jeudi 14 juillet 2016

Il arrive un temps...

Il arrive un temps dans la vie où on apprend
la différence entre tenir la main de l'autre
et l'enchaîner à soi.
Un temps où on apprend que l'amour
ne signifie pas se soulager de tout soucis sur l'autre.
Et que la compagnie n'est pas toujours
une garantie contre la solitude.
Un temps où on apprend que les baisers
ne sont que des cadeaux
ne sont pas des promesses.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend
à accepter ses échecs en gardant la tête haute
et les yeux ouvert,
où on apprend à bâtir notre vie dans l'instant présent
parce qu'on ignore si on sera toujours là demain.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend
que même le soleil brûle si on abuse.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend...
La souffrance, la peine, l’absence,
Mais où on apprend qu'on a en soi
la force d'y faire face.
Il arrive un temps dans la vie où on découvre...
ce que l'on vaut vraiment...
Et on continue d’apprendre...
Avec chaque abandon, chaque perte,
chaque départ, on apprend.
Alors travaillons à décorer notre jardin intérieur,
au lieu d'attendre que quelqu'un nous offre des fleurs.

Inspiré d’un texte de Veronica A.Shoffstall

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mercredi 13 juillet 2016

Sur le rivage des mondes infinis...

Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s'assemblent. L'azur sans fin est immobile au-dessus d'eux ; près d'eux le flot sans repos retentit. Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s'assemblent avec des danses et des cris.

Ils bâtissent leurs maisons avec du sable ; ils jouent avec des coquilles vides. Avec des feuilles fanées, ils gréent leurs barques et, en souriant, les lancent sur la mer profonde. Les enfants tiennent leurs jeux sur le rivage des mondes.

Ils ne savent pas nager; ils ne savent pas jeter les filets. Les pêcheurs de perles plongent, les marchands mettent à la voile ; les enfants cependant rassemblent les galets, puis les dispersent. Ils ne cherchent pas de trésors cachés, ils ne savent pas jeter les filets.

La marée monte avec un rire et le pâle éclat de la plage sourit. Les vagues chargées de mort chantent aux enfants d'incertaines ballades, comme chante une mère qui berce son bébé. Le flot joue avec les enfants et le pâle éclat de la plage sourit.

Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s'assemblent. La tempête erre dans le ciel sans routes, les navires sombrent dans la mer sans sillages, la mort rôde et les enfants jouent. Sur le rivage des mondes infinis se tient la grande assemblée des enfants.

     Extrait de L'Offrande Lyrique, de Rabindranath Tagore, Ed. Gallimard Poésie




 Rabindranath Tagore [Rabindranath Thakur] : Poète indien (Calcutta, 1861 - Santiniketan, Bengale, 1941), auteur de plus de mille poèmes, de romans, de pièces dramatiques et de chants qui eurent une grande influence sur la littérature moderne de l'Inde. Son inspiration est mystique et patriotique. Il fut également un musicien et un peintre de talent. En 1921, il fonda au nord de Calcutta une université internationale (Santiniketan) destin"e à promouvoir les idéaux indiens de culture et de tolérance. (Prix Nobel de littérature, 1913.)


mardi 12 juillet 2016

Silencieuse réalisation... avec Ramana Maharshi



Le Soi est silence, imperceptible par les sens
et inconcevable par l'intellect.
C'est cette Présence absolue qui seule Est et demeure immuable.

Tandis que tout se forme, se transforme et se déforme dans l'univers,
"Cela" ne meurt pas, ne nait pas et demeure en chacun."

Ramana MAHARSHI


lundi 11 juillet 2016

20 sources de douleur qui sont liées à des états émotionnels particuliers

Voici un article à propos de certaines douleurs. Comme je le précise souvent en shiatsu, la perception et la compréhension sont personnelles et ces indications ne sont pas à prendre comme des vérités collectives :

...Lorsque la vie devient difficile, au bout d’un certain temps on a l’impression d’être sur des montagnes russes émotionnelles. Mais saviez-vous que ces émotions peuvent dégrader votre santé physique? Le Dr. Susan Babel, psychologue spécialisée dans la dépression causée par des traumatismes, a déclaré dans le magazine Psychology Today, « Des études ont démontré que la douleur chronique peut être causée par une blessure physique, mais aussi par le stress et les problèmes émotionnels ».
La douleur est une énergie, un ressenti, et une manifestation physique. La moindre douleur dans le corps peut être liée à un état émotionnel spécifique, et vient nous prévenir sur ce qui nous pose problème. Une fois que nous avons compris ces leçons, la douleur peut s’effacer.

