Ce qui fait souffrir, c'est le refus de ce qui est...
Daniel Morin nous conseille de laisser monter et de voir les pensées qui viennent sans les filtrer, sans s'y opposer...
Ce qui fait souffrir, c'est le refus de ce qui est...
Daniel Morin nous conseille de laisser monter et de voir les pensées qui viennent sans les filtrer, sans s'y opposer...
A la méditation chez nous à Saint Maxire, nous avons essayé de prendre conscience des tendances de notre esprit.
Ce moi, notre individualité physique et mentale, est quelque chose d'extrêmement précieux car il nous permet de nous manifester dans le monde, mais sa réalité est changeante et irréelle comme un nuage dans le ciel. Ce que j'étais il y a une seconde est mort pour faire place à ce que je suis maintenant et que je ne connais pas encore et sans que j'aie le temps de le saisir, je suis déjà devenu ce que je suis à la seconde suivante. Ce moi est un flux insaisissable, toujours changeant.
Pouvons-nous juste nous en réjouir ? Ce serait terrible de rester fixé dans quelque chose qui ne changerait plus jamais.
Notre tendance est de défendre cette idée que nous avons de ce petit moi car nous sommes attachés à quelque chose qui n'a aucune existence fixe, aucune existence en soi.
Cette tendance nous fait adopter des positions centrées sur nous-mêmes, c'est-à-dire égoïstes qui ne nous mènent pas au bonheur car elles sont illusoires et entrainent de la souffrance autant pour nous que pour les autres.
L'intention de la méditation est de cultiver des tendances basées sur 4 qualités qui sont inhérentes à nous, càd que nous n'avons pas à acquérir, seulement à dévoiler : il s'agit de l'amour altruiste, de la compassion, de la joie et de l'équanimité.
C'est l'actualisation et le développement sans limite de ces qualités qui vont éclairer notre chemin vers le bonheur.
Philippe Fabri
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Comment s’engager dans l’humanitaire. Les Conseils de Paul Grossrieder.
Lors d'une interview de Christian Bobin, le journaliste cite une phrase écrite par le poète, que voici :
Vous pouvez assez vite sentir cette force en vous. Il suffit de respirer normalement et, à l’expiration, de tourner toute l’attention vers le bas-ventre en vous représentant qu’une énergie qui a pénétré en vous à l’inspiration, se répand maintenant dans l’organisme et se concentre dans le ventre. Ce n’est pas l’énergie la plus raffinée avec laquelle nous puissions fonctionner et il y a des énergies plus subtiles, mais cette pratique est quand même la base de l’édifice.
Je possède une photo de Swâmi Prajnanpad où l’on ne voit, si j’ose dire, que son ventre. On dirait une sculpture gothique. Il est droit, debout, toute l’attention de celui qui regarde la photo est captée par son ventre. Même pour ceux qui n’insistent pas sur le hara comme le font les Japonais et les yogis tibétains, l’ascèse développe celui-ci.
Si vous vous exercez plus avant, vous pouvez quelque peu pousser sur la paroi abdominale basse, comme lorsqu’on s’est accroupi dans les champs pour se soulager surtout si l’on est constipé. Personne n’a jamais « poussé » à l’inspiration. Essayez de pousser pour éliminer les excréments en inspirant, c’est impossible. Vous ne pouvez pousser qu’en expirant. Vous poussez donc, mais plutôt vers l’avant, ce qui amène une légère proéminence du bas-ventre et un durcissement de la paroi abdominale. Il existe donc un point à trouver en vous, qui se situe à peu près à mi-chemin entre le haut du pubis et le nombril. Si vous trouvez ce centre (c’est assez aisé, il n’y a pas à tâtonner pendant des jours et des jours), en expirant vous concentrez l’énergie dans le ventre, c’est la première étape ; au bout de quelque temps, lorsque vous y arrivez facilement, vous poussez un peu à l’expiration. Et ce centre de gravité avec lequel vous serez familiarisés, dont vous aurez aisément la sensation, deviendra votre meilleur ami, un point d’appui qui ne vous trahira pas.
Dans ce centre vital, il n’y a pas de pensées inutiles, il n’y a pas ce fatras de l’intellect et du mental coupés de la vie ; il n’y a pas non plus ces émotions infantiles par lesquelles vous vous laissez si vite emporter. Vous y trouverez au contraire une puissance stable qui vous dépasse tout en étant vôtre et qui se révèle facilement canalisable pour ne pas cristalliser l’ego sur lui-même. Elle ne vous conduira pas dans l’impasse d’une force de caractère et d’une résistance aux chocs qui soient en même temps une prison. L’avenir reste disponible.
