mardi 15 juillet 2014

Communiquer avec Annick de Souzenelle


J'ai retrouvé cela dans mes archives mais je ne me souviens pas de la source... 
Mais vous connaissez la source de toute chose. Le plus délicat est de la partager...
(6 min. avec un son dégradé)

 

lundi 14 juillet 2014

Apparition de Christian Bobin


Dieu c'est nous... Une étrange apparition...



La journée s’était conclue par une étrange apparition au buffet de la gare de Lyon où je buvais un verre de vin. Levant la tête, j’ai regardé dans le miroir, et tout d’un coup je me suis rencontré : je me voyais du dehors comme il est impossible de se voir. Je regardais ce monsieur qui, semble-t-il, revenait avec moi. C’était curieux : il avait sur ses traits une détermination et aussi quelque chose d’inachevé. Sur son visage, la moindre émotion s’écrivait en plein jour comme sur les visages en argile des bébés. J’ai cessé de le regarder pour ne pas le gêner. J’ai bu une gorgée de Sancerre et perdu mes yeux dans la lecture du journal qui se fanait déjà. Les yeux du monsieur qui était moi menaçaient de rouler en tous sens. Vraiment curieux. Quelques minutes auparavant dans un taxi, le chauffeur s’était mis à me parler de Dieu. Je lui avais répondu. La conversation s’était poursuivie pendant tout le trajet – une théologie vivante coupée de rires. La voiture, à l’arrivée à la gare, était remplie par les roses, les soleils et les tigres de notre échange. Par instants, l’homme me citait le Coran en arabe, puis me le traduisait, soulignant certains mots d’une main qui, lâchant le volant, battait des ailes. Nous sommes des cadavres, monsieur, me disait-il. Et les cadavres, ils ne savent pas si celui qui les approche est bon ou mauvais. Mais un cheval, lui, il sait. Si un homme de cœur vient vers lui, le cheval éclate de rire, monsieur. Et si c’est un diable, il recule. La bonne surprise, c’est pour après la mort – pourquoi la craindre puisque nous sommes des cadavres ? Nous avons parlé des âmes, de la pauvreté et des interdits. Je lui ai dit que si Dieu, par les haut-parleurs des textes sacrés, énonçait des interdits, ce n’était que pour nous protéger et donc pour se protéger, lui, puisque Dieu c’est nous. Une ivresse angélique nous prenait tous les deux. Paris devenait aussi lumineux qu’une clairière. Je regardais les couples dans les rues. Les mains des amoureux, quand elles croisent leurs doigts, chacune capturant l’autre, on dirait une corbeille de ciel. À l’arrivée, j’ai laissé un pourboire à mon frère en délires célestes. Il s’est tourné vers moi, son visage n’était que vérité quand il m’a dit : chaque fois qu’un client me donne un pourboire je ne le garde pas pour moi, je le donne à un pauvre. Et c’est quelques minutes après cette extase que dans le buffet de la gare j’ai entrevu le monsieur qui était moi dans la glace, son visage d’argile mouillé par toutes sortes de sentiments, vaguement affolé. Une tête encore dans les mains du potier, pas finie. Je n’en dis pas plus. Je crois bien qu’il est là, dans ma maison. Je ne veux pas le déranger. Il écrit sur sa journée à Paris.


dimanche 13 juillet 2014

Le bon usage des crises par Christiane Singer

Extrait d’une conférence prononcée le 15 juin 1991 à Mirmande à l’occasion du dixième anniversaire du Centre Dürckheim. Edition Terre du Ciel, 1994.

J’ai gagné la certitude que les catastrophes sont là pour nous éviter le pire. Et le pire, comment pourrais-je exprimer ce qu’est le pire ? Le pire, c’est bel et bien d’avoir traversé la vie sans naufrages, d’être resté à la surface des choses, d’avoir dansé au bas des ombres, d’avoir pataugé dans ce marécage des on-dit, des apparences, de n’avoir jamais été précipité dans une autre dimension. Les crises, dans la société où nous vivons, elles sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à porté de main, pour entrer dans l’autre dimension. Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur.

