mercredi 9 septembre 2020

Mots du cœur.


Art graphique: Catrin Weilz Stein / words


Pour s’exprimer il faut des mots
Et des mots je n’en puis plus ; tant de mots qui s’étalent et de pensées louches qui les soutiennent, tant d’opinions, tant de questions, tant de points de vue, tant de douleur, tant de colère et ce cri primal, issu de tous les temps, qui n’en finit pas de hurler sa misère.
Que ne puis-je me tenir face à vous, laisser doucement la pluie laver les mots, tous les mots, lettres par lettre, puis vous ouvrir mon cœur d’où sortiraient, des colibris, des papillons nacrés, des roses roses et odorantes, un doux zéphyr, des perles d’opale, des eaux cristallines... mais aussi des éclairs fulgurants, des marées hautes, des nuages sombres, des braises ou de la glace, des coups de tonnerre et des étoiles d’or.
Tout ce qu’un cœur sur la terre peut offrir en silence à d’autres cœurs...

Elisabeth KUHN

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mardi 8 septembre 2020

Pratique le silence maintenant.



Pratique le silence maintenant.
apprends des fleurs
comment s'ouvrir silencieusement.
Ne dis pas un mot avant que
l'éloquence ouvre tes lèvres -
Regarde comment le ciel nocturne est rempli
de bougies
où chaque bougie brûle depuis
différentes dimensions -
les bougies sont
ta propre communauté -
Quand tu ouvres les yeux, mon aimé
ne te concentre pas sur ce que tu vois-
Concentre-toi sur comment les yeux s'ouvrent -
regardent-ils depuis l'extérieur
ou l'intérieur?
Quand tu aimes, ne
parles à personne de
ton amour -
Laisse cet amour te consumer
complètement.
Laisse exister seulement l'amour."
Traduction Caroline Gonzalez
Poème Guthema Roba

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lundi 7 septembre 2020

Quand Catherine rencontre Douglas Harding



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Hommage à mon amie Catherine


C'était une personne qui avait la grâce de vous faire voir la vie avec des yeux de lumière. 

Merci Catherine d'avoir sans relâche poursuivi l'oeuvre de Douglas.



Message de José Le Roy

Je sais que vous êtes nombreux ici à avoir connu Catherine Harding et à l'aimer.
Catherine a quitté son corps aujourd'hui, 6 septembre 2020, à 17h, entourée de sa famille aimante.
Elle souffrait depuis quelques mois d'une maladie qui l'a emportée.
Quelques jours avant sa mort, elle me disait que "mourir était intéressant" et qu'elle se laissait couler dans le silence de la Présence.
"Quand je regarde en moi je vois une lumière toujours grande et une présence toujours plus profonde."
Elle fut pour moi une sœur de cœur, une amie. Une des personnes les plus extraordinaires que j'ai rencontrées dans ma vie.

Elle fut la femme de Douglas Harding, sa traductrice, sa complice dans les nombreux stages qu'ils ont donnés sur la planète entière.
Elle fut l'exemple vivant de la lumière de l'amour.
Je joins mes pensées et mon affection à ses enfants et petits enfants.

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"Mon rôle est d'envoyer de l'amour à tous mes amis, aux gens dans l'immeuble, à mes enfants et à tous ceux que je rencontre. L'amour est la seule chose qui compte : voilà ma conclusion à la fin de ma vie"
Catherine Harding


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dimanche 6 septembre 2020

Impermanence du Yin et du Yang


les Immortels du retour de l'âme



Nous rappelant notre mortalité et notre destin ultime, le Yin et le Yang sont deux esprits qui veillent à ce que notre âme aille là où elle doit aller quand nous mourrons. Ce sont des moissonneurs d'âmes qui recherchent les âmes perdues des défunts. Ils sont nommés Bai Wuchang et Hei Wuchang. 


En plus d'être des chasseurs d'âmes, ils sont souvent invoqués pour la fortune qu'ils peuvent donner aux vivants. Ce sont des êtres puissants et les ministres des dix rois des enfers ainsi que de Diwang lui-même. Leur connaissance du monde yin et de l'âme est sans égale. 

Ils sont parfois employés dans des rituels de retour d''âme comme le décrit le talisman. 



Tu m'étonnes : imagine que tu sois une âme errante peinard quoi que légèrement déboussolée, et tu vois débarquer le gars avec la langue de deux mètres, c'est sûr que tu rentres tout de suite à la maison.

