lundi 5 novembre 2018

Interview d'Eric-Emmanuel Schmitt (1)


Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 50 langues et joué dans autant de pays, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Un tel palmarès aurait pu le rendre inaccessible. Au contraire, plus il observe les humains - et les décrit -, plus il les aime. « Quand j’aime, l’autre a plus d’importance que moi, que mon bien-être et mon bonheur». Ce n’étaient pas des mots pour faire joli. C'est ce que nous avons ressenti lors de cette rencontre. Attentif, patient, écoutant, se donnant vraiment pour que cet instant soit intense et authentique.



Il semble que vous ayez eu une révélation dans un voyage au Hoggar. Quelle a été cette révélation ?

J’étais parti dans le Hoggar pour faire un voyage de reconnaissance pour un éventuel film qui devait se tourner sur Charles de Foucauld. C’était un converti, quelqu’un qui est parti avec une mission de conversion et qui n’a jamais converti personne. Il s’est intéressé aux autres puisque, de ce voyage dans le Hoggar, qu’ a-t-il ramené ? Aucun converti, mais un dictionnaire français-touareg, l’inventaire des lois des nomades, des touaregs, qui sont transmises par les femmes. On
m’avait demandé d’écrire un scénario pour un grand film de fiction sur lui. J’étais à l’époque professeur à l’université, mais on venait de découvrir mon premier texte théâtral qui allait se jouer. Il s’agissait donc d’un voyage de reconnaissance. Le metteur en scène et moi, nous nous sommes greffés à un voyage d’aventure. On était dix à marcher dans le désert. C’était une méharée, avec des chameaux qui portaient les vivres pour dix jours d’immersion totale et de marche dans le désert. Un jour, nous avons fait l’ascension du mont Tahat, la plus haute montagne du Hoggar. Et, arrivé au sommet, pris d’enthousiasme, je passe en premier pour la descente. Je me suis mis à filer entre les rochers, puisqu’il n’y a pas de chemin, sans vérifier que je prenais le bon chemin, la bonne direction, ni qu’on me suivait. Ce fut une impulsion subite.

  • Entré dans le désert athée, j’en suis sorti croyant
Par ailleurs, il se trouve que je n’ai aucun sens de l’orientation, mais je l’avais oublié parce que j’étais très exalté, je ne sais pas pourquoi. Et je suis parti en gambadant, comme si je voulais me perdre ou comme si j’avais rendez-vous. À la fois, je me suis perdu et j’avais rendez-vous. Je marche comme cela, pendant plusieurs heures, à toute vitesse, et tout d’un coup, à 19 heures, le soleil décroît, le froid arrive, le vent se lève. On est en février : dans le désert, la journée est chaude, la nuit est glaciale. Je me rends compte qu’en fait je ne sais pas où je suis. Je n’ai pas retrouvé le campement qui était dans un oued puisqu’on dormait à la belle étoile, où étaient les chameaux, les autres membres du groupe. 

J’appelle, personne ne me répond. Je me rends compte que je suis perdu dans le désert, sans vivres, sans rien à boire et insuffisamment habillé. Je me dis : « Voilà, tu vas passer une nuit horrible ». C’est le contraire qui s’est produit. J’ai passé la plus belle nuit de ma vie, une nuit mystique, une nuit de feu. J’ai eu vraiment le sentiment de recevoir une force et un message. C’était à la fois l’expérience de la transcendance et une expérience de l’immanence : cette force me fondait dessus et il me semblait qu’elle venait de l’extérieur. Je ne pouvais pas en être l’origine. Et puis, c’était aussi l’expérience d’une immanence, je trouvais au fond de moi la même chose, c’est-à-dire l’absolu, Dieu. Donc, je passe cette nuit-là et au matin, je me dis : « Soit on me retrouve et je vivrai croyant, soit on ne me retrouve pas et je mourrai croyant ». Quand le soleil se lève, je me rends compte qu’il est de l’autre côté de la montagne, ce que je n’imaginais pas. Je suis du mauvais côté de cette fichue montagne. Je me suis trompé. En descendant sur la crête, je suis allé du mauvais côté. J’ai donc passé la journée à remonter cette fichue montagne, j’ai passé le col et j’ai commencé à redescendre. Et juste avant la nuit, le guide touareg avec ses yeux d’homme du désert m’a aperçu et est monté à mon secours. J’ai découvert que mes compagnons de voyage, eux, avaient passé le contraire d’une bonne nuit, puisqu’ils avaient fait des feux partout. Ils avaient appelé dans la montagne : « Eric, Eric ! ». Personne ne répondait. Ils pensaient que j’étais fracassé au fond d’une crevasse. A l’issue de cette première journée, ils allaient se diviser pour qu’un groupe revienne à Tamanrasset, à 300 km et qu’on trouve des hélicoptères. Donc, la situation était très grave. Et moi, je suis arrivé vraiment... décalé. 