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être.

Récemment sur une autoroute périphérique de Berlin où il y a toujours de terribles embouteillages, un tagueur de génie avait inscrit sur un pont la formule suivante : « Détrompe-toi, tu n’es pas dans un embouteillage, l’embouteillage c’est toi ! ».
Nous sommes tous spécialisés dans l’esquive, dans le détournement, dans le « divertissement » tel que le voyait Pascal. Il n’y a au fond que cette possibilité, subitement, de se dire : « Oui mais tout cela, tout ce qui m’enserre, tout ce qui m’étrangle, mais c’est moi ! ».
Ce serait une erreur de croire que la crise est quelque chose de normal, d’inhérent à la nature humaine. Il y a de nombreuses sociétés, toutes les sociétés traditionnelles, qui ont une tout autre façon d’agir. Un ami anthropologue m’a rapporté ces mots d’un Africain qui lui disait : « Mais non monsieur, nous n’avons pas de crises, nous avons les initiations ». Et  les initiations sont la ritualisation de ces passages, c’est-à-dire cette possibilité pour l’homme de passer d’un état d’être naturel, premier, à cet univers agrandi, où l’autre versant des choses est révélé. Et il s’avère que toutes ces initiations, dans leur incroyable diversité, et inventivité – parfois des rites d’une cruauté qui nous paraît insoutenable - ont tous la même visée : mettre l’initié en contact avec la mort, le faire mourir ; le vieux principe du « meurs et deviens ». que ce soient les rites des aborigènes australiens qui enterrent les néophytes pendant trois jours sous des feuilles pourries, ou les épreuves auxquelles sont soumis les jeunes Indiens, il n’y a pas un rite pourtant qui soit aussi cruel que l’absence de rite. Et la vie n’a pas d’autre choix que de nous précipiter ensuite dans une initiation, cette fois sauvage, qui est faite non plus dans l’encadrement de ceux qui nous aiment, ou qui nous guident, de chamans, ou de prêtres ou d’initiés, mais dans la solitude d’un destin. Ces catastrophes qui ne sont là que pour éviter le pire ! Il peut vraiment paraître très cynique de parler ainsi. J’ai connu cette période où lorsqu’on entend une chose pareille, et que l’on est soi-même plongé dans un désespoir très profond, ces propos paraissent d’un cynisme insupportable. Et pourtant quand on a commencé à percevoir que la vie est un pèlerinage, quand à une étape de ce pèlerinage on regarde en arrière, on s’aperçoit vraiment que les femmes, les hommes qui nous ont le plus fait souffrir sur cette terre, sont nos maîtres véritables, et que les souffrances, les désespoirs, les maladies, les deuils, ont été vraiment nos sœurs et nos frères sur le chemin. Je sais que cela peut avoir une coloration insupportable quand on est dans une phase de désespoir, mais c’est tellement fabuleux quand on s’arrête en cours de route, quand on regarde en arrière, et qu’on se dit : « mais oui, c’est vrai ! ».

Comment se joue la crise ? On pourrait utiliser ce mot de retournement, de renversement. Qu’est-ce qui se passe dans la crise ? Il se passe à peu près ceci qu’une voix s’adresse à vous, et vous dit : « Tu as construit une vie, oui bravo, eh bien détruis-la ; tu as construit une personnalité, formidable, bravo, détruis-la ; tu t’es battu, tu as été courageux, un courage extraordinaire, mais l’heure de la reddition est venue,  à genoux ! ». Ou encore, comme pour Abraham : « Tu as mis un fils au monde, bravo, rends-le moi ! ». Tous ces moments de l’intolérable, de l’inacceptable, qui dans l’ordre des choses vécues, dans l’ordre de l’immédiat sont le scandale absolu ! Rends-mois ce que je t’ai donné ! Pour moi la plus extraordinaire histoire qui les symbolise toutes est celle de Job. J’adore cette histoire de Job, j’y reviens toujours. Job a été vraiment le serviteur de Dieu, l’homme de tous les succès. Une vie accomplie, entourée de richesse, de troupeaux de bœufs, ses femmes, ses fils, ses serviteurs, une richesse que Dieu bénie. Ce même homme, Job maudit, Job sur son tas d’immondices qui gratte ses ulcères, Job qui ne lâche pas prise, qui dit : « Je m’adresserai à Toi mon Dieu, jusqu’à ce que Tu m’expliques la raison qui me ferait accepter l’inacceptable, j’attends de Toi une réponse qui me convainque ». Et cette interrogation qui le pousse pendant des jours et des semaines et des mois, à ne pas lâcher prise et cette phrase qui est pour moi  une des phrases les plus poignantes : «  Pourquoi ne peux-Tu pas donner raison à l’homme contre Toi-même ? ».

