mardi 10 novembre 2015

Les mains de l'humanité avec Christiane Singer




Partout où des mains se joignent et se rejoignent continue la plus vieille histoire de la nature 
et de l'humanité, la saga de la solidarité. 

De nouvelles mailles se nouent au filet 
qui nous retient de tomber dans l'abîme de l'inhumanité. 

Christiane Singer
 - Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? 
Page 73 - Ed. Poche




lundi 9 novembre 2015

Les conseils de Nicolle Carré pour vivre pleinement


1. Ne transigez pas avec votre désir
Laissez flamber au plus profond de vous ce feu intérieur qui peut être caché sous la cendre. Laissez-le jaillir. Dans la souffrance, il avait suffi que je dise « oui » à vivre l'instant présent, et donc « non » à la fuite de cet instant-là, pour que tout me soit donné. Ma quête intérieure, la soif d'absolu qui m'habitait depuis ma petite enfance, s'est mue avec la maladie, en présence à moi-même, en accueil. Accueillons notre désir au présent.

2. Acceptez d'être là où vous en êtes
Je n'attends pas d'être capable de grandes choses pour commencer de goûter la vie. Je pars de là où j'en suis, aussi bas que cela me paraisse. C'est quelquefois très peu, un petit rien, un germe. Accepter d'en être là où l'on en est, ce n'est pas s'y complaire ni baisser les bras : c'est sortir du mensonge dans lequel nous vivons et nous accueillir nous-mêmes. Comme le dit sainte Thérèse de Lisieux : « Si nous consentions à notre faiblesse, Dieu pourrait faire en nous des merveilles. »

3. Ne désespérez pas : le présent peut réparer le passé
L'important, ce n'est pas ce qui a été ou ce qui n'a pas été, mais ce qui est maintenant. Une manière de consentir à ce qui a été et à le reprendre de façon neuve. Alors, tout ce qui m'a été donné m'est redonné : je cesse d'être le centre du monde, nous pouvons être ensemble, chacun, tels que nous sommes en vérité. En approchant la mort, longuement, j'ai appris que chaque instant est une naissance. Peut-être est-ce cela qui rend la vie si belle...

4. Si la mort vous préoccupe, soyez vivant
Mourir, c'est avant tout mourir à soi-même et au monde que l'on a bâti avec son imagination. C'est être présent au monde qui vient et faire confiance. Posez-vous plutôt la question suivante : « Est-ce que je vais quitter ce monde en vivant ? » Derrière ce paradoxe curieux me revient la phrase de Maurice Zundel : « On se demande si on sera vivant après la mort au lieu de se demander si on sera vivant avant la mort. Il n'y a aucun sens à postuler quoi que ce soit au-delà de la mort, si d'abord on n'a pas vaincu la mort durant la vie. »


(source : La Vie)



dimanche 8 novembre 2015

Nicolle Carré, jusqu'au bout, prendre soin de sa vie

Animée d'une foi intense, cette psychanalyste est sortie transformée de sa maladie, qui lui a fait frôler la mort à deux reprises. Elle témoigne de sa volonté de vivre pleinement son existence en acceptant ses faiblesses.

