lundi 10 novembre 2014

forum de Terre du Ciel 2014


Pierre Rabhi était au forum de Terre du Ciel
"Accroche ta vie à une étoile !"




dimanche 9 novembre 2014

Le dernier cadeau de l’automne par Joshin Luce Bachoux

C’est vrai, il faut faire quelques efforts pour aimer la fin d’automne, quand les oranges et les rouilles se sont éteints, et que les matins gris s’allongent sans fin ; mais vous en verrez toute la beauté avec quelques accessoires, et un peu de bonne volonté : il vous faut des arbres dépouillés et un amoncellement de feuilles sèches et craquantes à leur pied ; un ciel blanc sans limite se déployant au-delà de l’horizon ; des montagnes qui s’effacent dans le lointain. Il faut de la mousse sur de gros rochers, des fleurs de bruyère et des chevreuils bondissant en lisière de forêt, silhouettes gracieuses vite disparues…

Il faut aussi accepter d’avoir un peu froid aux doigts, mais s’enorgueillir d’une bonne écharpe et d’une paire de bottes en caoutchouc qui fera floc floc sur les chemins boueux. Sans oublier un pas rêveur, un grand sac pour les châtaignes, et peut-être un bâton qui servira quand le chemin prend la tangente au milieu des pierres et des pommes de pin.
Il faut respirer pour se sentir nettoyé jusqu’à l’âme par cette fraîcheur aux reflets bleus qui dessine chaque aiguille de pin, chaque caillou du chemin, chaque minuscule goutte de rosée encore accrochée à l’ombre des fougères. Il faut ce petit vent vif et joyeux qui pénètre les ­vêtements et fait le ménage dans le cœur, ôtant toutes les couches de paresse et d’indifférence entassées dans l’indolence de l’été.

Ajoutez-y la tache vive des derniers potirons dans le potager, une pile de bois bien rangée près de la porte de la cuisine, et la promesse d’un gâteau avec les petites pommes rabougries ramassées hier sous le pommier. Les derniers jours d’automne sentent la ­cannelle et le feu de bois, avec une nuance de vanille.

Si vous avez de la chance, vous aurez aussi tout au fond de la vallée un petit ruisseau qui court, murmure et s’enroule, tout transparent, autour des pierres polies. Lorsque de longues herbes vertes essaient de le retenir, il s’arrête un instant, devient mystérieux et sombre, avant de repartir, ragaillardi par les pluies d’automne, là-bas, là-bas, plus loin, là où l’entraîne son chant, là où l’appelle la vie…

Il faut enfin rester immobile, à l’abri d’un chêne, jusqu’à se confondre avec lui et se laisser porter par l’air et la lumière, jusqu’à sentir pousser ses racines et partager le réconfort et la générosité de la terre ; alors peut-être apercevrez-vous le museau pointu et la queue rousse et touffue de Goupil, ou bien le cou tout blanc et les oreilles rondes d’une minuscule belette…

Pour aimer pleinement ces dernières journées d’automne, vous devrez vous laisser absorber par leur lumière : si au printemps elle est douce et pâle comme le duvet sous la gorge de l’oisillon, aujourd’hui le monde est empli d’une lumière blanche et dure qui nous prépare pour le gel, pour le dur, le coupant et l’hiver. Elle refroidit la terre et endort les pierres, s’insinue à travers les sapins, éblouit les ravines : les couleurs de l’automne sont devenues lumière.

Et, si vous n’avez sous la main ni forêts ni renard ni belette, pas le moindre sapin ni la moindre clairière aux rochers gris ; si aucun ruisseau ne se faufile près de chez vous, et s’il y a longtemps que vous n’avez plus ramassé de pommes, consolez-vous ! Car, souhaité ou non, l’automne vous fera un dernier cadeau, aujourd’hui ou demain : 


Vent d’automne colore les feuilles

Est-ce lui qui a posé sur ma tête
Le premier cheveu blanc

Natsume Soseki





samedi 8 novembre 2014

Petits exercices de pleine conscience (3)

Dépasser une émotion douloureuse avec « Rain »



« R = reconnaissez la présence de l'émotion forte. Prenez le temps de ressentir celle qui vous traverse : quelles en sont les sensations corporelles? Où se situent-elles? Dans le ventre, dans la gorge, dans la poitrine... ?

