mercredi 13 janvier 2021

L'enfer, c'est les autres... oui mais en nous !

 


«Nous sommes enclins à accepter les choses telles qu'elles sont tant que cela va comme nous voulons ; mais dès que se présente quelque chose qui sort de notre système de valeurs, nous le rejetons. Nombreux sont ceux qui, connaissant la pratique de l'acceptation, se pavanent en disant : « Oui, j'accepte ce qui est, tel que c'est, ici et maintenant », alors même qu'ils n'ont rien accepté du tout. Tout ce qu'ils ont accepté, ce sont leurs illusions. Si l'acceptation leur fichait une grande claque en pleine figure, ils ne la reconnaîtraient même pas.
Lorsque nous acceptons ce qui est, nous devons l'accepter à tous les niveaux, depuis l'essence la plus subtile et sublime jusqu'aux niveaux les plus grossiers de notre ombre, y compris notre rage réprimée, nos frustrations, notre cruauté, notre déni, etc. Nous prétendons vouloir la réalité, Dieu, la liberté, mais nous ne voulons pas regarder en face les tendances inhumaines qui demeurent en nous : la vengeance, la violence, l'agressivité.
Et pourtant, il faut bien que nous les considérions.
Lorsque nous commençons à explorer notre ombre, c'est l'enfer. Mais ainsi que le disent tous les mythes, c'est le fait d'apprivoiser les démons qui permet aux héros de survivre au monde souterrain et de revenir au monde supérieur.
Apprivoiser les démons signifie voir, connaître et accepter ce qui est.
Tôt ou tard, chacun de nous devra cartographier son propre monde souterrain pour entreprendre le voyage chamanique du démembrement et de la résurrection.
Apprivoiser les démons, c'est être à l'aise avec le fait même qu'ils existent en nous.»
Lee Lozowick
******

mardi 12 janvier 2021

Sur les pas de Edouard Cortés pour "ensylvaner" le monde

« Rien que l'arbre ! » C'est d'une citation trouvée chez Rostand qu'a jailli l'étincelle - Cyrano de Bergerac, à l'agonie, n'accepte pour tout appui qu'un tronc. Édouard Cortès décide de lui emboîter le pas. Pour sauver sa peau, un matin de février 2019, il file vers une forêt du Périgord noir qu'il connaît comme sa poche depuis l'âge des culottes courtes. Quelques mois plus tôt, il y a repéré un chêne dans lequel il construit une cabane, un perchoir qui offre refuge et apaisement. Il s'en persuade : c'est en concrétisant un rêve d'enfant qu'il pourra soigner une blessure d'adulte. Et nous voici donc, en ce jour d'hiver humide et glacial, à suivre Édouard Cortès sur le sentier qui mène à sa thébaïde cachée dans une chênaie du Lot. Vers le sud, on aperçoit à l'horizon les contreforts de la vallée de la Dordogne. Plus à l'est, le causse Corrézien, cousin de celui que nous arpentons, l'un de « ces petits pays pauvres » et sauvages qui ont gardé leur authenticité. Casquette sur la tête, silhouette trapue et volontaire, l'homme qui marche devant nous dans le froissement des feuilles mortes a parcouru le monde avant de courir les bois.

 Prendre de la hauteur

En fidèle complice de Sylvain Tesson qui est de ses amis, il a sillonné le Caucase, roulé en 2 CV jusqu'au Viêt Nam, marché vers Jérusalem, traversé caméra à l'épaule les crêtes et les vallées d'Afghanistan. Un matin, sur les bords de la Loire, il se voit offrir un boulot saisonnier de berger. Le pâtre y trouve du bonheur et décide alors, avec son épouse Mathilde, de faire le grand saut du retour à la nature : le nomade s'enracine dans le Périgord, où il élève bientôt une centaine de brebis caussenardes. Mais l'affaire tourne mal, soucis administratifs, dettes et découragement. La « tentation de la corde », comme il le dit abruptement, lui obscurcit l'esprit. En un dernier sursaut, il tente le retrait : prendre de la hauteur dans sa cabane. Et la voici qui apparaît, cette arche immobile, dans le fouillis des ramures dénudées par l'hiver, aussi modeste, évidente, accueillante et poétique que celui qui l'a construite. Une échelle de corde rafistolée, un solide plancher à 6 m du sol, et des vitres qui ouvrent à 360° sur l'océan des bois. Délicieux vertige. Au gré des bourrasques, le radeau tangue, mais on s'y sent en toute sécurité... La bouilloire chante sur le vieux réchaud à gaz, Édouard Cortès s'affaire tout en parlant comme un livre, hisse des baluchons aux cordes, prépare le thé, craque des noix. Les bois d'un cerf font office de patères. Un minuscule oratoire à David le Dendrite, un saint des forêts chez les orthodoxes, a été déposé sous le toit par l'écrivain. Sur les coffres fabriqués de ses mains et réchauffés des peaux de ses moutons, on s'assoit et devise joyeusement tandis que la buée des vitres ne laisse plus entrevoir que les mousses phosphorescentes des branches alentour. L'hiver rend les animaux discrets - nous apercevrons tout de même cinq chevreuils et un vol de palombes...

