mercredi 19 juin 2019

Gilles Farcet donne la direction...

"La voie est une dynamique par laquelle un être humain s'engage dans un processus alchimique de transformation (énergétique)… Il s'agit de faire émerger un sujet responsable et aimant, capable de participer à la guérison plutôt qu'à la maladie du monde" (p.17)
Gilles Farcet est un être ouvert, accessible, à l'esprit clair et éclairé. Nous l'avions interrogé pour la sortie de son fulgurant premier roman en connaissant son passé de chercheur de vérité, d’écrivain et d’instructeur spirituel.
« Une boussole dans le brouillard » paru aux éditions du Relié, combine ces trois aspects de sa personne et constitue de ce fait un livre très personnel, un témoignage qui lui tient à cœur.
L'auteur s'est attelé à « mettre en perspective, clarifier et préciser » des notions et termes à visée spirituelle dont il est coutumier, exercice dans lequel il est crédible et qualifié. Il explicite ce qu'est la voie ou le chemin, le sens du travail sur soi (la sadhana), l’intérêt d'un groupe de travail (lasangha), l'objectif et les bienfaits d'une cristallisation autre qu’ego-centrée mais aussi les différences entre Instructeur, Maître et Libéré vivant, entre la thérapie et la relation au guide spirituel, entre l’expérience et la réalisation ultime (la libération au sens tradition du terme).
On retrouvera ici également l’évocation de son maître spirituel Arnaud Desjardins, son enseignement et sa lignée (Swamiji Prajnapand) mais aussi ceux du siècle passé, de Yvan AmarLee Lozowick à Krishnamurtien passant par Maharshi ou encore Ma Ananda Moyî… ils furent légion.

Gilles Farcet place aussi sa praxis dans la lignée et l'esprit des groupes Gurdjieff dont A.Desjardins consacra dix années de sa vie. On comprend ainsi mieux, dans cette optique, le handicap cuisant dont chacun est nanti (le tyran intérieur) et qui n'est qu'un réflexe, une stratégie de survie pour affronter le monde et son incohérence à vue d'enfant. (L'organe Kundabuffer selon Gurdjieff). On comprend également que l'homme ne peut véritablement agir (et non pas réagir) que sorti de sa mécanicité, ce qui exige la création d' un centre intentionnel.
Cette cuirasse du petit ego souffrant a besoin de l’œil d'un témoin bienveillant pour cesser d'exercer son emprise possessive et de contrôle sur tous les domaines de la vie et surtout permettre à l’individu nouvellement né d'entrer véritablement en relation au lieu de se sentir séparé. « le but c'est de ne plus fonctionner à partir de l'ego mais du Tout, de l'ensemble incluant l'ego (p.245)…être responsable c'est être en mesure d'aimer (p.248)". Voilà pour la boussole.
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mardi 18 juin 2019

Joie de la situation...



"Se prendre pour quelqu’un, attendre la satisfaction d’une situation, vouloir se libérer d’une situation ou d’un état présent.
Vous vous trouvez dans une situation, vous vous y sentez restreint, et vous vous rendez compte que cette restriction est exactement ce dont vous avez besoin pour vous découvrir.
Vous n’avez pas besoin de vous en libérer car elle n’est autre que la réalité. Vous l’appelez « situation » pour soutenir votre croyance d’exister comme entité séparée.
Dans un moment de clarté, vous arrêtez de constamment chercher à être heureux, maintenant ou plus tard.
La joie est ce qui est.
Chaque événement n’en est que l’expression.
En se donnant à ce qui est, on se rend compte qu’il n’y a rien à changer, rien à ajourner.
Je suis la situation, la situation est la totalité."

Eric Baret
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lundi 17 juin 2019

Un parfum de méditation...



Méditer, pour moi, est une attitude ordinaire, se présentant un grand nombre de fois au cours d'une journée. 

