mardi 13 mai 2014

Pour un amour réussi, les cinq critères de Swamiji (Swami Prajnanpad) par Arnaud Desjardins (1)


---------
« Swâmiji m'avait un jour énoncé cinq critères grâce auxquels on peut reconnaître la valeur profonde d'un couple. Ces cinq critères sont en fonction d'une durée, d'un chemin à suivre ensemble : to grow together, croître, grandir, s'épanouir ensemble, progresser sur la voie de la maturité, de la plénitude. »

« Feeling of companionship. »
Le sentiment d'être des compagnons…
… de ne plus être seul(e), d’être deux personnes qui partagent leur existence, leurs différences, leurs goûts communs, leur amitié, leur complicité.
Le premier de ces critères est le sentiment d'être deux compagnons. Cela signifie : ne plus se sentir seul(e) ; il y a quelqu'un à mes côtés qui me comprend, avec qui j'aime échanger, avec qui j'aime partager, avec qui j'aime agir, faire les choses ensemble.
Le mari ou la femme doit être aussi notre meilleur ami. L'épouse doit pouvoir jouer pour le mari tous les rôles qu'une femme peut jouer pour un homme ; et le mari doit pouvoir jouer pour sa femme tous les rôles qu'un homme peut jouer pour une femme. L'homme — ou la femme — se sent comblé et n'éprouve plus la nostalgie de trouver ailleurs ce qui ne lui manque plus.
Si ce sentiment d'avoir trouvé un véritable compagnon existe, il s'enrichit avec les années, avec les expériences partagées, avec les souvenirs, contrairement à la passion amoureuse ordinaire condamnée à perdre son intensité comme un feu qui se consume et s'éteint.

lundi 12 mai 2014

Des recettes pour goûter les roses...


Les premières roses éclosent... voici quelques conseils pour les déguster :

dimanche 11 mai 2014

Expérimenter l'espace tactile avec Eric Baret

Encore frissonnant de Jules Supervielle


Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui nous reste
De mes jours à venir
Me voici tout entier
Je vais vers la fenêtre
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Epargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle

(poème déjà publié sur ce blog en mai 2008)

samedi 10 mai 2014

Bienveillance avec Matthieu Ricard


« L’altruisme doit être guidé par la lucidité et la sagesse. Il ne s’agit pas d’accéder inconsidérément à tous les désirs et caprices des autres. L’amour véritable consiste à associer une bienveillance sans limite à un discernement sans faille. »

vendredi 9 mai 2014

Marcher ici sur cette terre avec Federico Dainin-Jôkô

"Lorsque tu cesseras de t'épuiser à chercher le bonheur, courir dans tous les sens, t'enchaîner à tes idées volages, te soumettre aux vagues de tes émotions….

Lorsque tu viendras juste t'asseoir à cette montagne qui n'a pas de sommet, alors voici fleurir sous tes yeux tout un monde de bonheurs, voici tes idées et tes pensées traverser le ciel de ton esprit sans t'enchaîner, voici tes émotions devenir tes maîtres d'impermanence.

Te voilà libre. Merveilleux et libre, comme au fond tu l'as toujours été avant tes illusions.

Ce jour-là, tu comprendras que le miracle n'est pas de marcher sur les eaux, mais d'être bel et bien ici, les pieds libres et joyeux sur cette belle terre.

Ce jour-là, tu réaliseras que la sagesse ne voit pas la beauté uniquement dans les choses belles, mais que ton cœur en toute chose peut goûter la beauté.

Ce jour-là tu ne seras ni un dieu ni un prophète, ni un bouddha ni un saint. Ni un homme ni une femme non plus.
Ce jour-là tu seras enfin la vie, l'incroyable vie mon ami."


Federico Dainin-Jôkô,
moine zen fondateur de La Montagne Sans Sommet


“Ma vie a toujours débordé de rencontres magnifiques, et je suis tellement chanceux d’être entouré de tant de belles personnes, de pouvoir vivre une infinité d'expériences incroyables; mais surtout d’avoir un jour reçu le plus précieux trésor, celui de l’absorption en moi au cœur du monde, zazen, la réconciliation avec mon histoire, la découverte de mes paysages intérieurs merveilleux , la perception de l’incroyable grandeur de l’homme, de l’indicible beauté de l’univers! Je dormais et je ne faisais que voir mes chutes, puis j’ai ouvert les yeux et j’ai vu toutes mes floraisons. Je pensais être séparé du monde et des autres, puis soudain en contemplant le Bouddha tourner la fleur entre ses doigts, j’ai ressenti qu’il n’y a pas de moi, ni de Bouddha, ni de fleur; tout m’est apparu unifié, et tout a aussitôt disparu; ce fut la grande liberté intérieure: ce fut l’expérience de zazen. 

