vendredi 28 août 2026

Connaître l'émotion

 "La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion : je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. 

L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. 

Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90 

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jeudi 27 août 2026

Descente en soi


Avez-vous l’impression d’être votre propre ennemi ? On parle beaucoup du saboteur qui vient nous couper l’herbe sous le pied au moment d’accomplir quelque chose. Ou de parts de nous-mêmes qui s’affrontent, sont en désaccord l’une avec l’autre.

Mais n’est-ce pas simplement nous qui le voyons ainsi ? 

Un jour, perdue dans une souffrance que je n’expliquais pas et que je ne pouvais pas maîtriser, je suis descendue jusqu’à ce point précis : il m’est apparu qu’aucune partie de moi ne me voulait de mal. Révélation intime. J’ai senti clairement que chacun des personnages qui coexistent en moi faisait ce qu’il pouvait pour s’exprimer, pour exister. C’était tout simple. Lumineux et bénéfique.

 « Au profond de l’épreuve

cet éblouissement :

jamais le plus petit lambeau

de ce qui me compose

ne me livra de guerre. »

(La Grâce des faux pas, préface d’Isabelle Lévesque, éditions Sans escale, 2026)

Sabine Dewulf

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mercredi 26 août 2026

L'âpre vérité

 L’APRE VERITÉ

la domesticité
ne tue pas l’amour
elle le décape
le pèle
de ce qu’il a d’illusoirement facile
pour le laisser brut
à vif
la domesticité
ne tue pas l’amour
elle assassine son leurre
son simulacre si bon marché
quand s’est évaporé
le leurre romantique
soit il ne reste rien
parce qu’il n’y avait rien
soit il reste
la possibilité de l’amour
en sa vérité
son âpre vérité
mon monde
ton monde
les deux qui se frictionnent
enchevêtrés dans le terrible filet du quotidien

Gilles Farcet

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mardi 25 août 2026

Chaos


Comment réagissez-vous quand plus rien ne va dans votre vie ? Quel regard portez-vous sur le chaos ?

J’aime particulièrement ce mot et ce qu’il désigne. J’en ai fait souvent l’expérience, parfois redoutable, souvent bien plus féconde que je n’aurais pu l’imaginer.

Bien que ce mot évoque souvent le désordre et le danger, je le vois plutôt comme une origine nécessaire. Sinon, pourquoi serait-il si présent au début des mythes de la création du monde ? 

Le chaos, nous le portons en nous. Nous y puisons sans le savoir nos plus belles intuitions. Il est indéfinissable, d’où sa puissance et sa beauté. Il est le germe confus de nos gestes créateurs. C’est l’inconnu qui nous met en mouvement, le brouillon qui nous permet d’écrire. Il nous fait naître et mourir plusieurs fois au cours de notre vie. 

Le chaos est aussi hors de nous. Mais notre raison voudrait l’éradiquer au profit d’un monde idéal. 

Cela ne signifie pas qu’il faille le laisser en l’état, que l’on doive s’y résigner. L’accueillir tel qu’il est, d’abord, ne signifie pas le subir, bien au contraire. Tout chaos appelle un cosmos. Mais tout cosmos rappelle un chaos. Et ainsi de suite.

Pour autant, je n’y vois pas d’absurdité. Le paradoxe (ou l’ambivalence) n’est pas absurde : il est le principe même de notre condition. Mais ce que nous ne pouvons pas conceptualiser, nous le rejetons. Au lieu de le vivre, le traverser, et y grandir.

Sabine Dewulf

Illustration : Marie Dewulf pour L'Oracle alphamythique 

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lundi 24 août 2026

Je dois

Le démon du « Je dois » nous dévore.

Je dois faire, je dois trouver, je dois obtenir, je dois réussir, je dois accomplir…

Nous courons, nous bondissons, nous nous empressons, nous nous dispersons pour tenter de l’apaiser, en vain.

Démon insatiable, il nous entraine dans une course effrénée. Á peine une requête satisfaite, une autre apparaît, son avidité maladive ne nous laisse pas une seconde de répit.

