dimanche 11 août 2013

Il y avait l'UN avec Ma Ananda Moyi



"Il y avait l'Un.
Il S'est divisé pour créer le monde.
Il a toujours été en vous. Ce qui est dans le microcosme est aussi dans le macrocosme.
Il faut donc vous démener pour réaliser votre Soi.
Le Seigneur est manifesté dans chaque créature.
Trouver Dieu ne signifie que trouver son propre Soi. Il faut avancer obstinément dans le chemin.
Toutes les voies spirituelles sont bonnes et débouchent sur la libération.
Il est libre, et ainsi la voie qui conduit à Lui mène à la liberté.
Avez-vous bien saisi que tout es contenu dans l'Un et que l'Un est présent en tout?"


Mâ Ananda Moyî

samedi 10 août 2013

Tu t'abandonneras à la contemplation avec Philippe Mac Leod

   Plutôt que par la figure traditionnelle du reclus, contempler se comprendra mieux par l’attitude qui consiste à s’exposer au regard de la lumière, en ouvrant largement le nôtre, en le lui offrant comme un long tapis déroulé sous ses pas. La contemplation décline tout le registre de la perception, mais dans le sens de l’accueil, du libre accès : entendre, voir, laisser résonner, laisser pénétrer, sentir, intérioriser ; percevoir, recevoir, saisir, prendre conscience d’une réalité qui nous échappe, qu’on laisse filer – la saisir au vol, la retenir, pour s’en imprégner et y entrer davantage.

   Percevoir avec notre esprit, notre chair intérieure. Laisser s’élargir l’instant présent, non plus d’avant en arrière, comme nous le faisons d’habitude, vers le passé et l’avenir, mais de haut en bas et de droite à gauche, à la mesure de l’espace qui nous environne. Abandonner un moment le souci de l’information, le savoir sommaire, la fiche technique qui accompagne chaque chose, pour la regarder en intégrant ce qu’il y a d’invisible autour d’elle, cette auréole de solitude lumineuse qui l’enveloppe comme une mandorle. Il est une sorte d’intimité du réel, qui m’est intérieur comme je lui suis intérieur. Non pas une humanisation de la moindre chose, en lui prêtant mon âme et mes sentiments, mais en l’appréhendant dans la totalité d’un être du monde qui résonne en chacune de ses cellules vivantes, dans le bibelot isolé, le plus petit brin d’herbe, pourvu que nous les regardions avec une attention purifiée, dégagée de nos préoccupations immédiates.

   Regardons l’arbre pour lui-même, dans la lumière dorée qui lui fait comme une seconde écorce. Regardons-le sans trop d’insistance, sans peser de tout notre poids sur sa présence légère et silencieuse. Laissons-le se déployer dans l’azur du ciel à la manière d’un élan gratuit et généreux, une explosion muette, et sur le fil à peine tendu de ce regard attentif sans curiosité, présent et distrait à la fois, se fera entendre le murmure intérieur : vous regardiez un arbre et vous percevez l’universel.

L’exercice, cependant, est délicat : s’abandonner à l’attention. Savant mélange d’effort, de vigilance, et de distance, presque de détente. C’est dans cet équilibre difficile, nécessairement instable, que la vie peut donner toute sa lumière, que l’esprit devient une aventure, l’être, un espace libre et exaltant. Essayez, fréquemment, n’importe quand, sur un banc, dans la rue, dans un train, dans un square ou une forêt – les visages, les ombres et les lumières, les grands ciels gris ou les infinis d’azur. Essayez, vous verrez, Dieu vous parlera autrement.