A = acceptez l’émotion. Ne cherchez pas à la nier ou à lutter contre :
laissez-la vous envahir, soyez avec elle, nommez-la.

I = investiguez l’émotion. Quelles sont les pensées qui surgissent avec elle? Et quels autres sentiments? Les reconnaissez-vous? Vous sont-ils habituels? L'objectif est d’entrer plus profondément dans l’émotion, d'apporter toute son attention consciente à l’expérience physique et mentale qu’elle propose, mais sans effort d’analyse, par le seul ressenti et le constat.

N = non-identification à l'émotion. Les étapes précédentes permettent de prendre conscience de ses habitudes émotionnelles et de la façon dont on s’enferme dans ses émotions difficiles, à coups de pensées répétées systématiquement. Pour poursuivre dans cette prise de distance et cette “désidentification” à son émotion, élargissez peu à peu votre attention en la portant, non plus aux seules zones où elle se manifeste, mais au corps dans son entier, puis, peu à peu, à votre environnement, aux sons, au paysage, dans une attention claire et consciente. Cet exercice donne non seulement les moyens de sortir de la tourmente émotionnelle, mais aussi de trouver d’autres façons de l’exprimer, par exemple en disant son désaccord ou sa déception plutôt qu’en les ruminant. »

Proposé par Hélène Filipe, psychologue clinicienne, coauteure de Méditation : la pleine conscience pour les nuls (First Editions, 2013).


vendredi 7 novembre 2014

Petits exercices de pleine conscience (2)

Voir pour la première fois


« Regardez tout ce qui est autour de vous comme si vous veniez d’arriver sur terre. Sans nommer, sans juger. Regardez les couleurs, les matières, les lignes, les courbes, les reliefs, les reflets de lumière, comme vous le feriez dans une exposition d’art contemporain, où toute chose est à sa place.
Chaque fois qu’une pensée ou un jugement s'impose, laissez-les partir et revenez à la perception visuelle en vous entraînant à regarder jusqu'aux détails les plus anodins : poussière au sol, fil tiré d'un vêtement, pointe de cheveu...

Cet exercice coupe les associations de pensées et ramène dans l’instant présent de façon immédiate.

Il permet aussi d'apprivoiser son esprit en constatant que celui-ci juge en permanence ; or, cette tendance au jugement, à la catégorisation, donc à la comparaison, à la préférence et à l’exclusion, est à l’origine de beaucoup de nos maux. Regarder en pleine conscience permet de sortir de ce mode de pensée pour développer un esprit d'ouverture. »

Proposé par Yasmine Liénard, psychiatre.




jeudi 6 novembre 2014

Petits exercices de pleine conscience (1)

S’ancrer dans le sol et dans ses sensations


Debout ou assis, où que vous soyez, dans une file d’attente, dans le métro ou le bus, à votre «bureau, portez toute votre attention sur la plante de vos pieds : quelles zones sont en contact avec le sol ? Que ressentez-vous ? Un appui fort ou léger? 

Sans juger, il s'agit uniquement de ressentir. Durant vingt ou trente secondes d'abord, chaque jour, puis progressivement un peu plus longtemps, cet exercice apaise rapidement, en facilitant un retour au ressenti et un ancrage dans le sol, dans le réel, quand les pensées ont, au contraire, tendance à nous en éloigner. »

Proposé par Jean-Gérard Bloch, médecin rhumatologue.


mercredi 5 novembre 2014

Pour une journée mondiale du vivre ensemble avec Cheikh Khaled Bentounes

Un projet d'avenir pour un monde à venir.

L’Association Internationale Soufie Alâwiyya, AISA ONG Internationale, lance une campagne de mobilisation mondiale pour que l’ONU décrète La Journée Mondiale du Vivre Ensemble. Une pétition à l’intention de l’ONU est lancée pour démontrer aux autorités politiques notre DÉSIR DE PAIX. Chacun d’entre vous qui souhaite voir notre monde changer est invité à signer cette pétition. Plus nous serons nombreux à choisir de mieux vivre ensemble plus notre engagement changera le monde.

Notre Message : l’Espérance
Notre Voie : la Paix
Notre Choix : le Vivre Ensemble





mardi 4 novembre 2014

lundi 3 novembre 2014

Pensée de la semaine...


