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dimanche 7 juin 2026

Edgar Morin, l’unité d’une voie

 Parmi les grands humanistes français qui accompagnent la conversation démocratique, il tenait une place à part. Le sociologue et philosophe Edgar Morin, décédé le 29 mai 2026 à l'âge de 104 ans, avait fait de sa longue existence la matière même d’une pensée toujours renouvelée.


« Renaître et renaître jusqu’à la mort… » C’était l’une de ses nombreuses maximes de vie. Edgar Morin est décédé le vendredi 29 mai 2026. Durant ses presque 105 années d’existence, il aura eu le temps d’observer plusieurs fois ce « commandement », comme il disait. Par l’esprit, à travers les recommencements qui ont scandé son itinéraire intellectuel, amoureux et spirituel. Et à la lettre, en esquivant de justesse plusieurs rendez-vous avec la camarde.

L’enfance dans « une totale liberté mentale »

« J’ai échappé à la mort dès avant ma naissance, sans parler des risques que j’ai pris durant la Résistance. Plus tard, j’ai survécu à deux graves accidents de santé », confiait-il à Laure Adler dans la dernière Heure bleue que lui avait consacrée la journaliste le 26 juin 2023 sur France Inter.

Le doyen des intellectuels français a raconté cet événement originel à plusieurs reprises : la maladie cardiaque de sa mère lui interdit d’avoir des enfants. Enceinte, elle prend en vain des produits abortifs. Étranglé par le cordon ombilical, le bébé doit son salut au médecin, qui le secoue par les pieds jusqu’à ce qu’il pousse son premier cri. Luna, la mère du petit Edgar, décède une dizaine d’années plus tard. Sa mort provoque chez son fils unique un « Hiroshima intérieur », une immense solitude et une culpabilité « toujours prête à revenir ».

Son père, Vidal Nahoum, est commerçant dans le quartier du Sentier, à Paris. Dans Vidal et les siens (Seuil, 1989), Edgar Morin – c’est le nom qu’il conserve de ses années de clandestinité dans la Résistance – explore les origines de sa famille. Des juifs séfarades de souche italienne côté maternel, installés à Salonique port de l’Empire ottoman sur la mer Égée. Côté paternel, les Nahoum sont des Séfarades expulsés d’Espagne en 1492, fixés à Livourne en Italie, avant de rejoindre Salonique. Ses parents se rencontrent à Paris où Edgar grandit dans « une totale liberté mentale », « libre de chercher ses propres vérités », raconte-t-il dans un livre d’entretiens avec Djénane Kareh Tager Mon chemin (Fayard, 2008).

Comme un concentré d’histoire contemporaine

Si sa vie personnelle lui fournit une inépuisable matière pour se découvrir lui-même, le destin public d’Edgar Morin est un concentré d’histoire contemporaine. À 16 ans, il envoie des colis aux anarchistes catalans en pleine Guerre d’Espagne. À 21 ans, sous l’Occupation, il rejoint la résistance communiste. En 1956, il quitte le Parti communiste, prenant acte que la terreur stalinienne est une impasse et une imposture. Il s’en explique en 1959 par une retentissante « autocritique » dans un essai du même nom. Depuis, et jusqu’à son dernier souffle, il n’a cessé de partager sa passion pour la vitalité de la démocratie, attentif à tout frémissement collectif porteur d’espérance.

Quant à sa carrière professionnelle au CNRS, elle épouse l’évolution sociologique de la société française, depuis l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1980. Ses enquêtes ethnologiques font date. Dans la Métamorphose de Plozévet (1967), il analyse la fin de la paysannerie, la révolte des jeunes, et – déjà ! – la montée des valeurs féministes. Autant de changements inscrits dans la singularité de cette commune bigoudène, dans le Finistère, où il séjourne près d’un an. Quand les sociologues de l’époque ne voyaient que des classes sociales, il est le premier à décrire en 1963 le surgissement, en France et aux États-Unis, d’une classe d’âge adolescente avec sa culture propre. En 1969, il publie une célèbre enquête sur le mécanisme de propagation d’une rumeur (la Rumeur d’Orléans, Seuil) selon laquelle de jeunes femmes prétendument chloroformées disparaissaient dans les cabines d’essayage des détaillants juifs de la rue de Bourgogne, à Orléans.

« C’était un narcissique généreux »

« Sa vie même est une quête d’unité entre ses engagements politiques, ses recherches et son histoire intime », souligne Bernadette Puijalon, anthropologue, qui fréquente ses écrits depuis les années 1960. En effet, nous savons presque tout des amours d’Edgar Morin. Il a raconté chacune de ses épouses, depuis Violette, la mère de ses deux filles, puis Johanne, la Canadienne, et Edwige, l’adorée, décédée en 2008. Jusqu’à Sabah, sa compagne, universitaire marocaine rencontrée au Festival des musiques sacrées à Fès en 2009.

