"Joy is in action, not in planification."
Oui, et j’aime l’image de la jachère : parfois, ne rien faire est plus fécond que faire. Si cela est avéré en agriculture, pourquoi cela ne serait-il pas vrai pour nous aussi ? En passant pendant deux ans dans mon petit jardin à écouter les oiseaux, j’ai réalisé qu’il y en avait 41 sortes différentes. La fécondité de cette écoute ne fut pas seulement l’identification de 41 espèces, elle engendra aussi une prise de conscience le jour où il en manqua un : je mesurai alors l’effondrement biologique, et, face à cette réalité insupportable, je me mis dans l’action en m’engageant dans l’écologie. L’idée de jachère prend ici tout son sens : dans mon silence du matin, j’ai longtemps ignoré que 41 sortes d’oiseaux se cachaient dans le jardin. Le silence permet une autre perception du réel. Il nous rend plus poreux à ce qui nous entoure, et offre ainsi la possibilité de se laisser toucher et rejoindre.
On parle de « silence de mort ». Il y a le silence des victimes et celui des bourreaux. Le silence de celui qui n’a pas la place de s’exprimer, et du témoin qui ne veut pas voir, pas dire. Le silence comme négation de l’être, de ce que vit l’autre : ceci n’existe pas, je ne veux pas entendre ta parole. On le voit notamment avec les abus sexuels. C’est là le contraire du silence d’écoute. Il y a aussi le silence enfermant, de la personne qui ne peut plus parler en elle-même, parce qu’elle est, par exemple, en dépression. Il faudra beaucoup d’écoute pour parvenir à la faire sortir de ce silence…
Il y a peut-être, dans ce paradoxe, une réaction de survie : nous vivons dans une société de la sursollicitation permanente, en bruit, en sons, en monde. En images aussi – qui génèrent du bruit intérieur. Nous avons du mal à échapper aux écrans dans l’espace public, cela envahit nos cerveaux. Sans parler de nos téléphones qui nous envoient des notifications. Notre organisme en pleine overdose voudrait être plus tranquille et dans le même temps, s’il est enfin moins sollicité, on se sent esseulé, comme mort. Si la relation n’est que sur le mode de la sursollicitation, alors l’absence de sollicitations reviendrait à absence de relation. Là se niche peut-être l’angoisse, en partie. Et pourtant : si le langage est relation avec l’autre, le silence peut aussi être relation. Merveille du silence partagé dans l’amitié ou l’amour… Pouvoir se taire à deux, c’est vivre ensemble la présence.
Et le silence, lui, est gratuit et prend du temps… Le risque de nos sociétés hypermatérialistes est de nous vider de l’intériorité. Et ce qu’il reste de l’intériorité, on nous le vend sous forme marchande : multiplication de stages de développement personnel, de yoga, de jeûne, etc. Loin de moi l’idée de condamner tous les stages, mais il s’agit de faire preuve de discernement et il y a des miroirs aux alouettes. La gratuité est d’ailleurs suspecte et c’est comme les stages de jeûne où vous payez très cher le fait d’être encadré pour ne pas manger : j’imagine que si l’on avait réussi à mettre un prix au silence, il y aurait des marchands de silence.
Dans les deux, on creuse pour faire place à l’inattendu. Car, si on attend quelque chose, on ne fait pas réellement place. L’inattendu est comme la Résurrection. Quelle surprise pour les apôtres face au Christ ressuscité ! On retrouve cet inattendu dans la Nativité, faisant suite à l’Avent, temps d’attente et de silence : un roi enfant né dans une mangeoire… Jeûner de bruit, pratiquer « l’abstinence des lèvres », comme l’écrit Nathalie Nabert, dans le Maître intérieur, n’a ainsi pas pour but d’attendre quelque chose de précis, au contraire. La fécondité est la possibilité d’un surgissement quel qu’il soit. D’un projet, d’une parole, d’une rencontre.
Le silence nous fait éprouver le manque, car il nous oblige à nous asseoir et à nous poser les vraies questions. À revenir à l’essentiel. Or, face à une société du plein, du gavage, avec trop de bruit, de calories, de choses à acheter ; une société qui répond toujours à la satisfaction immédiate du besoin et du désir, se découvrir habité par le manque – et je pense qu’il est consubstantiel à ce qu’on est – me paraît un remède sain. Car c’est en se vivant dans l’incomplétude qu’on ira chercher ailleurs, qu’on s’ouvrira à la relation à l’autre et à Dieu.
