. Le long du chemin piétiné, un silence persiste, une lenteur assourdie, une transparence déjà s’évaporant, les secondes espacées, égales, les heures tranquillement amoncelées. Jour blanc, qu’on n’entend plus, seul présent, d’un pas au-dessus du sol, absorbant les contours qu’il recouvre, la grisante altitude couchée dans les champs, les choses soudain sans poids, laissant là, en petits monticules, leurs défroques glacées. Ô l’ombre bleutée d’un dernier soleil frôlant la neige du chemin, milliers d’étoiles suspendues à l’herbe sèche qui dépasse, et l’arbre mort, soudain, qui s’ébroue et s’envole.

Cette blancheur qui disparaît, comme s’éteint l’éclat de la montagne éblouissante, en se déchirant nous ramène sur une autre terre, un monde oublié qui remonte et s’arrête à la hauteur de nos souliers, où nous cherchons un autre équilibre. Mais le pas qui a foulé la lumière n’est plus le même. En rentrant, le regard luit d’un cristal fondu à la chaleur de nos mains.

Philippe Mac Leod est poète et écrivain. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Avance en vie profonde, un recueil de poésie, paru en 2012 aux éditions Ad Solem.