Il a grossi en nous, au fur et à mesure de l’engourdissement et de l’oubli de notre vraie nature, jusqu’à nous faire perdre notre discernement, notre sagesse innée.

Pour en venir à bout, une seule possibilité : lui faire face. Il ne s’agit pas de l’exterminer par la force mais de comprendre ce qui le motive et l’anime en profondeur. Pour ce faire, nous allons l’examiner sous tous les angles, l’interroger et l’écouter avec beaucoup de bienveillance et de patience. Il va alors pouvoir se détendre et découvrir que la paix et la félicité qu’il poursuit avec frénésie sont intégralement là, lorsqu’il ose s’abandonner en toute confiance à la pure sensation d’être et au mouvement de la vie.

Et nous, nous retrouvons l’espace et le silence nécessaires pour entendre la partition universelle et nous accorder à son tempo et ses circonvolutions.

Soga Shōhaku, Dragon et nuages, Edo période, 1763

- Nathalie Delaye

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dimanche 23 août 2026

Effet nocebo

 Effet nocebo : quand nos croyances négatives rendent malade

Il est moins connu que l’effet placebo : pourtant l’effet nocebo, avec ces attentes négatives qui déclenchent de vrais symptômes, est le plus puissant des deux.

Octobre 1973. Sam Shoeman apprend qu’il a un cancer de l’œsophage avec des métastases au foie. Son médecin, Clifton Meador, lui annonce qu’il n’a que quelques mois à vivre. Le malade tient à fêter Noël en famille, alors il s’accroche à la vie jusqu’au 25 décembre. Puis il décline rapidement et meurt… comme prévu, malheureusement. Mais, surprise : l’autopsie révèle que la métastase n’était en fait qu’un nodule de 2 cm, insuffisant à lui seul pour entraîner la mort. « Il n’est pas mort d’un cancer, écrira Clifton Meador, mais de la conviction qu’il mourait d’un cancer. »

Sam Shoeman est une victime du nocebo, le côté obscur du placebo. Car si le cerveau peut nous aider à guérir, il peut aussi nous faire plonger dans la douleur et la maladie. « C’est exactement le même mécanisme que le placebo, explique Léo Druart, chercheur au TIMC du CNRS. Le cerveau prédit ce qui va se passer. Si cette prédiction est négative, il déclenche une cascade de signaux qui vont dans ce sens. » Plus long à s’estomper que le placebo, le nocebo est aussi le plus puissant des deux effets.


Pourquoi ? Parce que notre cerveau est paramétré pour la survie. Il accorde donc plus d’importance aux informations négatives qu’aux nouvelles positives. Nous y sommes tous sensibles. Il suffit, par exemple, de se mettre à lire la liste des effets secondaires d’un médicament prescrit pour soudain en déclarer quelques-uns. La relation entre le patient et le médecin peut aussi déclencher le phénomène : un rendez-vous qui se passe mal ou même une incompréhension entre le patient et le praticien. Pour les médecins, c’est un vrai casse-tête… Comment informer les patients des effets secondaires d’un médicament sans… les induire ?

Attention à la contagion !

Surtout, l’effet nocebo est… contagieux ! Médias et réseaux sociaux jouent un rôle dans sa propagation. Exemple avec l’affaire du Levothyrox en 2017. Lors du changement de formule de ce médicament pour la thyroïde, des dizaines de milliers de patients ont signalé des effets secondaires : fatigue, chute de cheveux, palpitations… Une partie de ces effets était sans doute liée aux nouveaux excipients utilisés. Mais pas seulement. Léo Druart pointe un autre mécanisme : « Les groupes Facebook ont amplifié les symptômes. Les gens lisaient les témoignages des autres, s’identifiaient et développaient à leur tour des effets qu’ils n’auraient peut-être pas ressentis sans cette exposition. La parole médicale, insuffisamment expliquée, a fait le reste. »