Une souffrance intense peut provoquer une sorte de réveil qui ouvre notre esprit et notre cœur aux autres. Vous pouvez provoquer en vous ce type d’expérience en vous entraînant à échanger mentalement, à l’aide de la méditation, la souffrance des autres contre votre bonheur et à souhaiter que votre souffrance se substitue à celle des autres.

DILGO KHYENTSE RINPOCHE (1910-1991)
Version simplifiée d'après Le cœur de la compassion, p. 121-7.


dimanche 2 novembre 2014

Digestif pour l’aigreur avec Alexandre Jollien


Tandis que j’engouffre un morceau de pizza quatre saisons au bistrot du coin, mon regard tombe sur un couple d’un certain âge. Leur discussion s’envenime, semble n’être que pur fiel. Dès qu’un des partenaires parle, l’autre le descend littéralement. Je me désintéresse de la pizza pour être totalement happé par ce couple. Un sentiment de tristesse m’envahit. Dehors, deux amis discutent de politique. Je les vois derrière la vitre : ils s’agitent, leur visage rougit, l’un se lève, et ils se séparent à grand renfort de cris et de gestes. Pour peu, ils en seraient venus aux mains. Mon attention se fixe ensuite sur une dame qui pousse un déambulateur. Elle s’approche de notre table. Je lui demande comment elle va, elle me répond : « J’ai la maladie d’Alzheimer, je deviens chaque jour un peu plus gaga. » Puis elle repart. Après un silence, j’interroge ma femme : « C’est moi, ou ils sont tous un peu spéciaux ici ? » Ma douce me répond que c’est un bistrot de quartier et que la comédie sociale, ici, n’a pas lieu.

Mon regard se dirige à nouveau sur le couple, une vraie castafiore et son laquais. Dès lors, je pense au couple, à ce qui maintient deux êtres ensemble toute une vie durant, à la difficulté de ne pas s’aigrir dans l’épreuve, la routine, les déceptions… Comment rester légers… ? Je songe aussi à la compassion. Je devrais embrasser dans un regard bienveillant tous ces êtres bizarres, comme moi. Et pourtant, devant ce spectacle, j’en viens à désespérer de la condition humaine. Une glace au chocolat m’est apportée par une jeune de Mongolie, tout sourire. Elle flotte dans cette atmosphère un peu lourde. Alors que je me désespère, je demande à ma femme ce qu’elle pense de tout cela. Elle me répond par une question : « Pourquoi est-on venu sur Terre ? » Voilà qui achève mon mal-être. Nous allons tous mourir et nous nous abîmons, parfois, dans la haine, dans le ressentiment. Nous perdons cette légèreté que je viens d’entrevoir dans un sourire. Que faire ? Comment être juste là à ma place, sans me laisser paralyser, polluer ? Tandis que j’observais les hôtes particuliers de ce restaurant, tandis que je me perdais dans des considérations brumeuses, j’ai peut-être manqué l’essentiel.


À mes côtés, ma petite fille de 15 mois sourit, elle s’agite, réclame qu’on la dépose par terre. Une fois au sol, elle marche, elle se dirige d’un client à l’autre, leur tend les bras. Pour elle, il n’y a pas d’hommes en colère, pas de « vieille aigrie », juste des êtres. Elle se retourne puis fonce vers les escaliers… Et là, la vieille dame soi-disant gaga nous alerte. Tout le monde l’imite. Même le couple en pleine dispute semble prendre soin de ma fille bien-aimée. De même, le barman agité dans sa course regarde le petit être. Je me dis que le monde n’est pas si noir, que le bien cohabite avec le côté plus sombre de l’existence et qu’il s’agit peut-être pour moi de retrouver un regard d’enfant.

Regarder avec bienveillance celle qui passe à mes yeux, déjà, pour l’acariâtre de service. Deviner sans avoir peur le lot de souffrances qui occasionne un tel repli. Dès lors, aller boire un café ou manger une pizza devient un exercice spirituel. Ne pas juger, ne pas figer les individus – sans nier la misère – et surtout y trouver une invitation à puiser l’amour là où il se donne pour le répandre avec joie.


source : La Vie

samedi 1 novembre 2014

Toussaint...

