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lundi 6 octobre 2008

Prisonnier au berceau par Christian Bobin

Couverture du livre audio Prisonnier au berceau
© Mercure de France Durée : 2h (2CD audio)
Prix coffret 16 Euros
Cet ouvrage a reçu le Prix handi-livres du Meilleur livre lu 2006, décerné par la Mutuelle Intégrance.

En voici un extrait :





Christian Bobin.
Né en 1951 au Creusot, Christian Bobin est un enfant solitaire aimant la compagnie des livres. Après des études de philosophie, il travaille pour des bibliothèques et des musées, puis en tant que rédacteur à la revue Milieux. Ses premiers textes, caractérisés par leur brièveté, sont publiés dans les années 1980 aux éditions Brandes, puis chez Fata Morgana. En 1992, les éditions Gallimard publient Le très bas, un livre consacré à Saint François d'Assise. Cette parution marque le début d'un grand succès auprès de la critique mais aussi d'un large public. Usant de mots très simples, soigneusement choisis, Christian Bobin s'adresse directement à l'âme de ses lecteurs.

"Pendant plusieurs dizaines d'années, je n'ai eu qu'une meurtrière pour voir la vie : un rectangle ouvert sur le ciel pur. Ma vue s'est faite à cette exiguïté : j'appris à trouver dans le vol aigu d'une hirondelle ou dans l'interminable dérive d'un nuage les nourritures nécessaires à ma joie." Christian Bobin pendant l'enregistrement du livre audioChristian Bobin a grandi au Creusot, "ville aux usines dormantes". Enfant solitaire, il est longtemps resté à l'ombre de la maison familiale, comme si un ange l'empêchait de s'en éloigner. C'est donc de la fenêtre de sa chambre que ce voyageur immobile a découvert le monde. Et en contemplant la nature, le ciel, la lumière, il a appris à capter les beautés essentielles cachées dans l'ordinaire. Après la lecture, Christian Bobin répond aux questions d'Aurélie Kieffer, journaliste et présidente de l'association Lire dans le noir.
En enregistrant son livre, Christian Bobin a vécu "une expérience étrange et grave, qui aide à comprendre un peu mieux ce qu'est l'âme". L'écrivain a été très attentif à restituer la musique de ses mots. La lecture est suivie d'une plage musicale : un extrait du disque de Daniel Grosjean, "Le cycle des familles", que Christian Bobin écoutait lorsqu'il écrivait cet ouvrage.
Autre bonus, Lire dans le noir vous propose un entretien avec Christian Bobin. Il y livre ses impressions d'enregistrement, revient sur le sens de son livre, et décrit les photos qu'il avait choisies pour illustrer la version papier de Prisonnier au berceau.
En couverture du livre audio : une photo d'Edouard Boubat. Le photographe avait travaillé avec Christian Bobin et ses images reflètent parfaitement l'univers de l'écrivain. (Graphisme : Christophe Vincenzi

dimanche 24 mars 2013

Christian Bobin et le pape François 1er

Christian Bobin : 
«La décision du pape de s’appeler François 1er est un acte audacieux, 
la traduction d’une grande volonté» 

... Christian Bobin, dans la simplicité de sa vie, qu'il s'évertue à protéger, aime ce qui est bon. Il ne pouvait donc pas être insensible à voir Jorge Mario Bergoglio, celui que l'on appelle l'Archevêque des pauvres, choisir de devenir François 1er, en hommage à Saint-François d'Assise. 

Deux décennies après «Le Très Bas», prix des Deux Magots en 1993, Christian Bobin a réagi pour «creusot-infos» à ce qui a été la première décision de Jorge Mario Bergoglio : son nom de 266e pape. Cela n'étonnera personne, Christian Bobin réagit avec des mots d'une grande pureté. «Je ne peux parler que de sa présence à l'image. Et cette présence m'a parlé de façon lumineuse», souffle celui qui a grandi au Creusot, juste à côté de l'église Saint-Charles. «On a pu voir que ce pape tout neuf avait quelque chose de très intériorisé. J'ai vu de la douceur, de la fermeté et de la clarté», poursuit Christian Bobin. Et d'ajouter : «Ce que je sais de sa vie antérieure, il semble être vraiment celui qui parle au nom de l'évangile, c'est-à-dire tourné vers les pauvres». 