Comment vit-on trois mois seul dans une cabane perchée ?

É.C. J'ai ici un balcon sur les arbres, un avant-poste sur la beauté du monde. Le recours aux forêts rend possible le réveil de la vie intérieure. Car ce ne sont pas les merveilles qui manquent, mais notre regard qui manque à la merveille. Le lichen pousse là, il attendait mes yeux. La beauté est bien présente : il suffit que les humains décrochent de leur écran. Je me suis retrouvé avec une interrogation : si je ne peux plus tenir sur mes semblables, sur moi-même, sur une foi, que reste-t-il ? Le retour en forêt permet d'échapper à la vanité des hommes. J'ai vécu dans ma cabane l'une des plus grandes formes de la liberté, loin du regard des autres, à vaquer et à me doucher nu sur ma branche à 6 m du sol - les arbres ne jugent pas notre côté animal. J'ai tenu un journal de cabane, mon écriture y a aussi gagné une forme de nudité. Auparavant, j'avais quelques espoirs humains et quelques espérances divines, et j'ai perdu les deux. Même si je pense souvent que Dieu a continué de croire en moi quand je ne croyais plus en lui. Je citerai mon compagnon de route Bernanos : « La foi, c'est 24 heures de doute, moins une minute d'espérance » À un moment, il y a une cassure, une traversée des forêts sombres comme on en trouve chez Dante. Autrefois, on parlait d'acédie, cet épuisement du sens de la vie - notre burn-out contemporain - qu'ont connu aussi les Pères du désert ou les stylites sur leur colonne, saisis d'une grande nuit. J'ai essayé d'apprivoiser cette obscurité-là et d'y trouver l'étincelle d'un devenir. Les arbres m'ont permis la trouvaille.

Vous évoquez votre « enforestation » : en quoi consiste-t-elle ?

C'est un terme ancien issu des Eaux et Forêts - une administration dont La Fontaine fut d'ailleurs un maître - qui désignait le reboisement d'une parcelle en jachère. Chateaubriand a utilisé le mot comme une allégorie pour l'homme - j'ai eu ce désir de ré-enforester mon esprit et mon intelligence. Le recours aux forêts est vieux comme l'humanité. Il y a le Wanderer dans la culture germanique, le wild à l'américaine magnifié par Thoreau. Nous avons assez de racines latines et grecques pour avoir notre propre vocabulaire de sauvages ! Je suis lié au petit peuple traditionnel des forêts, bûcherons, colporteurs, charbonniers, mérandiers (qui façonnaient les tonneaux), feuillardiers (qui les cerclaient avec du châtaignier). Je ne me sens pas dans la forêt mais de la forêt. J'aime la sylve, du latin sylva (le bois), qui a aussi donné « sylvestre ». Je souhaite apporter le néologisme « ensylvaner » : ce qui pourrait nous offrir des perspectives dans ce moment un peu tragique de notre histoire, où la pandémie s'étend. Ou comment retrouver en forêt une respiration, éviter d'abîmer son regard dans le puits des réseaux sociaux : se noyer dans le vert plutôt que dans le sombre. Les coffres de ma cabane garantissaient des pâtes et des rillettes. Mais, dans mon adversité, j'ai eu recours à ce qui a été scandaleusement étiqueté « non essentiel » : j'ai posé mon regard sur l'écorce du chêne, tendu l'oreille vers le chant du loriot. J'ai accepté un peu d'inconfort et de froid, comme une manière de vivifier la vie, d'en retrouver la sève. Il m'a fallu arriver à 40 ans pour faire de mon enforestation un rite initiatique. J'avais toujours vécu dans le mouvement. Le défi de la stabilité au creux d'un chêne a été d'autant plus grand. J'ai été augmenté par l'immobilité : elle m'a permis, en étant un peu aux arbres, de retourner aux hommes.

