dimanche 21 décembre 2014

Silence. Des yeux, des mains, un souffle... avec Christian Bobin



 Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs de jazz ne sont pas des gens convenables, c’est pourquoi les connaître donne tant de joie. La main en suspens au-dessus du clavier, Thelonious Monk appelle en silence. « Il y a quelqu’un ? » est la question posée. On entend la même question dans les psaumes. Chaque note est jouée dans l’espérance d’entendre la réponse. Les musiciens de jazz ne vieillissent jamais. Avec le temps, ils deviennent des montagnes sacrées aux vapeurs de tabac anglais, chefs-d’œuvre de joie-sagesse. Monk a fini ses jours dans un appartement new-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles tituber sur les eaux noires de l’Hudson, toute l’Égypte dans leurs yeux. Une baronne l’avait adopté avec son épouse. Isabelle Rimbaud, Dora Diamant, Nadejda Mandelstam : les femmes qui prennent soin des poètes, on devrait comme je le fais ici recopier leur nom, faire en sorte que la mousse du temps ne le recouvre jamais.

Dans les dernières années, Thelonious Monk ne touchait plus aucun piano, ne parlait plus. Ce n’était pas la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. C’était la paix immense que savent les nouveau-nés. Il avait rejoint ce royaume jadis entrevu entre deux notes. Vivre répond à tout. Oui, sans aucun doute, « il y a quelqu’un ». J’ai vu une pauvresse dans une galerie marchande compter ses sous. De sa main droite, elle prélevait une à une les petites pièces en cuivre dans sa main gauche comme on cueille des mûres, en prenant soin de ne pas les écraser. Une lumière sortait de ses mains. Son attention valait celle d’une sainte. Son courage m’éblouissait. Il faut du courage pour tout, même pour ramasser un crayon tombé à terre. Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. La paix intérieure est la seule terre sainte.

J’écoute un hibou dans l’opéra glacé de la nuit. Je ne crois pas à ce qu’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. Je crois au Dieu qui fait briller le poil des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. Elle est si brève, la vie interminable. Je donne mon cœur aux vagabonds qui dorment dans les fossés des livres. La vie est un conte de fées avec ses forêts, ses ogres et sa chance ultime. Je ne crois à rien de raisonnable. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et que c’est la plus belle partie du conte de fées.|

Christian Bobin
 Ecrivain et poète, Christian Bobin a récemment publié L’Homme-joie (L’Iconoclaste) et La Grande vie (Gallimard, 2014).



source : Le monde des religions 2014

vendredi 19 décembre 2014

A la lumière des contes...avec Jacqueline Kelen

On continue de penser que les contes de fées s'adressent aux enfants. Or, leur magie ne tient pas seulement aux histoires merveilleuses qu'ils racontent, mais surtout à ce qu'ils cachent : une Sagesse précieuse, qui tantôt circule sous le manteau de Peau d'Âne, tantôt scintille à travers des pantoufles de verre, ou veille silencieusement dans un château endormi... 

Les contes traditionnels ne cessent de tisser des fils entre le visible et l'invisible, se révélant des guides sûrs pour l'âme, exilée en ce monde, à la recherche de son chemin de lumière....






jeudi 18 décembre 2014

L'alchimie des émotions avec Christophe Massin (3)


Dernière partie (11 min.)
... l'intelligence du coeur


Extrait de la préface d'Alexandre Jollien du livre "Souffrir ou aimer" de Christophe Massin : 
La lecture de Souffrir ou aimer m'a grandi. D'abord, en révélant ma petitesse, en mettant au jour les refus, la révolte contenus, par peur de déplaire ou par crainte de carrément tomber dans un gouffre sans fond. L'auteur nous conduit comme par la main vers une expérience qui ouvre la vie : apprendre à coexister avec l'émotion, cesser de craindre la peur, de traiter avec mépris la colère et de faire un triste sort à la tristesse. L'émotion ne tue assurément pas et la ressentir à fond est, sans conteste, nous prémunir contre ce qui détruit : la rancune, la haine, le dégoût de soi, la jalousie, tout ce cortège qui finit tôt ou tard par élire domicile en nos coeurs, véritable parasite qui entrave la libre circulation du «oui». Vivre l'émotion ce n'est certes pas devenir son esclave, ni nous transformer en fous furieux. Au contraire, il s'agit d'un exercice d'une infinie tendresse : largement ouvrir les bras sans juger, avec une infaillible bienveillance à ce qui nous traverse. Voilà peut-être le sommet du courage ! Mais n'idéalisons pas ! Ce serait encore un coup du mental.


mercredi 17 décembre 2014

L'alchimie des émotions avec Christophe Massin (2)





Deuxième partie (23 min.)
... il y a ma souffrance et moi


"Le refus est inhérent à l'émotion... car elle naît justement de ce décalage entre ce que j'attendrais et ce qui est. Dans mon esprit, la situation pourrait être autrement et je ne l'accepte pas directement telle qu'elle est. Je suis d'autant plus excité et joyeux d'être reçu à un examen, que je doutais du succès. Je compare subconsciemment avec la situation inverse où j'aurais pu échouer. Ce n'est pas une unité totale et immédiate avec la réalité. 