En avril 1992, j'appris que j'étais atteinte d'une leucémie aiguë. Le diagnostic était là : je pouvais mourir d'un moment à l'autre. Mes jours, voire mes heures, étaient comptés. Ma première pensée fut pour mon mari et mes enfants : qu'allaient-ils devenir ? Simultanément, je compris qu'en rejoignant Dieu mes combats intérieurs allaient cesser, ce qui me plongea dans une certaine joie. Mais, une fois malade, à bout de force, un grand tournant s'opéra en moi : je pris conscience que l'existence était un don, un don de Dieu. Que Dieu était Vie, et au coeur de toute vie humaine. Derrière mon désir de le rejoindre se cachait en fait une peur d'affronter cette dernière. Dieu était là, alors, pourquoi le chercher sur l'autre rive ? Puisqu'il m'avait donné cette existence, je devais en prendre soin.
La psychanalyse, dont j'ai fait ensuite mon métier, est très importante pour moi, et d'une grande richesse. Mais c'est au coeur de la maladie que j'ai découvert l'essentiel : c'est lorsqu'on est dépouillé de tout que la volonté de posséder sa vie s'évanouit. La seule chose qu'il nous reste alors est de s'ouvrir à ce qui est là. Avant, je voulais gagner, désormais je n'avais plus rien à gagner. Tel un petit enfant, je ne pouvais qu'accueillir ce qui advenait. Ce changement radical m'a permis, peu à peu, de faire de mon quotidien un exercice de l'instant présent : dans chacun de mes actes, j'accueillais la moindre chose comme un cadeau de Dieu. Je ne savais plus si j'avais la foi ni ce qu'est la foi, mais il y avait en moi une prière continuelle : « Abba, Père. Que jamais je ne sois séparée de toi. » L'équipe médicale qui me soignait et m'accompagnait s'étonnait de la manière dont j'appréhendais ces instants cruciaux. Dieu, à qui j'ouvrais le plus profond de mon être, était mon souffle, alors même que je ne pouvais pas respirer sans l'aide de machines.
Avant ma maladie, ma croyance en Dieu était déjà intense. Mais je cherchais davantage à le connaître qu'à vivre de lui. Ma jeunesse passée en Tunisie m'avait permis de découvrir l'aspect profondément religieux de la culture musulmane. Après avoir cheminé dans les voies de la spiritualité hindouiste, j'avais retrouvé la foi chrétienne au cours d'une messe de minuit, en 1989. Ce soir-là, je pris véritablement conscience que Dieu s'était incarné à la naissance de son fils Jésus. Mon existence en fut retournée et l'émerveillement d'un Dieu fait homme ne s'est, depuis lors, jamais estompé.
Un nouveau bouleversement se produisit en 1998 : je rechutai dans la leucémie. Après ma rémission, je m'étais tellement mise à aimer la vie, que je ne voulais plus la quitter. J'en avais fait un joyau, un don à découvrir chaque jour. Une fois remise sur pieds, j'étais revenue chez moi et avais retrouvé mon mari, mes enfants et divers engagements, comme mes études de théologie et mes activités en paroisse. Aussi, lorsque j'appris que ma leucémie repartait, la peur de mourir m'envahit. Grâce à mon mari, à sa présence à mes côtés, à la justesse de ses mots, à son accueil de mes angoisses, j'ai pu, tout doucement, apprivoiser la mort en mettant de l'ordre dans mes affaires. J'ai fini par accepter derecevoir à nouveau le sacrement des malades. Je voulais que ce soit une grande fête réunissant ceux que j'aimais avec toutes leurs différences religieuses : orthodoxes, catholiques, protestants, musulmans, hindouistes, mais aussi athées. Il me fallait célébrer ce qui nous liait et qui était plus fort que la mort. Il me fallait aussi leur exprimer, par cette fête, combien j'avais besoin d'eux dans ma lutte, et combien je me sentais responsable d'eux dans ma manière d'affronter la fin. Au cours de la messe où j'ai reçu ce sacrement, un vieil ami prêtre a fait l'homélie : « Nicolle, vous vous trompez : le Christ ne va pas vous aider à vivre la maladie, il va la vivre en vous. » Cette phrase a été un second virage intérieur : une paix et une joie immenses ont germé en moi. Durant les semaines passées au bord extrême de la mort, où je ne parvenais plus à respirer malgré l'oxygène, où la fatigue ne me permettait plus de porter mon corps, où la douleur et l'angoisse me terrassaient, je ne savais plus si je croyais en Dieu. Mais je savais que le Christ était en moi. Cela me suffisait.
Depuis trois ans, les médecins me considèrent comme guérie. Cette paix et cette joie ressenties pendant l'homélie ne m'ont pas quittée. Je ne vis pas sur un petit nuage : je suis comme tout le monde, je continue de traverser des moments difficiles. Mais désormais, je n'essaie plus de les fuir ni de les maîtriser. Je sais bien que je ne peux pas tout. Je sais surtout que « je peux tout en Celui qui me fortifie » (Philippiens 4, 13), et donc que tout est ouvert si j'y consens. Je sais que je mourrai un jour comme tout le monde. Tant d'années passées à surveiller ma santé, à naviguer entre des résultats incertains, les effets à long terme des traitements, mais aussi des bonnes nouvelles, ont fait de la pensée des fins dernières une quotidienneté. Les angoisses sont parfois là, mais j'apprends à aimer ma faiblesse. Parce que je suis faible, je n'ai plus besoin d'être forte : j'accueille chaque instant qu'il m'est donné de vivre. Au fond, je suis de plus en plus libre.
Lorsqu'on fait le bilan de son existence, certaines choses, qui apparaissaient jusque-là importantes, ne sont plus essentielles. Finalement, demeure une question : ai-je accueilli l'autre, ai-je été moi-même ? Un sage hassidique a dit : « Au jour du jugement, on ne te demandera pas si tu as été Moïse, on te demandera si tu as été toi-même... » C'est-à-dire avec mes peurs, mes fragilités... Je ne peux pas les enlever, juste les accueillir, et alors cela change tout. L'approche de la mort est la découverte que l'on ne peut pas maîtriser la vie... Quel combat et quelle libération !

> Au bord du mystère

« J'apprends à vivre en apprenant à mourir. Je pressens que l'inconnu est l'inconnu du don. Ma peur de la mort s'apaise lorsque j'entre dans ce mystère du don. La vie est assez large pour tout contenir, même la mort... » En des mots choisis, Nicolle Carré livre ici le fruit de son combat, celui de ses émotions lors de son parcours au bord du mystère, à la crête de la vie et de la mort, entre douleurs, souffrances et rémissions. Un ouvrage de circonstance pour ceux qui traversent la maladie et pour leurs proches. 
Préparer sa mort. Un hymne à la vie, de Nicolle Carré, l'Atelier, collection Mieux vivre, 15 EUR (en cours de réimpression).

> Les étapes de sa vie

1939 Naissance à Tunis.
1959 Découverte du mystique musulman al-Halladj (858-922).
1960 Retour en France.
1960-1964 Études de psychologie.
1969 Mariage avec Olivier, dont naîtront deux enfants.
1977-1989 Séjour en Inde, découverte de l'hindouisme.
Noël 1989 Expérience mystique du Christ.
Avril 1992 Atteinte d'une leucémie aiguë.
1998 Rechute.
Depuis 2001 Psychanalyste et conférencière.
2007 Vivre avec une personne malade (l'Atelier).
2012 Déclarée en rémission complète par les médecins.


vendredi 6 novembre 2015

La méditation... un exercice sur le chemin de la sagesse ou un médicament pour le moi agité, stressé ?