« C’était un narcissique généreux qui a exposé au fil des années ses avancées, ses incohérences, ses carences avec honnêteté. Il indiquait en permanence où il en était, à ce moment précis de son chemin d’homme. Ce grand intellectuel m’a montré qu’on pouvait s’approprier son domaine de recherche pour grandir soi-même. » Spécialiste des âges de la vie, Bernadette Puijalon l’a interviewé alors qu’il n’avait « que » 70 ans. « Je lui dois la plus délicate mise en garde contre l’infantilisation de nos parents vieillissants, se souvient-elle. Un des secrets de sa vitalité, c’était de dialoguer en permanence avec le meilleur de l’enfant, le meilleur du jeune homme qu’il avait été et le meilleur du vieillard qu’il espérait devenir. »

Au carrefour de l’intime et du politique

L’apport d’Edgar Morin se situe au carrefour de l’intime et du politique. Il a été notamment l’un des premiers à montrer que l’autonomie est un mythe, sur le plan intime et collectif : c’est la gestion de nos dépendances et interdépendances qui la détermine. En 1972, il découvre le rapport du Club de Rome et prend conscience du problème écologique sur lequel il n’a cessé de réfléchir et d’alerter jusqu’à sa mort. « J’ai alors compris que la course aux profits était la cause principale de la dégradation de notre environnement et qu’elle conduisait à la crise de la démocratie un peu partout », se souvient-il dans Mon chemin.

Toujours, il additionnait les approches au lieu de les opposer. C’est le cœur de la fameuse « pensée de la complexité ». Complexité au sens étymologique : ce qui est tissé ensemble. Elle est explorée, sous la forme d’une véritable aventure intellectuelle, dans les six volumes de la Méthode, publiés de 1977 à 2004. Cette méthode se veut une « voie », surtout pas un système.

Parcours intellectuel des États-Unis à l’Amérique du Sud

L’origine de ce travail monumental s’ancre dans ses séjours en Amérique du Sud et aux États-Unis. À la fin des années 1960 en Californie, il découvre l’école des sciences humaines de Palo Alto dont les théoriciens considèrent que la réalité n’existe pas en soi : chacun construit des réalités et des systèmes qui peuvent fonctionner ou dysfonctionner. « Le premier volume de la Méthode est arrivé à un moment de vide intellectuel où les espérances révolutionnaires se désintégraient, reconnaît-il dans Mon chemin. Il a suscité un certain intérêt et m’a valu des interviews où j’ai pu exposer mes idées. »

Ses idées se propagent dans le monde, en particulier en Amérique latine. En Colombie, il existe aujourd’hui un « doctorat en pensée complexe » reconnu par le ministère de l’Éducation. Une statue en bronze d’Edgar Morin a même été érigée en 2007 dans la ville d’Hermosillo, 600 000 habitants, dans le nord du Mexique. « En Amérique latine, l’œuvre de Morin est accueillie comme l’aventure interdisciplinaire d’un marginal génial et d’un franc-tireur inspirant », analyse son disciple, le philosophe franco-colombien Nelson Vallejo-Gomez dans le livre Edgar Morin, les cent premières années (Hermann, 2023). « Le débat intellectuel latino-américain, notamment dans les universités publiques, était phagocyté par les querelles idéologiques entre marxisme et antimarxisme, capitalisme et communisme, amis et ennemis, explique-t-il. La lecture de Morin apparaît comme un bol d’oxygène pour une minorité en quête de liberté d’esprit. »

« Curieusement, la pensée de cet intellectuel agnostique a d’abord été accueillie dans des institutions catholiques comme l’Université pontificale bolivarienne de Medellín (Colombie), l’Université Cândido Mendes de Rio de Janeiro (Brésil), l’université ibéro-américaine, créée par des jésuites à Mexico », poursuit Nelson Vallejo-Gomez. Ses plaidoyers pour une éducation transdisciplinaire, coopérative, suscitent en particulier un intérêt constant depuis la parution de son livre les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur (Seuil, 2000).

En France, un contemporain capital, sollicité et attendu

En France, la pérennité de sa vivacité intellectuelle et son immense curiosité en font un contemporain capital, sollicité et attendu, car il ne donne pas de leçon. Interviewé dans les colonnes de La Vie, le 17 septembre 2020 (N° 3916), en pleine crise sanitaire, il souligne : « La notion de voie s’oppose à la notion rigide de programme et à la notion statique de modèle de société, alors que tout est en évolution. Il n’y a pas de but à atteindre, mais un cheminement à aménager. »

« Que te reste-t-il à faire ? », l’interrogeait Laure Adler. « Continuer dans le sens de ma vie, en essayant de lutter contre l’illusion et l’erreur. J’ai moi-même fait deux erreurs fondamentales dans ma jeunesse. J’ai été pacifiste parce que je ne savais pas que Hitler voulait coloniser toute l’Europe. J’ai été communiste, parce que je me faisais des illusions. Quand on fait des erreurs aussi profondes, on réfléchit sur les sources. À 102 ans, je me sens plus motivé que jamais car nous vivons des circonstances terribles et allons vers des désastres en somnambules. »

« Pour moi, la mort ne comporte pas de mystère »

Edgar Morin, jusqu’au bout, a appelé à cultiver des oasis de fraternité, de pensée et de convivialité face à la régression qui menace. Des oasis de résistance où seront sauvegardées les forces de liberté et de conscience. Beaucoup de jeunes aujourd’hui suivent cette voie de façon très concrète sans avoir forcément lu ou entendu le vieux sage.