Evidemment, je ne pouvais pas dire ce qui s’était passé, tout d’abord parce que je n’avais pas les mots pour le dire, puisque ce n’était pas dans la tradition intellectuelle. Je venais d’une famille athée, avec une éducation athée et surtout des études de philosophie. J’étais maître de conférences à l’université, après des études qui étaient aussi dans l’athéisme. J’ai fini le voyage sur un chameau. J’étais quand même assez faible et je suis revenu avec ce secret : être entré dans le désert athée et en être ressorti croyant. À partir de là, évidemment, tout a changé : mon regard sur le monde a changé, mon regard sur les grands textes religieux a changé. Avant, mon regard de philosophe sur ces textes était un petit peu méprisant, contempteur, parce que, quand on est philosophe, on veut des arguments, les révélations ne nous intéressent pas. Et tout d’un coup, je me mettais à relire les grands textes religieux ou à rentrer dans les grandes religions par les mystiques. Je me sens en écho avec les mystiques de toutes les religions. N’ayant pas de religion cadre, pour moi ce Dieu-là n’était ni le Dieu de Moïse ni le Dieu des Évangiles ni le Dieu de Mahomet. C’était Dieu. Donc, cela a créé aussi une grande curiosité pour les religions au pluriel.

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samedi 3 novembre 2018

Poésie et spiritualié avec Sabine Dewulf






En voici un extrait :

