samedi 26 août 2023

Contournement spirituel

 JOHN WELWOOD ET LE "CONTOURNEMENT SPIRITUEL" (SPIRITUAL BYPASSING). Extraits d'un article à propos d'un écueil dans lesquels peuvent tomber de nombreux chercheurs et pratiquants spirituels à différents moments de leur cheminement, notamment dans les voies non-duelles qui mettent plus l'accent sur l'absolu et l'impersonnalité 

Une interview avec John Welwood par Tina Fossella 

*Très bon article (mais très mauvaise traduction) à propos d'une tendance et d'un écueil dans lesquels peuvent tomber de nombreux chercheurs et pratiquants spirituels à différents moments de leur cheminement. 

TF: Vous avez introduit le terme «contourner spirituellement" il y a 30 ans maintenant. Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, pourriez-vous définir et expliquer ce que c'est ?


JW: Le contournement spirituel est un terme que j'ai inventé pour décrire un processus que j'ai vu se passer dans la communauté bouddhiste où j'étais, et aussi en moi. Bien que la plupart d'entre nous ont sincèrement essayé de travailler sur nous-mêmes, j'ai remarqué une tendance généralisée à utiliser les idées et les pratiques spirituelles pour contourner ou éviter d'affronter les problèmes non résolus émotionnels, les blessures psychologiques et les tâches inachevées de développement. Lorsque nous sommes dans le contournement spirituel, nous utilisons souvent l'objectif de l'éveil ou la libération pour rationaliser ce que j'appelle la transcendance prématurée: en essayant de s'élever au-dessus du côté brut et désordonné de notre humanité avant d'avoir confronté ceux-ci et fait la paix avec eux. Et puis nous avons tendance à utiliser la vérité absolue pour dénigrer ou de rejeter les besoins relatifs humaines, les sentiments, les problèmes psychologiques, difficultés relationnelles, et les déficits de développement. Je vois cela comme un "risque professionnel" de la voie spirituelle, car cette fausse spiritualité implique un déni de notre situation actuelle karmique.

TF: Quel genre de danger fait ça represente ?

JW: Essayer d'aller au-delà de nos problèmes psychologiques et émotionnels par les contourner est dangereux. Il met en place une rupture délétère entre le Bouddha et l'humain en nous. Et cela conduit à un cadre conceptuel, type unilatéral de la spiritualité où l'un des pôles de la vie est élevé, au détriment de son contraire: la vérité absolue est favorisée par rapport à la vérité relative, l'impersonnel par rapport au personnel, le vide par rapport à la forme, la transcendance par rapport aux besoins développementaux, et le détachement par rapport aux émotions. On pourrait, par exemple, essayer de pratiquer le non attachement en rejetant son besoin d'amour, mais cela refoule le besoin souterrain, de sorte qu'il devient souvent inconsciemment agi de manières subtiles et peut être nuisible à la place (...)

JW: Il est facile d'utiliser la vérité de la vacuité de cette façon unilatérale: «Les pensées et les sentiments sont vides, un simple jeu des apparences samsariques, afin de leur payer aucune attention. Voir leur nature vide, et il suffit de couper avec eux sur le vif. "Dans le domaine de la pratique spirituelle, cela pourrait être des conseils utiles. Mais dans des situations de la vie de ces mêmes mots pourraient aussi être utilisés pour supprimer ou nier sentiments ou préoccupations qui ont besoin de notre attention. J'ai vu cela se produire sur un certain nombre d'occasions.

TF: Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans le contournement spirituel ces jours-ci ?

JW : Je suis intéressé à savoir comment ça joue dans les relations, où le contournement spirituel souvent sème la pire des ravages. Si vous étiez un yogi dans une grotte faisant années de retraite en solo, votre blessure psychologique pourrait rester cachée parce que votre attention serait entièrement focalisée sur votre pratique spirituelle, dans un environnement qui ne risque pas de secouer vos blessures relationnelles. C'est dans les relations que nos problèmes psychologiques non résolus ont tendance à se manifester plus intensément. C'est parce que les blessures psychologiques sont toujours relationnel- ils forment dans et à travers nos relations avec nos premiers gardiens (...)

