samedi 20 février 2016

Deuxième week-end de Carême : Prière de Sainte Thérèse

La mission de Thérèse

À 14 ans, Thérèse voulut devenir religieuse, mais était bien trop jeune. Au lieu de se résigner, elle décida son père... à l'emmener à Rome pour obtenir l'autorisation du pape ! 
Pourquoi l'Église nomma patronne des missions une carmélite, décédée à 24 ans ? Parce qu'elle portait le monde entier dans son cœur : le criminel Pranzini, un missionnaire pour qui elle marchait dans sa minuscule cellule, etc. 
Elle a ainsi tracé une « petite voie » vers le Ciel, qui consiste à vivre l'ordinaire de façon... extraordinaire.




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vendredi 19 février 2016

La lumière empathique de Christian Bobin




L’empathie c’est, à la vitesse de l’éclair, sentir ce que l’autre sent et savoir qu’on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l’autre.

C’est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant : feuille d’arbre ou humain.
Ce n’est pas par le toucher qu’on sent le mieux mais par le cœur.
Ce ne sont pas les botanistes qui connaissent le mieux les fleurs, ni les psychologues qui comprennent le mieux les âmes, c’est le cœur.
Le cœur est un instrument d’optique bien plus puissant que les télescopes de la Nasa. C’est le plus puissant organe de connaissance, et c’est une connaissance qui se fait sans aucune préméditation, comme si ce n’était plus nous qui faisions attention à l’autre, comme s’il n’y avait plus qu’une attention pure et bienveillante fondée sur la connaissance de notre mortalité commune.
Ce qui est très curieux, car qui est-on à ce moment-là ?
Toute sagesse qui vient dans le carcan d’une méthode est dépassée par le cœur.
Ce moment qui foudroie toutes les carapaces d’identité, qui saute par-dessus l’abîme qui me sépare d’autrui et où le cœur de l’autre est deviné jusqu’en ses moindres battements, donne la plus grande lumière possible sur l’autre.
Dans l’empathie, on peut prendre soin d’autrui comme jamais il ne prendra soin de lui-même, par une attention tendue comme un rai de lumière, mais il n’y a aucune emprise psychique sur lui.

C’est l’art double de la plus grande proximité et de la distance sacrée.

— Christian Bobin, La Lumière du monde


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jeudi 18 février 2016

L'éveil à la bénédiction avecDouglas harding


"C'est un jardin banal mais quel jardin !"

Voici la vision phytospirituelle du monde,
juste entrer en notre éden, ici présent :






mercredi 17 février 2016

Qui suis-je au centre ? avec Richard Lang

Qui suis-je au centre ? 
 Qui regarde en moi? 
 Cette video de Richard Lang se propose de répondre à ces questions, 
de manière simple, directe et profonde. 
 Richard Lang est un ami anglais qui a été pendant de longues années un proche de Douglas Harding. Il partage aujourd'hui l'enseignement de la vision sans tête dans des stages en Angleterre et ailleurs.



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source : Blog de José Le Roy

mardi 16 février 2016

Des villages sous pesticides... notamment le glyphosate.


Un voyage en Argentine pour voir les dégâts de l'agriculture moderne (ogm et herbicides)



"Qu'est ce qu'ils veulent ? Tuer tous le monde  ?"
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lundi 15 février 2016

Alexandre Jollien : « Au fond du fond, demeure une part toujours indemne »


« Reposer dans cette paix immense, c’est mourir de la grande mort pour renaître plus vivant, neuf. J’ai longtemps cru que seuls les saints et les sages y avaient droit. Mais l’ascèse est peut-être beaucoup plus simple qu’elle ne paraît. Cent fois par jour, je peux m’exercer à mourir au petit moi, à laisser un peu de côté le monde des idées. 

Le silence, comme la nature de notre esprit, ne peut être souillé. On peut gueuler, lui balancer les pires injures, rien ne saurait le troubler. De même, au fond du fond, demeure une part toujours indemne, qu’aucun coup du sort ne peut esquinter. Chacun d’entre nous, aussi blessé soit-il, peut déménager, descendre dans cette joie. »

dimanche 14 février 2016

Car aime ce temps...

