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jeudi 22 juillet 2021

"Nous sommes des êtres de peau " : le toucher, notre lien essentiel au monde

 

La privation de contacts physiques depuis le début de la pandémie de Covid-19 permet paradoxalement de renouer avec la centralité du toucher, premier de nos sens à se développer. Souvent déprécié, effacé, le toucher relie notre intimité à celle de l’autre et au monde extérieur.


«Quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop. » Dès le printemps 2020, ce slogan de prévention gouvernemental a tourné en boucle sur les ondes pour mettre en garde les Français contre le risque de contamination au Covid-19. Brusquement, l’irruption de la pandémie nous faisait expérimenter la frustration générée par les « gestes barrières ». Hors de nos « bulles de contact », il a fallu renoncer aux embrassades spontanées, aux bises rituelles et aux câlins aimants.

Cette épreuve affective, aussi rude qu’inédite, nous a cruellement rappelé combien le toucher façonne notre rapport au monde et conditionne nos relations humaines. « L’affection qui, jusque-là, était source de réconfort s’est tout à coup transformée en un geste morbide, risquant de transmettre la mort. En ce sens, l’expérience du Covid a dynamité, révolutionné, la vocation première du toucher, qui est de rassurer », analyse la psychologue Céline Rivière, autrice d’un livre sur les bienfaits des câlins (1).

L’expérience, extrême, a eu pour vertu de remettre le toucher au centre de nos réflexions, tandis que le sens de l’histoire semblait tendre vers son inexorable effacement. « Cela fait trente ans que je travaille la question du corps et, jusqu’à la pandémie, des collègues me faisaient comprendre que cette question était secondaire, cosmétique, contrairement aux “sujets sérieux” comme l’économie ou la politique. Pendant le confinement, d’un seul coup mes sujets de recherches sont devenus audibles, observe Fabienne Martin-Juchat, enseignante-chercheuse en sciences de la communication à l’université Grenoble Alpes. Comme si les événements avaient permis une prise de conscience sociétale de cette partie cachée de nos existences. Jusque-là, notre relation corporelle au monde allait de soi, on ne la questionnait pas, l’intendance suivait. La mise à l’arrêt de nos routines, de nos habitudes, des relations de proximité physique, nous a contraints à y réfléchir. »


Avec une question centrale : pourquoi le toucher est-il si fondamental pour nos existences et pour nos relations humaines ? Après tout, la pandémie ne nous a pas interdit de nous parler, et a même permis de multiplier les conversations virtuelles. « Précisément, il y a eu de la souffrance physique et émotionnelle car, d’un coup, l’écran est devenu le seul canal sensoriel pour être ému par le monde, explique Fabienne Martin-Juchat. En réalité, pour nous, la crise du Covid a aussi été une crise corporelle, nous imposant une rationalisation de nos gestes, une retenue constante, la maîtrise permanente », postule l’anthropologue qui a signé un essai remarqué sur la question du corps pendant la crise sanitaire (2).

Longtemps déconsidéré, perçu parfois comme un sens trivial, le toucher occupe pourtant une place essentielle dans notre appareil sensoriel. Dès les premières semaines de gestation dans l’utérus, il est le premier sens à émerger. Des récepteurs permettent au fœtus de sentir les parois de l’utérus de sa mère et les vibrations émises par le son des voix alentour. Le toucher est aussi le sens le plus abouti à la naissance. Qu’il soit effleurement, caresse, choc, il nous affecte et nous met en contact avec le monde extérieur. « C’est bien simple, un enfant qui n’est pas touché meurt. On l’a longtemps pressenti mais aujourd’hui, un examen par IRM prouve que les privations affectives provoquent des altérations cérébrales chez les bébés », explique Céline Rivière.

Comment ces mécanismes fonctionnent-ils ? Le sentiment de sécurité que l’on ressent en se donnant un baiser ou en se tenant la main est le résultat d’une cascade de changements physiques et biochimiques. Tout commence par la peau. Grâce à 640 000 récepteurs, appelés « corpuscules de Pacini » situés dans le derme profond, un toucher bienveillant stimule la production d’ocytocine dans le cerveau, communément surnommée « l’hormone de l’amour ». Elle favorise les liens sociaux, participe à la construction de relations de confiance, joue même un rôle dans l’attachement entre une mère et son nouveau-né. L’ocytocine libérée dans notre organisme contribue à abaisser le rythme cardiaque et les niveaux de cortisol, hormone responsable du stress, de l’hypertension et des maladies cardiaques. Le toucher a des vertus hors normes : plusieurs études ont montré que les bébés prématurés prenaient environ 50 % de masse supplémentaire lorsqu’ils sont pris dans les bras.