Plus étonnant encore, dans son livre l’Intelligence collective (les Arènes/Markus Haller), Joseph Henrich, directeur du département de biologie évolutive humaine à l’université Harvard, fait un lien entre l’effet nocebo et les pratiques de sorcellerie dans certaines cultures. Il évoque notamment la crainte du « mauvais œil ». « Un individu qui en a peur et qui croit à la sorcellerie peut fort bien produire dans son propre corps des réactions biologiques entraînant la maladie ou même la mort dans des environnements riches en pathogènes, écrit-il. La sorcellerie peut donc réellement causer des réactions concrètes dans le corps d’un individu qui l’en croit capable. » Mieux vaut donc croire à nos superpouvoirs de guérison plutôt que d’écouter le mauvais docteur Nocebo…

Extrait de La Vie

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Conseil personnel : remplacer nocebo par "Oh c'est beau !"

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samedi 22 août 2026

Placebo : leviers de guérison

3 leviers pour activer nos forces de guérison intérieures

1- Soigner la relation avec son médecin

L’effet placebo n’est pas propre aux traitements placebo. Il est présent dans tous les soins. « Quand vous allez chez le médecin, quand vous entrez dans une pharmacie, quand vous poussez la porte d’un hôpital, il y a déjà de l’effet placebo », rappelle le chercheur Léo Druart, spécialiste du placebo. Ce qui signifie que la qualité de la relation avec votre soignant fait partie intégrante de l’efficacité du traitement.

Une consultation qui se passe bien, où vous vous sentez écouté, pris au sérieux, compris, renforce les attentes positives et active les mécanismes de guérison intérieurs. Une consultation expéditive, anxiogène ou mal expliquée peut au contraire déclencher un effet nocebo. Or le système de soin a tendance à prioriser le traitement au détriment du soin lui-même. Si votre médecin n’a que deux minutes, le contexte thérapeutique est déjà abîmé avant même que le soin ne commence.

La méthode

Préparez votre consultation : notez à l’avance vos symptômes, vos questions, vos inquiétudes… Cela vous permettra d’utiliser au mieux le temps disponible et d’éviter de ressortir de votre rendez-vous avec des doutes non formulés, terreau idéal pour l’effet nocebo. N’hésitez pas à demander des explications sur votre traitement : comprendre pourquoi on prend un médicament en renforce l’effet. Et si la relation avec votre médecin est durablement froide ou expéditive, cherchez-en un autre.


2- Pratiquer la cohérence cardiaque

La cohérence cardiaque est sans doute la technique la mieux documentée scientifiquement pour activer nos forces de guérison intérieures. Et surtout l’une des plus simples à mettre en œuvre. Elle agit sur le système nerveux autonome, celui qui régule les fonctions involontaires du corps : le rythme cardiaque, la digestion, la réponse immunitaire.

En temps normal, le stress chronique maintient ce système en mode « alarme », ce qui entraîne une sécrétion excessive de cortisol et supprime progressivement les défenses immunitaires. La cohérence cardiaque bascule le système nerveux vers son mode opposé : le repos et la réparation. Des études suggèrent qu’après un mois de pratique quotidienne, le taux de cortisol diminuerait significativement.

Dans le même temps, le taux d’immunoglobulines A, ces anticorps qui constituent notre première ligne de défense immunitaire, augmenterait. Les effets commenceraient après seulement quelques minutes de pratique.

La méthode

Inspirez lentement pendant cinq secondes, expirez pendant cinq secondes. Répétez pendant cinq minutes, trois fois par jour, idéalement le matin, à midi et le soir. De nombreuses applications gratuites peuvent vous guider. Trois semaines suffisent pour observer les premiers effets.


3- Entraîner son cerveau à se soigner lui-même

Le cerveau apprend par association. C’est ce principe que le psycho-immunologue allemand Manfred Schedlowski a exploité avec succès auprès de patients souffrant d’allergies, de psoriasis, de TDAH ou de maladies auto-immunes. Le principe ? Associer l’effet thérapeutique d’un médicament à un stimulus neutre (une boisson, une odeur) pour qu’à terme ce stimulus seul suffise à déclencher une réponse thérapeutique. Les scientifiques appellent cela « l’effet de guérison apprise ».

