mardi 7 janvier 2020

La vigilance est conscience...


La vigilance est un état de conscience, d’ouverture et de disponibilité à ce qui advient. Etre vigilant, c’est regarder défiler les trains de pensées et d’émotions, sans vouloir les retenir ou chercher à les faire disparaître, sans se laisser captiver par un wagon ou un autre, sans courir derrière. C’est demeurer sur place, tranquille, et les laisser passer. Être vigilant, c’est être conscient de tout.

La vigilance peut se définir comme le fait d’être conscient de ce qui se passe, d’être « présent ». Elle doit s’étendre à tous les domaines de l’existence sans exception. Il n’y a d’ailleurs pas de préhension du réel sans vigilance, celle-ci nous permet précisément de prendre conscience de nos mécanismes intérieurs de refus et de revenir au réel. D’ordinaire, ceux-ci se déroulent dans l’ombre ; nos habitudes, le poids du passé, perpétuent à notre insu un conflit avec l’instant tel qu’il est. Nous ne sommes alors même pas conscients de notre coupure avec le réel.

La vigilance de l’homme en chemin et celle de celui qui est parvenu au terme de sa quête ne peuvent pas être la même. La vigilance de l’être réalisé, entièrement spontanée, est simple vision de ce qui est, la vigilance du débutant est aussi vision de ce qui est, mais celle-ci englobe nécessairement les émotions, les associations d’idées, les humeurs diverses auxquelles il est encore soumis.

Véronique Desjardins


Marie Chantale Forest
Anthologie de la vigilance
Editions Accarias l'Originel

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lundi 6 janvier 2020

Anthologie de la Vigilance


Je mettrai cette année sous le signe de la vigilance.
Il est paru, chez Accarias l'Originel, une anthologie de la vigilance (un chemin vers la lumière) de Marie Chantale Forest dont voici la préface. C'est un recueil de perles qui peut vous fournir un beau collier pour cette nouvelle année... Nous allons être rayonnant de ce présent.



Préface de Eric Edelmann

Il y a de cela bien longtemps, Arnaud Desjardins avait émis le souhait qu’une anthologie de textes concernant la vigilance soit composée. Ce thème étant au cœur de tout chemin de transformation intérieure, il était légitime qu’un ouvrage entier lui soit consacré.

Marie-Chantale Forest a eu la bonne inspiration de répondre à cet appel en recueillant les propos qu’ont pu tenir des maîtres spirituels, des sages, des saints ou tout simplement des auteurs appartenant à toutes les traditions et à toutes les époques. Ce florilège est on ne peut plus bienvenu car il contribue à renforcer la conviction selon laquelle aucune démarche spirituelle digne de ce nom ne peut se dispenser d’un tel travail de vigilance.

Il faut bien le dire, ce terme de vigilance à lui seul est souvent source de grands malentendus et il est même parfois perçu comme une lourde contrainte et une limitation dans notre spontanéité. Il peut être aussi associé à la peur - comme par exemple dans le fait d’être sur ses gardes. Autant d’incompréhensions que ce livre pourra dissiper. Le Bouddha l’a pourtant rappelé de façon laconique et précise : « Ceux qui sont vigilants ont déjà la vie éternelle, et ceux qui ne sont pas vigilants sont déjà morts. » C’est une parole dont on ne mesure pas la portée et qui, néanmoins, résume bien la situation réelle et la seule alternative dans laquelle se trouve chacun d’entre nous.

Le fait de constater cette unanimité chez les êtres spirituels a de quoi nous faire réfléchir et peut certainement nous éclairer sur l’impérative nécessité de cette lucidité accrue - on pourrait dire aussi de cette pleine conscience si cela n’évoquait pas seulement un mouvement actuel à la mode associé à la méditation laïque.

Une histoire empruntée à la tradition zen illustre bien à cet égard l’importance qu’on doit lui accorder :

Un jour, un homme du peuple demanda à maître Ikkyu :

— Maître, vous plairait-il d'écrire pour moi quelques maximes de la plus haute sagesse ?

Ikkyu prit immédiatement son pinceau et écrivit le mot « Attention ».

— C’est tout ? demanda l’homme. N’ajouteriez-vous pas quelque chose ?

Ikkyu écrivit alors deux fois de suite : « Attention. Attention. »

Irrité, l’homme lui dit :

— Je ne vois vraiment pas beaucoup de profondeur ou de subtilité dans ce que vous venez d’écrire.