Origine de la Toussaint : une fête religieuse catholique 
A l'origine, la Toussaint est une création de l'Eglise catholique, qui n'est jamais mentionnée dans la Bible. La Toussaint, fête de tous les saints a été créée par le pape Boniface IV, en 610 de notre ère. Le pontife voulait ainsi honorer la mémoire des martyrs parmi les premiers chrétiens. En effet, les convertis à cette religion monothéiste furent massacrés par les Romains au début de notre ère. A partir du IVe siècle, les chrétiens avaient rendu des hommages posthumes à ces premiers chrétiens, exaltant leur courage et échangeant leurs reliques. La création d'une fête commune permettait à la hiérarchie catholique de regrouper toutes ces célébrations non-officielles. Depuis, le 1er novembre, les catholiques célèbrent ainsi la Toussaint. Ce jour-là, les croyants fêtent tous les martyrs et saints de la chrétienté, connus et inconnus. Les saints sont des personnes remarquables, données en exemple pour leurs actions. Pour devenir saint, il faut avoir accompli des miracles ou des actes particulièrement vertueux aux yeux de l'Eglise, qui peuvent engager une procédure de canonisation.

Date de la Toussaint : pourquoi a t-elle lieu le 1er novembre ?
Lorsque Boniface IV a décidé la célébration de la Toussaint, celle-ci avait lieu le 13 mai. C'est en effet ce jour là que le pape avait sacré le Panthéon, temple romain transformé en sépulture des martyrs chrétiens. Le Panthéon célébrait tous les dieux, la Toussaint célébrera tous les saints. C'est vers 835 que le pape Grégoire IV décale la fête au 1er novembre. Ce changement de calendrier liturgique pourrait tirer son origine de la dédicace d'une chapelle de l'église Saint-Pierre de Rome à l'ensemble des saints par l'un de ses prédécesseurs.

Toussaint et Halloween : quel est le rapport ?
La fête d'Halloween pourrait, elle-aussi, être directement liée à la Toussaint. Selon certains historiens, cette période consacrée au souvenir des morts et à la spiritualité (et le choix de l'Eglise d'y consacrer le début du mois de novembre) serait un héritage de Samain, une ancienne fête religieuse celte marquant le début de la saison "sombre". En Irlande, certains moines auraient transformé le culte ancien en rituel catholique au moment de la conversion de l'île, au Moyen-Âge. Déguisements et feux servaient à retrouver la paix avec les esprits. La pratique aurait traversé l'Atlantique avec les immigrants britanniques et irlandais, avant de faire florès aux Etats-Unis sous le nom d'Halloween (contraction de "Hallowed evening", c'est à dire "le soir saint, sacré"). Sur le continent, la veille de la Toussaint avait également un aspect marquant : en France, on veillait dans les cimetières, tandis que dans l'Espagne médiévale, on sonnait les cloches à toute volée le soir du 31 octobre.

vendredi 31 octobre 2014

Calme et sagesse par Jacques Castermane

Là où est le calme est la sagesse; là où est la sagesse est le calme !

Comme l’écrit Nietzsche : « Les hommes n’ont pas attendu de comprendre de façon consciente les mécanismes de l’hérédité, de la respiration, de la digestion... pour se reproduire, respirer, digérer ! »
De même, des hommes, des femmes n’ont heureusement pas attendu les dernières découvertes dans l’étude du cerveau pour connaître le calme intérieur, la sérénité de l’esprit !

C’est par la pratique de la méditation que l’homme stressé, inquiet et souvent même angoissé, retrouve son état de santé fondamental: l’ataraxie, la paix de l’âme.