Enfants comme adultes, nous continuons d’avoir besoin de contacts, de réconfort. En être privé peut augmenter les sentiments de stress et d’angoisse, comme le montre une étude menée pendant la crise du Covid-19 par Louise Kirsch, chercheuse en neurosciences cognitives, à Sorbonne Université. « D’un point de vue scientifique, la pandémie a été une formidable expérience de stress social », souligne-t-elle. Avec une équipe de chercheuses, elle a exploré l’influence des mesures de distanciation physiques sur les différents types d’interactions tactiles (familiales, amicales…) et ce que cette réorganisation a pu susciter comme frustrations.

Leur analyse, menée sur un panel de centaines de participants, a montré des résultats clairs : plus les contacts physiques étaient restreints dans les cercles familiaux, plus les personnes interrogées déclaraient expérimenter des sentiments d’anxiété et de solitude. Autre résultat marquant : au fil des jours, le manque s’aggrave. « Le toucher n’est pas qu’une réaction chimique, c’est un lien archaïque. souligne la psychologue Céline Rivière. En être privés a réveillé nos peurs ancestrales de mourir, des angoisses d’isolement extrêmement violentes. Quand nous ne nous sentons pas reliés, les choses perdent leurs sens. »


Mais plus encore que les relations interpersonnelles, le toucher nous met en relation au monde et nous permet d’y exister en tant que « consistance charnelle », explique Fabienne Martin-Juchat. « Nous sommes des êtres de peau. C’est grâce à elle que nous touchons le monde et que le monde nous touche. Il y a les gestes tendres, bien sûr, mais il y a un nombre considérable de choses qui nous touchent pendant une journée : nous sommes bercés par les ambiances de rue, les vibrations des discussions que l’on a et qu’on écoute, les rires, le vent… Ce qui nourrit l’humain, ce sont ces surprises par lesquelles le monde vient le toucher. D’où le sentiment pour certains, pendant le confinement, d’avoir vécu en apnée et d’avoir expérimenté une sorte de désintégration personnelle. »

Le « syndrome du glissement » éprouvé par des personnes âgées isolées dans les maisons de retraite au pic de la crise sanitaire est à ce titre évocateur. Il marque le moment où la personne a renoncé aux efforts qui permettaient sa survie. « Le fait que nous ayons accepté que les seniors puissent être privés de tout contact physique prouve qu’en tant que société, nous n’avons pas encore pris conscience de l’importance du toucher. La crise a montré une absence de pensée éthique sur le sujet », s’emporte Marie de Hennezel, spécialiste de la fin de vie et autrice d’un essai sur les conséquences de la politique sanitaire sur les personnes âgées (3). « Il y aura certainement un traumatisme collectif autour de cette question », avance-t-elle.

Un avant et un après, certainement, propose Cécile Rivière. D’après la psychologue, « les restrictions sanitaires ne seront pas levées à court terme, et nous serons conduits à davantage choisir les personnes que l’on touche. Mes patients me racontent déjà que sur les sites de rencontres, les personnes cherchent davantage des partenaires avec qui entamer une relation suivie. Car on ne peut plus multiplier les contacts comme avant, on peut espérer que le toucher se resserre vers une dimension plus qualitative et riche. »

  • Héloïse de Neuville dans la Croix

(1) La Câlinothérapie – Une prescription pour le bonheur, Céline Rivière, Michalon, 2019.

(2) L’Aventure du corps. La communication corporelle, une voie vers l’émancipation, Fabienne Martin-Juchat, Presses universitaires de Grenoble, 2020.

(3) L’Adieu interdit, Marie de Hennezel, Plon, 2020.