Le corps est spécifiquement limpide quand il s’agit de la douleur. Les expériences de votre vie se manifestent immédiatement dans votre corps et lorsque vous rencontrez un stress émotionnel, votre corps vous montre précisément quel est le problème. La seule chose que vous devez faire, c’est savoir décrypter la douleur lorsqu’elle se manifeste.

Voici les 20 sources de douleur qui sont liées à des états émotionnels spécifiques :

1. Les maux de tête : Les douleurs à la tête et les migraines limitent la prise de décision et peuvent être déclenchées par le stress du quotidien. Les migraines surviennent lorsque nous connaissons la décision à prendre et que nous ne la prenons pas. Assurez-vous de prendre du temps chaque jour pour vous relaxer. Essayez de faire quelque chose qui va soulager cette tension.

2. La douleur dans le cou. Ce type de douleur indique que vous avez des problèmes à pardonner les autres ou à vous-même. Si vous avez une douleur au cou, pensez aux choses que vous aimez chez vous ou chez les autres. Travaillez sciemment sur le pardon.

3. La douleur des gencives. : Elle est liée aux décisions que vous ne prenez pas ou auxquelles vous ne vous tenez pas. Soyez clair dans vos objectifs, et foncez !

4. La douleur musculaire. Elle représente la flexibilité dont nous faisons preuve dans la vie au quotidien. Cela dévoile si nous sommes assez souples dans nos relations au travail, à la maison ou envers nous-mêmes. Laissez-vous donc porter pour que la douleur s’estompe.

5. La douleur aux épaules. Elle peut montrer que vous trainez un fardeau émotionnel, d’où l’expression « avoir les épaules larges ». Focalisez-vous sur les soucis que vous êtes le seul à pouvoir résoudre et n’hésitez pas à déléguer à vos proches dès que possible.

6. La douleur à l’estomac. Elle survient lorsque vous n’avez pas digéré, au sens figuré, quelque chose de négatif. Le sentiment de ne pas être respecté provoque une sensation de trou dans l’estomac, et un certain chagrin.

7. La douleur dans le haut du dos. Elle indique que vous manquez de soutien affectif. Vous pourriez vous sentir mal aimé. Si vous êtes célibataire, il serait peut-être temps de rencontrer une personne.

8. La douleur au sacrum et au coccyx. Il se pourrait que vous soyez assis sur un problème qui doit être résolu…

9. La douleur lombaire. La lombalgie peut signifier que vous vous souciez trop de l’argent ou que vous êtes en manque d’affection. Ce peut être l’occasion de demander une augmentation de salaire, ou d’envisager un conseiller financier pour vous apprendre à mieux gérer votre porte monnaie.

10. La douleur dans les coudes. Elle a beaucoup à voir avec la résistance aux changements dans votre vie. Si vos bras sont raides, cela peut signifier que vous êtes trop raide dans votre rapport aux choses. Il est peut-être temps d’oser faire bouger les choses ou du moins, de vous laisser aller !

11. La douleur dans les bras. Vous portez quelque chose ou quelqu’un comme un fardeau émotionnel. Il est peut-être temps de vous demander si cela en vaut vraiment la peine…

12. La douleur dans les mains. Les mains symbolisent le lien aux autres, le fait de se connecter. Si vous ressentez des douleurs au mains, cela peut vouloir dire que vous ne tendez pas assez la main aux autres. Essayez de vous faire de nouveaux amis, rétablissez la connexion !

13. Les hanches douloureuses. Elles pourraient signifier que vous êtes trop résistant aux changements. Vous avez tendance à ériger les mises en garde en véritables obstacles à la prise de décision. Si vous réfléchissez sur quelques grandes idées, il est temps de prendre une décision.

