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mercredi 20 mai 2026

Interdépendance

[...] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

XIVe Dalaï-lama, enseignements donnés à Amaravati, Inde, 2005.

📸 : Elèves de l’école de Shèchèn au Tibet oriental. 2014

Partagé par Matthieu Ricard

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lundi 11 mai 2026

Satisfaction

 


« Le fait d’éprouver de la joie à faire le bien d’autrui, ou d’en retirer de surcroît des bienfaits pour soi-même, ne rend pas, en soi, un acte égoïste. L’altruisme authentique n’exige pas que l’on souffre en aidant les autres et ne perd pas son authenticité s’il s’accompagne d’un sentiment de profonde satisfaction. De plus, la notion même de sacrifice est très relative : ce qui apparaît comme un sacrifice à certains est ressenti comme un accomplissement par d’autres. »

Matthieu Ricard - Plaidoyer pour l'altruisme
📸 : Lumières du matin en Himalaya, Namo Buddha, Nepal, mai 2020

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mardi 10 mars 2026

Inconséquence


L'exemple de la protection de l'environnement est très révélateur d'un manque général de sens de la responsabilité. Bien que les conséquences nuisibles de la pollution, de l'extermination des espèces animales, de la destruction des forêts et des sites naturels soient incontestables et, dans la plupart des cas, incontestés, la majorité des individus ne réagit pas, tant que la situation ne lui devient pas personnellement intolérable.

Matthieu Ricard

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mardi 17 février 2026

Flux continu


 La pensée de la semaine par Matthieu Ricard :

Le corps, aussi impermanent que la brume printanière ;
L'esprit, aussi immatériel que le ciel vide ;
Les pensées, aussi évanescentes que la brise qui passe :
À ces trois choses songe continûment.
GODRAKPA (1170-1249)
📷 : Le Tsangpo (Brahmapoutre), vu de la colline de Hépori, près de Samyé au Tibet central. Fondé au VIIIe siècle par Padmasambhava et Shantarakshita sous le patronage du roi Trisong Détsèn, le monastère de Samyé fut le premier grand monastère bouddhiste construit au Pays des Neiges.

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lundi 2 février 2026

Les multiples visages de la beauté

 


Dans L’infini dans la paume de la main, un dialogue entre l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et moi-même, nous avons consacré un chapitre à la relation entre la beauté et la vérité. Une théorie ou une équation mathématique est « belle », me disait Thuan « quand elle a un caractère inévitable, nécessaire, et qu’une fois élaborée, elle s’impose comme une évidence. Face à une belle théorie, un physicien se dira : “ Elle est tellement belle qu’elle doit être vraie. Pourquoi ne l’ai-je pas vue auparavant ? ” Ainsi, la théorie de la relativité d’Einstein, de l’avis général des physiciens, la théorie la plus belle et l’édifice intellectuel le plus harmonieux que l’esprit scientifique ait jamais conçu, est belle comme une fugue de Bach à laquelle on ne peut changer une note sans que toute l’harmonie ne s’écroule, ou parfaite comme le sourire de la Joconde auquel on ne peut changer le moindre trait sans en détruire l’équilibre. »

La beauté d’une théorie scientifique tient aussi à sa simplicité. Enfin, la plus indispensable d’une belle théorie, c’est sa vérité, son critère ultime de validité étant sa conformité avec la Nature et le fait qu’elle révèle des connexions jusque-là insoupçonnées.

On peut également considérer la beauté comme l’harmonie des parties avec le tout. Dans l’art bouddhiste, il existe une iconographie précise définissant les proportions idéales d’une représentation du Bouddha. On utilise une grille sur laquelle se placent très exactement la courbe des yeux, l’ovale du visage et les différentes parties du corps. Ces traits correspondent à une harmonie parfaite et sont les reflets extérieurs de l’harmonie intérieure de l’Éveil. 

De l’accessoire à l’essentiel, la beauté varie donc en fonction de la manière dont chacun conçoit le plaisir esthétique. On pourrait dire aussi que l’amour et l’altruisme sont beaux, tandis que la haine ou la jalousie sont laides. Regardez comment les premiers peuvent embellir un visage, et les deux autres le défigurer. La vraie beauté reflète ainsi une adéquation avec la nature profonde de l’être humain. Plus nous sommes en accord avec notre nature fondamentale, plus nous découvrons la beauté intérieure qui est en chacun de nous. La beauté ultime est l’accord parfait avec la nature de Bouddha, la connaissance suprême, l’Éveil.

