samedi 2 avril 2016

Rumi et Bouddha


Quand nous ne sommes plus qu'Univers ! 




Paroles du Bouddha

 - L’univers et ses habitants sont aussi éphémères que nuages au ciel. 

 - Les êtres qui naissent et meurent sont comme un spectacle de danse ou une pièce de théâtre, leur durée de vie est aussi brève que l’éclair ou l’éclat fugitif d’une luciole. 

 - Tout passe à la vitesse des eaux ruisselantes d’une cascade.

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vendredi 1 avril 2016

Sourire d'avril




Hommage à Imre Kertész

L'écrivain hongrois Imre Kertesz est décédé le 31 mars 2016 à l'âge de 86 ans. 

  "Celui qui survit n'est pas le coupable, mais il représente l'erreur, le grain de sable, car toute la machinerie nazie, ce que Raul Hilberg nomme la « destruction des juifs d'Europe », est conçue pour fabriquer un phénomène de masse : la mort en masse. Le survivant, c'est la panne imprévisible du fonctionnement ! Quand on m'a retrouvé à moitié mort dans une flaque d'eau gelée sur le béton de Buchenwald, je ne peux toujours pas considérer comme rationnel le fait d'avoir été sauvé. Pourquoi moi ? Pourquoi pas un autre ? C'est cela, être sans destin. Si vous voulez vraiment apprendre quelque chose d'Auschwitz, interrogez donc les morts ! Eux seuls savent. Nous autres survivants, nous n'avons participé que d'une manière infime à l'extermination, même si nous en avons payé le prix fort moralement. Dans la dynamique de l'extermination, le bourreau et sa victime vont la main dans la main. Ils ont le même but, la mort." 
(interview : Le Point)

Je l'avais déjà entendu dire, et je pouvais désormais en témoigner : en vérité, les murs étroits des prisons ne peuvent pas tracer de limite aux ailes de notre imagination.
Le fait est que, même en captivité, notre imagination reste libre.
Etre sans destin

« Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l’oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l’odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rue, je m’arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d’un œil effrayé, je veux m’enfuir mais quelque chose me retient. Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulait sortir de son lit pour m’engloutir. Qu’il en soit ainsi ; je suis prêt. Dans un dernier grand résumé j’ai montré ma vie faillible, opiniâtre – je l’ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m’en aller et, comme dans l’eau noire et tempétueuse d’un torrent,

sombrer,
mon Dieu !
faites que je sombre
pour l’éternité,
Amen. »
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas

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jeudi 31 mars 2016

Nouvelle société avec Jean-Baptiste Libouban


C’est la base de l’action non-violente inspirée de la vie et de l’œuvre de Gandhi, dont Lanza del Vasto a été l’un des héritiers en France, et à sa suite, les communautés de l’Arche, auxquelles j’ai donné ma vie. Il est essentiel, si l’on veut construire un monde de paix, de faire tomber nos propres aridités, nos haines, d’arriver à comprendre l’autre et de l’aider à nous comprendre. La germination d’une nouvelle société passe par là. Je suis convaincu qu’elle pousse dans les failles du béton urbain. 

Comme chrétien, je suis tenté de dire que l’Esprit naît là, qu’il filtre à travers l’action des militants libertaires et autres dont je partage le refus du consentement à la servitude. La vie est plus forte que la mort et même si l’état de la planète est plus angoissant que jamais, nous pouvons inverser le cours des choses. 