TF: Et comment est-ce pertinent pour la façon dont nous pratiquons le dharma ?

JW: à l’origine beaucoup d'entre nous, et je m'inclus là - se tournent vers le dharma, au moins en partie, comme une façon d'essayer de surmonter la douleur de nos blessures psychologiques et relationnelles. Pourtant, nous sommes souvent dans le déni ou inconsciente sur la nature ou la largeur de cette blessure. Nous savons seulement que quelque chose n'est pas juste et nous voulons être libres de la souffrance.

TF: Nous pouvons tourner vers le dharma d'un endroit blessé que nous ne sommes même pas au courant ?

JW: Oui. Nous nous dirigeons vers le dharma pour se sentir mieux, mais peut-être sans le vouloir nous abusons la pratique spirituelle comme un substitut pour faire face à nos problèmes psychologiques.

TF: Alors, comment nos blessures psychologiques affectent notre pratique spirituelle?

JW: (...) Bien que nous pouvons pratiquer avec diligence, notre pratique spirituelle peut être utilisé dans le service de déni et de défense. Et quand la pratique spirituelle est utilisé pour contourner nos problèmes humains de la vie réelle, il devient compartimenté dans une zone séparée de notre vie, et reste non intégré à notre fonctionnement global.

(...)

JW : . Si le bouddhisme cherche à prendre pleinement racine dans la psyché occidentale, à mon avis, il doit devenir plus informé sur la dynamique de la psyché occidentale, qui est assez différente de la psyché asiatique. Nous avons besoin d'une perspective plus large qui peut reconnaître et comprendre deux pistes différentes de développement humain - que nous pourrions appeler de grandir et s'éveiller , la guérison et l'éveil, ou de devenir un véritable être humain d'une part et d'aller au-delà de la personne d'autre part. Nous ne sommes pas juste des humains apprennent à devenir des bouddhas, mais aussi bouddhas s'éveillant sous une forme humaine, apprenant à devenir pleinement humain. Et ces deux pistes de développement peuvent s'enrichir mutuellement. Bien que le fruit de la pratique du dharma soit l'éveil, le fruit de devenir une personne complètement développée est la capacité à s'engager dans le «je-tu» relationnel avec les autres. Cela signifie risquer d'être entièrement ouvert et transparent avec les autres, tout en reconnaissant et en prenant un intérêt dans ce qu'ils vivent et comment ils sont différents de soi. Cette capacité d'expression ouverte et profonde syntonie est rare dans ce monde. Il est particulièrement difficile si vous êtes blessé sur le plan relationnel.

En bref, le dharma est trop souvent utilisée comme un moyen de nier notre côté humain. Mais si nous détenons une perspective qui englobe les deux voies de développement, nous n'utiliserons pas la vérité absolue pour minimiser la vérité relative. Au lieu du logique ‘soit/soit’, « Vos sentiments sont de nature vides, alors juste abandonnez-les », nous pourrons prendre une approche ‘et/et’: "Les sentiments sont de nature vides, et parfois nous devons faire très attention à eux. « À la lumière de la vérité absolue, les besoins personnels sont inconsistant comme un mirage, et se fixer sur eux cause de grandes souffrances.'' Oui, et en même temps, si un besoin relatif se pose, simplement manœuvrer de côté peut causer d'autres problèmes. En termes de vérité relative, être clair avec soi-même où on en est et ce dont on a besoin est un des principes les plus importants de la communication saine dans les relations. Le grand paradoxe d'être simultanément humain et Bouddha est que nous sommes à la fois dépendant et indépendant. Une partie de nous est totalement dépendant d’autres personnes pour tout, de la nourriture et des vêtements à l'amour, la connectivité, et de l'inspiration et de nous aider dans notre développement. Bien que notre nature de Bouddha ne soit pas dépendante - qui est de nature de la vérité absolue - notre incarnation humaine est interdépendante – donc de la nature de la vérité relative. Bien sûr, dans le sens le plus large, les vérités absolue et relative sont complètement imbriqués et leur séparation ne peut être maintenu : plus nous nous rendons compte de l'ouverture absolue de ce que nous sommes, le plus profondément nous arrivons à reconnaître notre interdépendance par rapport à tous les êtres.''

