jeudi 22 janvier 2015

Cheikh Bentounès : "Il faut réapprendre la valeur de la vie à nos enfants"


Pour le guide spirituel soufi, c'est l'éducation qui est à l'origine du mal qui frappe l'islam de France.



"C'est dans ses bureaux de Clichy-la-Garenne que le cheikh Bentounès nous reçoit. Pour le guide spirituel soufi, rien n'excuse l'horreur commise à la rédaction de Charlie Hebdo et dans l'Hyper Cacher, les 7 et 9 janvier 2015, et les auteurs de ces attentats sont des faibles d'esprit : "Pour ces jeunes, l'islam est devenu le refoulement de toutes les frustrations, de leurs échecs. Ils n'ont pas appris à filtrer la puissance des mots et du verbe. Or, sans éducation, l'information religieuse peut être dangereuse." 

 Pour le cheikh, qui est aussi le cofondateur du Conseil français du culte musulman, ces djihadistes ne cherchent qu'une chose : devenir célèbres à tout prix, même si le prix, c'est leur vie. La seule solution pour combattre ces dérives : l'éducation. "Nous devons apprendre à nos enfants qu'avant d'être noirs, juifs, musulmans ou chrétiens, nous sommes d'abord une conscience, un être humain". Un message de sagesse et d'apaisement destiné à la société tout entière et à une communauté musulmane victime collatérale d'un islam tourmenté."


mercredi 21 janvier 2015

Le courage de "se laisser faire"...

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Quand on ne fait plus valoir son moi, le voile de l'illusion se déchire et l'on découvre avec stupeur que les choix de la vie se mettent en place tout seuls
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Dans le monde des choix, on se vit comme un auteur de la réponse, on lui donne du poids, on s'attache aux fruits de notre réponse. Dans le monde de l'évidence, on se vit comme serviteur, d'où la légèreté de l'action et la liberté par rapport à ses fruits ...
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Être libre des 'je veux' et des 'je ne veux pas', c'est enfin pouvoir danser la vie telle qu'elle est, sans crispations, sans résistances, sans tensions.
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La seule question qui compte vraiment pour moi est celle-ci :
'Que me demande la vie maintenant ?'
Extrait du livre Le courage de changer sa vie - Anne Ducrocq - Edition Albin Michel
(Chapitre 11 - André Rochette)


lundi 19 janvier 2015

Une prescription méditative de Chade-Meng Tan

Le temps pour méditer vous manque? Vous ne tenez pas plus de quelques jours? Exercez-vous, au quotidien, à ces micropratiques proposées par l'ingénieur bouddhiste.

« Vous pouvez pratiquer seul, à tout moment. Le bénéfice est extrêmement puissant sur l'instant comme à long terme : peu à peu, cela permet de modifier nos habitudes de pensée.

Si vous êtes ou avez été un méditant : le matin, asseyez-vous en posture de méditation et faites une seule respiration en pleine conscience, c’est-à-dire en portant toute votre attention sur le souffle, sans le juger ni le modifier. Ensuite, vous pouvez continuer ou pas : une respiration est déjà essentielle.

Une respiration en pleine conscience au milieu de la journée. Dans un moment de stress, par exemple juste avant de passer un appel téléphonique ou d'entrer en réunion : les yeux mi-clos, en silence, portez toute votre attention sur votre respiration. Une seconde. C’est tout.

Chaque fois que vous allez aux toilettes, faites vos premiers pas en conscience : reportez toute votre attention sur la sensation du pied qui se pose, se lève, so déroule... Juste un, deux ou trois pas.

Une pensée de bienveillance et de compassion par jour. Dans la rue ou au bureau, portez votre attention sur une personne au hasard, en pensant : “Je souhaiterais que cette personne soit heureuse.” »



source : Psychologies mag

dimanche 18 janvier 2015

Bienveillance et compassion avec Matthieu Ricard

Au travail, comment peut-on être inconditionnellement bienveillant face à des collègues qui nous irritent ?

