mardi 13 mars 2018

Redécouvrons avec altruisme Matthieu Ricard...

Matthieu Ricard, Docteur en génétique, moine bouddhiste, auteur, photographe et interprète en français du Dalaï-Lama est un homme très occupé mais toujours disponible. Rencontre avec un personnage hors du commun, à l’occasion de son passage à Singapour.

Vous êtes le fils du philosophe Jean-François Revel et de l’artiste peintre Yahne Le Toumelin.
Quelles valeurs vous ont transmis vos parents?
Matthieu Ricard : Mon père, sans doute la rigueur intellectuelle. C’était un penseur très indépendant. Il n’a jamais voulu s’associer par exemple à un parti politique, de peur de perdre son franc-parler. Il était connu de ce point de vue là. Ma mère, c’était toutes les qualités que l’on espère d’une mère. Sa chaleur et toute sa sensibilité d’artiste aussi. Mais c’est surtout ses qualités de grande bonté, de compassion, qui continuent à m’inspirer. Après, j’ai fait mon chemin…

Vous partez en Inde en 1967, rencontrer les grands maîtres spirituels tibétains. Quel a été l’élément déclencheur ?
Je m’y suis intéressé en partie grâce à ma mère et à son frère Jacky Le Toumelin, grand navigateur. J’ai beaucoup lu quand j’étais adolescent sur la spiritualité, mais sans aucune pratique. J’ai été élevé dans la laïcité, je n’ai pas pratiqué de religion jusqu’à l’âge de vingt ans. Et puis, j’ai vu des documentaires réalisés pour la télévision française par Arnaud Desjardins.  Quatre films d’une heure sur tous les grands maitres tibétains qui avaient fui l’invasion chinoise au Tibet, réfugiés sur les versants indiens de l’Himalaya. Je me suis dit : Voilà ! Il y a vingt Saint François d’Assise, vingt Socrate, vivants aujourd’hui, j’y vais ! J’ai profité à l’Université d’avoir six mois de vacances pour voyager en Inde et rencontrer ces maitres. A mon retour, je me suis aperçu de l’impact que ça avait eu sur moi, l’inspiration très forte que ces maitres m’avaient donné. J’y suis retourné sept fois.

Après avoir complété votre thèse en génétique cellulaire, vous décidez de vous établir dans l’Himalaya où vous devenez moine bouddhiste. Vous avez la chance immense d’y vivre auprès de grands maîtres tibétains, dont Kanguiour Rinpotché, Dilgo Kyentsé Rinpotché et le XIV° Dalaï-Lama.
Un maître tibétain, c’est quelqu’un qui n’a rien à perdre, ni rien à gagner, mais tout à partager et à donner en termes d’expérience, de conseils spirituels, pour guider un disciple sur le chemin, pour le faire passer de l’ignorance à la sagesse, de la confusion mentale à la lucidité. Un maître vous enseigne à ne plus être le jouet de vos émotions destructrices comme la haine, l’avidité, la jalousie, à être libre intérieurement. C’est un programme d’une vie entière avec quelqu’un qui a l’expérience, qui a parcouru ce chemin. Pour moi, c’est une sorte d’atout et de présence irremplaçables. Même si mes maitres ne sont plus en vie, mis à part le Dalaï-Lama, ils continuent d’inspirer chaque journée de mon existence.

Vous êtes l’interprète français du Dalaï-lama depuis 1989. Quelle est votre relation avec sa Sainteté le Dalaï-Lama ?
Ma relation, c’est beaucoup dire. Je le sers en tant qu’interprète, je lui prête ma voix en français. Je participe aussi à des rencontres avec des scientifiques dans le cadre de l’Institut "Mind and Life", qui vise à rapprocher des contemplatifs, principalement des bouddhistes, mais aussi des chrétiens et autres, avec des scientifiques pour voir comment gérer par exemple la question de l’éthique de l’environnement. Nous avons ainsi organisé une édition sur la neuro-plasticité. Dans quelques jours, je participerai à une rencontre sur l’éducation. Comment rassembler la science et les voies contemplatives pour essayer de contribuer à quelque chose de bénéfique pour la société ?
Je rencontre généralement le Dalaï-Lama deux fois par an. C’est toujours un bain de jouvence spirituel, parce que c’est quelqu’un qui est absolument transparent. C’est à dire qu’il est exactement le même dans le privé ou dans le public, devant la personne qui nettoie l’étage de l’hôtel où il loge ou devant un Chef d’état. Il n’y pas de double langage, il n’y a pas de façade. C’est une personne qui a un cœur immense et qui le montre.