C’est tout cela que doit porter notre action : cette plénitude, cette présence qui laisse affleurer le tréfonds où elle s’enracine. Mais pour y parvenir, il nous faut suspendre un moment le regard, l’immobiliser pour que ses eaux se clarifient, attendre patiemment que tous les sables remués retombent au fond, que la surface redevienne lisse. Le retourner vers soi aussi, plus souvent, non pas s’observer, se crisper, mais s’exposer à cette lueur fragile qui remonte des confins de notre être, comme un murmure des commencements, le rayonnement d’un premier matin qui en nous, à chaque instant, chaque battement, renouvelle son miracle fondateur. Contempler, sans rien forcer, sans même parfois le savoir, c’est s’ouvrir à cet instant immémorial, cette éclosion bleue de la terre primitive, comme un fond d’éternité et de paix derrière chaque objet, chaque heure, chaque visage qui apparaît, chaque geste, s’il sait ne pas en troubler la surface. Rechercher cette clarté : Dieu se respire si l’on vit la réalité dans une complète transparence.

Contempler, c’est percevoir avec notre esprit, notre chair intérieure. Essayez, fréquemment, n’importe quand, sur un banc, dans la rue, dans un train, dans un square ou une forêt. Vous verrez, Dieu vous parlera autrement.

Philippe Mac Leod 
(source : La Vie)


A propos de la certitude avec Arnaud Desjardins

Mais qui se sent vraiment établi dans la certitude ?
Pourtant il n'y a pas de vie possible dans le doute. Et un être humain ne peut vivre dans la certitude que si ses
activités sont reliées les unes aux autres, si, autour d'une vérité centrale, métaphysique et religieuse, il peut organiser - rendre vivantes comme un organisme - toutes ses autres activités sans exception...

En procédant méthodiquement vous allez peu à peu vous libérer du christianisme incomplet de votre enfance
et accéder à une foi d'adulte. Si vous posez la question avec une intense sincérité : « Où réside la vérité? », peu à peu, de la profondeur, la réponse montera, non pas comme une réponse qui vous est donnée du dehors et dont votre intellect s'empare mais comme une vérité certaine.
Et de cette façon-là vous éviterez le syncrétisme, parce que la certitude vient de l'intérieur...

On pourrait dire d'une manière générale que la tragédie du chercheur spirituel est de mettre peu et mal en pratique l'enseignement auquel il adhère. Et pourquoi en est-il ainsi? Parce qu'il n'est pas certain, au vrai sens du mot certain. Et en même temps, comment acquérir une véritable certitude si ce n'est en vérifiant par vous-mêmes, afin que l'expérience vous appartienne en propre et soit inscrite dans la totalité de votre être? Vous n'aurez cette certitude qui vient de la vérification que si vous mettez en pratique, et vous ne mettrez en pratique que si une première conviction est déjà suffisante.

Par ailleurs, l'Épître aux Hébreux, dont on ignore d'ailleurs l'auteur, nous propose une définition très intéressante de la foi : « La foi est une manière de posséder déjà ce qu'on espère, un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas ». Une autre traduction donne : « La foi est le fondement de ce qu'on espère et la preuve de ce qu'on ne voit pas ». Ou encore : «la certitude des choses invisibles».
N'y a-t-il pas déjà un abîme par rapport à notre conception habituelle de la foi si le mot "pistis" signifie preuve et que la foi est définie comme la certitude des choses invisibles.
Le terme invisible nous fait tout de suite penser à cet autre mot-clé de l'hindouisme qui est le mot voir. Une
même racine a donné veda en sanscrit, videre en latin, c'est-à-dire vision. Je ne crois pas trahir les textes en
disant que la foi est la vision des choses invisibles. Et si elles ont été vues, c'est bien qu'elles peuvent l'être sous certaines conditions et non pas crues parce que votre curé vous a dit que sinon vous irez en enfer.

Vous pouvez faire grandir votre certitude, vous pouvez faire grandir votre vision des choses qui sont pour vous encore invisibles à l'heure qu'il est, vous pouvez changer jusqu'à ce que vous soyez en mesure de les voir...