Réconcilier la partie consciente et inconsciente du conditionnement émotionnel
« La constante du milieu intérieur est la condition d’une vie libre. » Claude Bernard
Ce sont les réflexes de survie commandés par le système nerveux sympathique qui permettent de maintenir cet équilibre. Dans cet équilibre dynamique, il va y avoir compétition entre deux actions opposées, par exemple celle de manger beaucoup ou de manger peu. Un des pôles d’action est sélectionné s’il représente un avantage pour la survie de l’individu.
Marie et Lisa
Lisa est en couple depuis un an. Elle a 33 ans. Elle veut perdre du poids mais n’y arrive pas. Dès qu’elle perd un kilo, elle en reprend davantage. Au cours de la consultation, elle dit avoir encore pris du poids. En disant cela, elle affiche un large sourire sans s’en rendre compte. Le langage de son corps et l’émotion qu’elle exprime sont en contradiction avec son souhait de maigrir. Le fait de prendre du poids soulage manifestement un stress chez elle.
On se souvient qu’elle est née prématurément et a été placée en couveuse. Le fait d’être arraché à sa mère est dramatique pour un nouveau-né car il est privé des besoins primordiaux de nourriture et de protection. Un faible poids peut devenir un inconvénient majeur. Il semble logique de penser qu’en réaction à un faible poids, on aura une prise de poids. Plus Lisa prend du poids, plus elle s’éloigne du stress de sa naissance et donc plus elle est récompensée. Elle a toutes les difficultés du monde à perdre du poids car cela la replonge dans le stress initial.
Chez Lisa, le conditionnement émotionnel pourrait s’énoncer : « manger c’est bon pour ma survie ». Si le conditionnement émotionnel est maintenu, le comportement se maintient aussi. La récompense qu’elle recherche en permanence est de manger à sa faim. Elle est bloquée tant qu’elle ne reconnaît pas que le surpoids vient solutionner quelque chose. C’est seulement si elle reconnaît cela qu’elle pourra changer, en remplaçant l’excès de nourriture par autre chose qui lui procurera un plaisir plus grand comme la pratique d’un sport par exemple.
La compréhension du sens du conditionnement permet de pouvoir agir dessus. On peut alors choisir la modalité de la réponse et la mettre en action.
Guérir, c’est sortir du rail de la réponse automatique du conditionnement et choisir en toute liberté une nouvelle réponse.
Si on est en surpoids, le premier pas vers la guérison est de rechercher pourquoi l’organisme a mis en place cette adaptation-là et pas une autre.
C’est en acceptant le surpoids et en comprenant son sens qu’il est possible d’adopter un nouveau comportement qui présente des bénéfices encore plus grands que celui procuré par la nourriture.
Changer signifie modifier l’équilibre de notre milieu interne. C’est le plus difficile, du point de vue biologique, car cet équilibre est contrôlé de manière involontaire et inconsciente par le système nerveux sympathique.
Changer, c’est donc se mettre en danger, dans l'inconnu d'un nouveau fonctionnement qui n’a pas encore fait ses preuves.
Si on reprend l’exemple du chien de Pavlov, comment pourrait-on le reconditionner ? Déprogrammer n’aurait aucun sens. On ne peut pas désapprendre quelque chose qui a eu un sens à un moment donné. Cependant, on peut apprendre quelque chose de nouveau. On pourrait, par exemple, reconditionner le chien a un stimulus plus agréable que le fait de lui présenter de la nourriture. Par exemple, chaque fois que la cloche sonne, aller le promener. Après reconditionnement, au lieu de saliver, il ira chercher sa laisse ou remuera la queue par exemple…
Source : L'impact des émotions sur l'ADN (2014) de Nathalie Zammatteo
Trouvez la cause de notre difficulté majeure [grâce à un travail sur l’inconscient].
2e étape
Acceptez ce qu'il en est, même si la situation intérieure se révèle cruelle. C'est ce que nous sommes en grande partie : une mécanique soumise à certains conditionnements dont l'origine se situe pour la plupart dans l'enfance (quelquefois plus avant). En exprimer la souffrance ou la révolte sans se juger ni se sentir coupable.
3e étape
Se désidentifier des traumatismes de l'enfance. Lesquels laissent des marques d'autant plus tenaces qu’ils se sont profondément gravés sur la cire encore neuve du psychisme d’un petit enfant, d’un bébé, parfois même du fœtus.
