lundi 23 février 2015

Guide de Carême (1)


Lundi 23 au mercredi 25 février 

 Chaque soir, dressez un inventaire des événements de votre journée pour lesquelles vous vous montrez reconnaissants. Écrivez au moins cinq points qui ont compté aujourd'hui. 
Relisez-les. Laissez-les s'immiscer dans votre esprit et apaiser votre corps. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi ils vous ont touché, demeurez juste présents à ces cadeaux. 

Cet exercice peut aussi s'effectuer en groupe. Après le dîner du soir, par exemple, allumez une bougie et invitez les participants à s'exprimer en nommant une chose pour laquelle il éprouve de la reconnaissance. 
Laisser résonner les paroles de chacun, sans commenter les propos du voisin. Selon l'élan du groupe, effectuez plusieurs tours avant de terminer par quelques minutes de silence.

dimanche 22 février 2015

Rue du Paradis pour Pedro Meca


C’est une nounou très pauvre qui m’a élevé. Avec elle, nous avons vécu de la mendicité. Je n’avais rien, sauf l’essentiel : l’amour de cette femme que j’appelais Maman. 

 Il n’y a pas d’itinéraire, je me laisse guider par la beauté des rencontres.

 J’ai toujours fréquenté les infréquentables. 

 L’axe de ma vie, c’est le lien social avec les pauvres, les rejetés, soulignait-il. Le pape François a dit qu’il voulait une église qui soit dans la rue. C’est ce que j’ai essayé de vivre… Au ciel, personne ne nous demandera le nombre de prières que nous avons récitées ni combien de cierges nous avons brûlés. On sera jugé sur nos rapports avec les autres. La question sera : “Qu’as-tu fait pour ton frère ?



Après avoir consacré sa vie aux plus démunis, le père Pedro Meca est décédé le 17 février dans sa 80e année. « C'était un compagnon de la nuit pour ceux qui n'avaient rien. C'était un mendiant. » C'est par ces mots que l'ordre dominicain, dont il était membre, a annoncé sa disparition...


Sentir quelqu'un avec Philippe Mac Leod




On ne chasse pas le mental par le mental, mais en allant réveiller d'autres sources, en rompant avec la logique humaine, en allant nous poser, plus bas même que notre cœur, sur le fond nu de notre chair. 

L'inconnu du silence, même quand il nous effraie, vaut mieux que tous les cabotages à la périphérie de notre psychologie. L'océan de l'amour nous demande l'infini de notre amour. 

Et ne l'oublions pas, il n'y a pas d'amour sans passion, sans désir, sans liberté. 
Il s’accommode mal du conformisme, des sentiers battus, des recettes mesquines, il fuit les pâleurs du convenu, il veut du neuf, du vrai, du vivant, il veut sentir quelqu'un.


Intériorité et Témoignage
Aux sources de la présence,
éditions Ad Solem 2014.


samedi 21 février 2015

La flamme de la prière avec Christian Bobin



[...] Et c'est quoi au juste, prier.
C'est faire silence.
C'est s'éloigner de soi dans le silence.
Peut-être est-ce impossible.
Peut être ne savons-nous pas prier comme il faut : toujours trop de bruit à nos lèvres, toujours trop de choses dans nos coeurs.
Dans les églises, personne ne prie, sauf les bougies.
Elles perdent tout leur sang.
Elles dépensent toute leur mèche.
Elles ne gardent rien pour elles, elles donnent ce qu'elles sont, et ce don passe en lumière.
La plus belle image de prière, la plus claire image des lectures, oui, ce serait celle-là : 
l'usure lente d'une bougie dans l'église froide.

- Christian Bobin
(Une petite robe de fête)


vendredi 20 février 2015

Les conseils d'Ève Ricard pour accueillir la maladie.


Elle a consacré toute sa vie à transmettre le goût des mots aux enfants en échec scolaire. Atteinte de la maladie de Parkinson depuis 23 ans, cette ancienne orthophoniste a fait de l’écriture un antidote contre la peur.