Arnaud Desjardins
Extraits de "En relisant les évangiles"


Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (4)

Dans ce cheminement, quelle place a pour vous la vie familiale, la vie conjugale ?
Une très grande place. On parlait de vocation, eh bien ! J'ai vraiment l'impression que ma femme et mes enfants en font partie. Ces dernières années, quand j'ai écrit mon propre film, j'ai moins tourné car ça correspondait à l'arrivée de notre deuxième enfant, Nina, qui a dix ans aujourd'hui. Notre premier, Loan, avait cinq ans ; donc je me suis dit : « Ils sont petits, il faut que j'en profite le plus possible et qu'on passe du temps ensemble '. J'ai très peur de louper ça, d'avoir des regrets. Alors j'essaie d'être présent au mieux, le plus possible, d'être un père à l'écoute. J'essaie aussi de ne pas trop vouloir leur inculquer ce que moi-même j'ai peine à découvrir, la spiritualité par exemple. J'essaie de ne pas trop leur donner de leçons et d'apprendre d'eux le plus possible.

Quels sont vos projets, tant personnels que professionnels ?
J'ai parlé tout à l'heure de faire la suite des Trois frères. Ce n'est pas encore tourné et l'écriture n'est pas finie. Mais c'est évidemment un projet important ! Je viens de tourner un film qui est le numéro 3 du Cœur des Hommes, un film de Marc Esposito. Il sortira en octobre prochain.
Des projets, j'en ai plein. Avec Alexandre Jollien, aussi, on a des projets : comment mettre sur scène notre amitié, comment faire partager ça ! On a fait des conférences ensemble. Ce n'est pas facile pour moi de témoigner de ma spiritualité à ses côtés, lui qui est tellement lumineux et charismatique. II aurait voulu en faire une sorte de spectacle, un spectacle improvisé : nous n'avons pas encore trouvé ! Nous avons également le projet de faire un film ensemble... Et je voudrais faire un deuxième film personnel, que je n'arrive toujours pas à écrire...

Percevez-vous votre évolution ?
Oui. J'ai de plus en plus confiance et foi dans la vie, mais ce qui évolue moins, c'est cette confiance en moi. Fondamentalement, quelque chose est inscrit : « Je n'ai pas confiance en moi ». L'autre jour, j'avais écrit une lettre, et j'ai voulu la faire lire à trois quatre personnes pour savoir si je pouvais l'envoyer, si elle était digne d'être envoyée. C'est difficile pour moi : je suis très perfectionniste et la dévalorisation va de pair. C'est justement parce que je me sens nul que je vise la perfection. C'est épuisant, en particulier dans l'écriture, de viser toujours une forme de perfection, et de se sentir nul au fond de soi. Ce manque de confiance en moi, aujourd'hui je m'en libère, mais je ne lutte pas contre, ce n'est pas possible. J'en émerge progressivement. Je le vois, j'en souris. On parlait de l'humour, c'est extraordinaire quand je vois à quel point parfois je me minimise. Et l'orgueil ! L'orgueil que je peux avoir, c'est risible ! Je laisse le mécanisme fonctionner et j'essaie de ne pas m'identifier à ce mécanisme.

La crise vous semble-t-elle encore devant nous ? 
Quelqu'un a dit : "Je plains l'humanité d'être dans d'aussi mauvaises mains que les siennes ". Je pense aussi à ce texte de Fred Vargas : " On a utilisé le monde, et maintenant on paie l'addition", texte magnifique sur ce sujet ; c'est superbe ce que Fred Vargas a écrit. Tout ça, c'est fort. Et puis quand vous dites : « Cette
crise qui arrive c'est fort aussi, parce qu'aujourd'hui on a envie de dire : " La crise, elle n'arrive pas, elle est là, mais elle arrive aussi, elle ne cesse d'arriver et de s'amplifier ". 
La crise a tellement de formes ! J'ai peur mais, justement, ça me pousse à être le plus possible ouvert, épanoui, pour pouvoir à mon tour me tourner vers les autres ; parce que dans les années à venir il y aura un besoin d'aide beaucoup plus grand qu'on ne l'imagine. Je pense qu'on va au devant de périodes très sombres. Je ne veux pas noircir le tableau, mais je pense qu'on n'est qu'au début... 
Donc, si j'ai quelque chose à faire. c'est déjà d'essayer de m'ouvrir le plus possible. afin de pouvoir m'ouvrir au monde. Je pense qu'il y aura beaucoup à faire, et tant mieux d'ailleurs. Je suis optimiste d'une certaine manière. Comme les forces, tout s'équilibre à un moment. La souffrance n'est pas à désirer, pourtant, quand elle est là, il y a un équilibre que l'on peut retrouver. Si nous avons une part à jouer, moi et tous ceux qui peuvent le faire, c'est de nous ouvrir à la souffrance du monde. 
Arnaud disait : " A chaque action, est-ce que vous participez à la guérison du monde ou à la maladie du monde ? Posez-vous la question ». 