Edgar Morin ne croyait pas au Dieu personnel des religions monothéistes, ni en aucun système théologique, mais il était sensible aux mystères. « Pour moi, la mort ne comporte pas de mystère », disait-il à Laure Adler à l’occasion de la parution de son dernier livre (Encore un moment, 2023). « C’est la dégradation physique de tout l’être. C’est une loi de la nature. C’est la vie qui est un mystère. Pourquoi cette force créatrice dont je suis possédée même à mon âge ? Ce n’est pas moi qui possède la vie. C’est elle qui me possède. » En tout cas, la vie l’aura aimé autant qu’il l’a aimée.

source La Vie - par Dominique Fonlupt

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vendredi 14 novembre 2025

Êtres de nature

Et si on considérait les arbres, ou la nature, comme des êtres ? 🌳 Dans son dernier livre sur l’entraide, Pablo Servigne rappelle que nous sommes dotés de grandes capacités sociales. 🫂
Si l’on voyait la nature comme on voit les humains, on ne pourrait plus la massacrer. Il fait appel aux pensées d’Edgar Morin et de Joanna Macy pour expliquer comment l’élargissement de notre empathie nous rendrait plus humains. ☘️🌼

Mathieu Vidard


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Expérience sur les haricots.

Le professeur Stefano Mancuso, de l’université de Florence, a filmé des pousses de haricots qui grandissaient. Ces derniers ont pour particularité de rechercher « instinctivement » les tiges verticales, que ce soient des troncs, des poteaux ou des bâtons, pour s’élever. En observant la vidéo en accéléré, on voit le haricot pousser en spirale jusqu'à ce qu’il trouve un tuteur, s’y accroche et grimpe enfin. Le comportement du haricot change suivant la présence ou l’absence d’un tuteur dans les environs, comme si le haricot sentait sa présence, même à très grande distance. Dans une autre expérience, le professeur Stefano Mancuso a disposé deux plants de haricot à égale distance d’un unique poteau et les a filmés. En passant la vidéo en accéléré, on voit là encore les deux haricots tournoyer pour essayer de rejoindre le poteau. Mais dès que l'un des deux l’a touché, l’autre renonce et cherche dans une autre direction. Cela signifie que le second haricot a non seulement détecté le poteau, mais qu’il a compris qu'il arrivait trop tard et le laisse donc poliment à son concurrent, plus rapide.

Sylvain Wells. Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. - Extrait de la Voix de l'arbre de Bernard Werber

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jeudi 4 février 2021

Oasis à vivre

 


EDGAR MORIN 99 ans.
′′J'ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l'inattendu. L'arrivée de Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C'est-à-dire que d'un côté suscite l'imagination créative et suscite des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.
Il faut apprendre que dans l'histoire, l'inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l'idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s'en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l'incertitude, c'est-à-dire avoir le courage d'affronter, d'être prêt à résister aux forces négatives.
La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d'autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, celles qui s'imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l'indignation.
Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n'est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L'esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.
Nous voyons aujourd'hui s'installer les éléments d'un totalitarisme. Celui-ci n'a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d'empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.
À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité."

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lundi 1 février 2021

L'humain, c'est de la nature !

 

Le penseur, engagé en faveur de l'environnement, alerte sur les risques de

 dissocier l'être humain de la nature qui nous entoure.

Une interview à écouter de Pierre Rabhi sur RCF (11 min.)

À l’aube d’un potentiel troisième confinement en France, les interactions sociales semblent à nouveau en sursis. "L’être humain a besoin du contact, il est clanique. C’est dans sa nature, il ne peut pas vivre seul", affirme Pierre Rabhi. Pour autant, il constate également que la solitude augmente. "Il y a une désocialisation de plus en plus forte", déplore-t-il. 

METTRE NOS APTITUDES AU SERVICE DE L'ENVIRONNEMENT

L’homme, c’est celui que Pierre Rabhi tient pour responsable du changement climatique. Il prend exemple sur l’Amazonie, ravagée par la déforestation. "Notre impact est terrible par rapport aux autres créatures", se désole-t-il. Selon lui, la terre nourricière est droguée de chimie. "Nous avons répandu sur la planète des nuisances épouvantables", lâche Pierre Rabhi. 

"Les êtres humains se sont proclamés intelligents, ça n’est pas vrai", affirme le penseur. Pour lui, nous avons confondu aptitude et intelligence. "Nous sommes grisés par nos aptitudes. L’intelligence est dans la vie. Cette dissociation que nous avons créée entre nous et la vie aboutit à notre condamnation", alerte-t-il.

CULTIVER LE CONTENTEMENT

Cette attitude destructrice s’explique selon Pierre Rabhi par un consumérisme démesuré et "la peur de manquer, vouloir plus et encore plus". Face à cela, "il faudrait cultiver le contentement car sans ça on est constamment dans le désir". 

Dans "Frères d’âme" (éd. de L'aube), une série d’entretien menée avec le journaliste Denis Lafay et le philosophe Edgar Morin, Pierre Rabhi témoigne. Si tout semble l’opposer à Edgar Morin, il assure que "ce qui nous a rapproché, c’est nos consciences, nos âmes, nos exigences, nos désirs d’un monde différent". Selon lui, "il faut dépasser les particularismes qui ont divisé l’humanité pour aboutir à quelque chose qui va amener la convergence des consciences humaines".