Quels liens tissez-vous ou avez-vous tissés entre la poésie et la spiritualité ? Quel(s) sens faites-vous, d’ailleurs, porter à ce dernier mot ?
J’ai rencontré la spiritualité très précisément en l’an 2000, durant l’été. (J’aime me rappeler que cette rencontre s’est produite sous le signe d’un soleil à son zénith et à l’aube d’un nouveau millénaire !) Cela ne signifie pas qu’elle ait été totalement absente jusqu’alors. Cela veut juste dire que je l’ai croisée comme l’on aborde un ami familier et pourtant inconnu, pour reprendre une formule de Supervielle. Je venais de me plonger (presque par hasard) dans un livre de Matthieu Ricard traitant d’astronomie et de philosophie bouddhiste : L’Infini dans la paume de la main - Du big bang à l’éveil. L’auteur y dialoguait avec un astrophysicien. Cette lecture m’a foudroyée : j’ai vécu ce que l’on appelle une conversion – c’est-à-dire une révolution intime, un renversement de tous mes repères. Et en même temps, je n’en étais pas étonnée : c’est comme si je me réveillais enfin. Ce que je découvrais alors, je le savais confusément depuis toujours. L’évidence venait me rendre visite sous la forme d’un choc bienheureux, d’un bouleversement si total que j’ai vécu toute la semaine qui a suivi cet événement intérieur dans un bain de joie profonde, inaltérable. À cet instant, j’ai su que jamais plus je ne reviendrais en arrière : jamais plus les quelques années d’athéisme que je venais de vivre ne se représenteraient devant moi. Quelque chose de radical s’était produit. Cela n’avait rien à voir avec une quelconque croyance religieuse. Cela ne portait pas de nom, ne se référait pas au catéchisme appris dans mon enfance, mais cela existait d’une manière prodigieusement réelle. 
Je pourrais dire qu’il s’agissait d’une conviction profonde, venue du plus profond de mon être… Cette profondeur me racontait que la matière des choses, dont notre corps fait partie, était aussi conscience, que la mort faisait partie du processus de la vie au titre d’un simple passage, d’une métamorphose parmi d’autres. Plus encore, je sentais que la conscience n’avait d’autre lieu qu’ici et maintenant, l’instant toujours renouvelé où se déploie cette interdépendance (des choses et des êtres) que l’on ne peut appréhender qu’en acceptant de sauter hors de la pensée. C’est pour l’essentiel ce vertige de l’esprit, pourtant parfaitement rassurant, que j’ai éprouvé jusque dans mon corps. A mes yeux, cette épreuve bénéfique relevait précisément de l’expérience symbolique définie par Maurice Blanchot. J’ai pu, par la suite, revivre maintes fois cette évidence intime, dans d’autres contextes – notamment celui de l’ashram dirigé par le regretté Arnaud Desjardins. 
Dès lors, j’ai compris pourquoi tous les textes sacrés, quel que soit le dogme qu’ils ont pu engendrer malgré eux, étaient rédigés dans ce que j’appelle la langue de la poésie, la seule qui soit capable de dire l’indicible de telles expériences, par les moyens privilégiés de la métaphore et de l’oxymore. Je voyais clairement que s’ils voulaient décrire le monde réel, tous les mots courants qui définissent notre existence d’une manière plate et définitive devaient ainsi être révisés, retraversés par un souffle différent, qui puisse les rendre poreux, plus attentifs à leurs antonymes. Quant aux poèmes que je griffonnais depuis longtemps (et que je jetais régulièrement !), je m’apercevais, à présent, qu’ils avaient souvent eu l’antenne tendue vers cela que je venais de vivre. Je ne peux vous en dire davantage, tant ce que j’évoque ici relève de l’expérience intime, en deçà du langage de la communication. C’est ce que j’ai tenté de relater dans le poème “Froissement bruissement de feuilles accordées…”

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vendredi 2 novembre 2018

Seule la tranquillité constate l’agitation


Voici un autre extrait du beau livre  "Le corps est conscience" de Marc Marciszewer.

Transposé dans votre expérience quotidienne familière, le fait de vous consacrer délibérément à l’écoute par moments va vous permettre d’observer que quand vous pensez ou dites « je suis agité », c’est la tranquillité en vous qui le constate et l’exprime. Parce que si vous êtes vraiment agité, vous ne pouvez le remarquer qu’après, quand vous ne l’êtes plus ou que vous l’êtes moins.

Et même si c’est répétitif : la démarche de sophrologie proposée vous invite, lorsque vous vous pensez agité, à ressentir dans votre corps comment ça se passe. Dans votre poitrine, dans vos épaules, dans votre gorge, votre respiration, votre rythme cardiaque, etc. Vous quittez ainsi la pensée et découvrez 1 expérience sensorielle de 1 agitation, en ce moment précis. Puis l’agitation n’est plus qu’un mot désignant certaines sensations.


Une seconde phase vient, plus ou moins vite, où l’écoute change spontanément de direction : elle se centrait sur les sensations, là elle se porte instinctivement vers l’arrière-plan, l’espace où sont perçues ces sensations, et où naissent et disparaissent les pensées.

Cela réveille une profonde tranquillité du corps comme de l’esprit, intuitivement reconnue comme immuable, toujours déjà là.

Et l’instant d’après, cet émerveillement disparaît et l’écoute cède place à une nouvelle expérience... qu’il conviendra d’écouter dès que vous en viendra la présence d’esprit.

« Le corps n’est pas à l’extérieur. Il est conscience. Il s’agit de ne pas se limiter au corps. La corporalité est l'expression de l’arrière-plan. »
Éric Baret, (L’eau ne coule pas, yoga de la non-dualité, éditions du Relié, Gordes, 1995, p. 31)

Ainsi, dans cette vision du monde qui traverse les cultures et les époques, la Conscience n’est pas dans le corps, mais le corps dans la Conscience. Mieux : le corps est Conscience.