Christian Bobin préfère la richesse des âmes à celle de l'argent. On ne s'étonnera donc pas quand il lance : «A la violence du monde marchand ne peut que répondre la violence de la douceur». Et il a dégusté ces lueurs apparues, mercredi soir, sur le visage de François 1er. Car l'enfant du Creusot le clame haut et fort : «Oui je pense que la racine humaine est invincible. L'humain ne peut pas être déraciné de ce monde, même si les attaques se font de plus en plus fortes. Les machines, l'argent, les rapports de force, attaquent sans cesse l'humain. Mais l'humain est une plante vivace qui se nourrit de soleil. Comme l'herbe folle qui finit toujours par pousser». 

Alors Christian Bobin a trouvé très belles les premières paroles de François 1er, dont il relève la douceur qu'il dégage. Il est bien évidemment interpellé par la référence pas seulement subliminale à Saint-François d'Assise. «C'est forcément étonnant d'être le premier à choisir ce prénom. Personne ne l'avait pris jusqu'alors, comme s'il était intouchable. Peut-être tout simplement parce qu'aucun pape ne s'était senti assez fort pour porter ce nom là. Et pourtant c'est la première décision, le premier geste de Jorge Mario Bergoglio. C'est pour moi un acte audacieux, comme la traduction d'une grande volonté». 

La voix de Christian Bobin, au téléphone, dégage un enthousiasme non pas éclatant, non pas mesuré, mais sincère et, peut-être, l'avenir le dira, visionnaire : «Je pense que c'est quelqu'un qui ira loin», lâche-t-il, en complétant : «François 1er dégage de l'intelligence, de la douceur et un attachement à ce que la vie a de plus fragile. Oui, le monde a besoin que l'on pense aux plus fragiles». Bien évidemment, l'écrivain a bien noté que le mot «fraternité» avait été parmi les premiers employés par le nouveau pape. Mais il a aussi considéré à leur juste valeur, ces mots simples qu'ont été : «Bonsoir, bonne nuit et reposez-vous», car, dit Christian Bobin, «c'était là des paroles d'attention à l'autre». 

Et puis, il a savouré un autre moment fort de l'intervention du nouveau pape : «C'était magnifique qu'il impose le silence à toutes les télévisions du monde, comme un coup de force, le temps de cette prière». De toute évidence, l'écrivain a été conquis par les premières paroles de François 1er : «Je me réjouis toujours de voir apparaître quelqu'un de sensible et d'intelligent. C'est tellement rare… Il y a des présences qui changent beaucoup de choses…» 

Alain BOLLERY (Photo Alain BOLLERY)
source : Creusot Infos

samedi 26 novembre 2022

Hommage à Christian Bobin

 Hommage à la poésie vivante de Christian Bobin. Merci d'avoir semé des étincelles dans les champs quelquefois obscur de nos existences !

Je me suis senti triste en entendant la nouvelle de son absence terrestre. Je ne l'ai jamais rencontré mais il m'était devenu familier.

Vous pouvez retrouver presque 200 articles à son sujet sur ce blog avec le lien suivant :

200 articles sur Christian Bobin !




Quel est le métier de Christian Bobin ? "Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds, j'essaye de vivre, d'être vivant. Et il faudrait du temps pour arriver à définir ce que c'est que de vivre."

Le mot "joie" apparaît souvent dans ses livres. Christian Bobin la définit : "C'est quelque chose qui vient du dehors pour frapper à la porte du dedans, pour frapper au cœur directement. Vous n'en êtes pas le maître et ce n'est pas vous qui décidez de sa venue comme des choses réellement essentielles.

Pour Christian Bobin, "Les morts ne sont pas morts. Les absents qu'on a aimés ne sont pas absents. Quand quelque chose a été vrai, ça n'a pas été pris par le temps parce que ça a été mangé par l'Éternel quand c'est arrivé. Donc c'est à l'abri. Quelque chose de véritable va toujours vous accompagner. Si vous les avez aimés, les visages des disparus comme une pierre scintillante, vous revient de temps en temps, comme s'ils étaient dans la vie. C'est bien la preuve d'ailleurs qu'ils ne sont pas morts."

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lundi 10 octobre 2011

Christian Bobin : « La poésie, c´est l´expérience spirituelle de la vie »




Christian Bobin : « La poésie, c´est l´expérience spirituelle de la vie » par Antoine Buffet

Christian Bobin habite près du Creusot (Saône-et-Loire). Il a écrit de très nombreux ouvrages (Le Très Bas, Ressusciter...) La prise de contact fut laborieuse, notre poète n´utilisant qu´avec modération les moyens de communication modernes. D´où l´impression positive d´avoir « gagné » ce contact. Christian m´accueille dans sa jolie maison aux volets bleus tout au fond des bois. Un accueil simple et chaleureux.