-----------------------Gratuit, subversif et fécond, le silence n’a jamais été autant désiré et recherché dans une société bruyante, invasive et consommatrice. Entretien avec Anne Le Maître, autrice d’« Un si grand désir de silence » (Cerf), qui a reçu en 2023 le prix de la liberté intérieure.
Interview Anne-Laure Filhol
Il n’est pas forcément l’absence de bruit. C’est un état intérieur d’apaisement du tumulte en soi. Le silence permet à la fois d’être davantage dans la justesse vis-à-vis de son être intérieur et beaucoup plus disponible à ce qui arrive. Les deux s’enrichissent simultanément et si l’un va sans l’autre, il y a déséquilibre. Le silence est ainsi ce lieu intérieur dans lequel le dialogue entre ce qu’on est profondément et ce qui advient dans la relation avec les autres peut s’épanouir.
Non, c’est même l’inverse. Le silence intérieur est ce moment – ou ce lieu – où les pensées incessantes, où les mouches que l’on a dans la tête (« Il faut que je sorte la lessive de la machine à laver, que je prenne rendez-vous avec telle personne… ») se calment. Nous avons plusieurs niveaux de conscience de soi. Le silence intérieur est peut-être moins la pensée et davantage ce qu’il se passe à un niveau plus spirituel. Lorsque je fais une retraite ou que je pars marcher, plusieurs jours sont nécessaires pour que je descende dans le lieu du cœur, qui n’est pas un endroit où je ne pense pas, mais où je pense juste. Un lieu où je suis reliée à quelque chose qui est une source profonde, à une énergie vitale. Aussi, comment fait-on pour prendre une décision de vie ? Ne faut-il pas se taire et se rendre compte à un moment que la décision est prise ? Quelque chose s’est joué dans le non verbal.
Sans aucun doute. Et quand on est croyant, on peut y voir la présence de Dieu…
Telle est la question angoissante : qui suis-je quand je ne parle pas ? Pourtant, si je me tais, ce n’est, la plupart du temps, pas le vide que je vais rencontrer, mais du plein. Du plein d’être. Prenons un exemple : vous êtes en forêt avec des amis, il fait beau, les oiseaux chantent. Au bout d’un moment, vous décidez de vous asseoir et de vous taire. Et plus vous allez vous taire, plus vous allez percevoir tout ce qu’il se passe : prendre conscience de la diversité des oiseaux – qui vont peut-être chanter plus fort parce que vous les dérangez moins –, des arbres, des plantes… De faire diminuer quelque chose de sa propre présence envahissante va ainsi faire surabonder le reste. Dans le silence, il y a de la surabondance en soi (de sensations, de réflexions de souvenirs) et à l’extérieur de soi.
Je crois que l’ennui n’est que le début de l’angoisse du vide. Et en général, on s’arrête à l’ennui et on le comble d’une manière ou d’une autre. Là réside le divertissement pascalien, nous détournant de l’essentiel : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Le silence nous renvoie ainsi à notre finitude, à la mort, et nous sommes souvent réfractaires à regarder en face cette idée inconfortable. Le silence requiert un certain travail, certaines conditions…
Dans mon cas, c’est d’abord de considérer la possibilité du silence comme un état de fécondité et non pas de perte. Puis d’identifier ce qui constitue un écosystème favorable pour qu’à certains moments il y ait ces silences dans ma vie. Cet écosystème démarrait dès le matin, quand je ne vivais pas seule : je me levais souvent une heure avant le reste de la maison. Un temps où je passais une heure à boire mon thé et à réfléchir, où surgissait parfois une envie d’écrire ; de prier à d’autres moments. C’était un temps d’ouverture. Ensuite, je m’impose une certaine discipline, en restant vigilante pour discerner les moments où je me laisse trop aller, lorsque par exemple je me connecte quatre fois en quelques heures à un réseau social. Aussi, mon besoin de silence est nécessaire, pour mon équilibre intérieur et l’écriture. Si je suis donc trop longtemps dans le bruit et que je suis mal, je rentre chez moi, renonce à voir telle ou telle personne, je me passe d’écrans. La troisième condition est à mes yeux le travail, au sens de la persévérance dans ce modèle-là.
Il passe son temps à repérer et à mépriser en autrui des fautes et des faiblesses qui sont en fait camouflées et refoulées en lui-même...
Les Aphorismes : Svâmi Prajnânpad pris au mot - Édition bilingue français-anglais
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Le fait de parler à l’autre oralement supposait jusqu’à présent au moins un « maintenant », un présent en commun (pas forcément un « ici » depuis que le téléphone existe). La conversation nécessitait une forme de synchronisation. Or le vocal est un mode de communication orale sans synchronisation, c’est la première fois que cela apparaît dans l’histoire de l’humanité.