Les temps d'émerveillement
Ce sont ces moments où nous prenons conscience que nous formons un seul corps, que nous nous appartenons, que Dieu nous a appelés à être ensemble pour être une source de vie les uns pour les autres et pour d’autres. Ces temps d’émerveillement deviennent célébrations.
Jean Vanier, Communauté lieu du pardon et de la fête

A méditer... avec Etty Hillesum


« Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je parviens à l'atteindre. Mais, le plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le mettre au jour. »

« Notre unique obligation morale : c'est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et les étendre de proche en proche, jusqu'à ce que cette paix irradie les autres. »

« Il m'arrive de me demander ce que tu veux faire de moi, mon Dieu. Peut-être cela dépendra-t-il de ce que je veux faire de toi. »

« Si Dieu cesse de m'aider se sera à moi d'aider Dieu. (...) Il m'apparaît de plus en plus clairement, à chaque pulsation de mon coeur, que tu ne peux pas nous aider, mais que c'est à nous de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous. »

Extraits d'Une vie bouleversée, d'Etty Hillesum.

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samedi 13 février 2016

Premier week-end de Carême : S'asseoir



«  Qui de vous, s’il veut bâtir une tour,
ne commence par s’asseoir ? […]
Quel est le roi qui, partant en guerre,
ne commencera par s’asseoir ?  »
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Avant de partir à la guerre ou de construire une tour, dit Jésus, dans deux petites paraboles, commence par t’asseoir. Pour mieux peser la décision à prendre.
Peut-être est-ce ce qu’il nous faut faire, là, aujourd’hui, en ce début de carême. Pourquoi se lancer dans une démarche de retraite ? Jésus nous invite dans l’évangile de ce mercredi des Cendres à vivre ce temps sous le signe du partage, de la prière et du jeûne. C’est concret. Pourquoi y aurait-il besoin de faire plus ?
Pourquoi prendre un temps quotidien de retour sur soi en suivant cette retraite ?
Eh bien, d’abord parce que ce retour sur soi est avant tout un retour vers ce Dieu que Jésus nous invite à découvrir comme son Père et notre Père. Notre retraite n’est donc pas une invitation à se recueillir, mais à accueillir. Quel sens cela aurait-il de faire l’aumône si je n’accueille d’abord celui ou celle qui me tend la main ? De prier si je n’accueille pas le Dieu qui vient faire sa demeure en moi ? Et de jeûner si je ne m’accueille pas moi-même, dans une démarche de réconciliation souvent nécessaire et même urgente, avec ce que je suis.

On mène souvent une vie de fou. Entrer dans une démarche de retraite, c’est prendre le temps de se poser, de faire silence, de se mettre à l’écoute de sa parole. Une parole pour me découvrir ou me redécouvrir. Non seulement homme ou femme à la dignité unique et incomparable, non seulement croyant en Dieu. Mais redécouvrir que je suis aimé de Dieu. Avec tout ce que je suis, avec tout ce que je fais ou ne fais pas, je suis aimé. Comme ça. Gratuitement. Inconditionnellement. Aimé. Bien aimé.
Quels que soient les déserts de ta vie, c’est maintenant le temps ; « Entre et ferme la porte derrière toi !* » Assieds-toi et entends la voix du Seigneur te murmurer : « C’est la miséricorde que je veux ** ».  

Ta retraite a commencé. Bonne route.


* Évangile selon saint Matthieu, chapitre 6, verset 6.
** Livre d’Osée, chapitre 6, verset 6.

_______________Frère Jean-Luc-Marie Fœrster________





vendredi 12 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (3)

 — Swami Prajnanpad demandait d'aller jusqu'au bout de ses désirs pour les accomplir, pour ensuite, par delà le désir, découvrir l'état sans désir ?

Oui, c’est pas l'expérience du désir qu’on arrive au non-désir, et non pas en plaçant celui-ci au départ. On trouve beaucoup d’anecdotes qui montrent cela dans les Upanishads. Je pense à Yajna-valkya, considéré comme le plus grand sage de son époque. Il était marié, avait deux femmes, un serviteur et ne dédaignait pas du tout les richesses matérielles, comme le montre l’épisode où il s’empare des mille vaches du roi Janaka. II vivait au milieu de choses, au milieu du monde, dans le flux de la vie avec tous ses aspects. Et c’est ainsi qu’il a grandi, qu’il est arrivé au détachement. C’est le détachement par les affaires.

 — Nous arrivons à la troisième phase de votre vie : la création de votre entreprise.