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mercredi 20 mai 2020

Chemin de transformation


Le chemin de la transformation intérieure ne passe pas par le jugement d'un aspect ou un autre de soi-même ni par le fait de se rabaisser à ses propres yeux. Ce n'est pas le reproche qui est transformateur, mais l'accueil, l'acceptation et la vision neutre de ce qui est. Ainsi, toute condamnation est une forme de rejet qui génère la division et renforce par conséquent ce que l'on cherche à éliminer. Cette direction est sans issue et ressemble à un cercle infernal, parce que la division intérieure ne fait que se renforcer. Swami Prajnânpad l'explique en ces termes à un disciple indien, Sumangal Prakash ; " Il n'y a rien à réprimer, il n'y a pas de censure, pas de considération de bien ou de mal. Car, en tout premier lieu, le jugement de valeur en lui-même est faux, c'est une illusion (...) J'ai deux yeux. Si quelque chose arrive à l'un des deux et si l'autre n'a rien, vais-je arracher le mauvais œil et le jeter? Non, je l'accepte comme il est. Je le laisse là où il est et j'utilise l'autre œil. Je les accepte tous les deux comme ils sont. Je ne rejette pas l’œil endommagé. Je ne lui refuse pas son existence parce qu'il est là. De la même façon, je ne peux me détruire. Je ne peux pas m'ôter une partie de moi-même. Je dois tout intégrer... 
Aucune division à l'intérieur de moi...
Cette division seule est la source de tous les malheurs et de toutes les souffrances.

Extrait de « Dites-leur de viser haut ! »
Eric et Sophie Edelmann


Que signifie le titre de votre livre Dites-leur de viser haut ! ?

Éric : Arnaud Desjardins venait chaque automne à Mangalam donner des enseignements. Au printemps 2011, alors qu’il était à Hauteville, il a transmis un dernier message à ses élèves québécois par la voix de l’un de ses proches collaborateurs qui allait s’envoler pour le Québec : « Dites-leur de viser haut ! » Ce titre nous est apparu comme une évidence pour notre livre. Sans doute devait-il sentir sa fin prochaine, alors qu’il n’y avait pas de signes avant-coureurs… Quelques mois plus tard, en effet, il allait être emporté, à l’âge de 86 ans, des suites d’une attaque cardiaque. […]
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jeudi 5 mars 2020

Point de vue collectif sur le Covid-19

Un article très intéressant parce que non émotionnel et très bien documenté, à propos du coronavirus, d'un intensiviste belge. Il a le mérite de montrer où se situe exactement le problème avec ce virus, et d'expliquer très bien la différence entre un danger personnel et un danger collectif.
Si nous ne voulons pas être juste des machines à réaction en rapport avec cette épidémie, nous pouvons observer tranquillement certaines des conséquences de ce virus.
D'abord, il nous montre à quel point les frontières sont une ligne fictive en regard de la vie. Il nous rappelle notre profonde interconnexion, pas d'une manière un peu floue entre biosphère et humains, mais simplement entre frères et soeurs humains. Souvenez-vous il y a trois mois, toutes nations en compétition. Et maintenant? Il émerge une sorte de solidarité planétaire presque inédite, que nous pouvons sentir dans nos tripes. Essayons de nous en souvenir et de conserver ce sentiment au delà de cet épisode temporaire.
Par ailleurs, ce virus incite fortement à adopter un point de vue systémique large au lieu d'être focalisé sur notre nombril: oui, le virus, à titre individuel n'a pas de quoi inquiéter outre mesure. Mais à l'échelle systémique, il reste extrêmement problématique si nous ne prenons pas conscience que les simples gestes sanitaires demandés par nos autorités ont une visée collective et pas individuelle. L'article ci-dessous en parle très justement.
Pour les pratiquants spirituels, il s'agit d'une excellente opportunité de mettre en pratique leurs enseignements, toutes lignées confondues. Rappelons peut-être ici une belle citation de Arnaud Desjardins, parlant de la progression spirituelle: "Au début, moi seulement. Ensuite, moi et les autres, ensuite les autres et moi, enfin, les autres seulement". Le coronovirus comme upaguru nous demande au moins d'atteindre le point de "moi et les autres" et si possible, au delà. Alors se laver les mains et adopter les mesures de précaution de bon sens demandées par les autorités, oui, ça fait partie de la pratique spirituelle. 
So...let's practice!
Fabrice Jordan
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samedi 28 décembre 2019

Hommage à Ram Dass (traduction par Fabrice Jordan)