Méditer, c'est juste être attentif : au contact du sol sous mes pieds, à un courant d'air qui agite les feuilles de l'arbre, à un chant d'oiseau, au goût exquis des fraises des bois, à la chaude lumière du soleil couchant, et ainsi de suite. 

Une de mes préférées : respirer le parfum d'une fleur. 
En ce moment, je suis gâté : les lys, les pivoines, les roses, les iris, la sauge. C'est une méditation qui habituellement dure 15 secondes : respirer le parfum d'une fleur pendant 15 secondes, soit en moyenne trois inspirations, car vous aurez pu remarquer que les odeurs ne sont perçues qu'à l'inspiration. Après, rien n'empêche de doubler la mise : 30 secondes, c'est déjà pas mal ! 

Et vous pourrez remarquer aussi que pendant ces quinze secondes, pratiquement aucune pensée ne se présente, vous devenez vous-même parfum...

Michel Tardieu



Le feu blessé par l'humidité sort de sa somnolence. 
Le dard et les épines aiguisent la soif d'épanouissement.
Les pétales s'ouvrent à la respiration solaire. 
Je souffle pour toucher du doigt la chaleur d'un instant.

Acouphene 

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dimanche 16 juin 2019

Rappel avec retour...






"Il vous suffit de retourner votre attention de 180°, de regarder et être cet Un qui regarde, l’espace infini, vide, conscient, éternel que nous sommes tous pour nous-mêmes, très précisément ici et maintenant, en ce centre qui est capacité pour le monde de se manifester. Il n’y a rien à accomplir. Simplement VOIR que vous êtes construit pour aimer. Jamais, jamais, au grand jamais vous n’avez été en situation de face à face avec qui que ce soit ; cela a toujours été Face à Espace."

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samedi 15 juin 2019

L'amour : passerelle vers la liberté


(par Jack Kornfield,  traduit par Fabrice Jordan).

"Peu importe où nous sommes, nous pouvons voir le monde à travers les yeux de l'amour.
Sans amour, tout est contraint, sinon faux. Avec amour, nous sommes en présence de tous les mystères de la vie. Nous pouvons tenir un abricot doré, un gant de baseball usé, la photo d'un enfant ou une vieille tasse ébréchée, et notre amour peut éclater. En tenant une pierre, nous sentons toute la montagne. En regardant un pin, sa présence devient amour de la terre elle-même. Quand l'amour est présent en nous, le monde rend notre regard, radieux et rempli de ses bienfaits.

Le cœur humain aspire à aimer et à être aimé, mais nous avons trop souvent peur. Nous avons été blessés, trahis, abandonnés, incompris, visés, oubliés et notre histoire d'amour est devenue une histoire de fantôme. Les fantômes de la perte et de la douleur nous hantent, nous avertissant de couvrir nos paris et de mettre en place un bouclier pour nous protéger contre d'autres pertes et rejet.
Le rejet est l'une des expériences les plus difficiles à supporter ; il touche nos douleurs les plus primaires d'abandon, faisant écho à la croyance erronée qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez nous, que nous sommes indignes, inesthétiques et inamovibles. Quelle que soit la forme que prend notre blessure - traumatisme familial, violence ou négligence de la part d'une famille submergée ou d'une institution sans amour - nous pouvons avoir peur d'aimer.

Nous avons du mal à nous ouvrir à l'amour, même pour nous-mêmes. Pourtant, chacun de nous est un être mystérieux, unique, étonnant, pleinement digne d'amour.
Parfois la peur de la mort ou la peur de l'inconnu bloque notre amour. Nous nous accrochons à une coquille protectrice, un petit sens de soi qui veut être en sécurité, pour contrôler la vie. On fait semblant de ne pas être vulnérables, mais c'est une illusion. Nous sommes incarnés dans un corps délicat, entrelacés dans la communauté de vie. Nos sens ont évolué pour s'adapter de façon exquise au monde toujours changeant du plaisir et de la douleur, de la douceur et de l'amertume, du gain et de la perte. L'amour et la liberté nous invitent à nous tourner vers le monde. Ils offrent les dons d'un cœur flexible, assez large pour accueillir l'expérience, vulnérable mais centré.