Fabrice Jordan

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samedi 5 septembre 2020

Ne jamais vaincre et ne jamais être vaincu



Ne jamais vaincre
et ne jamais être vaincu
La vraie force
Retient ses coups
A l’égard des faibles
Lesquels,
Se voulant d’autant plus forts qu’ils sont faibles
Défient le fort
Qui les épargne
Non pour eux
Mais par respect de lui-même
Et du Plus Grand
Dont tous émanent
Ne jamais vaincre
Mais ne jamais être vaincu
Suppose de savoir
Que l’apparente victoire
Serait médiocre défaite
Ne jamais vaincre
Et ne jamais être vaincu
Ni courber l’échine
Ni se dérober à l’inévitable combat
Mais esquiver la lutte
Dès qu’elle se révèle stérile
Se vouer, le cœur entier
Aux seuls combats utiles
Dépourvu de volonté
De nuire ou de dominer
Renoncer au petit triomphe
Sous peine de grande déconfiture
Vouloir la loi nouvelle
Plutôt que la loi d’airain
Qui mènera toujours le monde
Et ainsi trouver la paix
Qui dépassera à jamais
La compréhension
Des insensés qui errent
L’inquiétude chevillée à l’âme

Gilles Farcet

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vendredi 4 septembre 2020

L’Enseignement de la méditation au Centre Dürckheim ?


« Il y a mille et une façons de méditer ;
il n’y a qu’une manière de pratiquer zazen ».
Hirano Katsufumi Roshi

Prémisse radicale ! Elle a l’avantage d’éviter le mélange des genres.
« Il y a mille et une façons de méditer » !
Sont proposées aujourd’hui, sous le nom de méditation, des méthodes très différentes qui, curieusement, s’opposent les unes aux autres. Par exemple :
— une méditation dite moderne, parce que scientifique et objective, est opposée à la méditation dite ancestrale, décriée comme étant rituelle et subjective
— une méditation affirmée comme étant chrétienne est opposée aux méditations bouddhistes
— une méditation baptisée laïque est opposée à une méditation dénoncée comme étant confessionnelle.
Il est à craindre qu’il y ait bientôt, en Belgique, une méditation wallonne opposée à une méditation flamande.
« Il n’y a qu’une
 manière de pratiquer zazen » ! Et Hirano Roshi ajoute : « On ne pratique pas zazen avec le mental ».


Voilà ce qui différencie sans doute la pratique appelée zazen de la plupart des exercices méditatifs.
Synchronicité ? Quelques jours avant l’arrivée d’Hirano Roshi l’an passé, lisant un poème de Jacques Prévert (Paroles), je tombe sur ce vers : « Le monde mental ment monumentalement » ! On ne pratique pas zazen avec le mental. Cette affirmation confronte l’homme occidental qui s’intéresse aux exercices orientaux (Zazen, Kyudo, Aïkido, Yoga, Tai-Chi Chuan) à une difficulté majeure : l’éviction de notre approche habituelle du réel, désignée comme étant l’entendement. « Moi je pense que je suis ce que je pense que je suis et moi je pense que le réel est ce que je pense comme étant le réel » !
Dans les années 1960 je pratiquais l’Aïkido depuis déjà quelques années lorsque le Maître Masamichi Noro a

débarqué en Europe pour enseigner cet art martial. A peine arrivé, il était désemparé. Pourquoi ? « Parce qu’en Occident, les pratiquants cherchent à “comprendre” comment faire une technique afin de pouvoir l’exécuter ».
C’est une caractéristique de l’esprit occidental que de toujours vouloir comprendre mentalement, intellectuellement une action, une technique, imaginant que c’est la seule manière d’arriver à la réaliser. 

Au Japon, le maître de l’exercice qui enseigne une technique artistique, artisanale ou martiale, vous encourage non pas à la comprendre mais à … l’avaler. Autrement dit, plutôt que de chercher à comprendre mentalement ce qu’il serait bien de faire, vous êtes invité à vous imprégner physiquement de cette action, de cette technique en … la faisant, aussi bien qu’il vous est possible.
N’attendez donc pas de comprendre ce qu’est zazen pour pratiquer zazen.
Les explications théoriques concernant zazen, aussi brillantes soient-elles, ne pourront que vous éloigner du but de cet exercice : la connaissance du vrai soi-même, la connaissance de notre vraie nature d’être humain, la connaissance de notre être essentiel.
Le Tao (Do) est la technique ; la technique est le Tao (Do).
Ce qui signifie que pour se mettre ou se remettre en accord avec un ordre des choses qui n’est pas du ressort de l’ego, la Voie à suivre est l’exercice, l’action.
Dans le monde du zen, connaissance et action ne font qu’UN.
Rappel ! La pratique de zazen n’a qu’un but : préparer les conditions qui permettent et favorisent l’unité de l’homme avec sa vraie nature d’être humain.