C’est un changement anthropologique ?
Bien sûr. Aujourd’hui, le message est antérieur à l’acte de communication. Quelqu’un est seul ; il détient une information ; il la délivre ; la seule chose importante, c’est de s’assurer que l’autre l’a bien reçue. À l’inverse, dans les dialogues de Platon, on crée des vérités par l’échange et le dialogue. Il n’y a pas de message préexistant. Socrate dit : je sais que je ne sais pas. Le questionnement, l’échange nous conduisent quelque part. On vit un voyage à deux vers le message.
Dans notre paradigme actuel, le message est antérieur à la rencontre. C’est quand même moins intéressant ! La rencontre ne va pas me faire changer ni m’amener à penser, créer, ressentir des sentiments nouveaux. On ne se laisse plus bousculer par la rencontre : je veux juste que les autres entendent ce que j’ai à dire et qu’ils l’acceptent. Dans l’acte de communication, il y a désormais une forme d’autoritarisme.
Alexandre Lacroix, directeur de la revue Philosophie magazine
source : La Vie magazine
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Des conseils pour la pratique de la méditation à suivre...
« La nature est maitresse dans l’art d’éduquer à la beauté et au silence intérieur. Le répertoire des formes qu’elle propose est toujours varié et parfaitement architecturé. Travailler avec ce répertoire m’oblige à observer le rythme, la construction et l’élan de n’importe quelle tige, fleur ou graine. L’épuration et la simplicité obéissent à la règle de l’efficacité et la servent en donnant la forme la plus aboutie qui soit » . A. Bernegger
La nature : des formes innombrables, improbables, étonnantes
; formes qui parfois nous semblent d’une rare complexité, et qui pourtant
n’obéissent qu’à la règle de l’efficacité, soit : développer la manière d’être
la plus simple et la plus directe pour vivre et survivre dans tel ou tel
milieu, du plus favorable au plus hostile, avec une intelligence d’adaptation
et d’interdépendance à l’Ensemble qui nous laisse souvent pantois, nous,
l’espèce humaine.
A de rares exceptions, nous avons oublié en tant qu’humain
ce que peut être une efficacité vitale.
Nous développons une « efficacité mentale », propre à nous
enfermer toujours plus dans ce que nous pensons être bon, rentable, utile,
confortable … pour une seule espèce : la nôtre ; et quand elle ne sert pas
l’espèce humaine, cette efficacité se réduit encore à : « Moi et seulement Moi ».
De ce fait, nous nous coupons de l’Ensemble, de la vie sous toutes ses formes,
changeantes et interdépendantes, de cette « efficacité vitale » dont la forme
la plus aboutie va droit au but : servir la vie et son devenir.
Cette efficacité, reliée à la notion de simplicité de la
forme et du geste, m’a immédiatement ramené à la voie du zen, qui nous invite à
« ne plus fuir l’essentiel ».
Ne plus fuir en redécouvrant notamment « ce que peut le
corps » (cf. post précédent).
Question à Graf Durckheim : « quelle est la place du corps
sur le chemin que vous proposez ? »
Réponse : « La première ! »
Dans le zen, lors de l’exercice, nous pratiquons la
répétition et le renouvellement d’un geste ou d’une séquence de gestes,
l’épuration et la simplification de la forme et du geste.
Cela nous montre comment nous ouvrir à l’essentiel, comment
ne pas se perdre dans les détours de la pensée. S’exercer, pratiquer, c’est
apprendre à agir de la manière la plus juste possible - forme, tenue, rythme,
respiration - afin d’être en accord avec les lois du corps vivant, qui sont les
mêmes que pour tout autre être vivant.
Avec la pratique d’un exercice, ce que le corps montre,
prouve, c’est qu’un geste appris, répété, renouvelé, parfaitement maitrisé …
redevient épuré, simple, précis, direct et efficace, tels les gestes purs du
bébé.
Ce que le corps peut, c’est m’ouvrir au geste en lien avec
des forces universelles (hara), en lien avec l’Ensemble, ce flux qu’est vivre,
en changement et en interaction permanent.
Ce que le corps peut, c’est me relier à une forme, des
gestes rythmés par la vie.
Ce que le corps peut, c’est me relier à l’infaisable, ce que
le Moi ne peut pas faire ; « des actions qui transcendent les capacités de ce
qu’on appelle notre vouloir ».
Nous sommes des êtres vivants avant de devenir des êtres
pensants.