Antoine Buffet.- Christian, dans un de vos livres, Ressusciter, vous écrivez : « Je ne crois plus à l'amour parce que je ne crois qu´à l´amour ». Que voulez-vous dire ?


Christian Bobin.- Le mot « amour » est dévalué, il a trop servi : les chrétiens en parlent trop, le monde le galvaude, en fait du commerce. Pour moi, l´amour est une chose qui vient après beaucoup de luttes, de douleurs. Une sorte de clairière. Mais pour l´atteindre, il faut traverser une forêt bien sombre, celle de notre monde. Je vous conseille, là-dessus, le récent livre de Lytta Basset : Aimer sans dévorer.


- Alors pessimisme face au monde ?


- La Bonne Nouvelle ne vient que par la Bible. Le monde, lui, ne change pas. Le monde est un arbre mort sur lequel on ne peut s´appuyer. C´est un écran entre la personne et son cœur. L´argent, la possession, autant de masques. Nous vivons un état de naufrage. Mais je suis confiant, quelque chose reste hors d´atteinte du monde : c´est l´âme. Elle ne s´éteint pas. C´est elle qui lutte contre le monde.


- Quelle est votre espérance ?


- Je crois que toute vie humaine s´inscrit dans le temps d´un Évangile : d´abord, rien, puis l'annonciation, l´incarnation, l´errance, la révélation, le Golgotha puis la résurrection. Les plus belles choses doivent être conquises. Une croissance dure, exigeante. À l´image de la fleur qui doit lutter pour croître, qui va vers la lumière. L´homme doit se faire petit à petit. Mettre en forme le meilleur. Rien n´est parfait au départ. Comment faire évoluer l´homme ? Pas de prosélytisme, pas de sermons. Par l´exemple. Par une longue patience attentive. Exposer sa manière de vivre.


- Vous dites : « Croyez seulement à ce que j´ai vu car je l´ai réellement vu. »[1]


- Mon travail, c´est regarder, témoigner avec précision de ce que je vois. Par exemple, j´aime décrire les très petits enfants, leurs yeux ouverts et étonnés, jouant avec leurs lacets de chaussures... La poésie n´est pas un genre littéraire, elle est l´expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision. La précision, c´est la sainteté de l´âme.

[1] « Ne croyez pas que je sois bon, sage ou même intelligent, croyez seulement à ce que j´ai vu car je l´ai réellement vu ». Ressusciter, p.167 (Gallimard, 2001)
Photo : Christian Bobin chez lui, près du Creusot

Cet interview a d´abord été publiée dans le numéro de juin 2011 de "Marcher ensemble", bulletin du diocèse d´Autun, Chalon et Mâcon, où habite Christian Bobin.

vendredi 8 septembre 2017

La poésie, une médecine absolue...

Patrice van Eersel : Un bruit de balançoire est fait de lettres. Mais un livre n’est-il pas toujours une lettre à quelqu’un ?

Christian Bobin : Mon premier tout petit livre était déjà une lettre. Adressée à qui ? Peut-être à moi... Avec le temps, j’ai appris qu’écrire, c’était chercher quelqu’un dans le noir, attendre un écho dans les ténèbres du monde. Pour prendre une autre image — puisque mon infirmité est de ne penser et vivre que par images—, le principe de l’écriture est celui de la petite marchande d’allumettes, qui les craque une à une dans l’espérance que cela éclairera un visage face au sien.

Patrice van Eersel : Pourquoi serait-ce une infirmité ?

Christian Bobin (sourire) : Ce n’est ni vrai ni faux. Quand un sens s’atrophie, un autre se développe—les aveugles entendent même un sourire ! Je pense que mon goût des images est venu d’une chose qui me manquait pour avoir une vie stable dans ce monde. Mais cela a fait naître autre chose, qui a pris la forme de ces grappes d’images. Mais la poésie, ce n’est pas pour faire joli. C’est une impulsion, un élan du printemps dans le langage. C’est donc la chose la plus précieuse qui soit, la médecine absolue.

 
Patrice van Eersel : Le poète japonais Ryokan hante votre livre...