Comme le dit Edgar Morin, « le pire n’est pas certain ». 
Et de citer ce beau proverbe turc : « Les nuits sont enceintes, mais nul ne sait le jour qui en naîtra. »




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mercredi 30 mars 2016

Aux bons soins des jaloux avec Alexandre Jollien


Une amie me disait : « Le jaloux voit mal. » D’où la nécessité d’une conversion du regard pour me contenter de mon sort. Autant dire qu’il y a du travail. Car, presque automatiquement, je suis porté à penser que l’herbe est fatalement plus verte dans le pré du voisin. Combien de situations me satisfont véritablement ? Quand suis-je vraiment rassasié, comblé ? La jalousie nous arrache à nous-même, elle nous fige sur le manque, sur nos lacunes, sur ce qui nous fait défaut. Ainsi, je jalouse tel individu pour son physique, son aisance ou même sa joie. Qu’il est difficile de contempler la réussite de l’autre sans éprouver un petit pincement au cœur ou carrément une envie féroce. Si le spectacle du malheur d’autrui peut susciter de grands élans de solidarité, s’il peut engendrer des héros, la vue du bonheur n’a pas toujours cet effet bénéfique. Elle ne grandit pas nécessairement, loin s’en faut. Quel remède apporter à un mal si répandu ?

Dans ma quête, un livre me prête main-forte. Dans Consolation de la philosophie, Boèce imagine dialoguer avec Dame Philosophie en personne. C’est qu’il a tout perdu, ou presque. Homme politique, le voilà destitué par Théodoric, lui qui n’a eu de cesse de pratiquer la justice, de viser le bien commun, attend dans sa résidence forcée sa condamnation à mort. Injustement puni, l’âme troublée, le supplicié reçoit alors la visite de Dame Philosophie.

De son attirail thérapeutique, je retiens un outil essentiel : personne n’est jamais mécontent de l’intégralité de son sort. Ainsi, je ne dirai plus : « J’en ai marre de tout. » En effet, il faut tomber bien bas pour en avoir marre de tout. Serait-ce que subsistent toujours quelques branches pour s’accrocher ? Une petite lueur d’espoir, la santé, un ami... pour nous remonter le moral. Et Dame Philosophie de dire précisément à Boèce que l’épreuve lui donnera l’occasion de découvrir qui sont réellement ses vrais amis. Effectivement, la fortune n’a pas tout pris à Boèce. Il lui reste ses fils, sa femme et d’authentiques amitiés. Certes, même cela sera bientôt repris, cependant, ici et maintenant, le prisonnier peut s’appuyer sur ces soutiens. Je découvre un corollaire à la cure prodiguée par Dame Philosophie : on ne jalouse jamais l’intégralité du sort d’autrui. Il se présente toujours un hic dans la vie de la personne que j’envie que j’aimerais éviter. Ce sportif d’élite s’est fait larguer malgré ses biceps et son compte en banque. Cet écrivain talentueux arrive au bout du rouleau, la maladie le ronge. Et ce ne sont pas forcément que des grands trucs qui peuvent gâter notre joie.

Chacun essuie les hauts et les bas d’une existence avec plus ou moins de ressources. Je trouve ainsi une invitation à bien regarder l’herbe du voisin, à soigneusement contempler celui que je jalouse. Et, ô merveille, la jalousie du début peut donner lieu à une véritable pratique de la compassion. En somme, Dame Philosophie invite tout simplement son malade à connaître les règles du jeu. La vie n’est simple pour personne. Tôt ou tard, même la plus clémente des fortunes devient capricieuse et change. Et notre thérapeute va jusqu’à prétendre que les plus privilégiés sont en fin de compte les plus fragiles. Sans aller jusqu’à plaindre le jeune homme à qui tout sourit, je puis ouvrir les yeux pour ne pas juger trop vite du bonheur des autres et de mon malheur.
Cependant un mystère demeure : souvent, les êtres les plus accablés par le sort goûtent les plus grandes joies. Et pourquoi n’en serai-je pas jaloux ?


Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse. Son dernier livre, le Philosophe nu, est paru au Seuil.


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mardi 29 mars 2016

En marche... avec Antonio Machado

«Voyageur il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant»
Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?
Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?
Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Antonio Machado

lundi 28 mars 2016

dimanche 27 mars 2016

Un dimanche... pour les autres

Devenir pain
Certains ne voient pas quelle nourriture ils pourraient
donner; ils ne réalisent pas qu'ils peuvent devenir pain pour des autres. Ils ne croient pas que leur parole, leur sourire, leur être, leur prière peuvent nourrir les autres et leur redonner confiance. Jésus nous appelle à donner notre vie pour ceux que nous aimons. C'est en mangeant le pain changé en Son Corps que nous devenons pain pour les autres.
Jean Vanier, Communauté lieu du pardon et de la fête




samedi 26 mars 2016

Esprit de silence...