Mais vous avez apporté la preuve que le retour vers la nature peut aussi comporter des risques...

Ayant vécu une enfance au rythme des déménagements continuels de ma famille - mon père était banquier -, j'ai trouvé un port d'attache entre le Périgord et les causses du Quercy, d'où sont originaires mes grands-parents des deux lignages. Dans cette forêt, je me sens de quelque part, j'ai le sentiment d'être chez moi, d'où la sensation du retour. Mais l'expérience d'y devenir berger a été le grand naufrage : mon idéalisme d'aller à la vie rurale - pour retrouver harmonie et unité - s'est heurté aux exigences administratives, au système indigne des prix bas compensés par les subventions, sans oublier l'énorme charge de travail qui pèse nuit et jour. Il m'est arrivé de dormir au milieu du troupeau à l'heure du premier agnelage, ça faisait partie de l'aventure. Seulement, quand il a fallu emprunter à nouveau pour construire la bergerie, le ressort a cédé, tout s'est effondré. Le sort actuel des paysans est dramatique. Leur dur labeur n'est pas récompensé, j'ai expérimenté le mépris social sournois qu'ils subissent. Et je partage l'analyse de Houellebecq sur cet énorme plan social invisible qui est à l'œuvre dans la paysannerie française. Le même sort guette désormais les forestiers : même processus d'industrialisation et de rendement à tout-va, au pays de Philippe le Bel, Colbert et Napoléon III, qui a longtemps eu une belle politique de préservation des forêts. Il faut relire l'Argent de Péguy ou la France contre les robots de Bernanos : le système a sa logique, celle du veau d'or qui pousse à la prédation et à la destruction. Or, l'homme n'est pas dans la nature mais de la nature. Des générations de paysans ont su ne pas scier la branche sur laquelle ils étaient assis. Ici, dans le Périgord noir, la forêt a repris du terrain : c'est un pays qui a peu souffert de l'agrochimie, sa relative pauvreté agraire l'a sauvé et permettra désormais de valoriser son or vert.

Comment la fréquentation des livres et la littérature complètent-elles la fréquentation des arbres ?


J'ai le chic pour choisir des métiers engagés qui ne rapportent guère : produire des nourritures, qu'elles soient terrestres ou spirituelles ! L'idéaliste Don Quichotte fait partie de mes amis. Mais j'aime aussi énormément Jack London, car il tire de ses divers et rudes métiers la sève de sa plume. C'est comme si mon épisode paysan m'avait donné plus de légitimité pour écrire, plus d'épaisseur aussi, l'impression que c'est la terre qui parle. J'y ai trouvé un peu d'or. Les arbres m'ont enseigné, mais je n'ai pas négligé pour autant la bibliothèque du milieu où j'ai grandi. J'aime la dimension du rêve chez Saint-Ex, ses récits d'aviation qui font toujours référence à l'enfance. La cabane perchée est aussi une démarche artistique et poétique. Pourquoi tant d'écrivains ont-ils cherché à nous rapprocher de l'arbre ? Victor Hugo se console auprès d'eux : « Toute idée humaine ou divine qui prend le passé pour racine a pour feuillage l'avenir. » Durant mes trois mois, j'ai lu et relu les très consolantes Pensées pour moi-même de Marc Aurèle, parce qu'il y a quelque chose de blessé dans la nature humaine. Et j'ai voulu trouver des mots pour m'apaiser sur le plan humain. J'ai arrêté de chercher une réponse purement spirituelle. Ma cabane n'est pas religieuse, même si elle a quelque chose qui touche à l'absolu, même si la lumière y tutoie le sacré. Je suis un être traversé par le doute et je suis heureux que mes certitudes soient sans cesse bousculées. J'ai été empoigné par cet arbre à la vie. Il m'a réconcilié avec l'idée qu'il puisse y avoir une clarté supérieure. J'ai souvent considéré que la grâce n'était pas pour moi. Mais dans le bruissement des feuilles, j'ai entendu ce qui peut être un souffle sous forme d'interrogation : n'est-ce pas pour toi aussi ? La question n'est pas résolue.