Christian Bobin : Je l’ai rencontré peu à peu, assez tard. Les livres, comme les gens, arrivent à leur heure.
Je le connaissais de loin, mais c’était une rumeur, un nom qui fane dans un dictionnaire. Puis la vie, les épreuves et aussi les enchantements m’ont amené à lire des textes orientaux, des poètes japonais ou chinois, des demi-fous, et j’ai été touché par celui qu’on appelait « le moine enfant », autant par sa vie que par sa parole. Les Japonais le considèrent comme leur saint François d’Assise. La lecture de Ryokan m’a rendu heureux. Etant heureux, j’ai eu envie de vivre, et pour moi, vivre passe par écrire et m’adresser à d’autres et chercher quelqu’un dans le monde.


Patrice van Eersel : Plusieurs fois, dans ce livre, vous vous dédoublez. Une partie de vous part ailleurs, pour écrire ou voyager, votre main droite, par exemple...

Christian Bobin : J’écris toujours à la main, et ma main est très heureuse. Ma pensée vient tard, d’un pas très lent. Ce n’est pas la première invitée. Le premier invité est une sorte de joie, d’énergie, de danse des atomes des doigts, du corps, du cerveau, mais aussi de la chaise où je suis assis, des atomes du pré que je vois par la fenêtre, et tous ces atomes se mélangent Je suis en moi, clôturé par un songe, mais aussi au dehors, parce que le songe peut envahir tout l’Univers et je ne fais plus guère de distinction entre le brin d’herbe, le bois de la table et ce qu’on appelle « moi », de façon incertaine.



voir aussi : Christian Bobin et Ryokan

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lundi 18 mars 2019

La foi d'écrire avec Christian Bobin


Claude Clorennec retranscrit dans ce documentaire l’extrême délicatesse de l’écrivain Christian Bobin. Fils d’un père dessinateur à l’usine Schneider du Creusot et d’une mère calqueuse, son œuvre puise dans les souvenirs de son enfance, marquée par la solitude et l’atmosphère des hauts fourneaux. Les bruits des vélos des ouvriers à la sortie de l’usine, le rythme des marteaux pilons, nourrissent l’imaginaire de Christian Bobin, qui porte sur le travail un regard distancié. « Ivrognes de l’efficacité », les hommes justifient leur existence par le travail et demeurent prisonniers des apparences, niant leur pudeur, leur sensibilité.  

Christian Bobin écrit pour cette « majorité taciturne qui mange sa vie en silence, qui traverse sa vie sur la pointe des pieds ».



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dimanche 30 décembre 2018

En compagnie de Christian Bobin


Il est des auteurs à l’œuvre inclassable, faite d’une soixantaine de publications, entre roman, poésie et journal. Son dernier livre « La Nuit du cœur » est fait des bribes de souvenirs , de visions spirituelles et de méditations. Mystique et mystérieux…

La foi chrétienne tient une grande place dans l’œuvre littéraire de Christian Bobin. La nature, le silence et les lieux sont ses plus grandes inspirations… Comme dans La Nuit du cœur, qui commence dans une chambre d’hôtel de la ville de Conques, et la vue que donne celle-ci sur une abbaye du onzième siècle. Christian Bobin rencontre le succès dans les années 1990 avec Une Petite robe de fête, neuf textes courts sur la vie et l’amour ; puis c’est pour Le Très Bas qu’il remporte le Prix des Deux Magots et le Grand Prix Catholique de littérature en 1993. Pour l’ensemble de son œuvre, l’Académie Française lui décerne le prestigieux prix d’Académie en 2006.


http://serge.vieville.free.fr/Christian%20Bobin%20enchantements.mp3


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samedi 5 juin 2010

Ma solitude est plus une grâce qu’une malédiction par Christian Bobin

L’aptitude à être seul est-elle l’expression d’une inadaptation au monde ou d’une réalisation de soi ? Pour l’auteur du “Très-Bas”, la question ne se pose pas : Il est un solitaire heureux qui ignore l’ennui et connaît la plénitude.
Marie de Solemne :
De Christian Bobin, on sait surtout qu’il fuit les mondanités et préfère explorer le silence.
Il y consacre sa vie et son œuvre. Ses thèmes de prédilection : le vide, la nature, l’enfance, les « petites choses » comme il le dit lui-même. La solitude, il la connaît mieux que personne. Il la quête. Davantage encore depuis la perte brutale de son amie, en plein été 1995. Un deuil qu’il raconte dans “la Plus que vive” (1). Récemment interviewé par Marie de Solemne dans “la Grâce de la solitude” (2) , le poète s’interroge sur l’origine et les conséquences de ce sentiment qui, avec l’état amoureux, est sans doute le plus partagé au monde. Extraits.
1 - Gallimard, 1996.
2 - “La Grâce de la solitude”, dialogues entre Marie de Solemne et Christian Bobin, Jean-Michel Besnier, Jean-Yves Leloup, Théodore Monod (Dervy, coll. « A vive voix », 1998).