Alors il me semblait bon de pourvoir partager avec un cœur simple ces trésors que j’ai abondement reçu de mes maîtres zen certes, mais aussi la perception de la joie profonde de tous ces autres enseignements qui emplissent l’univers, le rire d’un enfant, un geste de bonté, le vol d’un oiseaux, la profondeur de l’océan, la grandeur de la montagne, la beauté d’une fleur, la douceur incroyable d’un fruit, un regard plein d’amour, le chant des bambous dans le vent; ce monde merveilleux qui sans cesse se fait et se défait, ces êtres vivants qui de leur fragilité sont si précieux.....l’importance et la beauté de la souffrance aussi quand on la reçoit et on la contemple les mains vides et le cœur fait de mansuétude...
Le zen est l’expérience originelle du Bouddha. Cet enseignement et ses abondances je les ai reçus gratuitement et copieusement. C’est copieusement et gratuitement que je veux les donner à mon tour.
Nous partageons le même ciel tels des nuages aux mille formes le traversant; le miracle n’est pas de marcher sur les eaux, mais bel et bien de marcher ici sur cette terre, instant après instant.”

mercredi 7 mai 2014

Enfant pour la vie avec Olga Lossky


Il y a, paraît-il, un seuil de normalité à partir duquel on est autorisé à vivre. L’exemple le plus courant est le nombre de chromosomes 21. Selon la définition contemporaine du bonheur, avoir trois chromosomes 21 ne vaut pas le coup de tenter l’aventure de l’existence, étant donné la lourde charge que ce handicap représente pour les proches, pour le système de santé. Avoir un enfant pour la vie bouleverse de façon irrémédiable le quotidien d’une famille : c’est devoir faire face en permanence à l’imprévisible d’un être dont le développement échappe aux règles planifiées, c’est ne jamais voir le fond du paquet de couches, c’est affronter sans cesse la comparaison avec d’autres destins. Être un enfant pour la vie, c’est comprendre à sa manière que l’on est à part - avec toutes les frustrations -, c’est sentir bien souvent planer autour de soi un climat de curiosité et de gêne, quand il n’est pas de peur ou d’hostilité.



L’enfant vieillie, qui selon la logique de notre société aurait donc mieux fait de ne jamais se trouver là, lève un regard bleu vers les façades et sourit, les yeux accrochés à un détail visible d’elle seule. Elle se fait tirer par la main, d’un geste de tendre impatience. Docile, elle reprend sa marche comme l’aurait fait un bambin de 3 ans. Si la mère porte sur ses épaules le fardeau d’une double responsabilité, la fillette trentenaire qui avance le nez au vent irradie d’une innocence dont peu de gens de son âge peuvent se targuer. Perdue au milieu de la rumeur citadine, elle est épargnée de la course qui agite ses semblables. Elle ne fera jamais fructifier un capital, encore moins produira-t-elle des idées susceptibles de contribuer au progrès général de l’humanité. Elle est pourtant une spécialiste de cette denrée si rare que tous nous traquons par l’entremise de nos comptes en banque ou de nos grands raisonnements : le bonheur. 
Heureuse comme seul un enfant sait l’être. Avec les coups de colère et les moments d’obstination qui vont de pair. Mais capable d’éprouver en un instant ce sentiment de plénitude totale, sans arrière-goût de peur ni de nostalgie, que nous avons tous goûté un jour, il y a très longtemps, sans parvenir jamais à reproduire le miracle.
Plutôt que de statuer sur les conditions du droit à la vie, mettons-nous à l’école de ces experts en bonheur qui bouleversent notre vision commune de l’existence. Apprenons à poser sur le monde - et sur l’autre en particulier, surtout quand il échappe à la norme - ce regard d’innocence, sans préjugé, ouvert à l’émerveillement.

« Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume de Dieu leur appartient, à eux et à leurs semblables » (Marc 10,14). 

Olga Lossky
(source : La Vie)


mardi 6 mai 2014

Rien de plus, rien de moins avec Shantimayi



Dieu est tout ce qui est, rien de plus, rien de moins.
L'amour inconditionnel est le véhicule qui apporte la compréhension.
Le silence est la porte.
Pour l'Éveillé, tout est l'Éveillé. 
Éveillez-vous à la nature de l'existence, et réalisez.
Désormais, il n’y a plus une personne ou une autre. 
La voie du coeur c'est être libre comme un ciel vide et limpide. 
Que pourrait-on désirer de plus ? 


Shantimayi



Rishikesh, Inde 1998

lundi 5 mai 2014

La bienveillance nous sauve du repli sur soi avec Lytta Basset

Dans son nouveau livre, Lytta Basset invite à « oser la bienveillance ». Pour y parvenir, cette professeure de théologie, protestante, préconise d'abandonner le dogme du péché originel, présent aussi bien dans le catéchisme catholique que dans les écrits de Luther et de Calvin.

LA VIE. Que reprochez-vous au péché originel ?

LYTTA BASSET. Cette notion induit une vision profondément pessimiste des êtres humains, qui me semble contraire à ce que promeut le christianisme. Il n'y en a pas trace dans la Bible. Les Hébreux n'ont jamais imaginé un péché originel. Il n'en est pas question non plus dans les Évangiles. Jésus ne parle jamais d’Adam et Ève.

Durant les quatre premiers siècles, l’Église n'y fait pas référence. Pour les Pères de l'Église et notamment Irénée de Lyon, la Genèse décrit plutôt de façon symbolique le processus d'accomplissement de l’être que nous sommes appelés à vivre. Nous retrouvons ce que les orthodoxes appellent la « divinisation » de l’humain par laquelle nous sommes invités à devenir de plus en plus ressemblants à notre Créateur.