Interview de Bernard Campan dans la belle revue "Reflets" (mars 2013)
(photos des lieux : Gandha)


vendredi 9 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (3)

Vous êtes toujours relié à son enseignement ?
Je suis relié... ou je ne le suis pas. C'est comme la vigilance qui est un aspect fondamental de l'enseignement ; je suis vigilant ou je ne le suis pas. Je suis à côté ou je ne suis pas à côté. Je suis conscient de l'instant, de ce que je suis en train de vivre ou, au contraire, je suis emporté, embarqué, « je ne suis pas là » ; le tout étant de prendre conscience que je n'étais pas là, de me réjouir, plutôt que de me blâmer d'être à côté de la plaque. C'est une différence par rapport à celui que j'étais il y a quelques années : par exemple, je passais une matinée ou plusieurs heures complètement ailleurs, perdu dans mes rêves et mes pensées, absorbé, happé par la vie, par l'existence... Et quand je reprenais conscience de ma présence, ma présence d'être vivant sur terre, je culpabilisais beaucoup ; je me flagellais, je me disais : « Merde, comment ça se fait ? ». Puis, avec le temps, on se rend compte que c'est une des règles du jeu. Pierre a renié le Christ trois fois : tomber, se relever, puis se réjouir à nouveau d'être au cœur de la pratique, se réjouir à nouveau d'être au cœur  de l'enseignement.

La pratique peut-elle vous aider à comprendre ce qui se passe en vous ?
Parfois oui, parfois non. Je pense à un ami, Alexandre Jollien, qui m'aide beaucoup (on s'appelle tous les jours depuis des années) et qui a l'art de me faire comprendre que, parfois, je suis avec mes oeillères... ça y est, je suis embarqué dans mes problématiques existentielles et la pratique n'est plus là, la compréhension de l'enseignement n'est plus là. Parfois, il y a en moi un déni de l'enseignement ; je suis totalement à côté de la plaque. Alexandre sait très bien mettre le doigt là-dessus. Mais je peux aussi, dans des difficultés, à l'intérieur même de ces difficultés, puiser à la source de ce que m'apportent justement la pratique et l'enseignement.

Allez-vous souvent à Hauteville ?
J'essaie d'y aller deux fois par an et d'y faire des séjours de quinze jours. Pour moi, c'est un endroit sacré. La présence du Maître est là. Les collaborateurs d'Arnaud sont très précieux, indispensables. J'ai besoin de retourner à Hauteville, à Paris aussi, à la maison Raphaël ; c'est un lieu où des disciples d'Arnaud poursuivent son enseignement, je dirais, dans son aspect plus particulièrement psychologique. Christophe Massin, par exemple, est vraiment un être magnifique. Je peux le présenter comme mon thérapeute, mais en fait, son accompagnement est comme un relais avec Hauteville. Mon amitié avec Alexandre est une grande amitié spirituelle, mais je ne peux pas dire qu'il joue un rôle de guide, parce qu'on est vraiment, lui et moi, toujours dans un échange. L'accompagnement que je trouve à Hauteville ou à la maison Raphaël est, pour moi, indispensable. Sinon, je serais perdu.