Matthieu Ricard

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jeudi 11 décembre 2025

Sensibilité


Le désarroi dans lequel nous nous trouvons est en fait une aubaine : il témoigne de notre sensibilité. Ceux qui traversent la vie sans le moindre sentiment de détresse sont inconscients. La détresse induite par notre prise de conscience recèle un immense potentiel de transformation, un trésor d'énergie dans lequel nous pouvons puiser à pleines mains et que nous pouvons utiliser pour construire quelque chose de meilleur, ce que l'indifférence ne permet pas.

JIGME KHYENTSE RINPOCHE (b. 1964) - Transcrit par l'auteur d'après un conseil donné oralement.

📷

Mère et enfant devant le village et le monastère de Gangté, qui domine la belle vallée de Phobjika au Bhoutan. Décembre 2007 par Matthieu Ricard

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mardi 18 novembre 2025

La pensée de la semaine par Matthieu Ricard


Si tu penses que le monde entier se dresse en ennemi, imagine, toi le vannier, que tu te trouves devant des tonnes d'osier. Pour faire des paniers, il te faudra tresser correctement cet osier. De même, face à toutes ces difficultés, tu dois vanner parfaitement un panier intérieur suffisamment grand pour contenir tous les aléas de l'existence sans qu'ils te submergent. Bref, il est essentiel que tu t'occupes de ton esprit avec discernement.

JIGME KHYENTSE RINPOCHE (b. 1964)

Transcrit par l'auteur d'après un conseil donné oralement.

Langtang Lirung (7227m) seen from Namo Buddha, Nepal, 22 feb. 2024.

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lundi 17 novembre 2025

Cultiver un jardin d’amis

Choisissez trois personnes proches que vous chérissez et que vous ne voyez pas régulièrement. Dédiez-leur trois plantes ou fleurs en pot différentes, une pour chacune.


Il peut s’agir de plantes que vous avez déjà chez vous ou dans votre jardin. Mais vous pourriez aussi choisir d’aller en acheter spécialement pour cette pratique ou, pourquoi pas, de faire trois graines.

Renseignez-vous sur les besoins de chaque plante pour qu’elle grandisse et s’épanouisse au mieux. Prenez-en soin chaque jour comme vous le feriez avec votre ami s’il habitait chez vous ; prenez soin de cette relation.

Si vous le souhaitez, vous pouvez même prendre des photos des plantes à certains moments clés et les envoyer à vos amis. Vous pouvez également tenir un petit journal dans lequel vous écrivez les différentes étapes et notez la gratitude que vous éprouvez envers vos amis.

Extrait de Prendre soin de la vie de Matthieu Ricard, Christophe André , Alexandre Jollien ...

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samedi 25 octobre 2025

Transmission


"Qu'aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu'ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C'est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons.
Ce qu'en revanche nous pouvons leur léguer, c'est une source d'inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l'évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci."

Jigme Khyentse Rinpoche (b. 1964)
Transmis par Matthieu Ricard
📷 : Petite fille de la région de Denkhok, Tibet oriental, avec son oncle, un ermite qui a passé douze ans en retraite. 2003

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vendredi 24 octobre 2025

« Salut, toi, je te connais. »

Y a-t-il eu, par la suite, des moments moins évidents ?

Pendant vingt-cinq ans, j’ai été royalement tranquille, vivant avec cinquante euros par mois. Mais, en 1997, on me contacte pour me proposer un livre de dialogue avec mon père. J’accepte, mon père vient me voir, on a des échanges très sympas - vraiment, sur le moment, c’est un projet très agréable à mener. Quelques mois plus tard, Le Moine et le Philosophe* sort en librairie. Tout de suite, les ventes explosent. Je me retrouve à répondre, avec mon père, à toutes les interviews possibles et imaginables, à être convié aux quatre coins du globe ; et, dans la rue, on commence à me reconnaître - comme si, inconnu la veille, j’étais devenu, du jour au lendemain, un type formidable [rires]. Il y avait quelque chose de très étrange, pour moi, à vivre cette frénésie, quand mon travail dans l’humanitaire me faisait côtoyer la pauvreté extrême, des familles terriblement démunies, plongées dans des situations très douloureuses... Je me demandais, au fond, si cette notoriété subite était une opportunité ou, au contraire, le début des ennuis.