Ce n’est pas regretter le progrès ou décrier la grande
intelligence dont l’humain est capable que de dire cela. Mais force est de
constater que dans bien des domaines, la folie, la détresse et la froideur du monde
technologique et rationnel actuel a privé la personne de ses racines, qui vit
comme une culture hors-sol.
Si l’être humain est, à l’origine, un geste de la nature, il
le reste toute son existence, indépendamment du fait qu’il est aussi un être
pensant.
Le corps, avant d’être pensé, nommé, étudié et vécu en tant
qu’objet, est un champ de conscience, d’actions et d’expériences, et le reste
toute notre existence.
La pratique de la voie du zen nous incite à nous poser
sérieusement cette question : est-il plus sage de considérer que l’objet corps
est un outil de la pensée ou de considérer que la pensée est un outil du corps
vivant ?
« La pensée, un outil du corps vivant ? Vous n’y pensez pas,
cette façon de voir est impensable ! »
Oui, « impensable ». Mais la possibilité d’une expérience
est bien réelle : le corps, champ de conscience, est la forme, le geste qui
nous relie, d’instant en instant, à la source de vie que nous sommes depuis
toujours, notre vraie nature, et cette expérience, qui n’est pas
inconnaissable, laissera notre mental coi.
Que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscient ou
non, nous appartenons à la Vie, source et soutien de notre existence.
Le corps vivant, leib, rappelle à l’homme que sa complétude,
son point d’appui, sa grandeur, est qu’il peut devenir conscient de cette
appartenance à plus grand, conscient « qu’en tant que vague il est aussi océan
».
Si le corps objet sert le mental humain dans son désir
d’accumulation, de performance et de domination, la reconnaissance et
l’épanouissement du corps vivant nous redistribue dans ce rôle souvent oublié :
servir la vie et son devenir.
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Il n'existe simplement rien de tel.
A l'inverse de cette perspective, il m’apparaît que plus on grandit, plus on s'éveille à la réalité, plus on s’aligne au projet divin, plus nous éclairons ainsi des mémoires racines nous concernant personnellement mais également collectives et transgénérationnelles et dont nous héritons parfois, en partage, dans un destin particulier que nous ne contrôlons pas.
Cela signifie qu’au lieu d’arrêter un jour d’être « pétris » (et d’enfin pouvoir siroter tranquillement un cocktail spirituel au bord d’une piscine, sans débordement), nous sommes, en fait, sollicités pour travailler encore plus en profondeur, pour soi let les autres, et vivre des traversées nouvelles. Une autre page exigeante de notre cheminement débute à l’endroit où l’on espère atteindre un plateau.
Je ne dirais pas que nous souffrons davantage, parce que nous sommes portés par une perspective différente, moins centrée sur le confort et les bénéfices corporels et émotionnels de nos efforts. Mais dans la mesure où nous sommes plus aptes à traverser, il va nous être demandé plus (et non pas moins). Il est aussi dit que rien ne nous est demandé au-delà de ce que nous pouvons supporter mais, le plus important, c'est que nous ne sommes pas ici pour arriver à un état d'équilibre psycho-physiologique parfait et stationnaire, sur cette Terre, ni pour être enfin tranquille, le sourire aux lèvres en permanence, plus jamais embêtés par rien.
C’est très tentant, je ne le nie pas, mais c’est trompeur.
Les mystiques concevaient d'ailleurs leur progression vers la sainteté non comme un trophée ou un état final bien mérité mais comme une disponibilité accrue au plan divin telle que la notion de service croise celle du sacrifice, que le sens de notre existence terrestre n'est pas d'obtenir la santé parfaite de ce corps ou d'éviter tout danger mais d'être sûr que notre temps est exploité au mieux pour faire Sa Volonté. Toute autre option étant jugée fantasmagorique.
Une démarche qui glorifie le détachement absolu, l'extase permanente, la retraite spirituelle béate et les pouvoirs personnels extraordinaires est à l'envers d’une conception sérieuse du cheminement spirituel.
Il est évident que la complaisance du développement personnel est le fruit de notre civilisation matérialiste, moralement délabrée, ce qui explique pourquoi même les conceptions apparemment les plus lumineuses contiennent aujourd’hui leur part d’ombre comme celle de l'éveil spirituel qui finit par faire miroiter des aboutissements irréels ou trop superficiels.
Si nous devions vraiment dessiner un objectif, j’en suis arrivé aujourd’hui à penser que la notion de sainteté (humble, telle que conçue par le mysticisme) est de loin préférable à celle de l’éveil.