 J’étais très inquiet au départ. Je pensais n’être pas doué pour ce métier et je pensais aussi que le monde des affaires n’était peuplé que de requins malhonnêtes qui allaient constamment chercher à me tromper. J'ai donc commencé en m’associant avec des amis de mes parents, qui me paraissaient être des hommes d’affaires chevronnés. Mais en quelques mois je me suis rendu compte de mon erreur, car justement ils avaient par trop ce qu’on appelle « le sens des affaires ». Je vais vous donner deux exemples. Grâce à mes contact avec l’Inde on importait des foulards indiens. Il y avait une grosse demande, mais les Indiens livraient toujours en retard. Alors mon partenaire a voulu qu'on commande dix fois la quantité de nos besoins réels, qu’on prenne livraison de la petite quantité qui arrivait dans les délais prévus, et qu’on refuse le reste sous prétexte que c’était au delà des délais. Juridiquement, il n'y avait rien à redire. Mais j'avais établi des relations de confiance avec les Indiens et je savais qu'ils auraient un mal fou à récupérer la marchandise refusée. Problèmes de douanes, de devises, etc. Mon associé ne voulait rien entendre de cela. Il fallait profiter au maximum, gagner au maximum, sinon c'est nous qui nous ferions avoir. Moi, j'étais un idéaliste, un rêveur... Deuxième anecdote. Certaines marchandises arrivaient défectueuses. Alors quand les clients venaient acheter, mon associé montrait les bons produits puis, la commande passée, bourrait le fond du carton des mauvais produits qu'il recouvrait des bons. C'est une pratique courante, qu'on retrouve souvent sur les marchés. Moi, je trouvais cela scandaleux, et je ne pouvais pas continuer à travailler comme cela.
Nous nous sommes donc séparés et j’ai créé une autre société faisant le même commerce. Pour eux, je vivais dans les nuages, sans le minimum de réalisme nécessaire à la réussite dans les affaires.
Pour moi, ce n’était pas en trompant constamment les gens qu’on pouvait réussir. On se surveillait mutuellement pour savoir lequel était dans le vrai, et voir ce qui allait se passer. Dès ma première année, mon chiffre d'affaires a été le double du leur. Puis, nos deux chiffres ont augmenté mais le mien restant toujours double du leur. Je n’étais donc pas aussi inefficace qu'ils croyaient, et on pouvait réussir en étant honnête. Mais également, et cela me troublait, leur réussite montrait qu’on pouvait aussi réussir en étant malhonnête. Puis je me suis rendu compte que « qui se ressemble s’assemble ». Ils avaient tellement peur d’être trompés qu’ils discutaient les prix à mort, que les fournisseurs étaient obligés de tellement baisser les prix qu’ils fournissaient une qualité inférieure, qui finalement ne satisfaisait pas vraiment les clients. Ceux-ci vendaient donc moins volontiers ces produits, et en conséquence avaient du mal à les payer. Ayant beaucoup d’impayés, mes anciens amis en concluaient que « les gens étaient malhonnêtes », et la boucle était bouclée. Leurs résultats, leur expérience confirmaient leur philosophie de départ. Cela a duré pendant douze ans puis ils ont fait faillite. Ils ont pensé faire un gros coup en trompant quelqu’un, mais il y avait un piège et c'est eux qui sont tombés.

 En appliquant des principes d'honnêteté je me suis rendu compte que cela fonctionnait très bien. Il y a une histoire concernant Birla, que j'aime beaucoup. Il avait appris qu’un des ses employés venait de donner sa démission. Très surpris, il avait demandé une enquête. "Comment pouvait-on quitter son entreprise alors qu'elle donnait des conditions de travail supérieures à tout ce qu'on pouvait trouver ailleurs ? " Par cette histoire j’ai compris que dans les relations avec le personnel l’élément déterminant était sa satisfaction, le sentiment de son propre accomplissement. Le salaire joue un rôle mais n’est pas tout. De la même manière qu’au travers de l’entreprise je cherche mon propre épanouissement, les employés, les fournisseurs, les clients cherchent eux aussi à travers leur travail leur propre épanouissement. Donc pour obtenir quelque chose de quelqu’un, je dois essayer de le satisfaire. Satisfait, en profondeur, il sera à son tour prêt à tout faire pour me satisfaire. C’est à l’opposé de ce qu’on dit du monde des affaires : chacun pour soi, croc-en-jambe chaque fois que possible, jouissance de la chute de l’autre. Ma préoccupation essentielle a été de trouver où se situait l’intérêt de l’autre, et de chercher à le satisfaire.

 — D'une façon pratique, comment arrivez-vous à connaître l’intérêt véritable d’une personne et comment le satisfaire ?