Alors Ikkyu écrivit le même mot trois fois de suite : « Attention. Attention. Attention. »

L’homme, presque en colère, demanda :

— Que signifie ce mot, en fin de compte ?

Et Ikkyu répondit gentiment :

— Attention signifie attention.

Par cette profusion de textes issus de tous les horizons, le lecteur pourra découvrir avec émerveillement que la vigilance n’est pas une fonction de la tête, loin de là!

L’attention véritable n’est aucunement de l’ordre de la tension mais plutôt de l’ouverture aimante d’un cœur éveillé.

Pour tout chercheur sincère qui n’a pas eu encore le privilège et la chance de rencontrer un maître authentique, le livre de Marie-Chantale Forest apporte une lueur d’espoir en montrant sans équivoque dans quelle direction il faut orienter ses pas.


Eric Edelmann

voir aussi : à propos de la vigilance par Arnaud Desjardins

dimanche 5 janvier 2020

Le service des mages...

C’est la fête des Rois Mages …C’est beau la science!

Justement l’histoire des Rois Mages est la rencontre de la Science , et pas n’importe laquelle : l’Astrophysique,  et de Celui qui allait « rompre le Temps » , comme on rompt le Pain, Jésus (avant et après Jésus-Christ , rupture du temps linéaire) . C’est la même réalité : rompre le Temps , rompre le Pain. Rompre le Pain signifiera une solidarité absolue : celle de la Communion . Rompre le temps linaire signifiera un renvoi au temps d’Éternité, celui de la Communion. D’où la fameuse galette des ROIS dans laquelle se cache le mystère du temps... 
Les anciens nous transmettent que le choix de Liberté consiste à se décider pour le Ciel ou l’enfer. La devise de l’enfer selon un grand nombre de cultures, c’est: « je ne servirai pas » , « ne comptez pas sur moi pour « servir » . L’enfer, ce n’est pas plus tard: c’est tout de suite, lorsqu’il y a « non service », ou plus souvent, impression qu’ « on ne sert à rien », «  que ça ne sert à rien ». Une sous devise de l’enfer c’est : « j’asservis : les autres sont « mes choses ». Une autre sous devise de l’enfer c’est : «  je m’asservis ». Enfin une ultime devise de l’enfer c’est : « je me sers ».  Or les sciences les plus avancées nous apprennent que si l’univers existe au moins tel que nous le percevons , c’est en raison des lois dites d’Associativité (Astrophysique ) ou  de Solidarités essentielles  (Botanique Jean-Marie PELT) . Tout est service dans l’Univers, monde des Rois mages. Le « non service »  : l’enfer,  est donc un non-lieu, un endroit qui n’a pas sa place, ni dans le Temps, ni dans l’Espace. Il s’exprime par le non partage,la possession,l’asservissement de soi et/ou de l’autre, l’inutilité,  le désespoir que ça ait servi à quelque chose…


Le « Ciel » ce n’est pas plus tard, c’est tout de suite aussi , quand «  tout »  sert  le « tout est Grâce »  . 
Or avec Noël: l’incarnation de la Parole en Jésus-Dieu (Serviteur) , tout devient service, même le pire: le massacre des Innocents.  On retrouve ces notions en Sciences. Lorsque vous étiez un tout petit embryon , vos mains comportaient des palmes. Votre programme génétique a envoyé  aux cellules qui allaient faire vos doigts  le un message suivant : « Continuez à croître pour être au service de la vie »  et les cellules qui allaient faire vos doigts  ont continué à croître pour faire vos doigts. Tandis votre programme génétique a envoyé un message aux cellules qui faisaient les palmes: «  Acceptez de mourir pour être au service de la vie »  et les cellules qui faisaient les palmes ont accepté de disparaître pour être au service de vos mains. Les mains sont le même "méridien" que le cœur (pour être simple!). Cet exemple , parmi mille et mille autres, montre que l’enfer : le non service, n’est même pas la mort , c’est inclassable , c’est pourquoi ça dépasse le petit être humain.C’est pour cela que ça renvoie à Dieu Lui-même comme Lieu de Mystère.  
Les Rois Mages règnent sur des domaines conduits par l’Étoile... Les constellations… Ils règnent en Serviteurs de la Révélation. Ils sont également les Serviteurs de l’exil vers l’Égypte… sans même le savoir… et même en « Serviteurs »  du pire: le massacre ordonné par Hérode!! Bientôt Jésus, dont le nom veut dire «  Dieu sauve » , permettra que les pires horreurs finissent « au service », finissent par trouver un sens pour ceux et celles qui Le vivent comme Sauveur… car, « solidarités essentielles : «  Nos larmes coulent sur les joues de Dieu »

