samedi 24 août 2013

L'art soufi de la respiration

L'art de respirer pour venir au monde, l'art de souffler pour s'y tenir droit : un héritage soufi pratiqué par le danseur Abdeslam Michel Raji. Pour lui le souffle n'est pas qu'une affaire de respiration, c'est une danse, un art, une technique apprise dans son enfance au Maroc au sein d'une communauté soufie. 
Inspirez, écoutez, soufflez !




 La danse du souffle (réalisation Olivier Toulemonde 16’16’’) 
« Si je sais expirer, je peux mieux encore inspirer » 


jeudi 22 août 2013

Le handicap du mental avec Marie-Hélène Matthieu

Alice avait 17 ans, moi, 11, et pourtant nous partagions la même classe. Toujours vêtue de noir, elle portait sur le visage la marque de son handicap mental. Un jour, où le professeur de dessin nous avait demandé de reproduire un bouquet d'automne, elle traça une minuscule feuille de trèfle dans un coin de sa feuille.
Nous avons ri aux éclats lorsque le professeur nous a présenté cette œuvre singulière. Alice, incapable de se défendre, est restée prostrée au fond de la classe. Et pour la première fois, je l'ai vue pleurer. C'était une scène très impressionnante, car elle ne manifestait jamais ses émotions. J'aurais voulu la consoler, mais je n'ai pas osé. Alors je me suis dit que, plus tard, j'aimerais aider des gens comme elle. Sept ans après, lorsqu'un tract m'a appris l'existence d'une école d'éducatrices spécialisées, j'y ai lu comme une réponse à ce désir secret...


Une soirée passée à Trosly en 1966, dans la communauté de Jean Vanier, fut une petite révélation. Des adultes handicapés mentaux et de jeunes assistants partageaient la même vie familiale. Et on ne savait pas vraiment qui donnait et qui recevait. Les seconds découvraient un nouveau sens à leur vie au contact des premiers et se disaient transformés. 

Avec Jean Vanier, nous avons imaginé en 1968 un grand pèlerinage à Lourdes pour les personnes handicapées mentales, leurs familles et des jeunes amis. Trois ans plus tard, nous étions 12 000 venant de 15 pays dont 4 000 avec un handicap mental. La ville était très impressionnée de notre venue. Des militaires avaient été postés tous les 50 mètres le long du Gave, ainsi que sur les routes extérieures, alors que des commerçants avaient baissé leurs rideaux de fer ! C'était simple ignorance de ce qu'était le handicap mental car, au cours des trois jours du pèlerinage, tous ont découvert une foule qui rayonnait de la joie que peut donner l'amitié. L'expérience fut également si forte pour les pèlerins que l'on décida de se revoir localement dans de petites communautés d'amitié, de prière et de fête. C'est ainsi qu'est né Foi et Lumière, un mouvement aujourd'hui présent dans 82 pays. 

Une fois par mois, je retrouve ma communauté Foi et Lumière, à la paroisse Saint-Léon, à Paris. J'en ressors toujours régénérée par la qualité d'amitié, de simplicité, de joie entre nous tous, qui sommes si différents. Chacun regarde non le visage, mais le cœur de l'autre. Ce qui intéresse mes amis handicapés, ce n'est pas la fondatrice de l'OCH ou le commandeur de la Légion d'honneur, c'est simplement moi. Ensemble, nous parlons de la Bible, de Jésus, avec leur foi toute simple. Lorsqu'il me sent fatiguée, Benoît, l'un d'eux, me propose parfois de dire un Ave. François m'a dit l'autre jour : « Dieu m'aime comme je suis. » 

Dans cette vie fraternelle, on comprend que Dieu révèle ses mystères aux plus petits. Comment ne pas frémir et agir quand on sait que 95 % des embryons chez qui a été détectée une trisomie sont supprimés ! Avoir un enfant handicapé est toujours un drame, mais je suis émue lorsque des parents témoignent combien leur enfant leur a permis de découvrir l'essentiel de toute existence : aimer, être aimé, être utile. Personnellement, les personnes handicapées m'ont conduite à des « oui » successifs aux carrefours décisifs de ma vie. 
Marie-Hélène Mathieu
(La Vie)


http://www.och.asso.fr/
http://www.foietlumiere.org/


mardi 20 août 2013

Pour une maturité plus rapide... avec Jacques Castermane

Un maître zen a toujours infiniment de temps ! Et vous... ?

