samedi 12 décembre 2020

Lettre à un ami confiné par Gilles Farcet


Cher ami,
Toi qui, parmi d’autres, il y a longtemps, m’a prié- sans mesurer ce que tu demandais mais n’est ce pas vrai de nous tous ?- de t’accompagner à ma mesure en tant qu’ami spirituel sur la voie par laquelle nous avons chacun été touchés il y a plus longtemps encore…
Cher ami, dont la stratégie de protection envers la souffrance consiste à ériger entre toi même et la profondeur un bunker d’opinions, de pensées, d' indignations, constamment alimentées par quantité de nourritures d’impression choisies avec plus ou moins de discernement …
Cher ami chez qui cette stratégie, en place depuis des décennies et pour ton malheur non débusquée tant qu’il en était encore temps, se trouve exacerbée par les conditions et circonstances présentes.
Cher ami qui me demande de lui dire ce que je « pense » d’un article joint à ton courriel, sous prétexte que le savoir t’aidera à mieux me connaitre en tant qu’instructeur…
Mon cher ami, je suis au regret de te le dire : non seulement cette démarche consistant à aller me chercher sur le terrain des opinions ne te permettra en rien de mieux me connaitre en tant qu’instructeur spirituel, mais elle t’éloigne encore de la connaissance de toi même.
Si tu savais à quel point je trouverais heureux et fécond que tu m’écrives pour me parler simplement de toi, de ce que tu vis, éprouves en amont de toutes tes pensées, opinions et émotions non vues en tant que telles. Tant d’énergie employée à indéfiniment justifier et argumenter des émotions n’ayant en elles mêmes rien à voir avec l’ « actualité », alors même que tu crois sincèrement tant t’y intéresser …

Ah, si tu investissais ne serait ce qu’un peu de cette énergie à tourner ton attention vers la profondeur, vers le sentiment de ta misère comme de ta grandeur intrinsèque…
Mon cher ami, je ne te suggère aucunement de te désintéresser du monde dans lequel nous vivons, ce monde à la fois si merveilleux et si insensé. Mais je t’enjoins à être à l’affut de l’émotion et des pensées en toi. A l’affut de ce qui souffre en toi et se projette sur ce que appelles l’extérieur.
Je ne te demande pas de te désintéresser du monde, non ; mais, oui, je t’enjoins à t’intéresser avant tout et premièrement à « ton monde ».
Car seule cette vision de « ton monde » te donnera accès au monde, à ce monde auquel, comme tout un chacun et à ta place, il est naturel et juste que tu prennes part avec la sensibilité qui est la tienne.
Pour l’instant et pour ton grand malheur, ton monde prend beaucoup trop de place pour que le monde te soit accessible.
La culture des opinions confondue avec la recherche de la vérité constitue une immense tragédie.
Il n’est pas exclu que ce soit à terme la plus meurtrière.
Mon si cher ami, jamais tu ne pourras rencontrer l’ami spirituel authentique sur le terrain des opinions, qu’elle soient partagées ou confrontées. Cette triste contrée, ce pays de la séparation et de l’isolement, autrefois figuré par la tour de Babel, ce pays n’est pas sa demeure. On ne peut donc l’y rencontrer.
L’ami spirituel authentique ne se rencontre que sur le terrain peu fréquenté d’une vulnérabilité désarmée, face contre terre.
C’est une terre à laquelle on n’accède pas si facilement.
Pour y pénétrer, il faut poser les armes, et cela ne nous est pas naturel, n’est ce pas ?
Il y a le confinement, celui dont il est ces temps ci, beaucoup question.
Et il en est un autre, bien plus redoutable.
Celui là n’est pas prêt d’être levé.
Pour qu’il le soit, il faudrait que la contemplation de la nature du réel nous mette à genoux. Ce réel qui n’est pas une abstraction métaphysique mais inclut notre misère et notre grandeur.
Ce confinement, combien plus redoutable, c’est celui dans lequel nous maintiennent, non seulement l’ignorance essentielle de notre vraie nature, mais les pensées, émotions, opinions, jugements, du matin au soir entretenus, justifiés, alimentés. Y compris parfois, ô folie, les opinions, pensées, émotions, à propos de notre vraie nature et des moyens d’y accéder.
De ce bunker là, au sein duquel nous gesticulons tel un führer en bout de course, il sera difficile de se déconfiner.
Cher ami, crois bien que de tout cœur, je te remets et nous remets chacun au Plus Grand.