Marie de Solemne : "Parleriez-vous plus volontiers de la solitude comme d’une grâce, ou comme d’une malédiction ?"

Christian Bobin : D’abord, j’en parlerais plutôt dans sa matérialité. Avant même d’être un état mental ou affectif, la solitude est une matière. Par exemple, c’est exactement la matière que j’ai sous les yeux en ce moment. Il est 22 heures, c’est l’obscurité. Le ciel n’est pas encore tout à fait noir, il y a du silence – c’est très matériel aussi le silence –, un petit appartement dans lequel je vis depuis une quinzaine d’années, des cigarettes – que je ne peux pas m’empêcher de fumer –, des livres – que je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir. Au fond, de manière curieuse, c’est très vite peuplé la solitude. La solitude c’est d’abord ça : un état matériel. C’est que personne ne vienne. Que personne ne vienne là où vous êtes. Et peut-être même pas soi.
Mais pour répondre à votre question, la solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. […] Il y a deux solitudes. […] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

Source

mardi 26 juin 2012

A la rencontre de Christian Bobin (2)

Lire Christian Bobin, c'est souvent faire l'expérience d'une petite clarté qui traverse l'esprit. Son écriture, qui sonde de quelques traits de lumière l'inconnu de l'existence, allume des parcelles d'idées, définit les contrastes de grandes questions essentielles. Certains disent même qu'elle a éclairé quelque chose sur leur chemin intérieur. 
Loin de se faire cabotin devant ces échos et son succès de librairie, l'auteur ne revendique pourtant qu'une chose : un attachement. Attachement aux petites choses qui l'entourent, aux textes de l'Évangile, et aux mots qui lui viennent à l'esprit devant l'expérience du monde, parfois belle, parfois troublée. 
Céline O'Clin a frappé à la porte de la maison de Christian Bobin, isolée dans la nature bourguignonne...


Un coeur qui pense... Pour Christian Bobin, sa tâche d'écrivain est de lutter contre « la puissance infernale de l'irréel », où l'humain démissionne devant les machines. Troublé par la dureté du monde, il ne se veut pourtant pas pessimiste. « Je suis très confiant », déclare-t-il. Et puis il rit. L'auteur français partage sa vision de la poésie, dont le but est de « chercher à avoir un cœur suréveillé ». Un cœur pour penser le monde et la vie, sincèrement et profondément.


Deuxième partie



mardi 17 mars 2009

L'absence de mère par Christian Bobin


L'absence de mère ne pourra jamais être remplacé. Ce manque, ce refus du manque, si douloureux, enfin acceptés permettent d'accueillir la mère "Terre". Cette planète qui nous héberge... Christian Bobin nous parle de cette absence maternelle, de ce lien si mémorable....

vendredi 26 décembre 2014

Noël avec Christian Bobin (1)


L'esprit de Noël. Pour Christian Bobin, seuls les enfants savent en parler. Car le meilleur du temps de Noël est presque invisible, faible, et suppose une passion infinie de l'attente.


Christian Bobin nous aide à retrouver 
« le royaume où l'adulte et l'enfant vont d'un même pas, d'un même sourire »



"L'enfant, c'est quelqu'un qui attend l'ouverture des portes du Paradis..."

Première partie (20 min.)







dimanche 21 décembre 2014

Silence. Des yeux, des mains, un souffle... avec Christian Bobin



 Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs de jazz ne sont pas des gens convenables, c’est pourquoi les connaître donne tant de joie. La main en suspens au-dessus du clavier, Thelonious Monk appelle en silence. « Il y a quelqu’un ? » est la question posée. On entend la même question dans les psaumes. Chaque note est jouée dans l’espérance d’entendre la réponse. Les musiciens de jazz ne vieillissent jamais. Avec le temps, ils deviennent des montagnes sacrées aux vapeurs de tabac anglais, chefs-d’œuvre de joie-sagesse. Monk a fini ses jours dans un appartement new-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles tituber sur les eaux noires de l’Hudson, toute l’Égypte dans leurs yeux. Une baronne l’avait adopté avec son épouse. Isabelle Rimbaud, Dora Diamant, Nadejda Mandelstam : les femmes qui prennent soin des poètes, on devrait comme je le fais ici recopier leur nom, faire en sorte que la mousse du temps ne le recouvre jamais.