Il ne s’agit pas d’une unité construite mais d’une unité constitutive.

Zazen est la pratique méditative enseignée au Centre Dürckheim. La Voie de l’action, proposée par K.G. Dürckheim à son retour du Japon (1947) n’est pas un chemin à suivre mais un chemin que chacun se doit de tracer. « Cet Enseignement n’utilise pas les moyens d’une pensée analytique, discursive, ni ne prend la forme d’une croyance dogmatique ou d’une métaphysique spéculative, mais se présente comme un chemin d’expérience et d’exercice »
Un exercice, des exercices, qui s’adressent au corps que l’homme EST (Leib). L’année dernière, au cours de la Sesshin qu’il animait au Centre Dürckheim, Hirano Roshi nous disait que « Lorsqu’on pratique zazen, le corps prend la forme du calme ! » Le CALME ! Symptôme de l’état de santé fondamental de l’être humain.


Jacques Castermane

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jeudi 3 septembre 2020

Mascarade



 "Il y a quelques jours, dans un parc où je m'étais arrêtée pour relire des notes, j'observais une mère avec son enfant, très gentille, très douce, et elle lui tendait toujours ses jouets et ce petit garçon les jetait sans arrêt, et elle les ramassait : "Voilà mon chou, voilà mon chou."

Cela durait. C'était formidable cette patience. Mais lentement le ton montait : "Voilà mon chou, voilà mon chou, voilà mon chou..." Et puis à un moment l'objet est parti dans la fontaine voisine. Alors la mère a pris cet enfant et l'a secoué comme un édredon rempli de poux, et puis l'a reposé au sol avec violence...
J'ai senti son malaise d'avoir été vue dans ce moment. Et elle m'a dit : - Parfois, c'est une claque qui est nécessaire; ils veulent voir la limite."
- Non, ai-je dit, ce qu'ils veulent voir c'est votre visage sous le masque !"

Christiane Singer (Du bon usage des crises)

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mardi 1 septembre 2020

Goûter le flux de la vie

 


"La sainte Paresse est un état d’abandon au flux de la vie.
Ceux qui savent regarder l’herbe pousser, contempler l’océan, se perdre dans les nuages ou le bleu du ciel, sont sur le chemin de la sainte Paresse.
Ils savent naturellement s’ouvrir à une autre dimension de la vie.
Cependant, la sainte Paresse, ce n’est pas regarder la télévision ou surfer sur internet.
Toutes les formes de distraction, de divertissement, participent pleinement de l’agitation générale et sont absolument contraire à cette attitude d’ouverture au monde.
La sainte Paresse est la capacité de « ne rien faire », de s’abstraire des multiples activités quotidiennes, de ne plus être possédé par la volonté d’agir.

Érik Sablé
"L'éloge de la sainte paresse" aux éditions Almora.

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lundi 31 août 2020

Hommage à Erik Sablé


"L'armée américaine utilise la méthode dite de la "pleine conscience" pour aider les soldats a rester maître d'eux-mêmes, faire face à l'adversaire avec calme et, peut-être, tirer plus efficacement.
Des entreprises du CAC 40 font appel à des spécialistes de la même méthode pour rendre leurs salariés plus performants. Des traders de Wall Street, des banquiers, des puissants de Davos et de la Silicon Valley préconisent de méditer pour être plus compétitifs. (...)
Tout cela est en passe de recevoir l'aval d'autorités scientifiques prestigieuses qui nous expliquent, diagrammes et statistiques à l'appui que "la méditation a des effets sur le cerveau", qu'elle aide à perdre du poids et à lutter contre la dépendance au tabac ou à l'alcool, qu'elle réduit le stress, le cholestérol et la pression artérielle. (...) Mais, (...) Qu'y a-t-il de "spirituel" dans ces pratiques consistant à favoriser le confort, le plaisir, la satisfaction des sens, la détente, l'estime de soi, l'efficacité professionnelle ou la performance commerciale ? Ne s'agit-il pas simplement de méthodes visant à combattre le stress et à promouvoir le bien-être personnel ?" 
 (Marion Dapsance, Qu'ont-ils fait du bouddhisme ? Gallimard, pp. 9, 10)


