jeudi 21 janvier 2021

Un fou rire ou un fou pleure...

 


Je me fiche que l’on me trouve bougon. Sourire ce n’est pas un acte banal. Je souris à ce qui me fait sourire. Celui qui me dit : « Vous faites toujours la gueule », je ne vais pas lui courir après dans la rue pour lui dire : « Attends, attends je ne suis pas bougon, je suis plus intéressant que ça. »
Vous aimez vous voir sur l’écran ?
Pas du tout… Je suis trop, trop déçu. Je ne regarde même plus mes films. D’abord, je me trouve très disgracieux physiquement. Je m’imagine beaucoup plus beau. Dans la glace, on se regarde de face et on fait une tête spéciale, toujours la même, qui nous plaît. A l’écran on se voit de tous les côtés. Mais surtout je vois un type qui ne sait pas jouer. Je me prends la tête à chaque fois. Je me croyais tellement plus impressionnant, tellement plus émouvant ! Mais où elle est l’émotion que j’avais mise ? C’est terrible ! Heureusement, souvent les autres vous renvoient une image élogieuse, alors vous retrouvez dans leur regard ce que vous pensiez être.
On pense souvent qu’on ne change jamais vraiment, vous êtes l’exemple contraire.
On peut toujours changer. On peut travailler sur soi beaucoup plus qu’on ne le croit. A ceux qui se plaignent de leur malheur et qui ne travaillent pas sur eux, j’ai envie de dire : « Tu as un gouvernement de toi-même très laxiste. Tu n’as pas de ministre de l’Intérieur. Elis quelqu’un d’autre, un autre toi-même. » On peut toujours travailler sur son bonheur et sa cohérence. Dire « c’est plus fort que moi » est une passivité coupable. On a toujours le choix, encore faut-il travailler sur soi et ne pas invoquer le destin ou la fatalité.
On peut invoquer le poids de l’enfance, de l’éducation…
D’accord. Mais je crois aussi que tout homme est responsable et ne peut pas invoquer toute sa vie une éducation douloureuse. C’est trop facile de se servir de la psychologie pour se dédouaner.
Vous pleurez dans la dernière image des “Sentiments”. Cela vous arrive dans la vie ?
Souvent. Un homme, ça pleure tout le temps si ça se laisse aller. C’est bon de pleurer. C’est comme rire. On retrouve d’ailleurs du rire dans les pleurs. Je viens de perdre un ami très proche et j’ai beaucoup pleuré. Je me regardais faire et je me disais : « C’est marrant, c’est comme si j’éclatais de rire. » Ça se rapproche beaucoup. [Il fait semblant de pleurer à gros sanglots]. En fait, si la bouche est comme ça, on rit et si elle est comme ça, on pleure, mais on sent bien que c’est la même chose. On peut avoir un fou rire ou un fou pleure.
Vous acceptez avec la même sérénité de vous sentir vieillir ?
J’y ai toujours vu des avantages. Comme je n’ai cessé de tenter de me perfectionner, vieillir m’a toujours paru riche de promesses. Mais ça commence à me plaire un peu moins… Accepter le délabrement, c’est quand même la grande aventure : accepter de devenir des pigeons dans le paysage. Agnès trouve que les vieux ressemblent à des pigeons, qu’ils se fondent dans le paysage. Vous voyez bien les vieux, on ne les distingue pas. On dit « un vieux ». J’imagine que quand j’aurai soixante-dix ans, je serai devenu un pigeon que personne ne remarquera. Je serai un peu vexé d’être devenu invisible, mais ce goût que j’ai pour le bonheur, je pense qu’il ne disparaîtra pas.
La mort ne vous fait pas peur ?
Non. Je m’en fous. On pense toujours la mort comme les enfants, on s’imagine se voyant ne plus y être. Mais quand on est mort, on ne le sait pas, on est seul à ne pas le savoir. Vous n’êtes pas témoin de votre mort. Ce qui est terrible, c’est avant. La maladie, la souffrance de bête de la maladie. Etre une petite bête traquée. C’est l’historien Henri Guillemin qui cite cette expression en parlant de Jeanne d’Arc. Il décrit l’arrestation de cette gamine de 17 ans. Elle a tenté de se suicider en sautant par la fenêtre, elle a été remise dans sa cellule, et il dit : « A ce moment-là, Jeanne, c’est une petite bête traquée. » Elle me fait pleurer cette phrase. Ça, ça me fait peur que la maladie fasse de moi une petite bête traquée. Mais à part ça, je n’ai peur de rien. Je vous le dis bien en face : de rien.
Jean-Pierre Bacri
(source : interview de Psychologies magazine, 2010)