Qu'est-ce pour vous : " Réussir sa vie " ?
Déjà, c'est éviter le piège de vouloir réussir sa vie. Dans un livre qu'il avait fait avec Arnaud, Emmanuel Desjardins citait un écrit de Simone de Beauvoir qui disait en substance : « On ne réussit pas sa vie ; ce n'est pas une chose, sa vie ». Agée. elle faisait le bilan et elle disait : "Finalement j'ai quasiment tout réussi dans ma vie, et pourtant la satisfaction n'est pas là ". Donc je pense que c'est un piège de vouloir réussir sa vie, d'objectiver la vie. Réussir sa vie. c'est se sentir vivant, c'est donc me sentir vivant, d'instant en instant, jusqu'au moment de mourir.

Vous faites partie d'un collectif de cinéastes pour les sans-papiers. Est-ce important pour vous d'être tourné vers une oeuvre humanitaire ?
Oui, c'est important. Mais en vous écoutant je m'aperçois que je ne suis pas bien en règle avec ça, je ne suis pas bien à l'aise avec tout ça. Par exemple, dans le cadre du collectif j'ai donné de ma présence deux fois ; ce n'est rien et en même temps je l'ai fait, donc c'est très bien. Je suis aussi parrain d'une association à Saint-Arnould, pour financer la partie paramédicale d'un hôpital pour enfants. Mais j'ai l'impression que mon engagement, ce n'est pas seulement par rapport aux gens qui souffrent, c'est par rapport à la rencontre, par rapport à l'autre. Je sens que je suis encore fermé et j'ai besoin de m'ouvrir. Les associations caritatives, c'est formidable, mais je pense que c'est en m'ouvrant à l'autre au sens le plus large, que je pourrai être plus présent. Et c'est ce qui me fait très peur. Finalement, le but d'une spiritualité, c'est de se tourner vers l'autre. Or, je m'aperçois que je suis quand même dans une récupération. J'ai un fonctionnement égocentrique qui a du mal à se tourner vers l'autre. Ça fait partie de mon chemin. C'est une étape, s'ouvrir peu à peu. Je suis en demande de cela ; et cela me terrorise aussi...



jeudi 8 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (2)

Avez-vous le sentiment d'être unique ?
Oui, peut-être que cela pourrait s'appeler la vocation, un appel précis. Je me demande toujours quelle est ma vocation, parce que je suis un comédien, parce que j'aime écrire ; mais ça représente une grosse difficulté. C'est un défi pour moi. Je me dis : "Qu'est-ce que je suis ? Je suis fait pour quoi ?"
Et je ne sais pas exactement. Par exemple, le fait de faire aujourd'hui, dix-sept ans après, la suite des Trois frères avec les Inconnus, est un réel défi. Je réalise que si, à travers ce groupe et pendant des années, j'ai eu tant à voir avec le rire, c'est qu'il y a quelque chose... Un quelque chose qui n'est pas complètement fini, contrairement à ce que j'aurais pu croire. Cela doit participer à ma vocation : aider les gens à s'amuser, à rire. Aujourd'hui, c'est essentiellement avec cette démarche que je reviens vers les Inconnus : aller au bout de ce que je suis, moi.


Vous êtes un humoriste. Vous dites combien cet humour est important. Y a -t-il un lien entre votre vie spirituelle et votre humour ?
Oui peut-être, de plus en plus. J'ai du mal à concevoir une oeuvre où il n'y aurait pas cette légèreté, cet humour, sans parler du comique. Et puis, chez les maîtres spirituels qui m'ont ébloui, j'ai toujours senti l'humour.
"Humour" a la même racine que "humus", la terre... Donc, rire, c'est nous ramener au réel. Après, il y a la moquerie... Il faut se méfier des mots. II faut différencier l'esprit de l'humour ; l'esprit, c'est « se moquer des autres », et l'humour « se moquer de soi-même ». J'aime bien la nuance. Mais c'est vrai que rire de soi, rire de ce qu'on est au quotidien et qui nous échappe complètement, c'est assez libérateur ; ça allège considérablement nos journées.
J'étais très touché par Arnaud Desjardins lorsque, dans les réunions, il avait les mimiques qu'il fallait pour nous amuser et, en même temps, nous faire comprendre quelque chose.

