mardi 20 octobre 2026

Se déposer

 Méditer ce n'est pas faire mais se laisser défaire. C'est se confier au corps vivant, aux sensations et au mouvement naturel de la respiration et les laisser faire et nous défaire. Rien à atteindre, rien à contrôler, rien à comprendre ou à diriger – plutôt céder la place à la sensation et au rythme de l’inspir et de l’expir afin qu’ils nous ramènent à nous-mêmes, qu’ils dénouent nos fixations, nos tensions, nos saisies, nos ruminations, nos distractions en les ancrant dans notre présence corporelle et dans ce  mouvement du Vivant. Méditer c'est se laisser être respiré par la Vie et se confier et s’accorder encore et encore à cette intelligence et sagesse inhérente qui la meut, et dont nous ne sommes pas séparés. C'est se donner encore et encore à ce qui est "infaisable" mais que la vie fait naturellement, spontanément et librement : le va et vient naturel de la respiration, les sensations qui s'expriment dans le corps, les organes des sens qui reçoivent naturellement les perceptions sans choisir ou commenter ou juger, le simple fait d'entendre, de voir, de sentir, de percevoir - et plus fondamentalement, la faculté innée et naturelle d'être conscient, cet espace ouvert dans lequel tout apparaît et disparaît. 

Se déposer dans une présence et disponibilité réceptive et se remettre au corps pour lui laisser faire tout le travail, lui laisser nous ramener et nous ancrer dans cette intimité avec la vie, lui laisser dévoiler les tensions, fixations et réactivités qui nous éloignent de cette intimité, lui laisser nous enseigner, nous réharmoniser et nous réaccorder avec cette sagesse du Vivant en nous.

David C, L'Ouvert

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lundi 19 octobre 2026

Cultiver la paix

 🪷🪷🪷 Méditer, est-ce se retirer du monde ou apprendre à mieux y agir ? 🪷🪷🪷

Il aurait eu 100 ans le 11 octobre dernier.

Un siècle après sa naissance, Thích Nhất Hạnh (1926-2022) nous laisse une conviction aussi simple que révolutionnaire : on ne peut pas véritablement cultiver la paix en soi tout en restant indifférent à la souffrance du monde.

Moine zen vietnamien, poète, enseignant et artisan de paix, celui que ses disciples appelaient affectueusement Thầy (« maître ») a traversé les tragédies du XXe siècle sans jamais renoncer à croire en la capacité des êtres humains à se transformer.

Lorsque la guerre déchirait le Vietnam, il aurait pu choisir le silence des monastères. Il a préféré aller à la rencontre des populations meurtries, participer à la reconstruction des villages, venir en aide aux victimes et appeler à la réconciliation.

Méditer ne suffisait pas. Il fallait aussi agir.

C'est ainsi qu'il a contribué à donner au bouddhisme engagé une portée internationale : une spiritualité qui ne détourne pas les yeux de la souffrance, mais qui puise dans la méditation la lucidité et la compassion nécessaires pour y répondre.

Et son engagement ne s'arrêtait pas aux conflits armés.

Bien avant que l'urgence écologique ne s'impose au cœur du débat public, Thích Nhất Hạnh nous invitait à prendre conscience de notre interdépendance avec le vivant. Protéger la Terre n'était pas, à ses yeux, une cause extérieure à la pratique spirituelle : prendre soin de la planète, c'est aussi prendre soin de nous-mêmes.

À travers le Village des Pruniers, fondé en France en 1982, et ses enseignements diffusés dans le monde entier, il a rendu la pleine conscience accessible à des millions de personnes.

Mais attention à ne pas réduire son héritage à quelques exercices de respiration destinés à mieux supporter le stress quotidien !

La pleine conscience, telle qu'il l'enseignait, n'était pas une méthode pour s'accommoder d'un monde qui souffre. Elle était aussi une invitation à le transformer.

Transformer notre manière de consommer. De parler. D'écouter. De regarder celui qui ne pense pas comme nous. De répondre à la violence sans alimenter davantage la haine.