Dans les dernières années, Thelonious Monk ne touchait plus aucun piano, ne parlait plus. Ce n’était pas la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. C’était la paix immense que savent les nouveau-nés. Il avait rejoint ce royaume jadis entrevu entre deux notes. Vivre répond à tout. Oui, sans aucun doute, « il y a quelqu’un ». J’ai vu une pauvresse dans une galerie marchande compter ses sous. De sa main droite, elle prélevait une à une les petites pièces en cuivre dans sa main gauche comme on cueille des mûres, en prenant soin de ne pas les écraser. Une lumière sortait de ses mains. Son attention valait celle d’une sainte. Son courage m’éblouissait. Il faut du courage pour tout, même pour ramasser un crayon tombé à terre. Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. La paix intérieure est la seule terre sainte.

J’écoute un hibou dans l’opéra glacé de la nuit. Je ne crois pas à ce qu’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. Je crois au Dieu qui fait briller le poil des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. Elle est si brève, la vie interminable. Je donne mon cœur aux vagabonds qui dorment dans les fossés des livres. La vie est un conte de fées avec ses forêts, ses ogres et sa chance ultime. Je ne crois à rien de raisonnable. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et que c’est la plus belle partie du conte de fées.|

Christian Bobin
 Ecrivain et poète, Christian Bobin a récemment publié L’Homme-joie (L’Iconoclaste) et La Grande vie (Gallimard, 2014).



source : Le monde des religions 2014

lundi 4 mai 2015

Déchirement... avec Christian Bobin

Garder sa vie dans le sentiment neuf de la vie, c'est une des choses les plus difficiles qui soient, les plus souvent escamotées. Cela vient sans doute du fait que cette nouveauté de chaque jour ne peut être reçue que dans la proximité de sa mort à soi, rien qu'à soi. Je pense chaque jour à la mort voisine. Ce n'est pas une pensée du futur, c'est une pensée du présent. 
C'est la pensée la moins morbide qui soit. 
Cette proximité de vivre avec l'ombre portée de mourir, je peux la résumer en un mot, en une attitude de fond: rire. La vie me bouleverse comme un papier de soie si fin qu'un regard trop pesant suffirait à le déchirer. La vie me comble d'être aussi parfaitement menacée. 
Le déchirement me donne joie et rire.

Christian Bobin
L'épuisement, éditions Gallimard, 2015, p.55

Cette citation phrase de Christian Bobin m'a rappelé cette vidéo d'enfant...

mardi 29 juin 2010

La beauté avec William Turner et Christian Bobin


"J'ai grandi à l'intérieur d'une larme." écrit Christian Bobin. 
Et de nouveau, j'ai été ému par la beauté de la fenêtre qu'il m'ouvre... A écouter plusieurs fois ! : 

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vendredi 24 juin 2011

Un cerisier a poussé... avec Christian Bobin

Christian Bobin : “Pour moi la lecture et l’écriture sont inséparable. La racine commune c’est une grande patience, une grande attente de quelque chose qu’on ne connait pas…”

Christian Bobin est né en 1951 au Creusot. Après des études de philosophie, il a exercé divers métiers, dans des bibliothèques, des musées, des librairies… Il est l’auteur de très nombreux ouvrages dont les titres s’éclairent les uns les autres comme les fragments d’un puzzle. Entre autres : Souveraineté du vide, Le Très-Bas, La part manquante, La plus que vive, La présence pure, et Une bibliothèque de nuages.
Son dernier livre, Les ruines du ciel, aux éditions Gallimard.



lundi 19 février 2018

Prendre soin avec Christian Bobin




"Prendre soin", ce pourrait être la devise d'un artisan, d'une mère ou d'un amoureux. C'est la devise de la vie dans son ensemble, puisque son ensemble n'est composé que de détails, comme la peinture qui grandit sur la toile par légères touches du pinceau, minuscules vibrations de la main.
"Prendre soin", c'est ce que murmure la vie fragile à Boubat.
Boubat. Celui-qui-prend-soin-des-invisibles.
Prendre soin, être confiant. Et naître.
Naître une fois, deux fois, trois fois, entrer à chaque instant dans une vie blanche comme dent de lait."
Christian Bobin