Aujourd'hui, vous en diriez quoi ?

Mon père a écrit « Le supplice de la notoriété * ». Je n’irai pas jusque-là [rires], mais j’ai vraiment pensé que ce premier livre serait le dernier. Sauf qu’on a continué à m’inviter, pour des conférences, des rencontres, des interviews, et qu’on m’a vite proposé d’écrire à nouveau. Je suis allé voir le fils de mon premier maître, qui écrivait aussi, pour lui demander son avis. Il m’a dit : « Ne refuse rien. » Et j’ai plongé dans le maelström pendant vingt-cinq ans. J’ai enchaîné vingt livres sans en avoir réellement l’intention. Je l’ai fait, parce que c’était un moyen de faire circuler des idées qui m’étaient chères. Et d’aider, de manière très concrète, celles et ceux dont je me préoccupais : mes droits d’auteur ont toujours été reversés à mon association. Et ça, ça veut quand même dire que, chaque année, cinq cent mille personnes au Tibet, en Inde ou au Népal, grâce à Karuna, grâce aux bénéfices générés par mes livres, vont avoir accès à l’éducation, à la santé, à un jardin potager, etc. Donc oui, j’aurais pu rester dans une grotte et je ne l’ai pas fait. Mais je ne le regrette pas : j’ai vaguement le sentiment d’avoir été utile.

Comment envisagez-vous la suite ?

La fenêtre se rétrécit. Je peux mourir demain. Si j’ai quelques mois, quelques années de plus à vivre, j’en serai très heureux. Pour les bouddhistes, la vie humaine est très précieuse. A condition d’utiliser chaque moment pour progresser vers la connaissance et la mettre au service des autres. Donc si j’ai des trous dans mes chaussettes, je ne vais pas perdre mon temps à les repriser. Je n’ai plus ce temps-là. C’est le moment ou jamais de vivre dans mon ermitage, de me plonger à fond dans la vie spirituelle et de voir les amis qui me sont chers.

Quel rapport avez-vous à votre propre mort ?

Le bouddhisme met la mort et l’impermanence au cœur de ses réflexions. On va mourir, on le sait -c’est juste qu’on ne sait pas quand. Ça n’est pas morbide, c’est un fait. Se familiariser avec cette idée-là permet de donner toute sa valeur à chaque instant qui passe. Il n’y a aucune tristesse là-dedans, au contraire : quelle joie, j’ai encore une journée ou cinq ans à vivre ! Au début, quand on pense à la mort, on se débat comme un cerf pris au piège, parce que la pers­pective nous est insupportable. Progressivement, on peut devenir comme ce paysan qui a bien cultivé, bien labouré, bien planté son champ : s’il grêle, il n’aura pas de regret, il a fait ce qu’il a pu. Dans une pratique encore plus avancée, on peut accueillir la mort comme une amie : « Salut, toi, je te connais. » On l’aborde alors dans une grande sérénité. Quand on en est là, c’est qu’on a atteint une telle liberté intérieure, un tel déta­chement vis-à-vis des choses matérielles, qu'on peut lui faire face sans se préoccuper de ce qu’on laisse der­rière. Moi, j’aimerais être lucide, au moment où elle arrivera. Qu’elle me cueille en pleine méditation. Je voudrais mourir conscient.1 2

[1]             Le Moine et le Philosophe de Jean-François Revel et Matthieu Ricard (Pocket. 1999).

2             « Le Supplice de la notoriété. I et II ». articles publiés en 1998 dans les n° 83 et 84 de la revue Commentaire.

Extrait de l'interview de Matthieu Ricard à Psychologies Magazine (août 2025)

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mardi 27 mai 2025

A mon rythme...