Diriez-vous que vous avez vécu dans votre cabane une forme de renaissance, une rédemption ?

J'ai vécu un hiver d'où tout à coup la sève a rejailli, un printemps sur mon âme et sur mon cœur. Pourtant, même si j'ai choisi la lumière, mon fil de funambule reste précaire. J'affectionne le mot rédemption, mais il est trop fort pour moi, je ne suis pas prêt à me l'accorder. J'ai souhaité au contraire apprivoiser ma fragilité, apprendre à être plus souple avec la vie. La Fontaine ou Hugo partent du minuscule pour aller vers l'universel. Grâce aux hannetons qui entrent la nuit dans la cabane, on peut sentir que l'arbre est enraciné. 
 
Dans la cabane a commencé à poindre une forme de quiétude 

 Ça m'a beaucoup appris. J'ai l'impression d'être désormais comme un arbre, davantage debout. Peut-être un peu tordu. Mais debout. Jusque-là, j'avais une vision écologique uniquement transcendante. J'ai découvert la richesse de l'écosystème forestier, la protection des systèmes vivants qui sont notre matrice. Ils nous donnent l'air pur, l'eau, la protection des sols. L'arbre, reflet de la beauté, est aussi le creuset de l'esprit. Il réunit la nécessité vitale, écologique, spirituelle et poétique.

Vous écrivez : « J'ai été profondément consolé par mon arbre. Mais le bonheur, n'est-ce pas accepter de n'être jamais absolument consolé ? »...

Je m'étais sans doute trompé sur la manière d'atteindre le bonheur. La beauté, pour le chatoiement qu'elle amène à l'âme, on en crève : on en veut toujours davantage ! La corde que je voulais me passer autour du cou il y a quelques années, j'en ai finalement fait une balançoire pour mes enfants... Il faut revenir à cette balançoire de temps en temps, à l'arbre pour s'y ressourcer. Je ne suis plus à la poursuite du bonheur. Dans la cabane a commencé à poindre une forme de quiétude. Je suis un rescapé du désespoir, qui a lutté pour trouver la terre ferme. Je crois à la « viridité » dont parlait sainte Hildegarde de Bingen, cette force et cette verdeur qui sont des cadeaux de la vie. Au digital, je préfère le végétal. Quand on a du chagrin avec soi-même, on peut s'en remettre à ce compagnon merveilleux qu'est l'arbre qui s'enracine, se tient droit et jaillit dans la lumière. Il est loin des algorithmes qui nous asservissent aux écrans et à l'immédiateté, qui détournent et volent notre attention : lui nous la rend ! Il est le plus fabuleux des antidotes. Une manière somme toute de reprendre le pouvoir.


À lire Par la force des arbres, d'Édouard Cortès, Équateurs, 18 euros. (source : La Vie)

A écouter : Vivre dans une cabane: le rêve d'enfant d'Edouard Cortès

***************

lundi 11 janvier 2021

Un jour...

 


Un jour, vous allez voir profondément que tout ce que vous devez faire, ça va vous fatiguer. Vous allez être trop fatiguée pour faire quoi que ce soit, y compris pour être légère, y compris pour être
triste. Vous allez voir que tout ça c'est une activité qui vient uniquement quand vous prétendez avoir une histoire, avoir un passé et avoir un futur. On peut voir tout ça comme étant un concept. C'est une maturation qui ne dépend pas d'un quelconque faire et qui ne dépend pas du temps. Alors le mot maturation est faux. Évitez de vouloir le comprendre, parce qu'on ne peut le
comprendre que dans le temps et c'est faux ; la maturation est dans l'instant. Vous êtes condamnée à cette maturation. Le seul ajournement possible, c'est d'essayer d'être mûr, par la pensée, par l'action ou par l'émotion. Ça c'est un sac sans fond. Vous allez être plus sage tous les jours, plus libre tous les jours : c'est une misère constante. Vous ajournez constamment l'essentiel.
À un moment donné, vous ne cherchez plus à être moins ceci et plus cela, à être sans peur, à être sans désir : vous ne cherchez rien. On peut appeler cela une forme de respect, un respect pour la
réalité, pour ce qui est là dans l'instant. C'est le respect pour l'essentiel. L'essentiel ce n'est pas quelque chose qui est caché derrière l'apparence - ça ce sont de belles histoires indiennes -
l'essentiel c'est ce qui est là, c'est ce que vous sentez dans l'instant. Il n'y a rien d'autre que ça. Là il n'y a rien à comprendre, il n'y a tout simplement rien. C'est ça qui se reflète comme légèreté qui apparemment surgit quand les situations conviennent à votre idéologie et qui apparemment s'élimine quand les situations ne correspondent pas à votre plan pour l'humanité. À un moment
donné, vous arrêtez de vous prendre pour Dieu et de vouloir régler les problèmes de l'humanité - ou le vôtre, parce que c'est le même. C'est une histoire dans les deux cas.

