dimanche 23 décembre 2018

Lumière naissante avec Christian Bobin


L comme Lumière

« La chair de l'abbatiale de Conques est brune. Elle est faite de pierres, de dalles aux reflets d'humidité, avec des piliers gris argenté. L'âme de l'abbatiale, celle qui joue sans cesse à travers ses vitraux, celle qui va et vient entre dehors et dedans, celle dont la peau est faite de verre, est bleue, ocre, couleur d'écume. Elle passe par tous les états émotifs de la Création : c'est une fête. Il y a un coin de France où la lumière donne des concerts presque privés, c'est à travers les vitraux de l'abbatiale de Conques. L'endroit est presque caché, et elle peut jouer sans crainte, sans être empêchée. Toute la journée, la lumière s'amuse à prier, à oublier de prier, à avoir le rose qui monte à ses joues timides. Et le matin, elle a une adorable petite couleur de lait. Elle traverse tous les âges. Et dans tous les âges, elle est d'une jeunesse absolue. Je parle ici d'une lumière matérielle. Et je suis incapable de la dissocier d'une lumière spirituelle : c'est la même. Nous qui sommes si dévorés par les chiffres et les abstractions, nous sommes et nous serons toujours en vérité des gens très simples, reliés à des éléments basiques tels que la nuit et le jour, la mort et la vie, les ténèbres et la lumière. Nous aimons raffiner, nous aimons compliquer, mais le socle de l'humain est aussi simple qu'une abbatiale, faite de pierre, de verre et de lumière. »

Il existe une matière qui, tout en étant précieuse, est surabondante. C'est le pur silence du lecteur penché sur son livre, ou la petite respiration à peine perceptible du nouveau-né qui dort. 

N comme Naïveté 

« Naïveté et naissance ont une racine étymologique commune. J'appelle naïve la force de voir que la méchanceté n'est pas le fond de l'âme du méchant. La naïveté est cette force qui ne considère rien comme ennemi, même ses ennemis. C'est une sorte de candeur qui défait les ténèbres, en ouvrant un chemin fluorescent. Rien n'est plus naïf qu'une anémone, ou qu'une petite violette aristocratique dans un sous-bois. Rien de plus naïf aussi qu'une lettre d'amour qu'on laisse échapper de soi pour aller vers l'autre et dont on ne sait pas ce qu'il en fera. Le point le plus présent de la vie, le plus vivant, est nécessairement naïf parce qu'il ne se protège plus de rien ni de personne, et parce qu'il ose exister dans une nudité métaphysique parfaite, encombrée de rien, pas même de religion. Pourquoi ne pas dire que la naïveté, c'est la plus grande sagesse, et donc le plus grand savoir. »
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Prendre soin de la joie



Mais oui, il est grand temps de prendre soin de ta joie, comme on prend soin d’un nouveau-né.
Marie exulte, la totalité de son être, corps, esprit, âme, est saisi de joie et cette joie, elle la laisse l’envahir sans réserve. C’est la joie de l’Incarnation, celle de la venue d’un homme, totalement homme, et Dieu, totalement Dieu.
Alors il faut en prendre soin, de cette joie : quatre jours avant Noël, arrête-toi, arrête-toi pour écouter au plus profond de toi, qui que tu sois, quoi que tu fasses, quoi que tu vives, mets un peu de distance avec les événements d’aujourd’hui, la lumière tapageuse ou la grisaille qui t’entourent, pour l’écouter, cette joie et, sans scrupule, en prendre soin. C’est un léger tintement, une infime semence, comme un grain de sénevé, mais là, bien là, c’est la joie de ton Sauveur à naître chez toi.
Prends soin de ta joie ! Écarte tout ce qui la cache, découvre-la, car elle est bien en toi, elle demande que tu prennes soin d’elle pour pouvoir grandir. Joie d’une naissance, intime ; pour chacun elle a sa forme particulière, unique, on ne l’achète pas au marché de Noël. C’est Dieu qui se penche vers toi et te dit : « Pour toi je suis devenu ton enfant. »...
Prends soin de ta joie, elle te parle d’une espérance pour toi, préparée pour toi depuis des âges. Prends soin de ta joie, c’est ton cadeau de Dieu pour ce Noël. Dans trois jours tu la nommeras : Jésus !