La question n’est pas de savoir si la vie a un sens, mais comment puis-je donner un sens à ma propre vie
Dalaï-Lama

Vous vous êtes prêté à de nombreuses expériences neuroscientifiques, dans le cadre de recherches pratiquées sur des centaines d'adeptes avancés de la méditation. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Tout a commencé lors d’une rencontre organisée par l’Institut Mind and Life en 2000, qui était consacrée aux émotions destructrices. A cette occasion, le Dalaï-Lama a dit: « c’est très bien tout ça, mais en quoi pouvons nous vraiment contribuer à la société ? » L’idée, c’était de proposer un programme de recherches, avec des scientifiques de très haut niveau et des méditants qui ont fait entre 20.000 et 50.000 heures de méditation. L’objectif était de voir si au bout de ces 50.000 heures, il y avait des changements importants dans la structure de leurs cerveaux, de manière fonctionnelle. Ancien scientifique, intéressé par ces questions, je me suis porté volontaire. On s’est aperçu qu’il y a des changements importants dans le cerveau, structurels et fonctionnels. C’était passionnant !
L’idée était d’étudier ensuite les éventuels changements si vous méditez 20 minutes par jour, pendant 3 mois. On s’est aperçu qu’on pouvait réduire le stress, renforcer le système immunitaire et augmenter l’attention. Et aussi, ce qui m’intéresse plus particulièrement, on pouvait magnifier l’altruisme et le comportement pro-social des gens.
Maintenant ces travaux se sont considérablement diversifiés et amplifiés, il y a eu de nombreuses publications. Une étude pilote avec des méditants à long terme a déjà montré que sur le plan structurel et métabolique, leurs cerveaux sont aux alentours de 20 ans plus jeunes par rapport à un échantillon lambda. Cela donne de l’espoir…

Matthieu Ricard Livre HimalayaVous photographiez depuis cinquante ans les maîtres spirituels, les monastères, les paysages du Tibet, du Bhoutan, du Nord de l’Inde et du Népal. Comment est née votre passion de photographe ?
La passion pour la photographie, je l’ai depuis que je suis tout jeune. Et puis, j’ai rencontré de grands photographes, dont Henri Cartier-Bresson qui ne s’intéressait pas du tout aux quelques photos que je lui ai montrées à l’époque... Je ne sais ni bien écrire comme mon père, ni bien peindre comme ma mère. La photographie, c’est un moyen d’expression qui me plait beaucoup. Cartier-Bresson disait: « on est pris par une photographie, on ne la prend pas ». Il y a des paysages ou des visages qui vous sautent aux yeux. La technique finalement ça vient avec l’expérience, des rencontres avec d’autres photographes. Au départ, j’étais photographe amateur, puis j’ai publié un livre et je suis devenu soit disant un professionnel… je suis pourtant toujours la même personne.

La vie spirituelle de Matthieu et son appareil photo ne font qu’un, de là surgissent ces images fugitives et éternelles
 Henri Cartier-Bresson

Vous consacrez l’intégralité de vos droits d’auteur à plus de deux cents projets humanitaires en Asie, dans la santé, l’éducation, par le biais de l'association que vous avez créée en 2000 Karuna-Shechen. Quelle est son histoire?
L’aventure a commencé avec un bienfaiteur qui m’avait demandé si on pouvait faire quelque chose à l’intérieur du Tibet. On a essayé. On a fait une école et une clinique. Cela a bien marché. Alors, on en a fait plus. Je venais de publier en 1997 mon premier livre « Le moine et le philosophe ». J’ai décidé de rajouter tous les bénéfices du livre à ce que nous donnait ce bienfaiteur. Avant même de fonder Karuna, nous avions déjà initié plus de trente projets au Tibet. L’an dernier, nous avons aidé 300.000 personnes sur le plan de la santé, de l’éducation et des services sociaux, dans le nord de l’Inde dans deux provinces très déshéritées, exploitées par les multi-nationales pour leurs minerais. Au Népal, qui a souffert de grands tremblements de terre en 2015, nous avons pu aider deux cent vingt mille personnes, dans six cents villages. Au Tibet oriental, c’est plus compliqué, mais on y arrive.
Voilà, c’est une grande joie de pouvoir faire ces projets. L’une des raisons aussi de ma venue à Singapour c’est de trouver de l’aide parmi les philanthropes, afin de pouvoir mener à bien ces projets. Cela représente presque 3 millions d’euros par an. Au moment du tremblement de terre au Népal, je peux vous dire en toute fausse modestie que nous avons apporté davantage d’aide globalement que le gouvernement français ! Cette petite ONG a finalement réussi à prendre un peu de poids, pour ce qui est de se mettre au service des autres.
Altruisme and Change SMU Matthieu Ricard