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samedi 19 septembre 2020

Une particule d'humanité avec Edgar Morin



La crise nous sépare-t-elle avec les gestes barrières et la distanciation physique qu'elle implique ? Ou au contraire ne crée-t-elle pas de nouvelles solidarités, et une communauté de destin ?

La communauté de destin a commencé en 1945 avec la menace nucléaire sur l'humanité, puis s'est approfondie et élargie avec la menace écologique sur toute la vie terrestre en 1972, puis avec les problèmes et périls communs créés par la mondialisation en 1990 et à nouveau révélée par la grande crise de 2020. La distanciation physique et les masques sont des problèmes secondaires, parce que temporaires. Nos mœurs bien enracinées ne peuvent intérioriser leurs contraintes ; nous n'avons pas une culture japonaise fondée sur la distanciation. 

La crise semble cliver les générations, susciter de la méfiance. On va parler de « génération sacrifiée » pour les jeunes, les personnes âgées ne peuvent plus voir leurs petits-enfants. N'est-ce pas un déclin pour notre humanité ?
Le clivage entre générations chez les uns est une nouvelle union chez les autres. Bien des vieux oublient qu'ils ont été jeunes et bien des jeunes n'imaginent pas qu'ils deviendront vieux. La crise a réveillé les solidarités endormies, mais de façon provisoire. Il me semble évident que nous devrions retrouver des convivialités et ralentir. Mais nous subissons d'énormes pressions des forces qui ont pris les commandes dans notre civilisation et qui nous en empêchent.

Les nouvelles technologies, qui ont pris une place prépondérante dans nos vies, sont-elles porteuses de lien ? Ont-elles même régénéré le lien, ou au contraire créent-elles une nouvelle distance ?
Elles sont ambivalentes, elles libèrent et elles aliènent. Toutes les technologies sont ambivalentes, depuis la première, qui a créé l'outil en même temps que l'arme, puis les machines, qui ont asservi les énergies au bénéfice des humains, puis asservi les humains dans le travail industriel. Prenez le télétravail, il est ambivalent lui aussi : il permet de travailler en restant chez soi avec les siens, et en même temps il isole en supprimant les convivialités avec les collègues.

La mondialisation est-elle antinomique du commun ? Vous dites qu'elle crée des interdépendances sans créer de solidarité...
La mondialisation a été un phénomène d'occidentalisation purement techno-économique, animé par le profit. Elle a suscité des résistances culturelles à cette occidentalisation ; aussi la pandémie, au lieu de créer un vaste mouvement de solidarité planétaire, a au contraire amené les États à se refermer sur eux-mêmes. Une époque régressive mondiale s'opère depuis quelques décennies, avec partout une crise des démocraties, l'hégémonie des puissances économiques, des poussées de fanatismes nationalistes ou religieux, des guerres locales avec des interventions internationales. Tout cela continue et tend à s'aggraver. Mais le pire n'est pas sûr, parce que l'avenir est incertain. Cette crise est unique par son caractère multidimensionnel qui affecte tous les aspects de la vie humaine, de l'individuel au planétaire.

Vous dites que la crise met en intensité la crise de l'humanité, qui ne parvient pas à se constituer en humanité. Qu'entendez-vous par là ?
L'humanité reste dispersée, compartimentée et n'arrive pas à devenir une réalité collective dotée d'une conscience et d'institutions communes. Les angoisses suscitées par un présent précaire comme par un futur incertain et inquiétant referment les esprits sur la nation ou l'ethnie, qui donnent la sécurité, la religion, qui donne l'espoir au lieu de réveiller le sentiment d'appartenance à la communauté de destin de l'humanité.

La crise peut-elle obliger les entreprises à privilégier la quête de sens, la résilience, ou les obliger à renoncer à une forme de croissance excessive ?
Certaines entreprises, notamment celles de l'économie sociale et solidaire, ne sont pas vouées à la recherche exclusive du profit. Il s'est créé quelques entreprises citoyennes ou « à mission », mais cela reste minoritaire. La remise en question du dogme de la croissance à l'infini, qui produit et aggrave le désastre écologique, nécessite une politique nationale qui détermine ce qui doit croître et ce qui doit décroître.


Tout au long de votre carrière, vous avez cherché à rapprocher le monde de la science de la société. Permettez-moi de citer des scientifiques pour parler de la crise. Nous renverra-t-elle vers la thèse de l'anatomiste Cuvier : on recommence comme avant ? Vers celle du naturaliste Lamarck : on s'adapte avec les mêmes solutions au nouvel environnement ? Ou encore celle du paléontologue Darwin, qui prônait l'adaptation aux variations de l'environnement ?
La crise nous pousse à retrouver une pensée cohérente et articulée, comme le fut celle de Marx, qui avait fait un diagnostic de notre siècle et proposait une voie nouvelle, mais insuffisante désormais dans sa conception de l'homme, de l'Histoire et du monde. Il s'agit de s'adapter au réel pour l'adapter à nous. Le réalisme n'est pas de s'adapter au présent, lequel est travaillé par des forces de transformation. C'est aussi de reconnaître les jeux de forces antagonistes dans un monde en mouvement et de travailler pour les forces d'union et de solidarité.