La maturité de l’être humain se révèle dans le calme intérieur avec lequel l’homme accomplit une action ; une manière d’être qui ne laisse pas place à la précipitation. L’immaturité du corps qu’on est (IchLeib) se manifeste dans la contraction et dans le besoin obsessionnel d’aller vite, de faire vite. Addiction à la vitesse et état d’être tendu qui dissocie l’homme de sa vraie nature, de son être essentiel. La tyrannie de la vitesse conduit à une manière d’être qui apparaît à certains comme étant inéluctable et ... normale. Quelqu’un me disait dernièrement : « Mais, Monsieur, tout le monde court aujourd’hui ; c’est l’époque à laquelle nous vivons qui veut ça ! ». Ah oui ?

Suis-je né pour jour après jour vite me lever pour vite prendre le petit déjeuner, vite courir sur mon lieu de travail où je vais vite passer d’un bureau à un autre et vite faire demi-tour pour prendre le dossier que j’ai oublié ? Résumons : Suis-je né pour vite aller au cimetière ?

Afin de retrouver le calme intérieur je propose, aux personnes qui viennent au Centre, l’exercice de la détente et la momentanéisation de chaque action. Rien ni personne ne peut m’empêcher de marcher tranquillement de la chambre à la salle de bain, de marcher tranquillement de la salle de bain à la cuisine. Que ce soit sur la rue ou sur votre lieu de travail, rien ni personne ne peut vous empêcher de vous déplacer sans être soumis à la tyrannie de la vitesse.

Lorsqu’elle ne s’impose pas - pour sauver sa peau ou ne pas manquer le départ du train - la vitesse est une fuite en avant. Aller vite, faire vite, c’est donner plus d’importance au futur qu’au moment présent ; c’est être possédé par le temps pensé, le temps psychologique et vivre nerveusement. Je ne peux pas vous prescrire un comprimé ou une pilule qui va cacher les symptômes de votre état d’être nerveux, agité, mais je peux vous proposer cet effort sur soi qu’est l’exercice : « Chaque matin, passez de la salle de bain à la cuisine en témoignant, par votre manière d’être en tant que corps et par le rythme de vos pas, que vous avez infiniment de temps ! ». Petit moment de guérison de notre esprit agité, inquiet, tourmenté, éparpillé. Petit moment d’éveil à notre état de santé fondamental : la paix intérieure.



Jacques Castermane

dimanche 18 août 2013

Regard poétique avec Gabriel "Mwènè" Okoundji

Le poète regarde le monde, colle son oreille au sol pour mieux capter les bruits de l'univers. Lorsque j'entends parler de crise, je me dis que ce mot m'est totalement étranger. Crise de quoi ? La crise est constitutive de l'être humain. De la civilisation, de l'univers. Tout ce que je vois autour de moi, c'est, en fait, une crise de l'humain qui échoue à vivre son humanité en harmonie avec l'environnement. Tout le reste n'est que chahut. Nous sommes comme des apprentis sorciers qui ne savent plus de quel côté ils doivent se tourner.

Quel savoir nous manque-t-il ?
Le savoir est inutile à celui qui ne possède que cela. La vie d'un être humain, ce n'est pas son cerveau, c'est son cœur. Le cœur qui bat, bat dans le langage de l'émotion. C'est seulement en partant de l'émotion que l'on peut découvrir l'autre dans sa réalité, sa force et sa faiblesse. Il est temps de reconnaître le droit à la fragilité plutôt que de maintenir l'illusion de la toute-puissance. Le vrai savoir, c'est ce que j'appelle l'initiation. Initier, c'est apprendre à donner le savoir dans cette dimension qui apporte à l'homme la bonté de l'univers. Être initié, c'est apprendre à recevoir le don de cette connaissance, de telle façon qu'il n'y ait pas quelqu'un au-dessus et quelqu'un au-dessous. Car aucun homme, aucun peuple, n'a le monopole du savoir. 