Ram Dass vient de mourir. En guise d'hommage pour ce grand homme, je vous ai traduit l'article du NYT ci-dessous. Ram Dass a été un pionnier à bien des égards. Il a notamment exploré les effets du LSD dans les années 60 et a eu une vie rock'n roll jusqu'à un AVC en 1997 dont il a fait un exercice spirituel remarquable. Je vous laisse avec l'article ci-dessous:
Pendant plus de 50 ans, Ram Dass a observé les apparitions et disparitions d'autres leaders spirituels non traditionnels alors que lui a duré. Il est actif depuis le début des années 1960, à l'époque où il était encore connu sous le nom de Richard Alpert et où il a travaillé avec son collègue du département de psychologie de Harvard, Timothy Leary, à la recherche des effets du LSD et de la psilocybine sur l'altération de l'esprit et a contribué à lancer l'ère psychédélique.
Plus tard, comme beaucoup de gens avant lui, il s'est aventuré à l'est, passant du temps en Inde en tant que disciple du mystique hindou Neem Karoli Baba. À son retour, nouvellement connu sous le nom de Ram Dass, il a écrit le mash-up bouddhiste-hindou-chrétien philosophiquement brumeux et obstinément résonnant " Be Here Now ", dans lequel il a fait l'éloge de l'idée désormais commune, alors nouvelle (pour les hippies occidentaux, du moins), selon laquelle porter une attention profonde au moment présent - c'est-à-dire à la pleine conscience - est le meilleur chemin vers une vie qui a du sens.
Publié en 1971, ce livre, un des premiers classiques de la pensée New Age, s'est vendu à environ deux millions d'exemplaires, selon son site Internet ; Ram Dass, qui a depuis écrit une douzaine d'autres livres, continue de trouver de nouveaux lecteurs grâce aux éloges de personnes comme Lena Dunham et la candidate à la présidence Marianne Williamson. Les conférences archivées de cet homme de 88 ans ont également trouvé une seconde vie sous forme de podcasts populaires, et il a fait l'objet de multiples documentaires, notamment le film " Becoming Nobody ", dont la première a eu lieu le 6 septembre. " J'ai d'abord été professeur ", a déclaré Ram Dass, qui a subi en 1997 un accident vasculaire cérébral qui a affecté sa capacité de parler. "Ensuite, j'étais un psychédélique. Maintenant, je suis vieux. Je suis une icône." Il a souri en connaissance de cause. "Il y a des choses pires que ça."