Éric Baret

**********

dimanche 10 janvier 2021

La relation aux animaux pose la question de la profondeur du cœur

 Dans un livre foisonnant d’histoires, Jacqueline Kelen s’intéresse à ces chien, biche, ours, fourmi, loup, corbeau… qui nourrissent avec l’être humain un lien spirituel ! Entretien avec l’auteure, lauréate du Prix de la liberté intérieure 2020 pour son Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien (Cerf).

Compagnons de sainteté,
de Jacqueline Kelen,
Le Cerf, 151 p. 18 €

Des récits de toutes les religions montrent saints et des mystiques vivre en bonne intelligence avec les animaux. Que nous révèlent-ils ?

Ils nous enseignent que la relation avec un animal n’est pas seulement affective, mais aussi spirituelle. À la fin du VIe siècle, saint Colomban vit en ermite dans la forêt en paix avec des loups, un ours, et des buffles. Bien sûr, ces animaux, dits féroces, représentent des passions à dompter et à apaiser comme l’ambition, le pouvoir, l’avidité, ce qui nous pousse à agresser autrui, à vouloir le dominer et l’exploiter. Mais ces histoires nous rappellent également l’état édénique de la Genèse. Elles nous invitent à retrouver notre bonté première faite de respect. Je suis frappée par l’arrogance de l’être humain, qui pense être le seul à mériter d’être sauvé. Les sages de toutes les religions montrent que la miséricorde de Dieu s’étend sur toute créature. Au IXe siècle, en Iran, Bayazid revient du pèlerinage à la Kaaba avec des graines à planter chez lui. Une fois arrivé, il s’aperçoit que des fourmis se sont faufilées parmi ces graines. Il refait alors le voyage inverse pour rapporter les fourmis chez elles ! On trouve cette même idée chez les juifs hassidim qu’il y a un ordre, une harmonie voulue par Dieu dans la création.

Pour ces sages, cela ne passe-t-il pas d’abord par une forme d’ascèse ?

Leur relation avec autrui, quel que soit cet autrui, est un cœur à cœur. Il est donc en effet question de se dégager de ses passions encombrantes et de son égocentrisme. La relation aux animaux pose la question de la profondeur du cœur de chacun. J’aime beaucoup cette histoire du Malien Tierno Bokar, un maître soufi mort en 1940. Tandis qu’il enseigne ses élèves, un grand coup de vent dérange un nid. Un hirondeau tombe sur le sol. Les élèves ne bronchent pas. Tierno Bokar arrête de parler, répare le nid et replace le petit d’hirondelle dedans. Il donne alors une leçon de charité percutante à ses élèves : que veut dire écouter un enseignement si votre cœur est sec et fermé à ce point ? Secourir cette créature de Dieu était plus important pour lui que vouloir acquérir un savoir, fût-il spirituel.

On peut donc exercer la charité envers un animal ?

On parle beaucoup de la compassion du bouddhisme envers toutes les créatures. Dans le christianisme aussi, aucune existence n’est insignifiante. « Notre prochain, ce n’est pas seulement l’homme. Notre prochain, c’est toute la création », écrivait Albert Schweitzer. Au Gabon, dans le dispensaire de Lambaréné où il vivait avec sa femme, ce médecin pasteur accueillait non seulement les habitants du lieu mais aussi les animaux blessés qu’il soignait. La fraternité s’étend bien au-delà de l’espèce humaine. C’est le sens du cantique de saint François.