Vous parlez très souvent d'Ampili et de Pampou, qui ont été vos initiateurs. Qui étaient-ils ? Ampili était une conteuse. C'était aussi ma tante maternelle. Quand j'étais enfant, la télévision n'avait pas encore envahi les villages africains. La parole des anciens revêtait une grande importance. Ampili avait le don magique du verbe. Elle nous parlait autour du feu. C'était comme si les bulles d'émotion circulaient dans l'univers. Elle nous donnait tout cela pour que nous puissions garder plus tard la sensibilité d'être au monde, pour que nous puissions apprécier la bonté de l'univers. Ampili m'a ainsi appris quantité de choses.

Par exemple ?
Que le monde entier repose sur les genoux d'une fourmi. Elle m'a appris qu'un arbre sans écorce est un arbre blessé, que toute racine n'a qu'un tronc. Je n'aurai jamais assez de mots pour lui rendre hommage. Pampou était un vieux au sens noble. J'étais allé le voir avec l'insolence de la jeunesse qui croit savoir. Dès lors que je lui ai dit « Je suis ton élève », il m'a appris que tous les chemins ne mènent pas à Rome, mais à la mort. Mais, avant la mort, il y a la vie. Il m'a appris à écouter, en l'oiseau qui pleure, les palpitations de mon cœur et à entendre du vent, le souffle de tous les bruits de la terre. Les liens de l'homme avec la nature sont une évidence. Je parle parfois le même langage que les gens de la Dordogne ou des Landes. Avec des mots différents, on nous a appris que l'homme, l'arbre, l'animal ne sont qu'une même matière.

Sauf que l'homme doit faire l'épreuve du malheur…
Au Congo, on ne dit pas que le coq chante. Il pleure. Il pleure parce que le monde est divisé en deux parties : le visible et l'invisible. Lorsque les ténèbres s'avouent vaincues, le coq psalmodie cet instant. Il pleure la disparition du monde invisible de la nuit, qui s'évanouit sous la protection des ancêtres, et l'arrivée du monde visible, qui va livrer l'homme à la course perpétuelle dans laquelle nous sommes. Dès que nous nous levons le matin, nous sommes dans la tyrannie du temps. Il nous faut courir sans cesse après un présent qui nous échappe toujours. Intellectuellement, les gens savent que cette course est folle. Mais ils continuent.

Pourraient-ils y échapper ?
Il faut essayer de décrocher de temps en temps. En Afrique, on dit que seules la patience et la lenteur garantissent l'éternité du chemin. On ne peut pas bâtir une maison en une seule journée, éternellement être le plus fort. Ce n'est pas pour rien que nous sommes devenus de très grands consommateurs de tranquillisants ou de somnifères. Le mot « peur » a disparu de notre vocabulaire au profit du stress et de l'angoisse. Il est normal que l'on ait peur, de l'orage, de la nuit, des dieux. Cette peur naturelle est devenue une peur de ne pas réussir, de ne pas pouvoir être au top. C'est à tout cela qu'il faut essayer d'échapper, en ayant ce que j'appelle une vision poétique de la vie.

Comment réintroduire du poétique dans nos vies ?
L'homme doit manger, se soigner, etc. Mais a-t-il besoin de cette société de consommation qui, à un moment donné, nous a échappé ? Vivre poétiquement, c'est ce que Stéphane Hessel appelle s'indigner. C'est résister, insister. Insister, c'est se dire que lorsqu'on n'a plus le choix, il reste la volonté. Pampou m'a appris que la volonté est le seul fétiche efficace de l'homme. Vivre poétiquement, c'est avoir la capacité de prendre son temps. De ne pas avoir peur du vide, du chaos. De ne pas avoir peur d'avouer sa faiblesse. De se dire que le bien-être matériel n'est pas synonyme du bien-être mental. Vivre poétiquement, c'est aussi respecter la nature. Ce n'est pas être écolo, dire « Je vais éteindre la lumière et trier ». C'est avoir conscience que nous ne formons qu'un avec l'univers, et qu'en prenant soin de nous-même, nous prenons soin des autres et du monde qui nous entoure, ou inversement.