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En vol...

 

Hier j'ai pratiqué une méditation sur le thème de l'argent.

Ce matin plus de portefeuilles dans la maison !

Les portes dans la nuit s'étaient ouvertes.

Je vais donc aller immerger mes pensées dans un bain de détente.

Cela m'apportera du liquide.


Sans papier !

Une possibilité de perdre mon identité

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vendredi 11 décembre 2020

Traitez-vous en véritable ami ou amie

Retour sur soi 

Imaginez que l’un ou l'une de vos proches doive procéder à des changements dans sa vie ou vivre votre épreuve. Comment le ou la soutiendriez-vous ? Quels conseils lui donneriez-vous? Quelles attentions lui accorderiez-vous? Quel professionnel lui conseilleriez-vous de consulter? Qu’est-ce qui vous alarmerait dans son comportement? Quels conseils donneriez-vous à ses proches ? Que ne feriez-vous jamais avec lui ou elle, ni ne lui diriez jamais?
Une fois toutes ces réponses récoltées, relisez-les très attentivement avant de les noter, puis considérez-les comme de salutaires piqûres de rappel pour vous.


Faites des pauses d’autocompassion


Pensez à une situation ou une relation difficile, qui, dans votre quotidien, est source de stress. En y pensant, essayez de sentir les endroits où le stress ou une tension se manifeste dans votre corps, puis dites-vous que : 

a. C’est un moment de souffrance.
Vous pouvez aussi vous dire : « Ça fait mal. aïe! », ou « C’est ça, le stress. » 

b. La souffrance fait partie de la vie.
Elle est commune à toute l’humanité. 

Vous pouvez aussi vous dire : « Les autres ressentent aussi cela, je ne suis pas seul, nous luttons tous dans nos vies. » 

Maintenant, posez vos mains sur votre cœur, ressentez leur chaleur et la douceur de leur poids sur votre poitrine, puis dites-vous : « Puissé-je faire preuve de bonté ou de gentillesse avec moi-même. »
Vous pouvez aussi vous dire : « Puissé-je me donner la compassion dont j’ai besoin, apprendre à m’accepter comme je suis, me pardonner, être fort, être patient. »
Cet exercice peut être effectué à tout moment du jour ou de la nuit, dès que vous ressentez monter en vous une certaine dureté pour vous-même, ou que vous vous négligez. 


Pratiquez le toucher soutenant 


Parce qu’il active le système nerveux parasympathique, le toucher apaise les tempêtes émotionnelles. Des études ont montré qu’il activait la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, qui nous procure un sentiment de sécurité, calme nos émotions, ainsi que le système cardio-vasculaire. 
Quand vous sentez le stress monter : 
 • Prenez deux ou trois respirations profondes et lentes. 
 • Placez doucement votre main sur votre cœur (ou les deux mains sur votre poitrine, comme vous le sentez). 
 • Ressentez le rythme de votre respiration qui s’apaise, votre corps qui se détend... 
 Vous pouvez aussi : 
 • Poser vos mains sur votre visage ou sur votre abdomen. 
 • Vous serrer dans vos bras. 
 • Frottez doucement vos bras de bas en haut.

Source : Psychologies magazine

Je favorise la faune sauvage en hiver

 


Les plantes sauvages, le bois mort, le lierre, les arbres à fruits sont précieux pour que la biodiversité survive à l'hiver. (Lire l'article de la LPO). 