John Welwood (docteur en philosophie et psychothérapeute à San Francisco. Il a suivi la voie du bouddhisme tibétain et d'autres traditions orientales pendant plus de trente ans)

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vendredi 25 août 2023

Et la lumière fut

A la manière de Jean Klein ci-dessous pour décrire un changement d'état, Arnaud Desjardins utilisait l'image d'une lampe dont le cordon d'alimentation était trop éloigné de la prise, jusqu'au moment où en se rapprochant, la lumière pouvait alors apparaître.

Question.---Cette approche vers le Soi se fait-elle par paliers ou est-elle abrupte ?

   


 R.--- Le pas d'un monde conditionné dans un monde non qualifié est abrupt. Il n'y a pas de pont, mais la démarche jusqu'à ce pont se fait par paliers.

     La progression est en spirale. Il y a d'abord accumulation, augmentation d'énergie, précipitation vers un point culminant, véritable éclatement, épanouissement, effet en force de courte durée ou effet étalé en largeur, puis descente, ralentissement, avec déperdition d'énergie, jusqu'à arrêt, repos, formation d'énergie nouvelle et redépart. Dans cette observation, il faudrait surtout porter son attention sur le moment du repos lors de la formation d'énergie souvent accompagnée de fatigue et de dépression. Ceci amène l'individu immédiatement à compenser ce vide aux dépens de l'énergie qui a besoin de se reformer. Ainsi, il empêche le départ en flèche, limite la montée et, de ce fait, abrège la période, ce qui affecte le mouvement ascensionnel tout entier.

     Chaque faculté mise en jeu crée un rappel sur tous les plans, que ce soit dans un sens positif ou négatif. Il faut être très lucide pour percevoir le rythme de ces invitations. Du point de vue de l'élimination, il ne faut pas succomber à leur tentation, et du point positif, il ne faut pas manquer à leur sollicitation. Si dans les deux sens, on les respecte, dans le premier cas les rappels s'espacent de plus en plus et, dans le deuxième cas, ils deviennent de plus en plus rapprochés. 

     Plusieurs fois dans la journée, prenez distance vis à vis de vous-même, de vos émotions, de vos pensées. Recommencez-le le lendemain, etc. jusqu'à ce que vous sentiez le réveil du rappel. Cette désidentification par laquelle vous cessez de ressasser vos mécanismes habituels, de vous remémorer vos échecs et vos succès, vous économise une force considérable. C'est celle-ci qui va servir à votre éveil, vous aidant à distinguer entre le Réel et le non-Réel.

Jean Klein, "L'homme et la connaissance ", tradition, liberté, entretiens, 1965

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jeudi 24 août 2023

Connaissance épanouie

 Les fleurs ont la connaissance de l'instant et du cosmos.


Beaucoup de gens sont prisonniers de leur mental à un point tel que la beauté de la nature n'existe pas réellement pour eux. Même quand ils disent : « Quelle belle fleur ! » il s'agit seulement d'un étiquetage mental automatique. Étant donné qu'ils ne connaissent pas le silence intérieur et ne sont pas présents, ils ne voient pas véritablement la fleur, n'en sentent pas l'essence, l'aspect sacré, de la même façon qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes, ne sentent pas leur propre essence ou leur propre aspect sacré...