« La rose ne se construit pas en fonction d’un idéal personnel ou collectif.
Elle devient ce qu’elle est, elle est ce qu’elle devient.
L’exigence est la même pour l’homme qui se dit en chemin vers sa vraie nature
Devenir ce qu’il est et être ce qu’il devient selon les intentions de son être profond.
C’est le but de la méditation de pleine attention - Achtsamkeit Meditation - ».
Karlfried Graf Dürckheim

La méditation de pleine attention est un exercice indissociablement corporel et spirituel.
Corporel et spirituel ! Pouvons-nous associer ce que, dans la tradition philosophique occidentale on a eu tendance à opposer pendant vingt siècles ?
Le corps, tombeau de l’âme ! Le corps, machine de terre ! Avec de telles affirmations il est difficile d’envisager qu’un exercice corporel, un exercice physique, puisse avoir une incidence sur la vie spirituelle. Le corps semble, au contraire, considéré comme étant l’obstacle majeur à l’épanouissement spirituel.
Un philosophe, Baruch de Spinoza, cinquante ans après la mort de Descartes, réfute la dualité corps-esprit : « Si nous opposons ce qu’on appelle le corps à ce qu’on appelle l’esprit, c’est parce que nous n’avons pas une connaissance suffisante du corps ».

Notre première réaction est de penser qu’au dix-septième siècle les savoirs sur le corps humain étaient très limités alors qu’aujourd’hui la situation est bien différente. Cependant, il faut peut-être distinguer le savoir “sur’’ le corps (Körper) objectivé dans les laboratoires des sciences et la connaissance “du’’ corps (Leib), laquelle nous est donnée lorsqu’on se met à l’écoute de notre corps propre, lorsque nous méditons.

A l’université, six années d’études “sur’’ le corps disséqué et fragmenté à la faculté de médecine m’ont conditionné à l’idée que « J’ai un corps » ; que « l’homme “a’’ un corps ». C’est, en m’appuyant sur cette conviction que j’ai pratiqué la kinésithérapie pendant une dizaine d’années. Lorsque m’intéressant à la philosophie orientale, à la tradition du zen, à la méditation, j’ai pris la décision de suivre l’enseignement du Philosophe allemand K. Graf Dürckheim, cette illusoire certitude s’est écroulée comme un échafaudage un jour de grand vent. Quelques semaines après mon installation en Forêt Noire, Graf Durckheim me dit : « Vous disposez d’un large savoir sur ce que j’appelle le corps que l’homme “a’’ (Körper dans la langue allemande), mais vous ne savez encore rien de ce que j’appelle le corps que l’homme “est’’ (Leib dans la langue allemande). Ce qui m’étonne parce que vous pratiquez l’Aïkido depuis une quinzaine d’années ... »

Et les indications qu’il m’a ensuite octroyées sont devenues le fondement de ma pratique de l’Aïkido et de ma pratique de la méditation: « Le corps n’est, sur le plan de la personne, ni un organisme physique détachable du sujet ni un instrument fonctionnant plus ou moins bien au service du moi profane, de l’ego. Le corps est, bien plus, le moyen spatio-temporel d’être un sujet et de devenir soi-même. Il est la manière dont l’homme, en tant qu’être essentiel, est là, dans le monde. Le corps (Leib) est l’unité d’attitudes et de gestes à travers lesquels l’homme se présente, s’exprime, prend forme et, en tant que telle, se réalise (s’accomplit) ou se manque. »

La méditation de pleine attention enseignée au Centre Dürckheim n’est pas pratiquée en étant animé par l’esprit d’acquisition ou l’esprit de performance qui caractérise l’homme identifié à cette part superficielle de lui-même qu’on appelle l’ego. C’est en étant animé par l’esprit de répétition que s’éveille la couche la plus profonde de l’être. Cet accomplissement se manifeste alors directement sur le plan humain dans l’expérience et la manifestation de ces qualités spirituelles que sont le calme intérieur, le silence intérieur, la paix intérieure.

Jacques Castermane


jeudi 5 novembre 2015

Réalité du Silence


Pour moi, le Silence est le pouvoir qui
nous anime tous ainsi que toute chose.
C’est l’énergie à l’état pur que l’on ne peut comprendre,
ni sentir, ni regarder.
C’est la merveilleuse intensité de l’amour qui nous fait aimer.
C’est la perfection. C’est la lumière qui donne
vie à ce qui est obscur. C’est le vide sans forme,
le néant qui contient tout.
C’est la quiétude qui observe le mouvement.
Le témoin qui observe le monde.
Voilà ce qu’est pour moi le Silence.
Voilà ce que je suis et ce que nous sommes tous.
Il n’existe pas d’autre réalité.

Yolande Duran


mercredi 4 novembre 2015

Christian Bobin : "Les uns et les autres m'ont aidé à vivre" (2)

Peut-on dire que vous poursuivez un dialogue avec la jeune femme aimée?