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mercredi 20 janvier 2021

Petits miracles de l'hiver

 


Un paysage en noir et blanc : les champs, terre sombre avec ça et là des coulées de neige ; les sapins, de leur vert si foncé qu'ils semblent de noires silhouettes bordées de blanc sur le ciel gris : traits de fusain et hachures à l'encre. Comme un de ces dessins dans lequel le vide remplit davantage l'image que le plein, un vide dans lequel rien n'a disparu mais où tout se tient en-dessous, un peu caché, protégé des regards pour mieux se déployer plus tard. Ce vide n'est pas perte, mais au contraire un vide plein de promesses, un vide qui nous appelle à la patience et à l'espoir.

Un paysage épuré, réduit à l'essentiel : comme si la nature nous proposait l'espace lui-même comme sujet, nous rappelant que même nos lourdes maisons de pierre, nos toits de lauzes, ne sont pas grand-chose face à elle ; que nous sommes acceptés, certes, tant de générations se sont succédé ici, transformant la terre, traçant les limites et les sillons, construisant des abris, mais seulement aussi longtemps que nous lui laisserons la première place.

Corps détendus, cœurs paisibles

Les bruits aussi se sont effacés : les oiseaux sont partis vers le chaud, les arbres sans feuillage ne bruissent plus, même le petit ruisseau chantonne d'une voix toute frêle, comme s'il n'était plus qu'un souvenir de l'été... Dans la maison également le silence s'installe et les pièces en semblent moins encombrées ; au centre de ce calme, nous nous déplaçons plus doucement, comme si une grâce nouvelle nous emplissait.

Le bruit des pas diminue et pourtant nous avons l'impression de marcher sans effort particulier ; c'est un allègement, corps détendus et cœurs paisibles. Nous avançons dans nos journées avec une nouvelle aisance. L'espace du dehors s'invite au dedans : à l'aube et au crépuscule, la salle de méditation se déploie sans limites d'une respiration ample et profonde, la grande respiration de l'univers, que nous accompagnons sans même y penser. Nous sommes participants du monde, parties prenantes de cette nature qui nous entoure ; ici même, tout effort est aboli, nous sommes à notre juste place.


Sans heurts et sans bruits

Moi qui d'ordinaire remplis les murs de couleurs et de soleil, en ce creux de l'hiver, je me laisse flotter dans ce blanc, je me laisse porter par le silence. Nous n'avons pas besoin de parler, sans pourtant retenir nos paroles ; nous vivons en harmonie dans un espace familier et pourtant changé par l'hiver, par la brume, par cette grâce fragile et forte à la fois qui nous enveloppe et nous guide dans des journées pleines mais tranquilles.

« Soyez sans affaires », a dit un moine chinois, il y a longtemps : peut-être avait-il lui aussi contemplé cet espace sans trace où tout se fait sans heurts et sans bruits ; où aucune chose n'est plus séparée de nous, car nous ne sommes plus séparés du monde. Alors rentrer le bois, méditer, cuisiner ou marcher dans la forêt deviennent de petits miracles, tout en joie et en douceur.

Ces jours si larges, si spacieux

C'est vrai, cela ne durera pas : demain le monde nous bousculera, l'orage grondera, le poêle refusera de prendre et l'une de nous commencera à grommeler : c'est toujours moi qui... Le bruit, l'agitation, mais aussi les rires, l'odeur du plat qui cuit dans le four, les chants du matin empliront à nouveau le lieu. Ce sera différent, ce sera bien. Mais aujourd'hui, et tous ces jours passés si larges, si spacieux, nous auront apporté tous ces petits miracles que nous garderons dans nos cœurs aussi tranquilles que les grandes forêts, là-bas, dormant sous la neige.

Joshin Luce Bachoux

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mardi 19 janvier 2021

Souhaits !