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jeudi 10 décembre 2020

Exercices d'automassage

4 gestes pour vous relaxer par Aurélia Benoît, praticienne shiatsu

1. Détendre ses yeux
Soulager la fatigue visuelle causée par les écrans



Debout, assis ou allongé sur le dos
- Relâchez vos épaules, secouez vos bras, puis frottez vos mains l’une contre l’autre pour les réchauffer.
- Arrondissez les doigts et les paumes pour former un creux et placez vos mains sur vos yeux. Le centre des paumes au niveau des yeux.
Les doigts se superposent au milieu du front.
L’auriculaire se cale naturellement à l’angle de la naissance du nez et de l’arcade sourcilière.
Aucune pression n’est exercée, ni sur les yeux, ni sur les sinus. Les mains sont justes posées sur le visage. Les épaules sont détendues : vous pouvez poser vos coudes sur une table ou un coussin.
- Vos yeux baignent dans une obscurité reposante.
- Ressentez la chaleur de vos mains qui se diffuse dans vos yeux.
- Accompagnez ce moment de pensées agréables, de sentiments optimistes ou d’images plaisantes comme un paysage, un objet ou une couleur que vous aimez.
- Profitez de ce moment pendant quelques respirations ou quelques minutes selon le temps dont vous disposez.


2. Apaiser son esprit
Évacuer le trop-plein d’émotions


Debout, assis ou allongé sur le dos
- Fermez les yeux et laissez aller votre respiration sans chercher à la contrôler.
- Placez vos mains, l’une sur l’autre, en haut de la cage thoracique, au niveau du sternum.
- Exceptionnellement, expirez par la bouche puisqu’il s’agit d’évacuer le trop-plein.
Faites glisser vos mains en appliquant une légère pression sur toute la ligne médiane en descendant jusqu’au pubis.
- Replacez vos mains sur le haut du sternum à l’inspiration et recommencez la descente dans une nouvelle expiration. Répétez ce geste une dizaine de fois.
- En replaçant vos mains à nouveau en haut du sternum, respirez par le nez en concentrant votre attention sur la zone sous vos mains.
- Ressentez, observez ce qui se passe dans cette zone. Rentrez en contact avec vos émotions tout en les laissant aller et venir au rythme de votre respiration.
- Après quelques respirations ou plusieurs minutes, déplacez vos mains d’une largeur de paume vers le bas et répétez la descente vers le pubis, jusqu’à ce que vous sentiez l’apaisement de cette zone.
- Procédez de la même manière jusqu’à la zone sous le nombril. De là, visualisez l’énergie circuler dans vos jambes, vos pieds, jusque dans le sol.

3. S’éclaircir les idées
Dissiper les tensions mentales


Debout, assis ou allongé sur le dos
– Superposez vos deux paumes sur le sommet de la tête.
– Avec vos mains, faites bouger le cuir chevelu sur le crâne en dessinant de petits cercles, dans un sens puis dans l’autre, sans faire glisser les mains sur les cheveux.
Répétez ce mouvement 10 à 20 fois dans chaque sens.


4. Relâcher la nuque
Soulager les tensions du cou


Assise, pieds à plat sur le sol, le dos droit
- Penchez légèrement la tête vers l’avant.
- Croisez les doigts derrière la nuque.
- Massez de la base du crâne vers les trapèzes en exerçant des pressions circulaires avec les paumes de main.
Réalisez ainsi 3 à 7 passages. 

Lorsque l’on évoque l’attention portée à la respiration pour se détendre ou revenir au calme, il serait plus juste de parler d’expiration. En effet « seul le vide peut accueillir ». Autrement dit, toute respiration consciente devrait commencer par une profonde expiration.