1. Dissipez le sentiment d’injustice
Hier, vous vous croyiez bien portant. Et voilà que, aujourd’hui, vous apprenez que vous êtes malade. Le diagnostic résonne en vous comme une déflagration. Certitudes, croyances, habitudes… tous vos repères volent en éclats. Vous vous cognez à la réalité la plus inattendue, celle de la fragilité de la vie. Pas question pour autant de vous laisser gagner par la peur ou le sentiment d’injustice. En plus de ne donner aucune clé, l’angoisse et la révolte ferment la porte à l’autre.

2. Ne vous identifiez pas à la maladie
Votre corps certes a une maladie, mais votre être, lui, reste intègre. Pourquoi seriez-vous obligé de porter une étiquette et d’endosser un costume qui ne vous appartient pas ? La maladie n’est pas souveraine, votre royaume, lui, vous appartient. Puisez dans votre force intérieure et aidez-vous vous-même comme vous aideriez une amie.

3. Changez vos lunettes
Sous l’effet de la maladie, chaque geste du quotidien demande à votre corps une somme d’exploits. Malgré la souffrance, ne perdez jamais goût à la vie. Ce serait la pire affection qui pourrait vous atteindre ! Au lieu de regarder ce qui vous fait défaut, focalisez-vous sur ce que la vie vous offre. Vous verrez alors bien au-delà des murs.

4. Ne vous renfermez pas
L’autre vous est nécessaire pour recevoir, vous êtes nécessaire à l’autre pour qu’il donne. Veillez donc à l’aimer comme vous-même. Cela implique de le regarder dans sa beauté, de construire avec lui une force de vie et d’accepter vos liens d’interdépendance. Vous êtes responsable de lui par votre regard et vos paroles.

5. Savourez l’instant présent
Face à une urgence de vie, vous ne devez plus envisager le temps comme une durée mais comme une profondeur. N’attendez plus rien. Accueillez tout ce qui vous arrive comme un cadeau.


Ce que je crois par Eve Ricard (1 min.)




jeudi 19 février 2015

La vraie vie commence aujourd'hui... avec Anne Dufourmantelle


Psychologies : Le manque de confiance en soi que nous sommes nombreux à ressentir est-il seulement lié au contexte incertain dans lequel nous vivons ? : 

Au risque de paraître radicale, selon moi, le « manque de confiance en soi » n’existe pas. Lorsque nous croyons manquer de confiance en nous, ce qui manque, en réalité, c’est la confiance en l’autre. Et c’est d’abord le résultat de notre histoire personnelle, même si, effectivement, aujourd’hui, la défiance règne, les relations se déshumanisent, les solidarités sont attaquées. Le sentiment de ne pas être assez performant, pas assez affirmé, pas assez séduisant - pas à la hauteur - est la conséquence de premiers liens insécurisants dans l’enfance. Les impératifs angoissants, les « il faut », les « je dois » face auxquels nous nous sentons défaillants sont les héritiers de toutes les injonctions morales, parentales que nous avons intériorisées et qui composent le surmoi (notre loi intérieure). L’enfant que nous étions a été entamé dans ses capacités par ces peurs que l’autre, l’adulte, a fait peser sur lui. Dans certaines situations, pour être aimé, il n’avait d’autre choix que de se comporter comme on le lui prescrivait. Au point, parfois, de perdre sa propre boussole, le sentiment de son être, le sens de son véritable désir.


En quoi cette sensation de ne pas être à la hauteur, que nous interprétons comme un manque de confiance en soi, nous détourne-t-elle de notre puissance?

A.D. : Bien souvent, elle nous sert d’excuse commode. Nous lui attribuons nos rendez-vous ratés avec la vie - les examens auxquels nous échouons, les réalisations inachevées, les projets sans cesse reportés au lendemain. En réalité, c’est notre névrose qui nous pousse à répéter, à rencontrer toujours les mêmes obstacles, les mêmes déceptions, les mêmes impasses, dans le but de nous garder dans le monde connu, de faire en sorte que rien, jamais, ne change. Evidemment, nous n’en avons pas conscience, nous croyons prendre de grands risques. Nous passons d’un travail à l’autre, d’un compagnon à l’autre, mais c’est toujours la même équation inconsciente qui agit. Cette répétition est motivée par le désir de réparer le passé, mais il s’agit également d’une forme de loyauté à la mère ou au père de notre enfance, ce premier autre que nous voulons protéger, légitimer, même lorsqu’il nous a été néfaste. Retrouver sa puissance supposerait de sortir de cette emprise, d’oser désobéir à cet autre intériorisé.