Aussi longtemps que Job demande à Dieu de paraître devant lui, et de lui expliquer l’inexplicable, de lui dire la raison de toute cette horreur, de tout ce désespoir, de tout ce désastre d’une existence : « Viens ! Viens, je n’ai plus que la peau sur les os lui dit-il, viens, parle-moi ». Dieu ne vient pas, Dieu ne parle pas. Arrivent tous les amis, tous les copains, les thérapeutes, qui lui expliquent : « Ecoute, je suis persuadé que tu as fait une erreur, écoute, réfléchis, souviens-toi ! » Mais Job ne les écoute pas, le brouhaha des voix dehors.
« Réponds-moi, réponds-moi ! » Et quand l’ami Elihu lui a dit : « Mais non, tu vas voir, Dieu ne répond pas ». A ce moment-là, Dieu répond, contre toute attente Dieu répond. Mais Dieu répond à côté de la question. Dieu n’évoque pas un seul instant toute la vie de Job détruite, tous ses espoirs anéantis, sa famille, tous ceux qu’il a aimés, Dieu parle du ciel et de la terre, des oiseaux et des arbres, Dieu parle de la mer, de l’océan et des plages. Dieu répond à côté. Et voilà que se passe l’inattendu. Job, loin d’être scandalisé par cette réponse, qui n’en est pas une dans l’ordre de la logique, voit subitement tout d’un autre lieu. L’entière création, d’un autre lieu, d’un lieu où tout le drame d’une être ne fait même pas un remous à la surface du créé. Un lieu de l’univers agrandi, et job dit : « Mon Dieu je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant je t’ai vu ». Et Job est un autre homme. Et à partir de ce moment-là par une ironie divine, tout lui est rendu puisqu’il n’a plus besoin de rien. C’est au niveau de cette histoire de Job, que j’ai pour ma part rencontré le travail de Dürckheim. Dans une crise vraiment très profonde. Après avoir traversé une existence très préservée, très occupée à éviter les naufrages, toute cette adresse à passer entre les catastrophes, entre les blessures, et subitement, après quinze ans de mariage, l’arrivée d’une autre femme, l’arrivée dans une existence préservée d’un autre être, qui du jour au lendemain détruit l’univers que vous vous étiez construit. Et la traversée, pendant deux ans, trois ans, de la solitude de l’abandon, dans un pays étranger, dans un village au bout du monde, et la rencontre du travail de Dürckheim et d’une remarquable femme, son élève, qui travaillait avec la voix. Alors que j’attendais d’elle qu’elle me donne la force de faire mes bagages, et de partir avec mes fils, elle m’a dit : « Tu restes là, assise au milieu du désastre, là. Tout le travail que j’ai fait par la suite avec le corps, avec la présence au monde, aux choses, cette leçon, non seulement d’accepter l’inacceptable, mais d’y entrer, d’y établir ses pénates, entrer dans le désastre, à l’intérieur, et y rester, y rester ! Non pas fuir, mais oser rester, à l’endroit où je suis interpellée, à cet endroit où tombent tous les masques, où tout ce que je n’aurais jamais pu croire s’avère être en moi, tous les démons, toute l’ombre. Les paroles éclatent et tous les démons déferlent dans la vie, la jalousie, l’envie de meurtre, l’autodestruction. Et je reste là et je regarde. Cette troisième voie est probablement le salut pour notre époque si torturée. Je m’explique : nous connaissons dans notre Occident deux voies quand nous sommes dans un état d’étouffement, d’étranglement ; l’une c’est le défoulement, c’est crier, c’est exprimer ce qui était jusqu’alors rentré. Il y a de nombreuses formes de thérapies sur ce modèle et c’est probablement, en son lieu et place, quelque chose de très précieux, pour faire déborder le trop plein. Mais au fond, toute l’industrie audiovisuelle, cinématographique, est fondée sur ce défoulement, cette espèce d’éclatement de toute l’horreur, de tout le désespoir rentré, qui en fait le prolonge et le multiplie à l’infini. L’autre réponse, c’est le refoulement : avaler des couleuvres, et devenir lentement ce nid de serpents sur deux pattes, avec tout ce que ces vipères et couleuvres avalées ont d’effet destructif sur le corps et l’âme. Et le troisième modèle qui nous vient d’Extrême-Orient et qu’incarnait Dürckheim : s’asseoir au milieu du désastre, et devenir témoin, réveiller en soi cet allié qui n’est autre que le noyau divin en nous. J’ai rencontré voilà quatre jours, en faisant une conférence à Vienne, une femme ; et c’est une belle histoire qu’elle m’a racontée qui exprime cela à la perfection. Elle me disait à la perte de son unique enfant, avoir été ravagée de larmes et de désespoir, et un jour, elle s’est placée devant un miroir et a regardé ce visage brûlé de larmes, et elle a dit : « Voilà le visage ravagé d’une femme qui a perdu son enfant unique », et à cet instant, dans cette fissure, cette seconde de non identification, où un être sort d’un millimètre de son désastre et le regarde, s’est engouffrée la grâce. Dans un instant, dans une espèce de joie indescriptible, elle a su : « Mais nous ne sommes pas séparés », et avec cette certitude, le déferlement d’une joie indescriptible qu’exprimait encore son visage. C’était une femme rayonnante de cette plénitude et de cette présence qu’engendre la traversée du désastre. Il existe, paraît-il, dans un maelström, un point où rien ne bouge. Se tenir là ! Ou encore, pour prendre une autre image : dans la roue d’un chariot emballé, il y a un point du moyeu qui ne bouge pas. Ce point, trouver ce point. Et si un seul instant, j’ai trouvé ce point, ma vie bascule, parce que la perspective est subitement celle de Job, cette perspective agrandie, de la grande vie derrière la petite vie, l’écroulement des paravents, l’écroulement des représentations, un instant, voir cette perspective agrandie.