Une autre façon d'accéder au non-manifesté, c'est de cesser de penser. Vous pouvez commencer très simplement en prenant une inspiration consciente ou en regardant une fleur dans un intense état de vigilance, de manière qu'aucun commentaire mental ne se produise en même temps. Il existe de nombreuses façons de créer une discontinuité dans l'incessant flot des pensées. La méditation en est une. La pensée appartient au monde du manifesté. L'activité mentale continue vous maintient prisonnier du monde de la forme et constitue un écran opaque vous empêchant de prendre conscience du non-manifesté, de l'essence divine intemporelle et sans forme qui est en vous et en toute chose et toute créature. Quand vous êtes intensément présent, vous n'avez plus besoin de vous préoccuper de cesser de penser, bien entendu, puisque le mental s'arrête automatiquement. C'est pour cette raison que j'ai affirmé que le présent constituait un aspect essentiel de chacune des autres portes d'accès au non-manifesté.

Le pouvoir du moment présent - Eckhart Tolle

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mercredi 23 août 2023

N'abandonnez pas


La plupart des gens qui commencent une pratique spirituelle finissent par abandonner.


 Pourquoi?  C'est sacrément dur.  C'est décourageant.  Bien sûr, vous pratiquez pleins d'espoirs au début, c'est fun, intéressant, nouveau, puis vous constatez qu'il faut beaucoup de persévérance pour sécuriser le moindre pied. 

Très vite, vous vous sentez comme une limace avec l'ambition folle d'escalader une montagne himalayenne.

 Malheureusement, il n'y a pas d'autre moyen.  Il faut vivre avec ses insuffisances pendant des années et essayer chaque jour de les surmonter.  Juste au moment où vous pensez que vous avez peut-être une chance, la maladie et le vieillissement apparaissent.  Ensuite, soit vous redoublez d'efforts, soit vous abandonnez.

 Je sais qu'aujourd'hui, certains coachs disent : « eh bien, si vous ne pouvez pas le faire, peut-être que vous n'êtes pas fait pour le faire.  Il existe de meilleures façons de passer votre temps. 

Ouais. Et puis tu ne le feras jamais.  Et lorsque vous reverrez ces "coachs" plus tard, vous constaterez qu'ils n'ont pas fait grand-chose non plus avec leur vie rétrécie. 

Il est peut-être « irréaliste » d'essayer d'être « quelque chose que vous n'êtes pas ».  Mais avec tout ce que vous apprenez à faire en chemin, vous agrandissez, vous vous déployez. 

Finalement, le quelque chose que vous êtes dépassera de loin le "quelque chose que vous n'êtes pas".  Même si ça fait bondir les "non duels".

Continuer à essayer de croître compense l'attitude typique selon laquelle le vieillissement est un glissement vers le déclin et la diminution des options. Certaines diminuent, en effet. Mais les nouvelles, plus intérieures, les compensent et les dépassent largement. 

N'abandonnez pas.  Si vous voulez quelque chose de simple auquel vous accrocher, c'est juste ça.

N'abandonnez pas.

Fabrice Jordan (Traduit et Adapté d'un post de Deng Ming Dao)

mardi 22 août 2023

S'occuper de son corps à temps

 On ne s'accorde pas beaucoup de temps pour sentir le corps.

À un moment donné, plutôt que de réfléchir sur votre vie affective, sur la spiritualité ou sur quoi que ce soit, vous vous accordez un espace dans la journée, où vous êtes présent sensoriellement : éventuellement vous explorez un mouvement du doigt, du poignet, du souffle... Vous êtes présent.

Votre questionnement se fait tactilement, comme un musicien qui, lui, a un questionnement auditif. Ainsi, peu à peu, les zones endormies redeviennent conscientes. Il faut rester doux, être patient.

Le but de la vie c'est de commencer par observer les obstacles. On n'a pas le regard vers un but, mais vers le ressenti de l'obstacle pour sentir les zones du corps qui bloquent et empêchent de le réaliser. On devient disponible aux automatismes et réactions psychologiques, l'insatisfaction, le rejet, l'amertume, l'échec, le doute, l'agitation. Par la sensibilité, on décode la façon dont ces éléments se surimposent constamment à notre ressenti.

La réaction de notre psychisme à travers les réactions du corps est le cœur du travail. Ce qui arrive est nécessaire, que ce soit la tristesse ou la joie, que ce soit l'extase ou la difficulté, et à un moment donné, il y a cette écoute, qui va être de plus en plus là, où je deviens à l'écoute de ce qui se présente.