Vous parlez de « nouvelle voie » et pas de « nouvelle vie » ? Pourquoi ? Et que cela recouvre-t-il ?
La notion de voie s'oppose à la notion rigide de programme et à la notion statique de modèle de société alors que tout est en évolution. Il n'y a pas de but final à atteindre, mais un cheminement à aménager. La nouvelle voie est au service d'une nouvelle vie.

Cette crise va-t-elle permettre la reconnexion avec la nature, et notre nature ? Et mettre fin au dualisme nature/culture ?
La disjonction nature/culture, fortement implantée dans notre civilisation, mettra encore beaucoup de temps avant de régresser vraiment. Il faut pour la dépasser reconnaître la complexité humaine, qui est trinitaire : individu/société/espèce. Ce sont trois termes interdépendants qui s'entre-coproduisent. L'espèce produit l'individu, et un couple d'individus reproduit l'espèce, les individus produisent la société, qui, en leur apportant langage et culture, produit l'individualité humaine. Je vous renvoie à mon livre l'Humanité de l'humanité.

Certains disent que la révolution écologique sera spirituelle ou ne sera pas. Qu'en pensez-vous ?
Elle a besoin d'une réforme des esprits, et d'abord d'une prise en considération de notre réalité humaine, qui est biologique et animale. Nous sommes des primates, des mammifères, des vertébrés, des polycellulaires. Et en même temps, notre humanité est métabiologique, culturelle et spirituelle. Il lui faut comprendre que nous avons bien plus besoin de la nature que la nature a besoin de nous. Elle a besoin que nous ressentions des liens aimants avec non seulement nos animaux familiers, mais le monde animal et végétal. Elle a besoin de nos émotions poétiques devant les mers, les montagnes, les vols d'oies sauvages, la majestueuse sérénité des grands arbres. Nous ne devons jamais oublier que nous sommes des vivants au sein d'un monde vivant. Nous devons comprendre que les écosystèmes et la biosphère qui englobent les écosystèmes sont des merveilles d'auto-organisation spontanée et autorégulée.

« Que puis-je croire, que puis-je espérer ? » est l'une de vos phrases de prédilection, que répondez-vous ?

Je crois à la vérité de l'amour et à tout ce qui unit, contre tout ce qui divise et détruit. Autrement dit, je prends le parti d'Éros contre son ennemi permanent, Thanatos.

Votre âge, avec l'approche de la mort, vous donne-t-il une vision particulière de ce qui se passe aujourd'hui ? Comment le vivez-vous ?
Je sais que tout étant un tout, pour moi, je suis une particule éphémère d'humanité. Je n'ai pas cessé de ressentir mon appartenance à l'aventure humaine, dont on ne sait où elle va. L'amour et la curiosité refoulent très souvent en moi les angoisses de mort.

Cette période vous fait-elle changer votre rapport à la religion ? Croyez-vous en Dieu, ou, à tout le moins, à une forme de transcendance ?
Je crois de plus en plus au Mystère, qui non seulement nous enveloppe mais est en nous. L'essentiel est invisible et inconcevable. Ce point de vue ne peut que se rapprocher - sans s'y identifier - de la théologie négative ou de la mystique d'un Maître Eckhart (théologien et dominicain allemand, 1260-1328, ndlr), pour qui Dieu est indicible et inconcevable.

Que dirait Héraclite, l'un de vos philosophes préférés ?
La même chose : « Concorde et discorde sont père et mère de toutes choses. » Ou bien : « Éveillés, ils dorment », et évidemment : « Panta rhei », toutes les choses passent. ‪ ‬


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samedi 6 avril 2019

Comment nous arracher aux visions tragiques ?



Parmi toutes les statistiques affolantes qu’on nous présente à longueur d’année, quelle est la courbe qui vous fiche le plus le blues ? Celui de la fonte des pôles et de la montée des océans ? Ou celui de la température, avec ses vagues de sécheresse saharienne jusqu'en Suède et ses prochaines coulées de glaciations jusqu'en Floride ? Ou encore celui de la généralisation des cyclones géants ? Ou plutôt celui de l’empoisonnement des terres et des mers ? La disparition des milliers d’espèces animales, petites ou grandes ? Ou serait-ce plutôt la courbe de la surpopulation, avec derrière elle, celle de l’inégalité croissante entre les humains ? Mais stop !
Nous pourrions affirmer avec un aplomb équivalent que la peur d’une fin du monde est aussi ancienne que l’humanité, et rappeler les innombrables annonces apocalyptiques égrenées tout au long de l’histoire… qui ne se sont jamais produites. Chaque fois pourtant, les hommes et les femmes des époques considérées ont cru dur comme fer que le ciel allait leur tomber sur la tête. S’ils s’en sont finalement toujours sortis, c’est que, chaque fois, a surgi une donnée qu’ils ne pouvaient pas prévoir. « L’imprévisible est notre meilleure planche de salut », dit le philosophe Edgar Morin…