Vous invitez à parler le langage de la création. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Les mystiques ressentent profondément que tout a été créé par Dieu et tout doit retourner à Dieu. Dans le christianisme, cette dimension cosmique a été peu à peu oubliée voire suspectée parce que l’on pensait que c’était du panthéisme. Or, il faut faire une distinction entre l’animisme, où schématiquement l’on considère l’arbre comme une divinité, et le christianisme où Dieu peut aussi manifester une parcelle de sa beauté et de sa bonté à travers un arbre ou un animal. Dans notre société qui se passe de transcendance divine, je pense que nous sommes dans une forme d’idolâtrie de la terre mère, Gaïa. Il s’agit de sauvegarder la planète comme si c’était le but ultime de l’existence humaine. Nous avons à protéger notre maison commune. Mais il n’est pas en notre pouvoir de sauver la Terre. Le but d’une existence chrétienne, c’est de transfigurer le monde et de faire retour à Dieu. Les sages de toutes les religions ont vécu de telle sorte que le monde soit peu à peu empli de la connaissance et de la beauté de Dieu.

Propos recueillis par Florence Châtel
*******

Le même Etre

 "Ne dites pas : "Ça se promène." Dites : "Elle se promène."

 Les animaux ne sont-ils pas des êtres vivants et en réalité le Soi  ?

Les animaux sont revêtus du corps de l'animal et les humains sont revêtus du corps de l'homme.

Nous portons tous des corps différents comme des chemises différentes,

mais en réalité nous sommes tous le même Être".

~ Ramana Maharshi

   

facebook_1610204882319_6753688778732073343

 

"Don't say, "It's going around." 

Say, "She is going around." Aren't animals living beings and in reality the Self as well?
Animals wear the animal body and humans wear the human body. We all wear different bodies like different shirts, but in reality we are all the same being."
~ Ramana Maharshi

******

source : blog de Jose Le Roy


samedi 9 janvier 2021

Pour une belle année 2021

 



J'ai acheté ça dans un magasin rigolo mais c'est uniquement pour que cette fois on n'oublie pas ma requête.







************

vendredi 8 janvier 2021

Notre corps en paix !

 


Nous devons découvrir pourquoi l’homme n’est pas en paix avec lui-même, pourquoi il n’est pas en harmonie avec l’intégralité de son corps et de son mental.

Pourquoi vit-il sous tant de pression et de stress ? Pourquoi est-il si agité ? Pourquoi est-il comme une feuille fragile balayée par le vent des sentiments et des émotions ? Pourquoi est-il à chaque instant tourmenté et torturé par des désirs, des besoins et des passions contradictoires ? Pourquoi est-il tourmenté individuellement et incapable de vivre harmonieusement avec les autres ?

Ainsi, l’intégralité du défi de la crise du psychisme humain se réduit-il à ces différents aspects du même problème.

Pourquoi ne suis-je pas en harmonie avec mon corps et mon esprit ? Pourquoi me faut-il la carotte et le bâton de règles et de préceptes pour m’occuper de mon corps, de mon régime alimentaire, de mon activité physique, de mes heures de sommeil, de ma relation aux vêtements et aux objets que mon corps utilise ?

Pourquoi me faut-il certaines incitations pour penser que mon corps sera récompensé si j’adopte certains comportements, et au contraire sanctionné s’il ne les adopte pas ? Pourquoi dois-je employer des stimulus positifs ou négatifs ?

La peur ou la tentation est l’aiguillon d’un comportement correct, parce que sans cet aiguillon, nous végétons du matin au soir. Il faut que quelqu’un nous dise que si nous nous comportons de telle manière, nous obtiendrons ceci en récompense, dans cette vie ou la prochaine, ou alors que nous serons punis, dans cette vie ou après notre mort !

Pourquoi cette peur et cette tentation ? Peut-être parce que nous n’avons jamais examiné notre organisme physique avec amour et tendresse, avec soin et intérêt, peut-être parce que nous ne sommes pas familiarisés de première main avec cet organisme biologique qui nous a été donné, l’instrument le plus beau, le plus sophistiqué et le plus raffiné qui soit, infiniment plus sensible et sensitif que n’importe quel instrument à corde tel que le sitar ou le violon, par exemple.

Donc, se familiariser avec l’organisme biologique, être l’ami de son propre corps, le respecter et l’aimer, semble impératif, vital.


Soit nous câlinons notre corps, nous satisfaisons ses demandes aveugles, soit nous le réprimons et rejetons toute ses demandes. La complaisance et le rejet ou la répression, sont les deux faces d’une même faiblesse. Donc, sans aller jusqu'à vénérer le corps ou le réprimer et le blâmer, pouvons-nous simplement l’observer ? Le système musculaire, le système glandulaire, le système nerveux, les neurones, les tendon. la circulation sanguine, la beauté du souffle qui va et vient comme un rythme, une mélodie !