L'accent n'est pas mis sur ce qui se présente, sur ce que l'on écoute, mais sur le ressenti. Il est normal que la première fois que l'on fait l'expérience du corps vacant, d'une vibration très forte, il y ait une espèce de joie.

On ne va pas s'en vouloir parce que l'on est joyeux de sentir enfin la vibration, mais à un moment donné, il n'y a plus cet élément psychologique, on est dans l'écoute et ce qui est écouté passe au second plan. Le processus d'écoute du corps va de plus en plus refléter la Conscience. 

C'est l'enseignement traditionnel, qui d'abord se fait sur le corps.

Le corps, c'est le symbole de la vie. La relation au corps c'est celle que l'on a avec le monde. La façon dont on traite son corps, c'est la façon dont on traite le monde. L'inconfort du corps, c'est l'inconfort qu'on a avec le monde. Quand le corps va devenir Conscience, le monde va devenir Conscience.

Le monde est une projection du corps. On est en relation avec le monde exactement comme on est en relation avec le corps. C'est très important de rendre ce processus conscient.

~ Éric Baret

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lundi 21 août 2023

Hommage à Kenneth White


Gilles Farcet : Tu m’as écrit un jour, lorsque je t’ai envoyé ma traduction des Upanishads, que tu avais mis en exergue à un manuscrit autobiographique encore non publié la citation suivante :
« Cela est le Tout Ceci est le Tout De la Totalité émerge la Totalité. La Totalité étant issue de la Totalité la Totalité demeure. »
Kenneth White : J’avais utilisé une traduction légèrement différente, mais peu importe… La vie passe, et l’on perd beaucoup de choses. On oublie aussi, et certains éléments sont sans doute irrécupérables. Pourtant, tout demeure présent, quelque part, et l’on peut retrouver cette totalité en écrivant, l’écriture étant une manière de sismographier et de synthétiser.
(extrait d'une interview de Kenneth White par Gilles farcet)


Méditer n’est pas se momifier

c’est le mouvement vif
qui éveille l’esprit
ces vagues
qui se croisent et s’entrecroisent
se gonflent et se brisent
dans cette aube qui point
voilà
le parfait zazen
(Atlantica, p.35)



Je vis à l’estime

et j’écris
mais je n’oublie pas
que du hasard de la vie
du hasard
l’essentiel toujours surgit
(Le grand rivage, p.101)

Kenneth White

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dimanche 20 août 2023

Hommage à Kenneth White


La beauté est partout

même
sur le sol le plus dur
le plus rebelle
la beauté est partout
au détour d’une rue
dans les yeux
sur les lèvres
d’un inconnu
dans les lieux les plus vides
où l’espoir n’a pas de place
où seule la mort
invite le cœur
La beauté est là
elle émerge
incompréhensible
inexplicable
elle surgit unique et nue –
à nous d’apprendre
à l’accueillir
en nous

(Le grand rivage, p.41)

Je suis venu sous les arbres
Leur faire l’amour avec mes mains muettes
Car la beauté se laisse au moins caresser par les sens
J’ai suivi des doigts le noir sur le blanc
Comme un poème inachevé –
Sans cesse interrompu, sans cesse recommencé
(Atlantica, P.17)

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samedi 19 août 2023

Sortir de l'illusion

Se noyer dans l'illusion et tenter de respirer un instant



" Mais ce qui est proprement insensé, 

c’est que le mental considère comme 

le monde véritable celui de sa fabrication, 

qui n’a, je ne le redirai jamais trop, 

aucune existence d’aucune sorte, et 

c’est par rapport à ce monde totalement 

chimérique -tissé d'idées et de pensées-

qu’il se permet de juger le monde réel. » 😇

Arnaud Desjardins

illustration : Jérôme Bosch



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vendredi 18 août 2023

Débutant...