C'est une sorte de dialogue, en effet. À l'heure de la Plus Que Vive, j'étais dans le souffle de la bombe. J'ai commencé à écrire le texte un mois après l'enterrement. Et je lui ai promis que je lui écrirais à nouveau. On est toujours plus intelligent que soi : la Plus Que Vive était un livre nécessaire, mais aussi un texte de dénégation. J'ai cru pouvoir effacer la mort qui efface tout. Mon livre était une gomme. Je pense aujourd'hui que les choses véritablement vécues perdurent et ne tombent pas dans un cercueil sous la terre. Il n'y a pas de disparition. Les choses invisibles, les seules qui soient essentielles, reviennent tout naturellement à l'invisible - que ce soit un regard ou une voix, l'amour donné et la joie qui le suit. Elles ne sont pas palpables mais elles nous font. Et elles ne se défont pas avec la mort. Je garde la voix de cette jeune femme, de même que je garde celle de mon père, et le bon pain de son sourire. Tous m'habitent. C'est comme mon sang, des globules invisibles qui me sont aussi nécessaires que les rouges ou les blancs. Elle, mon père, ma mère, ou un poète chinois du VIIIe siècle... Le point commun, c'est que les uns et les autres m'ont fracturé le coeur, ils m'ont aidé à vivre.

De votre père, décédé en 1999, vous dites : « Je l'aime tellement que sa mort n'a jamais eu lieu »...

C'est une parole d'amour qui est comme toutes les vraies paroles d'amour : exagérée. Ce que j'ai voulu signifier, c'est que son absence n'a jamais eu lieu. J'aimais beaucoup le toucher, tenir sa main dans la mienne, et la mort a rendu le geste impossible. Je ne peux plus lui montrer mes livres, qu'il savait lire adorablement, jusque dans les brumes de la maladie qui lui a détricoté la mémoire. Ma part rationnelle sait très bien que sa mort a eu lieu, qu'une tombe porte son nom dans la ville toute proche. Mais ce savoir n'est rien par rapport à tout ce que je sais d'autre sur mon père, agissant, bénéfique et rayonnant. Il continue de l'être.

Pourquoi son paquet de Gauloises bleues était-il son « bréviaire » ?

Il venait d'un milieu ouvrier pauvre du Creusot et travaillait aux usines Schneider où il était devenu professeur. Mais il restait imprégné du ciel ouvrier des Gauloises bleues, c'est-à-dire d'un milieu où lire était un peu soupçonnable, équivalent à une perte de temps. Or quand je commençais à écrire, il m'a dit un jour à la table familiale : « Reprends de la viande. Pour ce que tu veux faire, il faut des forces. » Cette intelligence de l'autre est bouleversante. Mon père est la première figure de la générosité qui est venue vers moi. Ma gratitude envers lui a la profondeur du ciel étoilé. Je vois la cendre de la cigarette qui tombe dans sa main en coupelle, un geste comme une manière bien à lui d'adoucir toutes les chutes de la vie. La beauté du langage, c'est parfois de ressusciter une personne avec un seul détail.

Est-ce que la fréquentation assidue des écrivains, ces absents qui vous parlent à travers les siècles, habitue à la disparition ?

Non, cette fréquentation rend simplement la vie et la mort encore plus précieuses. Je ne suis pas en quête de l'hiver dans les livres. Je vais chercher le printemps et je l'y trouve - que ce soit chez un poète chinois, chez Jünger, Mandelstam ou Kafka, lequel n'était pas un être de noirceur, mais l'un des hommes les plus délicats et attentifs à la vie, que je connaisse.

Les écrivains sont tout de même des absents particuliers, car vous partagez un outil commun à quelques siècles d'intervalles...

Nous accomplissons apparemment le même travail. Pourtant, je ne fais pas un travail si différent de celui que faisaient mon père ou «la plus que vive ». Le vrai travail des vivants, celui pour lequel tout chômage devrait être rendu impossible, c'est de prendre soin de la vie : de la sienne et de celle des autres. Mes intimes sont entrés dans ma chair. Le poète chinois, lui, est entré dans mes songes et dans ma joie, parce qu'il m'en a donnée. Il s'appelle Lu Yu et a écrit Le vieil homme qui n'en fait qu'à sa guise, un véritable réservoir de sourires, comme un pain est une réserve d'énergie. C'est tout de même incroyable que cet homme d'un tout autre continent, d'une culture qui n'a rien à voir avec la nôtre et qui est enfoui sous les décombres de tant de siècles puisse me combler aujourd'hui presque à chaque lecture ! Je le lis et je n'ai plus d'ennui, plus de souci. Je me porte mieux, je suis moins malade, moins enrhumé... Je pense qu'il y a une capacité de résurrection en nous et dans l'écriture. Les poèmes de Lu Yu sont proches du léger soupir d'un chat endormi. Et cela, qui n'a aucune valeur à notre époque, n'a en vérité pas de prix. Alors que le monde entier est devenu une boîte de nuit où l'on s'adresse à nous avec des haut-parleurs, c'est le bas-bruit de Lu Yu, de Bach ou des oiseaux qui m'enchante. Parce que quand tout le reste nous aura quittés, ces choses seront encore là, elles seront les dernières.


> Christian Bobin est écrivain et poète. Né en 1951 au Creusot (Saône- et-Loire), il vit toujours dans les environs, retiré dans sa maison. Il vient de publier : Noireclaire, Gallimard.

A lire : 
La Plus Que Vive Le premier livre, écrit en 1996, consacré à l'amoureuse du poète disparue brutalement. Folio, 4,60 €. 
Carnet du soleil Deuxième petit caillou littéraire semé 15 ans après. 
Lettres vives, 13,20 €. 
Noireclaire 20 ans après, l'absente est plus présente que jamais dans l'un des plus beaux recueils du poète, travaillé comme un diamant jusqu'à une éblouissante épure. Gallimard, 11 €.



source : magazine La Vie


mardi 3 novembre 2015

Christian Bobin : "Les uns et les autres m'ont aidé à vivre" (1)

De son grand amour de jeunesse, Ghislaine, à son père, en passant par les écrivains qu'il fréquente assidûment, Christian Bobin a mis les absents au cœur de son oeuvre.