14. La douleur dans les articulations en général. Tout comme pour les muscles, les douleurs dans les articulations représentent la flexibilité. Soyez ouvert à de nouvelles façons de voir les choses, aux leçons et aux expériences de la vie.

15. La douleur aux genoux. Le genou, symbolise notre relation à l’autre, soumise, agressive ou équilibrée. Cette douleur indique une difficulté à plier, à accepter les choses telles qu’elles sont. Cette tension peut être liée à soi comme au monde extérieur. L’intérieur du genou renvoie à la collectivité, au travail, aux proches ; l’extérieur du genou est lié aux problèmes plus personnels. Rappelez-vous : vous n’êtes qu’un humain, un simple mortel. Ne laissez pas votre ego prendre le dessus sur votre vie. Faire du bénévolat peut s’avérer bénéfique.

16. Le mal de dent. Il exprime le fait que vous n’aimez pas votre situation. À ressasser constamment ce dégoût, cela affecte vos émotions quotidiennes. Souvenez-vous que les expériences passent plus vite lorsque vous vous focalisez sur leurs aspects positifs.

17. Une douleur qui fatigue. Éprouver de l’ennui, faire de la résistance, ne pas se donner les moyens d’aller de l’avant. Écoutez cette petite voix qui se demande « quelle est la prochaine étape ? » et vous pousse vers une nouvelle expérience.

18. La douleur aux pieds. Lorsque vous êtes déprimé, vous pouvez ressentir une certaine douleur aux pieds. Trop de négativité peut se manifester sous vos pieds. Appréciez les petits plaisirs de la vie. Adoptez un animal de compagnie ou trouvez-vous un nouveau loisir, une nouvelle passion. Cherchez la joie.

19. Une douleur inexpliquée dans différentes parties du corps. La structure cellulaire du corps humain est constamment en reconstitution et durant ce processus, on se purge des énergies négatives. Le système immunitaire et tous les systèmes dans le corps s’en retrouvent affaiblis. Ainsi, alors que le corps fait mal et peut sembler dans un état de maladie, il peut être en réalité dans un état de compensation. Ne paniquez pas, tout ira bien !

20. La douleur aux chevilles. Elle montre que vous ne vous accordez pas le droit au plaisir. Il est peut-être temps de devenir plus indulgent envers vous-même. Essayez aussi, de pimenter votre vie amoureuse.

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source : sain-et-naturel.com



dimanche 10 juillet 2016

Nous sommes aimés...



Et si la terre, l'océan, les arbres, les montagnes nous aimaient plus que nous ne les aimons ? Avez-vous pensé à cela ? Et si ce que nous appelons, avec un aveuglement misérable, notre environnement , toute cette vie qui est là, partout, n'espérait de nous qu'un signe, fut-il de vermisseau, pour que commence enfin non pas l'apocalypse redoutée, mais une inimaginable fête de retrouvailles ? 

 Le rire de la grenouille, 
Henri Gougaud

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samedi 9 juillet 2016

Méditation guidée avec Christophe André


Depuis toujours, la respiration occupe une place centrale dans les pratiques méditatives : c’est le moyen le plus puissant pour se connecter à l’instant présent.




Un des conseils les plus simples et les plus efficaces que l’on donne aux débutants, c’est de prendre plusieurs fois dans la journée le temps de respirer, seulement respirer, en plein conscience, pendant deux ou trois minutes...



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vendredi 8 juillet 2016

Le silence amoureux avec Yolande




  • "Aimer véritablement c´est un je t´aime qui respire constamment".
    [Yolande]
  • "Un moment de la vie de l'homme a la valeur d'une vie, de toutes les vies"
    [Le silence guérit]
  • “Pour s´éveiller à la réalité il n´y a qu´un chemin, la vie”
    [Le pouvoir du silence]
  • “Ose vivre cette conviction profonde que tu pressens être. Ose être!”
    [Le silence guérit]
  • ”Où pourrait bien être le problème, si tu te places avant la personne?”
    [Amoureuse du silence]
  • “Je suis éternellement au-delà des sens”
    [Amoureuse du silence]


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mardi 5 juillet 2016

Le simple est inépuisable... avec Christian Bobin


Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d’années. Il n’emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l’air contre ses tempes, les confidences de l’eau entre ses mains, les éblouissements des renards qui croisaient son chemin- de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l’univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c’est être poète que regarder la vie et la mort en face, et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. 