Sachant que l’heure était venue pour lui 
 de passer de ce monde à son Père, 
Jésus, ayant aimé les siens 
 qui étaient dans le monde, 
les aima jusqu’au bout. 

 Évangile selon saint Jean, chapitre 13, verset 1




Quand Jésus eut pris le vinaigre, 
il dit : “Tout est accompli.” 
 Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. 

 Évangile selon saint Jean, chapitre 19, verset 30


vendredi 25 mars 2016

Amour... pour le Vendredi Saint

L'amour ne se nourrit que d'amour
L'amour ne se nourrit que d'amour. 
On n'apprend à aimer qu'en aimant. 
Dès que le cancer de l'égoïsme s'installe, 
très vite il se propage à travers les activités quotidiennes; 
quand l'amour commence à grandir, 
cet amour qui est sacrifice, don et communion, 
pénètre la langue, 
les gestes et la chair.

Jean Vanier


jeudi 24 mars 2016

La peur qui entre dans un coeur d'adulte...Christian Bobin



Toutes les peurs viennent de l'enfance, pour la châtier, pour l'empêcher d'aller son cours. Tous les enfants connaissent la peur d'une connaissance intime, personnelle - mais pendant longtemps elle ne les atteint pas dans leur enfance. Ils la contournent, ils la frôlent et même ils jouent avec. 

Tu as peur des insectes et des uniformes, des mauvaises notes et des chiens, tu as peur des revenants. La peur est comme une avancée du monde adulte dans ton enfance. Elle a sa place, elle a ses heures, elle a ses lieux. Mais elle ne t'arrête pas. Tu tombes, tu as peur de tomber ce qui fait que tu tombes, et puis tu te relèves, tu tombes et la seconde d’après tu éclates de rire. 

La joie est encore plus forte. Le goût de vivre pour vivre [...] La peur n'est plus comme hier dans le monde, dans les dorures d'une légende ou dans les recoins d'une rue. Elle est maintenant dans l'esprit des adultes. dans le sang de leur sang, dans le cœur de leur cœur. 

Elle les mène de part en part, elle est enfin venue à bout de l'enfance infatigable. Elle fait les mariages tristes - par peur de la solitude. Elle fait les travaux de force - par peur de la pauvreté. Elle fait les vies absentes - par peur de la mort. Quand elle descend sur l'enfance, la peur s'évapore aussitôt. Quand elle descend sur les adultes, elle reste, elle s'entasse. On dirait de la neige, une neige qui ne tomberait pas sur le monde mais sur l'esprit.

 La peur qui entre dans un cœur d'adulte rejoint la peur qui y était déjà. Elle s'effondre en elle-même, elle s'ajoute à elle-même comme de la neige grise. Alors tu ne bouges plus. Alors tu t'interdis de bouger sous la neige sale, tu ne sors plus de chez toi, de ton mariage, de ton travail, de tes soucis. En resserrant ta vie tu cherches à diminuer le champ de la peur, à ralentir l'avalanche grise. 

 - Christian Bobin 
 (source : Ma quête du soi et du non Moi...)





mercredi 23 mars 2016

Encore une fois... instant de recueillement

Toute la plaine…

Toute la plaine est posée là
comme une laine sur la mort.

Puis lente elle s’effacerait
ne laisserait ici que l’algue du geste

et la mémoire vibrerait encore un moment
dans la blancheur un très petit moment

l’ultime instant cardiaque.


Lucien NOULLEZ, Buisson, le visiteur (Indications, Bruxelles)
Lucien Noullez (né en 1957). Cet enseignant est poète avec une ferveur presque religieuse. La poésie est à ses yeux « un lieu spirituel ».