Se lever, s’asseoir, se déplacer, tout ce bel organisme humain, pouvons-nous l’observer simplement ?

Le nourrir après avoir compris ses besoins et ses nécessités, plutôt que le nourrir selon certaines traditions ou certaines modes… ne pas traiter notre corps comme la victime de modèles de comportement cristallisés dans notre famille, dans notre communauté ou dans notre pays. Mais l’observer, voir de quoi il a réellement besoin.

Observer et étudier les limitations de notre héritage biologique, psychologique, nos idiosyncrasies, et ainsi adopter un régime alimentaire approprié, une relation saine et scientifique à l’alimentation.

Une approche sensible du régime alimentaire permet an corps de ne pas être suralimenté ou sous-alimenté, ni vénéré ou maltraité sous prétexte d’austérité.

Il faut aussi parvenir à ce que le corps ne soit pas un problème qu’il nous faut ruminer, auquel il nous faut réfléchir. Pour cela, il nous faut trouver le moyen de le garder en forme, souple, flexible, toujours affûté, toujours frais. Les formidables ressources qu’a ce corps humain ! Nous ne le réalisons même pas !

Nous n’utilisons pas toutes nos ressources musculaires et glandulaires.

L’Orient a eu la chance d’avoir la science et l’art du yoga, qui se sont considérablement développés depuis que Patanjali a codifié les Yoga Sutras, environ 550 ans avant Jésus Christ. Nous avons eu cela. Nous en parlons. Mais combien d’entre nous étudient et appliquent dans leur vie quotidienne ce qu’ils ont étudié, afin de mener le corps humain à sa grandeur, à sa dignité, à sa beauté ?


Pourquoi notre corps se sent-il épuisé ? Pourquoi se sent-il suralimenté ? Parce que nous ne l’avons pas observé, nous ne l’avons pas étudié de près. Or, dès qu’il y a un déséquilibre chimique dans le corps, dès qu’il y a une pression ou une tension nerveuse dans le corps, la paix de l’esprit disparaît. Une personne qui n’a pas découvert l’art et la science de maintenir son corps dans la beauté de son bien-être, dans la musique de l’harmonie entre les muscles, les nerfs, les glandes et tout le reste, dans la beauté de tenir sa colonne vertébrale érigée, de garder le corps droit et souple, sans rigidité, comment cette personne peut-elle avoir l’esprit en paix ?

À moins de découvrir cela, les déformations et les nœuds du corps seront forcément reflétés dans nos attitudes mentales. C’est pourquoi il nous faut poser les bonnes fondations au niveau physique. Pas par acceptation ni par rejet.

Il y a des gens qui acceptent aveuglément, mais la génération des plus jeunes est dans un rejet global. Aucune de ces deux attitudes n’est scientifique. Nous devons découvrir le parfum de notre propre vie à travers une approche scientifique.

Vimala Thakar
L'essence de la plénitude 
Ed. Accarias L'Originel

******

Les 10 superpouvoirs du houx

 


Symbole de l'hiver et de la nouvelle année, le houx est plein de surprises. 

Découvrez 10 de ces incroyables capacités.

*********

jeudi 7 janvier 2021

Sans visage...

 


"Imagine que tu aies vécu dans un monde où n'existent pas de miroirs. Tu aurais rêvé de ton visage, tu l'aurais imaginé comme une sorte de reflet extérieur de ce qui se trouvait en toi. Et puis, suppose qu'à quarante ans on t'ai tendu une glace.
Imagine ton effroi.
Tu aurais vu un visage totalement étranger.
Et tu aurais nettement compris ce que tu refuses d'admettre :
ton visage, ce n'est pas toi."
Kundera

********

mercredi 6 janvier 2021

"bienheureux voyage de l’homme en quête de Dieu"

 


Oui, c’est notre propre histoire, l’histoire de notre pèlerinage sans fin que nous déchiffrons à travers ces Mages venus de la lointaine Babylone, conduits par l’étoile, vainqueurs obstinés de l’immensité des déserts aussi bien que de l’indifférence et de la politique, et parvenant finalement à trouver l’enfant et à l’adorer comme le roi sauveur.