 


« J’aime les commencements, malgré ce qu’ils ont d’angoissant et l’incertitude qui les caractérise tous. Quand j’ai gagné une joie ou une récompense, quand je veux que quelque chose n’ait pas été, quand je veux refuser à un événement le droit d’habiter dans mon passé, je commence, à la seconde même. Quoi donc ? Je commence. J’ai commencé ainsi des milliers de vie. 

Rainer Maria Rilke, Journal de Schmargendorf, in Journaux de jeunesse, traduit par Philippe Jaccottet, Seuil, 1989

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jeudi 17 août 2023

L'esprit d'enfance

 Dans la pratique et le travail sur soi, il est important de retrouver l'esprit du débutant...

Voici des articles du magazine La Vie qui nous parlent de l'esprit d'enfance :




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mercredi 16 août 2023

Vigilance en action

 Pour entrer en contact véritable avec la vie !

"Soyez vif, éveillé, attentif, vigilant à chaque instant dans tout ce que vous faites." 

Swami Prajnanpad


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mardi 15 août 2023

Stratégie de survie


SCENARIOS INTERIEURS ET STRATÉGIE DE SURVIE (extrait du "carnet")

Nos « scénarios » plus ou moins récurrents nous renseignent à propos de notre stratégie de survie ou « points critiques » autour desquels s’est construit l’égo.  


Un élève me parle de sa résistance viscérale à l’autorité. Il supporte mal d’être contraint. Son chef lui demande d’arrêter une tâche pour aller en faire une autre, il n’obtempère pas et est en rage quand l’ordre lui est réitéré… Il me donne ensuite d’autres échantillons anodins témoignant de cette même crispation. Nous en venons à évoquer ses scénarios récurrents, à savoir ces pensées qui se présentent d’elles mêmes et racontent une histoire, ces moments où chacun s’imagine dans telle ou telle situation… Pour lui, ce qui revient souvent, c’est, soit un scénario dans lequel lui même est contraint, soit un autre scénario dans lequel il ne cède pas à la contrainte : une police totalitaire le convoque et lui demande de donner des informations, il refuse et ne cède pas aux pressions … 

L’un comme l’autre scénario l’informent d’un aspect de sa stratégie de survie, autrement dit de son nœud de souffrance : du point de vue de son histoire psychologique, il a certainement beaucoup souffert de se trouver sous le joug de la contrainte : une contrainte non comprise, ressentie à tort ou à raison sur le moment comme arbitraire, non juste et par conséquent refusée. 

Cette contrainte émanant d’une autorité (parent, éducateur) plus forte que lui, l’enfant cède, mais il cède avec un vécu intime de rage impuissante, de révolte et de colère. Cette émotion est éprouvée par lui comme de l’ordre de l’ingérable. Elle lui fait, comme on dit si bien «péter les plombs » ou « disjoncter ». L’intensité est trop forte pour ses circuits intérieurs. En apparence, bien sûr, l’enfant la digère et n’atterrit pas pour autant en psychiatrie. Et cependant, un nœud fondamental est ainsi créé, une crispation primate cristallise. Si bien que, « adulte », il n’est pas loin de péter les plombs si un ordre ressenti comme arbitraire lui est donné par une autorité ayant objectivement un certain pouvoir sur lui. A ce moment là, l’homme pourtant raisonnable et gentil qu’il est se trouve dépassé et devient brièvement comme fou, avec le risque de parfois passer à l’acte (insulter son chef, un voisin, un flic, se mettre en difficulté …) 

Cela, c’est l’émotion à l’œuvre, celle qui se déclenche quand une circonstance excitante comme disait Swami Prajnanpad apparaît. 

Les scénario, eux, procèdent d’une (vaine) tentative de rééquilibrage.