4e étape
Faire une sorte de bilan en établissant un tableau où sont mis en regard les causes et les résultats c'est-à-dire le passé et le présent. Un tableau qui ne prend pas plus d’une demi page, à la rigueur une page, afin de pouvoir s'y reporter dans la vie quotidienne au cas où l'on ait oublié d'où viennent nos réactions émotionnelles les plus fortes : il est indéniable que les habitudes mentales reprennent vite le dessus.
5e étape
Aussi importante que longue : faire, chaque fois que les vieux automatismes reviennent avec leur cortège d'émotions, un travail de connexion, de remémoration de l'origine de ces comportements que l'on a retrouvés, vus, compris, mais que l'on a tendance à laisser de côté. Du coup, on se laisse reprendre par ses anciennes habitudes de penser, de réagir, de se comporter, vieilles de nombreuses années où l'on a cru naturel d'être ainsi, de vivre ainsi.
6e étape
Elle s’insère au jour le jour dans la banalité des habitudes, à chaque conflit d’ego à ego au cours de sa vie professionnelle ou relationnelle. Plutôt que de se perdre dans ces conflits, il s'agira de les transformer en une multitude d'occasions de s'exercer : chaque fois une provocation ou un piège qui peut nous faire tomber - ou bien que l'on peut déjouer. Voyons-les comme un jeu avec la vie en guise de partenaire, qui nous envoie ces coups bas, ces piques et ses possibilités de s’en sortir. On rate une balle, l’autre va se présenter rapidement, peut-être dans l’instant qui suit. Il est permis de trébucher, et… de se relever aussi sec.
Cette vaste zone de chocs inattendus qu’est notre journée va provoquer à son gré ce que Swâmi Prajnânpad nommait "exciting causes" : les déclencheurs, les faits journaliers qui excitent nos points faibles, et nous font réagir à grande vitesse.
S’en servir deviendra le but de cette étape : s’en servir comme d'une occasion d'entrer en relation avec nos émotions, donc d'en prendre une connaissance plus intime, plus directe. Allez d'un mécanisme compulsif à la lucidité de l'acte, ou comment transformer la réaction en action.
Denis Desjardins - Le Lying, 2001 (extraits)
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« Swamiji a eu un passé ; Swamiji n’a plus de passé » Swami Prajnanpad
(Extrait du carnet)
Cependant, elle explique ne pas encore bien discerner le refus à la source de l’émotion. Du coup, elle le cherche du côté des méandres de sa psychologie, en se demandant : « au fond qu’est ce que je refuse ? »
Bien sûr, cette projection sur Y procède de son histoire, de sa relation à ta mère, etc . X veut que Y , figure maternelle, l’apprécie, l’aime. Si Y ne lui sourit pas, X lui en veut de ne pas lui manifester de l’attention et de la reconnaissance, se sent à la fois déçue dans son attente, en colère contre Y, en colère contre elle même d’attendre … Et au final ce que X refuse, c'est tout simplement ce qui est : ici et maintenant Y ne parait pas me prêter une attention particulière, elle ne me sourit pas, ne me regarde pas.
X demande alors si elle doit "transformer ce refus en acceptation ? "
Cela peut être dit comme ça, et c’est un peu un non sens.
On ne transforme pas le bruit en silence. On arrête de faire du bruit et le silence se révèle. Il ne s’agit pas de « transformer le refus en acceptation » mais plutôt de cesser d’entretenir et de justifier le refus, de revenir à ce qui est, sans interprétation ni élaboration.
Allons un peu plus loin :
Pendant longtemps, des années, nous sommes fascinés par l’anecdote (ma mère, Y sur laquelle je projette ma mère, mes attentes déçues, mes demandes, ma colère etc..) donc par notre histoire. Et nous tentons de « résoudre » la souffrance, autrement dit l’émotion, par la connaissance et la compréhension de cette histoire, voire par une expression émotionnelle (je suis très en colère contre ma mère, etc..).
Il n’est pas faux de considérer cet aspect du travail que l’on peut qualifier de « thérapeutique » comme utile. Cela fait partie d’une certaine connaissance de la machine que nous sommes à un certain niveau, de savoir et sentir que nous en voulons à notre mère du fait d’attentes déçues, etc… et projetons cette figure sur X, Y … Ce n’est pas en soi vain et peut même participer d’un certain « progrès ». Prenant conscience de cela, je vais veiller à moins « projeter » sur X, Y … D’accord.
La limite - considérable- de cette approche si à un moment donné on ne va pas plus loin c’est que nous ne nous intéressons qu’à l’anecdote et pas au principe.