Bien sûr, il ne s’agit pas de se passer de traitement en cas de maladie grave. Mais pour des pathologies légères du quotidien (céphalées, troubles du sommeil…), cette technique peut aider à réduire progressivement les doses de médicaments ingérés.

La méthode

Choisissez une boisson que vous ne consommez pas habituellement, ou une huile essentielle réservée à cet usage : menthe poivrée contre la migraine, lavande contre l’insomnie. Prenez-la systématiquement en même temps que votre médicament. Votre cerveau va peu à peu associer ce stimulus à l’effet thérapeutique. Dans l’étude de Manfred Schedlowski, quatre prises de médicament accompagnées de lait fraise ont suffi pour que le seul lait fraise produise ensuite un effet mesurable.

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Extrait de la Vie 

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vendredi 21 août 2026

L'effet placebo (2)

 En tant que kinésithérapeute, avez-vous observé ces phénomènes dans votre propre pratique ?

Oui, et parfois de façon cocasse. Je me souviens d’une patiente à qui je faisais une mobilisation du dos : à un moment, c’est mon propre poignet qui a craqué. Elle a aussitôt soufflé : « Ah, ça y est, ça va mieux. » Quand je lui ai dit que c’était mon articulation à moi, on a ri ensemble, et cela nous a permis d’avoir une vraie conversation. Elle avait associé le craquement à la guérison. Attention, ce n’est pas imaginaire ! Ce craquement avait bel et bien déclenché quelque chose de réel dans sa perception de la douleur.

On voit d’ailleurs beaucoup cela avec des pratiques comme l’ostéopathie : des patients qui attendent qu’un dos « craque » pour avoir la certitude que le traitement a fonctionné. Le craquement en lui-même ne répare pourtant rien : il est provoqué par des bulles d’air qui éclatent dans l’articulation. Mais il peut déclencher un effet placebo puissant, parce que le cerveau l’a associé à une idée de réalignement, de réparation.

Quel rôle joue la relation soignant-soigné ?

C’est fondamental. Quand la relation est bonne, elle envoie un signal très fort : « Je suis entendu, pris au sérieux, quelque chose est en train d’être fait pour moi. » Ce signal renforce les attentes positives et active les mécanismes dont on vient de parler. À l’inverse, une relation froide, expéditive ou anxiogène peut affaiblir l’effet d’un traitement par ailleurs efficace. Le soin, ce n’est jamais seulement une molécule ou un geste technique. C’est aussi la façon dont cette molécule ou ce geste sont donnés.

Et c’est un point essentiel : l’effet placebo n’est pas propre aux traitements placebo. Il est présent dans tous les soins ! Quand vous allez chez le médecin, quand vous entrez dans une pharmacie, quand vous poussez la porte d’un hôpital, il y a déjà de l’effet placebo. Lorsqu’on teste une substance active en utilisant un groupe placebo, on veut savoir ce que celle-ci va apporter en plus de l’effet placebo ! La vraie question est donc celle-là : comment donner aux soignants les moyens de maximiser cette dimension dans ce qu’ils font déjà ?

Un placebo fonctionne-t-il encore quand le patient sait que c’est un placebo ?

Oui, et c’est là que les résultats sont vraiment surprenants. Les études sur le « placebo ouvert » que nous avons menées au laboratoire TIMC montrent quelque chose d’inattendu : si le traitement est bien expliqué, le fait de savoir qu’il s’agit d’un placebo n’en annule pas les effets. Le placebo ouvert marche aussi bien que le placebo donné à l’insu de la personne. C’est plutôt rassurant, car si parler du placebo suffisait à le neutraliser, écrire un livre sur le sujet serait une mauvaise idée ! L’effet placebo, c’est de l’apprentissage du système nerveux. C’est comme un réflexe : qu’on le sache ou pas, il se déclenche dans le contexte approprié.

Quelles sont les limites de l’effet placebo ?

Il agit sur des symptômes modulés par le système nerveux central : la douleur, l’anxiété, la fatigue, certaines fonctions motrices. Il y a par exemple des études prometteuses sur la fatigue liée à la chimiothérapie où des placebos ouverts ont permis aux patients de se sentir moins épuisés.