Sœur Dominique 
Prieure du monastère des moniales dominicaines de Taulignan dans la Drôme

(source : La Vie)

samedi 22 décembre 2018

Enfance fragile avec Christian Bobin

F comme Fragilité

« Ce qui naît, c'est ce qui meurt. Alors peut-être que ce qui meurt est ce qui naît ? C'est une vraie interrogation. La main invisible qui nous donne la vie, qui nous offre les nuages, la pluie d'été, un poème inestimable, la surprise d'une amitié qui traversera toute notre existence, je sais que cette main est paradoxale. Elle donne et prend en même temps, elle offre et elle efface, elle fait apparaître et disparaître dans la même seconde. L'écriture me semble avoir son intérêt quand elle arrive à saisir ce double trait qui est celui de toute notre vie : le noir et le blanc, la douleur et la joie, l'effroi et la merveille à leur point de jonction, avant que la beauté n'aille d'un côté et la peur de l'autre. Si nous sommes sûrs d'être éternels, c'est précisément parce que nous éprouvons que nous sommes mortels. Dans ce sentiment de notre fragilité, nous connaissons notre éternité. Les choses qui se présentent comme dure, solides et défiant le temps, sont celles qui seront livrées à la ruine et à la rouille, que ce soit les grands palais ou les ambitions, voire nos volontés dès qu'elles se crispent. Et celles qui semblent sans poids, qu'un rien peut chasser tel un sourire sur un visage, témoignent de ce qui traverse la vie et la mort. 
Et qui continue... »

H comme Hans Brinker 

« Grandir, c'est chercher son visage dans les buissons qui nous entourent. Le premier visage que j'ai trouvé et qui m'allait, c'était celui du petit aventurier Hans Brinker. Dans le conte pour enfants, il est celui qui sauve un village entier de l'engloutissement qu'allait provoquer la rupture d'un barrage. Il passe derrière la muraille, repère une faille par laquelle la mort peut surgir. Alors, il met son doigt pour boucher le trou jusqu'à ce que les secours arrivent. Il préserve tous les siens d'une catastrophe annoncée. Ce qui me frappe aujourd'hui chez cet enfant de légende, c'est l'attention qu'il a eue : et sans doute est-ce une des figures de l'écriture de voir la faille par laquelle les ténèbres peuvent venir et de faire en sorte que le désastre n'ait pas lieu... L'écriture est une manière radicale de prendre soin. Radicale, car elle touche au langage, silence compris. Ce qui peut nous sauver, c'est cette part d'enfance, cette distraction si attentive des tout-petits. Bien sûr, quand j'ai découvert le conte à 7 ou 8 ans, je n'avais pas en moi toutes ces pensées, mais je l'ai ressenti en bloc. Et je crois à la vérité de cette histoire encore aujourd'hui. »

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vendredi 21 décembre 2018

Enfance avec Christian Bobin

E comme Enfance

« Quand je vois quelqu'un de vivant, je revois l'enfant qu'il est ou qu'il était. L'enfance n'est peut-être pas une question d'âge ni d'état civil. Quand Matisse fait ses papiers découpés, il arrive vers la fin de son travail de peintre, mais il a une petite âme de 3 ou 4 ans qui taille des feuilles de couleur. Mon enfance grandit de plus en plus chaque jour, elle n'est pas en arrière de moi, elle n'est pas dans ma mémoire, elle n'est pas un souvenir : c'est elle qui écrit. Moi, je n'écris pas. C'est l'enfant en moi qui écrit. Je lui passe le feutre, à charge pour lui de faire les livres. Je me contente de les relire...
 J'ai un visage en argile, ce que je ressens s'imprime tout de suite dessus. C'est la raison pour laquelle les nouveau-nés sont mes frères. Car si une ombre les traverse, elle va les emporter tout entier. Si un rire les secoue, il va les secouer tout entier. Je ressens les événements de cette vie avec la même force que celle qu'on attribue aux enfants. Le vrai nom de l'enfance, c'est l'esprit, un mélange de gravité et de fantaisie et la capacité de faire face dans le noir en sifflotant un air pour se donner du courage. De là naissent mes livres. »