J’ai fait du recrutement, pour lequel j’ai passé des milliers d’entretiens. Et j’ai constaté qu’il y a très peu de gens qui recherchent un travail, c’est-à-dire dont l’activité dans la profession est la motivation première. La plupart recherchent un revenu et donc demandent combien on va les payer, quels sont les avantages sociaux, quelle est la période des vacances. Ils sont préoccupés de ce qu’ils vont recevoir, non de ce qu’ils vont donner. Dans l’entretien il y a une sorte d’explicitation de ce que l’on veut et de ce que l’on attend, des deux côtés. Et cela correspond ou non. On peut être d’accord au départ, il restera à voir ensuite si cela continue et si le travail correspond à ce que demande l’épanouissement de la personne. Cela ne dure pas forcément toute la vie, mais à chaque instant on doit avoir plaisir à travailler, on doit faire une expérience enrichissante. Le travail est un mode d’expérience et d’élargissement qui doit nourrir, indépendamment du gain pécuniaire. Mais chacun a son tempérament. Il y a des gens qui sont comptables et ne veulent être en rapport avec personne ; ils sont enfermés dans leur bureau et sont heureux avec les chiffres. D’autres au expression et de réussir dans cette expression là. Que je connaisse ce que fait le concurrent c’est normal, mais utiliser cette information pour le copier, c’est une manière de régresser. En faisant cela je ne suis pas fidèle à moi-même. Comme il est dit dans la Gita : « Mieux vaut son propre dharma que le dharma d’un autre, aussi bien accompli soit-il. » Mon propre dharma, c’est ma propre expression. Quand je suis dans ma propre expression je suis dans mon assise, dans mon centre. On ne peut pas me bousculer, je suis en paix avec moi-même. 

— A l'heure actuelle les marchés deviennent petits par rapport aux puissances de production. Il s'en suit une sorte de guerre pour le contrôle d'un marché.
Je ne crois pas que le problème se pose de cette façon là. Il n’y a pas qu’un seul marché et les produits peuvent se diversifier. Une entreprise fabrique un produit parce qu'elle y trouve du plaisir et aussi parce qu’il existe un public qui est dans la même demande. J’ai remarqué que lorsqu’il y avait une fidélité à soi-même, il y avait toujours un groupe de gens suffisamment grand, sensible à ce que vous proposez pour faire vivre le produit. Il y a un rapport entre le marché, le produit et l’attitude d’ouverture par rapport à ce que l’on fait. Cela demande une certaine habileté, toujours une connaissance. Une disponibilité aussi, car il y a une évolution permanente, et donc une nécessité d’adaptation permanente. 

— Je pense à cette phrase bien connue : « Le yoga c'est l'habileté dans l’action ». 
Absolument. C’est quelque chose qui nous éclaire sur les rapports entre l’action dans le monde, la vie des affaires et la spiritualité. L’habileté vient de la connaissance, de l’expérience. Elle ne s’invente pas. On n’est pas habile d’emblée. En Occident on parle de bonheur et de malheur. En Inde on a les mots sukha et dukha. Etymologiquement, ka c’est la roue du chariot, su c’est bon, du c’est mauvais. Il faut bien sûr se rappeler que les Aryens sont arrivés en Inde avec des chariots tirés par des bovins. Le bonheur c’est la roue qui tourne bien. Et pour qu’une roue tourne il faut qu’elle soit bien ajustée ; il faut surtout qu’elle soit bien dans l’axe. Être dans l’axe, j’appelle cela l’éthique. Cette adaptation permanente au monde qui change vous met dans le sens de l’énergie, et cela procure le bonheur. Quand on recherche cet axe, on s’aperçoit toujours qu’on est un peu à côté. Il faut alors rectifier, ajuster. On regarde, on apprend, on est en contact, on fait l’expérience. Je me suis beaucoup amusé dans les affaires !

Pour aller plus loin :
□ Daniel Roumanoff a raconté ses rencontres en Inde dans CANDIDE AU PAYS DES GOUROUS Dervy-Editions

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jeudi 11 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (2)


— Et ce fut le début d’une nouvelle phase de votre vie...

Oui, cette prise de conscience s’est appuyée sur la pratique du Hatha Yoga, qui a eu pour moi des effets absolument extraordinaires. Je me suis, par la suite, beaucoup interrogé sur la force transformatrice de ces exercices. J’avais comme des pans de structure mentale qui tombaient les uns après les autres. J’étais alors plus ou moins athée ou agnostique, rationaliste et matérialiste. J’ai commencé à percevoir qu’il y avait une autre réalité possible.

