samedi 25 février 2023

Réaliser une tâche, pour le seul bonheur de « faire »



Dans une journée, tu « fais » beaucoup : tu marches, tu travailles, tu cuisines, tu manges, tu nettoies, tu ranges… mais tu n’y prends aucun plaisir parce que tu es obsédé(e) par le seul but de ton action : finir le plus vite possible et du mieux possible, pour enchaîner avec les autres tâches qui t’attendent – et auxquelles tu penses déjà.

Cette fois, tu vas procéder différemment. Choisis une tâche : finir la vaisselle, répondre aux mails, cuire une omelette, tailler ton rosier… Tu vas la réaliser pour le seul bonheur de « faire » et donc entrer pleinement dans cette expérience. La clé consiste à ne pas t’aliéner dans ta tâche (en maugréant, en t’énervant, en minutant le temps qu’elle te prend) mais à l’accompagner. Imprègne-toi d’elle, désencombre ton esprit et laisse-là te guider. Elle va devenir pour toi le lieu où tu peux souffler à nouveau, te sentir mieux puis, progressivement, de plus en plus vivant. Tu ne réussiras pas forcément la première fois, mais ose une deuxième, une troisième fois. La vaisselle sera pour toi le lieu d’une expérience de très haute spiritualité, comme l’avait été l’omelette pour Laurent de la Résurrection.

Fabrice Midal - Les 5 portes

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vendredi 24 février 2023

Anniversaire

Gilles Farcet nous a partagé ceci lors de son anniversaire :

"Yours sincerely wasting away" ...   Sir Paul Mac Cartney, "When I'm sixty four"

"2 Corinthiens 4:16-18 LSG

C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. "  Sir Paul de Tarse (connu sous le nom de Saint Paul) 