Comment retrouver notre puissance manquante?

A.D. : Agir audacieusement, prendre des risques et des décisions définitives nous donnerait momentanément une sensation de force et de puissance. Mais ce ne serait qu’une fuite en avant, une manière de faire le jeu d’un surmoi sévère ne tolérant aucune faiblesse. La priorité serait d’abord de marquer un temps d’arrêt : ne rien faire, résister à l’impulsion de juger, de vouloir. Les sagesses orientales savent à quel point ce « non-agir » est agissant.

Ce temps de suspension nous révèle à nous-mêmes, nous informe à la manière d’un rêve. Il s’agit juste de laisser « infuser ». Cela donne naissance à un espace intérieur apaisant grâce auquel nous entrons dans une relation de bienveillance envers nous-mêmes et envers le monde.

Un espace de douceur dans lequel nous pouvons accepter de ne pas savoir, de ne pas comprendre, d’être vulnérables, rassemblant ainsi toutes les facettes de notre être, y compris celles que nous réprouvons, dont nous croyons devoir nous détourner. En tentant d’en faire nos alliées, nous récupérons une marge de manœuvre. Au bout d’un moment, des chemins insoupçonnés se dessinent, qui nous remettent sur la voie de la puissance.

Pour se sentir véritablement puissant, ne faut-il pas malgré tout, à un moment, être dans l’action?

A.D. : Certainement. Cependant, avant de pouvoir agir en toute conscience, nous devons nous affranchir des logiques névrotiques : en cessant de considérer que « la vraie vie commence demain », plus tard, quand nous serons prêts, suffisamment confiants, minces, forts, que sais-je ? Ensuite, nous devons dépasser la logique binaire du « tout ou rien » : être le premier ou rien. La voie de la douceur me paraît ici encore la meilleure stratégie. Commencer à jouer trois notes, sans attendre d’être concertiste. Nul besoin d’avoir confiance en soi pour effectuer ces micropas. C’est ainsi que la puissance intérieure se reconstruit. Un pas après l’autre.

Anne Dufourmantelle est l’auteure, entre autres, de Puissance de la douceur (Payot, 2013).





mardi 17 février 2015

Jeunons ensemble avec Matthieu Ricard


« Le bouddhisme a plutôt tendance à privilégier au jeûne – "Nyoung-Né", en tibétain –, la frugalité et le non-attachement à la nourriture, aux vêtements et aux biens matériels, en général. Il existe cependant une tradition, assez répandue chez les laïcs, mais aussi chez les moines et surtout chez les nonnes, qui consiste à jeûner en groupe pendant deux jours et à se placer dans une attitude de compassion envers tous les êtres en chantant des mantras. 
Cette pratique spirituelle a été initiée au XIe siècle par la nonne bouddhiste du Cachemire, Lakshmi. C'est après avoir eu une vision du bouddha de la compassion, Avalokiteshvara, doté de 1000 bras, 1000 yeux et 11 têtes, que l'ancienne lépreuse en formalisa les principes par écrit.

Beaucoup plus rare, la pratique yogique durant laquelle les méditants très avancés renoncent à la nourriture classique pour "se nourrir", dans leurs visualisations, de l'essence des éléments et de la nature : des fleurs, du ciel, des pierres... Personnellement, je n'ai fait cette expérience que deux fois, dont une en Thaïlande, pour accompagner un de mes frères malades. Mais après la tragédie de Charlie Hebdo, il me semble plus que jamais utile de rassembler toutes les religions autour d’une même cause, celle du respect mutuel, de la tolérance et de la bienveillance. 