"En fin de compte, c'est de votre vulnérabilité que vous dépendez, écrit le poète Rilke. Nous sommes nés et soignés par les autres, et nous mourrons de la même façon. Pour le temps que nous sommes ici, nous sommes dépendants de la toile de la vie. Nous mangeons dans les champs verdoyants des fermiers, nous faisons confiance aux autres conducteurs pour rester de leur côté de la route, nous comptons sur le service de l'eau, le réseau des services publics, les ingénieurs électriciens, les enseignants, les hôpitaux et les pompiers qui assurent notre subsistance. Écoutez Mère Teresa : "Si nous n'avons pas la paix, c'est parce que nous avons oublié que nous appartenons l'un à l'autre." Quand nous honorons notre vulnérabilité et notre dépendance à la communauté de vie, nous nous ouvrons à l'amour.

Oui, vous avez été blessé et abandonné. Mais vous avez trouvé un moyen de survivre à votre passé traumatisant et maintenant la porte de la prison est ouverte ; vous pouvez sortir à tout moment. Combien de temps allez-vous garder votre cœur fermé ? Combien de temps allez-vous tourner le dos à l'amour ? Tout ce qui bloque votre amour est, à la fin, irréel.

Suivez le conseil de W.H. Auden et apprenez à "aimer votre voisin de travers avec votre propre cœur tordu". Ayez du courage. Prenez soin de la politique, prenez soin de la communauté qui vous entoure, mais rappelez-vous qu'à la fin, c'est votre amour qui compte le plus. L'amour est votre porte vers la liberté et votre dernier mot.

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vendredi 14 juin 2019

Reflet d'autrui...

Cela se voit bien en constellations familiales...

Et c'est pourquoi il est utile d'apprendre à guider et à connaître sa barque...
Que ce jour vous porte à apprécier vos rencontres...

 

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jeudi 13 juin 2019

Aime toi...



Pourquoi sommes-nous si lents à comprendre qu’il est de l’intérêt de tous que nous nous aimions nous-même ? Certes, on nous a beaucoup répété : « Préoccupe-toi d'autrui, ne te centre pas sur toi. » Prendre soin de soi équivaudrait à du narcissisme, du nombrilisme, de l’égoïsme, de la futilité. Quant à la fameuse phrase « aime ton prochain comme toi-même », elle a été vidée de sa substance, la deuxième partie ayant tout simplement été occultée. 

Nous sommes conditionnés par de nombreux autres messages du même genre reçus dans l'enfance, tels que : « Dépêche-toi », « Fais plaisir », « Fais des efforts »... Obéir à ces messages nous éloigne de nous-mêmes, nous décentre, nous empêche souvent de respecter nos besoins personnels de base. Or, chaque fois que nous ne respectons pas l’un de nos besoins fondamentaux, s’active en nous un agent stressant. Et le cumul des agents stressants diminue l'activité de notre système immunitaire, perturbe notre balance hormonale, etc. Parfois, tomber malade est le seul moment de repos possible, un moyen acceptable pour prendre soin de soi sans culpabiliser.

Que faire pour sortir du piège ? Prendre conscience des messages reçus dans l'enfance et travailler à les assouplir (parfois l'aide d'un psychothérapeute est indispensable). Apprendre à reconnaître les besoins de son corps, les respecter et les faire respecter suffisamment (ce qui n'est pas un mince travail). S'entraîner à pratiquer de manière progressive une ou plusieurs techniques de réharmonisation du corps et de l'esprit (respiration consciente, méditation, relaxation, imagerie mentale, exercices énergétiques, arts martiaux, etc..). Attention, tout ceci restera vœux pieux si le plaisir n'est pas au rendez-vous !  