Une révolution ? Peut-être. Mais une révolution qui commence parfois par un simple pas, accompli en pleine conscience.

En ce centenaire de sa naissance, l'Union Bouddhiste de France souhaite rendre hommage à cette figure majeure du bouddhisme contemporain, dont la vie rappelle combien la sagesse et la compassion peuvent nourrir un engagement concret au service des autres.

Thích Nhất Hạnh s'est éteint en 2022. Mais son message demeure d'une brûlante actualité, dans un monde traversé par les guerres, les fractures sociales et les crises environnementales.

Car la paix n'est pas seulement ce que nous espérons voir advenir un jour. Elle est aussi ce que nous choisissons de construire, dès aujourd'hui, dans chacun de nos actes.

Un pas en pleine conscience ne change peut-être pas le monde. Mais il change déjà notre manière d'y marcher.

Union bouddhiste de France

dimanche 18 octobre 2026

La grâce des faux pas

 En partage aujourd’hui, ces deux poèmes, qui se suivent, de mon recueil La Grâce des faux pas, paru en 2026 chez Les éditions sans escale .

Je tiens particulièrement à ce livre qui redit en tâtonnant l’importance de revenir au corps, et ce faisant à la matière, à la perception la plus simple possible, à ras-de-terre, quelles que soient les circonstances. Les faux pas sont faits d’oubli de ce retour toujours nécessaire. Ils sont aussi inévitables. Ils font partie d’une grâce qui nous déborde : celle du grand mouvement de l’univers auquel nous appartenons corps et âme…
Cet ouvrage est le premier que j’écris sans accompagnement d’œuvres visuelles en dehors de la couverture : on y trouve une très belle peinture de Caroline François-Rubino , soigneusement choisie en commun.

Suivre la course des cailloux.
À leurs côtés ces teintes
où se trempent mes yeux.
De nouvelles peaux meurent,
la durée se dilue,
ma tête s’abandonne
au sol inépuisable.
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Je l’avais oublié :
je suis encore au cœur
du temps démesuré.
L’esprit veille sans cesse,
une blancheur à peine
pour replacer le corps
sur sa ligne d’aplomb

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Sabine Dewulf
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samedi 17 octobre 2026

Vorfreude

Le mot allemand Vorfreude désigne la « joie anticipée » ou le plaisir ressenti à l'avance en attendant un événement heureux.

Signification et origine :

• Étymologie : Il vient de vor (« avant ») et Freude (« joie »).

• Définition : C'est l'excitation positive et l'impatience joyeuse que l'on éprouve en imaginant un moment agréable à venir (comme un voyage, une fête ou un projet).

• En français : On le traduit généralement par « anticipation heureuse », « joie anticipée » ou « se réjouir d'avance ».

Voici quelques possibilités pour cultiver "Vorfreude" :