Est-ce que Arnaud Desjardins vous manque ? 
Oui. (Bernard est très ému)
...


mercredi 7 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (1)

Bernard Campan nous a reçus chez lui ; signe rare de simplicité, de transparence. Ce fut le tempo de la rencontre. C'était une première pour lui de se livrer sur sa foi, sur sa manière de la vivre. Il nous a confié : « Ce que je dis là, je le confie rarement. Je suis déjà content de pouvoir parler de la spiritualité telle que je la pratique. C'est quelque chose que je suis heureux de partager ».

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Arnaud Desjardins ?

Ma première rencontre avec Arnaud Desjardins s'est faite à travers ses livres. Son enseignement m'a tout de suite touché au plus profond. A la lecture des premières pages, il m'a montré que j'allais à contresens, que je vivais à contresens de la vie. C'était en 1995. A l'époque il donnait encore quelques conférences ; j'ai assisté à l'une des dernières probablement. J'étais allé l'écouter avec ma femme, mon beau-frère, des amis. A la fin de la rencontre, je suis allé le voir. Et là, j'ai senti le chaud et le froid. J'étais évidemment très attiré, mais j'avais très peur d'être rejeté ; j'analysais la moindre de ses paroles. J'étais donc toujours à demi déçu et à demi convaincu. Par exemple, j'étais déçu qu'il me reconnaisse parmi les membres des Inconnus. Comment un sage, un maître spirituel, peut-il s'abaisser à regarder la télévision ? Mes réflexions étaient de cet ordre-là ; c'était ainsi que je recevais les choses. Tout ce qu'il me disait était presque décevant... Pourtant, il y a eu immédiatement une confiance qui ne s'est jamais démentie !

Vous avez suivi sa voie jusqu'à son décès. Comment vivez-vous votre foi ?
C'est un cheminement ; c'est quelque chose de vivant en soi. Je parlerai de l'enseignement et de la pratique plutôt que de la foi. Je ne saurais pas dire exactement ce qu'est la foi. J'ai de plus en plus confiance dans la vie. Si c'est ça la foi, oui, j'ai une foi grandissante. Mais c'est vrai que ce qui m'a touché d'abord, c'est l'enseignement. Des formules me touchaient au plus profond. Je sentais que je pouvais tenter de les appliquer, d'en faire l'expérience, et qu'il y avait réellement possibilité de me transformer intérieurement. Cet enseignement me proposait une pratique. Et c'est cette pratique qui évolue et qui se fait de façon de plus en plus sérieuse. C'est en dents de scie, ce n'est pas une courbe régulière ; mais au fil du temps, il y a comme une intensification de la compréhension de l'enseignement et de la mise en pratique.

Quelle influence cette pratique a-t-elle sur votre vie actuellement ?
Comme un ordre juste des choses : c'est un des aspects concrets de la pratique ! En Inde, on appelle ça le "Dharma". Dans mon quotidien, ça m'aide, par exemple, à mettre de l'ordre dans ma vie professionnelle. Qu'est-ce que je veux ? Qu'est-ce que je peux mettre en oeuvre pour savoir ce que je veux vraiment ? Ce sont des outils assez concrets pour non plus avancer au hasard, comme un bouchon qui flotte sur l'eau mais avoir un gouvernail, prendre des directions et s'y tenir. Voilà : concrètement, la pratique me permet d'aller vers ce que j'ai le plus envie de faire dans mon métier.