Or, la clé de la liberté se trouve dans l’action intérieure sur le principe - à savoir le refus de ce qui est - et pas sur l’anecdote, étant entendu que la « projection » risque fort de se déplacer ailleurs, sur un autre objet, une autre forme…
Ou est le refus ? Mais voyons bon sang mais c’est bien sûr, le refus est toujours le refus de ce qui est, donc de ce qui est sous notre nez, évident ! Ou est donc ce qui est, ou vais je trouver ce qui est ? Absurde ! Ce qui est est et donc est là, comme les lunettes que Nasrudin cherche partout alors qu’elles sont sur son nez.
Il me vient une image que je trouve parlante ; comme beaucoup de guitaristes de rock-blues, pendant des années, je me suis exercé à jouer par « reproduction » : j’apprenais des morceaux et les jouais, sans en comprendre les principes, ou juste le minimum (quels accords, par exemple, mais sans même savoir comment un accord est construit harmoniquement). Je procédais donc par anecdotes successives - chaque morceau étant une anecdote. Cela m’a bien fait progresser, notamment au début, le début pouvant durer des années, mais jusqu’à un certain point. Le moment est venu où je me suis dit : « comment puis je progresser encore ? », sentant que ce n’était pas en apprenant un nouveau morceau, puis un autre, que j’allais réellement avancer .
C’est là que j’ai commencé à entrevoir l’intérêt de la théorie musicale appliquée : commencer à m’intéresser non plus à l’anecdote (tel morceau, tel riff, tel « plan », ou même telle gamme que j’utilise sans en capter la construction) mais aux principes : oui, je peux jouer une gamme apprise par cœur mais qu’est ce qu’une gamme ?
C’est à partir de cette étude de la théorie appliquée que je commence à pouvoir non plus seulement jouer par reproduction, mais à improviser dans toutes les tonalités et sur tout le manche. Parce que je comprends les principes et les applique pour faire de la musique.
Il me semble que vient un moment dans la pratique de la voie, où on ne va plus avancer l’œil rivé sur notre histoire mais en nous axant sur le principe : le refus crée la souffrance et le refus ne peut pas être le refus d’ autre chose que de ce qui est ici et maintenant.
Le présent seul est réel et il prépare l’avenir qui n’est pas encore mais sera aussi pour une part la conséquence de ce que je vais poser dans le présent.
A ce sujet la formule de Swamiji (Swami Prajnanpad) est lumineuse : « Swamiji a eu un passé, Swamiji n’a plus de passé ».
Swamiji n’est pas amnésique : son histoire « personnelle » est à sa disposition et de fait il cite souvent des anecdotes de son enfance, de sa jeunesse pour illustrer un point.
Donc, comme toute forme, Swamiji a bien une histoire, laquelle se poursuit jusqu’à sa mort.
Mais il n’a plus de « passé » « passé » au sens de dynamique émotionnelle interférant avec le présent.
Pourquoi ? Parce chez lui il n’y a plus de refus de ce qui est .
Or, et c’est là la révélation à un million de dollars, c’est le refus du présent qui "crée" le passé en tant qu’interférence émotionnelle. Et non l’inverse comme on le croit souvent, même si c’est en pratique complexe : oui, les blessures ressenties le long de mon histoire et qui ont cristallisé interfèrent , émettent des « signaux » dans le présent, oui.
Et la clef ultime pour désamorcer ces signaux n’est pas de « retourner dans le passé » pour les désamorcer un à un, auquel cas si on y réfléchit un instant, aucune liberté n’est possible (peut on vider la mer à la petite cuillère ? ) mais de cesser de refuser ce qui est, ici maintenant. Le présent est d’une certaine façon comme un tout étanche. Mais le refus vient y introduire une brèche par laquelle s’engouffre en rafale « le passé ». Plus de refus maintenant, plus de passé, juste une histoire.
Mais diront les malins, et le refus d’où vient il ? Pourquoi refuse-t-on, sinon du fait du « passé » ?
On refuse du fait du fonctionnement de l’ego (et de son allié le mental qui est là pour justifier le refus), lequel ego, en effet, d’un certain point de vue, est "né", très tôt dans mon histoire, inévitablement. Mais au final c’est égal, car cet ego (qui cristallise chez tous et toutes, sauf exception extraordinaire et encore …) cet ego donc ne peut être déraciné, mis en cause, lâché, que dans le présent qui seul existe.
Gilles Farcet
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C'est alors que vient la réalisation que l'ego n'existe pas en réalité, car il est impossible d'être séparé :
Je suis un flux.
Swâmi Prajñânpad, un Maître contemporain.
Les Lois de la Vie.
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