En fait, le problème vient d'une confusion qui est faite entre deux domaines radicalement différents. Nous avons d'une part le "développement personnel". Comme son nom l'indique, il vise à rendre la vie plus confortable, à "arrondir" les angles de l'égo, à avoir plus de facilités dans son travail, ses relations avec les autres ou avec soi-même. Toutes ces pratiques se sont développées dans les marges des psychothérapies cognitives. D'ailleurs Christophe André écrivait des livres de psycho avant de s'intéresser à la "pleine conscience"...
Par ailleurs, nous avons le "chemin spirituel" qui existe depuis des millénaires sous une forme ou bien sous une autre. Son but n'est pas de rendre l'égo plus performant ou plus heureux, mais son effacement, sa disparition. C'est un chemin aride, le "chemin des flammes", destiné à ceux chez qui le "germe de la bouddhéïté" s'est éveillé et qui aspire à connaître leur "nature originelle"... 
Ils ne veulent pas "vivre mieux", mais sortir de la "prison du devenir". Le but est donc radicalement différent.
La confusion vient du terme de "méditation" qui est employé dans un contexte qui appartient au "développement personnel". D'où le livre de Marion Dapsance. Elle est choquée, à juste titre, que l'on parle de méditation, de bouddhisme, de pratiques qui appartiennent à la voie spirituelle alors qu'il s'agit de rendre l'égo plus performant et de mieux "réussir sa vie".
Si l'on remet les choses à leur place tout devient légitime et chacun suit le chemin qui convient à son "désir". Personne n'oblige quiconque à suivre une voie spirituelle. Mais il est nécessaire que les choses soient claires...


Erik Sablé
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"J'aime bien la définition de Dieu qu'Allan Watts avait donné à son fils : "Dieu est le dedans."
En entendant cela son fils avait cassé en deux le petit morceau de bois avec lequel il jouait, pour chercher Dieu "au dedans". Alors son père lui avait dit : "Tu vois, maintenant tu as encore deux extérieurs. Ce n'est pas le dedans..."
Nous pouvons nous interroger et nous demander où se trouve ce mystérieux dedans ? Tout ce que nous percevons est un dehors. Nos pensées les plus intimes sont elles aussi un dehors, tout comme les galaxies les plus lointaines.
Découvrir l'espace du dedans nécessite le creusement de la conscience en son centre, une conversion du regard, qui se renverse, comme un gant que l'on retourne. Alors, nous basculons dans le dedans, un espace où tout est conscience, tout est Dieu. Le dedans est l'envers du monde, tout en étant le monde. Mais comment dire l'indicible ?"

Erik Sablé
(Brèves de Sagesse, Ed. Dervy, pp. 35, 36)

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dimanche 30 août 2020

Se laisser remuer par l'infini (2)

L’alchimie méditative du Tao 

 Qu’elle soit orientale ou occidentale, l’alchimie s’appuie toujours sur le même principe de l’unité fondamentale de la réalité. Elle récuse le dualisme du corps et de l’esprit et tente par ces nombreuses pratiques de rétablir leur communication native.
Le taoïsme, tant dans ses spéculations que dans ses pratiques, s’appuie sur ce principe qu’il exprime souvent par des contes comme dans le recueil du Liezi, où l’on parle d’un maître arrivé à un tel degré de liberté qu’il peut jouer un tour à un médecin charlatan en changeant à chacune de ses visites la physiologie de son corps. Ou encore de ce musicien qui parvient en raison de la profondeur de sa concentration à faire naître une saison à chaque pincement des cordes de sa cithare. Ce ne sont là que des images qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre. L’image sied bien à la pensée alchimique qui emprunte toujours à dessein la langue symbolique, car l’imaginaire est une dimension elle aussi intermédiaire qui permet la circulation entre l’intelligible et le sensible.
 
Ainsi, presque dès leur origine, les pratiques taoïstes ont toujours cherché à atteindre l’esprit par la transformation du corps. Durant la première dynastie impériale des Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.), ces pratiques furent bien souvent pharmacologiques. Par la fabrication et l’absorption de pilules qui concentraient des principes très actifs, les pratiquants cherchaient à atteindre l’immortalité. Sous ce terme, il faut certes entendre ce qu’il signifie couramment, mais y voir aussi une forme d’Eveil intégral, tant du corps que de l’esprit.
Toutefois, cette voie « externe » de l’immortalité n’était pas sans danger. Parmi les substances qui entraient dans la composition des pilules figurait le cinabre. Ce dérivé du mercure, hautement toxique, faisait souvent obtenir un résultat inverse à celui escompté... 