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"La confiance est la matière première de celui qui regarde : c'est en elle que grandit la lumière. La confiance est la capacité enfantine d'aller vers ce que l'on ne connaît pas comme si on le reconnaissait. "Tu viens d'apparaître devant moi et je sais qu'aucun mal ne peut me venir de toi puisque je t'aime, et c'est comme si je t'aimais depuis toujours.
La confiance est cette racine minuscule par laquelle le vivant entre en résonance avec toute la vie,avec les autres hommes, les autres femmes, comme avec l'air qui baigne, la terre ou le silence qui creuse un ciel.
Sans confiance, plus de lien et plus de jour. Sans elle, rien."
Christian Bobin

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samedi 4 avril 2026

Respiration divine

 Et si la résurrection n’était pas seulement un mystère à célébrer, mais un chemin à vivre ? En relisant Christian Bobin, notre chroniqueuse invite à écouter le souffle du monde et à traverser la mort sans désespoir.

Marie Madeleine avait raison, le Christ est un jardinier. Il a semé sur la terre les germes de la résurrection. Ses gestes et ses paroles sont un mode d’emploi pour redevenir ces corps de lumière, ceux que nous étions à l’origine et que nous deviendrons. Ressusciter, c’est devenir et revenir. Mais le chemin de l’homme ressuscité est long tant il est encombré des gravats de son orgueil, son envie, sa haine, son avidité.

Au regard de l’évolution violente du monde et de l’empressement des va-t-en-guerre, il y a de quoi désespérer y compris en faisant le constat de nos propres faiblesses.

Apprendre des arbres

« Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s’effondrent, privées d’appui, et il ne nous reste plus qu’à demander aux arbres qui tremblent sous le vent de nous apprendre la compassion que le monde ignore » : cette réflexion de Christian Bobin dans son Ressusciter (Gallimard, 2001) peut sembler naïve face à la brutalité des temps. Le poète pourtant a toujours raison ! Il suggère, pour résister à la déréliction, de se souvenir que tout dans l’univers, dans le moindre brin d’herbe, dans ma main, dans mon cœur, dans mon chien, il y a la présence du souffle. Présence que les arbres, qui font le pont entre ciel et terre, peuvent nous faire entendre.

Si l’on prêtait attention à ce pneuma qui anime chaque être vivant, avant nos intérêts personnels, alors on sentirait battre cette respiration divine dans ce passant qui nous arrête un peu trop longtemps à notre goût, dans le chant des oiseaux qui sont de retour et les petits clins d’œil que la vie nous adresse. On ferait une pause : on inspirerait avec l’idée d’accueillir et on expirerait avec l’idée de restituer ce que l’on a reçu. Ce serait le premier pas pour ressusciter. Cette fête christique nous y invite. Elle ne se cantonne pas à une célébration le temps d’un dimanche, un petit jour et puis s’en va ! Que pouvons-nous expérimenter dans notre quotidien de la résurrection du Christ ? Une philosophie de la vie et une autre approche de la mort.

« Dans la mort, il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie » chante-t-on en ce jour. Ainsi grâce au Christ, nous passerons devant cette mort qui attend toute personne sur terre. Nous passerons sans qu’elle nous piège dans sa fosse, nous passerons en la saluant. Elle ne sera plus notre tombeau, elle sera notre libération. Le Christ désire que nous soyons vivants. Il nous a délivré de l’ultime souffrance. Pourquoi ne pas y penser lorsqu’un être cher nous quitte et rend le dernier souffle ?

L’ultime tabou


En cette fête de notre résurrection avec Lui, j’aimerais aussi faire cette demande : puisqu’en ce jour tout est possible, que l’ultime tabou, le plus grand désespoir n’est plus, j’aimerais qu’Il me raconte l’épisode qui suit sa descente dans la mort. Après avoir brisé les verrous et fait tomber les portes, après avoir délivré du lieu d’attente sombre et oublié ceux qui étaient enfermés, que se passe-t-il ?

