vendredi 9 mars 2018

L'accueil de la mer...



Pour les personnes qui apprécient la poésie, Sabine a créé une page sur Facebook nommée Le miroir d'or afin de la mettre en valeur.

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jeudi 8 mars 2018

J'appelle féminin....


Ce qui nous manque le plus cruellement aujourd'hui c'est la qualité du féminin. Si nous n'y prenons garde, la religion va devenir une machine à raisonner droit. Ce langage partout crissant d'anathèmes! L'Eglise a raté sa chance de rester femme : fervente, accueillante, féconde. Elle a raté sa vocation d'Épouse du Christ. Le Cantique des Cantiques, tu l'as lu en prophète, Bernard de Clairvaux, moi je l'ai lu en amante!
En rejetant les femmes et l'amour, vous avez rejeté hors de vos institutions et de vous-mêmes la qualité du féminin. Et toute violence a sa source dans cette violence que vous avez fait subir à vous-mêmes.

J'appelle féminin cette qualité que la femme réveille au creux de l'homme, cette corde qui vibre à son approche. J'appelle féminin le pardon des offenses, le geste de rengainer l'épée lorsque l'adversaire est au sol, l'émotion qu'il y a à s'incliner. J'appelle féminin l'oreille tendue vers l'au-delà des mots, l'attention qui flotte à la rencontre du sens, le palpe et l'enrobe. J'appelle féminin l'instinct qui au-delà des opinions et des factions flaire le rêve commun.

Plus l'Église met en garde contre les femmes, plus elle se prive de l'énergie conciliante qu'elles répandent, plus elle s'éloigne de la source de vie. La guerre impitoyable dans laquelle elle s'engage pour des siècles peut-être est sans issue. La force de l'amour ne se peut briser. Elle subsistera sous la réprobation et le rejet comme elle subsiste sous le viol, la brutalité, la gauloiserie et les ricanements. Sous toutes les humiliations qu'on leur fait subir, les femmes continueront par la nature même de leur être d'appeler l'homme à l'amour.


De même qu'on peut détourner les yeux du soleil, se bander les yeux devant lui mais non pas l'éteindre, on peut frapper l'amour d'opprobre mais non réduire sa force. Seuls le rituel d'attente et d'approche, le merveilleux cérémonial dont les cultures se parent et s'honorent à juste titre sont anéantis. Le monde, la société en sont assombris et l'homme réduit à l'état de brute. N'est-ce pas assez de destruction? Mais l'amour reste intact sous les gravats. Sans sa révélation, rien ne m'eût fait lever la tête ni prendre conscience de cette royauté qui est la mienne.

J'ai eu tant de bonheur à être femme! Comment aurais-je douté du caractère divin de la métamorphose qui s'opérait en moi et autour de moi? L'amour transforma mon corps et mon âme. Tout devint d'une telle finesse, d'une telle qualité de résonance! N'étais-je pas, Dieu, ta harpe aux mains d'Abélard? J'appelle le féminin cette musique.

Christiane Singer
Ce passage est extrait du très très beau texte de Christiane Singer, écrivant avec les mots d'Héloïse en 1132, de sa passion d'Abélard.  
- Une Passion. Entre ciel et chair
- Espaces Libres Albin Michel

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Les conseils de Jean-François Noel pour apprendre à écouter

1. Respectez-vous

« Aime ton prochain comme toi-même » : pourquoi oublie-t-on souvent la deuxième partie de cette Parole (« comme toi-même ») ? L'écoute de soi passe par le respect de soi. Respect non comme une étreinte narcissique, mais comme une prise en compte de ce que je suis capable de vivre, de donner, d'inventer. Tous nos talents sont inspirés par Dieu qui, dans sa délicatesse et sa pudeur, nous incite à donner le meilleur de nous-mêmes. Le Christ m'a fait accomplir des choses que je n'aurais jamais imaginées : ouvrir un cabinet, écrire des livres.

2. Écoutez-vous

Un jour, quelqu'un m'a pris en grippe. Et comme la haine entraîne la haine, j'ai fini par flancher dans la spirale de la rumination, des scénarios où l'on imagine ce que l'on aurait dû dire ou rétorquer pour avoir raison, écraser l'autre. J'en souffrais énormément. M'extirpant d'un terrible cauchemar une nuit, je descendis dans l'église et dis à Dieu : « En fait, je ne suis pas un homme de haine. Je ne me reconnais pas. Je refuse de tomber là-dedans. » Tout est subitement retombé. Un énorme poids a disparu. Par la prise en compte de ce que nous sommes profondément, de nos fondamentaux, du « Je vaux mieux que ça », nous refusons de consentir au mal. Le non-consentement à l'acte que nous avons malgré tout posé est une manière, à la longue, de transformer notre faiblesse, de faire de notre écharde une traversée.

