samedi 2 décembre 2023

Enveloppe impermanente

Cité par Thich Nhat Hanh dans son livre "la respiration essentielle", voici la façon dont le roi Trân Thài Tông (Viêt-nam, XIIIème siècle) contemple un cadavre pour réaliser l'impermanence :


Autrefois, joues rouges et lèvres roses,

Aujourd’hui, cendres froides et os blancs.

Position, renom, même s’ils furent insurpassables,

Ne sont plus que des éléments d’un long rêve.

Aussi riche et noble que vous soyez,

Vous n’en êtes pas moins impermanent.

Jalousie, fierté et narcissisme,

Mais le soi est toujours vide.

Grande force, habilité et réussite,

La vérité finale n’est pas en elles.

Puisque les quatre éléments (l'eau, la terre, le feu et l'air) se dispersent,

Pourquoi discriminer entre le Vieux et le jeune ?

Les fissures érodent même les montagnes,

Le héros meurt plus rapidement.

Les cheveux noirs ont à peine poussé sur votre tête

Que, soudainement, ils blanchissent.

À peine notre ami vient-il de partir,

Que la pleureuse arrive pour nos funérailles.

Le squelette de six pieds d’os secs,

Avec quelle frénésie cherche-t-il la richesse !

Cette enveloppe de peau contenant du sang

Souffre longtemps dans sa recherche de l’amour.


Réaliser l'impermanence est le chemin qui nous permet de nous libérer de nos attachements qui sont sources de tellement de souffrances. 
 Avec ma profonde amitié pour vous tous. 

 Philippe Fabri

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vendredi 1 décembre 2023

Présence sans attente

Je vous propose d'essayer aujourd'hui : 


 La présence, c'est quand tu n'attends plus le prochain moment, quand tu cesses de croire que le prochain moment t'apportera plus que ce que tu vis maintenant.

~ Eckhart Tolle

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jeudi 30 novembre 2023

L'instant du toucher


 LE « TOUCHER » : LE SENS LE PLUS IMPORTANT CHEZ L’ÊTRE HUMAIN ?

Vous êtes-vous déjà posé la question de quel est le sens le plus important chez l’humain ?

Le plus développé ou celui dont vous ne pourrez vous passer ?

La vue ? L’ouïe ? L’odorat ? Le goût ?

Quelle drôle de question pensez-vous peut-être ? Elle fut pour moi centrale pendant la pandémie de Covid-19 lors de laquelle les pratiques du toucher étaient classées comme « non-essentielles ».

Cette classification m’a assez vite indisposé, me demandant s’ils y en avaient qui connaissaient encore les terribles expériences en psychologie des années 50′. L’une d’entre elles qui m’a le plus interpellée est celle du professeur Harlow, psychologue américain, qui avait retiré des bébés singes à leur mère pour les mettre dans des cages isolées avec 2 substituts maternels.  Des formes en fils de fer qui avaient une vague forme de la maman singe, une en fils de fer nus, l’autre recouvert d’un tissu doux.

L’expérience marquante est celle où la poupée en fil de fer distribuait le lait mais quand ils étaient effrayés, les bébés se réfugiaient dans celle en tissu doux pour se blottir. En parallèle des résultats sur la théorie de l’attachement, il en découla que le toucher est essentiel pour un développement psycho-émotionnel harmonieux.

Sous cet éclairage, vous allez peut-être vous souvenir de toute une série de sensations ? Une plume sur le bras, le vent sur le visage, une douche chaude, la texture d’un tronc d’arbre, un biscuit qui croque dans la bouche, etc.

Mais revenons à nos organes des sens. A y regarder de plus près, le plus grand organe sensoriel que nous avons est notre peau. Cette peau, membrane-frontière, qui informe l’intérieur de ce qui se passe dehors pour favoriser la meilleure adaptation au milieu. Elle fonce s’il y a du soleil, elle s’humidifie quand il fait chaud, elle se resserre dans le froid. Si je la vois comme organe frontière entre l’intérieur et l’extérieur, on peut y ajouter tout ce qui recouvre les voies respiratoires et la paroi intestinale. Bref, tout ce qui interagit dans la séparation et les échanges intérieur-extérieur.