Comment nous arracher aux visions tragiques et nous persuader qu’une fois de plus l’imprévisible surgira pour nous aider à traverser les épreuves qui nous menacent ? Jamais autant qu'aujourd'hui l’humanité ne s’est rendu compte que, de toutes les créatures, elle était la seule à posséder le gouvernail d’une volonté. Tous les autres êtres vivants sont intelligents et sensibles – sinon, ils ne survivraient pas –, mais nous avons le redoutable privilège d’être libres de vouloir… ou de ne pas vouloir.
Disons-le sans illusion : une grande partie de nos existences est déterminée par des forces et des pulsions que nous ne contrôlons pas. Mais une petite partie au moins peut-être dirigée par notre conscience. Telle est la porte étroite par où passe notre avenir. Nous pouvons, pour une petite part, mettre en application la fameuse phrase prononcée par tant de sages : « Si tu veux changer le monde, commence par te changer toi-même. »

Aujourd'hui, les scientifiques de pointe, notamment en neuropsychologie et en épigénétique, le démontrent : selon la façon dont nous vivons, nous comportons et nous exprimons, nous n’avons littéralement pas le même corps, ni la même descendance, ni la même influence sur les autres et sur le monde. Qu’attendons-nous pour nous mettre au diapason de la Vie ?" 

Source : Nouvelles Clés

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vendredi 29 juillet 2016

De l'inconscience... à la conscience

...C'est lorsqu'on est au bord de l'abîme que l'on décèle les réflexes salvateurs. Nous n'en sommes pas encore là et peut-être ne les trouvera-t-on pas, mais nous pouvons espérer. D'abord parce qu'il existe une marge d'incertitude sur les prédictions, par nature hypothétiques, qui annoncent l'état de la planète d'ici un siècle. Le péril sera-t-il, dans les faits, plus massif ou plus supportable, interviendra-t-il plus vite ou plus lentement ?

Nous en sommes à faire des paris. Ce qui peut laisser le temps d'accomplir la seule transformation véritable et durable qui soit : celle des mentalités. Combattre les sources d'énergie sale est bien, mais ce n'est pas suffisant. Seule une prise de conscience fondamentale sur ce nous sommes et voulons devenir peut permettre de changer de civilisation. Les textes du Pape François en sont une aussi inattendue que lumineuse illustration. 


Et d'ailleurs, c'est aussi parce que nous manquons de spiritualité, d'intériorité, de méditation, de réflexion et de pensée que nous échouons à révolutionner nos consciences.


Edgar Morin
(La Tribune)
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jeudi 31 mars 2016

Nouvelle société avec Jean-Baptiste Libouban


C’est la base de l’action non-violente inspirée de la vie et de l’œuvre de Gandhi, dont Lanza del Vasto a été l’un des héritiers en France, et à sa suite, les communautés de l’Arche, auxquelles j’ai donné ma vie. Il est essentiel, si l’on veut construire un monde de paix, de faire tomber nos propres aridités, nos haines, d’arriver à comprendre l’autre et de l’aider à nous comprendre. La germination d’une nouvelle société passe par là. Je suis convaincu qu’elle pousse dans les failles du béton urbain. 

Comme chrétien, je suis tenté de dire que l’Esprit naît là, qu’il filtre à travers l’action des militants libertaires et autres dont je partage le refus du consentement à la servitude. La vie est plus forte que la mort et même si l’état de la planète est plus angoissant que jamais, nous pouvons inverser le cours des choses. 

Comme le dit Edgar Morin, « le pire n’est pas certain ». 
Et de citer ce beau proverbe turc : « Les nuits sont enceintes, mais nul ne sait le jour qui en naîtra. »




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samedi 24 mars 2012

L'amour avec Edgar Morin

Veuf inconsolable, le sociologue Edgar Morin a écrit une déclaration d’amour émouvante à Edwige, celle qui a partagé sa vie pendant 30 ans. Rencontre touchante avec cet éternel amoureux de 90 ans.

Pourquoi avoir choisi, à votre âge, de vous mettre à nu en écrivant ce livre Edwige, l’inséparable ?
Edwige était une personne très secrète et pudique. Excepté quelques amies, les gens ne la voyaient qu’au travers des apparences. J’ai donc éprouvé le besoin de la faire reconnaître. C’était une femme qui sécrétait une poésie par sa grande capacité d’émerveillement. Elle s’émerveillait de notre chatte, de la nature, des jolies choses de la vie. Elle aimait la beauté d’une façon extraordinaire et sentait tout ce qui est poétique dans l’existence. D’ailleurs, je considère qu’un amour tient dans un couple quand l’autre est source de poésie. Si l’un des deux cesse de l’être, ça n’a plus de sens.


Aviez-vous des petits mots doux pour Edwige ?
Parfois, je l’appelais Edwigette, mais le plus souvent c’était « mon cœur ». Enfin, ça me gêne un peu d’en parler… Elle disait que nous étions deux inséparables, en se référant à ces oiseaux qui se bécotent sans arrêt. C’est vrai que nous aimions tout le temps nous embrasser. Dès que nous nous croisions à la maison, nous nous donnions des baisers. Elle nous disait inséparables, et pourtant…


Finalement, les intellectuels sont comme tout le monde : ils expriment leur amour par des métaphores ou des diminutifs un peu enfantins…
Bien sûr. Nous nous faisions des petits dessins. Nous aimions jouer ensemble, comme les enfants. Ce sont des choses normales. Montaigne disait que « chacun porte en soi l’humaine condition » : c’est le tronc commun à toute l’humanité. Le fait d’être un intellectuel et un écrivain donne la possibilité d’exprimer avec des mots ce que tout le monde vit ou ressent.