Mais le point crucial que je voudrais finalement souligner ici est l’importance de ne pas se désoler de vivre encore longtemps des traversées sérieuses, voire éprouvantes, parce que ces processus sont normaux et trouvent même leur sens et leur portée au fur et à mesure des avancées. Le fait de s’éveiller au réel (et non pas « d’être éveillé » !) et à la vie divine suscite des chantiers intérieurs parfois spectaculaires qui, sans cette compréhension, pourraient désespérer et surprendre.
Nos âmes sont appelées à être évasées et les initiations ne s’arrêtent pas (ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de grâces plus douces sur le chemin). Elles deviennent même généralement plus profondes et dépassent notre entendement. Il faut garder en mémoire que l’enjeu de tout cela est primordial dans notre vie spirituelle.
C’est alors qu’il est bon d’être en alliance aimante avec le Divin, pour ne pas chercher à échapper systématiquement à ce qui nous est donné, ou afin de trouver la force pour le porter, et de commencer à déposer notre existence, avec ses processus de mutation, en offrande et participation au « plus grand que soi » et au projet d’amour divin, dans le temps et sur le lieu même de notre incarnation.
Thierry Vissac
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Texte de Yannick David (du blog si près de l'horizon)
Au début de mes études la vie m'a fait rencontrer plusieurs personnes dans un cheminement dont je n'avais pas encore conscience, en particulier un étudiant en médecine qui m'initia au végétarisme, aux idées de Rudolf Steiner, et à la démarche de Frédéric Leboyer. Son livre "Pour une naissance sans violence" est sorti en 1973 et cet ami me le prêta. J'ai été très touché par ce livre tellement ça me semblait évident, naturel et simple. Quelque temps après nous sommes allés écouter Leboyer en conférence à Paris devant un parterre d'étudiants en médecine. Il montra le film qu'il avait fait sur la naissance, et exposa sa pratique, suite à son cheminement personnel en Inde auprès de Swami Prajnanpad (gourou de plusieurs français dont Arnaud Desjardins).
Son propos était de maintenir autant que possible l'ambiance qu'avait connu le fœtus dans le ventre de sa mère, au moment de sa naissance. Il a vécu 9 mois dans le noir, le quasi silence sinon les battements du cœur de la mère, l'aqueux, la douceur, la respiration par le cordon, bref un univers complètement différent de l'après naissance. La naissance classique, à l'époque, c'était : on sortait le bébé, on le tenait par les pieds, on lui tapotait les fesses, on coupait le cordon, faisant exploser les alvéoles pulmonaires qui n'avaient jamais fonctionné, d'où les cris (entre autres), il passait de la nuit à la lumière froide d'une salle d'hôpital, on le posait sur une table dure, etc... Il proposait la douceur, le contact, mettre d'abord le bébé sur la mère, pour qu'il retrouve le bruit du cœur, attendre que la respiration se fasse naturellement, puis ensuite couper le cordon...
A ma grande surprise il y eut beaucoup de réactions négatives de la part de ces étudiants qui étaient éduqués dans la non prise en considération du bébé en tant qu'être vivant (hyper) sensible. Je ne comprenais pas leur manque de conscience à ce sujet. Au bout d'un moment, Frédéric Leboyer, qui était resté d'un calme olympien tout du long, ayant compris qu'on ne fait pas changer d'avis des gens obtus et agressifs, clôtura la conférence. Son attitude calme et respectueuse m'ébranla. Comment faisait-il pour rester lui-même, tranquille, patient, non perturbé par ces ignorants imbéciles? C'était la première fois que je voyais un être dont je sentais une telle qualité. J'avais commencé à lire les livres d'Arnaud Desjardins, mais ne l'avais pas encore rencontré.Dans sa démarche auprès de Swamiji, Leboyer revécut sa naissance, avec des forceps, ce qui l'aida d'autant mieux à comprendre le processus. Je suis aussi né avec des forceps, et ai revécu ma naissance. Ceci explique cela...
Cet ami vécut avec sa femme la naissance de leur première fille à la maison avec une sage femme pratiquant cette méthode.
Il a été à l'initiative d'un autre regard sur la naissance et d'un changement dans la pratique auprès de certains collègues dans le monde. Il a aussi fait des films sur le sujet.
Frédéric Leboyer a écrit une bonne douzaine de livres pour partager et transmettre ce qu'il a reçu de l'Inde. Le plus connu est "Pour une naissance sans violence", mais il y a aussi "Shantala" sur le massage des bébés, "L'art du souffle", etc... Il a écrit des livres de poésie et sur son expérience avec Swami Prajnanpad.