Quand une personne de notre entourage a besoin de soutien, une main sur l’épaule fait ressentir la présence. Une embrassade, un hug permet souvent de faire descendre la pression. Une main sur un bras, une caresse sur le visage ou dans les cheveux permet de faire revenir  ici et maintenant.

Au-delà des gestes amoureux, la sensation du toucher fait revenir à l’instant essentiel d’être. Cette sensation invite au retour à soi, au relâchement, à la prise ou reprise de conscience de soi par le corps. Et nous avons besoin de ce toucher essentiel.

Pour moi, le shiatsu porte en lui cette part d’essentiel. Au-delà des symptômes sur lesquels il est possible d’agir, la première chose qui compte le plus est la façon dont une main se pose. Bien plus qu’un corps, c’est la personne en entier qui est touchée à travers ce corps. Les praticien(ne)s de shiatsu connaissent cet art de l’essentiel : revenir au corps-esprit et prendre soin du moment et de l’être. Il n’est plus question de divergence entre bien-être et thérapeutique : le simple retour au moment et à soi est source de lâcher prise dans ce moment-promesse.

rédacteur : Fabian Bastianelli.

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mercredi 29 novembre 2023

La tendresse

 


"On ne mesure sans doute pas assez la force de la tendresse qui se communique de peau à peau, ďâme à âme, de cœur à cœur.

Si nous pouvions seulement être là, ralentir notre rythme, nous mettre à l'écoute, ouvrir nos antennes les plus fines pour percevoir les attentes, les besoins les plus subtils, mettre dans nos mains toute l'attention et le respect dont nous sommes capables et garder confiance dans la danse de la vie !"

Marie de Hennezel


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mardi 28 novembre 2023

Où est la peur ?


 Devenez conscient de la localisation de la "peur" dans votre corps, dans votre estomac, dans la poitrine, dans le cou ou la mâchoire ; alors vous êtes dans le présent.

En d'autres termes, abandonnez le concept "peur" parce qu'il appartient au passé, et faites fasse à la peur actuelle avant de la nommer.

C'est du très grand art, que de faire face à la sensation sans la contrôler, sans la fuir, l'analyser ni la juger, mais tout simplement l'écouter.

C'est dans cette écoute que vous parviendrez à comprendre que vous n'êtes pas le corps.

Jean Klein / Entretiens à Delphes

œuvre de Gérard Beaulet

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lundi 27 novembre 2023

Un éloge des lettres


Je vous propose un éloge des Lettres. Pourquoi donc avons-nous perdu l'habitude de jouer avec elles ? 

Au commencement était le Verbe… Nous connaissons le surgissement de cette phrase initiale dans l’Evangile de Jean, le plus ésotérique. Il s’agit là du Verbe doté d’une majuscule, désignant la parole divine qui crée en énonçant, l’acte de conscience primordial, vierge du discours, qui donne consistance au monde. 

Quelle est l'essence de ce Verbe, sinon la vibration première? Certains mandalas bouddhistes ou hindous nous présentent en leur centre la syllabe primitive d’où tout rayonne, le AUM fondamental d’où émerge toute création. 

Cette primauté accordée au son, dans les traditions spirituelles, n’est pas seulement un reflet des pouvoirs du langage, ni uniquement le signe d’un impact bénéfique sur le corps et l’esprit ou le système nerveux – chant, mantras, poésie ancienne (lyrique, au sens premier du terme). Il est ici surtout  question de ce qui constitue la forme primitive, la plus frêle, la plus insaisissable possible après le silence, la plus proche de celui-ci entendu comme écoute profonde, attention pleine et entière à ce qui peut advenir. 

Fondamentalement, le son primitif révèle la veille dont chacun de nous est capable lorsqu’il fait taire ses pensées inutiles, les phrases où nous nous enfermons comme en une toile d’araignée et qui nous exilent loin, très loin du monde réel. Même les mots peuvent nous emprisonner. Ils qualifient, ils affirment...