mardi 6 août 2013

dimanche 4 août 2013

Saint François de Sales par Jean-Marie Petitclerc

...Amoureux de la nature, le jeune François doit très tôt quitter sa Savoie natale, où il a reçu de sa famille noble une éducation de gentilhomme. À Paris, puis à Padoue, il fait de brillantes études de droit. À 24 ans, il est déjà docteur, admis comme avocat au Sénat de Savoie. Mais il n’exerce au barreau de Chambéry qu’un court laps de temps. Une chute de cheval vient bouleverser sa vie. Car cette mise à terre est suivie d’une deuxième, puis d’une troisième. À chaque fois, son épée sort de son fourreau. Sur le sol, ils forment une croix. François y voit l’appel de Dieu. La vocation sacerdotale, qui le titille depuis longtemps, s’affirme comme une évidence. 

Le jeune homme a déjà renoncé à ses titres de noblesse et à sa fonction de sénateur du duché de Savoie. Mais il lui faut convaincre son père, qui préférerait pour son fils une vie professionnelle réussie. Deux ans plus tard, en 1593, il est ordonné prêtre par Mgr Granier, évêque de Genève. L’Église romaine est en crise, malmenée par les guerres de religion entre protestants et catholiques. L’évêque s’est réfugié à Annecy depuis que Genève est tombée aux mains des protestants. Il confie à François la réévangélisation du Chablais, région presque entièrement passée au calvinisme. 


Le jeune prêtre se lance avec ardeur dans la prédication. Il sillonne tout le territoire à pied, à cheval... Attaqué par des loups sur un chemin isolé, il se réfugie dans un arbre. Il y restera toute une nuit, s’accrochant aux branches pour ne pas tomber. Partout les églises sont vides. Personne pour écouter sa parole. Il entreprend alors d’écrire des lettres sur la foi catholique. Qu’il glisse sous les portes ou qu’il placarde sur les murs des villages. À la mort de Mgr Granier, en 1602, François lui succède. Il se donne pour mission de reconquérir Genève et le Chablais par l’amour et non par la force. La douceur pour convertir les cœurs. Aller vers les autres et non les faire venir à soi. 


Plus de deux siècles plus tard, avec les jeunes délinquants de Turin, en Italie, Don Bosco (1815-1888) retiendra les trois grandes vertus salésiennes: la patience, l’humilité et la douceur. Le fondateur de la Société de Saint-François-de-Sales passera lui aussi des nuits à écrire des milliers de lettres. 

Je suis, pour ma part, très proche de la spiritualité salésienne – une spiritualité de l’aller-retour. Il n’y a pas deux amours, l’amour de Dieu d’un côté et l’amour de l’homme de l’autre. Au contraire, l’un renvoie constamment à l’autre. "Amour de Dieu et amour du prochain : ce sont deux amours qui ne vont point l’un sans l’autre", écrit saint François de Sales. Aussi accueille-t-il tout le monde avec respect, qu’il soit protestant ou catholique, riche ou pauvre: "Je ne sais pas distinguer entre les gens... je vois que tous sont revêtus de la dignité de chrétien". 


Je retiens, dans ma vie de salésien, l’oraison jaculatoire qu’il a lui-même mise en pratique. Dans le métro ou dans le train, en faisant mes courses ou ma cuisine, je fais mentalement une halte pour me tourner vers Lui. Si je suis en conflit avec un jeune, je m’arrête intérieurement quelques secondes, et je me rappelle que Dieu est concerné par ce qui m’arrive. Respiration pour me mettre à son écoute, pour Lui demander comment Il voit ce jeune. Avec les jeunes d’Argenteuil, j’essaie de m’inspirer de ce respect de la différence dans la construction de la relation. Être suffisamment proche pour ne pas être indifférent, mais suffisamment distant pour ne pas être indifférencié. 