Dans la sophrologie de l’écoute (ou sophrosophie), en écho à cette vision que nous partageons, hormis dans certains cas spécifiques qui ne peuvent être abordés par écrit, nous ne faisons pas référence à la physiologie du corps, pour ne pas le garder séparé de son environnement et au contraire lui permettre de ressentir une large palette de sensations, le ressentir comme lourd, léger, rayonnant, immense, vacant, vibrant, puisant.

La démarche de sophrologie ici proposée, à l’instar du yoga de l’écoute tel que celui du Cachemire, ne se réfère pas tant à l’anatomie physique qu’à la sensitivité, au corps d énergie, ce qui suscite une liberté et un dégagement quant à la perception du corps. Nous n’intervenons pas pour « nettoyer » les nœuds, les tensions, les contractures, parce que nous faisons l’expérience que l’écoute sensitive dégagée de toute référence nettoie d’elle-même, sans notre intervention, et mieux que nous le pourrions, de par l’éclaircissement émancipateur quelle apporte (sur nos modes de fonctionnement, les processus physio-psychiques, la nature et la fonction des émotions)...
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jeudi 1 novembre 2018

Exercice : écoute du corps


Extrait de : Le Corps est conscience de  Marc Marciszewer (chez Accarias L'Originel)

La séance est au masculin par respect de la grammaire et pour éviter la lourdeur de l’emploi des deux genres. Merci Mesdames de transposer au féminin...

En position assise à votre bureau ou votre table de travail, confortablement installé, les pieds sur le sol, la colonne vertébrale redressée sans être rigide...


1.    Prenez conscience de votre posture globale

2.    Portez votre attention sur toutes les zones du corps en contact :
-    Les pieds sur le sol

-    Les cuisses et les fesses sur le siège

-    Le dos appuyé au dossier (si c’est le cas)

-    Les bras posés sur la table ou le bureau, à moins qu ils ne soient pas posés

-    Les mains en contact avec le cours, un crayon, un stylo

Si les autres zones du corps sont en contact avec quoi que ce soit, portez-y également votre attention, par exemple :

-    Les pieds dans les chaussettes, les chaussures

-    Les vêtements sur la peau pour les zones du corps sans contact avec autre chose, etc.

3.    Revenez à la conscience du contact de vos mains avec le cours :

-    Ressentez dans la paume de vos mains, jusqu’au bout des doigts, sur le dos des mains, les sensations qui vous viennent.

Si vous ne ressentez pas distinctement certaines sensations, ce n’est pas grave, tout ce qui vous est demandé est d’être attentif à ce que vous ressentez, ou non, dans vos mains. Ne nommez pas les sensations, ne prêtez pas attention à vos pensées, commentaires, jugements, ne vous occupez que des
sensations que vous ressentez dans la région des mains.

4.    Reprenez la lecture du passage de Zondervan,(voir post ci-dessous) tout en demeurant à l’écoute des sensations.
5.    Portez attention à présent à vos cinq sens, en ce moment même :

-    Les sons, qu’ils soient proches ou lointains, distincts ou ténus, à l’extérieur comme à l’intérieur de vous...

-    Les odeurs, sans faire le moindre effort pour sentir, mais au contraire en demeurant simplement réceptif à vos sensations. Si vous ne sentez rien maintenant, c’est sans importance. La répétition de ce type d’exercice vous y rendra sensible, soyez patient...

-    Les saveurs dans votre bouche, sur votre langue, dans votre gorge. Encore une fois, ne faites aucun effort, sinon celui d’être attentif et détendu...

-    Les formes visibles autour de vous, la lumière du jour ou de l’éclairage, les nuances de relief, de couleurs...

-    Les sensations tactiles, le contact des pieds à la tête avec le sol, le siège, le bureau, les vêtements, l’air ambiant pour les zones du corps non couvertes...