Mais le placebo ne traite pas les causes des maladies. Il ne répare pas un os cassé, ne détruit pas un virus, ne fait pas disparaître une tumeur.

Ces mécanismes que vous décrivez peuvent-ils s’appliquer à d’autres pratiques comme la prière ou la méditation ?

Oui, certains mécanismes comparables peuvent se mettre en jeu, mais il faut le dire avec nuance. La science peut étudier les effets physiologiques de ces pratiques. Elle ne se prononce pas sur leur dimension spirituelle. Ce qu’on peut dire, c’est que toute pratique inscrite dans un contexte porteur de sens peut mobiliser ces mécanismes : un rituel ou bien une attente positive. On retrouve exactement la même chose chez les sportifs de haut niveau avec leurs rituels d’avant compétition. Si on les perturbe, les athlètes se sentent moins performants. Ce n’est pas de la superstition, mais de l’apprentissage.

Ces découvertes peuvent-elles transformer la médecine ?


Elles aident surtout à mieux comprendre la médecine d’aujourd’hui. Ce que montre l’effet placebo, c’est que l’efficacité d’un soin ne dépend pas seulement de ce qu’on administre, mais aussi de la manière dont on le fait. Une même molécule, une même séance de rééducation peuvent produire des effets très différents selon le contexte, la relation, les mots employés, le temps disponible. Et là, franchement, c’est inquiétant, car le système de soin actuel a tendance à prioriser le traitement au détriment du soin lui-même. Si votre médecin n’a que deux minutes, s’il est épuisé, si vous attendez des semaines avant de le voir, le contexte thérapeutique est déjà abîmé avant même que le soin commence.

Et ce n’est pas seulement une question de placebo. Quand on a du temps de consultation, on passe moins à côté d’un diagnostic. Quand un soignant écoute vraiment, les patients se livrent mieux. Quand le soin se passe bien, les gens adhèrent davantage au traitement. Tout cela se renforce. Le placebo et le nocebo sont peut-être un argument de plus pour défendre une certaine idée du soin. Mais l’argument de fond, c’est simplement que le soin, ce n’est pas que le traitement. Le temps, l’écoute, la qualité de la relation en sont des ingrédients précieux.

Extrait de La Vie (08/2026)


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jeudi 20 août 2026

L'effet placebo (1)

 Kinésithérapeute de formation, chercheur au laboratoire TIMC (Recherche translationnelle et innovation en médecine et complexité) du CNRS et à l’université Brown, aux États-Unis, Léo Druart est coauteur de Placebo, enquête historique et scientifique sur un mystère médical (les Arènes, 2026), écrit avec Richard Monvoisin et Nicolas Pinsault.

À la croisée de l’histoire et de la science, ils y décryptent les mécanismes biologiques qui font de nos attentes un véritable outil thérapeutique. Et nous ouvrent la porte d’un champ de recherche en plein essor : celui de nos forces de guérison intérieures.

Vous racontez dans votre livre des cas spectaculaires d’effet placebo. Lequel vous a le plus marqué ?

Il y a les chirurgies placebo des années 1970, qui ont profondément transformé la médecine. On pratiquait alors des ligatures d’artères mammaires pour soulager l’angine de poitrine. Un chirurgien a eu l’idée de faire un test : un groupe recevait l’opération complète, un autre était anesthésié, incisé, puis recousu sans que l’on ait touché à rien. Résultat : les deux groupes allaient tout aussi bien. Cela signifiait qu’on avait opéré des milliers de patients pour rien, mais aussi que le contexte chirurgical lui-même produisait un effet thérapeutique réel.