3. Ouvrez-vous à la présence

L'écoute en profondeur n'est pas la saisie automatique de faits, de dates, d'horaires, mais celle de la valeur d'une présence. Les mots, les tournures de phrases sont chargés de sens, et peuvent se révéler à nous dans le temps. Derrière une critique peut se nicher une souffrance, derrière une interrogation, un souhait. Soyez attentifs à la quête de l'autre, à ses messages, lorsqu'il s'adresse à vous. Dans mon écoute pastorale comme dans l'écoute thérapeutique, ce qui m'importe le plus, c'est que la personne se soit sentie pleinement accueillie. Une telle rencontre doit pouvoir porter la promesse de devenir soi.


source : La vie 
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mercredi 7 mars 2018

Que puis-je attendre de la pratique de la méditation ?


Pour répondre à cette question, il faut tout d'abord savoir ce qu'on entend par le terme : méditation.
Depuis quelques années, la proposition d'une méditation moderne voudrait donner de la méditation qualifiée comme étant ancestrale une image démodée.
Ma position, en tant que pratiquant d'un exercice qui a irrigué les terres de l'Orient et de l'Extrême-Orient pendant plus de vingt-siècles, peut se résumer à cette question : « Y aurait-il pour l'homme actuel, une respiration moderne qui serait plus avantageuse que la respiration ancestrale ? ».
Celles et ceux qui pratiquent la méditation de pleine attention comprendront cet amalgame entre les termes méditation et respiration.

La méditation ancestrale est appelée méditation sans objet. Elle est pratiquée sans autre aspiration que de préparer les conditions qui permettent et favorisent l'éveil de l'être humain à sa vraie nature.
Lorsqu'on demande à Hui-Neng, maître zen (Chan) au 7ème siècle de notre ère, pourquoi il pratique et enseigne la méditation, il répond : « Parce que là où est le calme est la sagesse ; là où est la sagesse est le calme. Ce ne sont pas deux choses différentes. »
La vraie nature de l'être humain est insaisissable par la pensée. En revanche, elle révèle sa présence chez celui, celle, qui fait l'expérience, et témoigne dans sa vie de tous les jours, du calme intérieur, du silence intérieur, de la paix intérieure, de la simple joie d'être. Le but de la méditation ancestrale est l'accomplissement du vrai soi-même et non pas ce qu'on envisage aujourd'hui comme étant un homme augmenté (Passage d'un ego XXL à un ego XXXL).

La méditation moderne est escortée d'une multitude de promesses ! Parmi celles-ci : « Méditer cinq minutes le matin et … rien que du bonheur toute la journée ! » ; « Méditez pour vaincre l'insomnie ! » ; « Méditez afin d'assumer le stress dans votre milieu de travail ! » ; « méditer et vous serez plus performant ! »
En lisant ce catalogue qui, faut-il le dire, fascine l'ego, remonte de ma mémoire ce que Dürckheim m'avait répondu lorsque je lui ai demandé « Pouvez-vous me donner une bonne raison pour pratiquer la méditation de pleine attention ? ». Avec un sourire entendu, il m'a dit « Oui, je peux vous proposer une bonne raison pour méditer chaque matin : parce que c'est l'heure ! ».

Je peux comprendre qu'une telle motivation peut conduire à l'idée que la méditation ancestrale est peut-être démodée. Cependant, quelques années plus tard, alors que j'avais fait - sans savoir ni pourquoi ni comment - l'expérience du grand calme intérieur, il me dit : « Sans doute vous souvenez-vous de votre question : "pouvez-vous me donner une bonne raison pour méditer ?"  L'expérience de ce grand calme est la réponse à votre question; une réponse qui vient de l'intérieur, de la profondeur de vous-même. Désormais vous savez pourquoi nous méditons. Pour une seule raison : "rentrer à la maison" ! ».