 

"Puissé-je être assez réceptif pour me modifier et faire de réels progrès. Puissé-je être capable de développer la force et le courage de combattre les aspects illogiques de ma nature. Puisse ma volonté devenir plus forte pour intégrer les différents éléments d’une vie harmonieuse. Puisse mon caractère être celui de la sagesse, de la pureté et de la sainteté."

Swami Veetamohananda


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D'où vient la déception ?

Un chat ne sourit pas quand il est en télétravail !


"La déception est juste l'action de votre cerveau qui se réajuste à la réalité après avoir découvert que les choses ne sont pas comme vous le pensiez."

-Brad Warner

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dimanche 17 janvier 2021

Comment ouvrir les yeux au quotidien

 


1. Respirer, s'arrêter

Quand je photographie, je suis ici et maintenant, présente à ce qui m'est donné de voir et de goûter. Il est bon de prendre des temps de respiration, de se préserver des moments dans la journée où l'on s'arrête. Même dans un quotidien surchargé, c'est possible. Dans une file d'attente, par exemple, on peut soit attendre passivement, soit regarder ce qu'il y a autour de soi. Cette présence au présent était pour moi un combat quand mes enfants étaient petits : en leur donnant le bain, j'avais envie d'être avant ou après, partout sauf là, devant la baignoire ! Mais c'est un combat qui mérite d'être mené.

2. Changer de lunettes

Reprenons l'exemple de la file d'attente : ce temps mort qui agace, comment peut-on le vivre autrement ? À quoi peut-on s'ouvrir dans cette situation qui ne nous convient pas ? Comment opérer cette bascule vitale ? Choisir de voir le verre à moitié plein, plutôt qu'à moitié vide, est un véritable choix qui demande de la volonté. Je sais de quoi je parle puisque je suis une râleuse née !


3. Convertir son regard

Finalement, c'est une question de conversion du regard. Tout l'enjeu est de voir au-delà de ce que l'on voit. Une poubelle, par exemple, est un objet qui est a priori moche et repoussant. Mais l'on peut repérer les couleurs, les lignes et les ombres. Ou une tache sur le sol : elle peut avoir une forme de coquillage ou de visage. Cette capacité d'émerveillement permet de trouver l'extraordinaire dans l'ordinaire. Voir le beau dans le quotidien, c'est aussi ne pas perdre la foi dans les temps d'épreuve, de souffrance et de difficultés. C'est une grâce à demander que de croire qu'il existe du beau et du bon dans chaque homme et dans chaque situation, que Dieu est toujours là, à nos côtés.

4. Se décentrer

Il est difficile, voire impossible, de voir la beauté autour de soi si nous restons centrés sur nous-même. Selon moi, il n'y a pas de meilleure école pour se décentrer que la louange, cette attitude qui consiste à s'émerveiller des merveilles de Dieu et des autres.

Marine de Villepin

(source : La Vie)

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samedi 16 janvier 2021

« Faites confiance à zazen »

 


A son retour du Japon, en 1947, Karlfried Graf Dürckheim propose à l’homme occidental ce

qu’il appelle : « la Voie de l’action ». Il s’agit d’une introduction à la connaissance du Zen.

Graf Dürckheim ne voit pas le zen comme étant un phénomène historique culturel asiatique. Il

voit le zen comme étant la source d’expériences universellement humaines.

La sobriété de la pratique de zazen, l’attention portée au corps que l’homme EST (IchLeib), lui

semblent particulièrement bénéfiques pour l’homme occidental.

Son premier ouvrage, Le Japon et la culture du silence (1), édité en 1947, a connu un succès

d’autant plus étonnant que l’Allemagne, comme la plupart des Etats européens, sortait à peine et

avec peine de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans cet ouvrage, qui résume son

expérience japonaise, l’expression le silence intérieur évoque un état d’être délié de l’inquiétude

latente, de la peur souterraine qui avaient gouverné le vécu intérieur de millions d’être humain

tout au long de ce conflit.

 

Si je rappelle cette tragédie c’est parce qu’aujourd’hui, la pandémie étendue sur la terre entière

plonge une multitude de personnes dans la même détresse intérieure : l’angoisse et les états qui

l’accompagnent. Et que, aujourd’hui, le Kanji « zen » a pris place dans la plupart des

dictionnaires (ce qui était loin d’être le cas dans les années 1950).