Le petit enfant, lui, échappe aux mots. Il les balbutie, les déforme, en fait des ballons de baudruche ou de la pâte à modeler. Il s’attache à leur fragment le plus infime, la lettre. Il aime les abécédaires colorés, imagés. Bien après les fabuleux enlumineurs du Moyen Age, plusieurs poètes du 19e siècle ont cherché, eux aussi, à revenir aux lettres, leur prêtant couleurs et formes fantaisistes, de Hugo à Rimbaud, en passant par Emile Blémont, moins illustre, auteur d’un bel « Alphabet symbolique » que j’ai la chance de posséder.

La lettre vibre, oui, elle permet au sens de trembler, de s’esquisser à peine sans se fixer. Elle donne une impulsion au mot, lorsqu’elle est placée à sa tête, à sa place d’initiale. Elle nous oblige à revenir à l’instant, celui où l’on émet le son, celui où l’on trace des lignes en effleurant le grain du papier. Dans les poèmes, le mot s’organise autour de ses lettres comme s’il s’agissait de graines fécondes. La lettre le réinscrit dans l’acte même de son apparition. Elle le préserve de toute sclérose, de toute clôture. 

Jouer avec les lettres n'est donc pas anodin, loin s'en faut : cela nous permet de revenir aux faits et à la précision sonore ou gestuelle du présent. Nous réapprenons à prendre les choses « à la lettre » - la lettre vive, puisque une « lettre morte » prive un texte de son sens. Nous rendons ainsi à nos paroles leurs lettres de noblesse,  leur profonde vitalité, leur fraîcheur primordiale.   

Sabine Dewulf



Sources :  L'Oracle alphamythique - Sabine Dewulf et Antoine Charlet. Illustrations de Marie Dewulf. Livre d'heures de Charles d'Angoulême (15e siècle). Emile Blémont, L'Alphabet symbolique illustré par Auguste Hiolle






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Hommage à Magda Hollander-Lafon

 


Elle avait 16 ans quand elle a été déportée à Auschwitz (Pologne), lors de la Seconde Guerre mondiale. Magda Hollander-Lafon est décédée ce dimanche 26 novembre 2023, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Elle était l’une des dernières survivantes françaises de la Shoah.

Vous pouvez revoir les articles sur cette grande dame avec ce lien.

https://spinescent.blogspot.com/search/label/Magda%20Hollander-Lafon

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dimanche 26 novembre 2023

Lever et coucher de soleil

 Un ami âgé de 40 ans me disait regretter ses 20 ans car, à l’époque, il avait l’avenir devant lui. Cela m’a fait sourire car, aujourd’hui, âgé de 60 ans, je sais que l’avenir est aujourd’hui, tous les jours… et l’éternité n’est pas une durée, c’est un instant, l’instant où tout est réconcilié, le moment où tout est accompli. 

L’AVENIR EST AUJOURD’HUI, TOUS LES JOURS.

L’ÉTERNITÉ N’EST PAS UNE DURÉE, ELLE EST UN INSTANT, l’INSTANT OÙ TOUT EST RÉCONCILIÉ, LE MOMENT OÙ TOUT EST ACCOMPLI.

Thierry Janssen


Pour moi, il n’y a rien de plus réconfortant, rien de plus réjouissant, que de voir le soleil apparaître à l’horizon. Une promesse, un espoir, le rappel des possibles, l’encouragement à se redresser et à avancer. Le feu qui réveille l’âme. Il y a tant à faire, tant à partager, tant à aimer.

Je vous souhaite une belle et bonne journée.

Thierry Janssen

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samedi 25 novembre 2023

Décidez !


Le moment est venu d’un changement de niveau sur la voie. 

Vous connaissez les marques du passé qui régnaient sur votre existence. Maintenant décidez (oui : décidez !) d’en être libre. 

Cela vous demandera une vigilance, une pratique mais celle-ci portera des fruits convaincants. 

Vous n’êtes pas la femme blessée. Vous êtes la Vie, L’Etre, la Conscience. 

Ces grands mots ne sont pas des mots creux. C’est la vérité.