6.    Respirez attentivement environ une ou deux minutes, sans modifier votre respiration...
7.    Vous pouvez vous étirer, bouger votre corps, puis ne plus porter votre attention délibérément sur quoi que ce soit...


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mercredi 31 octobre 2018

Si nous prêtons attention au corps !

A nouveau, un très beau livre sur un thème qui m'est cher : la vérité du corps. Ce lieu où l'on peut se réfugier mais qui nous fait fuir dès qu'il n'est pas comme l'on souhaite. Entrez dans ce temple et dans ce livre qui nous offre de nombreux exercices pour retrouver notre corps, encore et encore !...


Si nous prêtons attention aux sensations corporelles, nous quittons naturellement le domaine de la pensée. Telle est cette approche de la sophrologie, dont l'objectif est non seulement de détendre le corps, calmer le mental et pacifier le cour, mais aussi et surtout de reconnaitre ou pressentir l'espace infiniment ouvert de notre esprit. 

Les outils et les méthodes de la sophrologie sont vieux comme le monde. L'auteur est en résonance avec une démarche d'écoute que l'on trouve dès l'antiquité, dans des écoles de sagesse en Grèce, en Chine et surtout en Inde (Vipassana, Shivaïsme du Cachemire, Advaïta Vedanta). 

La démarche de sophrologie ici proposée ne se réfère pas tant à l'anatomie physique qu'au corps d'énergie. Toujours le même geste intérieur : revenir à la sensation, au corps sensible.
Pour être attentivement présent, nous découvrons vite qu'il nous faut apprendre ou réapprendre à laisser se détendre suffisamment notre corps et à permettre à notre esprit de se reposer dans son espace originel, tranquille, autrement dit à ne plus s'identifier aux pensées, sensations, émotions, images qui traversent cet espace ouvert, notre esprit.
L'auteur propose de nombreux exercices performants pour nous permettre d'expérimenter directement par nous-mêmes. 


« Le besoin de notre époque consiste en des pratiques que les individus puissent effectuer eux-mêmes pour faire leur propre nettoyage psychique au quotidien. Fort de sa longue expérience directe avec les patients, Marc met l'efficacité pragmatique au-delà de la dogmatique théorique. » 
Jacques Vigne

Marc Marciswer vit à Paris. Il a souvent séjourné en Inde de 1976 à 1986. Depuis 1987, il a formé des sophrologues, imprégnant sa démarche de l'écoute sans commentaire du corps et de l'esprit, se rapprochant ainsi de courants non duels. il a publié Vivre en éveil, chez Alzieu éditeur. (15 euros chez Accarias L'Originel)

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 Extrait :

 "Si nous prêtons attention aux sensations physiques, nous quittons naturellement le domaine de la pensée. Nous nous trouvons ainsi instantanément dans le champ de l'expérience. 
Si, une fois détendu, nous restons attentif, nous pouvons assister à l'explosion de sensations de plus en plus fine qui correspondent à l'éveil de notre dimension énergétique, que nous appellerons le corps d'énergie. 
L'écoute ne se réfère donc pas ici au sens auditif, mais plutôt à la conscience de l'état sensitif du corps. "
Koos Zondervan, Le Yoga tantrique


Ce que Zondervan nomme dimension énergétique et corps d'énergie, je l'appelle plutôt le corps ressenti ou corps sensible ou sensitif. Concrètement, bien que chacun de nous puisse le percevoir différemment, c'est ce que nous ressentons lorsque nous prêtons attention aux sensations corporelles. Je ne veux pas donner plus de précisions, afin de ne pas orienter votre imaginaire, mais au contraire permettre d'expérimenter directement par vous-même.



A suivre...

mardi 30 octobre 2018

Flèche d'orage...