Prière de Ravensbruck

"Seigneur, ne te souviens pas seulement des hommes et des femmes de bonne volonté mais aussi de ceux qui n'en furent pas. Ne te souviens pas seulement des souffrances qu'ils nous ont fait subir mais aussi des fruits que nous avons portés grâce à ces souffrances : notre amitié, notre loyauté, notre  humilité. Souviens-toi du courage, de la générosité, de la grandeur d'âme qui ont jailli de tout cela. Et quand viendra pour eux l'heure du jugement, permet que tous ces fruits que nous avons portés leur soient comptés en pardon."

Extraite du livre "Le développement de l'homme en huit étapes" de Denis et Matthew LIN et Sheila FABRICANT (DDB)

MTBC

vendredi 3 janvier 2020

La méditation est inqualifiable


« La méditation ne se satisfait pas de son simple énoncé, elle veut qu'on la qualifie ; métaphysique chez Descartes, poétique chez Lamartine, transcendentale chez Kant, la méditation est toujours quelque chose. La démarche zazen ne se qualifie pas. »* 

Cette dernière assertion nous ouvre au caractère très particulier du zen qui a traversé 2500 ans d'histoire parce qu'il a permis à de nombreuses générations, d'actualiser (et non de dogmatiser) à travers une expérience, l'essentiellement humain. L'humain n'appartient pas au laïque ni au spirituel. Au nom de quoi peut-on s'employer à restreindre une activité qui se déploie à travers le vivant, au cadre d'une laïcité ? 

 Ce qui touche précisément sur la voie et qui a touché Dürckheim lui-même, puisqu'il parlait du caractère universellement humain de cette pratique, c'est l'expérience de l'au-delà des contraires, l'expérience d'unité. Préconiser une méditation laïque, c'est induire chez le pratiquant qu'il n'est pas concerné par le spirituel. L'expression « méditation laïque » prive la personne d'un processus de reconnaissance de son « moi naturel » qui n'est ni laïque, ni spirituel. Toute définition de la méditation mène à une aporie, il est nécessaire de lui laisser son caractère insaisissable. 

 La pratique est un moment de reconnaissance de la vie qui nous agit et avec laquelle nous apprenons à entrer en résonance. Une attention privée de cette reconnaissance (qui passe par l'ouverture du corps et une mise à disposition de tout soi-même) resterait une activité auto-centrée. 

 L'expérience, celle vécue pendant la méditation, c'est le résultat d'une compréhension basée sur cette résonance : on entend et on s'entend ; une certaine manière de se connaître et de se reconnaître participant à un tout dans lequel existentiel et essentiel restent indifférenciés. 
 Lors d'un congrès de médecins, Dürckheim pose cette question : « Messieurs, si vous m'entendez parler, qu'est-ce que vous entendez ? Mon esprit, mon corps ? » Silence total. « Répondez-moi. Pour vous, hommes de science, une troisième chose n'existe pas... » Quelqu'un dit : « Votre voix... C'est quelque chose de corporel, de matériel. »... « Mais qu'est-ce que vous entendez ? » Quelqu'un a le courage de dire : « VOUS ! » Exactement, répond Dürckheim, et il ajoute : « La personne est autre chose que ce qu'on veut diviser en deux. » 

Ce vous, c'est un tout, il implique ce qui est de notre fait et ce qui ne l'est pas. La pratique œuvre dans le sens de cette union. C'est bien ce qui nous touche chez les maîtres, non pas ce qu'ils disent, mais ce qu'ils nous montrent par leur manière d'être, cette mise en acte tout à fait singulière de ce quelque chose qui les anime au plus profond. Et qui pourrait distinguer en eux le laïque du spirituel ? 

 Comment le spirituel pourrait-il se manifester, si ce n'est dans la transparence de l'humain, et comment ne pas voir à travers certaines exigences qui prennent naissance dans le corps, les « intentions du ciel » ? 
 La personne a besoin de réaliser que sa présence existentielle est sa propre essence, elle n'a pas d'autre mode d'expression de sa nature profonde. Un crayon n'est dans son essence de crayon qu'à travers le phénomène qu'on appelle écriture. Le crayon en tant que tel n'existe pas, c'est un concept. 