Vous venez de participer à une conférence organisée avec Chade-Meng Tan à la Singapore Management University «Alltruism and Change ». Comment cultiver l’altruisme et la bienveillance dans nos sociétés individualistes ?
Tout d’abord, il me semble que l’on sous-estime la banalité du bien. On est toujours à l’écoute des nouvelles tragiques qui se passent dans le monde. Mais on sait que la violence n’a cessé de décliner au cours des siècles, quoiqu’on en dise. La banalité du bien, c’est le fait que, la plupart du temps, la majorité des 7 milliards d’habitants se comportent de manière décente les uns envers les autres. Si l’on songe aux défis de notre temps, l’égoïsme n’est pas une solution. Cela ne va pas donner une société harmonieuse. Cela ne va pas résoudre le réchauffement climatique. Cela ne va pas réduire les inégalités qui vont croissantes dans tous les pays de l’OCDE.
Par contre, la considération d’autrui, une économie plus solidaire, une meilleure qualité de vie, l’accès à l’éducation, l’accès à la santé, oui. Et surtout la considération d’autrui pour les générations à venir qui vont souffrir de notre manière d’agir irréfléchie aujourd’hui. Et ils vont nous maudire : « vous saviez et pourtant vous n’avez rien fait ! »
Mais si vous prenez les meilleurs spécialistes au monde de l’environnement, les mettez autour d’une table de discussion avec des hommes politiques, des décideurs, des institutions, avec des financiers qui mènent un peu la danse, alors… S’il y a un concept pragmatique, et non pas utopique, qui permet de parler de la même chose, c’est bien la considération d’autrui ! L’intérêt personnel à court terme ne résoudra pas la question.
Le grand défi du XXIème siècle, c’est la question de l’environnement, car des souffrances immenses peuvent s’en suivre. La planète, elle, survivra, qu’il y ait des êtres humains ou pas. La crise des réfugiés aujourd’hui n’est rien, par rapport à ce qui pourrait être engendré s’il y avait 250 millions de réfugiés climatiques... Ce sont des choses difficiles à envisager. Si la maison prend feu maintenant, tout le monde court. Si la maison risque de prendre feu dans 50 ans, tout le monde dit « on verra bien ». Malheureusement il est souvent trop tard pour agir face à ces difficultés, il y a des points de bascule, notamment pour l’environnement. L’altruisme est la seule et unique solution pragmatique, pour réconcilier ces échelles du temps.

C’est à chacun d’entre nous de décider s’il marchera dans la lumière de l’altruisme créatif, ou dans les ténèbres de l’égoïsme destructeur
Martin Luther King

Quels sont vos projets ?
A 72 ans, j’aimerais bien recouvrer un peu ma liberté... M’occuper de ma mère de 94 ans, retrouver mon ermitage, ne pas mourir dans un aéroport... Ce n’est pas vraiment égoïste, c’est sans doute légitime de vouloir retrouver les aspirations que j’avais quand je suis parti il y a 50 ans étudier auprès de grands maitres spirituels. Courir à droite, à gauche, même si c’est pour parler de choses utiles, un jour il faut mettre une limite.

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Source : Le Petit Journal

dimanche 11 mars 2018

Un exercice avec Philippe Mac Leod

Dans le silence de la prière, les incessantes distractions pourraient nous décourager définitivement, si cette prise de conscience ne se manifestait pas déjà comme une libération. Une fenêtre s'ouvre, un rayon inattendu vient frapper le désordre de notre chambre intérieure. Nous devrions rendre grâce pour cet éveil, qui nous assure que notre monde mental n'est pas entièrement clos et que l'appel à un autre air ne cesse de retentir.
La réaction immédiate est plutôt l'affliction, la honte, la déception devant notre indéfectible impuissance. Elle ne semble pourtant pas s'imposer comme un obstacle aux yeux du Seigneur, qui nous demande de veiller et vient nous secouer quand nous nous assoupissons. Les disciples, après la Résurrection, s'enferment dans la désillusion et refuseront d'accueillir la bonne nouvelle que leur apportent quelques femmes, puis des compagnons. Si le Christ leur reproche leur endurcissement, ce sont bien les mêmes, avec leurs faiblesses, leurs lourdeurs récurrentes, qu'il envoie comme témoins dans le monde entier.
L'Esprit saint, qui nous apprend à prier, qui prie à l'intérieur de notre prière, ne s'offusque pas de nos pensées vagabondes, du manège bariolé et bavard de nos rêveries sans consistance. Il ne s'en afflige pas non plus, comme nous le faisons, mais se rappelle à nous en attirant notre conscience un peu en dessous des remous de notre crâne, pour nous replacer dans la présence que nous avons quittée un moment, par négligence ou simple inattention. 