— Du Hatha Yoga vous êtes passé à l'Inde où vous avez rencontré Swami Prajnanpad : c’est une partie de votre vie que vous avez raconté dans vos livres. J'aimerais en venir à ce qui, de votre immersion dans la pensée de l’Inde, vous a conduit à vous lancer dans les affaires.

L’enseignement de Swami Prajnanpad était très opposé à la séparation entre un monde matériel et un monde spirituel. Il n’v a qu'un seul monde. Cette division entre le relatif et l'absolu était pour lui une erreur. Il y avait là une dualité qui devait être surmontée pour arriver à l'absolu. Le travail ne s’effectue pas par un retrait du monde, par un renoncement au monde, mais par une prise de possession du monde, par une connaissance du monde, par lesquelles ensuite on devient libre du monde.

Par ailleurs, il enseignait une voie qui passait par l'expérience des choses, et donc par la satisfaction des désirs. Il insistait beaucoup sur la notion de bogha, jouissance, qu'on oppose traditionnellement en Inde à yoga. Le yoga étant ce qui permet de se dépasser soi-même, le bogha ce qui nous maintient dans la dualité. Pour lui, au contraire, le bogha était la voie vers le yoga, l'absolu s’atteignant à travers le relatif.

Il considérait également que l’accomplissement de soi était une expansion de l’ego jusqu’à ses extrêmes limites. Il disait : « Il faut essayer de s’élargir le plus possible jusqu’à ce que l'élargissement lui-même ne soit plus possible ». Cela implique de vivre l’expérience du monde. On rejoint, en fait, la tradition du sannyasin, du moine errant en Inde, qui ne doit pas rester plus de trois nuits au même endroit. Il peut ainsi voir la variété du monde, rencontrer une grande diversité de gens, élargir toujours plus sa vision du monde. Un équivalent de cette vie d’errance est la vie des affaires, qui exige les rencontres, les contacts, l'expérience approfondie du fonctionnement du monde.

A l’époque j’hésitais entre une carrière d’enseignant - car j'étais diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes - et les affaires. Swami Prajnanpad m’a dit : " Votre nature vous porte vers l’enseignement mais la vie des affaires présente un avantage. Elle vous mettra en rapport avec des gens qui ont un désir d’argent, et qui, par cela, se révèleront eux-mêmes. C'est pour vous une opportunité de mieux connaître la vie."

— Vous vous êtes lancé dans les affaires par obéissance à votre maître ?

Obéissance, n’est pas le mot ; j'ai suivi ses encouragements. Il m'avait dit aussi : " Dès que vous aurez créé votre société vous allez vous trouver confronté à des "non" _ les "non" de la réalité de la vie."  Mon désir allait se confronter à la réalité.


— On est tous pleins de désirs. La vie professionnelle est-elle un moyen de les accomplir, d'aller au bout des désirs ?

Une vie professionnelle réussie rapporte de l'argent, donc donne des moyens de satisfaire ses désirs par l’argent. Mais au delà de l'argent, on peut comparer la vie d’un chef d'entreprise actuel à celle d'un prince de la Renaissance. Il a un territoire qui est son marché, un territoire qui n'est même pas délimité par des frontières. Il est à la tête d'un gouvernement qui comporte un ministre des finances - son comptable, un ministre des affaires étrangères - le directeur de l’export, un ministre de l'intérieur - le chef du personnel, etc. L'organigramme d'une société ressemble tout à fait à celui de la cour d’un prince de la Renaissance. Le chef d’entreprise, comme le prince, peut devenir mécène, il peut rencontrer d'autres chefs d'entreprise comme le prince peut rencontrer d'autres princes, et tous deux peuvent signer des traités avec leurs homologues. Dans son entreprise, le patron a des rapports de monarque à sujet avec son personnel, il peut être tyrannique ou paternaliste. Dans tous les domaines, dans tous les aspects de la vie son pouvoir est énorme.



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mercredi 10 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (1)


Colette Roumanoff et ses enfants font part du décès de Daniel Roumanoff survenu le 1er décembre 2015, à Paris.