Quel est donc ce lien si particulier qui vous unissait à Edwige ?
Ce lien a commencé avec un coup de foudre, bien avant que nous nous unissions. C’était en 1961 et nous nous sommes mariés en 1978. Grâce à ce livre, Edwige, l’inséparable, j’ai compris ce qui nous liait si intimement, bien que nous soyons totalement différents. Montaigne disait de La Boétie : « C’était lui, c’était moi. » Avec Edwige, c’était elle et c’était moi.


Quelle est la singularité de votre amour filial ?
Ma mère est l’amour primordial de ma vie. Elle est morte quand j’avais 10 ans. Après son décès, elle est devenue à mes yeux une sorte de déesse. Elle s’appelait Luna (« Lune ») et, quand je vois la pleine lune, je sens sa présence. Sa perte m’a donné un grand besoin d’amour, car elle a laissé un immense vide en moi.
Quant à mon père, j’avais un ressentiment contre lui car, pensant me protéger de trop d’émotions, il m’a bêtement caché la mort de ma mère. Il m’a privé de lui dire au revoir. Je ne me suis vraiment réconcilié avec lui qu’après des années.


Finalement, Edwige et vous aviez une épine liée à vos enfances ?
Exactement. Le père d’Edwige était un médecin bohème qui ne se faisait pas payer et fréquentait les artistes. Il avait été chassé par la mère d’Edwige, elle aussi médecin, mais très bourgeoise. Edwige m’a toujours dit que son père était pour elle un étranger. Cependant, à deux ou trois occasions, j’ai constaté que quelque chose se déchirait en elle quand on l’évoquait. C’était la racine de son caractère renfermé : elle cachait cette douleur. D’autant ­qu’Edwige a toujours eu le sentiment que sa mère ne l’aimait pas.
(…)


Pensez-vous pouvoir aimer de nouveau ?
Oui. J’éprouve d’ailleurs actuellement un sentiment amoureux pour quelqu’un, mais ce nouvel amour n’effacera pas celui pour Edwige. J’ai découvert en chacune des femmes que j’ai aimées une souffrance d’enfant. Est-ce par télépathie ? Est-ce dans l’expression du regard qui me donne un message subliminaire qu’avec le temps je comprends ? En fait, c’est une chose mystérieuse, mais je suis un éternel amoureux. C’est à la fois ma pathologie (la perte de ma mère a créé un vide absolu) et ma santé (l’amour est la santé de l’âme). Parfois, je me dis qu’il s’agit d’une sorte de maladie. Mais, finalement, je crois que je suis un être très simple et normal. Car il faut aimer, aimer encore. Le philosophe Vladimir Jankélévitch est celui qui a le mieux exprimé ces choses-là en écrivant : « Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien sont les choses les plus importantes dans la vie. »
■ Edgar Morin a publié un livre dédié à sa femme, Edwige, l’inséparable (Fayard, 2009).

mardi 22 novembre 2011

La présence de la mort... avec Edgar Morin (2)

"Vivre de mort, mourir de vie" Héraclite
2ème partie
Entretien avec Edgar Morin, sociologue et philosophe français, directeur de recherche émérite au CNRS, Centre National de la Recherche Scientifique, auteur de plusieurs ouvrages dont « La Méthode ». Edgar Morin est connu également pour son engagement politique et son action au sein de la Résistance durant la seconde Guerre Mondiale. En 1938, il rejoint le mouvement des Etudiants frontistes, socialiste, qui s'oppose aux Nazis, et l'année suivante entre dans la Résistance. A partir de 1958, il rejoint les rangs du Parti Communiste français, où il rencontre François Mitterrand. Etudiant infatigable, il entreprend un cursus de sociologie. Il ne quitte pas l'université après l'obtention de sa thèse, il devient professeur...

lundi 21 novembre 2011

Edgar Morin... au nom de Dieu (1)

« L'homme porte le mystère de la vie qui porte le mystère du monde. »
1ère partie

samedi 30 avril 2011

vendredi 29 avril 2011

Rencontre avec Edgar Morin (1)

En 1974, Edgar Morin, sociologue et philosophe français, nous parle de biologie, d'éthologie...

jeudi 31 mars 2011

Edgar Morin répond aux questions sur la Voie (2)

Edgar Morin est directeur de recherche émérite au CNRS, sociologue et philosophe, Docteur honoris causa de 24 universités à travers le monde. Nous l'entendons à la suite de la sortie de son livre : La Voie


Edgar Morin (7 février 2011 dans la Tête au carré)
2ème partie : 18 min.

mercredi 30 mars 2011

Edgar Morin et les questions sur la Voie (1)

Edgar Morin est directeur de recherche émérite au CNRS, sociologue et philosophe, Docteur honoris causa de 24 universités à travers le monde. Nous l'entendons à la suite de la sortie de son livre : La Voie


Edgar Morin (7 février 2011 dans la Tête au carré)
1ère partie : 18 min.

dimanche 13 mars 2011

"L'idée de la mort me donne plus envie de vivre" par Edgar Morin

Lors des manifestations contre le projet de retraite, j'avais envie de mettre une pancarte demandant la retraite à 90 ans ! Il faut la proposer tôt à ceux qui n'ont pas de joie dans leur métier et laisser travailler tant qu'ils le veulent ceux qui ont des activités qui les passionnent. La continuation d'activités bonnes pour soi fait vieillir moins vite. Je ne me résigne pas à mourir parce que je pense que j'ai encore beaucoup de choses à faire. L'idée de la mort me donne encore plus envie de vivre. Je suis en bonne santé. Peut-être parce que je suis un type débonnaire. 