Et nous ressentons alors avec force que la vraie vie est là. Tout s'éclaire en un instant. Tout s'ouvre et respire plus largement. Nous retrouvons une sorte d'assise intérieure, le contact rétabli avec notre profondeur nous replace sur un axe. Nous sommes à nouveau orientés, la vie en nous se déploie et cesse de se mordre la queue en revenant constamment sur elle-même.
Comme dans la parabole du fils prodigue, nous croyons nous affranchir et vivre notre vie, voir du pays et suivre enfin nos désirs. L'attention à la présence, la stabilité dans une demeure, si vaste soit-elle, finit par nous peser. Nous laissons alors courir l'imagination, ses chatoiements, son mouvement irrésistible, sans bien nous rendre compte que le manque déjà se fait ressentir plus au fond de nous, que l'âme crie famine. Le coeur ne pouvant pas se nourrir de ces enveloppes vides, la faim nous éveille et nous fait souvenir de l'unique présence dont nous avons réellement besoin. 
L'essentiel n'est jamais ressenti comme essentiel, autrement dit comme notre nécessaire, avec cette urgence vitale qui le caractérise. Au contraire, même si nous lui reconnaissons ce caractère, dans notre existence il vient toujours en dernier, quand il nous reste un peu de temps. L'essentiel est finalement l'accessoire, le petit plus.
C'est bien ce que nous expérimentons dans le silence de la prière. Cette difficulté ne tient pas à la pratique en elle-même, mais plutôt à la marche de notre existence que le silence intérieur éclaire parfois cruellement. Nous pouvons maintenant nous livrer à cet exercice en fermant les yeux, en descendant doucement dans le silence qui est le souffle du Seigneur présent en chacun de nous, en y revenant tranquillement chaque fois que nous nous en éloignons, sans nous agacer de nous-mêmes, sans exiger plus de notre nature, mais en misant tout sur la grâce qui nous reprend. La vie chrétienne n'est jamais que ce perpétuel réajustement, cette patiente réorientation. Le silence de la prière, jour après jour, redressera l'élan premier.
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samedi 10 mars 2018

Donner par amour


Pendant le carême, Christophe André nous livre sa chronique sur la vie intérieure. Cette semaine, il nous explique comment pratiquer la charité, avec attention et fraternité.

Parmi les engagements du carême, le don est celui qui nous amène à pratiquer la charité, cet amour du prochain qui dépasse largement le simple cadre de l'aumône, comme le rappelait Jean-Jacques Rousseau : « Ne faites pas seulement l'aumône, faites la charité. » Pratiquer la charité, c'est donner avec amour, avec attention, en pleine conscience, à une personne précise - à la différence de la philanthropie, qui est amour du genre humain en général -, en fraternité : parce qu'elle est humaine et que nous sommes chrétiens. 
On peut ainsi donner de l'argent à une personne démunie, mais on peut aussi confier un peu de soi, en lui offrant du temps et de l'attention, et au minimum un regard et un sourire. Donner, cela concerne aussi nos proches, à qui nous pouvons accorder davantage de notre présence et de notre écoute ; ou nos collègues de travail, à qui nous pouvons décider d'apporter davantage d'aide et de soutien, surtout celles et ceux qui sont isolés ou en difficulté. 
On peut aussi associer le don aux autres engagements du carême. Si nous avons pris la résolution de mettre en œuvre certaines résolutions, ces dernières auront plus de sens si nous les relions à un esprit de charité. Une de mes amies me racontait ainsi avoir pris une année la résolution de ne plus boire de vin aux repas. Mais, alors qu'elle s'en confiait à son curé, celui-ci lui répondit malicieusement : « C'est très bien, mais alors, qu'avez-vous fait de l'argent ainsi économisé ? Avez-vous fait un don ? »
Enfin, nous prenons conscience que si nous pouvons donner, c'est que nous avons reçu auparavant. Que tout don est un « re-don ». Que tout don est en fait une transmission, une chaîne dont nous ne sommes que l'un des maillons. 
Dans ses dernières années, ma grand-mère était connue pour redonner tout ce qu'elle recevait. Lorsqu'on lui offrait un petit cadeau en venant la visiter, elle était ravie, ça lui faisait vraiment plaisir. Puis, un petit moment passait, quelques jours ou semaines : savoir que cet objet, ces chocolats lui avaient été offerts par telle ou telle personne continuait de la toucher. Comme le sillage d'un parfum de gentillesse et d'attention qu'elle appréciait. Puis, elle transmettait. Un jour, à un autre visiteur, elle disait : « Ça te plaît ? Prends-le, je te le donne ! »Et on voyait, lors d'une autre visite, que le cadeau n'était plus là. Ou bien on le retrouvait chez quelqu'un, qui nous expliquait que Mamie le lui avait donné. Tout le monde souriait de ce recyclage des cadeaux, inéluctable destin pour tout ce que nous lui offrions. 
Pourquoi faisait-elle cela ? Elle nous expliquait que, dans la maison de retraite où elle avait choisi elle-même d'aller vivre après la mort de mon grand-père, elle n'avait qu'une chambre, et ne voulait pas y accumuler trop de choses. Mais en réalité, je crois que ce qui lui plaisait dans les cadeaux, c'était l'intention d'amour, qu'elle prenait le temps de savourer. L'objet matériel n'avait pas grande importance. Mais il fallait qu'il soit habité par l'affection. Au bout d'un moment, elle sentait que cet objet ferait davantage plaisir en se remettant à circuler qu'en restant chez elle. Alors elle s'allégeait de l'objet, tout en gardant la trace de l'amour. 
Nous ne possédons rien devant l'éternité, ni nos biens, ni nos relations, ni même notre corps. Tout nous a été donné, prêté, et tout nous sera repris. L'important n'est pas de nous accrocher, mais de savourer, de remercier, de rendre grâce. Puis de redonner : de bon coeur. Par le don, se libérer, se réjouir et s'accomplir.
Un art du don ?
« La main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit » : un ami handicapé me rappelait ce proverbe pour souligner à quel point le don nécessite le désintéressement. Comme il entraîne une situation asymétrique entre la personne qui gratifie et celle qui reçoit, il appelle une parfaite clarté d'attitude : tout don est un don sans attente de retour. Sinon, ce n'est pas un don, mais un investissement : dans son image (pour être bien jugé), dans ses intérêts (pour qu'on nous redonne un jour), voire dans son salut (pour se faire bien voir de Dieu). Peu nous importe d'être remerciés. Et puis, pour ne pas attrister ou humilier la personne qui reçoit le don, ce dernier se doit d'être tout en légèreté : tout don qui n'est pas souriant ou joyeux perd une grande partie de sa valeur. Le poète Christian Bobin écrit : « Tout ce qu'on fait en soupirant est taché de néant. »
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vendredi 9 mars 2018