  • Si vous n'avez pas l'habitude de rechercher activement la joie dans le moment présent, commencez modestement. Essayez de trouver chaque jour une seule chose qui peut vous apporter un peu de bonheur.
  • Commencez votre journée par une déclaration ou une affirmation positive, afin d'encourager des pensées plus optimistes tout au long de la journée. Par exemple : "Aujourd'hui, je chercherai les bons moments et je m'en souviendrai".
  • Avez-vous une routine matinale ? Si c'est le cas, vous pouvez ressentir le vorfreude en anticipant le premier café de la journée ou les câlins matinaux avec votre animal de compagnie, quel qu'il soit. Transformez cette routine en un rituel sensoriel.
  • À la fin de votre journée, pensez à trois choses que vous attendez avec impatience le lendemain. Il peut s'agir de votre séance d'entraînement matinale avant que le monde ne se réveille, ou de l'écoute d'un podcast pendant votre trajet, par exemple.
  • Il se peut que vous accomplissiez une grande partie de vos activités quotidiennes en pilote automatique, mais en pratiquant une plus grande présence dans vos activités quotidiennes, vous vous en réjouirez et vous exercerez le vorfreude beaucoup plus facilement.
  • La première étape pour accéder à la joie est de reconnaître ses pensées négatives et de les éliminer. Le fait d'ignorer les aspects positifs et d'être victime de "devoir" ou de "peur de manquer" peut être annulé en comptant les circonstances heureuses de votre vie.
  • Les petits plaisirs, les moments où l'on se fait plaisir "juste parce que", sans se sentir coupable, peuvent être planifiés afin de les anticiper avec bonheur. Une gourmandise en fin de semaine ou en milieu de semaine peut contribuer à encourager le vorfreude.
  • Avant de croquer une délicieuse pâtisserie ou de commencer à lire la première page d'un livre attendu, il y a une sensation de plaisir à déguster, alors savourez-la !
  • Pour renforcer vos sentiments de joie, tenez un journal de la joie. Le fait de noter chaque jour ce qui vous a procuré un moment de joie, aussi minime soit-il, peut vous encourager à anticiper d'autres moments de joie.
  • Trouvez une forme de mouvement que vous aimez vraiment et programmez-la ! En vous forçant à faire un exercice que vous n'aimez pas, vous risquez de le redouter. En revanche, planifier une forme de mouvement que vous aimez vous mettra dans un état de vorfreude.
  • Une promenade en pleine conscience peut vous aider à reprendre contact avec la nature et sa beauté. Planifiez une promenade en pleine conscience que vous pouvez attendre avec impatience.
  • Conservez une anthologie de poésie à la maison afin de pouvoir apprécier chaque jour un nouveau poème et vous réjouir à l'idée de vous demander ce qu'il pourrait bien être !
  • L'apprentissage d'une nouvelle compétence peut être une source de joie dans votre semaine, car la nouveauté de quelque chose de différent peut apporter un peu d'excitation et d'anticipation dans votre vie, ce dont vous avez bien besoin.
  • Prévoir une surprise pour quelqu'un d'autre (qui n'a pas besoin d'être grandiose ou chère) peut faire créer du vorfreude dans votre vie.
  • Un rituel de retrouvailles avec ceux que vous aimez lorsque vous rentrez à la maison peut laisser plus de place à la vorfreude, même lors des journées de travail les plus difficiles.
  • On dit que le silence est d'or. Le fait de consacrer du temps à la méditation dans votre vie quotidienne peut créer du vorfreude, car vous vous réjouissez à l'idée de passer quelques instants en pleine conscience, quoi qu'il arrive.
  • Attendez avec impatience l'heure du coucher et une bonne nuit de repos. Votre routine au moment du coucher peut vous aider à vous sentir en confiance.
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vendredi 16 octobre 2026

Hommage à Douglas Harding

 En 2007 Douglas Harding nous quittait à l'âge de 97 ans et comme il le disait si bien, il a pu arrêter de prétendre être Douglas Harding.

Ce grand génie de l'humanité a utilisé sa vie incarnée à mettre au point différents moyens pour nous révéler notre véritable nature, ce que nous sommes vraiment, vraiment, vraiment. Non seulement il a mis au point ces expériences mais il les a partagées dans le monde entier en écrivant des livres et en animant des ateliers sur les 5 continents. Il nommait cela "la vision sans tête", en anglais "Headless way".Son enseignement n'était basé sur aucune croyance, mais sur l'expérience vécue de nos 6 sens (les 5 sens physiques et le sens mental). Comme Ramana Maharshi, il a toujours pointé vers celui (ou ce) qui percevait.

Vingt ans plus tard que reste-t-il des enseignements de celui qui a toujours refusé de créer une nouvelle église, une nouvelle école, un nouveau dogme, mais qui croyait en une communauté d'amis sincères partageant une même vision de leur véritable nature ?

J'ai personnellement bien connu Douglas Harding de 1993 a 2007 et ce qu'il m'a permis de voir, de réaliser a bouleversé ma vie et cette évidence ne m'a plus jamais quitté. Ce que je parais être peut me quitter et disparaître, pas ce que je suis.

De 1997 à 2002 j'ai été l'éditeur de la revue "Vivre Sans Tête" qui était un lieu de partage entre les amis de Douglas Harding.