Les commentateurs ont usé jusqu’à la corde ces paroles de l’errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l’herbe, ainsi s’agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d’un visage si humain qu’il en devenait divin. « Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l’économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l’amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s’éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l’existence de Dieu : on ne s’adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Après, plus rien- l’arrachement du souffle, l’énergie qui déserte ce qui n’est plus que chair pourrissante. Cette dernière flambée de la parole fait du Christ mieux qu’un ange : notre frère angoissé et fragile ; « Mon dieu,  mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri qui s’en va exploser contre la gueule de marbre d’un Dieu muet, fait de celui qui le jette notre intime, le plus proche d’entre les proches : nous –mêmes quand la confiance s’en va de nous comme le sang par une veine coupée et que nous continuons à parler amoureusement à ce qui nous tue.
Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.


Christian Bobin , « l’Homme Joie ».

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lundi 4 juillet 2016

« Je n'ai jamais cessé de prier » avec Elie Wiesel

Prix Nobel de la paix, l'écrivain Elie Wiesel est décédé le 2 juillet 2016. Enfant, il ne vivait que pour Dieu et rêvait de devenir talmudiste. Déporté à 15 ans dans l’enfer d’Auschwitz puis de Buchenwald, où Dieu semblait absent, il n’a pourtant jamais renié sa foi. La Vie avait recueilli son témoignage de foi en 2012 ; nous le republions aujourd'hui pour lui rendre hommage.

« J’avais 15 ans. Hagard, désorienté, ombre parmi les ombres, j’étais parqué dans le wagon à bestiaux où régnait une odeur fétide. Tenaillé par la faim, je scrutais le visage de mes parents, mon cœur battait à se rompre. J’entends encore la respiration saccadée de ma petite sœur ­Tzipora et les hurlements hystériques d’une femme devenue folle. Après quatre jours, le train ralentit. Par la lucarne, j’aperçus des barbelés à l’infini. Nous étions à Auschwitz. Les cris des SS retentissaient de toutes parts. « Restons ensemble », dit ma mère. Nous nous tenions fermement par le bras. Un ordre bref fut lancé : hommes d’un côté, femmes de l’autre. Je restai avec mon père, tandis que ma mère et mes sœurs partaient dans une autre direction. Je les vois encore s’éloigner vers les immenses cheminées alimentées par des êtres vivants, ignorant que je ne les reverrais jamais.

L’ombre de ces trains nocturnes, qui traversèrent le continent dévasté, continue de me hanter. Ils symbolisent la progression inexorable vers l’agonie et la mort des multitudes juives. Aujourd’hui encore, chaque fois que j’entends un train siffler, quelque chose en moi se fige.


« Je n'ai jamais cessé de prier » 

J’ai grandi à Sighet, petite ville de Transylvanie où mes parents tenaient une épicerie. Dès mon jeune âge, j’ai appris l’hébreu classique, je me suis plongé dans la Torah, le Talmud et le Midrash. À 13 ans, j’écrivais des commentaires bibliques. Je me souviens de mes premières extases religieuses quand, avec mes amis de la yeshiva, nous recevions de nos maîtres les clés pour ouvrir les portes secrètes des vérités mystiques. À cette époque, je rêvais d’enseigner et d’éclaircir les textes sacrés. Si je n’avais pas été déporté, je serais sans doute devenu un talmudiste sans histoire. Depuis l’éveil de ma conscience, je ne vivais que pour Dieu. C’était Lui, mon ancre, qui faisait et défaisait les choses, les événements et les êtres. Il était le sens de ma vie, la justification de tout.