En jeûnant collectivement, on met en exergue l'impérieuse nécessité de remédier aux inégalités sociales et d'instiller davantage de solidarité entre les populations, au-delà de l'émotion du moment. Une déclaration par l'action en faveur d'un altruisme durable. »


lundi 16 février 2015

Appel interreligieux au jeûne, à la prière et au partage contre la violence et la division

Du 7 au 14 mars.

Deux mois après les attentats survenus à Charlie Hebdo et à l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, aux côtés des réponses nécessaires sur la sécurité, l’éducation, la prévention…, nous croyons qu’il y a un indispensable combat spirituel à mener contre toutes les divisions, qu’elles soient collectives, comme le terrorisme et le radicalisme, ou individuelles, au cœur même de notre être. Les religions, dans le cadre de l’espace laïc, peuvent apporter ces réponses particulières que sont le jeûne, la prière, le partage. Et ce, tous ensemble, ceux qui croient au ciel (chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes…), et ceux qui n’y croient pas.
Nous avons choisi le jeûne, la prière et le partage non seulement parce que ce sont des pratiques communes aux religions, mais aussi parce qu’elles peuvent unir tous les individus de bonne volonté.
Vous pouvez vous associer du 7 au 14 mars à cet appel :
● Individuellement, en vous engageant à jeûner chez vous le temps d’un repas le jour que vous aurez choisi (par exemple le mercredi ou le vendredi pour un chrétien ; le lundi ou le jeudi pour un musulman…).
● Collectivement, en organisant une rencontre interreligieuse (repas, prière…) dans votre communauté ou association, avec vos voisins (de toutes confessions), vos amis, en famille… en osant inviter des personnes de confessions différentes. Une manière de créer ensemble de nouveaux réseaux contre la violence et la division. 

Père Patrice Gourrier,
Mohammed Chirani,
Rabbin Avraham Weill,
Matthieu Ricard.

> Pour nous rejoindre :

Si vous acceptez de vous associer à cette initiative, votre nom sera inscrit sur une carte de France qui paraîtra dans La Vie.
Merci pour cela de répondre d'ici le 25 février, en précisant bien votre nom et votre ville, en écrivant à v.durand [arobase] lavie.fr

Voir l'article en entier


dimanche 15 février 2015

De l'air contre la colère avec Joshin Luce Bachoux


C’est difficile, vraiment difficile : je m’efforce de ne pas laisser s’échapper les mots qui se bousculent dans ma tête. Je suis en colère, très en colère après cette personne en face de moi, qui vient de me dire des choses blessantes que je trouve injustes. « On m’attaque ! » dit une voix à l’intérieur de moi, qui mobilise toutes mes défenses. Je suis prête à être moi aussi injuste, à blesser, à faire mal avec mes mots. Je la connais bien, je sais ce qui la touche et je sens combien ce serait « facile » de faire mal à mon tour.

Je ne peux pas grand-chose sur les pensées toutes noires et pointues qui m’ont envahie, mais je garde la bouche résolument close.

La journée avait pourtant bien commencé : matin de gel blanc et or, et, près du bassin, des mésanges gracieuses qui échangeaient des nouvelles. Une matinée qui donnait envie de travailler à l’extérieur, aussi fut-il décidé de ranger la cabane à bois, de trier et de jeter, ce qui laisse toujours un petit goût agréable de travail accompli. Mais les choses se gâtèrent quant à ce qu’il fallait ou non garder, dérapèrent avec des « Ho ! toi, tu veux toujours… » et des « En tout cas, ce n’est pas moi qui… », réveillant de vieux arguments trop souvent entendus, jusqu’à ce que, le ton montant, les accusations deviennent personnelles, nous jetant l’une contre l’autre à la recherche de ce qui fera gagner, gagner sur l’autre qui a tort, qu’il faut faire taire une bonne fois.

Tout à coup, je m’aperçois de ce que je fais : je sens la colère qui me brûle, mon corps entier en est envahi : épaules raides, nuque contractée, poings serrés. Les yeux étrécis, je ne vois plus rien d’autre que cette ennemie en face de moi ; mon cœur bat à toute allure, et ma respiration superficielle me laisse presque haletante… la colère est un fardeau qui m’écrase sous son poids ; j’étouffe, il me faut de l’air pour qu’elle se dissolve, qu’elle s’envole.