Je souhaiterais organiser un WE d'hommage en son honneur à Niort (79) les 22 et 23 mai 2027. 

L'idée est de retrouver les amis qui l'ont connu et nous sommes nombreux. 

Après 20 ans, que nous reste-t-il de ces enseignements, de ces expériences ? 

Qu'en avons-nous fait dans nos vies ?

Au cours de ces deux journées nous pourrions partager cela avec des amis qui n'ont pas connu Douglas Harding, mais qui sont curieux de découvrir les expériences que Douglas Harding a mis au point, et qui sont curieux de voir leur véritable nature,.

En fonction du nombre de personnes intéressées par ce projet l'hommage aurait lieu chez nous à Saint Maxire ou dans une salle à Niort.

Si vous avez connu Douglas Harding, je vous saurais gré de bien vouloir diffuser l'information auprès de vos amis qui l'auraient connu afin de contacter le maximum d'anciens amis. 

Vous pouvez répondre à un sondage (https://framadate.org/polls/4f329fa053198fd04ec0) ou directement m'écrire afin que je puisse découvrir ceux qui seraient intéressés par ce projet et que je puisse organiser cet hommage dans les meilleures conditions.

Si vous avez des commentaires ou des propositions, n'hésitez pas à m'en faire part.

Philippe Fabri (06 07 19 44 83)

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Unité dévoilée

 "TOUT EST TEL QUE C'EST"


Voyez que dans le "Tout est tel que c'est" il y a une beauté extraordinaire. Dans le "Tout est tel que c'est", il n'y a plus de refus, il n'y a plus d'acceptation. S'il n'y a pas de refus, il n'y a pas d'acceptation. Il n'y a rien à refuser, rien à accepter. Tout est exactement ainsi. Le corps est exactement ainsi, le passé est exactement ainsi, les mémoires sont ainsi, les émotions sont ainsi, la structure de personnalité est ainsi. L'autre est exactement tel qu'il est. Le scénario présent est exactement tel qu'il est...
Voyez cette unité qui se dévoile, ce vécu unifié. L'acceptation et le refus sont alors transcendés. Ils ont perdu leur intérêt, leur fonction.
~ Jean-Marc Mantel
(extrait d'une vidéo)

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jeudi 15 octobre 2026

Obscur intérieur

 

"L’intensité est silencieuse.
Son image ne l’est pas.

(J’aime qui m’éblouit
puis accentue l’obscur
à l’intérieur de moi.)"

René Char 1907-1988

Peinture: Henri Charles Cros 1840-1907 Le nuage rose


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mercredi 14 octobre 2026

Simple automne

Chères amies, chers amis,

Shibata Zeshin, Kaki et fourmis, période Meiji, XIXe siècle

L’automne nous invite à la simplification. Osons nous dépouiller du superflu pour retrouver l’essentiel.

La simplicité porte en elle une puissance redoutable, elle nous pose face à nous-mêmes sans possibilité de fuite. Or nous avons tous tendance à dépenser une quantité non négligeable de temps et d’énergie à la recouvrir de complexité pour éviter un contact trop vrai et trop prégnant avec le réel.

Et si nous osions écouter et voir en direct, en toute simplicité, la réalité qui est là sous nos yeux en cessant de lui imposer nos interprétations, nos théories et nos appréciations. Si nous la laissions être ce qu’elle est, sans critère et sans standard, que se passerait-il ?

La simplicité nous invite à lâcher nos savoirs, à nous dénuder, comme les arbres se détachent de leurs feuilles, pour expérimenter en direct le vent, la pluie et le soleil. Nous n’avons pas besoin de manuels, pour ressentir la vérité et l’intensité de la vie.

Seul le désir de vivre pleinement et intégralement sont nécessaires.

Alors ? Allons-nous enfin oser vivre en vérité et cesser de conceptualiser, théoriser et d’aseptiser la vie en nous et autour de nous ?

Les pratiques proposées, l’assise et l’ancrage ont chacune à leur manière le dessein de nous reconnecter à la simplicité d’être, de nous ramener à notre sagesse et notre plénitude originelle.