Et puis il y a ce cas vertigineux, qui illustre les deux faces, positive et négative, du même phénomène : celui d’un homme participant à un essai clinique sur un nouvel antidépresseur, qui, à la suite d’une rupture sentimentale, a avalé l’ensemble de ses comprimés pour tenter de mettre fin à ses jours. Aux urgences, les médecins n’arrivaient pas à le stabiliser. Il semblait sur le point de mourir… Jusqu’à ce qu’ils appellent les responsables de l’étude pour connaître la composition du médicament. Réponse : l’homme était dans le groupe placebo ! Ses pilules ne contenaient aucun principe actif. Une fois qu’on le lui a dit, son état s’est rapidement amélioré. Ses attentes négatives l’avaient presque tué, et la vérité l’a sauvé.

L’effet placebo, ce n’est donc pas « juste dans la tête ». Que se passe-t-il concrètement dans notre cerveau ?

On dit souvent « c’est placebo » comme si cela voulait dire « c’est imaginaire », « ça ne marche pas ». En réalité, l’effet placebo est un phénomène bien réel, avec des mécanismes physiologiques mesurables. Sans que nous en ayons conscience, notre cerveau ne cesse d’anticiper ce qui va se passer. Il ne se contente pas d’enregistrer le présent : il prédit l’avenir à partir de ce qu’il a appris. Il interprète donc certains signaux du contexte de soin – une parole rassurante, un geste thérapeutique, une simple blouse blanche – comme des indices qu’une amélioration est possible. Prenons le cas de la douleur : le cerveau peut en « baisser le volume » en diffusant des endorphines. Le mot « endorphine » vient d’ailleurs de « morphine endogène », la morphine que l’on a en soi.

Nous avons en nous une véritable pharmacie. Le cerveau peut libérer ses propres analgésiques – endorphines et opioïdes endogènes –, activer nos récepteurs cannabinoïdes pour produire apaisement et bien-être, et mobiliser les circuits dopaminergiques qui déclenchent motivation et plaisir. Une étude de 2021 illustre ce mécanisme de façon assez stupéfiante. Tous les participants recevaient un placebo. On disait à certains : « Ce traitement agira dans 5 minutes. » Et aux autres : « Ce traitement agira dans 20 minutes. » Il y avait une horloge dans la pièce. Résultat : le soulagement s’est produit exactement au moment annoncé pour chaque groupe. Le cerveau a pris l’information au pied de la lettre !

Sommes-nous tous égaux face au placebo ?

Il n’existe pas de « profil placebo-répondeur ». Tout le monde en a la capacité, parce que c’est ancré dans le fonctionnement de base de notre cerveau. Ce qui varie, c’est le moment dans la vie : on est plus ou moins sensible au contexte selon les périodes. Et surtout, les déclencheurs sont très personnels. Le cerveau apprend par association, tout au long de la vie. Enfant, quand j’avais mal, ma mère me donnait un comprimé effervescent. Mon cerveau a donc appris à associer ce petit bruit à l’idée que ça allait aller mieux.

Aujourd’hui encore, ce son déclenche chez moi une cascade de signaux neurophysiologiques qui atténuent la douleur, avant même que la moindre molécule active ait pu agir. Je suis conditionné. Comme nous le sommes tous, mais chacun différemment. Ce bruit effervescent ne déclenchera probablement rien chez vous si vous n’avez pas vécu cette association-là. C’est ce qui explique qu’il n’existe pas de placebo universel. Il n’y a pas de recette miracle qui fonctionnerait pour tout le monde. L’effet placebo est toujours une rencontre entre un contexte et une histoire personnelle. D’ailleurs, à la fin de notre ouvrage, chacun des auteurs raconte son propre placebo, et ils n’ont rien en commun !

Extrait du magazine La Vie - août 2026

A suivre...

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mercredi 19 août 2026

Rien ne manque


Le sage ne rencontre pas de difficultés. Car il vit dans la conscience des difficultés. Et donc il n'en souffre pas.
Sois content de ce que tu as. Réjouis-toi de la réalité telle qu'elle est.

Quand tu comprends que rien ne manque, le monde entier t'appartient.
~ Lao Tseu

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«Si vous voulez réveiller toute l'humanité, alors réveillez-vous complètement.
Si vous voulez vous éloigner du monde de la souffrance, alors éloignez-vous de tout ce qui est sombre et négatif en vous.
En vérité, le plus grand cadeau que vous ayez à donner est celui de votre propre transformation.»