Question (Q): Dans "Be Here Now". vous écrivez sur le fait d'aller dans un ashram en Inde et de passer des mois en méditation profonde. La plupart d'entre nous ne peuvent pas abandonner comme ça et peuvent trouver assez difficile de ne pas vérifier leur téléphone toutes les cinq minutes ou de s'éloigner de leur courriel au travail pendant une journée, sans parler de passer des heures par nuit à se concentrer sur la respiration, comme vous l'avez fait. Tout cela n'est qu'un préambule à la question : La vie occidentale moderne est-elle en contradiction avec l'effort nécessaire pour le type de développement spirituel que vous épousez ?
Réponse (R): Oui. Des pensées, des pensées, des pensées : Ce sont les attrape-attention quotidiens qui font que vous ne pouvez pas passer de votre esprit à votre coeur à votre âme. L'âme contient l'amour, la compassion, la sagesse, la paix et la joie, mais la plupart des gens s'identifient avec l'esprit. Vous n'êtes pas un ego. Vous êtes une âme. Vous n'êtes pas psychologiquement plein d'anxiété et de peur.
(Q) Parle pour toi.
(R) Si vous vous identifiez au plan de l'ego, vous découvrirez que vous êtes dans le temps, dans l'espace, que vous êtes un petit corps. Mais allez au cœur spirituel, et il y aura une porte vers le prochain plan de conscience : la terre de l'âme. Mon gourou m'a appelé une fois après que j'ai jeté une assiette de nourriture à un Occidental à l'ashram. Maharaji a dit : "Ram Dass ! Il y a un problème ?" Je lui ai dit que je me plaignais des Occidentaux qui traînaient dans le coin, et il a pris un verre de lait et me l'a donné, et il a dit, "Maintenant, fais-le pour eux." Alors j'ai donné du lait à tous les Occidentaux. Ça m'a fait du bien au cœur. Nourrissez-les. Aimez tout le monde.
(Q) Eh bien, dans ce sens, votre croyance est que l'univers se déroule parfaitement. Alors, comment pouvons-nous, en tant qu'êtres humains, donner un sens à cette perfection étant donné l'imminente et terrible catastrophe que représente quelque chose comme le changement climatique ?
(R) Les humains peuvent avoir une conscience sur deux plans. Par exemple, quand vous êtes journaliste au Times, c'est un jeu. C'est une danse. Combien de personnes devez-vous impressionner ? C'est des trucs comme ça. Mais l'âme a en elle le témoin, et elle est témoin de toute notre incarnation. L'âme regarde le jeu sans jugement.
(Q) Est-ce que je joue le jeu de la bonne façon ?
(R) Hum, non.
(Q) Ah, mince. Y a-t-il au moins un "mais" à venir ?
(R) Mais ton intellect te gardera sur la bonne voie ! Je sens que vous êtes dans votre travail spirituel. Vous êtes une âme. Votre bébé est une âme. Votre femme est une âme. Le lecteur est une âme. L'éditeur est une âme. Je suis une âme. Mais beaucoup de ces gens ne s'identifient pas à leur âme. Il y a une métaphore que Maharaji a décrite pour moi : Il y a un pêcheur, et il a une canne, et tu es le poisson et je suis le ver. En Inde, on dit : "Ne cherchez pas un gourou. Le gourou te cherche."
(Q) Vous croyez que le "je" est une illusion, et dans votre dernier livre il y a des références rapides à votre homosexualité, ce qui n'est pas quelque chose que je vous avais vu mentionner auparavant. Mais que signifie l'orientation sexuelle individuelle si le "moi" n'est qu'une construction de l'ego ?
(R) C'est une partie d'un rêve. Depuis mon adolescence jusqu'à ce que je trouve Maharaji, j'étais homosexuel dans ma tête. Au lycée, à l'école préparatoire, j'étais attiré par les hommes. Cette tendance a façonné ma vie. Owsley - vous connaissez Owsley ?
(Q) Ouais, il était ingénieur du son pour les Grateful Dead.
(R) Oui. Je traînais dans les coulisses, et il a pris un comprimé d'acide et me l'a mis sur la langue. Puis une fille a pris un comprimé d'acide, et Owsley nous a conduit sur la piste de danse. Elle et moi avons eu un moment de jovialité à partir de cette danse et pendant les trois mois qui ont suivi. Puis des années plus tard, j'ai reçu une lettre d'un gars. Il m'a dit : "Je crois que tu es le père de mon grand frère parce que je t'ai trouvé sur internet et tu lui ressembles. Pendant 50 ans, ma mère n'en a pas parlé." Elle était étudiante à Stanford, et elle s'est liée à moi. Vous pouvez imaginer ma surprise quand j'ai su que j'avais un fils de 50 ans. Pas mal pour un homosexuel !
(Q) Je ne veux pas être grossier, mais comment le fait de subir les effets cognitifs d'un AVC a-t-il inhibé votre capacité à vous diriger vers l'illumination ?
(R) Eh bien, l'attaque m'a empêché de jouer du violoncelle, de jouer au golf, de faire l'amour. Donc, tout ce que je pouvais faire après le coup, c'était de rentrer à l'intérieur et de me concentrer sur mon côté spirituel.
(Q) Pourquoi pensez-vous que les jeunes générations manifestent un intérêt renouvelé pour la pensée et les pratiques New Age ?
(R) La nostalgie des années 60 et 70. Ils sont fatigués de notre culture. Ils sont intéressés par la culture de leur esprit et de leur âme.