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jeudi 23 février 2023

Une pincée unique

Avant-printemps


Malgré le soleil clair tout à coup revenu

sur le bord du chemin la neige ancienne et sale reste dure

Les nuits sont froides et les matins couverts

La vapeur d’eau avec douceur brouille le paysage

puis s’éclaircit lentement à l’approche de midi

Un rien de poudre d’or se mélange à la brume

une pincée de jour clair fond doucement dans le gris

Sur les arbres heureux baignés d’humidité

les bourgeons amassent leur sève prêts à éclater

Hier dans le soleil vainqueur à midi

un merle est venu reconnaître le terrain

et une mésange charbonnière a exploré le jardin

cherchant le creux d’un pommier ou un recoin de mur

avec le projet d’y installer son nid

Si je regarde avec soin dans l’herbe encore jaune

le sol est piqueté de petites fleurs encore en boutons

toute la famille des renoncules couleur de paille claire

la ficaire eranthe et la chélidoine Grande Éclaire

les pétales bien pliés et serrés dans leur sac

attendant comme les bourgeons le signal de départ

pour débourrer et exploser feuillages et fleurs

Et chaque future feuille chaque promesse de fleur

chaque oiseau survivant de l’hiver

chaque brin d’herbe encore hésitant à verdir

dans le silence au bord d’un printemps qui retient son souffle

dit à voix infime et nette Je suis moi Moi l’unique

comme il n’en fut pas depuis le début du monde

comme il n’en sera plus jusqu’à la fin des temps


Claude Roy

A la lisière du temps

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mercredi 22 février 2023



"Le dépouillement a aussi été pour moi une sorte de « gros machin » inatteignable. J’imaginais que pour l’atteindre, il me fallait devenir moine, presque un stakhanoviste du détachement, et envoyer paître tout ce qui relève du matériel. Jusqu’au jour où j’ai pris conscience que le « gros machin » dont je devais me détacher, c’était moi. Le « moi je », le « moi d’abord » ; le rôle que j’essaie tous les jours de jouer, du matin au soir. Sur mon chemin, j’ai alors croisé un ami. Il m’a dit cette phrase qui m’a bouleversé : « Plus de liens, moins de bien. » Il est vrai que jusqu’alors, j’avais tendance à aller chercher dans les librairies, dans les supermarchés, dans les grandes surfaces, un remède aux manques, aux blessures, aux aliénations. Depuis que j’ai entendu cette phrase – « plus de liens, moins de bien » –, j’y ai perçu comme une invitation à faire de l’ordre, à me libérer chaque jour du trop. Ce qui rejoint cette intuition magnifique dans le bouddhisme selon laquelle nous sommes tous la nature de Bouddha. Nous sommes : ce n’est pas de l’ordre de la possession. Ce n’est pas quelque chose que l’on ajoute à ce que l’on est pour être heureux. Nous sommes déjà la nature de Bouddha. Le sale parent, le violeur d’enfants, la personne handicapée. Encore qu’il n’y aucun rapport entre la personne handicapée et les deux autres ! J’y ai décelé une invitation à changer totalement notre regard sur autrui.

Précisément, le dépouillement auquel invite le zen, et par là toute la tradition philosophique du bouddhisme, c’est la voie du détachement. Se débarrasser de toutes les représentations mentales dont on recouvre les choses, les êtres, et nous-mêmes en fin de compte. Nous avons une image de nous et, du matin au soir, nous voulons nous y conformer. Un jour, j’ai décidé qu’Alexandre Jollien serait comme cela, et gare à moi si je ne suis pas à la hauteur. On n’imagine pas l’infinie souffrance qu’engendre une telle fixation. Se dépouiller, c’est se mettre à nu. Je l’ai écrit dans mon dernier livre qui porte le titre explicite du Philosophe nu : le calme est déjà là, en moi, à demeure si je puis dire. Si je le cherche ailleurs, je lui suis infidèle. Être dans le dépouillement, c’est être totalement soi, totalement nu pour laisser éclater cette joie qui est déjà présente en nous, qui nous précède. Nul besoin d’aller la chercher, de la séduire pour qu’elle vienne. Elle est déjà là."

extrait du livre "Petit traité de l'abandon" d'Alexandre Jollien

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mardi 21 février 2023

Posture de l'arbre

 L’ARBRE, LE PIEU ET LE PILON


Un des exercices phares dans la pratique des arts martiaux internes est 站樁 zhànzhuāng.
C’est bien simple, il est incontournable.
Si on ne devait garder qu’un exercice de cultivation interne parmi tous, ce serait celui-là !
On traduit souvent ce terme par “posture de l’arbre” 🌳 qui n’est pas tout à fait erroné mais pas tout à fait exact non plus.
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Regardons de plus près ce que nous disent les idéogrammes !
🔹 站 zhàn
= se tenir debout
Il est composé de 立 lì (debout) et 占 zhàn (occuper, exercer, constituer, tenir)
🔹 樁 zhuāng
= une souche, un pieu
Il est composé de 木 mù (le bois) et 舂 chōng (battre au pilon)
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Même si on voit effectivement l’idée de l’arbre dans le signe du bois (la langue chinoise permettant ces extensions sémantiques), le sens général est plutôt celui d’un pieu planté avec effort dans la terre afin qu’il ne bouge plus et se maintienne debout.
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Et c’est exactement ce que l’on fait lorsqu’on travaille cette posture : on se plante fermement dans le sol pour ne plus bouger, et ça demande un sacré effort ! A la fois de volonté et aussi de résistance musculaire… 🥵
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Dans cet exercice, nous sommes à la fois le pilon et ce qui est pilonné. La posture nous fait mal, nous façonne, modifie notre forme, bref, nous transforme. Et tels des grains de céréales battus longuement en cadence au gré de nos battements de cœur, nous en ressortons moulus, attendris… et utiles ! Utiles dans le sens : prêts, disponibles à nous-mêmes.
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Pour autant, l'idée de l’arbre est absolument parlante aussi car tandis qu’on ne bouge plus de l’extérieur, il se passe mille et mille choses à l’intérieur.
Pendant que nous luttons laborieusement pour maintenir la posture (et garder la face 😉), nous sentons les mouvements du 氣 qì en-dedans, comme une sève qui nous parcourt des pieds à la tête, nous aidant à nous enraciner et nous élever vers le Ciel en même temps.
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站樁 zhànzhuāng est profondément revigorant. C’est tout le paradoxe des exercices posturaux des arts internes : ils nous fatiguent et nous nourrissent à la fois, mais le ratio peine/bénéfice joue largement en notre faveur !
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A la fin de la pratique, le 氣 qì s’élève en nous avec la même douceur que le parfum des herbes aromatiques fraîchement écrasées, nous irriguant de sa fragrance vitale.
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Alors, vous vous lancez ? 😁