L'accueil de la mer...



Pour les personnes qui apprécient la poésie, Sabine a créé une page sur Facebook nommée Le miroir d'or afin de la mettre en valeur.

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jeudi 8 mars 2018

J'appelle féminin....


Ce qui nous manque le plus cruellement aujourd'hui c'est la qualité du féminin. Si nous n'y prenons garde, la religion va devenir une machine à raisonner droit. Ce langage partout crissant d'anathèmes! L'Eglise a raté sa chance de rester femme : fervente, accueillante, féconde. Elle a raté sa vocation d'Épouse du Christ. Le Cantique des Cantiques, tu l'as lu en prophète, Bernard de Clairvaux, moi je l'ai lu en amante!
En rejetant les femmes et l'amour, vous avez rejeté hors de vos institutions et de vous-mêmes la qualité du féminin. Et toute violence a sa source dans cette violence que vous avez fait subir à vous-mêmes.

J'appelle féminin cette qualité que la femme réveille au creux de l'homme, cette corde qui vibre à son approche. J'appelle féminin le pardon des offenses, le geste de rengainer l'épée lorsque l'adversaire est au sol, l'émotion qu'il y a à s'incliner. J'appelle féminin l'oreille tendue vers l'au-delà des mots, l'attention qui flotte à la rencontre du sens, le palpe et l'enrobe. J'appelle féminin l'instinct qui au-delà des opinions et des factions flaire le rêve commun.

Plus l'Église met en garde contre les femmes, plus elle se prive de l'énergie conciliante qu'elles répandent, plus elle s'éloigne de la source de vie. La guerre impitoyable dans laquelle elle s'engage pour des siècles peut-être est sans issue. La force de l'amour ne se peut briser. Elle subsistera sous la réprobation et le rejet comme elle subsiste sous le viol, la brutalité, la gauloiserie et les ricanements. Sous toutes les humiliations qu'on leur fait subir, les femmes continueront par la nature même de leur être d'appeler l'homme à l'amour.


De même qu'on peut détourner les yeux du soleil, se bander les yeux devant lui mais non pas l'éteindre, on peut frapper l'amour d'opprobre mais non réduire sa force. Seuls le rituel d'attente et d'approche, le merveilleux cérémonial dont les cultures se parent et s'honorent à juste titre sont anéantis. Le monde, la société en sont assombris et l'homme réduit à l'état de brute. N'est-ce pas assez de destruction? Mais l'amour reste intact sous les gravats. Sans sa révélation, rien ne m'eût fait lever la tête ni prendre conscience de cette royauté qui est la mienne.

J'ai eu tant de bonheur à être femme! Comment aurais-je douté du caractère divin de la métamorphose qui s'opérait en moi et autour de moi? L'amour transforma mon corps et mon âme. Tout devint d'une telle finesse, d'une telle qualité de résonance! N'étais-je pas, Dieu, ta harpe aux mains d'Abélard? J'appelle le féminin cette musique.