La stratégie de survie a toujours des comptes à régler. Elle cherche constamment à mettre « un point partout. » Je me suis senti contraint, je veux contraindre à mon tour- la  victime fait un excellent bourreau - ou  alors je me fantasme en héros inflexible : cette fois, je ne cède pas, rééquilibrant ainsi l’humiliation passée. C’est cette belle chanson chantée par Johnny Cash , « I won’t back down ». "Je ne plierai pas, je ne reculerai pas. Vous pouvez me mettre aux portes de l’enfer, je ne plierai pas…" 

L’inconscient cherche tout le temps à attirer des situations où il a l’impression qu’il lui serait possible d’égaliser le score. 

Tentative bien entendu vaine et désespérée du point de vue du réel puisque, outre le danger des passages à l’acte mêmes « petits »,  chaque « victoire » éventuellement obtenue suscite un nouveau déséquilibre : si à mon tour je contrains, je crée un vaincu qui va ensuite chercher à se rééquilibrer.  Voir le fameux et terrible épisode du wagon d’Hitler...Voulant laver l’humiliation de l’armistice de 1918, dans lequel l’Allemagne a été mise à genoux, Hitler exige que l’armistice de 1939 soit signé dans le wagon même où prit place le précédent une vingtaine d’années auparavant. 

Pour un pratiquant sérieux, il est important de prêter attention à ces scénarios qui ne sont pas si insignifiants qu’ils en ont l’air et de cesser de les alimenter car en les nourrissant, c’est l’ego et le mental à qui on donne à manger. En ne les alimentant plus, au contraire, j’affame l’ego et le mental, je fais peu à peu se tarir une source d’émotion, plus radicalement et efficacement que toute démarche thérapeutique (ce qui ne veut pas dire que cette dernière soit inutile).

Gilles Farcet

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lundi 14 août 2023

Vous dites...

 Mes chers amis, je partage avec vous une réponse de Ramana Maharshi à une question posée par un disciple. Ramana Maharshi partageait une voie très directe d'auto investigation qui est d'une grande simplicité et d'une efficacité redoutable si l'on veut bien aller au bout de cette investigation.

Avec ma profonde amitié pour vous tous. Philippe Fabri


"Question : On a parfois des flashs d’une conscience, dont le centre est extérieur au moi normal et qui semble tout intégrer. Sans entrer dans des considérations philosophiques, est-ce que Bhagavan ne voudrait pas me dire comment faire pour obtenir, retenir et étendre ses rares flashs ? Est-ce que les exercices spirituels, propres à développer de telles expériences, implique qu’il faille se retirer quelque part ?


Ramana Maharshi : Vous dites « extérieurs » : pour qui y a un intérieur et un extérieur ? Tout ceci n’existe aussi longtemps qu’il y a un sujet et un objet. Si vous cherchez bien, vous trouverez qu’il se résorbe dans le sujet seulement. Chercher qui est le sujet, et cette enquête va vous conduire à la pure conscience au-delà du sujet.

Vous dites le « moi normal » : le moi normal et l’esprit. L’esprit à des limitations. Mais la pure conscience est au-delà des limitations est atteinte par l’investigation dans le «Je ».

Vous dites « obtenir » : mais le Soi est toujours là. Vous n’avez qu’à enlever les voiles qui vous empêchent de le voir.

Vous dites « retenir » : mais une fois que vous avez réalisé le SOI, il devient votre expérience directe, immédiate. Vous ne pouvez plus le perdre.

Vous dites « étendre » : mais il n’y a pas d’extension du Soi, car il est comme il est, depuis toujours, sans contraction ni expansion.

Vous dites « se retirer » : mais demeurer dans le Soi est solitude, car il n’y a rien d’étrangers au Soi. Se retirer veut dire d’un endroit ou d’un état vers un autre. Mais ni l’un ni l’autre n’existe en dehors du Soi. Tout étant le Soi il n’est ni possible, ni concevable de s’en retirer.

Vous dites pratiques spirituelles : mais cela ne sert qu’à empêcher la perturbation de la paix naturelle. Vous êtes toujours dans votre état naturel, que vous fassiez des exercices spirituels ou non. Restez tel que vous êtes en réalité, sans question des doutes, c’est cela votre état naturel."

Extrait de "Sois ce que tu es" Ed. Jean Maisonneuve

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