D’abord respirer : je me concentre sur l’air qui pénètre mes poumons, mes épaules se relâchent, j’expire et mes mains s’ouvrent.

Je sais, même si je ne suis pas toujours prête à le reconnaître, qu’il y a un élément plaisant dans cette émotion : je me sens pleinement vivante, je me remplis moi-même ; le moment a une intensité vibrante, comme un feu d’artifice. La colère est d’abord passionnante, elle me prête une force tout à fait illusoire.
Car je sais aussi, d’amère expérience, que blesser l’autre, c’est me blesser moi-même. Tout à l’heure, demain ou plus tard, je tressaillirai de honte au souvenir de ma voix, de mes paroles. Je souhaiterai de toutes mes forces que cela n’ait pas eu lieu, que je n’aie pas dit ces mots terribles. Pourquoi n’ai-je pas su garder mon calme, ou quitter la scène avant de me laisser aller à cette violence ? Car c’est bien de violence qu’il s’agit : violence des mots qui deviennent des armes, violence de la voix qui s’élève pour couvrir celle de l’autre, violence du corps qui cherche à intimider.

Respirer : je me détends, et je vois, en miroir, l’autre personne se détendre aussi. Je me sens plus légère, je reprends conscience de la terre sous mes pieds, du grand ciel au-dessus de ma tête. La colère m’avait coupé de l’extérieur, m’enfermant en moi-même, dans mon petit enfer privé ! Mes mains s’ouvrent, mes mâchoires se desserrent, je me sens délivrée comme après une maladie. Mon esprit a lâché prise, et c’est mon corps et ma respiration qui m’ont fait revenir au soleil de cette matinée. L’air légèrement honteux, je tente un petit sourire…

Joshin Luce Bachoux, nonne bouddhiste, elle anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.


samedi 14 février 2015

Faire l'amour... avec Arnaud Desjardins



...L’amour devient réellement une participation et une méditation. Rien n’est cherché. Tout est reçu dans une disponibilité totale à l’inconnu et à la découverte. L’orgasme qui est généralement considéré comme une fin, un achèvement, se révèle au contraire un commencement, une ouverture sur un état intérieur de communion et de contemplation, dans lequel la conscience est dégagée du fonctionnement psychomental. Le bonheur conjugal est alors fait d’une réconciliation et d’une harmonisation avec l’ordre cosmique dans lequel l’homme et la femme s’insèrent.



Extraits de « Les Chemins de la Sagesse » d’Arnaud Desjardins (2ème partie / chap. 4 « Faire l’amour »)


Peur et profondeur avec Jean Vanier

Se cacher derrière les murs

La peur nous pousse à nous cacher derrière les murs de notre cœur, de notre groupe, de notre communauté. C'est si profond en chacun de nous. Nous recherchons la sécurité, mais souvent en oubliant qui nous sommes au plus profond. Nous avons peur de ne pas être : ne pas être aimé, ne pas réussir, ne pas être apprécié ou reconnu, ne pas avoir de place si nous quittons la sécurité de notre groupe. 


Peur de reconnaître ce qu'il y a de plus profond en nous

Nous jugeons et condamnons l'"autre", celui qui est différent et qui a quelque chose que nous n'avons pas. Nous sommes profondément jaloux parce que nous n'avons pas la plénitude de la vie en nous. Nous avons peur de reconnaître nos propres blessures, nos fautes, notre faiblesse, comme nous avons peur de reconnaître ce qu'il y a de plus profond en nous, notre beauté intérieure, notre valeur.


Jean Vanier, Recherche la paix


vendredi 13 février 2015

Et les masques sont tombés...par Jean Vanier

Il y a cinquante ans (en 2014), inspiré et soutenu par le père Thomas Philippe, j’accueillais Raphaël Simi et Philippe Seux. Ces deux hommes vivaient dans une grande institution depuis la mort de leurs parents. Comme tant d’autres, ils n’avaient pas de place dans la société. Ni l’un ni l’autre n’avait pu aller à l’école. Je les ai accueillis dans le désir de suivre Jésus et d’annoncer une Bonne Nouvelle pour les pauvres. L’Arche est née ainsi.