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mardi 8 décembre 2020

Ma famille avant tout


Je vous partage un témoignage que j'ai trouvé précieux et qui montre l'espoir en la vie et une certaine force intérieure :


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Source : Le magazine de la santé

lundi 7 décembre 2020

Confinement et nostalgie

  


  « Le monde d’après ne sera plus comme le monde d’avant ! » 

Cette opinion est pour les uns une source d’inquiétude et pour d’autres une espérance. Il n’empêche qu’il en est ainsi depuis toujours. Étant au bord d’une rivière, contemplez l’eau qui coule … coule … et demandez-vous comment vous allez faire pour vous baigner une fois encore dans l’eau du jour d’avant ou du jour d’après ? 

Le refus de la loi de l’impermanence s’enracine dans cette part de nous-même définie comme étant l’EGO. 


L’ego ? Lorsque je demande à Graf Dürckheim ce qu’est l’ego, il me répond : « L’ego ? c’est cette entité, cette représentation mentale de soi-même, qui pense : moi je suis moi et je veux rester moi ! ». 

En même temps, il semble qu’une nostalgie autre que le désir de revenir au monde d’avant, profite du confinement pour sourdre du plus profond de notre nature humaine. « L’impression, me disait une participante à une retraite,  que manque quelque chose d’essentiel à ma manière d’être, qui me permettrait —dans le monde tel qu’il est aujourd’hui—, de pouvoir donner sens au simple fait de vivre. La méditation serait-elle le moyen de combler ce manque ? ».

 


A sa question, il me faut répondre que c’est là le sens de l’exercice appelé ZAZEN : « l’éveil de l’homme à sa vraie nature en tant qu’être humain » ; à son être essentiel, qui n’est pas l’ego.  Mais je ne suis pas sûr que ce soit la visée de ce qu’on entend aujourd’hui comme étant la MÉDITATION, cet exercice qui met l’accent sur l’utilisation du mental (mind) et participe au développement des potentialités de l’ego. Est aujourd’hui proposée, sous le nom de méditation, une méthode qui participe à ce qu’on appelle le développement personnel.

Curieuse naïveté que celle d’imaginer que en restant enfermé dans le MOI, domaine de l’angoisse et des états qui l’accompagnent, je vais pouvoir assurer ma sécurité, mon confort et ma santé ! 

Graf Dürckheim écrit : « Si l’homme occidental perçoit l’impasse à laquelle sa pensée l’a conduit, il sera obligé de —prêter l’oreille— à la voix de son être essentiel insaisissable par la pensée objective ».

Prêter l’oreille ! Accueillir ! Être touché ! 

Ces mots, bien mieux que le mot —méditation—, traduisent exactement le kanji ZEN.

 


Nous devons au maître Zen Sôtô Hirano Katsufumi Rôshi (1) un puissant éclairage sur la différence entre Zazen et méditation :  « Il y a mille et une façon de méditer ; il n’y a qu’une façon de pratiquer zazen ! »    « On ne pratique pas zazen avec le mental (Mind) ! »    « Zazen est avant tout une manière d’être en tant que corps ! ».

 

ZA-ZEN ? Ce n’est pas un nom, un substantif. C’est une action. 

 

Za, ce n’est pas une posture, une assise ; c’est une action du tout corps-vivant que je suis qui, d’instant en instant s’organise et se réalise. Za, c’est se poser dans l’espace-vécu et le temps-vécu (ce qui me libère de mes égarements dans l’espace-pensé et le temps-pensé). 

Zen, ce n’est pas quelque chose ; c’est l’action qui consiste à prêter l’oreille, à accueillir ce qui se présente d’instant en instant grâce à ce processus du corps-vivant qu’est le sentir. Nous rencontrons ce qu’on appelle la vie, le monde, grâce à nos cinq sens. La pensée nous écarte du réel en fabriquant des représentations du réel.