Dans sa vie, il y a un avant et un après. Une disparition comme un coup de tonnerre, celle d'une jeune femme qui fut la passion de jeunesse du poète. Elle s'appelait Ghislaine, enseignait le français, élevait trois enfants. Elle avait 44 ans quand la mort l'a brutalement happée. Deux décennies plus tard, la déflagration se propage encore : après la Plus Que Vive en 1996, et Carnet du soleil en 2011, voici Noireclaire, nouveau rendez-vous littéraire avec la disparue, recueil sans doute le plus aigu, travaillé jusqu'à la plus limpide simplicité, l'épure quasi parfaite. On y retrouve aussi au creux des pages tous les autres absents chers au coeur de Christian Bobin, ses parents et les écrivains qui sont ses compagnons de route. Le poète nous a reçus dans sa maison perdue au milieu des bois, au pied du Morvan, à quelques encablures du Creusot. Une thébaïde pas si solitaire, tant elle est habitée par la présence des âmes soeurs.

Comment les absents se sont-ils invités au coeur de votre oeuvre, faisant de la mort une figure familière?

Dès que vous connaissez la grâce de cette vie, vous connaissez sa perte aussi, les deux sont liées. Si une fleur peut nous toucher autant qu'un humain, c'est en raison même de sa fragilité. Et sa fragilité, c'est sa mortalité. Les choses qui viennent à nous et nous bouleversent par leur beauté, nous bouleversent par l'annonce de leur mort. Elles sont d'autant plus belles qu'elles sont en train de passer. L'apparition et la disparition se font en un même instant. C'est comme le sourire sur les lèvres minuscules des nouveau-nés : à la fois fugace et éternel. La vie vient, elle nous dit : « Je m'en vais », et c'est à la fois terrible et merveilleux. La vie est le paradoxe même. Et si vous refusez de le voir, tout en est déséquilibré.

Pourquoi parlez-vous d'un « même éblouissement » face à la vie et à la mort ?

Ce qui nous sauve, c'est ce qui nous arrache à nous-mêmes. La beauté d'une seule fleur vagabonde, le geste charitable et imprévu d'un autre être, un poème brillant comme du corail nous amènent loin de nous-mêmes, nous sauvent de notre existence endormie. Et, somme toute, de façon radicale, la mort ne fait rien d'autre. On peut la considérer aussi comme l'extase de la vie. Je précise immédiatement : à mes yeux, la mort n'est pas un banquet, une chose désirable, à rechercher. Mais on peut la penser comme une assomption, un fleurissement extrême, et je la vois ainsi. Cependant, elle me blesse. Elle m'enlève goutte à goutte, peu à peu, ce qui m'est le plus cher. Mais je ne lui en veux pas. J'ai ressenti les mêmes atteintes de la beauté de cette vie, et parfois de la mort. Mais l'atteinte de la mort est si profonde qu'elle peut faire hurler, amener les larmes et une désespérance, expériences que j'ai connues. J'arrive maintenant par la pensée à tenir la vie et la mort ensemble. Et il m'apparaît que le malheur de notre époque est d'avoir fait passer une muraille entre les deux, un barbelé infranchissable. C'est la raison pour laquelle la mort nous fait si peur et la vie nous semble moins précieuse. Cette dernière perd de sa force si on oublie qu'elle est fragile. C'est aussi la grâce de la mort, malgré tout, que de nous resserrer sur cette vie, qui est la seule que nous ayons.

Pourquoi le besoin de faire un chemin littéraire avec cette absente qu'est votre grand amour de jeunesse ?

À l'égal d'Ernst Jünger, je pense que la gratitude est le sentiment le plus haut. Et c'est par gratitude que j'ai écrit plusieurs textes sur cette jeune femme. Elle fait partie de ces gens qui rayonnent et ne le savent pas. Je crois que le soleil n'est pas conscient de lui-même, il fait son travail, magnifiquement, mais il ne sait pas qu'il est le soleil. Celle que j'ai appelée « la plus que vive » et qui est dans Noireclaire, accomplissait un travail de lumière dans cette vie. La voir au loin venir était un éblouissement. Son énergie a ouvert la fenêtre de la chambre où j'étais en train de lire, rêver et attendre depuis des années. J'étais peut-être dans une paix trop grande avant de la rencontrer. Ensuite, je n'ai plus exclu les luttes, les tensions, le côté plus aigu de la vie.

Elle vous a bousculé ? Dans votre écriture aussi ?

Oh oui. Quand j'ai commencé à écrire, elle n'était pas à mes côtés. J'écrivais peu. Mon premier texte, qui avait pris la forme d'une lettre, était adressé à un visage que je ne connaissais pas. Et elle a rempli ce visage quelques années plus tard. Il m'a suffi ensuite de la regarder vivre pour écrire. Ce que je dis des mères, ce que je dis des amoureuses, ce que je crois connaître des femmes inconnaissables, c'est d'elle que je le tiens. Sans parler de la joie suprême des promenades dans la campagne qui ouvrent aux plus grands bonheurs de cette vie. Elle est dans les trois livres à elle dédiés, et aussi en secret dans quelques autres...