Lorsque vous rentrez à la maison, lorsque vous ne vivez plus dans l'ignorance de votre vraie nature (ignorance qui est la cause de la plupart de nos névroses) vous dormez bien, vous vivez en ayant infiniment de temps intérieurement et vous vous permettez de refuser ces injonctions stupides : « dépêche-toi, vite … plus vite ».
Et, comme j'en fais l'expérience bien souvent, lorsque vous re-tombez dans ces réactions mentales, affectives, physiques (stress, agitation intérieure, inquiétude latente, agressivité) vous êtes à même de vous relever.
Jacques Castermane
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mardi 6 mars 2018

À ciel ouvert par Claire Massart





17 février 2015

Claire Massart
L'aveu des nuits
Editions des Vanneaux

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dimanche 4 mars 2018

Toucher Dieu avec l’oraison

Pour préparer Pâques, 
le mensuel Prier vous ouvre chaque semaine à l’art de la prière. Expérience : l’oraison carmélitaine.




« Je sentais un besoin obscur de Dieu, comme un feu qui couve sous la cendre. L’oraison m’a permis d’y répondre. Elle m’a donné un moyen simple et sûr de cheminer au quotidien vers l’essentiel », témoigne Stéphane, 38 ans.

Toucher Dieu

Le terme oraison (de l’espagnol oración« prière ») évoque le mystère de toute prière véritable : le fait de toucher Dieu mystérieusement par la foi. Un contact s’établit alors, qui transforme le priant, un peu comme l’hémorroïsse qui fait sortir une force de Jésus pour avoir touché son manteau avec foi -(Matthieu 9, 20-22). Dans un sens plus restreint, l’oraison est une prière silencieuse prolongée qui favorise ce contact mystérieux et aide ainsi à vivre en présence de Dieu.

Être régulier

L’oraison consiste d’abord à offrir du temps à Dieu pour se rendre disponible à son action. Cela demande une ferme résolution. Car, pour être féconde, cette démarche doit être régulière et les tentations ne manquent pas pour en détourner. « C’est un grand effet de sa miséricorde que de donner à une âme la grâce et le courage de se décider à poursuivre avec une détermination énergique la conquête d’un si haut bienfait », écrivait sainte Thérèse d’Ávila.

Se fixer une durée

La façon d’entrer dans ce temps est essentielle. Il faut prendre conscience de l’état mental dans lequel on se trouve et se poser dans un lieu calme. Il faut également fixer une durée à l’avance, par exemple 10 ou 20 minutes, que l’on donnera au Seigneur, quoi qu’il arrive. C’est important pour ne pas s’en remettre à son ressenti et succomber aux tentations d’interrompre la prière. Un signe de croix ouvre ce temps comme un premier acte de foi. Il rappelle notre plongeon baptismal dans la Trinité.

Regarder le Verbe incarné

Il s’agit alors de se tourner vers Jésus, Dieu fait homme, visage de la divinité irreprésentable. Cela se fait par la foi qui nous assure qu’Il est là et qu’Il nous regarde avec infiniment d’amour. Aussi l’oraison est-elle différente de la « méditation » sans pensée. Thérèse d’Ávila elle-même témoigne que, à un moment de son itinéraire, elle s’est efforcée de faire le vide mental, mais que cela lui a fait perdre beaucoup de temps. Il s’agit au contraire d’orienter son attention vers l’humanité de Jésus contemplée à travers l’Évangile, un crucifix ou une icône. L’Esprit saint nous ravira peut-être dans une contemplation au-delà des formes, mais cela ne dépend pas de nous.

Nourrir la relation

Thérèse conseille de répéter une parole de l’Écriture ou de dire un Notre Père lentement… Tout est bon pour aimer Dieu. Elle suggère également d’avoir recours à une image qui nous parle de Dieu. On peut ensuite lui parler ou se tenir silencieux en Sa présence, comme le font des amoureux.

Parer aux difficultés

Quand les distractions nous envahissent, regardons à nouveau l’image de Jésus ou reprenons une lecture méditative. C’est la preuve que notre cœur était bien avec Dieu, puisque quand Il s’est aperçu des divagations de l’imagination, Il l’a remise dans le droit chemin. Thérèse dans ce cas ne se trouble pas : ce qui compte, c’est le temps qu’elle donne à Dieu en restant là et en essayant de l’aimer. Une minute avant la fin, elle conseille de remercier son Ami divin de sa patience, et de lui demander de demeurer avec nous.
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Source : La Vie

Le balayeur à la rose, Michel Simonet


Pour encore mieux connaître Michel Simonet, (voir article précédent)
un être enraciné dans la rue et qui s'épanouit sous un ciel ouvert...

samedi 3 mars 2018

“Toute prière, même malhabile, est émouvante“ par Christophe André

Pendant le carême, Christophe André nous livre sa chronique sur la vie intérieure. Cette semaine, il nous explique que prier représente sans doute un besoin profond chez tous les humains.