Article du journal Sud Ouest

Gabriel Okoundji a été étudiant à Bordeaux. Il travaille à l'hôpital comme psychoclinicien et vit à Bègles, dans une maison où s'entassent les souvenirs ramenés d'Afrique.

samedi 17 août 2013

Une journée particulière avec Anne-Dauphine Julliand

Dans mon livre, je souhaitais vraiment exprimer ma foi sans l'imposer. Aucune envie de dire : « la façon d'y arriver, c'est comme ça », « si vous ne croyez pas en Dieu, tant pis pour vous »... 

Cette foi, j'ai mis longtemps à en parler publiquement. Car c'est très intime et très abstrait. Même si je la vis très concrètement au quotidien. La lampe frontale est la meilleure comparaison que j'aie trouvée, quelque chose qui m'accompagne. Et la lumière sur un chemin difficile, c'est aussi source de chaleur, de réconfort. 

Le chemin n'en est pas moins escarpé. La foi n'empêche pas la souffrance, elle ne console pas. Mais elle me permet de retrouver cette confiance en plus grand que moi, cette confiance merveilleuse qu'ont les enfants.

Anne-Dauphine Julliand

vendredi 16 août 2013

Ne sommes nous pas handicapés pour vivre notre quotidien ?

La maladie appelle une compassion assez naturelle. Les gens y sont sensibles. Alors que face au handicap, on constate toujours un mouvement de recul, que j'ai eu longtemps aussi. Il y a quelque chose de figé, d'irréversible dans le handicap. Les autres ont peur de cette différence. Moi, j'ai vraiment vu la cassure, car pendant longtemps j'ai dit que ma fille était malade. Mais aujourd'hui, je pense qu'elle est beaucoup plus dans une forme de handicap que de maladie. Et j'avoue que ça me coûte de l'annoncer, par crainte des réactions. Mais je me fais violence, car c'est important d'affirmer cette vérité : c'est une éducation du cœur aussi.
Le regard des autres fait partie des petites montagnes à gravir au quotidien, dans une société qui, plus généralement, ne se rend guère accessible aux personnes handicapées.


On a essayé de nous faire croire qu'une belle vie était une vie facile. Mais c'est la plus grande cause d'une société dépressive : car au premier couac, on se dit dommage pour moi, j'ai raté le coche. Il n'y a pas d'un côté une vie belle, de l'autre une vie moche. La vie est belle quoiqu'il arrive. Notre société nous fait confondre bonheur et idéal : être heureux est devenu quelque chose que l'on doit atteindre, en cochant des cases. 
Ce qu'on nous propose, ce sont des codes de réussite sociale. J'ai appris à m'en affranchir. Certaines personnes se contentent de peu pour être heureuses. Les enfants ont cette capacité-là et certains adultes la conservent. Le bonheur devient simplement le but du quotidien. Chaque jour, on a de quoi être heureux, au moins un petit instant.

Anne-Dauphine Julliand
(La Vie)



jeudi 15 août 2013

Choisir la meilleure part

"Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. 
Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : " Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. " 
Le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée." 



Luc 10, 38-42 


Lâche ton zen avec Alain Hermier

Pour les avoir rencontrés tous les deux, Alain Hermier et Olivier Tournemaine,
 et connaître le magnifique lieu de Terr'eau Lumière
je vous conseille ce stage en Ardèche...


mardi 13 août 2013

Voici un bloc d'or pur grâce à Christian Bobin

Comme Christian Bobin, mettons-nous à l'écoute des mots et des battements de coeur...

Un magnifique lever de rideau rouge
(rsr - juin 2013 - 4:33 mn)