Vous voulez dire dans tous vos livres ?

Je ne pense pas toujours à elle, je n'ai pas une pensée obsédante. Mais elle m'a réveillé. Et ce qu'il y a d'éveil dans mes livres est une suite heureuse de notre rencontre. Même après sa disparition.

Peut-on l'appeler « absente », alors ?

Oui, on peut la dire absente. Pour moi, ce n'est pas une injure. Simplement, quand nous atteignons un point de sensibilité, de douceur et d'intelligence de la vie, viennent s'asseoir à nos côtés ceux que nous avons aimés. La vie s'ouvre lorsque l'on a cette sensation et peut-être encore plus quand on l'exprime. C'est l'inverse du temps d'aujourd'hui, qui est si limité qu'il ne nous reste qu'une poignée de secondes piquantes comme une pelote d'aiguilles. Mais les absents, que ce soit nos proches ou les écrivains que nous lisons, viennent mettre leur main sur notre épaule et nous ramènent à une lenteur essentielle.

...



lundi 2 novembre 2015

Un monde pour changer...



"Nous sommes l’univers et l’univers est nous-mêmes.
L’univers entier existe en nous-mêmes et nous sommes dans l’univers.
La lumière se trouve en nous-mêmes et nous sommes dans la lumière."

Mikao Usui Sensei



Merci à Patrice Gros pour ce week-end méditatif et ensoleillé...


samedi 31 octobre 2015

L'âme est un bijou sacré par Annick de Souzenelle (5)

Et la mort, qu'est-ce que c'est pour vous ? Une ultime épreuve sur terre ?

C'est la vie. Je pense que ce qui est une épreuve, c'est vraiment la maladie, la souffrance, en un mot les conditions si difficiles de fin de passage en ce monde. Mais la mort en elle-même est une épreuve parmi de nombreuses épreuves qui toutes sont ontologiques. Elle est un passage à une autre dimension d'être. Intellectuellement je n'ai pas peur mais je ne sais pas comment je me comporterai devant elle. 


Vous avez une idée de ce qui vous attend après ?

Non. Je crains l'imagination à ce sujet. Ce qui est certain c’est la rencontre avec « l’imaginai », soit les mondes angéliques selon le langage d’Henry Corbin. Ces mondes angéliques sont intermédiaires entre notre dimension seigneuriale et nous ; nous avons à continuer de les intégrer après la mort car ce devrait être l’objet de notre vie après cette seconde naissance ; nous devrions en continuer la dynamique après la mort de ce corps matériel. Ces mondes angéliques que nous avons à intégrer sont ceux qui spiritualisent le corps et qui corporalisent l’esprit.


Est-ce que c’est encore un enseignement qu'on reçoit ?

L’enseignement que l’on reçoit est celui d’une connaissance qui s’acquiert par cette voie de l’intégration des énergies. Elle est celle de notre vie réelle ici-bas et se continue certainement après la mort de ce corps matériel jusqu’à ce qu’on devienne fruit de l’Arbre de la connaissance ; c’est cela devenir notre NOM secret.

Les textes chrétiens en parlent ?

Oui bien sûr, mais de façon très énigmatique. Le plus explicite pour nous est le texte du songe de Jacob : Jacob voit se dresser devant lui une échelle d’anges qui, tout au long d’elle, montent et descendent ; en haut d’elle est le Seigneur. Saint Paul en parle aussi mais il est très mal traduit. Les traductions sont des trahisons, on le sait bien ! On sent très bien que les traducteurs n'ont pas compris ce dont il s'agit. Je donne l'exemple de Paul qui dit : "L'homme est la gloire de Dieu et la femme est la gloire de l'homme ". Ça ne me plaît pas beaucoup. En réalité Paul dit certainement : l’Homme avec un grand H, aussi bien homme que femme,’ est la gloire de Dieu et Ishah est la gloire de l’Homme. Ishah est le féminin intérieur de tout un chacun ; elle n’est pas la femme extérieure. Nous avons à épouser ce féminin intérieur. Alors nous sommes épousés de Dieu. Ishah est en effet notre gloire parce que c'est elle qui nous fait grandir au fur et à mesure que nous accomplissons les énergies potentielles qu’elle détient ; alors nous entrons dans une conscience autre et nous sommes épousés de Dieu. Il y a doubles épousailles. C'est dans ce sens-là que parle l'apôtre Paul,

Vous préoccupez-vous de votre succession ?

Le vrai maître est celui qui doit susciter chez l'autre son maître intérieur. C'est l'affaire du Seigneur. Si cette anthropologie est juste et si elle doit être enseignée, le Seigneur qui m'a suscitée en suscitera d'autres. Je vois bien qu'il y en a, ici ou là, qui se dressent ! Je m'en préoccupe peu.

Est-ce que certains étudiants deviennent des disciples ?

Oui, mais il n'y a pas de disciples au sens maître et disciple ; il y a des êtres qui se plongent dans cette étude-là et qui ont compris l'engagement que ça représente. Certains ont commencé à y consacrer leur vie.

Vous ne vous considérez pas comme un maître ? 

Ah non, surtout pas. Je n'en ai pas la prétention. Je suis un enseignant, mais un maître, celui qui accompagne les êtres, c'est autre chose.

Vous n'avez pas ce rôle auprès de ceux qui vous sont proches ?