 Source : Nouvelles Clés

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mercredi 12 juin 2019

Le miracle reconnu...



Dans votre précédent livre vous écrivez : "Chaque jour a son poison et pour qui sait voir, son antidote." Quel est l'antidote au poison des jours ordinaires et comment apprendre à le voir ? Car là est le vrai problème : comment reconnaître le miracle lorsqu'il arrive.
Quand le miracle arrive, vous le savez. Si vous me demandez quels sont les vrais trésors aujourd'hui, à l'heure qu'il est, à cette époque de ma vie, je répondrais : la patience et l'humeur bonne. Oui : une bonne humeur. J'ai entendu, il n'y a pas longtemps, un plâtrier siffler, mais - comment dire...? - il avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait. Et cette image m'a réjoui et j'ai eu comme l'intuition que cette humeur-là rinçait la vie, la lavait, comme si cette gaieté de l'artisan réveillait jusqu'à la dernière et la plus lointaine étoile dans le ciel. Ça, vous voyez, ce sont des riens, des moins que rien, des micro-événements, des choses minuscules, mais ce sont ces événements qui fracturent la vie, qui la rouvrent, qui l'aident à respirer à nouveau. Lorsque de tels événements adviennent, croyez-moi, vous le savez. Vous le savez parce qu'une sorte de gaieté vous vient. C'est sans valeur marchande, la gaieté, sans raison, sans explication ! Mais c'est comme si, tout d'un coup, la vie elle-même passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête. 
source : L'Express

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Image : coaching holistique
" Un enfant qui s'ennuie n'est pas très loin du paradis : il est au bord de comprendre qu'aucune activité, même celle, lumineuse, du jeu, ne vaut qu'on y consacre toute son âme. L'ennui flaire un gibier angélique dans le buisson du temps : il y a peut-être autre chose à faire dans cette vie que de s'y éparpiller en actions, s'y pavaner en paroles ou s'y trémousser en danses. La regarder, simplement. "

Christian Bobin ; Prisonnier du berceau

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mardi 11 juin 2019

Nouvel opus de Sabine Dewulf



J'ai l'immense plaisir de présenter la biographie que j'ai écrite à propos du poète Raymond Farina, suivie de l'anthologie de poèmes qu'il a composée. Vous trouverez ci-dessous une présentation de ce livre - "Raymond Farina (l'Oiseleur des signes)", qui vient de paraître aux Editions des Vanneaux, dans la belle collection "Présence de la poésie", avec un extrait de mon préambule et quatre poèmes issus de l'anthologie du poète.
Ce préambule raconte brièvement ma singulière rencontre (par lecture) avec ce poète, il y a une trentaine d'années. Il évoque la manière dont je me suis laissé toucher et dont les poèmes si authentiques de Raymond Farina m'ont moi-même aidée à traverser concrètement certaines périodes difficiles de mon existence.
Ecrire à propos d'un poète vivant est une chance véritable : les nombreux échanges que j'ai pu établir avec cet homme (dont l'humilité et la générosité m'ont émue) m'ont permis de nourrir cette biographie d'éléments solides.
La vie de Raymond Farina est marquée par le voyage et par une extraordinaire faculté d'habiter n'importe où, en citoyen de la planète. Son œuvre épouse les méandres de ses pérégrinations et prend la forme d'un long poème sinueux, tantôt concis et fragmentaire, tantôt narratif et suivi, toujours épris de musicalité et constamment inspiré par le vol et le chant des oiseaux (c'est un poète ornithologue !). Ce long poème qui s'est posé, au long de ses avancées, chez de grands éditeurs - Rougerie, notamment - se dirige, ces dernières années, vers une poésie proche de la prose en sa simplicité, son dépouillement toujours accru.
Après les photographies qui occupent le milieu du livre, l'anthologie comprend de très nombreux poèmes, dont plusieurs inédits, présentés dans un ordre non chronologique, tel que me l'a confié le poète. Le lecteur pourra ainsi papillonner - j'emploie à dessein ce verbe car le papillon, dans cette œuvre, est cousin de l'oiseau et de l'ange - de poème en poème, admirant la richesse, la diversité, et, plus encore peut-être, la confiance accordée par Raymond Farina au langage qui est devenu le sien en se frayant sans fracas un passage presque constant dans notre modernité poétique.
Parmi les personnes remerciées dans ce livre figure à juste titre son épouse, Marie Paule Farina, elle-même écrivain (auteur d'ouvrages sur le marquis de Sade) : sans son précieux secours (sans même parler de son aide si fréquente, si efficace !), jamais ce livre n'aurait pu s'écrire !