La méditation dite « laïque » risque d'enfermer la personne dans une sorte d'auto-suffisance, la laissant à l'écart du mystère de ce qui l'agit en silence : la vie. 
 Ce VOUS, cette PERSONNE, dont parle Dürckheim, c'est la révélation immédiate d'une indistinction entre « je » et « suis ». Gardons-nous bien de qualifier la méditation et de la réduire à un cadre défini quel qu'il soit, nous risquerions alors de condamner l'humain à une quête éternelle de sa part manquante, très précisément cette part qui ne manque jamais. 

 Dominique Durand

 * Antoine Marcel : « Recueil en mon ermitage »

jeudi 2 janvier 2020

La reprise quotidienne de toujours le même exercice...


Chaque jour, depuis plus d’un demi-siècle, je reprends le même exercice : zazen. La reprise quotidienne du même exercice peut paraître ennuyeuse à celui qui ne pratique pas cet exercice. C’est certainement le cas lorsque le mot répétition conduit, comme mon imprimante, à l’addition de photocopies. Mais la danseuse qui, quotidiennement, reprend l’exercice de la barre, le concertiste qui, quotidiennement, reprend l’exercice qu’est la gamme, n’a pas l’impression de devenir une machine-outil qui, d’heure en heure, reproduit le même objet à l’identique. Dans le domaine artistique, le maître de musique comme le maître de danse impose à ses élèves la reprise quotidienne de toujours le même exercice. Comme il impose — à lui-même — la reprise sans fin de l’exercice qu’il enseigne. 

La pratique du KyuDo (l’art du tir à l’arc) se résume à l’apprentissage des huit gestes qui permettent d’encocher une flèche pour ensuite la décocher. Je n’oublierai jamais l’émotion qui m’a envahi lorsque, pour la première fois, j’ai vu le Maître Satoshi Sagino tirer une flèche. Il est impressionnant de voir à quel point chaque geste inonde le moment présent tout en étant relié à celui qui précède et à celui qui va suivre. Plus impressionnant encore est la manière d’être-là du maître de l’art ; sa verticalité, sa détente, le calme qui semble être le fondement de son action. Parlant de cette émotion à Graf Dürckheim (qui a pratiqué le Kyudo pendant une dizaine d’années au Japon) j’avouais que le mot beau me semblait pauvre pour exprimer ce que je ressentais intérieurement en participant à cette démonstration. 
Après un long temps en silence, Graf Dürckheim me dit : « Vous avez raison. Il s’agit ici du —beau— dans toute sa vérité naturelle, originelle. Ce qui se révèle, à l’occasion de ce rituel qui consiste à tirer une flèche, dépasse la simple beauté ; il s’agit d’une qualité vivante et forte qui n’a rien d’artificiel. C’est ce que j’appelle le geste pur. 
Le geste pur a deux sources : le geste inné et le geste parfaitement maîtrisé. Maître Sagino, comme chacun de ses disciples, a dû apprendre cette séquence de huit gestes. La répétition lui a permis de faire bien ce qu’il a appris. La reprise de cet exercice l’a conduit à maîtriser ce qu’il fait bien. Il s’agit alors de reprendre toujours encore les mêmes gestes afin de maîtriser parfaitement ce qu’on maîtrise. Reste alors au maître de l’art de parfaire ce qu’il maîtrise parfaitement. Jusqu’à cette expérience au cours de laquelle ce n’est plus Moi qui tire … —Cela tire— ! Bascule dans l’inné ; plongée dans ce que j’appelle l’expérience de notre nature essentielle ». 

Voilà donc le sens de la reprise quotidienne de toujours le même exercice. C’est pourquoi on souligne que la pratique de zazen, du tir à l’arc, de l’Aïkido est SANS but. Ce qui importe est l’attitude intérieure de la personne qui pratique et donc, en premier lieu, de la personne qui transmet. J’avoue que je suis saoulé par les mots creux prononcés dans le cadre de la commercialisation de ce mot aujourd’hui tendance : méditation. Les représentations mentales à travers lesquelles chacun pense pouvoir donner réponse à la question : « Pourquoi et comment méditer » posent un voile sur la valeur et le sens des exercices qui ont leurs racines en Orient et en Extrême-Orient. La richesse de ces exercices se révèle à celui, celle, qui quotidiennement reprend le même exercice. Le seul but de la pratique est la pratique ! Quelle pratique ? La présence à « JeSuis » ; la présence à l’acte d’être au moment présent sans se perdre dans les représentations que le mental se fait de « Je suis Moi ». Ce qui nécessite le passage du monde pensé au monde sensible. 