- Nathalie Delay

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mardi 13 octobre 2026

Un chemin avec Emmanuel Desjardins

 Une très belle vidéo à découvrir...

Un chemin avec Emmanuel Desjardins



Dans cet entretien réalisé à Hauteville, l'ashram fondé par Arnaud Desjardins en Ardèche, j'ai eu le plaisir de rencontrer Emmanuel Desjardins, fils de Denise et Arnaud Desjardins, auteur de plusieurs ouvrages et actuel responsable spirituel du centre.
Ayant grandi au contact de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad, le maître indien de ses parents, qu'il a rencontré dès l'âge de trois ans, Emmanuel Desjardins a suivi un chemin singulier. Après avoir longtemps baigné dans cet univers spirituel, il a lui-même traversé une profonde crise intérieure qui l'a conduit à s'engager pleinement dans cette voie.
Au cours de notre conversation, nous revenons sur son parcours, ses souvenirs d'Arnaud Desjardins et de Swâmi Prajnânpad, mais aussi sur les fondements de leur enseignement, une voie de connaissance de soi qui invite à accueillir la réalité telle qu'elle est, à comprendre ses mécanismes intérieurs et à se libérer progressivement de ses conditionnements.
🙏 Un grand merci à Emmanuel Desjardins pour son accueil, sa disponibilité et la richesse de cet échange.

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lundi 12 octobre 2026

Désobéissance intime

 L’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau a créé le concept et la pratique de la « désobéissance civile », reprise ensuite notamment par Gandhi, en refusant de payer ses impôts à un gouvernement cautionnant l’esclavage. Positionnement qui lui valut un bref – et à dire vrai guère rude – séjour dans la geôle de son village et surtout lui inspira l’essai Civil Disobedience. Mais la grande affaire de Thoreau, ce fut la désobéissance intérieure, tout à fait compatible, son exemple le prouve, avec la désobéissance civile.

Désobéir intérieurement, oui, mais à quoi ? À l’ensemble – et ce n’est pas rien – de nos conditionnements, préjugés, présupposés, opinions toutes faites, en bref à tout ce qui en nous-même relève de l’aliénation, laquelle se traduit nécessairement ensuite dans nos comportements. 

Si il est très connu pour avoir été vivre deux ans dans les bois en grand précurseur de l’autosuffisance, épisode qui donna lieu à son grand livre Walden, classique de la littérature américaine, son projet fonda mental n’était pas d’ordre écologique ou/et protestataire, mais d’ordre spirituel – j’en suis convaincu pour avoir dans ma jeunesse passé plusieurs années à scruter ses écrits en vue de ma thèse de doctorat.

Imprégné, là aussi en précurseur, de textes hindous tels que la Bhagavad Gita (« Le matin, je baigne mon intellect dans la philosophie cosmogonique et prodigieuse de la Bhagavad Gita »), Thoreau cherche avant tout à toucher l’essentiel au plus intime de lui-même, sa nature originelle, le visage qui était le sien avant qu’il soit né, dirait le zen. Ses préoccupations et pratiques écologistes ou « alternatives » avant la lettre, si inspirantes soient-elles, ne sont que la traduction en actes d’une quête intérieure, celle de la vie consciente et délibérée.

« Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.

Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.

Réduire à néant tout ce qui n’était pas la vie.

Et ne pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’aurais pas vécu ».

Car Thoreau avait compris que si parfois – souvent – la société, l’éducation reçue, le « progrès », les religions, l’idéologie dominante, quelle qu’elle soit, nous aliènent, la désaliénation réelle et profonde ne viendrait pas uniquement de changements à ce niveau mais d’une émancipation intime. En cela, il me semble se révéler très proche du sage swami Prajnanpad, connu comme le maître d’Arnaud Desjardins, pour qui « nos pensées sont des citations, nos émotions des imitations, nos actions des caricatures » et qui prône un passage au crible de tout ce que nous tenons pour acquis.