Christ, qu’as-tu fait de ceux qui étaient prisonniers dans le gouffre du schéol ? Adam, Ève, Jean le Baptiste, tous ceux que les peintres ont représentés et puis ceux qui resteront des anonymes pour la plupart d’entre nous et des proches pour quelques-uns. Christ dis-moi où est mon frère, mes grands-parents, mes amis, ceux que je ne vois plus et que je garde présents dans mon âme ? « Mon cœur bat dans le noir. La vie s’attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement » (Christian Bobin). Christ, fais-moi goûter la vie qui déborde la mort.

Paule Amblard

------------- source : La Vie

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vendredi 12 juin 2009

Le paradis, on y est... avec Christian Bobin


Christian Bobin est né au Creusot. Il a grandi dans une petite maison à l’ombre de l’église Saint-Charles. Il a un frère et une sœur, tous deux ses aînés. Son père était dessinateur industriel dans les usines Schneider. Sa mère y a travaillé un temps aussi. Après des études de philosophie, il a exercé divers métiers dans des bibliothèques, des musées, des librairies, mais aussi dans des hôpitaux à Besançon et à Dijon. Une des grandes blessures de sa vie est la perte de son amie, morte à 44 ans, d'une rupture d'anévrisme.

Il ne croit ni dans l’histoire, ni dans l’économie, ni dans aucun des grands mots que les Académies obligent à écrire avec des majuscules : État, Église, Esprit... Il ne croit qu’à une chose l’amour : l’amour du brin d’herbe, l’amour du monde, l’amour des autres et l’amour de soi qui est « le premier tressaillement de Dieu dans la jubilation d’un cœur ». On sait aussi qu’il tutoie François d’Assise. Et ultime confidence, lorsqu’il sera grand il se mariera avec Sainte Thérèse d’Avila ou avec Sainte-Thérèse de Lisieux. Dans sa spiritualité on trouve la foi, les anges, Dieu, mais ni dans un discours biblique, ni dans le cadre d’une quelconque Eglise. Bien plus, il nous dit que Dieu est en nous, dans notre part la plus belle, la plus pure.

Il faut côtoyer Christian Bobin pour découvrir qu’au-delà de sa vénération de la vie, il entretient la joie de vivre dans une quête incessante de sens et même de sens sacré. Ecrivain de l'humilité et du dénuement, parfois présenté comme un «Franciscain aux pieds nus », il nous montre le monde tel que nous ne le voyons pas, trace l’apologie de plaisirs minuscules, nous invite à d’autres temps et d’autres rythmes de vie et nous propose de faire silence. Le tout dans une prose limpide dont chaque phrase étincelle d’un éclat lumineux.

(extrait d'une émission passée sur France 3 Bourgogne en avril 2009)


Auteur de cet entretien : Francis Guthleben, écrivain et réalisateur

lundi 25 juin 2012

A la rencontre de Christian Bobin (1)

Christian Bobin s’intéresse aux petites choses de la vie pour toucher aux grandes questions de l’existence. Il sait aussi user des mots pour défricher les sous-bois sombres du réel et y déceler des éclats du quotidien. 


 « il n'y a pas de mal dans la mort ». Sur son dernier livre, Un assassin blanc comme neige, Christian Bobin rebondit pour parler de sa quête d'extrême bienveillance au fond des choses. Même au fond de la nuit. Et partout autour de lui. L'écrivain confesse d'ailleurs ne pas pouvoir faire autrement qu'écrire. 


Pour « faire connaître à quel point la vie est incomparable ». Dans toute son insignifiance. Un scarabée sur le lilas du jardin le pousse à transcrire quelque chose de cette vérité, contre la méchanceté d'un monde toujours plus technicisé.




Première partie

vendredi 29 juin 2012

A la rencontre de Christian Bobin (5)

La philosophie du moineau 


Christian Bobin a étudié la philosophie. Et il l'a quittée. Les questions des philosophes n'étaient pas les siennes. « L'intelligence réelle, celle qui va nous aider, c'est celle qui naît d'un noyau concret, charnel de la vie, et elle n'a pas le tampon universitaire de la philosophie ». 


L'écrivain avoue nourrir sa pensée par miettes, par fragments, comme un moineau. Il plaide également pour le bon sens, chose trop souvent ignorée à ses yeux aujourd'hui. « Le bon sens, c'est la grande lumière, c'est juste épouser ce qu'on voit ». 


Christian Bobin lit un poème d'un de ses auteurs préférés. Des écrivains « plus que précieux, parce qu’ils parlent bien de la vie ». Et puis il rit.


Dernière partie