Arnaud Desjardins

En communion avec vous - Lettres à ses élèves

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jeudi 23 novembre 2023

Y a de la joie

 Selon les événements qui surviennent nous éprouvons différents sentiments : de la joie, de la tristesse de la colère, du désir...

Or, à mon avis, nous avons bien peu de choix sur les événements qui se produisent. Avons nous le choix de ce que nous allons éprouver lorsqu'un événement se produit ? Le même événement va-t-il toujours entrainer chez nous la même réaction, le même sentiment ? Avons-nous le choix de nos sentiments ?

Je n'ai évidemment pas de réponse réductrice à apporter à cette question. Mais je peux vous parler de la joie que l'on peut éprouver face au bonheur d'autrui.


Notre fonctionnement humain ordinaire est d'éprouver de la joie pour notre propre bonheur, même s'il survient parfois au détriment d'autrui. Mais cette joie pour soi-même, sans se préoccuper du bien-être des autres, reste un peu fermée et source de tension, ma joie est à défendre.

Tandis que si vous éprouvez de la joie pour le bonheur de l'autre, vous êtes ouvert et vous n'avez rien à défendre et cela vous permet d'être exempt de toute tension. Il y a juste une détente joyeuse, "Y a de la joie..."

Ce qui empêche cette joie spontanée de survenir devant le bonheur des autres est due à notre confusion, à notre ignorance, à la croyance  que nous sommes  un moi "substantiel", ayant une existence propre, séparée du monde. Ce moi construit est toujours à défendre et nous ne pouvons pas y arriver car il n'a pas d'existence propre, on tourne en rond.

S'il n'y a plus de moi à défendre, si nous remettons en question cette croyance, nous trouvons ici, juste où nous sommes, une présence joyeuse. Tout ce qui survient, tous les événements deviennent alors une opportunité, une opportunité pour faire fleurir la joie et pouvoir en offrir des bouquets autant à ceux qu'on aime, qu'à ceux qu'on pensait moins aimer.

Avec ma profonde amitié pour vous tous, je vous souhaite une journée débordante de joie.

Philippe Fabri

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mardi 21 novembre 2023

"Demande sincère et demande de bonne foi sur la voie"


"Ne dites jamais rien à personne sauf si la personne vous le demande et vous le demande de bonne foi …" Swami Prajnanpad


Un des défis et non des moindres posé par l’exercice du LDI (lien à durée indéterminée) en tant qu’instructeur consiste précisément à entendre ce que la personne demande et demande de bonne foi, au delà de ce qu’elle parait demander ou demande explicitement. 

Pas facile … 

D’abord, ne pas confondre sincérité et bonne foi. 

Tout le monde, sauf rare exception, est sincère, la question n’est pas là. 

Si la sincérité suffisait à authentiquement pratiquer la voie, cela se saurait et surtout se verrait …

 Ainsi, certains demandent sincèrement et pourtant, sans en être conscient, ne veulent surtout pas que l’on accède à leur demande. Ou ils ne se rendent pas du tout compte de ce qu’ils demandent et de ce que cela implique, ce qui revient au même. Il s’agit donc de ne pas juste les prendre au mot en se fiant à leur bonne mine. 

Dans mes débuts en tant que transmetteur de la voie (heureusement dans un contexte d’ensemble où j’étais encadré par des enseignants bien plus aguerris et mûrs que moi) je considérais que quasiment toute personne venue séjourner en ce lieu où nous officions était animée d’une demande du même ordre que celle qui m’avait moi même tout jeune encore conduit à frapper à la porte du Bost (le premier ashram d’Arnaud Desjardins). 

C’est peu dire que ma naïveté était abyssale. Cela donna lieu en son temps à plus d’un malentendu et autres échanges qui tournaient vite au vinaigre, sachant que si l’ego se délecte à prétendre, notamment spirituellement, il ne redoute rien tant qu’une intervention propre à exposer sa prétention … A moins que derrière la prétention il y ait une demande de bonne foi, ce qui est loin d’être toujours le cas. 