La prière salésienne, c’est la prière du bricoleur, disait le théologien Xavier Thévenot. Ma prière est nourrie de toutes les bricoles de mon quotidien qui assaillent ma pensée quand je prends un temps pour prier. Plutôt que de les chasser de mon esprit, je les présente sereinement à Dieu. Un autre regard que le mien est possible sur la réalité que j’ai à vivre. François de Sales nous dynamise par son optimisme, sa confiance, sa joie. Il ouvre un chemin de sainteté. Il a remporté un défi majeur pour son temps: dialoguer avec les protestants comme avec les catholiques. Car il a su construire l’unité en respectant les différences. Laissons-nous éclairer dans notre vie quotidienne par le soleil de Dieu. Sans rien demander, juste en pleine confiance.


Prêtre salésien, Jean-Marie Petitclerc s’est engagé auprès des jeunes au sein du Valdocco, à Argenteuil (Val-d’Oise), et dirige la communauté salésienne Dominique Savio, près de Lyon. 


vendredi 2 août 2013

Intelligence émotionnelle avec Ilios Kotsou (2)

Eviter, fuir, nous battre avec nos émotions contribue à augmenter notre mal-être à long terme. En outre, cela a aussi pour effet de nous empêcher d'apprendre de nos émotions car ce processus ne peut s'enclencher que si nous commençons à les accueillir, à nous familiariser avec elles.
Accueillir ses émotions est l'un des moyens de prendre conscience de nos automatismes pour créer un espace de liberté dans nos vies. Cette idée n'est pas nouvelle, elle nous vient de sagesses ancestrales et se retrouve dans de nombreuses traditions. Ce qui est nouveau en revanche, c'est l'évolution de la recherche scientifique qui permet aujourd'hui de valider certains éléments et de tisser des liens entre diverses traditions.

Ci-dessous, ce texte de Rûmi illustre de manière très poétique l'importance de l'accueil de ses émotions. (Pour le voir en image et en anglais)

L’être humain est une maison d’hôte
Chaque jour, une nouvelle arrivée
Une joie, une dépression, une méchanceté,
Une prise de conscience momentanée arrive comme un visiteur inattendu.

Accueille-les et procure-leur de la distraction !
Même s’il s’agit d’une foule de chagrins,
Qui violemment vident ta maison de ses meubles,
Pourtant, traite chaque invité honorablement,
Il pourrait bien faire de la place
Pour une joie nouvelle.

La pensée sombre, la honte, la malveillance,
Accueille-les à la porte en riant, et invite-les à l’intérieur.

Soit dans la gratitude pour quiconque arrive,
Car chacun a été envoyé comme guide par le plus vaste.

Rumi

L'accueil des émotions est aussi au coeur d'une méthode dont on parle beaucoup aujourd'hui, la pleine conscience (aussi appelée "mindfulness). Cette technique trouve son origine dans le bouddhisme.


jeudi 1 août 2013

Intelligence émotionnelle avec Ilios Kotsou (1)

Nous avons hérité de nos ancêtres d'un système d'alarme et de protection très efficace. Face à un danger (ou à la perception d'un danger), nos ancêtres réagissaient par l'attaque, la fuite ou le repli. Ces trois réponses se retrouvent encore aujourd'hui dans notre attitude face aux émotions.

Nous essayons d'éviter au maximum ce qui nous est désagréable ou nous fait souffrir et recherchons ce qui nous semble positif. Or, face aux émotions, l'évitement est une option peu efficace. Il est possible d'éviter, de contrôler ou de fuir un événement externe (un tigre, une personne désagréable, etc.), mais il n'est pas possible d'éviter des éléments intérieurs comme des pensées ou des émotions.

Ce que l'on croit être une solution devient le problème. La recherche a montré que l'évitement des émotions était non seulement inefficace, mais qu'il pouvait en outre avoir l'effet paradoxal d'augmenter notre mal-être à moyen ou long terme.

Plutôt que d'éviter ou de contrôler : accueillir...



Ilios Kotsou
(petit cahier d'exercices d'intelligence émotionnelle)