 


En quittant tout, je m'étais engagé sans aucune "planche de salut", je ne pouvais compter que sur le peu que j'avais et les choses auraient pu moins bien se passer. Je ne sais pas si, depuis 1972, je suis toujours en vacances, ou jamais. Je vis au jour le jour. Que je me consacre à la pratique spirituelle ou que je travaille à un projet quelconque, il n'y a pour moi ni samedi ni dimanche; Je fais ce qui me passionne, me tient à cœur, sans compter mes efforts mais au rythme qui est le mien.

Matthieu Ricard
(pensée de la semaine)



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jeudi 20 mars 2025

Journée internationale du bonheur

 "Un bonheur pour soi tout seul ? Serait-il possible en négligeant celui des autres ou pire en essayant de le construire sur leur malheur ? Un « bonheur » élaboré dans le royaume de l’égoïsme ne peut être que factice, éphémère et fragile comme un château bâti sur un lac gelé, prêt à sombrer dès les premiers dégels. Parmi les méthodes maladroites, aveugles ou même outrancières que l’on met en œuvre pour construire le bonheur, l’une des plus stériles est donc l’égocentrisme. « Quand le bonheur égoïste est le seul but de la vie, la vie est bientôt sans but », écrivait Romain Rolland. Même si l’on affiche toutes les apparences du bonheur, on ne peut être véritablement heureux en se désintéressant du bonheur d’autrui." - 

Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur, Editions du Nil, 2003. 



📷 : Élèves à une école construite en bamboo au Népal. Un projet soutenu par Karuna-Shechen



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lundi 30 décembre 2024

Un voyage avec Matthieu Ricard

 RENCONTRE - Ce samedi 28 décembre, Ushuaïa TV a proposé un numéro inédit du magazine Les voyageurs solidaires consacré à Matthieu Ricard. Devenu moine bouddhiste, interprète français du dalaï-lama, auteur et photographe à succès, il a fondé Karuna-Shechen, une ONG laïque et apolitique, pour lutter contre la pauvreté.

Entre une retraite en Dordogne et un voyage au Bhoutan, Matthieu Ricard nous reçoit chez son cousin à Paris pour parler de voyages et d’altruisme. Des amies passent, des collaborateurs s’affairent dans la pièce voisine autour d’un projet de film et d’un livre à paraître. Une ruche créative, baignée de joie et de bonne humeur.


Matthieu Ricard. - Grâce à ma famille, j’ai eu la chance d’être confronté à des gens passionnants qui venaient régulièrement à la maison : des prix Nobel, intellectuels, artistes, scientifiques, explorateurs… J’admirais leurs talents, mais je n’avais pas forcément envie de leur ressembler en tant qu’être humain. Et puis un jour, à 20 ans, j’ai vu Le Message des Tibétains, le documentaire d’Arnaud Desjardins. Il avait filmé des maîtres spirituels qui avaient fui l’invasion du Tibet. J’avais l’impression de voir vingt Socrate, vingt saint François d’Assise, vivant aujourd’hui. J’ai tout de suite décidé de partir en Inde, en 1967. Arnaud m’a alors conseillé d’aller rendre visite à l’un de ces maîtres qui l’avait particulièrement impressionné, Kangyur Rimpoché. Je suis donc parti pendant les vacances universitaires le voir à Darjeeling. C’était tellement extraordinaire ! Une montagne de sagesse, de bienveillance, de simplicité. J’ai pensé : je suis arrivé à destination, à l’endroit depuis lequel je peux faire le voyage de toute une vie. J’ai dû rentrer à Paris pour finir mes études, soutenir ma thèse de doctorat en génétique cellulaire. J’ai fait six allers-retours, et fin 1972, j’ai pris un aller simple, me suis installé dans un petit ermitage auprès de mon maître spirituel et me suis dit : la vraie recherche commence maintenant ! Comme disait le poète Henri Michaux, « si on va en Inde sans une quête spirituelle, on est juste la proie des moustiques ».

L’Inde est-il un pays fascinant mais qui peut faire peur ?