Raymond Farina, un grand poète de notre temps. A (re)découvrir.





Sabine Dewulf 





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dimanche 9 juin 2019

Pointe de Flamme

Saint Jérôme lisant, tableau de Georges de La Tour

Tout le long de sa vie
Il avait aimé à lire
Avec une bougie
Et souvent il passait
La main dessus la flamme
Pour se persuader
Qu'il vivait,
Qu'il vivait.
Depuis le jour de sa mort
Il tient à côté de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
-
Jules Supervielle
(Extrait de Le miroir des morts in Gravitations, Gallimard, 1966)





samedi 8 juin 2019

Désormais tout est changé...


De tous les actes inachevés, de tous les gestes que nous n'avons pas menés jusqu'au bout, de tout cet à-peu-près dont nous tissons nos jours et nos nuits, de toutes les rencontres avortées avec soi-même et les autres, naît un jour la crise. 
Une femme vit cette "nuit de l'âme" en plein hiver, dans la solitude d'une maison retirée. Elle l'explore, la pénètre et la retient en des lignes brèves, justes, fatales, qui touchent droit au coeur. Christiane Singer exprime ici par la voie de la fiction cette quête de l'essentiel tapi au fond de nous, qui constitue aussi la trame de ses essais. Traversée du miroir, récit initiatique, Histoire d'âme, Prix Albert Camus 1989, évoque, au plus profond et au plus simple, le mystère, la difficulté et le bonheur d'être.



Désormais tout est changé.
J'ai goûté - comme par mégarde - à la saveur d'être,
et tout est changé.

Quelque chose, en moi, n'est pas né avec moi 
et ne mourra pas avec moi.
Par cette certitude, tout est changé.

Il n'y a plus personne à qui reprocher quoi que ce soit
- plus personne, non plus, à convaincre de quoi que ce soit...
A l'instant où cesse en moi toute représentation - 
toute idée "sur" les choses, les voilà qui apparaissent 
dans leur évidence impérieuse, leur vide lumineux.

Histoire d'âme de Christiane Singer
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vendredi 7 juin 2019

Méditer! A quoi "bon"?

 
 
Dans les années 1970, à l'occasion d'une conférence, Dürckheim déclare:
« L’homme occidental souffre depuis longtemps d’une forme de vie dont le caractère effréné débouche sur ce qu’on appelle le stress.
La vraie cause de cette maladie n’est pas la somme de conditions extérieures mais l’absence de contact avec son propre être intérieur.
On trouve là aussi la cause de nombreux maux qui n’ont pas de raisons apparentes.
D’où l’importance de cet exercice spirituel qu’est : la culture du silence. Afin que la conscience intime, la conscience sensorielle, débarrassée du tumulte des pensées et des images du monde, révèle ce qui en chacun, est au-delà et en-deça du bruit, des concepts, des images.
La culture du silence intérieur passe par l’exercice de la parfaite immobilité du tout corps-vivant dans sa globalité et son unité.
La culture du silence intérieur passe par l’attention au simple va et vient du souffle.
Le silence intérieur n’est pas l’absence des bruits extérieurs mais un état d’être que plus aucun bruit ne dérange
».