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Interview de Christiane Singer

Christiane Singer, née à Marseille en 1943 s'est éteinte à Vienne en Autriche le 4 Avril 2007. Pour rendre hommage à cette femme de cœur et à ce grand écrivain, nous vous proposons d'entendre ou de réentendre un entretien que Christiane Singer avait accordé à Thierry Lyonnet en 2001 lors de la parution de deux ouvrages : Où cours-tu, ne sais tu pas que le monde est en toi ? et "Eloge du Mariage, de l'engagement et autres folies."

J'avais mis en ligne cette interview en 2010. Mais il est des mets qui se dégustent plusieurs fois...

jeudi 20 décembre 2018

Célébration de la vérité de l'Enfance (1)



« Je n'ai pas aimé mon enfance, cette période un peu recluse et "difficultueuse". Je n'ai de reproche à faire à personne. Mais dans le passé biographique, celui de l'état civil réaliste, je me suis éprouvé comme un enfant cloîtré. 
Et j'en ai rajouté par la solitude, par la passion des livres aussi. Il n'y a pas eu dans mon enfance de souffrance, à part une souffrance blanche, un très grand silence des vivants sur eux-mêmes. Ce n'était pas tant moi qui étais enfermé que ceux dont je ne pouvais m'approcher. Je ne comprenais pas qu'on ne puisse délivrer et le ciel et la terre en un seul mot. 
Je ne comprenais pas qu'on fasse de la parole un objet utilitaire, social, sans que jamais elle ne serve à la grande explosion des cœurs. J'ai écrit pour parler. Et j'ai parlé pour accéder à la vérité de l'enfance, qui est de ne pas comprendre grand-chose, et de connaître infiniment le ciel par le toucher d'un rayon de soleil sur la main, ou par l'inflexion de douceur d'une voix aimée. La douleur dans une famille est exactement comme la pierre lancée sur un étang, elle engendre des ondes qui vont toucher plusieurs générations jusqu'à résorption complète. »

mercredi 19 décembre 2018

Le mental n'est pas un présent...

Le commentaire d'Arnaud Desjardins :
« Le mental fait que nous ne sommes pas maintenant, parce que le passé vient colorer le maintenant et projeter ses craintes et ses espérances sur le futur. Quand vous serez libre du passé, je peux vous promettre que vous serez libre aussi du futur. Le mental fait que nous ne sommes pas ici, parce que le mental introduit une comparaison avec autre chose que ce qui est là; il crée «un second», une super-imposition. La vigilance, seule, permet d’échapper au mental; la vigilance, seule, permet de revenir, instant après instant, à la seconde qui est là pour la vivre dans la vérité. Que de milliers de secondes vous avez laissé échapper, sans même tenter de les vivre de façon juste ! Tout est possible au mental. Il n’y a jamais qu’une seule vérité mais des milliards de mensonges possibles. » 
(Le vedanta et l'inconscient, chap. 3)

Un commentaire de Michel, musicien.
Prenons l'exemple de l'écoute musicale : en premier, vient la musique, un flux sonore infiniment riche et mouvant qui me touche en profondeur et fait vibrer tout mon être. Mais sur cette extase sensorielle vient très souvent se superposer un courant d'intellect, sous forme par exemple de jugements : j'aime/je n'aime pas, c'est trop dissonant, c'est trop mièvre, c'est trop rapide (ou trop lent), c'est ennuyeux, ça manque d'inspiration, le rythme n'est pas bon, etc..., sans parler d'un train de pensées qui ne tarde pas à surgir, pensées qui n'ont plus rien à voir avec la musique, les choses à faire dans la journée, qu'est-ce que je pourrais bien manger à midi, je dois faire une lessive, où pourrais-je passer mes prochaines vacances, etc... Inutile de dire que lorsque ces pensées occupent tout le champ conscient, la musique n'est plus là, ou disons constitue un fond sonore à peine perceptible. Si mon propos initial était vraiment d'écouter la musique, c'est franchement raté !

