samedi 13 avril 2019

La liberté des émotions




J'ai écrit pour le magazine 3e Millénaire (dernier numéro) un article sur les émotions comme accès direct à notre être profond.
Les émotions sont sous-estimées à mon sens par trop de voies spirituelles, quand elles ne sont pas tout bonnement évincées. Pourtant, en tant que création et reflet direct du vivant, elles sont une voie d'exploration extraordinaire de la réalité. Elles ont été et restent pour moi une des portes les plus puissantes vers ma propre liberté.
Petit extrait :
"Nous croyons tenir la réalité, l’émotion, en être le-la propriétaire et pouvoir en faire ce que bon nous semble. Mais cette réalité n’a pas de propriétaire. En explorant la réalité de l’émotion en moi, il est une évidence qui s’est rapidement imposée : l’émotion est intrinsèquement libre, c’est sa nature même, elle connait le chemin de sa propre émergence et résorption, et je n’ai sur elle aucun pouvoir, ni contrôle. Cette liberté est intrinsèque à l’existence même, elle nous est intrinsèque, mais si nous n’avons pas accès à cette réalité dans l’immédiat, nous pouvons l’observer plus facilement avec l’émotion qui exprime sa propre liberté régulièrement en nous. L’émotion est comme un cheval sauvage que l’on voudrait dompter. Parfois on réussit à l’enfermer, à la refouler, à la cacher dans les tréfonds de notre inconscient. Mais toujours elle ressurgit, sous une forme encore plus rugissante si on l’a enfouie, ou sous une forme dépressive, si on l’a retournée contre soi. Face à cette liberté, notre seul pouvoir est d’abdiquer profondément en nous-même tout pouvoir à son encontre".


Seve Millet
 **************

vendredi 12 avril 2019

Respiration printanière


Dans le système des 5 éléments, le métal coupe le bois. Donc respirer permet de laisser monter la sève nourricière en soi... 





-------------

jeudi 11 avril 2019

Ne pas manquer d'air...




" Tout, sur cette terre, est décidé par les gens, mais la bonté n'est là que quand la personne accepte de s'effacer. Voilà pourquoi je ne m'intéresse pas aux chefs-d'œuvre de la peinture ou de la littérature. Moi, j'aime bien prendre ce que les autres laissent. Comme cette phrase de William Blake : " Il n'y a rien de plus grand que de laisser quelqu'un passer devant soi." 

Il s'agit de ramener dans ce monde l'air qui lui manque en s'oubliant pour l'autre."
La lumière du monde
 Christian Bobin

mercredi 10 avril 2019

Moment de la mort avec Eric Baret

Eric Baret : "Le corps et la pensée sont complètement conditionnés. La seule liberté, c'est de voir ces conditionnements ! "

...Vous disiez que les gens, avant de mourir, vivaient très souvent ce pressentiment d’éternité…

Si l’on n’a pas actualisé la présence fondamentale pendant la vie corporelle, le moment de la mort peut être vécu comme une opportunité. Un certain nombre de gens ont la capacité d’accepter leur mort sans émotion. S’ils ne parlent plus d’argent, de ce qu’ils vont laisser; s’ils laissent leur famille disparaître, s’ils laissent leurs rêves disparaître, s’ils laissent leur nom disparaître, cela veut dire qu’ils arrivent à l’humilité. Mais on meurt généralement comme on a vécu. Si l’on a vécu dans la peur on meurt avec la peur: Si l’on a vécu librement, on meurt librement. On ne peut pas fabriquer le moment de la mort.

N’avez-vous pas dit aussi que le moment de la mort semblait plus important que celui de la naissance?

Il n’y a pas de mort. Il n’y a pas de naissance. Ce sont des concepts. La seule véritable naissance, du point de vue traditionnel, c’est le moment où le pressentiment d’être brûle votre structure. Mais la naissance, ce qu’on appelle la naissance physique, c’est un accident. Votre mère rencontre votre père, ou l’inverse, et vous naissez. Il n’y a rien de libre là-dedans. Quand vous lisez Maître Eckhart ou Muhyi I-din Ibn Arabi, vous sentez l’autonomie. Se rendre compte de cette liberté, c’est la seule naissance. Et là, il n’y a pas de mort. Le reste, c’est du romantisme.

Extrait du livre épuisé de Colette Chabot « A moitié Sage », édition Quebecor 1997 et qui avait pour base des interviews de la télévision communautaire de Montréal 

dimanche 7 avril 2019

Prise en flagrant délit...

Jean 8, 1-11 
En ce temps-là, Jésus s'en alla au mont des Oliviers. Dès l'aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en situation d'adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. 
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s'en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. 
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »


ronique Margron:
 ...La femme se retrouve libérée.  Libérée du jugement des hommes et peut-être de son propre jugement, comme en miroir aux leurs. « Déliez-le et laissez-le aller », dira plus loin Jésus aux siens à propos de Lazare (Jean 11, 44). Voilà la vérité de la Loi. Jésus délie et laisse aller ceux qui se croyaient perdus, accusés, pécheurs... Tous ceux que l'on voulait enfermer dans les tombeaux de la culpabilité et du jugement réprobateur des bien-pensants. Ces hommes appartiennent au monde des ténèbres en prétendant détenir le vrai contre l'humain ; un « vrai-faux » qui fait mourir. Et Jésus, qui ne veut rien avoir à faire avec eux, ne les condamne pas davantage. Ils repartent d'eux-mêmes. Espérons que cette mise en face de leur mensonge les aura changés. Rien n'est moins sûr, puisque plus loin les mêmes, exaspérés, « ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter » (Jean 8, 59). Au moins une femme n'en fera plus les frais.
« Va, et désormais ne pèche plus. »  Étrange finale pour une femme dont rien ne dit qu'elle était coupable de quoi que ce soit. À moins qu'il soit possible d'entendre cette parole comme une promesse d'avenir : ne plus se croire jugée par Dieu, moins encore condamnée, pas plus que par elle-même. Ne plus se vivre exclue.
 source : La Vie

samedi 6 avril 2019

Comment nous arracher aux visions tragiques ?