source : site vipassana

samedi 12 juillet 2014

« personne ne nous appartient. » avec Amma

Extrait de la réponse d'Amma à une question posée sur le vrai sens de la phrase : « personne ne nous appartient. »


Amma : Quand on dit « personne ne m'appartient, » il est du même coup sous-entendu que « tout le monde m'appartient, tout le monde est un prolongement de mon Être Véritable. » Si nous exposons 100 pots remplis d'eau dehors au soleil, nous verrons le soleil se refléter dans chacun des 100 pots. Mais en réalité, il n'y a pas 100 soleils ; il n'y en a qu'un seul. De la même façon, il n'y a qu'une seule conscience qui se manifeste dans tous les êtres.

Pourquoi les Écritures et les gourous disent-ils que tout est un ? Parce qu'ils ne veulent pas que nous soyons tristes ou déprimés et qu'ils savent que si nous comprenons cela –qui est la vérité – nous cesserons d'avoir du chagrin. Le fait de penser que nous sommes le complexe limité corps-esprit nous mène tout naturellement à l'insécurité et à la peur. Cette insécurité nous rend dépendants des autres – ce qui provoque attachement et chagrin. Notre existence même repose sur ce que disent et font les autres. Nous grimpons au septième ciel quand on nous encense et nous tombons plus bas que terre quand on nous critique. Les mahatmas veulent nous libérer de cette dépendance et ils savent bien que pour la dépasser, il est essentiel de comprendre ces vérités spirituelles.