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lundi 17 décembre 2018

Dualité illuminée...


« Lee Lozowick a déclaré que, dans notre tradition, le but de la pratique est de nous rendre capables d'être simultanément dans un état de prière, ou de communion avec le Divin, et parfaitement fonc­tionnels dans le domaine relatif. Cette description de la « Dualité Illuminée » nous montre la nécessité de devenir un virtuose dans deux domaines : celui de la perception ordinaire, et celui de la perception subtile. L'habileté dans ces deux domaines signifie que nous ne nous identifions pas et, par conséquent, ne nous limitons pas, à aucun des deux, et qu'à tout instant, pour répon­dre aux besoins du moment, nous sommes capables de porter notre attention sur l'autre domaine. Quel que soit l'aspect de la réalité qui nous fait les yeux doux, nous honorons notre autre maîtresse qui se languit de notre regard et de nos caresses. 
Lorsque nous faisons cela très fréquemment et de manière tota­lement invisible, nous devenons le creuset dans lequel le monde du surnaturel et celui de la matière peuvent cohabiter. Ce qui facilite cette rencontre de forces, c'est la chimie essentielle qui aboutit à l'alchimie de l'évolution, ou alchimie divine. C'est de là que vient l'expression de Lee : « Dualité Illuminée ».
 

Voici un article sur la "dualité illuminée"

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dimanche 16 décembre 2018

Troisième dimanche de l'Avent

   

Le 16 décembre, les textes nous appellent à la joie. Découvrons la deuxième lecture, une lettre que saint Paul écrit à la communauté chrétienne des Philippiens.







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Une clé pour suivre Jésus
Saint Paul écrit cette lettre vers la fin de sa vie (61 ou 62). Il s'adresse à une communauté de chrétiens d'origine gréco-romaine qui habitent à Philippes, ville du nord-est de la Grèce. Paul invite les croyants à demeurer « dans la joie du Seigneur »et insiste, le mot « joie » revient deux fois dans le texte. Et il ajoute : « En toutes circonstances, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. » C'est la clé pour suivre Jésus : être joyeux en priant sans cesse, avoir confiance en lui, le remercier et oser lui formuler nos demandes
Joie, bienveillance et paix
La joie dont parle l'apôtre, c'est une joie très profonde qui vit dans notre cœur, comme une sorte de rocher en nous sur lequel on peut s'appuyer même quand plus rien ne va. Elle est la « sœur » de la « bienveillance » que Paul nous propose de manifester aux autres. La bienveillance, c'est choisir de « voir le bien en l'autre avant d'imaginer le mal », comme le dit Samuel Grzybowski, qui s'efforce lui aussi d'avoir un regard positif sur chacun (voir La Vie no 3823 du 6 décembre, page 47). Si nous suivons les conseils de Paul (joie et bienveillance), alors les soucis et les inquiétudes ne nous envahiront plus. Ils existeront encore mais en moins fort. Et surtout, nous recevrons la « paix » de Dieu « qui gardera (n)os cœurs et (n)os pensées dans le Christ Jésus »,écrit Paul.
Dieu tout proche de nous
Ce dimanche est appelé « dimanche de la joie », car les textes nous invitent à nous réjouir : à Noël, Dieu se fait tout proche de nous, il renaît dans nos cœurs. Encore 10 jours, pour nous préparer à accueillir le Dieu vivant qui s'intéresse à nous, à notre vie dans ses moindres détails. C'est une grande joie d'attendre que vienne le Sauveur du monde, et de lui dire « oui », d'une manière toute nouvelle. « Oui » à être son enfant.
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vendredi 14 décembre 2018

Invités à la joie ?


 Pour répondre à cette invitation, il faut être fou ou amoureux !
Aux yeux des gens réalistes, on passe un peu pour des illuminés lorsqu’on parle de joie… Il y a tellement de raisons de ne pas se réjouir : insécurité, injustice, chômage, maladie sont des réalités quotidiennes. Nos vies personnelles sont tout sauf de longs fleuves tranquilles ! Quant aux joies qui existent, certaines sont factices et destructrices. Il y a des joies qui se vendent : pensez à la débauche de propositions commerciales à l’occasion de Noël. Mais, Dieu merci, certaines sont réelles et vraies.