L’exercice appelé zazen ne doit pas être entendu comme pouvant prendre place dans l’ensemble

des thérapies pragmatiques dont le but est de guérir LE moi qui souffre. Par contre, zazen est un

exercice qui a pour but de guérir DU moi, de l’identification au seul niveau d’être qu’est l’EGO,

laquelle est la cause de bien des souffrances, physiques et psychiques, dont l’angoisse. La visée

centrale du zen est la découverte empirique de notre vraie nature en tant qu’être humain, notre

nature essentielle, laquelle n’est pas l’ego. Notre vraie nature est le domaine du calme, du silence

intérieur, de la paix intérieure que les représentants des écoles de sagesse, tant en Orient qu’en

Extrême-Orient et en Occident envisagent comme étant le plus grand bien auquel l’homme

puisse accéder.

 


Mais comme Epictète au premier siècle de notre ère, les maîtres zen ajoutent que « afin d’atteindre ce 
plus grand bien, l’homme doit s’efforcer ».

Afin d’assumer, au mieux, ce qui aujourd’hui trouble l’âme, nous sommes donc invités à nous

efforcer ; par exemple à pratiquer l’ascèse qu’est zazen quotidiennement. C’est ce que Graf

Dürckheim nous propose. C’est ce que le maître zen Hirano Katsufumi Roshi, qui nous fait

l’honneur de venir au Centre depuis plusieurs années, nous propose : « Faites confiance à

zazen »

 

Une difficulté, de nos jours, est l’amalgame qui est fait entre zazen et méditation. Zazen est

différent de ce que nous entendons ordinairement par méditation.

Tout d’abord « Il y a 1000 et une façons de méditer mais il n’y a qu’une façon de faire zazen ! »

Lorsque vous avez la chance de voir un maître zen pratiquer, le questionnement mental —de

quelle façon faire zazen— laisse place à cette réponse qu’est le témoignage. Le maître de

l’exercice, à travers sa manière d’être là, assis, devient le modèle d’un chemin que chacun se doit

de tracer lui-même ; parce que zazen n’est pas un chemin à suivre mais un chemin à tracer

corporellement (Leiblich).

« Lorsque vous pratiquez zazen, le corps prend la forme du calme ».

 

Autre difficulté pour l’homme occidental qui s’identifie à l’idée ... Moi je crois, que je suis, ce

que je pense que je suis... est d’apprendre que « On ne pratique pas zazen avec le mental ! » et

que « zazen est un exercice corporel !»

Dans son Dictionnaire philosophique (2), André Comte-Sponville décrit l’exercice appelé zazen

comme étant « Jouer le corps (qu’on est) contre l’ego, la respiration contre le mental,

l’immobilité contre l’agitation, l’attention contre l’emportement ».

C’est un bon abrégé de ce qui vous est proposé au Centre Dürckheim depuis quarante ans.

Arriver à assumer plus calmement, plus sereinement, les événements qui se présentent n’est pas

une fuite du réel mais participe au processus de maturation qu’est notre vie en tant qu’être

humain.


Jacques Castermane

(1) Le Japon et la culture du silence —K.G. Dürckheim —Ed. Le courrier du livre

(2) Dictionnaire Philosophique —A. Comte-Sponville —Ed. Puf ; page 620

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vendredi 15 janvier 2021

Deux mains sont des présents !


Le secret essentiel de l'art, c'était la faculté de toucher du bout des doigts l'essence de la maladie, de mesurer son intensité et savoir le centre vital d'où elle rayonnait. [..] Pour rendre les minuscules antennes tactiles capables de sentir tous les nerfs de l'organisme et de répondre pour ainsi dire à leur appel, le praticien devait, en vérité, sortir de son propre corps et pénétrer dans celui du patient.

Joseph Kessel
Les mains du miracle
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En vol...


Même pour le simple envol d'un papillon tout le ciel est nécessaire.

Paul Claudel

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Une musique pour s'envoler



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jeudi 14 janvier 2021

Capter l'énergie...