 Jacques Castermane

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mercredi 1 janvier 2020

mardi 31 décembre 2019

Eclairage et ouverture


En ce dernier jour...

Pour éclairer une pièce sombre, la meilleure façon est d'ouvrir les volets. Alors instantanément, la lumière entre dans la pièce et tout est clair.
Peu importe que les volets aient été fermés pendant des années ou même des siècles, la lumière entre par l'ouverture et le jour est là.
De même, peu importe le temps de notre ignorance et de notre sommeil.
Peu importe que pendant des années (ou des vies) nous n'ayons pas été conscient de notre vraie nature.
Si nous ouvrons l’œil de la conscience, instantanément, notre être et le monde sont inondés de lumière.
Mieux encore, il suffit de se rendre compte que jamais, même pour un instant, cet œil a été fermé.
Il est ouvert juste maintenant.
Il est toujours ouvert.
Il est l'espace par lequel le monde est connu.

José Le Roy

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dimanche 29 décembre 2019

Altruisme avec Matthieu Ricard


Comment concilier les impératifs de l’économie, de la recherche du bonheur et du respect de l’environnement ?



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samedi 28 décembre 2019

Hommage à Ram Dass (traduction par Fabrice Jordan)

Ram Dass vient de mourir. En guise d'hommage pour ce grand homme, je vous ai traduit l'article du NYT ci-dessous. Ram Dass a été un pionnier à bien des égards. Il a notamment exploré les effets du LSD dans les années 60 et a eu une vie rock'n roll jusqu'à un AVC en 1997 dont il a fait un exercice spirituel remarquable. Je vous laisse avec l'article ci-dessous:
Pendant plus de 50 ans, Ram Dass a observé les apparitions et disparitions d'autres leaders spirituels non traditionnels alors que lui a duré. Il est actif depuis le début des années 1960, à l'époque où il était encore connu sous le nom de Richard Alpert et où il a travaillé avec son collègue du département de psychologie de Harvard, Timothy Leary, à la recherche des effets du LSD et de la psilocybine sur l'altération de l'esprit et a contribué à lancer l'ère psychédélique.
Plus tard, comme beaucoup de gens avant lui, il s'est aventuré à l'est, passant du temps en Inde en tant que disciple du mystique hindou Neem Karoli Baba. À son retour, nouvellement connu sous le nom de Ram Dass, il a écrit le mash-up bouddhiste-hindou-chrétien philosophiquement brumeux et obstinément résonnant " Be Here Now ", dans lequel il a fait l'éloge de l'idée désormais commune, alors nouvelle (pour les hippies occidentaux, du moins), selon laquelle porter une attention profonde au moment présent - c'est-à-dire à la pleine conscience - est le meilleur chemin vers une vie qui a du sens.
Publié en 1971, ce livre, un des premiers classiques de la pensée New Age, s'est vendu à environ deux millions d'exemplaires, selon son site Internet ; Ram Dass, qui a depuis écrit une douzaine d'autres livres, continue de trouver de nouveaux lecteurs grâce aux éloges de personnes comme Lena Dunham et la candidate à la présidence Marianne Williamson. Les conférences archivées de cet homme de 88 ans ont également trouvé une seconde vie sous forme de podcasts populaires, et il a fait l'objet de multiples documentaires, notamment le film " Becoming Nobody ", dont la première a eu lieu le 6 septembre. " J'ai d'abord été professeur ", a déclaré Ram Dass, qui a subi en 1997 un accident vasculaire cérébral qui a affecté sa capacité de parler. "Ensuite, j'étais un psychédélique. Maintenant, je suis vieux. Je suis une icône." Il a souri en connaissance de cause. "Il y a des choses pires que ça."