Dans une émotion joyeuse comme dans une émotion de tristesse ou de peur, on retrouve toujours un élément qui implique que la situation pourrait être différente. On ne vit pas une acceptation inconditionnelle du "c'est ainsi", où l'émotion se transformerait en un sentiment de paix."


Extraits d'un entretien au journal RÉEL

mardi 16 décembre 2014

L'alchimie des émotions avec Christophe Massin (1)

Cela me fait toujours du bien d'écouter cet homme qui m'a beaucoup nourri... 


Première partie (15 min.)
... les lyings

(source France Culture) 

Christophe Massin, découvre les sagesses orientales et l'enseignement de Swami Prajnanpad à travers Arnaud Desjardins en 1974, ce qui le conduira auprès de maîtres tibétains et indiens. 
Depuis, cet enseignement imprègne sa pratique de psychiatre thérapeute. Il s'intéresse particulièrement à l'articulation entre psychothérapie et démarche spirituelle et à leurs synergies. 
Par ailleurs il est sensible à ce que cette démarche s'inscrive dans la société actuelle. Il intervient dans le monde du travail sur les risques psychosociaux et a fait des recherches en périnatalité. 

Quelques publications : 
Le bébé et l'amour ; Vous qui donnez la vie; (Aubier Flammarion). 
Réussir sans se détruire (Albin Michel). 
"Souffrir ou aimer, transformer l'emotion" la préface d'Alexandre Jollien chez Odile Jacob






samedi 13 décembre 2014

De la pure tranquillité


En recherchant le palpable et le perceptible
Il est difficile de trouver la Voie.
La profonde réalisation
Vient par la persévérance,
La tranquillité, le soi et la pureté.
Cette pureté est immuable.
Cette tranquillité, c'est le soi.
Toutes deux sont interdépendantes,
Comme le bois de chauffe et le feu
La tranquillité est inépuisable
L'immuable pureté est sans fin.
L'existence vraie est au-delà des manifestations.
La sagesse éclaire à l'intérieur du cercle clair,
Où le moi disparaît, pas plus existant que non-existant.
Répandant avec discrétion l'énergie spirituelle,
Elle tourne subtilement le pivot mystérieux.
Quand elle trouve une occasion pour la faire tourner
De ce moment propice, la lumière originelle apparaît.
Tant que le mental conditionné n'est pas rejeté
Comment prétendre que les mots et les images peuvent être perçus ?
Qui est celui qui prétend les discerner ?
Prenez connaissance par vous-même et comprenez.
Toutes les choses sans aucune distinction, y compris le discernement,
Ne sont pas touchées par la pensée discriminante.
Quand les pensées discriminantes ne sont plus sollicitées
C'est comme des fleurs blanches de joncs éblouissantes dans la neige,
Le rayon de lumière étincelant pénétrant l'immensité.
La lumière se propage dans toutes les directions
Depuis toujours, sans être atténuée ni dissimulée.
Saisissant toutes les opportunités pour surgir
Au sein de tout changement elle fleurit.
S'adaptant aux conditions, la pure tranquillité reste immuable.
Le ciel la contient, l'océan l'agrée à chaque instant sans retenue.
Dans l'aboutissement sans retenue, l'intérieur et l'extérieur se confondent
Tous les Dharmas débordent de leur cadre,
Toutes les portes sont grandes ouvertes.


Wanshi Shokaku Sensei (1091-1157)


vendredi 12 décembre 2014

Retours sur la mort imminente


A la frontière de la vie...
grâce à de nouvelles études scientifiques à propos de la mort.
(France Inter / extrait de l'émission "service public" - 4 min.)





jeudi 11 décembre 2014

Apprendre à méditer vraiment avec Marc-Alain Descamps

Voir sa vraie nature par la méditation : tel est le but que vous propose ce livre, avec ses exercices pratiques et sa recherche théorique. La science de la méditation commence à être reconnue en Occident, alors qu’elle est une activité immémoriale en Orient dans le Yoga, le Bouddhisme, le T’chan, le Zen, le Soufisme, le Taoïsme …

La méditation est à la mode, d’où son drame : on en reste à la première étape et l’on oublie de s’en servir pour se connaître. Comment réussir à apprendre à méditer vraiment ?
On trouvera ici un manuel pratique avec des exercices simples et à la portée de tous suivis de méditations plus avancées. L’auteur analyse les erreurs sur le chemin, les étapes de la méditation, les différentes méthodes ou écoles jusqu’à la découverte de la suprême liberté et du divin en soi… et répondre enfin à la question fondamentale : « Qui suis-je ? ».


La méditation est ce qui permet de se rencontrer et de se reconnaître, de descendre au fond de son être, de circuler à l’intérieur de soi-même, de colmater les brèches… Elle est ce qui permet de changer vraiment. Mais ses effets psychologiques dans notre vie sont aussi importants que ses effets spirituels : grâce à elle il est possible de retrouver notre Être véritable, notre vraie nature.