Mes « interventions » pouvaient donc souvent s’avérer dans les faits inappropriées même si le « diagnostic » posé était presque toujours juste. 

J’ai mis longtemps à émerger de cette naiveté qui participait aussi, au final, d’une manière de prétention chez moi. Qui étais je, qui suis je pour dire à quelqu’un ce qu’il ne veut surtout pas entendre - même s’il le prétend-   montrer à quelqu’un ce qu’il ne veut surtout pas voir ? 

Aujourd’hui, et d’autant plus dans le contexte serré et continu du LDI, je veille à faire très attention, me montre souvent très précautionneux. Je m’efforce de capter le contexte intérieur de la personne et aussi le contexte extérieur, le moment, les circonstances. Ce qui peut être abordé à un moment donné ne pourra pas l’être utilement à un autre moment. Bref, je fais mon possible pour être à l’écoute de la demande réelle, la demande de bonne foi. 

Reste que, souvent, l’exercice du LDI consiste quand même à dire à quelqu’un, même si la demande de bonne foi est là, ce qu’il ou elle paradoxalement redoute qu’on lui dise…

Ne pas confondre non plus la bonne foi avec l’absence de résistance comme je le sais fort bien d’après ma propre expérience en tant qu’élève, moi qui par moments ait considérablement résisté tout en demeurant autant que je puisse l’appréhender toujours de bonne foi. 

D’où le côté ingrat de la chose qui peut parfois amener à se poser la question : pourquoi diable s’échiner à dire à quelqu’un ce qu’il ou elle ne veut pas . (  L’Evangile :  « quand tu étais jeune , tu mettais toi même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu seras vieux (c’est à dire plus mûr) un autre te mettra ta ceinture et te mènera là où tu ne voudras pas »)


Pourquoi se donner tant de mal à mener quelqu’un là où il ne veut pas, où plutôt si la demande de bonne foi est bien là, là où son être essentiel veut aller mais où sa personnalité de surface ne veut pas aller et de ce fait freine des quatre fers ? 

C’est fatiguant, exigeant, parfois pénible humainement, cela mobilise une énergie considérable et des trésors d’habileté… 

Il arrive que me vienne la pensée fugace : « mais qu’est ce que je suis en train de faire ? Pourquoi est ce que je me fourre dans ce guêpier ? Pourquoi est ce que je fais tout pour qu’une personne se mette à m’en vouloir et commence à me regarder d’un œil nettement moins ravi ? Pourquoi est ce que je chante pas pour mon souper comme on dit en anglais (sing for your supper), pourquoi est ce que je n’anime pas des séminaires où je prêcherais le dharma de manière générale à un auditoire enchanté de mon éloquence ? Ce serait même sans doute encore mieux si je disais à chacun qu’il ou elle est déjà « éveillé » , qu’il n’y a rien à faire , rien à chercher et que nous sommes tous au top,  comme c’est cool, merci de bien laisser votre donation ou participation en chèque ou espèces … »

Et, en vérité, je sais parfaitement pourquoi et au nom de quoi, de qui, au service de quoi je persiste dans l’exercice du LDI. Et j’en suis parfaitement heureux. Alors …

Gilles Farcet

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lundi 20 novembre 2023

Vers la diminution des illusions

Aujourd'hui, je vous propose la note de lecture que j'ai rédigée à propos du dernier livre de Jean-Marc Mantel, "L’immédiateté d’être", paru aux éditions Accarias-L’Originel en 2023 (190 pages, 18 euros). Un ouvrage réellement vivifiant.


Ouvrir un livre de Jean-Marc Mantel, c’est être immédiatement immergé dans une clarté concise. Disciple de Jean Klein, cet instructeur se situe dans la perspective d’un enseignement non duel. En dépit de mes (vives) réticences vis-à-vis des facilités et de la superficialité qui caractérisent souvent ce mouvement spirituel en vogue, il me semble pouvoir reconnaître l’authenticité de certains enseignants. Tel est, à mes yeux, le cas de Jean-Marc Mantel, dont les livres ne sont pas des objets à consommer intellectuellement mais des bains revigorants, à tenir près de soi pour s’y replonger régulièrement. 