Pour avoir la chance de toucher, ou d’être touché, par l’essentiel il faut se glisser dans le sentir. C’est l’attention portée à la profondeur d’une qualité sensorielle qui donne accès à l’expérience qu’est notre vraie nature.

 

C’est tout ? Oui. Et c’est d’autant plus stupéfiant pour notre esprit occidental, sans cesse animé par l’exigence de faire quelque chose, au point de croire que si je ne fais rien, rien ne se fera ! D’où l’importance de s’entraîner à la réalisation d’une action inhabituelle : l’exercice de l’absolue immobilité. Là où est la parfaite immobilité, il n’y a pas de place pour l’ego !

 

On ne pratique pas zazen avec le mental ; zazen est un exercice vital.

 


Vital
? Oui, corporel ! 

S’agit-il d’une gymnastique dans laquelle on engage cet outil qu’est le corps qu’on A (Moi et quelque chose mon corps) ? Non. Il s’agit de passer de l’idée « J’ai un corps (Körper) » à l’expérience que « Corps je suis (Leib) ». Expérience que ce que j’appelle la vie n’est pas dans le corps ; expérience que le corps (Leib) est la vie qui d’instant en instant prend forme.   

Le corps-vivant n’est pas quelque-chose. La vie n’est pas dans le vivant ; le vivant est la vie qui, d’instant en instant, se réalise et s’organise dans une forme pensée comme étant matérielle. Tout ce qui vit — devient ce qu’il est et est ce qu’il devient — selon un ordre des choses qui n’est pas du ressort de l’ego ; le mental n’a rien à faire dans ce processus vital.

 

Tout se complique ! Non, tout devient plus simple ! Parce que si notre vraie nature, notre être essentiel est insaisissable par la pensée, cela ne signifie pas qu’il soit inconnaissable. Le chemin de connaissance est un chemin d’exercice et d’expérience. 

Aussi bien, revenons à zazen, cet exercice si différent de ce qu’on appelle méditation :

Être là, assis, dans la verticalité intérieure et la forme corporelle voulue par cet ensemble d’actions infaisables qu’est l’acte de vivre. ET, sentir qu’en ce moment : je inspire. « JeInspire » et moi je n’y suis pour rien. « JeInspire », en un mot, sans intervalle entre ce que je nomme « Je » et ce que je nomme « Inspire » ; parce qu’il n’y a ni distance ni écart de temps entre le sujet et le verbe. Pas de dualité. 

Et voilà qu’en ce moment, pour ce moment, « JeExpire » et moi, je n’y suis pour rien.

 

À quoi bon reprendre, jour après jour, cet exercice qui n’est pas un exercice mais une manière d’être de tout soi-même. C’est ce que, au cours de son séjour au Japon, Graf Dürckheim demande au vieux moine auprès duquel il pratique zazen : « en quoi consiste votre exercice que vous pratiquez depuis tant d’années ? « 

Réponse : « Ah, c’est difficile ! Je cherche à vraiment libérer le va-et-vient du souffle (KoKyu) et c’est curieux, lorsque j’y arrive … TOUT EN MOI SE CALME ».

 

Tout en moi se calme ! Nostalgie on ne peut plus légitime en ce temps de confinement …

 

Zazen est vraiment différent de ce qu’on appelle aujourd’hui méditer !

 

Jacques Castermane

 

(1) Hirano Katsufumi Rôshi : ENSEIGNEMENTS Propos recueillis par J. Derudder (www.tenchijin-zenkai.fr)


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dimanche 6 décembre 2020

Au cœur de la vie simple

 