Un roi rêva une nuit qu'il était un papillon - tout heureux de voleter de ci, de là. À son réveil, il se sentit troublé. Il se demandait sans cesse : « Suis-je un roi qui a rêvé qu'il était un papillon ou un papillon qui a rêvé qu'il était un roi ? » Très troublé, il alla voir un gourou – qui lui répondit : « Tu n'es ni un papillon, ni un roi. Tu es pure conscience. C'est dans le champ de cette conscience – qui est toi – que ces deux expériences ont eu lieu. L'atman est la seule vérité. Le papillon et le roi sont deux rêves. »

Mes enfants, éveillons-nous à cette compréhension pour voir que nous ne faisons qu'un avec les autres. Voyons les comme notre propre Soi. C'est le seul moyen de dépasser la peine que nous ressentons. Amma sait que ce n'est pas facile, mais on peut y arriver en s'entraînant constamment. Au même titre que nous avons appris à nous identifier à notre nom, nous avons besoin d'apprendre à nous identifier à notre Véritable Soi.



source : Amma France

jeudi 10 juillet 2014

Rien à faire !

Sans doute avez-vous déjà entendu cette formule de plus en plus populaire dans les milieux spirituels : « Il n’y a rien à faire ». En fait, la phrase intégrale se lit comme suit : « Il n’y a rien à faire pour s’éveiller car nous le sommes déjà ». Fréquemment interrogée à propos de cette affirmation, j’ai été à même de constater qu’elle était souvent mal interprétée, que son sens originel avait été perdu.
Pour nombre de chercheurs en quête de vérité, mais aussi de soulagement, cette solution facile et attrayante est une voie inespérée. Il serait étonnant que la passivité soit soudainement devenue un chemin d’éveil alors que, depuis des millénaires, des sages de toutes confessions ont proposé maintes voies spirituelles exigeant maîtrise et discipline.
N’y a-t-il vraiment rien à faire ?

Le propre du chercheur est de vouloir quelque chose qu’il n’a pas. Il tente d’obtenir ce qu’il veut à coup d’actions volontaires et de stratégies, cherchant ainsi à déjouer le destin.
L’éveil n’est pas le résultat d’une technique ou d’un long chemin parcouru avec succès. Il n’est pas non plus le résultat d’actes volontaires. Le volontarisme de l’ego est une entrave à l’éveil. L’éveil est le résultat d’un abandon total, d’un dépouillement complet de toutes croyances à propos de soi. La réalisation que JE SUIS est la vérité ultime, au-delà de tous concepts.

Cette phrase : « Il n’y a rien à faire pour s’éveiller car nous le sommes déjà » est totalement vraie. Nous sommes tous éveillés. L’éveil est parfois vécu en conscience, mais souvent il ne l’est pas. Une partie de la confusion vient du fait qu’il nous est difficile de distinguer ce que nous sommes de ce que nous expérimentons. L’identification aux expériences génère cette illusion.
Pour se désidentifier, il ne s’agit pas de faire mais de VOIR… de voir le jeu du mental et de réaliser à quel point il nous détourne de la vérité. Souvent lorsque l’illusion est vue, un immense fou rire jaillit ! Les constructions mentales s’effondrent.

Tant que les illusions qui nourrissent l’ego n’ont pas été vues, nous sommes habités par deux maîtres, l’Être et l’ego. Pour retrouver l’Unité, c’est à partir de notre espace Source que des actions seront initiées afin de se libérer de l’emprise d’un ego souffrant et d’un mental indiscipliné.
Issue de la non-action, la principale action à accomplir est un mouvement de la conscience qui se retourne sur elle-même, afin de se reconnaître et d’identifier les phénomènes mentaux agissant à sa place. 
Gratitude d'Être et de rayonner son immense Beauté,