 


- A la lettre E de votre dictionnaire, il y a le mot émerveillement, qu’il nous faut réapprendre à pratiquer. Qu’est-ce qui vous a émerveillé, vous, aujourd’hui?
Christophe André : "Rien de particulier aujourd’hui, parce que, dans l’émerveillement, il y a quand même le fait de se sentir bouleversé. Comme lorsque je découvre au hasard d’une lecture les pensées merveilleuses d’un poète ou d’un philosophe en me disant que c’est fou que le cerveau d’un être humain puisse produire des choses aussi lumineuses. Mais plusieurs faits m’ont réjoui. Le beau ciel de ma Bretagne, avec tout à coup de magnifiques nuages de toutes les couleurs, la marée qui monte… J’aimerais vous raconter une anecdote personnelle. J’avais un maître en matière d’émerveillement, c’était mon beau-père, la seule personne que j’appelais «le maître», car c’était un maître de bonheur. Il était très drôle, très inspirant pour moi, il avait une grande chemise en carton, que l’on a découverte à sa mort, sur laquelle il avait écrit: «Choses qui m’émerveillent.» Il découpait tous les articles de journaux, toutes les bonnes nouvelles scientifiques, médicales, les avancées de la société, les petits faits divers réjouissants, et je pense souvent à ces choses qui m’émerveillent les jours où je suis grognon, énervé, où j’ai tendance à ne voir que les égoïsmes, les rouspéteurs, les trucs qui vont de travers. Finalement, c’est une attitude à cultiver. Se rappeler tout ce qui va bien ici-bas, non pas pour oublier ce qui va mal, mais pour avoir la force de le regarder en face et l’énergie de le transformer. Il faut capter l’énergie des bonnes choses pour s’attaquer aux mauvaises. "



- A la lettre N de votre dictionnaire de sagesse, il y a Nietzsche, qui a écrit: «Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.» Pourtant, vous n’aimez pas cette phrase. Pourquoi?

Christophe André :
- Elle n’est pas généralisable à tous et, d’ailleurs, il ne parlait que pour lui et pas pour tous les humains. Je pense qu’on peut se sortir de cette crise par le haut à condition que le plus grand nombre d’entre nous fasse l’effort de réfléchir à ce qui n’est plus possible dans nos façons de vivre: les voyages incessants, les égoïsmes nationaux, cette obsession de sauver des vies au lieu de sauver des existences… Faire gagner quelques années de vie aux anciens en massacrant l’existence à venir des plus jeunes, on ne peut pas continuer comme ça sans réfléchir à ce qu’on fera lors de la prochaine pandémie. On doit se poser ces questions si l’on veut justement devenir plus forts.

Christophe André
Source : l'Illustré
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mercredi 13 janvier 2021

L'enfer, c'est les autres... oui mais en nous !

 


«Nous sommes enclins à accepter les choses telles qu'elles sont tant que cela va comme nous voulons ; mais dès que se présente quelque chose qui sort de notre système de valeurs, nous le rejetons. Nombreux sont ceux qui, connaissant la pratique de l'acceptation, se pavanent en disant : « Oui, j'accepte ce qui est, tel que c'est, ici et maintenant », alors même qu'ils n'ont rien accepté du tout. Tout ce qu'ils ont accepté, ce sont leurs illusions. Si l'acceptation leur fichait une grande claque en pleine figure, ils ne la reconnaîtraient même pas.
Lorsque nous acceptons ce qui est, nous devons l'accepter à tous les niveaux, depuis l'essence la plus subtile et sublime jusqu'aux niveaux les plus grossiers de notre ombre, y compris notre rage réprimée, nos frustrations, notre cruauté, notre déni, etc. Nous prétendons vouloir la réalité, Dieu, la liberté, mais nous ne voulons pas regarder en face les tendances inhumaines qui demeurent en nous : la vengeance, la violence, l'agressivité.
Et pourtant, il faut bien que nous les considérions.
Lorsque nous commençons à explorer notre ombre, c'est l'enfer. Mais ainsi que le disent tous les mythes, c'est le fait d'apprivoiser les démons qui permet aux héros de survivre au monde souterrain et de revenir au monde supérieur.
Apprivoiser les démons signifie voir, connaître et accepter ce qui est.
Tôt ou tard, chacun de nous devra cartographier son propre monde souterrain pour entreprendre le voyage chamanique du démembrement et de la résurrection.
Apprivoiser les démons, c'est être à l'aise avec le fait même qu'ils existent en nous.»
Lee Lozowick
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