Je passe la soirée chez des amis. C'est la fin du dîner. Nous sommes encore à table. Pauline, l'aînée, est remontée dans sa chambre. Sa petite sœur, Madeleine, reste à table avec nous, pendant que ses parents et moi refaisons le monde : un peu meilleur, il faut le dire. Madeleine est absorbée par un travail de coloriage : elle s'applique à donner vie à une pâlotte « reine des neiges ». Toute son attention se porte sur son dessin. En saisissant au vol un mot de notre conversation dont elle ne connaît sans doute pas le sens, Madeleine relève la tête, pose son crayon de couleur, et me regarde en me disant d'un air tout autant étonné que sérieux : « Ah bon ? »... Madeleine écoutait, d'une oreille pas si distraite que ça. Sans tout comprendre de nos propos d'adultes, elle était là, scrutant les mots, attentive à ce qui semblait et ce qui pourrait se dire : « Ah bon ? »

Être là tout en éveil, en écoute

Cette petite scène de la vie ordinaire me parle fort en ce début d'Avent. Elle me ramène à cette sublime parole du Cantique des cantiques (5, 2) : « Je dors, mais mon cœur veille »... Cette petite fille semblait « dormir » sur son métier de coloriste, mais en fait elle veillait. Il s'agit d'être là. Pas de rêver à un monde impossible. Pas de nous enfuir dans l'improbable. Pas de chercher à gagner le ciel, pas de regretter le temps passé, mais d'être tout entier dans le présent et de déployer tout son possible. Être là : nous appliquer, comme la petite Madeleine, à donner des couleurs à cet étrange temps qui passe. Mettre de la couleur sur les mille réalités de la vie quotidienne : sur une famille à faire vivre, des enfants à élever, un métier à tenir, des relations sociales qu'il est bon d'entretenir. 
Être là, même et surtout quand les temps sont durs à cause de cette pandémie qui n'en finit pas de nous faire peur, quand la morosité semble être le dernier cri dans le prêt-à-porter. C'est l'heure de s'appliquer : « Si toute vie va vers sa fin, dit Chagall, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir. » Seule la bonté aura le dernier mot. Nous appliquer à colorier la vie. Mais pas en hibernant. Si l'art du coloriage, comme on le découvre aujourd'hui, a des vertus déstressantes, il n'endort pas. Comme Madeleine, il s'agit de rester tout en éveil et en écoute. De garder une âme contemplative. De repérer dans l'ordinaire des jours une Vie qui se cache dans la vie. D'entendre, dans le flot des paroles qui nous entraîne, quelques mots simples et fondateurs : le « ce sans quoi » on ne pourrait pas vivre.

Le Dieu qui nous attend

C'est quelque chose comme ça, le mystère de l'Avent. Non pas l'accueil d'un Dieu venant du ciel qui se propulserait dans l'aventure humaine, mais d'un Dieu « plus intime que nous-même », qui se révèle au cœur de notre humanité. Disons-le clairement : Dieu ne viendra pas. Il ne s'agit pas de l'attendre. C'est lui qui nous attend. Parce qu'Il est là, déjà. Au cœur de la vie simple. Dans une lettre qu'elle écrivait à Louise Salonne, une de ses proches amies, une autre Madeleine écrivait en 1929 : « Que la Lumière sans laquelle toutes les lumières sont si petites te soit donnée. Que la Vie sans laquelle la vie est dure, petite, morcelée, te donne son unité et sa simplicité radieuse. Et que l'Ami sans lequel toute amitié est fragile, dépendante, boiteuse, se révèle à toi et soit : ton paysage, ton livre et ta richesse. » (Éblouie par Dieu. Œuvres complètes, tome 1, de Madeleine Delbrêl, Nouvelle Cité). Ah bon ? disait Madeleine. Mais oui, petite. Mais oui... « Éveille en nous l'intelligence du cœur… ».

Raphaël Buyse est prêtre dans le diocèse de Lille. Il est membre de la Fraternité diocésaine des parvis. Il a notamment publié Lueurs de Noël. Contes inspirés de l'Évangile (Salvator), la Cendre avant le feu. Méditations sur le chemin de Pâques (Médiaspaul) et Autrement, Dieu (Bayard).

Source : La Vie----------

Un avenir pour la jeunesse ?

 


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