Dürckheim écrit que « Ce que l’homme “-a-“ dans sa conscience ordinaire le coupe de ce qu’il “-est-“ dans la profondeur de son être ». Ce que l’homme actuel accumule dans sa conscience ordinaire c’est une multitude de savoirs. Au début de ma rencontre avec Dürckheim je passais des journées entières à lire les livres qu’il avait écrit; espérant, naïvement, que ces lectures feraient de moi un ... sage.
S’étant aperçu que je courais le danger d’une obésité intellectuelle, le vieux sage de la Forêt Noire me demande : « Quels livres de moi avez-vous lu ? ». Ce n’est pas sans fierté que, devant leur auteur, je commence à énumérer quelques titres : « Hara, Centre vital de l’homme ; Pratique de la Voie intérieure ; Le Japon et la culture du silence ; Méditer. Pourquoi et comment ? »
STOP ! – et dans un grand éclat de rire, il ajoute: « Cela suffit. Si vous posez ces quatre livres l’un sur l’autre, vous aurez la bonne hauteur pour vous asseoir et pratiquer la méditation ». (1)

L’exercice de la méditation de pleine attention n’est pas lié à une confession religieuse ou à une école de pensée. La relation de l’homme à sa propre essence, à sa nature essentielle, n’est pas due au fait que l’homme est doué de raison mais au fait qu’il est doué de vie. D’où l’attention portée au vécu corporel (Leib).
« Je vis parce que je suis un être vivant ; je pense parce que je suis un être pensant » écrit Heidegger. Au cours de la pratique de la méditation de pleine attention, la priorité est donnée à l’être vivant, à l’être.

Jacques Castermane

(1) La Sagesse exercée, Jacques Castermane, (préface d’André Comte-Sponville), éd. du Relié (p. 86)
Paris 15 et 16 novembre : La méditation de pleine attention ! 
Journées de pratique animées par Jacques Castermane 
Infos & inscriptions : http://www.centre-durckheim.com/v2/ParisNov2014b.pdf



jeudi 30 octobre 2014

La sagesse des soufis avec Eckhart Tolle

« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n'es pas " autre qu'Allah! "…Autrement dit : " Connais-toi toi-même " ou " Connais ton être " signifie " sache que tu n'es pas " Toi " alors que tu l'ignorais. »

 « Tu n'es qu'une bulle d'écume dans ce fleuve battu par la tempête ; une fois que tes yeux seront ouverts le monde t'apparaîtra comme un rêve. »

 « De l'amour nous sommes issus. Selon l'amour nous sommes faits. C'est vers l'amour que nous tendons. À l'amour nous nous adonnons. »

 Ibn El Arabi




mercredi 29 octobre 2014

Transmission avec Véronique Desjardins...

• Comment vous présenteriez-vous ?

Dès l’adolescence, ma vie a été dominée par la recherche spirituelle. Je me suis mise en quête d’une voie de transformation, ce qui m’a conduite à Arnaud Desjardins (1) dont je suis devenue l’élève à l’âge de vingt et un ans. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette recherche concernerait également ma vie affective et professionnelle. À partir de l’âge de trente-trois ans, je suis devenue la collaboratrice d’Arnaud puis sa compagne et son épouse en 1996. Parallèlement, et pendant dix-sept ans, j’ai dirigé la collection « Les Chemins de la Sagesse » aux Éditions de la Table Ronde, qui publiait les ouvrages de représentants des différentes traditions spirituelles, entre autres le best-seller de Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort. 

• Avez-vous vécu une expérience déterminante qui a modifié, changé votre parcours de vie ? Cette expérience vous a-t-elle amenée à prendre des décisions qui orientent encore votre vie ?
J’ai ressenti très tôt le désir de me transformer. Je savais que si je ne changeais pas, j’allais manquer quelque chose d’essentiel. La parole de Gurdjieff, « Votre être attire votre vie », m’avait profondément marquée. La rencontre, le travail, puis la vie en commun avec Arnaud Desjardins ont infléchi toute mon existence. Son décès en 2011 a également été une étape déterminante dans mon propre parcours – étape à la fois très douloureuse mais aussi salutaire. Dans maintes traditions, il est dit que l’ultime cadeau que le maître fait à l’élève, c’est de mourir, car alors l’élève est acculé à tenir sur ses propres jambes et à faire fructifier comme jamais auparavant ce qu’il a appris de son maître. Donc, oui, aussi bien la rencontre d’Arnaud en 1973 - qui m’a amenée à me structurer peu à peu et à envisager l’existence dans une toute autre perspective - que son décès, presque quarante ans plus tard, m’ont conduite à prendre la plupart des décisions qui ont orienté ma vie, entre autres celle de quitter Paris en 1984 et de me rapprocher du centre qu’Arnaud (2) venait de fonder dans le Gard .
Quand nous abordons l’existence, la plupart du temps nous ne savons pas qui nous sommes vraiment, ni ce que nous sommes appelés à devenir. Nous sommes le plus souvent, exilés de nous-mêmes. Si nous ne voulons pas passer à côté de nous-mêmes, et souhaitons que notre vie prenne toute sa dimension, nous devons peu à peu apprendre à nous connaître, à sortir de notre division, à nous structurer. Ce que nous sommes réellement et ce à quoi nous sommes appelés – notre vocation, si l’on peut dire - se précisent avec le temps. C’est quelque chose à découvrir. Cela ne se fera pas sans passer par certaines crises, ne serait-ce que les inévitables épreuves que chacun rencontre tôt ou tard. Mais nous pouvons développer une nouvelle attitude intérieure nous permettant de faire face aux aléas de l’existence. La vie est une succession d’expériences mais c’est à nous d’en faire quelque chose ou non. Le maître d’Arnaud Desjardins, Swâmi Prajnânpad, avait une formule à cet égard : « Tout ce qui vient à vous, vient à vous comme un défi et une opportunité ». 