Les différends sont bien souvent des tempêtes dans un verre d’eau. Ce qui aide beaucoup face à une personne désagréable, c’est de prendre de la hauteur. Face à ses émotions, le simple fait de rester cinq minutes avec soi-même, de laisser reposer son esprit et de se demander si l’agressivité est la solution apaise l’orage. La solution passe d’abord par le dialogue : toutes les études montrent qu’ouvrir son cœur, exprimer ce qu’on ressent est la meilleure façon de diminuer l’animosité. Dans tous les cas, il faut adopter la voie de la non-confrontation, tout en restant ferme et en faisant valoir ses droits. Cette attitude est toujours payante sur le long terme et finit par éroder la carapace des esprits chagrins.

Les religieux développent leur compassion à travers la méditation et la prière. Devrions-nous tous en faire autant ?

(Rires) Il faut démythifier ce concept, trop lié aux techniques orientales. Méditer signifie, en sanscrit, cultiver et, en tibétain, se familiariser. Je propose de considérer la méditation comme un entraînement de l’esprit. Des études menées dans des laboratoires de neurosciences montrent que, pratiquée de façon régulière, la méditation modifie la structure du cerveau et notre manière de penser. De la même manière que la pratique sportive modifie en profondeur- notre santé et notre psychisme. Dans mon livre, j’explique quatre techniques assez simples. Toutes font appel à l’attention portée aux mouvements du souffle. Chacun peut ensuite entraîner son esprit à la compassion, en se concentrant sur la souffrance d’un être cher, en visualisant les sentiments qu’on porte à un être aimé, avant d’étendre mentalement ces pensées bienveillantes à un cercle plus vaste.


A la maison et à l’école, est-ce un outil qui permet d’éviter les conflits?

Je vais vous raconter une histoire que j’aime beaucoup. C’est une école maternelle, dans le Wisconsin, où des enfants de 4 ou 5 ans, généralement issus de milieux défavorisés, apprennent à se concentrer sur le va-et-vient de leur souffle et sur les mouvements d’un petit ours en peluche posé sur leur poitrine. Puis ils vont observer comment poussent les « graines de paix » qu’ils ont plantées. De quoi ces plantes ont-elles besoin pour pousser ? Et -par association d’idées - de quoi l’amitié a-t-elle besoin pour progresser? L’enseignant les aide ensuite à comprendre que ce qui les rend sereins est aussi ce qui rend sereins leurs petits camarades. Ce programme expérimental, conduit en trois séances hebdomadaires d’une demi-heure, a modifié de façon notable le comportement de ces enfants. Après dix semaines, ils pratiquaient spontanément des actes de bonté, ils identifiaient mieux leurs émotions et celles des autres élèves et savaient exprimer de la gratitude à autrui. Incroyable, n’est-ce pas? Lorsque ces résultats ont été portés à la connaissance du dalaï-lama, il a eu ce commentaire : « Une école, dix écoles, cent écoles, puis, par l’intermédiaire des Nations unies, les écoles du monde entier... » Est-ce que j’ai répondu à votre question?»


samedi 17 janvier 2015

Etre poète avec Christian Bobin


En effet, pour être pleinement poète, il faut être aussi scrupuleusement précis qu’un notaire. Il ne faut rien ajouter à ce que l’on voit. Il s’agit de trouver tout seul les mots qui diront sans déborder ce que les yeux ont vu. 

Écrire, c’est prendre les mots un par un et les laver de l’usage abusif qui en a été fait. Il faut que les mots soient propres pour pouvoir être bien utilisés. 

Ce travail-là est le premier. Les mots dieu ou amour ont traîné partout, et pourtant ils sont trop précieux pour qu’on les abandonne. Il faut donc rafraîchir le langage pour qu’il retrouve son innocence. Il faut que les mots retrouvent cet étonnement incroyable des bébés qu’on lave et qu’on frictionne. 

Ils sont alors si purs qu’ils arriveraient presque à nous rendre aussi innocents qu’eux sur l’instant. La vérité nous rend cette candeur première, la beauté de celui qui entre dans une église pour prier sans être vu, ou de celui qui ouvre un livre dans un jardin public : le visage devient alors comme une petite chapelle. 