Comment expliquer l'adoption de ce dogme par l'Église ?

L.B. L’histoire personnelle de saint Augustin a fortement pesé sur la chrétienté occidentale. Dans sa jeunesse, il a été séduit par le manichéisme, cette religion qui distinguait les êtres bons d’un côté et les méchants de l’autre, et il est resté influencé par cette approche. Augustin a formulé ce dogme aussi en réaction aux thèses du moine Pélage (v. 360-422) qui donnait, selon lui, une trop grande place à la liberté humaine.

Une seule personne peut-elle influencer à ce point l'élaboration d'un dogme ?

L.B. Selon les historiens, il semble qu’Augustin ait forcé la main au pape de l’époque. Il faut savoir que 18 évêques se sont opposés à l’adoption du dogme en 418. Et que celui-ci n’a pas été retenu par les chrétiens orthodoxes.

Comment comprendre son maintien à travers les siècles ?

L.B. Il est très satisfaisant pour l’esprit humain d’avoir une explication du mal et du malheur. L’historien Jean Delumeau explique ainsi qu’au XVIIIe siècle en Europe, le mystère du mal n’existait pas, car tout s’expliquait par le péché originel. Si vous transposez cette conception au plan individuel, c'est la fameuse phrase : « Qu’est-ce que j'ai fait au bon Dieu ?» On martelait que tous les malheurs étaient « de notre faute ».

N'y a-t-il pas d'explication au mal ?

L.B. Le livre de Job, les psaumes, et même Jésus n'en ont jamais donné. Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus explique simplement que les « scandales » (au sens étymologique du texte biblique « ce qui nous fait tomber ») font partie de la vie. Quand on l’interroge sur l’origine du mal, il tourne la tête de l’autre côté. Son auditoire veut le faire regarder en arrière pour identifier les causes du malheur. Lui invite à se demander plutôt ce que nous faisons du mal qu’on nous a fait.

Dans votre livre, vous notez que ce dogme a été aussi conforté au XXs siècle par les thèses de Freud

L.B. Freud grandit dans la Vienne bourgeoise de l’époque. Même s’il est juif, il est imprégné de la morale issue de la doctrine du péché originel. Il a une vision effroyable des humains. Ils n’ont qu’une idée en tête : exploiter et manipuler leur prochain. Si certains psys ont depuis pris leurs distances avec cette vision, elle demeure encore présente dans cette profession.

Si vous souhaitez abandonner le péché originel, vous proposez par contre de parler de la réalité du péché, pourquoi ?

L.B. Il faut bien distinguer d’une part le dogme du péché originel, cette faute qui se transmettrait depuis Adam et Eve par hérédité, et d’autre part le péché. Le récit de la Genèse n’est pas historique et la doctrine induit une vision désespérante de la nature humaine : il me semble bon d’abandonner cette construction théologique. Par contre, nous sentons bien que nous sommes toujours tentés par ce repli sur nous-mêmes que la Bible appelle « péché ». Il me semble vital de parler de cette non-relation aux autres dans laquelle nous nous enfermons régulièrement. Cette tentation est bien réelle. Mais j’évite le terme même de « péché », car le grand public le confond avec le péché originel.

Pécher, n'est-ce pas commettre une faute ?

L.B. Non, je ne crois pas. Si je suis préoccupé uniquement par le souci d’être en règle, je vais passer mon temps à calculer mes fautes et mes mérites. Je risque de faire moi-même les questions et les réponses et de renforcer renfermement dans lequel je suis pris. Et même si vous demeurez à côté de moi, je ne vous verrai pas.

Le péché, c'est donc se replier sur soi ?

L.B. Les mots « repentance » et « pénitence » n’existent pas en hébreu biblique : il y est question de « revenir », « faire retour ». Cet appel retentit à travers toute la Bible, où Dieu cherche à se faire entendre pour que l’humain revienne à la relation.

Comment ce retour vers les autres est-il possible ?

L.B. C’est portés par le moindre regard ou geste bienveillant sollicitant notre être profond que nous osons sortir de notre prison. En venant ainsi nous chercher, l’autre nous permet de toucher notre propre bienveillance, cette image de Dieu, déjà présente en nous dès notre naissance. Nous nous découvrons « capables de Dieu ». C’est-à-dire, dans tous les sens du terme, capables de l’autre.

Un simple regard bienveillant suffit-il ?

L.B. Parfois oui, si une personne s’approche avec cette bienveillance, ce regard sur moi va réveiller ma capacité d’entrer en lien avec les autres alors que je me pensais peut-être irrécupérable pour la relation. Car souvent j’ai intériorisé toute la noirceur que l’on a projetée sur moi. Pour ma part, la personne qui m’a accompagnée dans mon chemin de guérison, que j’appelle mon père spirituel, m’a aidée avant tout par sa bienveillance. Je ne l’ai jamais entendu prononcer un mot pour démolir quiconque, je sentais vraiment une bienveillance d’origine divine.