Ainsi, à cette alchimie externe, s’est progressivement substituée une alchimie interne basée cette fois sur des exercices de concentration visant à révéler puis libérer les ressources du corps subtil. L’influence de la méditation bouddhique et des yogas indiens est clairement perceptible dans ce changement de méthode. Par une attention de plus en plus fine, le méditant taoïste entre en son corps comme en un pays secret, un monde au sein du monde, auquel il s’éveille progressivement en percevant un ensemble de correspondances. A chaque organe correspond une saveur, une couleur, un élément, un état d’esprit, une saison, une planète... Méditer consiste ainsi fondamentalement à rétablir dans toute sa liberté la communication de tout avec tout ou, comme le disait Zhuangzi, « à se laisser enfin remuer par l’infini ».

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samedi 29 août 2020

La Voie méditative du Tao (1)


Les innombrables traditions et pratiques du taoïsme chinois ont pour horizon commun le dào ou tao - la Voie -, l'ordre du monde, le flot dans lequel l'homme doit se laisser entraîner.
Pour y parvenir, la méditation, conçue comme une « alchimie interne » joue un rôle essentiel.

Alexis Lavis


...Mais avant de voir comment se déploie l’horizon méditatif propre au taoïsme, concentrons-nous sur le sens même de ce terme, dào ou tao. On le traduit communément par « Voie ». Si cette traduction n’est pas fausse, elle ne rend pas pleinement compte de toute la richesse du sinogramme. Il est en effet composé de deux parties.
L’élément de droite désigne l’idée de mouvement, l’allant, de quelque chose qui entraîne et nous entraîne. L’élément de gauche signifie à la fois la rectitude et l’ordre ou l’ordonnancement. Si l’on associe ces deux sens, nous obtenons celui de « régulation ». Le dào, bien plus qu’une voie ou qu’un chemin statique est tel un courant (au sens océanique) qui anime autant qu’il régule. Il ne s’agit donc pas tant pour le pratiquant d’emprunter un chemin que de se laisser entraîner par une lame de fond à même de transformer toute son existence en la replaçant dans une régularité plus originaire, plus vitale que les règlements nés des conventions, des circonstances et des caprices de la volonté. Ainsi le dit Liezi : « Le pratiquant rentre dans le grand métier à tisser du dào, le va-et-vient de la navette, la série des transformations qui recommence inlassablement. »


MÉDITER DANS L’HORIZON DU DÀO?

« Méditation » se dit ordinairement chân en chinois. Ce terme est la translitération phonétique du sanskrit dhyâna, qui est un des noms de la méditation dans le bouddhisme. Malgré son origine étrangère, les taoïstes recourent aussi à ce mot pour désigner leurs pratiques méditatives; principalement celles qui ont pour fin l’apaisement, l’approfondissement du silence et du repos (jing). L’influence du bouddhisme ne se réduit d’ailleurs pas au seul emprunt nominal. Les différentes écoles du taoïsme ont en grande majorité repris les techniques méditatives bouddhiques d’attention à la respiration, au corps et aux pensées en vue de cultiver un sens très fondamental de paix. Ainsi le terme « chân » désigne-t-il pour elles un ensemble de pratiques dédiées à la quiétude du corps comme de l’esprit.
Mais il existe un autre mot, celui-ci proprement taoïste, pour signifier l’ensemble des pratiques dites méditatives, et qui nomme fort bien la visée originale de la méditation dans l’horizon du dào : xiü liàn.
Le premier terme (xiü) est habituellement traduit par « pratique », mais il faut l’entendre à partir des idées de réparation, de fixation puis de décoration ou d’ornementation. Il s’agit ainsi d’une activité d’amélioration opérée à partir d’une consolidation et d’un embellissement.
Le second terme (liàn) est des plus intéressants. Il signifie littéralement « sélectionner par le feu » - chez nous « passer à l’épreuve du feu ». On le retrouve dans des expressions relatives à l’art de forger le métal, de raffiner l’huile ou d'extraire ainsi la méditation taoïste comme une pratique de transformation, de transmutation, où l’esprit devient corps et le corps esprit, tous deux réunis dès lors dans une vitalité renouvelée.
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