Cet ouvrage est composé d’une note aux lecteurs qui en précise le contexte (des discussions présentes dans le forum du site de cet instructeur), de dédicaces, au premier rang desquels apparaît le nom de Jean Klein, d'une introduction précise, rédigée par Bernard Seghezzi, puis de trois grandes « parties », respectivement intitulées « Le monde en soi », « La réalisation spirituelle » et « La grâce ». Chacune de ces sections est divisée en chapitres numérotés (une dizaine environ) et titrés, ce qui permet aussi d’entrer dans le livre d’une manière non linéaire. Le livre s’achève sur un choix de citations de Jean-Marc Mantel. 

Dans son introduction, Bernard Seghezzi met en lumière les points saillants de cet enseignement : « l’accent est mis, en priorité, sur l’écoute du corps et du souffle. » L’« ancrage au corps énergétique », ajoute-t-il, « mérite d’être maintenu non seulement lors de méditations formelles, mais également au cours des activités de la journée ». Il insiste sur l’importance de « l’accueil vigilant de l’activité projective des pensées et des mémoires » et sur la nécessité d’un « apprentissage » et d’une « écoute sans relâche »… À ce sujet, Jean-Marc Mantel précise dans le livre qu’il est question d’ « apprendre à vous libérer de ce que vous n’êtes pas » et non d’apprendre « à être ce que vous êtes » : il n’y a pas d’« effort » à fournir, mais un « total abandon ». Le paradoxe réside donc dans le fait que cet apprentissage se fait sans « objet » ni « chemin », précise encore Bernard Seghezzi, si l’on veut voir s’accomplir « le retournement de perspective » qui permet de revenir à « notre identité sans forme ».

Dans la première grande partie, Jean-Marc Mantel répond à des questions liées à notre incarnation. Il évoque la « sincérité » et la « détermination » nécessaires à la remise en cause des « habitudes d’identification au spectacle objectif ». Il définit le critère de reconnaissance du « bien » comme le « ressenti indéniable de ce qu’est la justesse dans l’action », contrairement au fait de « répéter mécaniquement ce qui est dit ». Notons au passage que ce ressenti n’est pas de nature émotionnelle puisque l’enseignant le compare à celui d’un « musicien averti », qui « reconnaît instantanément la fausse note qui jaillit de son instrument ». Il importe que toute action soit « vue dans sa totalité, incluant les fruits dont elle porteuse » et qu’il y ait des « ajustements » en direction d’une « cohérence entre la conscience, l’action et ses fruits ». Jean-Marc Mantel s’inscrit volontiers dans le cadre de nos expériences quotidiennes en répondant à des questions sur l’éducation des enfants, sur l’intérêt de la physique moderne, sur la méditation, notamment en tant que travail sur les pensées, ou sur la béatitude du sommeil profond. Il redéfinit aussi certains concepts et incite à la prudence lorsque l’on utilise le terme de « réincarnation ».