La joie véritable ne se vend pas. Elle peut naître alors même que nous vivons l’absence : c’est le cas lorsque quelqu’un que l’on aime nous annonce sa visite. Les jours qui précèdent sont colorés d’une attente joyeuse et lorsque, sur le quai de gare ou dans le hall d’aéroport, je devine au loin sa silhouette, mon cœur se met à battre plus vite. Tel est le climat de l’avent que nous sommes invités à vivre ! « Le Seigneur va venir, Le Seigneur vient ! ». Le personnage de Jean-Baptiste, qui marque ce temps liturgique, m’émeut, lui qui dit : « Moi je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui […] j’entends sa voix […] Telle est ma joie : elle est parfaite. »* La joie est plus profonde que la gaîté. La joie naît dans le cœur de celui qui aime et qui se donne. C’est elle qu’évoque Jésus, au soir du jeudi saint, alors même qu’il sait que ses disciples vont l’abandonner ; mais le moment est venu de leur montrer à quel point il les aime en même temps que Dieu son Père. Ce qu’il va faire est fou aux yeux des hommes : de la mort, qui est la situation de séparation maximum, il va faire le moment de communion maximum, puisque c’est par amour pour son Père et par amour pour nous qu’il donne sa vie !
Nous sommes parfois dans la tristesse ; mais dans chaque eucharistie, Jésus nous fait communier à sa joie, comme il l’a dit à ses apôtres :
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. »**


frère Bernard-Dominique Marliangeas,
Couvent de Lyon    

* Jn ch 3, v 28
** Jn ch 15, v11 


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jeudi 13 décembre 2018

Attention et vigilance


Your worst enemy cannot harm you as much as your own unguarded thoughts. 
Buddha

Votre pire ennemi ne peut pas vous nuire 
autant que vos propres pensées sans surveillance. 

Bouddha
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mercredi 12 décembre 2018

Denuement


Changer ? ou se dénuder…
J’ai longtemps cru que le bonheur espéré, la paix intérieure exigeaient de me transformer, de me parfaire. Que mon chemin intérieur devait entrainer un développement de mes qualités, de mes aptitudes, de mes capacités à aimer, à dire oui à la vie, à accepter, à être plus douce, à être plus tranquille, plus en paix, plus compétente, plus à l’écoute et à avoir un mental plus silencieux. Je croyais que le chemin allait me faire acquérir des capacités et qualités personnelles, que cela allait faire de moi une Séverine « optimisée » capable de vivre plus heureuse et plus forte au sein de ce monde qui me semblait compliqué et dangereux. Au contraire je me dévoilais, je me dénudais, je m’ouvrais à la vie. Le regard posé en moi-même de plus en plus profondément déracinait mes conditionnements psychologiques, mes croyances limitantes, faisait fondre mes attachements et s’effondrer les évidences. J’étais sur un chemin de dénuement pour dévoiler mon authenticité, mon être véritable.
Tout ce que je croyais à mon propos, tout ce à quoi j’étais identifiée, attachée, même profondément, tel que le fait d’être reconnue, d’être aimée, d’avoir le contrôle sur ma vie ou même cet interdit d’être soi, ou la souffrance, tout ces filtres à travers lesquels je vivais et qui impactaient fortement ma vie, ce sont peu à peu mis au second plan au point de ne plus piloter ma vie voire même de disparaitre. Les émotions se sont harmonisées et sont devenues de simples mouvements au cœur de mon être. Si certains changements interviennent, parfois même profonds, ils sont rarement ceux attendus et ce qui se dévoilent est toujours de l’ordre du dénuement. Aucun changement ne peut d’ailleurs améliorer ni altérer ce que nous sommes déjà fondamentalement et qui ne fait qu’être mis à jour par notre propre regard intérieur : notre être authentique.
Séverine Millet

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