Il y a des personnes qui vous disent « moi je ne peux pas aller en Inde, c’est trop dur, il y a trop de misère ». Pourtant, quand on voyage dans les campagnes indiennes, c’est très beau et émouvant. S’émerveiller devant la beauté de la nature ou le regard d’un enfant, ça nous sort du cocon de l’individualisme exacerbé. Voyez la façon dont les villages sont solidaires, l’organisation de la vie communautaire ! Tout le monde aide à la moisson, à réparer un toit… Vous savez, j’ai beaucoup vécu dans les quartiers pauvres de Delhi. Les conducteurs de rickshaws qui viennent des campagnes n’ont pas les moyens de se loger, ils dorment sur leurs sièges dans la rue. Eh bien le soir, ils se réunissent en cercle, font un feu avec des vieux cartons, et chantent, s’amusent, rigolent… Il n’y a pas ce malaise que l’on voit dans les sociétés occidentales où la consommation d’anxiolytiques et le nombre de suicides des jeunes ne cesse d’augmenter.

Que voulez-vous dire ?

On peut penser que je suis naïf, mais ce comportement a été étudié, il s’appelle le paradoxe des pauvres heureux. Évidemment cela ne veut pas dire qu’il faut les laisser pauvres, ce serait inconvenant. Il faut bien entendu les aider à sortir de la pauvreté et leur apporter une assistance médicale, les éduquer s’ils le souhaitent… Mais ils vivent avec une certaine insouciance, sans être préoccupés par l’ambition, la soif de consommation, de statut social. Mettre tous nos atouts dans le développement matériel, ce n’est pas ce qui nous rend épanoui dans l’existence. Une fois que vous avez le minimum pour vivre raisonnablement, sans devoir être dans l’angoisse chaque fin de mois, doubler ou tripler vos revenus ne vous rend pas plus heureux. C’est le fameux paradoxe d’Easterlin, qui a bien été étudié. Un proverbe tibétain dit : « Savoir se contenter, c’est tenir un trésor dans le creux de sa main. » Quand vous avez cinq milliards à dépenser pour aller cinq minutes dans l’espace avec vos copains comme M. Jeff Bezos alors qu’avec cette somme vous pouvez mettre tous les enfants qui ne sont pas scolarisés à l’école, c’est indécent. Il faut absolument sortir de ses intérêts personnels immédiats pour contribuer au bien commun. Développer la voie du « care » à côté de celle de la raison. On ne peut plus dire aujourd’hui « I don’t care », pour la pauvreté au sein de la richesse, pour le sort des générations futures… ça ne passe plus !

Quand avez-vous commencé à aider les autres ?

Tout est parti du voyage initial qui m’a mené à vivre en Inde, au Népal, au Bhoutan… et m’a permis de voir tout ce qui pouvait être fait pour aider. Mais je n’avais aucun moyen et vivais avec l’équivalent de cinquante euros par mois. Puis un éditeur m’a proposé de faire un livre d’entretiens avec mon père Jean-François Revel. Cet ouvrage, Le Moine et le Philosophe, a été un grand succès. Avec les droits d’auteur, je n’allais pas construire une piscine dans l’Himalaya ni rouler en Ferrari sur les chemins de pierre ! J’ai donc donné tout l’argent de ce livre, et des suivants, à des projets humanitaires et ai créé la fondation Karuna-Shechen consacrée à des programmes de lutte contre la pauvreté. Elle fêtera ses 25 ans l’an prochain. Aujourd’hui, Karuna-Shechen vient en aide à 500.000 personnes directement et 1 million indirectement chaque année. Nous avons commencé comme des Indiana Jones au Tibet, où nous avons construit vingt-cinq dispensaires et autant d’écoles, ainsi que dix-huit ponts. Bref, tout cela est parti d’un voyage de découverte qui s’est transformé en voyage altruiste.

Comment définissez-vous l’altruisme ?

L’altruisme est défini comme l’intention que vous avez maintenant, pas forcément tout le temps (on n’est pas altruiste à tout moment dans toutes les situations) d’accomplir le bien d’autrui ou de soulager sa souffrance. La finalité n’est pas de recevoir des louanges ou d’être fier de soi. Cette intention doit être purement altruiste, sans calcul. Vous n’allez pas aider une vieille dame pendant un an dans l’espoir d’avoir son héritage, par exemple. Le but est d’être au service d’autrui. Et généralement on se sent bien soi-même en faisant le bien des autres, car cela reflète notre nature profonde, mais il ne faut évidemment pas le faire dans ce but, même si, comme disait Coluche, « il n’y a pas de mal à se faire du bien ». Un milliardaire me disait un jour : je donne à des associations humanitaires car ça me fait du bien ! Ça, c’est le « warm glow » anglo-saxon, mais certainement pas l’altruisme véritable. J’ai écrit un livre, Plaidoyer pour l’altruisme, de 800 pages et je projette de faire L’altruisme en action, une version courte de 100 pages, pour évoquer tout ce qui peut être mis en pratique de manière pragmatique pour soulager les souffrances et apporter du bien-être à autrui. J’évoquerai également les développements récents comme le mouvement de l’altruisme efficace.