Quelle est votre vision du monde actuel ?
Il est bien difficile de répondre à cette question car une réelle appréciation de l’état du monde actuel supposerait d’être suffisamment libre de ses préjugés, des idées de toutes sortes circulant à ce sujet, et surtout de ses propres peurs et projections qui déforment inévitablement notre vision. Il faudrait prendre tant de facteurs en compte et avoir un recul qui permette d’évaluer à la fois les raisons de s’inquiéter et les raisons d’espérer. Personnellement, je déplore la perte des valeurs spirituelles, le manque d’intégrité qui sévit un peu partout, sans oublier la désintégration de la famille et l’absence de repères dont souffrent tant de jeunes. Nous vivons dans un profond climat d’insécurité engendrant beaucoup d’incertitude et de peur. En même temps, des initiatives très positives voient le jour un peu partout dans le monde, un réveil des consciences semble faire peu à peu contrepoids à la dégradation générale. Si nous devons traverser une crise majeure, comme tant d’experts s’accordent à le dire, chacun dans leur secteur, celle-ci nous obligera à développer une autre manière d’être ensemble, fondée sur l’entraide et la solidarité, pour pouvoir affronter d’éventuels temps difficiles. Nous serons obligés de fonctionner différemment, de redéfinir nos valeurs et nos priorités et sans doute de revenir à un mode de vie beaucoup plus simple et authentique.
Mais, outre ces considérations générales, ce qui me paraît important au niveau individuel, c’est de savoir si nous augmentons la souffrance déjà présente dans le monde par nos comportements ou si au contraire nous contribuons à répandre plus de paix et d’harmonie. Est-ce que nous agissons avec une certaine sagesse ou est-ce que nous cédons à des impulsions destructrices – la colère et la violence, par exemple ? Si nous ne choisissons pas nos états d’âme, nous pouvons au moins veiller à ce qu’ils ne polluent pas l’environnement.


Quelles sont les valeurs auxquelles vous êtes attachée ? De quelle manière les rendez-vous vivantes ?
La détermination. Nous ne faisons rien sans elle. Elle est un fil conducteur, à l’arrière-plan de notre existence, une certitude qui nous permet d’avancer, quelles que soient les épreuves que nous rencontrons. Elle est l’orientation donnée à notre vie, une force qui nous pousse de l’intérieur. La vérité, qui commence par l’honnêteté envers soi-même. Cesser de se mentir et oser voir en face ses contradictions et ses ambivalences. Le sens des responsabilités, qui s’allie à l’intégrité, et nous permet d’assumer notre existence dans tous les domaines, entre autres familial et professionnel. Nous devons avoir la force de ne pas succomber à une certaine mentalité moderne, souvent cynique et désinvolte, quand celle-ci va à l’encontre des valeurs qui nous sont chères. Le respect et l’amour des autres. Je suis sûre que c’est à l’aune de notre capacité à avoir pu aimer que se fera le bilan de notre existence. Je veux parler d’un amour vrai, un amour qui voit au-delà des apparences et qui ne fluctue pas au gré des circonstances. Aimer vraiment requiert beaucoup de force et de courage. C’est au quotidien que j’essaye de rendre ces valeurs vivantes, par exemple en m’interrogeant sur la manière dont je suis située quand j’aborde une difficulté : « Est-ce la meilleure part de moi ou une part réactive qui agit en cet instant ? » Nous possédons un certain pouvoir nous permettant de sortir de notre vieux monde de blessures, de notre infantilisme, mais c’est un travail que nous devons chaque jour recommencer, inlassablement.