Il serait dommage que le mot MÉDITATION, aujourd’hui sur toutes les lèvres, manque son objet. Lorsque je lis la liste « des cent bienfaits de la méditation de pleine conscience », j’ai l’impression que le mot — méditation — a pris place dans la culture du développement personnel qui répond aux désirs de l’ego: l’amplification du MOI, la sécurité du MOI, le confort du MOI, la permanence du MOI.
Par contre, depuis plus de 25 siècles, ce que je désignerais comme étant la méditation ancestrale est pratiquée « sans but » ! Cet exercice, indissociablement corporel et spirituel, a pour sens l’éveil au vrai soi-même qui n’est pas l’ego. Le maître zen désigne cette réalité, que chacun est, comme étant la vraie nature de l’être humain ; ce que Dürckheim appelle notre être essentiel.
L’expression japonaise pour cette pratique méditative est "zazen"; ce que Dürckheim, dans la langue allemande traduit par l’expression "Achtzamkeit Meditation" (méditation de pleine attention).

Si la pratique de zazen est sans but, cela ne signifie pas qu’elle est sans effet. Voici un exemple qui répond à cette question : « Méditer (sans but) ! A quoi ‘’bon‘’ ? ».

Année 1986. Comme chaque mois, depuis une quinzaine d’années, me voilà à Rütte, ce petit village de la Forèt Noire où Graf Dürckheim demeure depuis son retour du Japon (1947).
Il vient de fêter son quatre-vingt-dixième anniversaire.
« Comment allez-vous Graf Dürckheim ? ».
Sans la moindre hésitation il me répond « Bien … oui, je me sens vraiment bien ».
Sans vouloir être irrespectueux, je ne peux m’empêcher de lui exprimer mon étonnement : « Je viens de vous voir monter les escaliers qui mènent à votre bureau et il semble que vous avez désormais besoin d’aide pour franchir chaque marche ; vous reconnaissez que l’altération de la macula fait que vous voyez de moins en moins bien et … vous me dites que vous allez vraiment bien ! ».
Sans paraître le moins du monde déconcerté par ma remarque, il me dit, en souriant :
« Ah oui, bien sûr, si vous parlez de ça ! »

Si vous parlez de ça ! Autrement dit, si vous parlez du bien-être tel que nous l’envisageons lorsque nous sommes identifiés à cette part de nous-même qu’est l’ego : centre des images, des pensées, des désirs et des craintes. A ce niveau d’être, le bien-être résulte de l’accomplissement de ce que MOI j’aime, ce que MOI je veux, ce que MOI je désire, ce que MOI j’ambitionne, ce que MOI je prétends !
Bien-être rapidement contrarié lorsque se présente ce que MOI je n’aime pas, ce que MOI je refuse, ce que MOI je conteste, ce que MOI je désavoue !

La réponse de Graf Dürckheim n’a rien à voir avec ce — bien-être  — relatif.
Sa réponse est celle d’un homme en chemin qui, grâce à des années d’exercices reconnait que le vrai point d’appui de l’être humain n’est pas l’égo mais cette réalité encore trop souvent ignorée : sa propre essence.

Par sa réponse : « Bien … oui, je me sens vraiment bien ! » le vieux sage de la Forèt Noire témoigne que sur ce chemin de maturation qu’est le zen, la méditation ancestrale ouvre sur un "bien être" que nous pouvons estimer comme étant l’état de santé fondamental de l’être humain. Un être bien qui, sans les nier, n’est pas ou est moins affecté par les épreuves existentielles et les misères auxquelles chacun de nous est obligatoirement confronté.

Inviter l’homme actuel à une pratique méditative qui devrait lui permettre de se débarrasser de la souffrance, de la douleur et de l’insatisfaction comme on jette un kleenex à la poubelle est une ineptie. Si le mot méditation a un sens, c’est celui de préparer les conditions qui permettent l’ouverture à une autre manière d’être face à ce qui contrarie ou importune notre petit MOI.
Jacques Castermane 


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