Je ne conduis pas leur personne. Ça ne me regarde pas. On échange beaucoup ensemble. Je suis responsable de la justesse de l’enseignement et de ce qu’ils en comprennent. Je pars du principe que le vrai maître est celui qui doit susciter chez l'autre son maître intérieur. Et quand le maître intérieur est présent chez l'autre, le maître extérieur s'efface. Je pense que c'est le Seigneur qui est le maître, ce n'est pas moi.

L’enseignement qui réveille le maître intérieur dans les personnes ?

Une âme c'est une délicatesse, elle est conduite par son maître intérieur mais elle ne le connaît pas encore. C'est pourquoi le maître ne peut qu'amener la personne à entrer en résonance avec son maître intérieur, c'est tout. Il ne donne aucun ordre, aucune direction, il cueille les perles qui sont dans l’âme de son disciple. Tout le travail des psychothérapeutes a été indispensable jusqu'à aujourd'hui. Ils ont toujours expliqué le présent par rapport au passé, l'enfance, etc. Ce sont des personnes qui aident à nettoyer. C'est encore nécessaire mais aujourd'hui c'est insuffisant, il faut aller beaucoup plus loin, c'est-à-dire susciter le maître intérieur. À sacrpartir du moment où on entre en résonance avec le maître intérieur, on explique le passé par le présent, ce qui est très différent. L'âme de l'autre ne nous appartient pas, elle est unique. C'est un bijou sacré et il n'y en a pas deux pareils.

source : Magazine Reflets n°17 / donnez sens aux événements

vendredi 30 octobre 2015

L'âme est un bijou sacré par Annick de Souzenelle (4)

Quelle a été l'épreuve centrale de votre vie ?

Il y a longtemps de ça, un soir d'hiver j'étais partie me promener le long de la Loire toute seule pour regarder le coucher de soleil. Tout à coup, je me sens suivie. Je me retourne et un homme arrive sur moi avec un couteau à la main. J'étais dans la prière, celle du nom de Jésus et j'ai eu la grâce incroyable de ne pas avoir peur, d'être plutôt dans la compassion de cet homme pour pouvoir faire ça. Il me met par terre. Et là, il y a entre nous deux un échange de regards tout à fait surprenant. Après que je lui ai demandé son nom, il me répond qu’il ne me le dira pas. Ce n'était pas pour le dénoncer mais pour prier pour lui bien sûr. Il finit par me donner son couteau. Or le couteau, c'est le symbole de l'Épée qui court dans toute la Bible des deux Testaments. Le Christ dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'Épée. » C'est le Saint Nom qui veut dire « Je suis », c'est-à-dire le Nom au-dessus de tous les Noms. Nous sommes connus sous un prénom et nous avons à devenir notre Nom. Aussi lorsque cet homme me donne son couteau, il me donne beaucoup plus que son prénom, il ne le sait pas. C'est un symbole bouleversant. Puis il finit par me demander de le lui rendre. « Je peux ? » Il me dit oui et il s'en va. Ça s'est passé en un quart d'heure et quand je me suis relevée, j’ai compris qu’il s’agissait d’un face-à-face : « Annick, quand as-tu manié le couteau ? ». Et l'ennemi est devenu l'ami parce qu’il m'a amenée à faire une prise de conscience incroyable de bêtises faites autrefois et dont je n'avais pas compris la gravité ; parce qu'on peut tuer avec le couteau, avec le verbe, avec le sexe, on peut tuer de mille façons. Et tout à coup, ça m'est arrivé en pleine figure, j'ai nommé l'animal tueur à l'intérieur de moi. Dans la Genèse, le Christ invite à nommer les animaux de l'Homme. Vous imaginez le travail que ça m’a permis de faire ! J'ai eu une grâce incroyable de ne pas avoir eu peur ; je l'ai regardé avec amour.
J'obéis à des ordres intérieurs très nets 

Y a-t-il en ce moment des choses qui vous occupent l'esprit, que vous ne comprenez pas encore ?

Bien sûr ! Ce n'est que dans un langage paradoxal je vous l’ai dit que l’on peut aller dans la profondeur des choses. C'est et ça n'est pas. C'est toujours au-delà, au-delà, au-delà. C'est très bouleversant. Ce n'est pas dans notre état actuel que nous pouvons aller au bout. Mais déjà, on peut enlever un ou deux petits voiles, chose qu'exige la vraie Tradition qui est révolution permanente. "Le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête". Le « Fils de l’Homme » est celui que nous avons à faire croître et devenir à l’intérieur de nous. Là, est le mystère de la " seconde naissance " que Nicodème. bien que docteur de la loi, n’a pas compris ! Les docteurs de la loi que sont encore aujourd'hui de nombreux théologiens, ne comprennent pas...


Pour le moment, vous continuez à enseigner au Prieuré seulement ?

Je suis, grâce à Dieu, en bonne santé mais je n'ai pas la résistance que j'avais avant. Donc, je crois que c'est sage de prendre la décision de me concentrer au Prieuré et de m'arrêter pour tout le reste. Puis un jour, probablement, j'arrêterai le Prieuré. Je suis dans les mains du Seigneur. Les mondes angéliques sont intermédiaires entre notre dimension seigneuriale et nous.

Le fait d'arrêter, c'est aussi pour avoir une vie intérieure ?