La prière consiste à tourner son esprit et son âme vers Dieu, mais elle n'est pas réservée aux croyants : le besoin de prier existe aussi chez les non-croyants. Lorsqu'on est bouleversé par l'inquiétude ou par la gratitude, lorsqu'on est confronté à l'indicible et l'illimité ; à chaque fois que nous nous trouvons face à des phénomènes qui nous dépassent, nous essayons de nous soulager de la charge de leur mystère par la prière, qu'elle soit adressée à un dieu que nous connaissons ; à un autre, plus incertain ; ou encore à des équivalents laïques : destinée, providence, principes régissant l'univers... 
Voici ce qu'écrivait magnifiquement sur ce thème Romain Rolland, dans son cycle Jean-Christophe : « Un soir, dans sa chambre, les larmes le prirent ; il se jeta désespérément à genoux devant son lit, il pria. Qui priait-il ? Qui pouvait-il prier ! Il ne croyait pas en Dieu, il croyait qu'il n'y avait point de Dieu. Mais il fallait prier, il fallait se prier. Il n'y a que les médiocres qui ne prient jamais. Ils ne savent pas la nécessité où sont les âmes fortes de faire retraite dans leur sanctuaire. Au sortir des humiliations de la journée, Christophe sentit, dans le silence bourdonnant de son coeur, la présence de son Être éternel. »
Le carême est toujours une occasion de remettre la prière au cœur de son existence.Pour certains, il va s'agir de se remettre à prier au quotidien. Pour d'autres, de prier davantage. Mais dans tous les cas, on peut aussi se proposer de prier différemment. J'ai hésité à écrire « prier mieux », mais non : toute prière, même malhabile, est émouvante, et de nature à être entendue. Ce dont nous parlons ici, c'est du souhait de prier de manière plus accomplie, dans la mesure de ce qui nous est possible. 
Dans la prière, il y a un double mouvement : celui de l'esprit, puis celui de l'âme.
Pour ne pas être qu'un rituel, que l'on accomplirait l'esprit absent, la prière suppose aussi d'avoir établi un lien sincère et attentif à soi-même. D'où son importance pour la vie intérieure des humains, depuis toujours. Dans la prière, il y a un double mouvement : celui de l'esprit (prise de conscience, réflexion, tension) ; puis celui de l'âme (abandon, lâcher-prise). 
La prière, même laïque, est un acte de foi, une confiance sans certitude. Nous offrons nos espérances, nos craintes, nos remerciements, sans avoir la preuve que nous sommes entendus, et encore moins qu'une réponse viendra. C'est enfantin et magnifique. D'où l'observation iconoclaste et subtile de Claude Nougaro dans sa chanson Plume d'ange : « La foi est plus belle que Dieu. »
Quels liens la prière a-t-elle avec la vie dite « intérieure » ? À première vue, elle est tournée non pas vers l'intérieur, mais vers le supérieur. Pourtant, toutes les traditions religieuses rappellent que Dieu réside dans le cœur même de l'être humain... Ainsi, les moments de prière sont des espaces où l'on expose sa vie intérieure à une lumière particulière : celle de Dieu, ou celle des grandes forces qui régissent ce monde. Ce sont des introspections tournées vers le Ciel ! Et donc baignées par les sentiments d'humilité et d'appartenance. De gratitude aussi : nous sommes dépositaires de qualités qui nous dépassent, que nous n'avons ni mérité ni demandé : la vie, la conscience, l'intelligence... Comment ne pas être bouleversé par cela ? Et comment ne pas avoir envie de prier pour remercier ?
Attention et méditation
Chacun sait que l'on prie mieux dans un corps stable, agenouillé ou assis. Mais il y a une autre stabilité importante, celle de notre attention : on ne peut pas prier avec l'esprit dispersé. D'où l'importance de poser son attention, en se focalisant sur son souffle, ou sur la répétition d'un mot ou d'une phrase brève : les Orientaux parlent alors de mantra, les chrétiens de prière monologique (du grec monos-logos « une seule parole »). C'est sans doute pour cela que la philosophe Simone Weil écrit : « L'attention absolument pure est prière. » La méditation dite de « pleine conscience », qui consiste entre autres à centrer son attention sur sa respiration et l'expérience de l'instant présent, ne s'oppose donc pas à la prière, mais en représente un intéressant temps préalable.
**** source : La Vie