Avons-nous une prédisposition à l’altruisme ?

Si on se sent mieux quand on est altruiste cela indique qu’au fond, en tant qu’animal social, les humains sont profondément coopérateurs. Les recherches en psychologie comportementale, dans plusieurs universités, ont montré que les jeunes enfants de moins de 5 ans sont des coopérateurs inconditionnels et préfèrent les gens qui se comportent avec bienveillance avec d’autres personnes, contredisant ainsi ce qu’affirmaient Freud et Piaget. Nous avons donc une prédisposition plus forte à l’altruisme. Certes, on peut devenir un psychopathe, ou un dictateur sanguinaire, mais la plupart des huit milliards d’êtres humains, la majeure partie du temps, se comportent de manière décente les uns envers les autres. Ça ne se remarque pas car, quand tout va bien, on n’en parle pas. C’est ce que j’ai appelé la « banalité du bien. »



Comment être une bonne personne sans se faire marcher sur les pieds ?

En étant ferme, mais sans malveillance, sans s’emporter, sans escalade de la violence. Être altruiste ne signifie pas être un paillasson, ni vivre dans un monde de bisounours, mais avoir toujours à l’esprit l’accomplissement du bien d’autrui.

Est-ce que les voyages développent l’altruisme ?

Absolument. Le voyage peut développer l’altruisme et d’autres qualités humaines comme la résilience, la paix intérieure, la force de l’âme et beaucoup d’autres. Les qualités intérieures, c’est ce qui donne du sens à notre existence. Les cultiver, c’est l’affaire d’une vie, mais c’est la chose la plus belle que l’on puisse faire. Comme disait Aristote, « on devient vertueux en pratiquant la vertu ». Le voyage nous ouvre les yeux sur notre humanité commune.

En voyage, nous avons tous été confrontés un jour à la grande pauvreté, une misère abyssale… Comment se comporter humainement sans souffrir soi-même de la peine des autres ?

C’est le problème de la détresse empathique. L’empathie affective nous mène à souffrir de la souffrance de l’autre. C’est l’effet que les émotions de l’autre ont sur vous. Elle est importante car elle vous permet de comprendre la situation de l’autre. Mais elle épuise, et peut conduire au burn-out. En revanche, la compassion est entièrement tournée vers l’autre, c’est apporter une bienveillance inconditionnelle à la souffrance de l’autre. Un flot d’amour. Un baume. C’est le bon cœur, la chaleur humaine. La compassion est un antidote direct à la détresse empathique. Elle régénère nos forces. Quand un médecin intervient sur un champ de bataille, il ne se pose pas de question, il agit.

Pourquoi vos portraits photographiques montrent-ils toujours des êtres humains souriants ?

Je n’ai jamais pu faire de photos sur la déchéance humaine. C’est un choix que j’assume. À travers la photo, j’essaie de redonner confiance en la nature humaine.


source : Par Marie-Angélique Ozanne, pour Le Figaro Voyage

association de Matthieu Ricard : Karuna-shechen.org

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samedi 7 décembre 2024

Bonté originelle

 Mes chers amis,

J'ai reçu ce matin la pensée de la semaine de Mathieu Ricard. Je voulais la partager avec vous car elle me semble particulièrement d'actualité :


La "vision pure" pourrait donc être comparée à une "bonté originelle"; en elle repose l'idée que la nature ultime de notre esprit n'est pas modifiée par les poisons mentaux qui peuvent l'envahir pour un temps et qu'il est possible de neutraliser. Le contraire de la vision pure est donc la croyance que le monde et les humains sont fondamentalement mauvais. Cette tendance mène à condamner en bloc l'ensemble d'une communauté humaine du fait que certains individus se comportent de manière abjecte. [...] En essence, la réponse aux atrocités trop souvent commises par le genre humain passe par la transformation et la bienveillance, non par la haine et la vengeance.