Bien sûr, ce n'est pas pour rien. J'obéis à des ordres intérieurs très nets comme celui de prendre la plume, celui d'arrêter les psychothérapies puis de me consacrer à l'écriture. J'ai pris ces décisions-là parce que c'était un ordre intérieur, bien vérifié, qui était nécessaire. Maintenant, je suis prête à un autre. Je n'envisage rien du tout si ce n'est d'être là dans la prière. C'est Lui mon maître.

Moins de vie extérieure, c'est plus de vie intérieure ?

Bien sûr, plus on est centré sur soi, plus c'est pour la vie intérieure ; ce n'est pas sur l'ego qu'on est centré. C’est l’obéissance au " va vers toi " de toute la Bible.

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jeudi 29 octobre 2015

L'âme est un bijou sacré par Annick de Souzenelle (3)

Et puis le Prieuré Saint-Augustin ?

Le Prieuré, c'est une autre aventure. Au début des années 1980, des amis nous ont prêté une petite maison tout près de ma résidence actuelle. Elle est devenue notre résidence secondaire pendant cinq ans. Et en 1987, nous avons acheté une maison et sommes venus nous installer ici définitivement. À l’époque, j'allais souvent au Centre « Sainte-Croix » où j’animais des stages. J'y ai rencontré une femme qui s'appelle Agnès Desanges. Passionnée par mon travail, un jour elle m'a dit : « Ça ne t'ennuie pas que je vienne habiter à Rochefort-sur-Loire ? ». Je lui ai répondu : « Tu as le droit d'habiter où tu veux en France mais je ne veux pas que ce soit à cause de moi ». Elle est venue s'installer : ce n’était en effet pas pour moi mais pour mon travail ! Elle a organisé ici des cours, des conférences pendant une vingtaine d’années et en 2007, elle est venue m’annoncer : « Je vais acheter une propriété à Angers et nous allons créer un Institut d'Anthropologie spirituelle. Je suis tombée des nues et c'est ce qui s'est passé. Toute refaite à neuf, la propriété située à la limite sud d'Angers est magnifique avec ses trois hectares de parc. L’activité essentielle, c'est l'enseignement de l'anthropologie des grandes traditions du monde. Cet enseignement se déroule sur trois années à raison de sept week-ends par an et l’année prochaine, on débutera la troisième promotion. Les étudiants sont bouleversés et leur cœur s’ouvre au message des grandes profondeurs dans toutes ces traditions.

Je suis étonné que l’enseignement ne soit pas centré que sur la tradition judéo-chrétienne qui contient tout ?

Je vais vous dire ma vision de base : le signe de l'alliance que Dieu donne à Noé, c'est l'arc-en-ciel, c’est-à-dire la lumière une qui se diffracte en de multiples lumières ; mais chaque lumière porte la lumière une. Chacune des traditions exprime une couleur. Le christianisme est central, c'est évident pour nous. Et toutes les traditions - cela est indicible - viennent apporter leurs lumières propres qui toutes sont dans le christianisme mais on ne voyait pas. Et le Christ qui est "JE SUIS" est présent dans toutes les traditions depuis toujours.
C'est quelque chose de très bouleversant, très beau. Ça vient fortifier notre révélation judéo-chrétienne.

Donc étudier les autres traditions vous paraît-il important ?

Ce sont des perles. Si vous vous plongez dans la tradition chinoise ou celle de l’Inde, ce sont des visions tellement différentes. Or, lorsqu'on parle le langage de la tradition, on ne peut parler que dans un langage paradoxal parce que c'est quelque chose d'infiniment mystérieux. C'est pour ça que toutes ces traditions qui apportent un autre langage, révèlent un trésor magnifique. Elles viennent préciser le christianisme, l’éclairer d’une lumière supplémentaire.

Peut-on étudier à fond toutes les autres traditions ?

Non, mais on a des professeurs qui vont à l'essentiel, des êtres de très haute valeur. Et surtout, nous insistons non pas sur un enseignement intellectuel mais sur l'expérience de ces êtres-là : ils se situent dans le sillage d’un père Monchanin, d’un père Le Saux par exemple, qui ont vécu l'hindouisme dans une grande profondeur ; d’autres maîtres qui vivent le judaïsme ou le soufisme à fond...

Notre tradition est tellement magnifique, tellement complète...

Oui, à condition qu'on sache ce qui est écrit et la plupart du temps on ne le sait pas. Nous avons eu la visite d'un prêtre envoyé par l'évêché. Et parce que j'enseigne les trois baptêmes, celui de d'eau, celui du feu, celui du crâne, il m’a demandé : « Qu'est-ce que c'est que ce baptême du crâne ? ». Je lui ai donné les références des Évangiles qu'il ne connaissait même pas, ce n'est pas enseigné. Vous voyez, on connaît très mal le christianisme et encore moins le judaïsme. Si je vous demandais, à l'heure actuelle qu'est-ce qui se passe quand le Christ guérit un malade ?


L'ennemi est devenu l'ami parce qu’il m'a amenée à faire une prise de conscience

À brûle-pourpoint, je ne pourrais pas vous répondre.

C'est complètement ignoré parce que c'est une dimension qui ne peut pas être dite ; la tradition profonde du christianisme me fait voir le Christ qui, à ce moment-là, descend dans les enfers du malade ; il se mesure au démon qui s'exprime par la maladie ; il s'unit à ce démon, l’intègre et l’énergie du démon devient information. Parce que Jésus est « JE SUIS », il est l'Instant. On ne peut pas décrire ce qui se passe dans un instant. Tout cela est totalement ignoré des chrétiens !

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