Dans la deuxième partie (la plus longue), Jean-Marc Mantel aborde l’inépuisable domaine de « l’absolu », qu’il nomme « conscience » ou « essence de la manifestation » : « L’absolu est aussi indissociable de la conscience que l’air pour le vent. » Il indique que cette conscience se distingue à la fois de la « pensée » et de l’« absence de pensée », qui sont toutes deux des objets de conscience. Il prend soin de définir ce que nous nommons « réalité » : « Lorsque vous percevez un arbre, vous n’en percevez que la perception qui émerge en vous : forme, couleur, sensation. » En d’autres endroits du livre, l’enseignant rend synonymes les termes « témoin », « attention», « présence », « écoute absolue », « regard d'arrière-plan », « sans-forme », « vigilance », « Soi sans attribut », « amour » (c’est-à-dire qui « ne connaît pas la division ») ou encore « liberté véritable », celle-ci ne concernant nullement les actions « conditionnées » dont nous croyons être les auteurs : « le libre choix n’est qu’un concept inventé par l’ego pour faire croire que c’est lui qui détient les rênes du pouvoir ». Quant au monde relatif, loin de le renier, Jean-Marc Mantel le remet simplement à la place qui est la sienne, puisqu’il est « l’expression restreinte de l’absolu » ; il n’y a rien d’autre que l’absolu, oui, mais seulement « sur le plan ultime » : « le relatif est nécessairement pris en compte dans le fonctionnement spatio-temporel. Si vous ne savez pas conduire votre voiture, se répéter « je suis le Soi » ne suffira pas à éviter qu’elle ne rentre dans le mur. » Il compare notre mental à un « bavard impénitent » face auquel le mieux est d’« ignorer le contenu de ses paroles »… Tout comme Daniel Morin dans « Je, ne sait pas », publié chez le même éditeur, il affirme : « Le mental ne peut alors qu’abdiquer sa prétention au savoir. Lorsqu’il dit : « Je sais », il ne sait pas. Lorsqu’il dit : « Je ne sais pas », il sait. » Jean-Marc Mantel me semble rejoindre également Swâmi Prajnanpad lorsque celui-ci précisait qu’il s’agit d’être « activement passif » : « Le « laisser-faire » n’est pas une posture passive. » J’aime qu’il réhabilite par ailleurs la notion de « vérité », si discréditée de nos jours : « On ne peut donc pas dire que la vérité n’existe pas, car c’est elle qui fait le constat du faux. Comment le faux pourrait-il se constater lui-même ? »

La troisième partie associe la « grâce » à la « joie propre à la dissolution du moi », à la « gratitude » (comme l’indique l’étymologie) ou encore à la « sainte ivresse ». Pour s’y ouvrir, l’« humilité » du non savoir est nécessaire, l’ « émerveillement » aussi, ainsi que « l’amour purifié de l’objet » : « l’amour est votre nature ». 

Les réponses de Jean-Marc Mantel sont brèves, la plupart du temps. Elles vont toujours droit au but, empêchant notre mental de s’égarer, de se complaire dans les voies sinueuses qu’il affectionne. Nous avons beau avoir entendu maintes fois (et donc penser déjà connaître) le fond de tout ce qui se dit ici, en réalité, nous ne l’écoutons pas vraiment. Il est donc utile de se replonger, encore et encore, dans la vitalité de la parole qui se déploie dans cet ouvrage, afin que ce que nous sommes vraiment se rappelle à nous et que l’épaisseur de nos illusions diminue toujours davantage. 


Pour terminer, voici quelques citations qui m'ont  paru particulièrement incisives :

« Un fait constaté n’est pas un problème. Un fait interprété le devient. »

« La diversité est dans l’expression, mais non dans l’essence. »

« Le regard du Soi surplombe le moi, tout comme le sommet de la montagne surplombe la vallée. »

« L’action surgit comme la foudre dans le ciel, ne laissant ni doute, ni regret. »

« La lucidité est une fonction de la nature autolumineuse de la conscience pure. C’est elle qui reconnaît le faux. »

« Voyez que ce qui perçoit vos sensations, émotions et pensées ne dort pas. »

« Lorsque le sucre est plongé dans l’eau, il peut croire encore, pour quelque temps, à son autonomie, tant que la dissolution n’est pas complète. Une fois dissous, il n’y pas de sucre, juste de l’eau. Il en est de même pour la distance qui sépare le moi du Soi. »

« L’objet agit comme un miroir qui renvoie la conscience à elle-même. »

« C’est l’écoute elle-même qui est la plénitude silencieuse, à partir de laquelle le bruit et l’absence de bruit sont connus. » 

« La lenteur est ce qui s’approche le plus de l’immuable. »

« La tristesse est l’ombre de la joie. »

« Voyez si c’est le moi qui cherche la plénitude, ou bien si c’est la plénitude qui se cherche elle-même. »

« La présence transcende la souffrance et son absence. »

« Le silence est le rire ultime. » 

« La vie active est votre autel d’adoration. Elle est l’espace-temps qui permet l’expression de l’amour que vous êtes. »

Sabine Dewulf (docteur ès lettres, écrivain et psychanalyste)