Je ne peux pas écrire de poème sans revenir à moi, c’est-à-dire à ce qui me rend authentiquement fragile : il s’agit d’abandonner, autant que faire se peut, les masques.
Oui, c’est un dépouillement, que parfois j’ai manqué en revêtant mes vers, sans m’en rendre compte, d’images trompeuses. Comme des tricheries. Des représentations mentales, durcies par certaines habitudes ou convictions étroites. Par tout ce qui enferme, immobilise, alors que la vie se déploie sans cesse à travers le corps, le cœur, l’esprit.
Le poème, lui, cherche une délivrance, un dénuement qui parfois laisse étourdi, étonné.
Fragilité bienheureuse, où le mouvant peut émouvoir, où même ce qui déstabilise peut être remercié :
"Toujours la ligne trompe, assèche,fait croire au mouvement.
Plutôt la flèche à la croisée
du ciel et de la mer,
poitrine dilatée,
point fluide habité :
je me ressource au centre,
dans l’œil du cœur troué."
Extrait de Ciel au corps, avec des œuvres de Marie Dewulf, éditions L'Atelier des Noyers, 2026
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Comment savoir, lorsqu’on écrit un poème, ce qui est juste et moins juste ?
Si je regarde mon parcours, en particulier celui qui peut se voir de l'extérieur (mes publications poétiques, à partir de 2020), je vois que peu à peu me lâche l’attraction des métaphores. D’une poésie avant tout visuelle, peut-être, je suis passée à ce qui s’écoute et se laisse porter par le rythme, la fluidité du vers, son harmonie – ce qu’approuvait pleinement Pierre Dhainaut, qui me lisait avec une grande bienveillance.
Mais bien entendu, je peux toujours me tromper, me laisser embarquer par des enchaînements fallacieux, superficiels, qui me font sortir du sillon de ma voix. Sillon n’est pas ici péjoratif : de la même famille que sillage, il suggère une suite, une continuité naturelle, une trace spontanée. Alors je reviens au poème. J’aime retravailler mes textes, jusqu’à sentir : « Oui, là, cela sonne plus juste. » Un tel travail peut prendre des années…
J’entendais l’autre jour Amélie Nothomb (ma presque jumelle : nous sommes nées le même jour de la même année) expliquer avec beaucoup d’acuité ce que représentait le fait d’être un auteur. Oui, disait-elle, écrire est épouvantablement difficile mais c’est un tel plaisir…
Pour ma part, j’ai le même sentiment : écrire un poème, notamment, c’est à la fois un immense plaisir et une forme de travail sur soi-même.
Jusqu’à se rejoindre, tel qu’on est, ajusté à son propre rythme, son propre élan de vie – celui qui nous anime et nous déborde infiniment.
Sabine Dewulf
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1 commentaire:
Merci Sabine pour ce joli partage.
Brigitte (Marseille)
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