Christiane Singer
Ce passage est extrait du très très beau texte de Christiane Singer, écrivant avec les mots d'Héloïse en 1132, de sa passion d'Abélard.  
- Une Passion. Entre ciel et chair
- Espaces Libres Albin Michel

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Les conseils de Jean-François Noel pour apprendre à écouter

1. Respectez-vous

« Aime ton prochain comme toi-même » : pourquoi oublie-t-on souvent la deuxième partie de cette Parole (« comme toi-même ») ? L'écoute de soi passe par le respect de soi. Respect non comme une étreinte narcissique, mais comme une prise en compte de ce que je suis capable de vivre, de donner, d'inventer. Tous nos talents sont inspirés par Dieu qui, dans sa délicatesse et sa pudeur, nous incite à donner le meilleur de nous-mêmes. Le Christ m'a fait accomplir des choses que je n'aurais jamais imaginées : ouvrir un cabinet, écrire des livres.

2. Écoutez-vous

Un jour, quelqu'un m'a pris en grippe. Et comme la haine entraîne la haine, j'ai fini par flancher dans la spirale de la rumination, des scénarios où l'on imagine ce que l'on aurait dû dire ou rétorquer pour avoir raison, écraser l'autre. J'en souffrais énormément. M'extirpant d'un terrible cauchemar une nuit, je descendis dans l'église et dis à Dieu : « En fait, je ne suis pas un homme de haine. Je ne me reconnais pas. Je refuse de tomber là-dedans. » Tout est subitement retombé. Un énorme poids a disparu. Par la prise en compte de ce que nous sommes profondément, de nos fondamentaux, du « Je vaux mieux que ça », nous refusons de consentir au mal. Le non-consentement à l'acte que nous avons malgré tout posé est une manière, à la longue, de transformer notre faiblesse, de faire de notre écharde une traversée.

3. Ouvrez-vous à la présence

L'écoute en profondeur n'est pas la saisie automatique de faits, de dates, d'horaires, mais celle de la valeur d'une présence. Les mots, les tournures de phrases sont chargés de sens, et peuvent se révéler à nous dans le temps. Derrière une critique peut se nicher une souffrance, derrière une interrogation, un souhait. Soyez attentifs à la quête de l'autre, à ses messages, lorsqu'il s'adresse à vous. Dans mon écoute pastorale comme dans l'écoute thérapeutique, ce qui m'importe le plus, c'est que la personne se soit sentie pleinement accueillie. Une telle rencontre doit pouvoir porter la promesse de devenir soi.


source : La vie 
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mercredi 7 mars 2018

Que puis-je attendre de la pratique de la méditation ?


Pour répondre à cette question, il faut tout d'abord savoir ce qu'on entend par le terme : méditation.
Depuis quelques années, la proposition d'une méditation moderne voudrait donner de la méditation qualifiée comme étant ancestrale une image démodée.
Ma position, en tant que pratiquant d'un exercice qui a irrigué les terres de l'Orient et de l'Extrême-Orient pendant plus de vingt-siècles, peut se résumer à cette question : « Y aurait-il pour l'homme actuel, une respiration moderne qui serait plus avantageuse que la respiration ancestrale ? ».
Celles et ceux qui pratiquent la méditation de pleine attention comprendront cet amalgame entre les termes méditation et respiration.

La méditation ancestrale est appelée méditation sans objet. Elle est pratiquée sans autre aspiration que de préparer les conditions qui permettent et favorisent l'éveil de l'être humain à sa vraie nature.
Lorsqu'on demande à Hui-Neng, maître zen (Chan) au 7ème siècle de notre ère, pourquoi il pratique et enseigne la méditation, il répond : « Parce que là où est le calme est la sagesse ; là où est la sagesse est le calme. Ce ne sont pas deux choses différentes. »
La vraie nature de l'être humain est insaisissable par la pensée. En revanche, elle révèle sa présence chez celui, celle, qui fait l'expérience, et témoigne dans sa vie de tous les jours, du calme intérieur, du silence intérieur, de la paix intérieure, de la simple joie d'être. Le but de la méditation ancestrale est l'accomplissement du vrai soi-même et non pas ce qu'on envisage aujourd'hui comme étant un homme augmenté (Passage d'un ego XXL à un ego XXXL).

La méditation moderne est escortée d'une multitude de promesses ! Parmi celles-ci : « Méditer cinq minutes le matin et … rien que du bonheur toute la journée ! » ; « Méditez pour vaincre l'insomnie ! » ; « Méditez afin d'assumer le stress dans votre milieu de travail ! » ; « méditer et vous serez plus performant ! »
En lisant ce catalogue qui, faut-il le dire, fascine l'ego, remonte de ma mémoire ce que Dürckheim m'avait répondu lorsque je lui ai demandé « Pouvez-vous me donner une bonne raison pour pratiquer la méditation de pleine attention ? ». Avec un sourire entendu, il m'a dit « Oui, je peux vous proposer une bonne raison pour méditer chaque matin : parce que c'est l'heure ! ».