Ciel d’orage dans la région de Yéré Gang, entre Jomda et Sinda, à 4000m d’altitude, Tibet oriental. Septembre 2005
Au départ, il faut être poursuivi par la peur de la naissance et de la mort comme un cerf qui s'échappe d'un piège. À mi-chemin, il ne faut rien avoir à regretter, même si l'on meurt à l'instant, comme le paysan qui a travaillé la terre avec soin. À la fin, il faut être heureux comme celui qui a terminé une immense tâche [...]. Ce qu'il faut surtout savoir, c'est qu'il n'y a pas de temps à perdre, comme si une flèche avait atteint un point vital de notre corps.
Gampopa, Sonam Rinchen (sgam po pa dwags po lha rje, bsod nams rin chen, 1079-1153), cité oralement par Dilgo Khyentsé Rinpotché.
GAMPOPA (1079-1153)
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source : pensée de la semaine par Matthieu Ricard

lundi 29 octobre 2018

Où est notre demeure ?




"Nous n'habitons pas des régions. 
Nous n'habitons même pas la terre. 
Le cœur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure."

Christian Bobin
(La plus que vive)

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vendredi 26 octobre 2018

Le chemin de la maladie...


«On peut monter en maladie comme vers un chemin d'initiation, à l'affût des fractures qu'elle opère dans tous les murs qui nous entourent, des brèches qu'elle ouvre vers l'infini.
Elle devient alors l'une des plus hautes aventures de la vie.» 

Christiane Singer

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Méditation et bienfaits



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mercredi 24 octobre 2018

Laisser partir...

Il y a un proverbe au Japon qui dit : « Même le voleur a 10 % raison. » Cela m'a toujours laissée perplexe : alors moi j'ai 10 % tort ? Quel tort : imprudence, négligence ? Cela veut-il dire que je dois toujours fermer ma porte à clé, verrouiller mon vélo et ne jamais laisser mon linge flotter entre les cerisiers... ? Devrais-je rentrer les tomates quand elles sont encore vertes et ne pas faire confiance à mes voisins ?

 Je repense à tout cela ce matin, plantée devant mon vélo, fixant mon panier vide. Le temps d'acheter du pain, mon sac en nylon vert, tout vieux, tout effiloché, à la couleur passée par trop de lavages, a disparu. Était-il tentant, livré à tout vent, bien gonflé, prêt à être attrapé ? Ce voleur, ce chapardeur a-t-il pensé trouver dedans chocolats de Pâques et cadeaux de Noël ? Une pensée malicieuse me vient : j'aimerais voir son expression quand il ouvrira son butin ! Il n'y trouvera que boîtes à oeufs vides et sacs en papier bien pliés, le tout pour aller au marché, car ici il est de bon ton le samedi matin d'arriver bien préparée. Je souris : sera-t-il touché par mon engagement écologique ? Cela le décidera-t-il à tout déposer dans la poubelle de recyclage ? Verra-t-on le début d'une vocation verte ? Une grande illumination écolo ? Dans ce cas, j'aurai eu 100 % raison de laisser mes affaires en vrac et lui de profiter de l'occasion !
Je sais bien qu'il y a, en ville ou à la campagne, des personnes au regard acéré, à la main légère, qui ne s'embarrassent pas des notions du mien et du tien. Qu'il est sans doute tentant pour elles, et peut-être amusant, de saisir lestement ce qui se présente et de courir à l'abri voir ce que le sort - un peu aidé toutefois - a mis sur leur chemin. Et là, on en revient au proverbe japonais.
Est-ce qu'il m'appartient, à moi qui ai la notion de « mien » bien ancrée, de ne pas aider le sort ? Ou bien d'accepter que cette idée de « c'est à moi » est flottante, transitoire et que - dans une certaine mesure, et c'est là que la difficulté se présente - les choses changent de main, s'égarent dans d'autres poches, apparaissent puis disparaissent dans ma vie, sans que je puisse jamais être certaine qu'elles vont y rester définitivement.
Oui c'est une idée qui nous semble étrange, pour ne pas dire choquante, car si je peux sourire devant la disparition de mon vieux sac, je tiens à cette montre, à ces photos, à ce vase pour leur valeur de souvenir ou pour leur valeur tout court. Et pourtant, je sais que je vais perdre, casser, oublier, « semer » un tas de choses derrière moi tout au long des années. Mais ce n'est pas pareil, a-t-on envie de s'écrier ! Non, le processus est différent, là, il y a la volonté de quelqu'un, pas seulement le hasard ou l'étourderie, mais si je regarde bien, je vois que le résultat est le même : les choses passent et souvent nous quittent.
C'est encore lui, Ryokan, ce vieux moine-poète japonais, qui m'a montré qu'on pouvait regarder ces mésaventures un petit peu différemment : rentrant dans sa hutte de montagne, par une belle soirée d'automne, il la trouva entièrement vide : plus de futon, plus de théière, plus d'écritoire... mais par la fenêtre, brillante, se déversait la lumière argentée de la lune et il remercia alors son voleur de la lui avoir laissée ! Je ne suis pas sûre d'avoir un cœur si ouvert ni une âme si généreuse ; je ne crois pas que je vais remercier mon voleur de m'avoir laissé mon vélo mais j'apprends, un peu, à accepter de perdre et à laisser partir...