C’est beau : on dirait un départ sur place.


 Christian Bobin, La lumière du monde, p.97


vendredi 16 janvier 2015

Une société qui tourne à vide avec Cheikh Khaled Bentounes

Khaled Bentounès est le chef spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, établie à Mostaganem (Algérie), qui compte des milliers d’affiliés dans le monde. Il est notamment le fondateur des scouts musulmans de France.

Le Point: N’est-il pas temps pour les musulmans de réagir fermement contre la violence djihadiste?

Khaled Bentounès: Le problème dépasse l’islam. C’est notre société qui tourne à vide. Nos jeunes sont consumés par le consumérisme. Parce qu’on n’entend parler que de violence, les gens vivent dans la peur, se replient sur eux-mêmes et finissent par refuser l’autre. Les extrêmes cultivent cette peur, et en tirent prétexte pour appeler à l’exclusion.

Iriez-vous jusqu’à dire que l’extrême droite populiste et xénophobe a finalement les mêmes intérêts que l’islam radical ?
Non, mais ils ont un point commun : tous appellent au sang en poussant les communautés à s’opposer. Il faut s’interroger sur ce que nous faisons pour vivre ensemble et cultiver les valeurs qui nous protègent de la démence.

Quelles sont les valeurs du futur, selon vous?
La plus essentielle est l’humanité. Il faut absolument réapprendre où est la ligne rouge entre humain et inhumain. Et enseigner à nos enfants la sacralité de la vie. Tout être humain, quel qu’il soit, croyant ou non, musulman ou non, quels que soient sa religion, sa philosophie, son peuple, son sexe et sa race, doit être respecté. C’est une obligation fondamentale pour chacun de nous. Mais il est aussi essentiel de refuser la violence et tout ce qu’elle implique. Il faut s’unir en tant que citoyens pour défendre les principes d’égalité et de fraternité. C’est en étant unis que nous pourrons donner du sens à la vie. C’est pour cela que nous avons demandé à l’Onu la création d’une journée mondiale du vivre-ensemble.

Une journée des femmes, une «pour vivre ensemble»... Ce genre d’initiative n’est-il pas vain?

Non, car j’en suis convaincu, c’est un moyen de poser le problème de la vie en société, de marquer la frontière entre ceux qui ont confiance dans l’humanité, qui se battent pour elle, et ceux qui n’ont qu’un désir, la détruire
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jeudi 15 janvier 2015

mercredi 14 janvier 2015

Voyage aux pays de l'amour (2) avec Jacques Salomé




Deuxième partie - 14 min.



Voici un message de Jacques Salomé concernant les récents événements en France :

Maintenir vivante la vie! 
Indigné face à cette nouvelle violence qui plonge le pays entier dans l’obscurité d’un deuil, dans la souffrance de la perte des êtres chers, je prends ma plume, dans les possibles de mon état de santé d’aujourd’hui, pour apporter mon soutien. Nous sommes semble-t-il condamnés à vivre entre une violence apparente, celle qui tue la vie d’un ou de milliers d’individus, celle qui nous révulse, nous indigne, brouille et angoisse notre réalité et aussi notre imaginaire et la violence latente qui stérilise, blesse, mortifie, l’espoir, le rêve, nous projette dans un avenir dévitalisé, si prévisible, qu’il nous laisse sans choix. Au-delà de la violence qui nous entoure, nous envahie et tente parfois de nous détruire, garder vivante cette parcelle de vie pour l’offrir à ceux qui nous entourent et cela au présent. S’ancrer au présent, dans l’instant pour résister, pour faire contrepoids, pour continuer à alimenter une énergie d’amour.


dimanche 11 janvier 2015

Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers...


Dans son métier de chanteur-poète, Julos Beaucarne était secondé par sa femme, Louise-Hélène. Le 2 février 1975, un déséquilibré l'a poignardée.
Après ce drame épouvantable, Julos a écrit à ses amis, au cours de la nuit même qui a suivi la mort de sa femme, la lettre que voici :


Amis bien-aimés,

Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douée. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion. C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses trente-trois ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.