Oui, c’est notre histoire que nous lisons… que nous devrions lire, à travers ce récit. Ne sommes-nous pas tous des pèlerins, des voyageurs, des hommes sans domicile fixe, même si nous n’avons jamais eu à quitter notre « chez nous » ? (…) Mais comment faire cette route ? C’est notre cœur qui doit se mettre en branle. (…)

Nous venons d’entrer dans une nouvelle année. Tous les chemins qui la traversent, de l’Orient à l’Occident, seront entraînés avec elle dans l’écoulement sans fin des années et des siècles. Mais on peut, même sur ces chemins, être de ces bienheureux pèlerins qui marchent vers l’Absolu, de ceux dont le voyage terrestre est un voyage vers Dieu. Allons, mon cœur, ouvre-toi et mets-toi en route, car l’étoile a lui. Tu ne peux sans doute emporter beaucoup de bagages, et tu en perdras bien d’autres en chemin. N’importe, va de l’avant. L’or de l’amour, l’encens du désir, la myrrhe de la souffrance, tu possèdes déjà tout cela. Il acceptera tout cela. Et nous finirons par le trouver. 

Karl Rahner - L’Homme au miroir de l’année chrétienne

*****


Pensées d'une nuit paisible


D'une blancheur immaculée,

La clarté de la lune s'épand au pied de mon lit.

Les yeux ensommeillés,

je l'ai d'abord prise pour une couche de givre sur le sol.

Levant la tête, j'observe la lune ;

baissant les yeux, je pense à mon lointain bercail.

"Si profonde est la forêt" - Anthologie de la poésie des Tang - Préface de Pierre Dhainaut (Ed. Les Deux-Siciles)- traduction Guomei Chen


En recherchant une image pour ce poème, je suis tombé sur celle-ci et elle correspondait au même poème chinois mais avec une traduction différente. Etonnant !

Extrait du site

J’ai déjà parlé de Li Baï, ou Li Po (701-762), un des plus grands poètes chinois, qui composa des poèmes avec l’empereur, et aima le vin un peu plus que de raison.

Li Baï voyagea beaucoup, dépensa beaucoup, se maria quatre fois, et eut des amis de tous styles : taoïstes, hauts fonctionnaires, hommes de lettres (comme le poète Du Fu), qui l’admiraient.

Comme la plupart des poètes chinois, il éprouvait une dilection pour la lune. Dans ses Pensées d’une nuit calme, il écrit :


Au pied du lit la lune étend son vif éclat

On croirait presque voir du givre sur la terre

Si je lève les yeux, c’est la lune brillante

Si je baisse les yeux, le pays de mes pères *

Son penchant pour le vin lui valut plusieurs revers de fortune : insolence, querelles, il fut par trois fois chassé de la Cour.

Lorsque le sort cessa vraiment de lui être favorable et qu’il fut condamné à l’exil, il reprit sa vie vagabonde, errant de la maison d’un ami à celle d’un autre, et d’ivresse en ivresse. Son voyage prit fin une nuit qu’il naviguait sur le fleuve Yang Tsé, près de Nankin. On raconte que la lune se reflétait si joliment dans l’eau qu’il voulut l’embrasser, et se noya.

*  traduction Florence Hu-Sterk, © Gallimard

******


mardi 5 janvier 2021

Récupérer ses âmes vagabondes

 


10 minutes avec Fabrice Jordan pour un pas de Tao dans cette nouvelle année
(programme pour ce mercredi d'épiphanie):


***********

lundi 4 janvier 2021

Le bonheur ne se barre jamais

BELLE HEUREUSE ANNEE !



Bien sûr on ne se connaît peut-être pas dans « la vraie vie »... On ne s’est pas croisés, touchés, reniflés… Mais on a pourtant le droit de se vouloir du bien… Alors belle année prochaine à vous ! Pour les années passées c’est trop tard. Soyons heureux chacun à notre façon et qui n’a sûrement rien à voir avec la santé, la réussite, la prospérité… 
Ça tombe bien, rien dans l’avenir ne nous annonce tout ça ! Soyons juste heureux pour donner l’exemple, parce que c’est plus amusant, plus rare. Parce que c’est difficile. Parce qu’on a aucune raison objective de l’être. Et parce que c’est dangereusement communicatif : ça rend les autres plus heureux aussi .

Édouard Baer
(source : Instagram)
------