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source : La Vie

mardi 23 octobre 2018

Enseignement du maître...

Histoire telle qu'elle fut racontée par YVAN :
Dans la région où habitait Nasrudin, il y avait un paysan qui travaillait tous les jours avec ses ânes,
il avait dix ânes et le soir, à la fin de sa journée de travail, il ramenait les ânes au champ où il avait l’habitude de les attacher chacun à un piquet pour les laisser la nuit se reposer, manger ; il les récupérait le lendemain.
Et ce soir là, il a ses piquets, ses cordes et commence à planter un piquet, attache le premier âne, puis le deuxième… le neuvième, il arrive au dixième, il n’a plus de corde…
Il ne sait pas trop que faire avec son dixième âne ; il est là, perdu dans ses pensées, il ne peut pas en attacher deux ensemble, ils n’auraient pas assez d’herbe, ils vont se battre, c’est alors qu'un peu plus loin, il voit Nasrudin assis sous un arbre en méditation, il s’approche de Nasrudin, connu pour sa sagesse ;
à lui, je peux demander un conseil, se dit-il.
  • Je suis désolé de vous déranger, j’ai un problème, alors il lui explique son problème, j’ai dix ânes et neuf cordes,
Nasrudin réfléchit un moment et dit :
  • Tu n’as qu’à faire semblant de l’attacher.
Le paysan est un peu incrédule mais c’est Nasrudin qui le dit, un grand sage…
Il revient vers son âne, plante le piquet, le regarde droit dans ses yeux, fait semblant de passer la corde autour du cou de l’âne et s’en va, sans se détourner pour ne pas éveiller de soupçon chez son âne.
Le lendemain, quand le paysan revient, il est un peu inquiet, mais tous les ânes sont là.
Il les fait  partir, mais rien à faire un n’avance pas, ne veut pas bouger alors il se dit, il me l’a ensorcelé, ce n’est pas possible !
Regardant un peu plus loin, Nasrudin est toujours là sous son arbre.
  • j’ai à nouveau un problème, j’ai bien fait ce que vous m’avez dit de faire mais maintenant mon âne ne veut plus s’en aller.
  • Nasrudin le regarde et lui demande :
  • Est ce que tu l’as détaché ?
  • Ben non, je ne l’ai pas détaché puisque je ne l’ai pas attaché.
  • Toi, tu le sais mais lui ne le sait pas.
L’enseignement du Gourou, c’est de faire semblant de nous détacher, mais nous, nous croyons par toute une série d’artifices que nous sommes attachés, aliénés.
Fondamentalement nous sommes libres autant que cet âne.
La condition dans laquelle nous sommes d’être entravés, aliénés fait qu’il y a là, la nécessité d’un enseignement faisant semblant de nous détacher.   
      
                                                                                              Yvan

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lundi 22 octobre 2018

Un retour très positif



J'ai trouvé une belle critique sur notre jeu "Les Trois Cheveux d'or"
(voir le texte en cliquant sur le lien)
ça fait plaisir de voir 6 ans de recherches remerciés...


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