Claudette Vidal

mercredi 9 juillet 2014

La banalité du Bien avec Matthieu Ricard

extrait de:"Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard


Un mendiant reçoit deux billets de cinquante roupies- somme relativement conséquente au Népal -, il en donne la moitié à son compagnon d'infortune.
Une infirmière épuisée après une nuit de garde éprouvante, reste néanmoins quelques heures pour assister un mourant qui part seul. Ma soeur, Eve, qui s'est occupée toute sa vie d'enfants en difficulté, n'a jamais hésité à se lever en pleine nuit pour accueillir un enfant qui fuguait.
Dans le métro, un Maghrébin percevant l'état d'angoisse d'une voyageuse qu'il ne reverra jamais, lui murmure: "Ne t'inquiète pas ma fille, ça va passer."
Au terme d'une journée trop remplie, un ingénieur rentre de son bureau et fait cinq cents mètres de plus pour montrer à un étranger perdu dans la capitale le chemin de son hôtel.

On a pu parler de la" banalité du mal", Mais l'on pourrait aussi parler de la "banalité du bien", en se représentant les mille et une expressions de solidarité, de prévenance et d'engagement en faveur du bien d'autrui qui jalonnent nos vies quotidiennes et exercent une influence considérable sur la qualité de la vie sociale. De plus, ceux qui accomplissent ces innombrables actes d'entraide et de sollicitude disent généralement qu'il est bien "normal" d'aider son prochain. S'il est justifié d'évoquer cette notion de banalité, c'est aussi parce qu'elle est en quelque sorte silencieuse: Le bien de chaque jour est anonyme; il ne fait pas la une des médias à la manière d'un attentat, d'un crime crapuleux, ou de la libido d'un homme politique. Et, enfin, s'il y a banalité c'est encore le signe que nous sommes tous potentiellement capables de faire du bien autour de nous.


lundi 7 juillet 2014

Le moi à l'épreuve de la pratique avec Dominique Durand



Nous envisageons souvent la pratique sous l'angle de l'Absolu. Cette position aiguise notre insatisfaction lorsque, après un certain temps d'exercice, nous faisons ce triste constat : rien ne change dans ma manière de gérer le quotidien, je suis toujours aussi colérique, aussi désagréable avec mon entourage, aussi impatient. Mais qui argumente ? Le moi, bien sûr, à partir de son propre système de valeurs, qui lui permet de s'estimer. Le système de valeurs étant souvent une notion de plus ou de moins, de progression par rapport à un moi idéal qui cherche à éviter le « déplaisir » de mettre en faillite sa toute puissance illusoire, résidu d'un sentiment d'omnipotence infantile. 

Transférer dans la pratique ce « fétichisme d'absolu »*, c'est situer la pratique dans une impasse existentielle ». Dürckheim le souligne : « Il y a un dilemme, dit-il, parce qu'il suffit d'avoir goûté à cette expérience intérieure pour désirer retourner dans cet autre monde … à peine s'est-on engagé sur la voie, que l'on échoue de nouveau dans ce monde. »* 
Le dilemme, c'est cet écart entre l'expérience vécue dans l'exercice et le quotidien et qui justifie d'ailleurs le fait que certaines personnes abandonnent la pratique parce que rien ne change. Nous constatons que la difficulté réside dans l'articulation du moi et de l'essence, de l'expérience et du quotidien, vue par le moi dans un rapport d'opposition. Envisager le moi et l'essence comme deux réalités opposées est source d'un problème pour le moi, celui de l'auto- évaluation par rapport à un idéal à atteindre. 
Dürckheim nous fait part des propos de son analyste à ce sujet : « Lorsque le moi resurgit, il y a deux choses à ne pas faire : le combattre, car il est toujours plus fort, et le fuir, car il est toujours plus rapide... il n'y a qu'une attitude valable vis à vis du moi : la vigilance sans détour. » Et Dürckheim ajoute : « Un regard paisible et qui ne se détourne pas est la seule chose qu'il ne puisse supporter. »* 