Matthieu Ricard

C'est par cette attitude que nous arriverons à nous détendre et nous souhaitons tous être détendus.

La haine, la colère, le jugement qui condamne, la malveillance n'amènent jamais à une vraie détente.

Il est bon de réaliser que fondamentalement, nous avons tous en nous cette "bonté originelle" qui malheureusement est parfois recouverte de voiles très épais. Ces voiles sont les émotions qui nous perturbent, qui nous agitent, qui nous mettent en tension. Elles s'appellent essentiellement colère, haine, peur et avidité.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

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lundi 9 septembre 2024

Gravissement...


Aujourd’hui, j’ai gravi la montagne

Derrière mon parfait ermitage ;
Et du sommet, j’ai contemplé
Ces scènes si douces.
J’ai levé la tête et vu le ciel sans nuages :
Il m’a évoqué l’espace absolu, sans limite,
J’ai ressenti une liberté
Sans milieu ni fin.
J’ai baissé la tête et regardé en face :
Alors j’ai vu le soleil de ce monde.
Il m’a évoqué la méditation
Lumineuse et sans voile.

Shakbar
L'esprit du Tibet de Matthieu Ricard.

Matthieu Ricard. Un monastère tibétain émerge de la brume en haut d’une colline près du lieu saint connu sous le nom de Namo Bouddha, dans les contreforts himalayens au Népal.

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samedi 31 août 2024

Méditations

 


Pour que les actes accomplis dans le but d’aider autrui aient véritablement des conséquences bénéfiques, ils doivent être guidés par la sagesse, une sagesse qui s’acquiert par la méditation. La raison d’être ultime de la méditation est de se transformer soi-même pour mieux transformer le monde, ou de devenir un être humain meilleur pour mieux servir les autres. Elle permet de donner à la vie son sens le plus noble.

Matthieu Ricard, L’art de la méditation.



"Quelle est l'intention des méditations ? 

C'est l'intention qu'ont tous les êtres : être heureux, expérimenter le bien-être et éviter la souffrance, le mal-être !

Notre ignorance des conséquences de nos actes fait que, malheureusement, nous nous trompons souvent et nos actes, malgré notre bonne volonté, entraînent régulièrement de la souffrance pour nous-mêmes et pour les autres. Il s'agit donc d'essayer de mettre de la conscience sur nos actes.

Nous arrêter le temps de la méditation, observer ce qui se passe dans notre esprit est un premier pas vers la paix. Prendre conscience que chacun de nos actes est précédé d'une pensée. Prendre conscience que nous avons si peu de pouvoir sur le surgissement de nos pensées. Prendre conscience que nous avons la possibilité de devenir conscient de ce que nous allons faire de la pensée qui surgit.

A partir de là nous allons pouvoir commencer à essayer d'avoir une vie un peu plus consciente. Nous allons essayer de devenir conscient, de nous éveiller à notre véritable nature et à la véritable nature de tous les phénomènes.

Peut-être en arriverons nous à devenir conscient que la seule façon d'être vraiment en paix est de s'éveiller pour le bien de tous les êtres, ce qui est l'union de la sagesse et de l'amour.

Et pour tout cela nous avons à développer certaines qualités : la patience, le courage, la générosité, l'éthique, la concentration, la sagesse.

Vous voyez, il y a du travail pour chacun de nous..."

Philippe Fabri

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mardi 6 août 2024

Cout économique

 


Herman Daly, professeur à l'université du Maryland, estime qu'aujourd'hui déjà les coûts environnementaux liés à la croissance économique dépassent les profits qu'elle engendre : passé un certain seuil, la croissance économique, qui oublie de comptabiliser comme des coûts les dégâts qu'elle occasionne, nous appauvrit au lieu de nous enrichir.

Matthieu Ricard (pensée de la semaine)

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samedi 6 juillet 2024

Egocentrisme raconté...


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 Les sacs de grain

Chaque année après les récoltes, tous les villageois se retrouvent près du moulin du village.
Il y a une grande meule, tout le monde vient avec ses sacs ie grain.
Chacun à son tour prend une mesure de grain, la fait passer uns la meule, recueille la farine et en remplit un autre sac.