Puis, l’Arche a grandi. De cette petite maison dans le village de Trosly, près de Compiègne, dans l’Oise, d’autres sont nées. Aujourd’hui, ce sont 125 communautés dans 33 pays. Chacune comprend plusieurs foyers de type familial, où vivent 10 à 15 personnes. Notre vie communautaire est belle et inten- Né en 1928 au Canada, Jean Vanier est d’abord officier de Marine, docteur en philosophie, enseignant à Toronto... Avant de s’installer, en 1964 à Trosly-Breuil (Oise). L’Arche est aujourd’hui implantée dans 30 pays et accueille, en France, 1 000 personnes dans 26 communautés. se, source de vie pour tous. Les personnes ayant un handicap vivent une véritable transformation et retrouvent confiance en elles-mêmes, la capacité de faire des choix et surtout leur dignité d’être humain. Les jeunes ou moins jeunes, célibataires ou mariés, qui s’engagent à leurs côtés pour un an ou plus, découvrent un lieu qui donne un sens à leur vie. Le propre de nos communautés est précisément ce «vivre avec».

Il y a peu de temps, une assistante de 30 ans, qui avait passé cinq mois dans une de nos communautés, m’a raconté son histoire. Elle avait fui sa famille, car ses parents ne s’entendaient pas. Elle s’était lancée dans les études, puis dans une vie professionnelle intense et brillante. Elle avait peur de la relation, source de conflit, donc dangereuse. Par Internet, elle a trouvé l’Arche, s’est engagée dans un foyer. Ses masques sont tombés ; elle y a découvert une nouvelle liberté et la joie de la relation. Aujourd’hui, elle ne fuit plus les autres ; elle n’a plus besoin de gagner, d’être la première. Elle a découvert ce qu’est aimer et célébrer la vie en communauté, et réalisé que Jésus est quelqu’un qui peut l’aider dans ce chemin de transformation.

Chacun est appelé à vivre cette expérience ; chacun découvre la différence entre générosité et communion des cœurs. La générosité implique une supériorité : on donne quelque chose (biens, connaissances, nourriture...) à quelqu’un qui en a moins. Dans la communion des cœurs, chacun donne et chacun reçoit, et devient vulnérable l’un par rapport à l’autre. Bien sûr, la générosité peut et doit conduire à la communion, mais elle en est séparée si souvent... On peut même chercher sa propre gloire dans la générosité !

La communion implique des souffrances. Pas si simple de faire descendre les murs de protection construits autour de nos cœurs. Pas simple d’entrer dans une relation d’amitié avec quelqu’un de différent. On découvre assez vite nos préjugés, nos peurs et nos angoisses cachés derrière ces murs. Nous découvrons assez vite nos capacités de violence quand une personne plus faible s’oppose à nous ou bien quand nous n’arrivons pas à la comprendre. C’est la découverte de nos fragilités profondes. Beaucoup de jeunes viennent à l’Arche pour s’occuper des « pauvres », mais ils ne restent que s’ils découvrent qu’eux aussi sont pauvres. Qu’ils ont besoin d’être aidés par des frères et des sœurs dans la communauté et par l’Esprit-Saint que Jésus nous a promis pour changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair.

Vivre à l’Arche est une aventure, un chemin de croissance vers la compassion. L’Arche est une école de relation, où nous apprenons à voir le positif dans l’autre. À ne pas vouloir faire tout, tout seul. À coopérer pour créer ensemble un monde où il y a plus d’amour et de respect de la dignité de l’autre.

Source : La Vie 2004


L’homme de la compassion

1928 Naît à Genève de père canadien.
1942 Intègre la Marine royale canadienne.
1950  Études de philosophie à la Catho de Paris.
1962 Thèse sur le bonheur chez Aristote.
1963  Enseigne la philosophie à l’université de Toronto.
1964 Fonde l’Arche à Trosly (60).
1971  Fonde Foi et Lumière.
1971 à nos jours Nombreuses fondations de foyers de l’Arche, multiplication de livres, tournées de conférences et de retraites spirituelles dans le monde entier.