Accompagner la pratique d'un regard bienveillant mais sans complaisance sur le moi, prendre le moi pour ce qu'il est, sans illusion : une tentative désespérée pour réguler un système complexe qui le met en échec sur la plan du plaisir, de la stabilité, et de l'identité. Cependant, le regard paisible dont parle Dürckheim n'est pas seulement celui d'une certaine bienveillance, c'est cette autre manière de considérer le moi. Ce regard paisible, c'est cette reconnaissance intime du Vivant au cœur du pathos. Ce regard paisible, c'est celui qui est dégagé des classifications et qui englobe tout. Ce regard paisible, c'est une permission donnée au moi, de révéler sa vraie nature dans la glaise de son humanité. Le moi ne peut pas venir à bout de ce qu'il vit comme étant un écart ou un contraste entre son être de nature et son moi historique. Seul l'exercice, inlassablement repris, peut nous familiariser avec l'expérience que existentiel et essentiel ne sont que deux aspects d'une même réalité. Ne vouloir venir à bout de rien, seulement se reprendre et s'exercer.

* Roger Martin du Gard
* « Le don de la grâce », chap. 5

samedi 5 juillet 2014

vendredi 4 juillet 2014

Liberté d'être...


La vie nous manipule... et l'on sent qu'il y un os...


Sans aller jusqu'à des conclusions philosophiques définitives, nous commençons à admettre que cette liberté dont nous rêvions se trouve démentie par les faits, que nous sommes pris dans un immense réseau de causes et d'effets dont nous ne connaissons même pas le commencement et auquel nous sommes sans cesse contraints de nous adapter.
Arnaud Desjardins
(La voie et ses pièges)

*

jeudi 3 juillet 2014

Rencontre bienfaisante...


"Parfois on a fait tout ce qu'il fallait faire et néanmoins la vie ne réponds pas. Ce n'est pas la peine de se demander si on s'y est mal pris car là n'est pas la question. On peut avoir fait tout le nécessaire mais peut-être n'était ce pas le moment opportun ou y a-t-il une cause que nous ignorons. Travaillez donc avec votre existence telle qu'elle est. Souvent, c'est l'attente elle-même qui éloigne la réalisation. Si vous vous contentez d'être un avec ce qui est, avant même de vous en apercevoir vous aurez déjà obtenu ce que vous vouliez depuis toujours. C'est comme si, dès que vous arrêtez de tendre vers quelque chose, cette chose vers laquelle vous tendez vous tombe dans le giron".

Lee Lozowick
(Extrait de "OUI et alors",
 Editions La Table Ronde, 2001)


Tous les jours, à chaque minute, la vie nous pose une demande : la demande d’une action, d’une action juste. La vie nous demande une action comme on nous demanderait combien font 3 fois 5 et notre action sera la réponse adéquate, appropriée, juste, à cette demande, la demande des conditions et circonstances dans l’instant.
Tant qu’il y a mental et émotion, la réponse sera n’importe quoi qui nous satisfasse, que nous croirons juste, et qui ne le sera pas. Que se passe-t-il ? Cette réaction, absolument indigne du nom d’action, qui ne correspond pas à la réalité d’une demande, mais simplement à notre aveuglement, va produire des résultats que le mental n’aura pas su prévoir et qu’il refusera ensuite. 
On moissonne ce qu’on a semé et nos actions ont d’innombrables conséquences. Chacune de nos actions met en jeu une nouvelle chaîne de causes et d’effets, d’actions et de réactions. Ce mécanisme, bien connu de tous ceux qui ont étudié les doctrines hindoues ou bouddhistes, le mécanisme du karma, fait que l’ego, tout en cherchant et en ne cherchant que sa satisfaction et son bien-être, se trouve, de jour en jour et d’année en année, dans des situations difficiles, imprévues, décevantes, et que le bonheur parfait lui échappe toujours. 
Il n’y a dans cette direction aucune espérance de paix ni de joie qui demeure...

Arnaud Desjardins 
(Adhyatma yoga
À la recherche du soi, tome 1)