Question (Q): Dans "Be Here Now". vous écrivez sur le fait d'aller dans un ashram en Inde et de passer des mois en méditation profonde. La plupart d'entre nous ne peuvent pas abandonner comme ça et peuvent trouver assez difficile de ne pas vérifier leur téléphone toutes les cinq minutes ou de s'éloigner de leur courriel au travail pendant une journée, sans parler de passer des heures par nuit à se concentrer sur la respiration, comme vous l'avez fait. Tout cela n'est qu'un préambule à la question : La vie occidentale moderne est-elle en contradiction avec l'effort nécessaire pour le type de développement spirituel que vous épousez ?
Réponse (R): Oui. Des pensées, des pensées, des pensées : Ce sont les attrape-attention quotidiens qui font que vous ne pouvez pas passer de votre esprit à votre coeur à votre âme. L'âme contient l'amour, la compassion, la sagesse, la paix et la joie, mais la plupart des gens s'identifient avec l'esprit. Vous n'êtes pas un ego. Vous êtes une âme. Vous n'êtes pas psychologiquement plein d'anxiété et de peur.
(Q) Parle pour toi.
(R) Si vous vous identifiez au plan de l'ego, vous découvrirez que vous êtes dans le temps, dans l'espace, que vous êtes un petit corps. Mais allez au cœur spirituel, et il y aura une porte vers le prochain plan de conscience : la terre de l'âme. Mon gourou m'a appelé une fois après que j'ai jeté une assiette de nourriture à un Occidental à l'ashram. Maharaji a dit : "Ram Dass ! Il y a un problème ?" Je lui ai dit que je me plaignais des Occidentaux qui traînaient dans le coin, et il a pris un verre de lait et me l'a donné, et il a dit, "Maintenant, fais-le pour eux." Alors j'ai donné du lait à tous les Occidentaux. Ça m'a fait du bien au cœur. Nourrissez-les. Aimez tout le monde.
(Q) Eh bien, dans ce sens, votre croyance est que l'univers se déroule parfaitement. Alors, comment pouvons-nous, en tant qu'êtres humains, donner un sens à cette perfection étant donné l'imminente et terrible catastrophe que représente quelque chose comme le changement climatique ?
(R) Les humains peuvent avoir une conscience sur deux plans. Par exemple, quand vous êtes journaliste au Times, c'est un jeu. C'est une danse. Combien de personnes devez-vous impressionner ? C'est des trucs comme ça. Mais l'âme a en elle le témoin, et elle est témoin de toute notre incarnation. L'âme regarde le jeu sans jugement.
(Q) Est-ce que je joue le jeu de la bonne façon ?
(R) Hum, non.
(Q) Ah, mince. Y a-t-il au moins un "mais" à venir ?
(R) Mais ton intellect te gardera sur la bonne voie ! Je sens que vous êtes dans votre travail spirituel. Vous êtes une âme. Votre bébé est une âme. Votre femme est une âme. Le lecteur est une âme. L'éditeur est une âme. Je suis une âme. Mais beaucoup de ces gens ne s'identifient pas à leur âme. Il y a une métaphore que Maharaji a décrite pour moi : Il y a un pêcheur, et il a une canne, et tu es le poisson et je suis le ver. En Inde, on dit : "Ne cherchez pas un gourou. Le gourou te cherche."
(Q) Vous croyez que le "je" est une illusion, et dans votre dernier livre il y a des références rapides à votre homosexualité, ce qui n'est pas quelque chose que je vous avais vu mentionner auparavant. Mais que signifie l'orientation sexuelle individuelle si le "moi" n'est qu'une construction de l'ego ?
(R) C'est une partie d'un rêve. Depuis mon adolescence jusqu'à ce que je trouve Maharaji, j'étais homosexuel dans ma tête. Au lycée, à l'école préparatoire, j'étais attiré par les hommes. Cette tendance a façonné ma vie. Owsley - vous connaissez Owsley ?
(Q) Ouais, il était ingénieur du son pour les Grateful Dead.
(R) Oui. Je traînais dans les coulisses, et il a pris un comprimé d'acide et me l'a mis sur la langue. Puis une fille a pris un comprimé d'acide, et Owsley nous a conduit sur la piste de danse. Elle et moi avons eu un moment de jovialité à partir de cette danse et pendant les trois mois qui ont suivi. Puis des années plus tard, j'ai reçu une lettre d'un gars. Il m'a dit : "Je crois que tu es le père de mon grand frère parce que je t'ai trouvé sur internet et tu lui ressembles. Pendant 50 ans, ma mère n'en a pas parlé." Elle était étudiante à Stanford, et elle s'est liée à moi. Vous pouvez imaginer ma surprise quand j'ai su que j'avais un fils de 50 ans. Pas mal pour un homosexuel !
(Q) Je ne veux pas être grossier, mais comment le fait de subir les effets cognitifs d'un AVC a-t-il inhibé votre capacité à vous diriger vers l'illumination ?
(R) Eh bien, l'attaque m'a empêché de jouer du violoncelle, de jouer au golf, de faire l'amour. Donc, tout ce que je pouvais faire après le coup, c'était de rentrer à l'intérieur et de me concentrer sur mon côté spirituel.
(Q) Pourquoi pensez-vous que les jeunes générations manifestent un intérêt renouvelé pour la pensée et les pratiques New Age ?
(R) La nostalgie des années 60 et 70. Ils sont fatigués de notre culture. Ils sont intéressés par la culture de leur esprit et de leur âme.