~ Lao Tseu
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mardi 18 août 2026

S'incarner


Je me suis beaucoup interrogée, en poésie comme ailleurs, sur la manière dont on pouvait vraiment s’incarner. Je ne suis pas dans la peau des autres, je ne sais donc absolument pas ce que signifie ce verbe pour eux. 
L’expérience doit être différente pour chacun. Ne serait-ce pas fascinant de pouvoir se glisser brièvement dans la peau de ceux que nous rencontrons ?
Peut-être ai-je rencontré plus que d’autres la difficulté de coïncider avec son propre corps. Mais j’ai constaté, en écoutant et en observant de nombreuses personnes différentes, que souvent les pensées nous arrachent à nos sensations et même à nos émotions. Nous connaissons assez bien les sensations et émotions heureuses mais celles qui nous déplaisent, il m'apparaît que nous sommes assez habiles pour les fuir. Cette habileté vient sans doute du fait que nous avons appris à les éviter très tôt, dès notre plus jeune âge. Il me semble que notre société exhibe le corps, en le codifiant et en le condamnant à la honte de ses particularités (même si les choses progressent un peu, heureusement), sans nous apprendre à l’habiter… 
Mon dernier recueil de poèmes, La Grâce des faux pas (Sans escale, 2026), est sans doute celui qui parle le plus de cette tentative de revenir au corps. Il est d’ailleurs inauguré par deux très belles citations de Claudine Bohi, dont je ne résiste pas à citer ici l’une d’elles : 
« c’est par le corps entier que nous nous apprenons / avant les mots le monde entrait en nous par tous nos pores […] ». (Parfois l’un d’entre nous, L’herbe qui tremble, 2023).
Quant à mon dernier jeu, l'Oracle alphamythique, il propose systématiquement, pour chaque carte tirée au sort, d’entrer dans la posture de la lettre alphabétique associée à une divinité mythologique. J’ai consacré les trois premières lettres de l’alphabet à cette étape fondamentale qui consiste à s’incarner vraiment : A – B – C. 
Apparaître pour s’Ancrer et s’Affirmer avec Apollon, écouter ses Besoins de Bien-être avec le Bébé Bacchus et Contacter le monde avec Créativité avec Cérès, la Cultivatrice : autant d’attitudes physiques qui peuvent permettre de mieux commencer sa journée, par exemple…

Sabine Dewulf

Illustration de la carte de l'oracle : Marie Dewulf.

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lundi 17 août 2026

Accueillir

 

"J'ai toujours voulu
tout accueillir tout aimer
tout faire vivre
d'un seul regard démultiplié
m'accorder à ma ligne de plus haute tension
par-delà la fatigue
par-delà l'épuisement
tout accueillir tout
aimer
aller
aller plus avant
vers les grands creusets de l'effervescence
ne jamais en finir avec l'infini
doter chaque instant
d'une présence authentique
dernier souffle premier souffle
REPRENDRE HALEINE"
Zéno Bianu 1950-2026 - Satori Express
sculpture: Sachiko Kam

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« Devoir de vacances »


- « Avec »
ou
« sans »
Nuage,
regarde :
le Ciel
- Nous passons notre vie à observer
ce qui apparaît et ce qui disparaît
ce qui nait et ce qui meurt,
nous ne voyons pas
ce qui jamais n’apparaît, ni ne disparaît,
ce qui n’est jamais né et ne mourra jamais,
nous ne voyons pas le ciel…
Nous prenons pour réel
ce qui nait et ce qui meurt,
ce qui apparaît et ce qui disparaît
dans la conscience,
nous oublions la Conscience…
- « Avec »
ou
« sans »
Apparition,
regarde :
l’Espace
- « Avec »
ou
« sans »
Bruits,
écoute :
le Silence
- « Avec »
ou
« sans »
Douleurs,
observe :
la Vie
- « Avec »
ou
« sans »
Objet,
choisis :
l’Amour.
Jean-Yves Leloup, août 2026

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