EXTRAIT DE LA CONCLUSION DU LIVRE :


LES DIX IMAGES DU BUFFLE
Textes et dessins de Marc-Alain Descamps, d'après une représentation ancienne

"Rares sont les représentations des mutations qui s'accomplissent dans la méditation. Celles qui existent sont d'autant plus précieuses. En Chine puis au Japon, à partir d'une image utilisée dans une comparaison du Bouddha sur le contrôle des sens, reprises dans les Sûtras, se sont lentement développées, au fil des siècles, les représentations des étapes de la transformation en 4, 5, 6, 8 puis 10 étapes. 
L'auteur de cette série KUOAN SHIYAN vivait au XIIe siècle et appartenait à la branche Yanggi du Rinzaï-Zen. Les plus anciens dessins sont conservés au temple Shôboku à Kyoto. Ils sont l'oeuvre du peintre Shûbun qui vivait au XVIe siècle. [...] 
Sur ce thème célèbre se sont exprimés de nombreux peintres et poètes. 
Des textes et les dessins dans le livre sont l'oeuvre de l'auteur à partir de cette version dont voici un exemple ci-dessous :  






mercredi 10 décembre 2014

Nouvelles façons de donner (3)


5. L’arrondi en caisse
Faites vos courses en solidaires

L’idée vient tout droit du Mexique. En 2013, l’entreprise solidaire MicroDon a lancé un programme national d’arrondi solidaire dans les supermarchés Franprix. Le principe est simple : lors de leur passage en caisse, les clients ont la possibilité d’arrondir leurs achats à l’euro supérieur. La différence est reversée à des associations pour financer des actions de solidarité locales. Au total, 340 points de vente se sont déjà convertis à travers toute la France.


6. Le café suspendu 
Payez un petit noir à un inconnu

Passe un café à ton voisin. Le message commence peu à peu à faire son chemin dans les bars de France et de Navarre. Dans le sillage de leurs homologues napolitains, de plus en plus de consommateurs français prennent l’habitude de payer deux petits noirs au comptoir : l’un pour eux et le second, « en attente », pour une personne moins fortunée. Pour connaître les établissements partenaires, rendez-vous sur le site www.cafe-suspendu.com

7. Les produits financiers solidaires 
Développez votre coopération

Non, la finance et l’altruisme ne sont pas forcément antinomiques ! La preuve. Depuis la crise de 2007-2008, de plus en plus de livrets d’épargne, contrats d’assurance-vie et autres fonds communs de placement se déclinent à la mode solidaire. Et ça marche ! 
En 2013, 6,02 milliards d’euros ont ainsi été déposés sur des produits d’épargne solidaire, en hausse de 28,3 % en un an. Cela a permis de soutenir des projets à vocation sociale et/ou environnementale à hauteur de 1,02 milliard d’euros. « Aujourd’hui, les Français cherchent plus volontiers des placements qui ont du sens. Nous nous efforçons de répondre le mieux possible à leurs attentes en mettant notre métier de banquier au service de l’économie réelle et non de la spéculation », souligne Jean-Marc Pautras, responsable de développement des secteurs philanthropie, fondations, enseignement et recherche au Crédit coopératif, l’un des acteurs majeurs de l’économie sociale.




A propos du don (3) avec Alain Caillé



Vous écrivez que « le don est un opérateur politique ». Que voulez-vous dire par là ?

Depuis la nuit des temps, le don transforme les ennemis en alliés. Il crée des obligés, avec toute l’ambivalence que cela produit, puisqu’il y a une obligation de rendre. Et ce que montre très bien l’anthropologue Marcel Mauss dans Essai sur le don, c’est cette ambiguïté du don. Un don qui ne peut pas être rendu transforme celui qui l’a reçu en obligé et le rend inférieur à celui qui l’a donné. Donc à certains égards, le don, s’il devient asymétrique, devient un instrument de pouvoir et de la domination.


Faut-il retenir de cet entretien que le don est toujours intéressé ?

Le premier mobile du don, c’est l’intérêt pour soi. Cela correspond à une pulsion de survie. On le voit dès la naissance, dès les premiers jours. Mais il y a aussi de l’intérêt pour autrui, ce n’est pas contradictoire. Dans tous les dons que nous accomplissons, il y a une part d’obligation sociale et une part de liberté créative. Par exemple, à Noël ou lors d’un anniversaire, on est bien obligé d’offrir un cadeau à ceux qu’on aime. Mais ces cadeaux peuvent être plus ou moins élaborés, ils peuvent être offerts avec plus ou moins de talent ou de grâce. Dans ce domaine, chacun est amené à faire preuve de créativité. Ce qui veut dire que dans le cadre de l’obligation sociale il y a de la place pour la liberté et pour l’inventivité. Ce qui compte, finalement, ce n’est pas seulement la nature du don, c’est aussi la manière dont nous l’accomplissons. 

 source : La Vie