(Q) Vous inquiétez-vous parfois du fait que tous ces individus qui se tournent vers l'intérieur plutôt que vers l'extérieur le font pour éviter l'engagement politique ?
(R) L'action sociale et le travail spirituel ne s'excluent pas mutuellement. Le témoin est témoin de la politique ou des nombreux jeux que nous jouons. À long terme, cela est bénéfique pour les individus et la culture.
(Q) Si vous aviez une audience avec le président Trump, quels conseils lui donneriez-vous qui lui seraient utiles dans son travail ?
(R) Identifiez-vous à votre âme.
(Q) Cela pourrait demander du travail.
(R) Non.
(Q) Non ? Est-ce que je juge injustement ?
(R) Sur ma table de puja se trouve Donald Trump. Quand je regarde sa photo, je lui dis : "Je te connais par ton karma, et je ne te connais pas pour ton âme." Et je suis compatissant envers cette âme parce qu'il a un lourd karma.
(Q) Lorsque je suis retourné lire les travaux de votre ancien collègue Timothy Leary, il ne faisait qu'exprimer l'espoir que l'utilisation généralisée du LSD pourrait transformer la société pour le mieux. Cela ne s'est pas produit. Est-il possible que vous et Leary visiez de mauvaises cibles lorsque vous promouviez les possibilités révolutionnaires des drogues psychédéliques ? Peut-être qu'elles ne peuvent être révolutionnaires qu'au niveau individuel et non au niveau de la société.
(R) Tim était un scientifique social, et il expérimentait des situations sociales. C'est là qu'il se concentrait. Dans la dernière période du monde psychédélique de Tim, il a entendu le mantra : "Allumez, branchez-vous et abandonnez." C'est radical. C'est radical.
(Q) Vous avez déjà voulu prendre de l'acide en souvenir du bon vieux temps ?
(R) Ouais. Je pense que je veux plonger dans les plans de conscience. J'ai donné du LSD à mon gourou en Inde, et il m'a dit que des plantes aux effets similaires existaient autrefois et qu'en les prenant, vous pouviez rester dans la pièce avec le Christ pendant quelques heures seulement au lieu de vivre avec le Seigneur. C'est pourquoi je suis allé à l'est. Ils avaient des méthodes pour vivre avec le Seigneur.
(Q) Vous parlez de votre gourou comme d'un parfait professeur. Mais au risque de paraître désinvolte, personne n'est parfait.
(R) Maharaji me guide, et je me sens en sécurité dans cette guidance, donc je me sens en sécurité dans mon enseignement. "Ram Dass" signifie "serviteur de Ram", et l'idéal le plus élevé est Hanuman, qui est complètement désintéressée dans son service et son amour. Je sers Maharaji avec cet amour. Tout cela n'a pas à faire, au niveau ultime, avec un corps. C'est en rapport avec cette chose qui est au-delà.
(Q) Vous avez dit que vous êtes prêt à mourir. Quand l'avez-vous su ?
(R) Quand je suis arrivé à mon âme. L'âme n'a pas peur de mourir. L'ego a une peur très prononcée de la mort. L'ego, cette incarnation, c'est la vie et la mort. L'âme est infinie.
(Q) Bon, voilà quelque chose avec lequel je me débats : Vous enseignez qu'on est censé être libre de tout désir. Je peux m'imaginer être libre du désir de prestige ou d'argent ou de l'attention d'une personne inaccessible. Il est beaucoup plus difficile d'imaginer être libéré du désir, par exemple, que mes proches ne subissent aucun préjudice. Sommes-nous même censés renoncer à de tels désirs ?
(R) Ouaip ! Le désir est le désir. L'attachement est l'attachement. Quand je suis revenu d'Inde aux États-Unis, je suis revenu en apportant le message de Maharaji. Je n'avais jamais ressenti l'amour qu'il m'avait donné. C'était de l'amour inconditionnel. Tout dans ma vie avait été de l'amour conditionnel. Quand j'étais un bon garçon, ils m'ont aimé. Quand j'étais un bon étudiant, ils m'ont aimé. Quand j'étais un bon amant, ils m'aimaient. Je pensais que je pourrais revenir et montrer un amour inconditionnel. Le message principal est ce genre d'amour.
(Q) A propos de ce message central : J'ai lu "Be Here Now" probablement une demi-douzaine de fois. J'ai écouté d'innombrables de vos conférences et lu un tas de vos autres livres. Et je dois dire que je trouve toujours difficile d'expliquer exactement votre philosophie au-delà de la phrase " Be here now ", qui est certes très utile. Donc, tant que je vous ai : Quelle est votre philosophie ?
(R) "Être ici maintenant" est : À chaque instant, entrez dans l'instant. Notre esprit nous fait faire des allers-retours dans le temps. J'enseigne un moment. Et j'enseigne que nous nous identifions à l'ego. L'ego est une distorsion de l'esprit, et la plupart des gens ne s'identifient pas à leur âme. Ils s'inquiètent de l'excès de sens. L'âme est témoin de l'ego et est témoin des pensées. "Soyez ici maintenant" donne aux gens l'opportunité de s'identifier à nouveau en dehors de leur ego mental et dans cette chose qu'on appelle l'âme. C'est la perspective à partir de laquelle nous pourrions vivre une vie sans être pris de peur. Se réidentifier là, c'est changer toute sa vie.