Je peux comprendre qu'une telle motivation peut conduire à l'idée que la méditation ancestrale est peut-être démodée. Cependant, quelques années plus tard, alors que j'avais fait - sans savoir ni pourquoi ni comment - l'expérience du grand calme intérieur, il me dit : « Sans doute vous souvenez-vous de votre question : "pouvez-vous me donner une bonne raison pour méditer ?"  L'expérience de ce grand calme est la réponse à votre question; une réponse qui vient de l'intérieur, de la profondeur de vous-même. Désormais vous savez pourquoi nous méditons. Pour une seule raison : "rentrer à la maison" ! ».

Lorsque vous rentrez à la maison, lorsque vous ne vivez plus dans l'ignorance de votre vraie nature (ignorance qui est la cause de la plupart de nos névroses) vous dormez bien, vous vivez en ayant infiniment de temps intérieurement et vous vous permettez de refuser ces injonctions stupides : « dépêche-toi, vite … plus vite ».
Et, comme j'en fais l'expérience bien souvent, lorsque vous re-tombez dans ces réactions mentales, affectives, physiques (stress, agitation intérieure, inquiétude latente, agressivité) vous êtes à même de vous relever.
Jacques Castermane
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mardi 6 mars 2018

À ciel ouvert par Claire Massart





17 février 2015

Claire Massart
L'aveu des nuits
Editions des Vanneaux

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dimanche 4 mars 2018

Toucher Dieu avec l’oraison

Pour préparer Pâques, 
le mensuel Prier vous ouvre chaque semaine à l’art de la prière. Expérience : l’oraison carmélitaine.




« Je sentais un besoin obscur de Dieu, comme un feu qui couve sous la cendre. L’oraison m’a permis d’y répondre. Elle m’a donné un moyen simple et sûr de cheminer au quotidien vers l’essentiel », témoigne Stéphane, 38 ans.

Toucher Dieu

Le terme oraison (de l’espagnol oración« prière ») évoque le mystère de toute prière véritable : le fait de toucher Dieu mystérieusement par la foi. Un contact s’établit alors, qui transforme le priant, un peu comme l’hémorroïsse qui fait sortir une force de Jésus pour avoir touché son manteau avec foi -(Matthieu 9, 20-22). Dans un sens plus restreint, l’oraison est une prière silencieuse prolongée qui favorise ce contact mystérieux et aide ainsi à vivre en présence de Dieu.

Être régulier

L’oraison consiste d’abord à offrir du temps à Dieu pour se rendre disponible à son action. Cela demande une ferme résolution. Car, pour être féconde, cette démarche doit être régulière et les tentations ne manquent pas pour en détourner. « C’est un grand effet de sa miséricorde que de donner à une âme la grâce et le courage de se décider à poursuivre avec une détermination énergique la conquête d’un si haut bienfait », écrivait sainte Thérèse d’Ávila.

Se fixer une durée

La façon d’entrer dans ce temps est essentielle. Il faut prendre conscience de l’état mental dans lequel on se trouve et se poser dans un lieu calme. Il faut également fixer une durée à l’avance, par exemple 10 ou 20 minutes, que l’on donnera au Seigneur, quoi qu’il arrive. C’est important pour ne pas s’en remettre à son ressenti et succomber aux tentations d’interrompre la prière. Un signe de croix ouvre ce temps comme un premier acte de foi. Il rappelle notre plongeon baptismal dans la Trinité.

Regarder le Verbe incarné

Il s’agit alors de se tourner vers Jésus, Dieu fait homme, visage de la divinité irreprésentable. Cela se fait par la foi qui nous assure qu’Il est là et qu’Il nous regarde avec infiniment d’amour. Aussi l’oraison est-elle différente de la « méditation » sans pensée. Thérèse d’Ávila elle-même témoigne que, à un moment de son itinéraire, elle s’est efforcée de faire le vide mental, mais que cela lui a fait perdre beaucoup de temps. Il s’agit au contraire d’orienter son attention vers l’humanité de Jésus contemplée à travers l’Évangile, un crucifix ou une icône. L’Esprit saint nous ravira peut-être dans une contemplation au-delà des formes, mais cela ne dépend pas de nous.

Nourrir la relation

Thérèse conseille de répéter une parole de l’Écriture ou de dire un Notre Père lentement… Tout est bon pour aimer Dieu. Elle suggère également d’avoir recours à une image qui nous parle de Dieu. On peut ensuite lui parler ou se tenir silencieux en Sa présence, comme le font des amoureux.

Parer aux difficultés

Quand les distractions nous envahissent, regardons à nouveau l’image de Jésus ou reprenons une lecture méditative. C’est la preuve que notre cœur était bien avec Dieu, puisque quand Il s’est aperçu des divagations de l’imagination, Il l’a remise dans le droit chemin. Thérèse dans ce cas ne se trouble pas : ce qui compte, c’est le temps qu’elle donne à Dieu en restant là et en essayant de l’aimer. Une minute avant la fin, elle conseille de remercier son Ami divin de sa patience, et de lui demander de demeurer avec nous.
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Source : La Vie

Le balayeur à la rose, Michel Simonet


Pour encore mieux connaître Michel Simonet, (voir article précédent)
un être enraciné dans la rue et qui s'épanouit sous un ciel ouvert...

samedi 3 mars 2018

“Toute prière, même malhabile, est émouvante“ par Christophe André

Pendant le carême, Christophe André nous livre sa chronique sur la vie intérieure. Cette semaine, il nous explique que prier représente sans doute un besoin profond chez tous les humains.