(Q) Vous inquiétez-vous parfois du fait que tous ces individus qui se tournent vers l'intérieur plutôt que vers l'extérieur le font pour éviter l'engagement politique ?
(R) L'action sociale et le travail spirituel ne s'excluent pas mutuellement. Le témoin est témoin de la politique ou des nombreux jeux que nous jouons. À long terme, cela est bénéfique pour les individus et la culture.
(Q) Si vous aviez une audience avec le président Trump, quels conseils lui donneriez-vous qui lui seraient utiles dans son travail ?
(R) Identifiez-vous à votre âme.
(Q) Cela pourrait demander du travail.
(R) Non.
(Q) Non ? Est-ce que je juge injustement ?
(R) Sur ma table de puja se trouve Donald Trump. Quand je regarde sa photo, je lui dis : "Je te connais par ton karma, et je ne te connais pas pour ton âme." Et je suis compatissant envers cette âme parce qu'il a un lourd karma.
(Q) Lorsque je suis retourné lire les travaux de votre ancien collègue Timothy Leary, il ne faisait qu'exprimer l'espoir que l'utilisation généralisée du LSD pourrait transformer la société pour le mieux. Cela ne s'est pas produit. Est-il possible que vous et Leary visiez de mauvaises cibles lorsque vous promouviez les possibilités révolutionnaires des drogues psychédéliques ? Peut-être qu'elles ne peuvent être révolutionnaires qu'au niveau individuel et non au niveau de la société.
(R) Tim était un scientifique social, et il expérimentait des situations sociales. C'est là qu'il se concentrait. Dans la dernière période du monde psychédélique de Tim, il a entendu le mantra : "Allumez, branchez-vous et abandonnez." C'est radical. C'est radical.
(Q) Vous avez déjà voulu prendre de l'acide en souvenir du bon vieux temps ?
(R) Ouais. Je pense que je veux plonger dans les plans de conscience. J'ai donné du LSD à mon gourou en Inde, et il m'a dit que des plantes aux effets similaires existaient autrefois et qu'en les prenant, vous pouviez rester dans la pièce avec le Christ pendant quelques heures seulement au lieu de vivre avec le Seigneur. C'est pourquoi je suis allé à l'est. Ils avaient des méthodes pour vivre avec le Seigneur.
(Q) Vous parlez de votre gourou comme d'un parfait professeur. Mais au risque de paraître désinvolte, personne n'est parfait.
(R) Maharaji me guide, et je me sens en sécurité dans cette guidance, donc je me sens en sécurité dans mon enseignement. "Ram Dass" signifie "serviteur de Ram", et l'idéal le plus élevé est Hanuman, qui est complètement désintéressée dans son service et son amour. Je sers Maharaji avec cet amour. Tout cela n'a pas à faire, au niveau ultime, avec un corps. C'est en rapport avec cette chose qui est au-delà.
(Q) Vous avez dit que vous êtes prêt à mourir. Quand l'avez-vous su ?
(R) Quand je suis arrivé à mon âme. L'âme n'a pas peur de mourir. L'ego a une peur très prononcée de la mort. L'ego, cette incarnation, c'est la vie et la mort. L'âme est infinie.
(Q) Bon, voilà quelque chose avec lequel je me débats : Vous enseignez qu'on est censé être libre de tout désir. Je peux m'imaginer être libre du désir de prestige ou d'argent ou de l'attention d'une personne inaccessible. Il est beaucoup plus difficile d'imaginer être libéré du désir, par exemple, que mes proches ne subissent aucun préjudice. Sommes-nous même censés renoncer à de tels désirs ?
(R) Ouaip ! Le désir est le désir. L'attachement est l'attachement. Quand je suis revenu d'Inde aux États-Unis, je suis revenu en apportant le message de Maharaji. Je n'avais jamais ressenti l'amour qu'il m'avait donné. C'était de l'amour inconditionnel. Tout dans ma vie avait été de l'amour conditionnel. Quand j'étais un bon garçon, ils m'ont aimé. Quand j'étais un bon étudiant, ils m'ont aimé. Quand j'étais un bon amant, ils m'aimaient. Je pensais que je pourrais revenir et montrer un amour inconditionnel. Le message principal est ce genre d'amour.
(Q) A propos de ce message central : J'ai lu "Be Here Now" probablement une demi-douzaine de fois. J'ai écouté d'innombrables de vos conférences et lu un tas de vos autres livres. Et je dois dire que je trouve toujours difficile d'expliquer exactement votre philosophie au-delà de la phrase " Be here now ", qui est certes très utile. Donc, tant que je vous ai : Quelle est votre philosophie ?
(R) "Être ici maintenant" est : À chaque instant, entrez dans l'instant. Notre esprit nous fait faire des allers-retours dans le temps. J'enseigne un moment. Et j'enseigne que nous nous identifions à l'ego. L'ego est une distorsion de l'esprit, et la plupart des gens ne s'identifient pas à leur âme. Ils s'inquiètent de l'excès de sens. L'âme est témoin de l'ego et est témoin des pensées. "Soyez ici maintenant" donne aux gens l'opportunité de s'identifier à nouveau en dehors de leur ego mental et dans cette chose qu'on appelle l'âme. C'est la perspective à partir de laquelle nous pourrions vivre une vie sans être pris de peur. Se réidentifier là, c'est changer toute sa vie.