vendredi 2 mars 2018

Michel Simonet : la poésie sur les pavés

Très tôt le matin, lorsqu'il récupère son chariot de nettoyage au dépôt de la place Georges-Python, à Fribourg, Michel Simonet l'orne d'une rose majestueuse. « Il ne faut pas aller chercher la poésie très loin, mais dans les petites choses que l'on vit, assure cet homme de 57 ans. Même si l'existence peut sembler morne et terne, on peut y trouver du sublime si on regarde bien. Ma fleur symbolise cela. » Balayeur depuis 32 ans dans cette ville suisse, Michel Simonet met chaque jour « de la poésie au cœur de la voirie ». Pour témoigner du bonheur à exercer cet humble métier, sans doute mieux valorisé dans son pays où l'on possède le « gène de la propreté », il a écrit un livre. Une rose et un balai vient d'être publié en France, après avoir remporté un joli succès chez nos voisins helvètes.
Par un après-midi de février nuageux, on s'attable avec le « balayeur à la rose » au Rendez-Vous Café, près de la cathédrale de Fribourg. D'humeur joviale, Michel Simonet se montre disert. La poésie n'est pas une abstraction, estime-t-il : « C'est le réel augmenté, avec un petit plus, de l'ordre de la pensée, qui amène à une autre réalité. » S'il a fait des études commerciales, ce Fribourgeois a toujours eu le goût des lettres. Devenu père de famille nombreuse, il garde un livre en poche pour ses brefs moments de temps libre. Un roman, par exemple, comme ceux de Marguerite Yourcenar et d'Albert Cohen, ses auteurs préférés. En poésie, lui qui connaît par cœur Villon et Verlaine aime les textes qui « partent du vécu, tragique ou heureux, et expriment quelque chose de fondamental, d'humain »
L'humour compte aussi pour lui. Son livre est ponctué de bons mots glanés dans les conversations, de descriptions cocasses d'objets, de poèmes drolatiques sur les beuveries ou le carnaval. L'ensemble relève à la fois de la chronique d'une cité, d'un traité de philosophie de l'ordinaire, d'un hommage à une activité ancestrale menacée par l'aspirateur de rue, sans charme. On y découvre aussi le parcours d'un homme qui réconcilie le déchet et la beauté, le trivial et le spirituel. Fils d'un cadre des assurances, le jeune Michel aurait pu devenir employé de banque. Il a préféré un métier qui demande de « la patience devant les recommencements », de l'endurance physique - il parcourt jusqu'à 20 km par jour. Et un penchant pour la solitude et la contemplation. En travaillant, Michel Simonet chante parfois, surtout des chants byzantins, une de ses passions. Pour ce catholique, se faire balayeur représentait une réponse à l'injonction évangélique de simplicité. Son épouse et lui ont élevé leurs sept enfants sur son modeste salaire. « Notre vie, en un sens, a été assez exceptionnelle, à la fois marginale et intégrée socialement, se réjouit-il. Nous avons réussi à nous en sortir grâce aux allocations familiales. Et nous avons reçu des offres incroyables, ainsi une inconnue nous a proposé sa maison de vacances pour l'été ! » 
Dans la rue, son « royaume », Michel Simonet dit avoir beaucoup appris, en « épicurieux », auprès de ses collègues ou de personnages pittoresques. Il a tissé de multiples liens, « de fortes amitiés » et reçu, surtout, « le cadeau de la simplicité, la paix du cœur, la vie au jour le jour, la grâce de l'instant présent ». En sortant du café, il est salué par nombre de passants. « Michel est vraiment une personnalité en ville, confirme Damien Hertig, propriétaire de la boutique de fleurs qui lui offre chaque jour sa fameuse rose. Il parle à toute personne, un politicien haut placé ou un ouvrier tout simple. Et il prend soin des autres. » 
Le thème du Printemps des poètes cette année en France, « l'ardeur », inspire Michel Simonet. « C'est la chaleur humaine, répond-il. Notre ville, comme d'autres en Europe, en a reçu énormément de la part du Sud. Quand j'ai commencé, il y avait les immigrés italiens et espagnols, maintenant les cinq continents sont dans la rue. C'est extrêmement positif. Avoir en face quelqu'un d'ardent incite à répondre. Moi qui suis secret et taiseux, cela m'a aidé à m'exprimer davantage. » De son succès littéraire, Michel Simonet est étonné, mais fier et heureux. S'il publie désormais une tribune régulière dans le quotidien romand La Liberté, il entend bien rester balayeur. « Ce ne sont jamais les merveilles qui manquent mais plutôt la faculté de s'émerveiller », écrit-il dans son livre qui pourrait s'intituler « sagesse du balayeur ».