À ce jour, que désireriez-vous transmettre ?
Je désire transmettre ce que j’ai reçu d’une pratique spirituelle qui, avec le temps, nous permet d’affronter de mieux en mieux les défis de l’existence et de vivre plus consciemment. Transmettre ne peut se faire qu’en rejoignant chacun exactement là où il en est. Après le décès de mon mari et maître spirituel, j’ai senti le besoin d’un temps de retrait non seulement pour vivre le processus de deuil mais aussi pour digérer et intégrer tout ce qui m’avait été transmis depuis presque quarante ans. Mais il est devenu clair que je devais témoigner dans mon style propre. Pour ma part, j’anime des groupes de femmes dans l’optique d’aider celles qui y participent à devenir plus pleinement elles-mêmes, afin d’assumer qui elles sont et de donner leur véritable potentiel. Il ne s’agit pas seulement d’une réalisation personnelle mais d’une autre manière d’être dans leurs environnements respectifs, avec toutes les personnes qu’elles sont amenées à côtoyer. La plupart d’entre elles ont des blessures particulières qu’il est nécessaire de panser pour qu’elles puissent dépasser certaines de leurs inhibitions et retrouver leur pleine stature. Mon activité d’écrivain fait aussi partie de cette transmission. 


À la lumière de votre expérience, que vous inspire cette déclaration : « Nous sommes tous des compagnons de voyage » ?
Qui pourrait prétendre le contraire ? Mais comment faire pour que ces mots ne soient pas juste une jolie formule et qu’ils s’incarnent vraiment dans notre vie ?
Je me souviens d’une expérience toute simple que j’ai vécue il y a une douzaine d’années, et qui m’a fait prendre conscience que nous partageons tous la même humanité. En l’an 2000, à la suite d’un œdème pulmonaire aigu, Arnaud a été transporté d’urgence à l’hôpital. Durant son transfert, je suivais l’ambulance avec ma propre voiture, dans un certain état de choc. À un moment, l’ambulancier tourna à un carrefour, son regard croisa le mien et il me sourit avec gentillesse. Dans l’état de vulnérabilité où je me trouvais alors, ce contact d’être humain à être humain eut un grand impact sur moi. Arnaud a survécu onze ans après cet œdème mais je n’ai jamais oublié cette expérience qui fut un avant-goût de ce qui me soutiendrait le jour où Arnaud disparaîtrait. Depuis sa mort, je pourrais dire qu’en le perdant, j’ai trouvé l’humanité et j’ai découvert, à maintes reprises, ce que signifiait être compagnons de voyage. C’est une réalité vivante dont nous pouvons faire l’expérience au quotidien. Nous sommes tous très différents et, en même temps, nous sommes tous faits de la même pâte humaine, nous connaissons tous la gamme des émotions qu’un cœur humain peut éprouver : espérances, peurs, attentes, désirs … Nous découvrons à quel point nous sommes semblables, le plus souvent grâce aux épreuves qui nous amènent à sortir d’une certaine arrogance, d’un élitisme. L’épreuve nous rassemble, nous fait comprendre que nous partageons une même humanité et que nous sommes tous des compagnons de voyage.


(1) : Arnaud Desjardins (1925 – 2011) était auteur, réalisateur à l'ORTF et l'un des premiers occidentaux à faire découvrir aux Français, au travers de documents télévisés, quelques grandes traditions spirituelles méconnues des Européens : l'hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme (mystique de l'Islam) d'Afghanistan, et ce dès le début des années 1970. 


(2) : Actuellement, association « Les Amis d’Hauteville » connus aussi sous le nom d’ashram d’Arnaud Desjardins, à Saint Laurent du Pape en Ardèche. 
Note : L'intégralité de cette interview peut être lu dans le livre L'avenir est en nous (Ed. Dangles) - Février 2014.