vendredi 27 décembre 2019

Hommage à Ram Dass, le serviteur


Richard Alpert (né le 6 avril 1931 à Boston (Massachusetts) et mort le 22 décembre 2019 à Maui (Hawaï)), aussi connu comme Baba Ram Dass (ou simplement Ram Dass), est un professeur de psychologie à l'université Harvard ayant étudié les effets de la psilocybine sur l'homme.
 (Wikipédia)



Une belle existence humaine, une existence riche, utile, une existence qui a tant contribué à la guérison du monde vient de prendre fin. Ram Dass (de son nom de naissance Richard Alpert) est mort à l'âge de 88 ans. Son nom indien lui avait été donné par son maître, l'extraordinaire Neem Karoli Baba que l'on voit sur le cadre accroché derrière nous - photo prise chez Ram Dass à San Francisco en janvier 1991. Ram Dass signifie littéralement "serviteur de Dieu". 

J'ai eu le privilège de le rencontrer à l'occasion de l'enquête pour "L'Homme se Lève à l'Ouest". Le livre (publié chez Albin Michel) comporte une centaine de pages consacrées à Ram Dass - portrait, entretien, reportage sur un séminaire donné pour les malades du sida. Au départ universitaire brillantisssime et riche fils de famille , Alpert fut renvoyé de sa chaire à Harvard après avoir expérimenté sur le LSD en compagnie de Timothy Leary. 
Parti en Inde, il a rencontré Neem Karoli Baba et est devenu ce que son nom indien indique, un serviteur du Plus Grand, demeuré toute sa vie fidèle à son maître et au travail qu'il lui avait donné. 
Son best seller Remember Here and Now a fait découvrir la spiritualité indienne à des milliers de lecteurs. Sa Seva Foundation a œuvré des décennies durant pour les sans-abris, les malades ... Après une attaque, confiné à une chaise roulante, Ram Dass a donné ces dernières années un magnifique témoignage de liberté intérieur vis à vis de la maladie et de la vieillesse handicapée (voir sur ce point le beau et relativement récent documentaire qui lui a été consacré sur Netflix).
J'ai aussi eu l'honneur de préfacer la traduction française de son livre Vieillir en Pleine Conscience (Editions du Relié). Bien que très célèbre, Ram Dass ne cultivait pas un "ego d'éveillé". Voici ce qu'il m'en disait il y a donc 28 ans : "ce qui m'a sauvé et me préserve encore de ce piège, c'est précisément le fait d'avoir connu Maharaji (Neem Karoli Baba). 
Vous comprenez, je sais ce que c'est qu'un vrai maître. Comment pourrais-je singer Maharaji, jouer les gourous d'opérette et rester en paix avec moi-même ? Sa seule présence suffit à me maintenir sur le droit chemin... 
Etre en communion avec Maharaji m'a pour ainsi dire immunisé contre toutes ces tentations". "Mieux vaut rencontrer un vrai disciple qu'un mauvais maître" m'avait dit Arnaud Desjardins quand je lui avais parlé de mes contacts avec Ram Dass. Le même Arnaud Desjardins qui aimait à rappeler qu'un maître est avant tout un serviteur. 
Merci Ram Dass, merci pour tout, fare well ...

Par Gilles farcet




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