Ce qu’on peut appeler le « travail spirituel » consiste d’un certain point de vue à de plus en plus désobéir. Désobéir à nos habitudes, à ce vers quoi nous amène la mécanique des pensées qui s’enchaînent, à toutes les mécaniques internes en vérité, hormis celles qui relèvent de la préservation biologique : la mécanique des jugements et donc des exclusions, la mécanique des réactions commises sous le coup de l’émotion, la mécanique de l’obsession de la sécurité et du confort...

Cette désobéissance est sans doute la plus difficile, la plus exigeante et aussi en fin de compte et à long terme la plus puissante. C’est le véritable sens, hélas largement oublié, de la « guerre sainte », contre soi-même.

Les révolutionnaires les plus profonds et les plus radicaux n’ont pas laissé derrière eux une trace sanglante. Les révolutions qui ne substituent pas une nouvelle aliénation à l’aliénation ancienne sont toujours pacifiques, ce qui n’exclut pas radicalité et fermeté. Elles prennent place d’abord dans les consciences.

Gilles Farcet

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samedi 10 octobre 2026

Surgissement

 


Un enclos s’est défait
je me souviens j’étais
une enfant sur les vagues
mordant l’été
au sous-bois des aiguilles
à ce point odorantes
que même entre deux murs la mer
surgit encore

Sabine Dewulf

photo Stéphane Delecroix
Pour ceux qui voudraient se procurer ce livre : https://www.mollat.com/.../sabine-dewulf-pres-du...

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vendredi 9 octobre 2026

Pratique spirituelle

 ET SI NOTRE PRATIQUE SPIRITUELLE NE MARCHAIT PAS ?

Quinze ans de pratique. Et bordel, je ne change pas. Voilà une phrase dure à oser se dire. 

Le retour de stage, on sait tous le raconter : l'ouverture, la clarté, cette impression rare que les choses se mettent enfin en place. Il est beaucoup plus difficile d'avouer qu'après des années d'engagement, on ne sait pas très bien si sa vie en a été transformée.

Surtout quand d'autres semblent franchir un palier à chaque séminaire.

Alors on continue, on s'inscrit au niveau suivant en espérant y trouver la pièce manquante, et le doute s'installe en silence : est-ce que j'avance, ou est-ce que je me suis attaché à l'idée d'avancer ?

Les milieux spirituels ont une réponse toute prête à l'absence de résultats : vous ne pratiquez pas assez, vous n'avez pas lâché prise, vos résistances bloquent le processus. C'est parfois juste, car un travail réel demande du temps et de la rigueur.

Mais cette réponse a un défaut de fond : elle rend la méthode infaillible. Quand ça marche, c'est grâce à l'enseignement ; quand ça ne marche pas, c'est la faute de l'élève.

La tradition chinoise est sur ce point d'un pragmatisme rafraîchissant. Elle parle de gōngxiào 功效, l'efficacité.

Gōng 功, c'est l'effort patient, le travail de l'artisan sur sa matière. Xiào 效, c'est l'effet produit, ce qui se vérifie à l'épreuve des faits. Ensemble, ils posent une question simple : ce que j'investis produit-il quelque chose de réel, et que faut-il ajuster ?

Dans les arts taoïstes, cette question ne trahit pas le chemin, elle en fait partie.

Une pratique qui nourrit la vitalité doit se voir dans le corps, pas seulement dans le bien-être ressenti pendant le cours. Un travail sur l'esprit se mesure à nos réactions ordinaires : l'attention, la patience, la façon dont on encaisse l'imprévu.

Vingt minutes de calme parfait sur un coussin, suivies d'un emportement à la première contrariété, ce n'est pas un progrès. C'est une pause.

Quand la stagnation dure, elle mérite quelques questions franches.

Est-ce que je pratique avec rigueur, ou est-ce que je répète une routine devenue confortable ?

La méthode convient-elle encore à mon tempérament, à ce que je vis aujourd'hui ? Et ne suis-je pas en train de demander à la méditation de régler ce qui relève d'une décision, d'une conversation difficile ou d'un médecin ?

Évaluer sa pratique n'a rien d'une défiance.