Par Alice Korovitch

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lundi 20 février 2023

Disponibilité

 


Faire face à la vie moment après moment.

Le plus extraordinaire est ce qui a lieu dans l'instant.

Comment puis-je m'intéresser à ce qui adviendra demain ?

Maintenant est trop riche ...

Quand vous vous donnez entièrement à la sensibilité, demain n'existe pas.

La vie présente est trop belle, trop intense, trop pleine pour avoir l'opportunité d'y glisser un demain, un futur, une préparation.

On ne prévoit rien.

La seule vraie préparation est la disponibilité.


De l'abandon/éric baret/les deux océans

Peinture : Gérard Beaulet

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dimanche 19 février 2023

Sur le chemin...

 Arnaud Desjardins, La Voie et ses Pièges, chapitre La Condition Sine qua non :

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« Depuis vingt ans que je suis sur le chemin … » Au lieu de tenir ces propos désabusés, ayez le courage de vous poser les vraies questions. Combien de minutes avez-vous réellement pratiqué ? Qu’en est-il de ce « you, yourself », cette « presiding deity » de Swâmiji, ou cet habile conducteur de char tenant les rênes de tous les chevaux et que mentionnent autant Platon que les hindous ?

Pour l’instant cette vigilance est encore intermittente : c’est une lampe qui s’allume, qui s’éteint, qui se rallume, la lampe de l’attention, la lampe de la conscience lucide et c’est à vous d’actionner l’interrupteur. Tout le reste, ce n’est pas le chemin. Deux minutes, cinq minutes, dix minutes de cette vigilance active déposent leur fruit en vous et, un jour, l’accumulation de vos efforts cristallise. Alors il y a vraiment possibilité de parler, d’échanger, d’entendre. Qui ai-je en face de moi quand vous me posez une question ? VOUS ou juste un état d’âme momentané et un fonctionnement mécanique des pensées ? Je ne peux parler valablement qu’au disciple, pas à l’amoureux fou ou au divorcé haineux, ni au désespéré qui répète inlassablement que le monde est injuste. Le disciple a entendu, compris et vu quelque chose de plus. Il va pouvoir mettre enfin l’enseignement en pratique, il gagne en pouvoir, en habileté, en savoir-faire sur vos fonctionnements.

Les fonctions sans la conscience, la conscience au vrai sens du mot, c’est le déroulement ordinaire des existences, plus ou moins pitoyables, plus ou moins brillantes ; la méditation pure, c’est la conscience sans les fonctions ; et l’existence digne d’un homme ce sont les fonctions intellectuelle, physique, émotionnelle, plus la conscience. Ce surcroît de conscience est la condition sine qua non de toutes les voies. »

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samedi 18 février 2023

Le sacre de l’instant



Que je ne sois plus la proie tout à tour des fantômes du passé

Et des fantasmes du futur ;

Que vienne enfin le sacre de l’instant,

L’immédiateté du présent.

Tel est mon choix, mon vœu et ma prière.

Grandir, non s’endormir, s’éveiller et non plus s’affaisser,

Ni sombrer dans le néant, s’ouvrir au réel

Et non plus s’enliser dans le sommeil. 

Denise Desjardins - Contre vents et années

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jeudi 16 février 2023

Clé du silence.

 Paris à 7h du matin nous donne la clé de la métaphysique.