La prière consiste à tourner son esprit et son âme vers Dieu, mais elle n'est pas réservée aux croyants : le besoin de prier existe aussi chez les non-croyants. Lorsqu'on est bouleversé par l'inquiétude ou par la gratitude, lorsqu'on est confronté à l'indicible et l'illimité ; à chaque fois que nous nous trouvons face à des phénomènes qui nous dépassent, nous essayons de nous soulager de la charge de leur mystère par la prière, qu'elle soit adressée à un dieu que nous connaissons ; à un autre, plus incertain ; ou encore à des équivalents laïques : destinée, providence, principes régissant l'univers... 
Voici ce qu'écrivait magnifiquement sur ce thème Romain Rolland, dans son cycle Jean-Christophe : « Un soir, dans sa chambre, les larmes le prirent ; il se jeta désespérément à genoux devant son lit, il pria. Qui priait-il ? Qui pouvait-il prier ! Il ne croyait pas en Dieu, il croyait qu'il n'y avait point de Dieu. Mais il fallait prier, il fallait se prier. Il n'y a que les médiocres qui ne prient jamais. Ils ne savent pas la nécessité où sont les âmes fortes de faire retraite dans leur sanctuaire. Au sortir des humiliations de la journée, Christophe sentit, dans le silence bourdonnant de son coeur, la présence de son Être éternel. »
Le carême est toujours une occasion de remettre la prière au cœur de son existence.Pour certains, il va s'agir de se remettre à prier au quotidien. Pour d'autres, de prier davantage. Mais dans tous les cas, on peut aussi se proposer de prier différemment. J'ai hésité à écrire « prier mieux », mais non : toute prière, même malhabile, est émouvante, et de nature à être entendue. Ce dont nous parlons ici, c'est du souhait de prier de manière plus accomplie, dans la mesure de ce qui nous est possible. 
Dans la prière, il y a un double mouvement : celui de l'esprit, puis celui de l'âme.
Pour ne pas être qu'un rituel, que l'on accomplirait l'esprit absent, la prière suppose aussi d'avoir établi un lien sincère et attentif à soi-même. D'où son importance pour la vie intérieure des humains, depuis toujours. Dans la prière, il y a un double mouvement : celui de l'esprit (prise de conscience, réflexion, tension) ; puis celui de l'âme (abandon, lâcher-prise). 
La prière, même laïque, est un acte de foi, une confiance sans certitude. Nous offrons nos espérances, nos craintes, nos remerciements, sans avoir la preuve que nous sommes entendus, et encore moins qu'une réponse viendra. C'est enfantin et magnifique. D'où l'observation iconoclaste et subtile de Claude Nougaro dans sa chanson Plume d'ange : « La foi est plus belle que Dieu. »
Quels liens la prière a-t-elle avec la vie dite « intérieure » ? À première vue, elle est tournée non pas vers l'intérieur, mais vers le supérieur. Pourtant, toutes les traditions religieuses rappellent que Dieu réside dans le cœur même de l'être humain... Ainsi, les moments de prière sont des espaces où l'on expose sa vie intérieure à une lumière particulière : celle de Dieu, ou celle des grandes forces qui régissent ce monde. Ce sont des introspections tournées vers le Ciel ! Et donc baignées par les sentiments d'humilité et d'appartenance. De gratitude aussi : nous sommes dépositaires de qualités qui nous dépassent, que nous n'avons ni mérité ni demandé : la vie, la conscience, l'intelligence... Comment ne pas être bouleversé par cela ? Et comment ne pas avoir envie de prier pour remercier ?
Attention et méditation
Chacun sait que l'on prie mieux dans un corps stable, agenouillé ou assis. Mais il y a une autre stabilité importante, celle de notre attention : on ne peut pas prier avec l'esprit dispersé. D'où l'importance de poser son attention, en se focalisant sur son souffle, ou sur la répétition d'un mot ou d'une phrase brève : les Orientaux parlent alors de mantra, les chrétiens de prière monologique (du grec monos-logos « une seule parole »). C'est sans doute pour cela que la philosophe Simone Weil écrit : « L'attention absolument pure est prière. » La méditation dite de « pleine conscience », qui consiste entre autres à centrer son attention sur sa respiration et l'expérience de l'instant présent, ne s'oppose donc pas à la prière, mais en représente un intéressant temps préalable.
**** source : La Vie