Niais Nasredin ne cesse de puiser dans le sac de son voisin immédiat. Son manège finit par être repéré, et le voisin f insurge:

Nasredin, arrête donc de prendre le grain de mes sacs !

Oh, pardon ! Tu sais, je suis un peu idiot...

Le voisin opine de la tête, mais reste sur ses positions :

Oui, mais même si tu es idiot, pourquoi tu n’en prends pas de ton propre sac ?

Je suis idiot, admet Nasredin, mais pas à ce point-là!

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La volonté divine

Un jour, Nasredin se rend chez l’imam et lui annonce triomphalement:

J’ai enfin la preuve que TOUT dans ce monde va selon la volonté du Très-Haut.

Quelle foi profonde, Nasredin, mais qu’est-ce qui t’a permis d’arriver à cette conclusion?

Oh, c’est évident, dit Nasredin. Jamais rien dans ce monde ne va selon ma volonté à MOI.



Source : Les folles histoires du sage Nasredin par Ilios Kotsou et Matthieu Ricard
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lundi 6 mai 2024

La séparation avec soi


Le lien à soi est aussi en souffrance, et il est, lui aussi, à restaurer. Il s’agit de la relation que Ion a avec son propre cœur, un cœur entendu au-delà même de la capacité à ressentir ou éprouver quelque chose, comme un organe spirituel qui nous relie à l’infini, à l’infiniment plus grand que soi, à ce qui est au-delà de l’espace et du temps, à l’origine de toutes choses. Mais, là encore, quelle éducation à trouver son cœur recevons-nous ? Qui nous apprend à vivre selon ce qui jaillit de ce cœur ? Quel exercice spirituel pratiqué au quotidien peut libérer dans notre existence tout entière sa source de vie, d’amour et de puissance ? Car le cœur n’est pas seulement un organe physique, sensible. Il nous relie à une profondeur à côté de laquelle la profondeur de l’univers lui-même n’est qu’une surface. Et du côté de cette profondeur, de cette origine, il y a une fontaine de miséricorde, issue d’une source mystérieuse d’où surgissent l’univers et son harmonie... Mais laquelle de nos méditations nous apprend à creuser assez profond pour libérer son jaillissement ?

Nous vivons des existences qui, hélas, sont rarement alignées entre ce plus profond intérieur et l’extérieur, où l’eau fondamentale ne s’écoule pas de nos cœurs à nos pensées jusqu’à nos actes, nos engagements, si sincères soient-ils. Nous ressentons dès lors comme une souffrance, entre ce que nous sommes et ce que nous faisons, et nous remplissons ce vide avec des consommations extérieures. Nous souffrons aussi d’une société qui ne nous donne pas l’occasion, dans notre travail, de chercher puis de libérer et d’engager la ressource de ce moi si profond, mais qui nous conditionne et nous condamne à ne vivre qu’en surface de nous-mêmes. Ainsi, nous restons si faibles, si fragiles, que nous devenons une proie toujours plus facile pour toutes les dominations, exploitations, aliénations, illusions qui prolifèrent dans le monde d’aujourd’hui.

Pour résister à cela, pour être plus forts que ce qui nous me, nos grands liens sont des canaux. Ils nous relient à des énergies sans lesquelles nous serons, hélas !, toujours plus impuissants et deviendrons plus encore des proies pour les prédateurs de toutes les dominations, de toutes les aliénations, à commencer par les aliénations consuméristes, mais aussi les aliénations politiques. L’enjeu du spirituel, c’est-à-dire l’enjeu de la puissance des liens, est inséparablement un enjeu politique. Voilà pourquoi il est urgent et nécessaire, me semble-t-il, que nous réfléchissions ensemble, que nous méditions ensemble, à partir de la ressource la plus intérieure, à la façon dont nous allons pouvoir reconstruire des vies authentiquement humaines, retisser nos liens essentiels, nos liens de vitalité, nos liens de lucidité, nos liens de lumière, les liens qui nous engagent dans le monde de façon à la fois intelligente, généreuse et amoureuse.

Abdennour Bidar - La puissance des liens

De Ilios Kotsou, Caroline Lesire, Christophe André, Abdennour Bidar, Fabienne Brugère, Rébecca Shankland, Matthieu Ricard

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