Source : La Vie
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 Un balayeur qui écrit n'est pas un écrivain qui balaie: j'ai voulu m'entretenir avec vous des travaux communs et diversifiés au milieu d'une rue, en parcourant cette belle et longue histoire en courte géographie fidèlement accompagné de

Mon char

Ringard

Trône de ma rose,

Collègue de symbiose

Soeur de couleur et d'osmose,

D'entrain jusqu'à l'arthrose.




Heureux qui, balayeur, fait d'utiles voyages

De trottoir en trottoir et rose pour Toison,

Et qui a peu besoin de monter en avion

Pour saisir au global le monde et son usage.



Balayeur de rue, ou cantonnier, opérateur écologique, homme de ménage en plein air, concierge de quartier, hygiéniste du trottoir...

... parfois dénigré, mais reconnu par tous d'utilité publique. 


mercredi 28 février 2018

Silences. Maintenant elle est comme les autres...

Le silence dans la forêt. Il est froissé tout d'un coup par la main du vent, comme on jette une lettre ratée au panier. Ce silence empêché d'être parfait est une des choses les plus fraternelles qui soient. 
À Paris, le silence vient par les yeux. Ce mendiant, une couverture sur les jambes, mangeait un yaourt. L'air était si froid que les atomes gelaient. Il ne bougeait presque pas, sidéré par le froid. Il mangeait sa mort à la petite cuillère. Un silence l'enveloppait, contre lequel les bruits des affairés tapaient sans pouvoir le briser. 
Le silence de Lao Tseu passant la douane et laissant son traité comme gage, don, sourire. Il s'éloigne. On ne le reverra plus. Quand on ouvre son livre, le coeur se remet à battre. On ne savait même pas qu'il était arrêté. Le texte : un visage avec un doigt sur les lèvres closes. Les commentateurs arrivent, se pressent pour réduire le miracle. Le visage sourit, ne dit rien. La pensée est un moustique, c'est agaçant ce bruit qu'elle fait à notre oreille. Ouvrons le livre, passons la douane, disparaissons. 
Le silence du poème. Ce que les psychanalystes appellent un passage à l'acte est, dans sa soudaineté éclairante, proche de ce qu'est un poème, mais c'en est la version diabolique, destructrice. La vitesse du poème dépasse celle de la lumière. Elle n'est comparable qu'au sourire sans cause du nouveau-né. Ce sourire monte au ciel d'où il était venu. 
Le silence de la Bible. Lisant un psaume de David, j'ai reçu le souffle de l'éternel, c'est-à-dire du mortel, en plein visage. Les écritures dites « saintes » ne sont pas plus saintes qu'une liste de courses épinglée sur une plaque de liège dans une cuisine : les deux témoignent du souci d'un vivant, du petit désir adorable de maintenir vie et souffle le plus longtemps possible. 
Le silence d'un citron. Si nous avions l'oreille fine, nous entendrions le bruit d'un réacteur atomique, le bourdonnement méditatif de l'absolu sous la coquille jaune. Mais nous n'avons pas l'oreille fine. Nous ne voyons qu'un citron et sa dureté joviale caractéristique des fils du soleil. 
Le silence de la neige qui tombe sur la neige. C'est le silence des évènements qui nous refont un cœur vierge. « Neige-qui-tombe-sur-de-la-neige » est le nom de l'amoureuse et son visage est plus noir que celui d'une icône.
Le silence du général de Gaulle protégeant sa petite fille mongolienne, Anne. Il rêvait qu'il était le général de Gaulle. Le seul point réel de sa vie était le petit visage oriental rieur d'Anne. L'enfant éternel un jour mourut. À la fin de l'enterrement, s'éloignant de la tombe, le vieil homme dit à sa femme : « Viens, maintenant elle est comme les autres ». Le silence parfois fleurit en une seule parole. Les témoins de cette floraison ne l'oublient jamais plus.
source : Le monde des religions

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mardi 27 février 2018

Chemin chamanique ?


Gilles Farcet et Fabrice Jordan nous partagent ce lien qui peut éclairer notre chemin spirituel sur lequel les tentations sont nombreuses de nos jours.


http://www.inspir.be/?page_id=2792

Bonne lecture

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