La suite, je l’ai racontée dans la Nuit. Les mots ont-ils cependant assez de force pour décrire cet univers dément et froid où des enfants ahuris et des vieillards épuisés venaient pour ­mourir ? Et la disparition de ma petite sœur, tuée avec sa mère la nuit même de leur arrivée ? Et cette odeur de chair brûlée qui empestait l’air ? Et les nourrissons jetés vivants dans des brasiers brûlants ? Et les râles d’agonie, venus d’outre-tombe, s’élevant des baraques où les corps s’entassaient ?

Comment ne suis-je pas devenu fou, dans cette antichambre de l’enfer, plongé dans la peur et les coups, les hurlements des kapos, les aboiements de leurs chiens ? Malgré l’horreur, je n’ai jamais cessé de prier. Le samedi, tout en portant des pierres, je fredonnais les cantiques du sabbat. Était-ce pour plaire à mon père, lui montrer que je restais juif même dans ce royaume maudit voué à leur disparition ? Je n’avais alors pas la force de me plonger dans des méditations théologiques : la ration quotidienne de pain – sera-t-elle d’un centimètre plus mince ou plus épaisse ? – était le centre de mes soucis. La peur des coups dépassait celle du ciel. Sur ce plan, l’ennemi avait emporté une victoire : c’était autour des SS, non de Dieu, que s’ordonnait notre univers.

« Aimer Dieu, l'interroger, le plaindre... »

Ma révolte est venue après la guerre quand j’étudiais la philosophie à Paris. Pour mon ami Primo Levi, le problème de la foi après Auschwitz se pose en termes simples : ou Dieu est Dieu, donc tout-puissant, donc coupable d’avoir laissé faire les assassins ; ou sa puissance est limitée, et alors, il n’est pas Dieu. Ce raisonnement m’interpellait. Tout mon être protestait : puisque Dieu est partout, où était-Il pendant l’Holocauste ? Enfant, je Le situais ­uniquement dans le bien, le sacré, dans ce qui rend l’homme digne de salut. Après avoir vécu le mal absolu, pourquoi continuer à sanctifier Son nom ? Parce qu’Il avait fait brûler des milliers d’enfants dans des fosses ? Parce que, dans Sa grande puissance, Il avait créé Auschwitz et tant d’autres usines de la mort ?

Si je me suis élevé contre la justice de Dieu, je ne L’ai jamais renié. Ma colère s’est toujours élevée à l’intérieur de la foi. En revanche, je n’ai cessé de chercher des raisons à Son silence. La mystique juive parle ainsi des éclipses de Dieu, qui se retire pour laisser sa création s’affirmer. L’un de mes maîtres talmudistes m’indiqua un jour une autre perspective : s’il faut aimer Dieu, L’interroger même, on peut aussi Le plaindre. "Sais-tu, me demanda-t-il, quel personnage biblique est le plus tragique ? C’est Dieu, dit-il, Lui que ses créatures déçoivent et accablent si souvent." Il me montra alors un passage midrashique qui traite de la première guerre civile de l’histoire juive causée par une banale querelle de ménage ; et Dieu, là-haut, pleure sur son peuple, comme pour dire : "Qu’avez-vous donc fait de mon œuvre ?" Alors, au temps de Treblinka et d’Auschwitz, les larmes de Dieu ont peut-être redoublé – et on peut L’invoquer non seulement avec indignation, mais aussi avec tristesse et compassion. Toutes ces questions restent ouvertes. S’il y a une réponse, je ne la connais pas. Bien plus : je refuse de la connaître. Six millions d’humains morts dans les camps, cela doit rester à jamais une question ! »

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samedi 2 juillet 2016

Une Voix... qui disparaît : Yves Bonnefoy

Une voix

Écoute-moi revivre dans ces forêts
sous les frondaisons de mémoire
où je passe verte,
sourire calciné d’anciennes plantes sur la terre,
race charbonneuse du jour.
Écoute-moi revivre, je te conduis
au jardin de présence,
l’abandonné du soir et que des ombres couvrent,
l’habitable pour toi dans le nouvel amour.
Hier régnant désert, j’étais feuille sauvage
et libre de mourir,
mais le temps mûrissait, plainte noire des combes,
la blessure de l’eau dans les pierres du jour.

Yves Bonnefoy,
extrait de Hier régnant désert, Mercure de France, 1958


Voir ce qui est... avec Jean Vanier





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