Lors de la dernière fête des pères, Anne Roumanoff avait révélé la maladie dont souffrait Daniel depuis 2006, d’un petit texte très touchant sur Facebook. " Il a presque 80 ans, confiait-elle alors, ses cheveux sont tout blancs, ses petits-enfants l’appellent ‘papou’. Il me regarde d’un air absent. C’est toujours la question que les gens posent : ‘D’accord, ton père a Alzheimer, mais il te reconnaît ou pas ?’ Je prends sa main, je la serre. Il n’est plus ce qu’il a été, mais il est là, bien vivant. Il me sourit et je retrouve l’étincelle de malice dans ses yeux."

En hommage à Daniel Roumanoff, je vous propose un article extrait de Terre du Ciel n°15

Disciple d'un maître indien — Swami Prajnanpad —, Daniel Roumanoff a été en même temps un homme d'affaires qui a parfaitement réussi.
Ces deux trajectoires sont-elles compatibles ? Et comment les vivre pleinement toutes les deux ?

Est-ce la spiritualité ou le commerce qui a été premier dans votre vie ?

J'ai fait des études commerciales à HEC. Mais c’était avec une visée disons altruiste, philanthropique. J’étais scandalisé par l’inégalité qui existait entre les pays riches, qui brûlaient leur surproduction. et les pays pauvres qui mouraient de faim. Mon idée était d’apprendre les mécanismes qui permettraient l'acheminement des surplus vers les pays pauvres. Naturellement ce n’est pas cela qu’on enseigne A HEC. Ce sentiment d’injustice, et la recherche des moyens permettant d’y mettre fin, me sont toujours restés.

Et quand vous avez eu votre diplôme d'HEC en poche ?

HEC a été une grande déception. Je suis alors allé en fac où j’ai pris des cours de psychologie, de sociologie, d’économie pour essayer de comprendre les grands mécanismes de l’économie, les lois des échanges internationaux. J’étais plutôt à gauche. Je voulais changer, transformer la société. Puis je suis allé en Israël vivre dans un kibboutz.
Cette vie collective dans laquelle on ne manipulait plus individuellement d’argent, où les problèmes étaient résolus par la communauté sur un pied d’égalité entre tous, était le prototype môme de la société socialiste à laquelle j’aspirais. Naturellement cela fut une déception épouvantable. C’est à ce moment que j’ai pris conscience que les problèmes ne pouvaient être résolus de l’extérieur, mais demandaient une solution venant de l’intérieur.

Pourquoi cette déception dans les kihhoutzs ?

Parce que si, effectivement, les gens étaient nourris, logés et n’avaient pas de problèmes d’argent, ce mode de vie créait d’autres problèmes que les sociétés capitalistes n’ont pas. Par exemple, ces gens étaient des travailleurs agricoles, mais il fallait constamment prendre des décisions d’ordre administratif. Alors, après leur journée de travail dans les champs, les gens se trouvaient obligés de participer au comité du poulailler, au comité des tomates, au comité de l’éducation, etc. C'était chaque fois des heures à discuter des problèmes, et quasiment toutes les soirées y passaient.

Par ailleurs les décisions se prenaient à la majorité, ce qui créait beaucoup de frustrations car les priorités de chacun n'étaient pas les mêmes. Certains auraient préféré moins dépenser en nourriture pour mieux élever leurs enfants, alors que pour d'autres la priorité passait par les systèmes d'irrigation ou de nouvelles constructions.

J'ai pris conscience que, focalisé sur un mode de vie qui nous paraît mauvais, on cherche à l'améliorer, mais qu'ainsi on crée de nouveaux problèmes ; et ainsi de suite, sans fin.
C’était, en fait, la contestation de l’idée même de progrès : chaque progrès crée un nouveau mal qui, sur un autre plan, est une régression.

La solution n'apparaît plus dans la structuration sociale

La solution n’était plus dans la recherche d’une meilleure organisation sociale. Toutes les améliorations qu’on pouvait apporter passaient par des hommes, et ces hommes obligatoirement déformaient l'amélioration et créaient une réaction, une régression. C’est-à-dire que dans l’organisation d'une société il y a les vices de fonctionnement que toute organisation génère. A un certain moment on en prend conscience et on modifie la structure. Mais celle-ci entraînera d’autres problèmes, etc. C’est sans fin, et sans solution.

C’est de là qu’est venue votre prise de conscience de la nécessité d'un travail intérieur ?

Oui. La solution n’est pas dans le changement extérieur, mais dans la transformation intérieure.
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mardi 9 février 2016

Attention angélique avec Christian Bobin


"Tout vient vers nous comme un maître d'école."

Une rencontre avec Christian Bobin est toujours un grand présent : 

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