On peut commencer simplement : choisir un critère concret, le sommeil, la clarté dans ses choix, le temps qu'il faut pour retrouver son calme après un conflit, et l'observer honnêtement pendant quelques semaines.

Puis en parler à son enseignant, faits à l'appui. De son côté, un enseignant qui entend « ça ne m'aide pas » devrait y voir une information précieuse plutôt qu'une attaque. C'est souvent l'angle de la transmission qui doit s'ajuster, pas l'élève qui est en faute.

Un artisan qui travaille le même bois depuis quinze ans sans que rien ne prenne forme ne se dit pas qu'il manque de foi. Il regarde son outil, son geste, sa matière. Puis il change quelque chose.

Rester fidèle à une méthode qui ne nous transforme pas, c'est parfois de l'habitude, parfois de la loyauté, parfois la peine d'admettre des années sans retour.

Mais du gōng sans xiào, ce n'est plus une pratique, c'est une routine.

Quinze ans d'engagement ne sont pas perdus parce qu'on ose les évaluer. Ils risquent par contre de le devenir quand on refuse de le faire.

Bonne pratique et réflexion

Fabrice Jordan

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jeudi 8 octobre 2026

Déconfiture publique

 3 août dans le TGV Nîmes Paris

Hier soir pendant ce qui sera sans doute le dernier concert de GDR après huit ans d’existence, concert qui par ailleurs s’est très bien passé et nous a valu de beaux retours du public j’ai soudain vécu une désorientation musicale : au moment de jouer un certain morceau que nous avons joué tout l’été et qu’à priori je connais parfaitement je me suis trouvé sur scène comme perdu , incapable de retrouver comment le jouer .
Ce phénomène n’avait rien de rationnel, c’était comme marcher dans une rue familière et soudain ne plus savoir où on est, perdre ses repères .
Je ne me sentais pas consciemment stressé, le concert se déroulait bien et je n’avais aucune appréhension au moment d’attaquer le morceau.
En fait, je devais tout simplement être épuisé en surface (me sentant au fond en forme, je ne remarque pas toujours l’étendue de ma fatigue passagère) et cette grande fatigue de fin d’année a déclenché un « bug ».
Du coup, j’ai assumé cette déconfiture publique, plaisanté en toute sincérité en disant au public que cela faisait certainement du bien à mon ego ou plutôt à ce qui en moi aspire à le déjouer, de me ridiculiser devant 80 personnes… On a tout de même tenté le morceau que j’ai persisté à massacrer de bout en bout, y compris le solo.
Après, ça tombait très bien, venait le morceau sur lequel je me mets au piano. J’ai dit que dégoûté je laissais tomber la guitare pour le clavier… Ça s’est très bien déroulé puis j’ai repris la guitare et terminé le set sans encombres devant un public dansant et enthousiaste qui ne m’a manifestement pas tenu rigueur de ce grain de sable dans la mécanique.
Notre éclairagiste m’a dit ensuite qu’au même moment les lumières avaient grillé. Il se passe parfois des choses étranges .
Ce qui me paraît notable c’est la disproportion entre l’importance que l’ego voudrait mécaniquement accorder à cet incident ( je me suis viandé en public, je suis nul, que pensent les musiciens dans l’assistance etc.) et le fait qu’en vérité, si tout le monde n’a pas pu ne pas remarquer le phénomène, différent de ces "pains" occasionnels qui font partie de la vie du musicien et que le public en général ne capte pas, au final les gens s’en fichent comme le démontrent les retours sincères et chaleureux de l’après concert.
L’ego est naturellement centré sur lui même et ce terrible moment où il a perdu la face tandis que les autres appréhendent l’ensemble, à savoir un bon concert .
La bonne nouvelle c’est que je ne me suis pas identifié à cet égo dont j’ai pourtant aperçu le fonctionnement et la logique automatiques. Je l’ai vu venir avec ses gros sabots et ai décliné son invitation, positionnement qui selon moi constitue l’essence de ce qu’on nomme la pratique .
Je me serais naturellement passé de cet incident mais c’était intéressant.

Gilles Farcet

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