Ma façon de penser, que j'appelle la complexité, m'empêche de ne voir que les aspects mauvais chez les autres. J'en perçois toute la complexité, donc je ne peux pas détester. La haine et la rivalité agressent le corps. Mais l'avantage de vieillir en bonne santé est compensé par le chagrin de voir mourir les êtres chers. Je marche dans un cimetière. Heureusement, j'ai une germination d'amitiés avec de nouvelles personnes plus jeunes.

Je ne veux surtout pas renoncer à l'amour, qui m'apporte mon combustible. Je sépare la prose, les choses qui nous emmerdent, de la poésie qui nous rend contents. C'est ce qui m'a aidé à vieillir jeune. Il est important de sauvegarder une part de poésie dans sa vie. Et le comble de la poésie, c'est une relation d'amour. Pour bien vieillir, il faut garder les curiosités de l'enfance, les aspirations de l'adolescence, la responsabilité de l'adulte et l'expérience de la vieillesse.»

mercredi 2 février 2011

Une autre voie (3)

Edgar Morin, Christian Saint-Etienne, Nicolas Hulot, Patrick Viveret... La métamorphose est nécessaire

mardi 1 février 2011

Une autre voie (2)

Nicolas Hulot, Edgar Morin, Christian Saint-Etienne, Patrick Viveret nous offre un avis sur la situation française et de la planète :

lundi 31 janvier 2011

A le recherche d'une voie (1)

Edgar Morin, Nicolas Hulot, Patrick Viveret, Christian Saint-Etienne... un beau plateau pour entrevoir l'avenir de la planète.


Edgar Morin,
Philosophe
Edgar Morin est reconnu dans le monde entier comme le penseur de la complexité. Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages traduits en 28 langues et publiés dans 42 pays. Docteur honoris causa de vingt-quatre universités, il est directeur de recherche émérite au CNRS. Au cœur de son œuvre, il y a La Méthode, un système de pensée global construit comme une encyclopédie. De la conscience planétaire à la politique de civilisation, il développe depuis 60 ans les notions clés de la philosophie contemporaine. Membre du Collegium international éthique, politique et scientifique avec Patrick Viveret, il est engagé dans tous les grands débats de notre époque avec un certain pessimisme. A 89 ans, il vient de publier La Voie, pour l’avenir de l’humanité. Il estime que la mondialisation, l’occidentalisation et le développement nous conduisent vers des catastrophes en chaîne.

Nicolas Hulot,
Reporter
Nicolas Hulot est identifié depuis 20 ans comme le plus grand porte-parole de la sauvegarde de la nature. L’impact de l’émission Ushaïa, qu’il présente depuis 1987, l’a conduit à créer la Fondation Ushaïa, devenue la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, reconnue d’utilité publique en 1996. Classé en 2005 parmi les plus grands français de tous les temps, Nicolas Hulot été l’artisan d’un pacte écologique signé par tous les grands partis politiques et qui a pesé lourd dans la balance électorale en 2007. « L’homme qui veut sauver la terre », comme le nommait le Nouvel Observateur en 2008, a pourtant de nombreux détracteurs. Certains écologistes lui reprochent sa culture du consensus, d’autres adversaires l’ accusent non seulement de pessimisme, mais encore d’alarmisme.

Patrick Viveret
Philosophe
Patrick Viveret est philosophe, conseiller référendaire à la Cour des comptes, ancien rédacteur en chef de la revue Transversales Science Culture. Il compte parmi les figures de la pensée altermondialiste. Membre du Collegium international éthique, politique et scientifique avec Edgar Morin, il vient de publier avec lui Comment vivre en temps de crise. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages critiques : Pour une nouvelle culture politique, PIB, la richesse est ailleurs ou encore Reconsidérer la richesse, un rapport commandé en 2002 par le secrétaire d’Etat à l’économie solidaire. Dans Pourquoi ça ne va pas plus mal, paru en 2005, il fait un constat pessimiste de l’état du monde tout en misant sur la lucidité de chacun. Pour lui, l’humanité ne tardera pas à comprendre que son avenir est dans l’être et non dans l’avoir.

Christian Saint-Etienne
Economiste
Christian Saint-Etienne est titulaire de la Chaire d’Economie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers et membre du Cercle des économistes. Il siége au Conseil d’analyse économique placé auprès du Premier ministre. Il est l’auteur de nombreux livres, L’Exception française, L’Etat mensonger, Croissance équitable et concurrence fiscale. Le dernier s’intitule Guerre et paix au XXIème siècle, un essai pour comprendre le monde à venir dans les 40 prochaines années. Selon Christian Saint-Etienne, le pessimisme est surtout porté par l’Occident, et plus particulièrement par les européens. Il estime que l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine n’ont jamais été plus optimistes et que le discours sur la fin des temps n’a jamais été moins justifié.