On peut faire du bruit mais on ne peut pas faire du silence. « Faire silence » consiste à éliminer tous les bruits et tous les sons. On ne surajoute pas le silence aux bruits, on supprime les bruits qui étaient surajoutés au silence. Seul le silence est réel, unique et permanent. Les bruits sont irréels, naissant, mourant, disparaissant. Par conséquent, sous le bruit, sous le vacarme, le silence est toujours là. Au comble du tintamarre, la réalité, c’est le silence. Et sous la multiplicité des éléments (les bouddhistes disent des dharmas) de « toutes choses créées », le vide est toujours là. Je peux mettre tout ce que je veux dans une pièce vide. Je ne peux pas ajouter du vide dans une pièce déjà remplie d’objets. Je peux seulement enlever ce qui l’encombre. Tous les objets sont périssables et appelés à disparaître tôt ou tard. Mais le vide demeure. Seul le vide est réel, unique et permanent. La réalité suprême est le silence et le vide. Les Parisiens habitués — ou mal habitués — au bruit de leur cité et aux embouteillages de ses rues s’émerveillent chaque année au mois d’août de découvrir une capitale déserte. Mais il suffit, à la saison où l’agitation de la ville bat son plein, de marcher ou de conduire un dimanche vers 7 heures du matin pour « réaliser » le silence et le vide de Paris. On peut à peine y croire. Eh bien, ce vide et ce silence sont là même quand nous ne les percevons plus, sont là le soir entre 5 heures et 7 heures, sont là, seules réalités immuables, sous la multiplicité des automobiles et des piétons et la succession des bruits. Et le Vide et le Silence éternels sont toujours en nous, ici et maintenant, dans le meilleur et dans le pire, sous le tumulte de nos chants d’amour et de nos cris de haine, de nos peurs et de nos pleurs, de nos rêves et de nos joies, de nos ambitions et de nos amertumes, de nos triomphes et de nos désarrois. Paris à 7 heures du matin nous donne la clé de la métaphysique.

Arnaud Desjardins, Les Chemins de la Sagesse

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mercredi 15 février 2023

En contact avec les arbres messagers...

 

Après cette Saint Valentin, je voulais vous dire que j'aime...

les arbres !


(source : série Le Voyageur )

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mardi 14 février 2023

S'accepter

 


Nous devons être prêts à être des gens complètement ordinaires, ce qui signifie nous accepter tels que nous sommes sans essayer de devenir plus grands, plus purs, plus spirituels, plus perspicaces.  Si nous pouvons accepter nos imperfections telles qu'elles sont, tout à fait normalement, alors nous pouvons les utiliser comme faisant partie du chemin.  Mais si nous essayons de nous débarrasser de nos imperfections, elles seront alors des ennemis, des obstacles sur la route de notre « amélioration personnelle ».

 Mythe de la liberté et voie de la méditation - Chogyam Trungpa

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lundi 13 février 2023

Le chat qui miaule en haut de l'arbre (Extrait de mon carnet)


Le chat de Catherine M a grimpé sur un tilleul de la place et ne sait plus comment redescendre. « Ils aiment bien grimper mais moins redescendre » commente avec sagacité Hervé G. 

Du coup la malheureuse bête émet des miaulements pathétiques tout en tentant des amorces de descente pour le moment infructueuses. Ce spectacle me frappe comme une métaphore de notre condition. Emportés par nos aveuglements émotionnels, nous sommes très prompts à nous mettre dans des situations dont nous sommes ensuite bien en peine de nous extirper. Nous sommes toujours prêts à monter à toute blinde sur l’arbre en haut duquel nous nous retrouvons coincés, ne sachant plus comment parcourir le chemin inverse sans nous faire très mal. La réaction selon Swamiji : des actions que nous posons à toute vitesse , sans réfléchir aux conséquences dont nous ne voulons pas et qui nous laissent dans la posture d’une misérable bête miaulant dans le vide en haut de son arbre, sous les regards à la fois apitoyés et au final assez indifférents - à moins que englués dans la posture romantique du sauveur - des passants qui ont autre chose à faire, leurs propres arbres à escalader…

Gilles Farcet

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photo personnelle.