Parmi toutes les statistiques affolantes qu’on nous présente à longueur d’année, quelle est la courbe qui vous fiche le plus le blues ? Celui de la fonte des pôles et de la montée des océans ? Ou celui de la température, avec ses vagues de sécheresse saharienne jusqu'en Suède et ses prochaines coulées de glaciations jusqu'en Floride ? Ou encore celui de la généralisation des cyclones géants ? Ou plutôt celui de l’empoisonnement des terres et des mers ? La disparition des milliers d’espèces animales, petites ou grandes ? Ou serait-ce plutôt la courbe de la surpopulation, avec derrière elle, celle de l’inégalité croissante entre les humains ? Mais stop !
Nous pourrions affirmer avec un aplomb équivalent que la peur d’une fin du monde est aussi ancienne que l’humanité, et rappeler les innombrables annonces apocalyptiques égrenées tout au long de l’histoire… qui ne se sont jamais produites. Chaque fois pourtant, les hommes et les femmes des époques considérées ont cru dur comme fer que le ciel allait leur tomber sur la tête. S’ils s’en sont finalement toujours sortis, c’est que, chaque fois, a surgi une donnée qu’ils ne pouvaient pas prévoir. « L’imprévisible est notre meilleure planche de salut », dit le philosophe Edgar Morin…

Comment nous arracher aux visions tragiques et nous persuader qu’une fois de plus l’imprévisible surgira pour nous aider à traverser les épreuves qui nous menacent ? Jamais autant qu'aujourd'hui l’humanité ne s’est rendu compte que, de toutes les créatures, elle était la seule à posséder le gouvernail d’une volonté. Tous les autres êtres vivants sont intelligents et sensibles – sinon, ils ne survivraient pas –, mais nous avons le redoutable privilège d’être libres de vouloir… ou de ne pas vouloir.
Disons-le sans illusion : une grande partie de nos existences est déterminée par des forces et des pulsions que nous ne contrôlons pas. Mais une petite partie au moins peut-être dirigée par notre conscience. Telle est la porte étroite par où passe notre avenir. Nous pouvons, pour une petite part, mettre en application la fameuse phrase prononcée par tant de sages : « Si tu veux changer le monde, commence par te changer toi-même. »

Aujourd'hui, les scientifiques de pointe, notamment en neuropsychologie et en épigénétique, le démontrent : selon la façon dont nous vivons, nous comportons et nous exprimons, nous n’avons littéralement pas le même corps, ni la même descendance, ni la même influence sur les autres et sur le monde. Qu’attendons-nous pour nous mettre au diapason de la Vie ?" 

Source : Nouvelles Clés

/////////////////

vendredi 5 avril 2019

Le présent offert par Taisen Deshimaru...

Pratiquer la grande assise

De toute façon, quoi qu’il en soit, vous devez pratiquer la grande assise, ici et maintenant Si vous n’entretenez pas une pensée, celle-ci ne reviendra pas d’elle-même. Si vous vous abandonnez à l’expiration et laissez votre inspiration vous remplir en un harmonieux va-et-vient, il ne reste plus qu’un zafu20 sous le ciel vide ; le poids d’une flamme.

Complètement précipiter son corps et son esprit dans zazen, la grande assise, shikantaza, seulement s’asseoir, sans laisser dévier son esprit dans ses pensées personnelles.

Shikantaza, être assis, concentré ici et maintenant, sur sa posture et sa respiration, sans attente, dans le calme. La respiration va et vient harmonieusement et nos pensées perdent leur importance. Comme les nuages dans le ciel, elles passent si on ne les entretient pas.


La Lumière du Satori
De Evelyn de Smedt 



****

mercredi 3 avril 2019

La méditation : de la pensée à la présence


Nous vivons très peu d'expériences débarrassées de nos constructions intellectuelles. Nous ne vivons pas la vie, nous argumentons la vie, nous la discutons à partir de croyances et de savoirs dont nous ne pouvons pas nous défaire.


Le mental se glisse imperceptiblement dans tous les moments de notre vie et l'assise en silence nous offre la possibilité d'observer notre degré d'asservissement à la pensée.
Le principe du zen s'attache à l'expérience et, pour ce faire, nous engage dans un exercice qui prône la non-pensée, l'absence de mental. L'interdit de penser plane dans les esprits comme la nécessité d'une absolue vacuité. Peut-être est-il bon, pour nous, débutants (ou confirmés?) sur le chemin, de laisser redescendre cette exigence vertigineuse sur un plan envisageable au niveau de notre simple pratique.

Lorsque nous nous asseyons, de toute évidence, nous voyons toutes les restrictions que la pensée impose à notre manière d'appréhender le moment présent. Il y a les pensées qui nous placent en-dehors de la situation et celles que nous interposons entre la situation telle qu'elle se présente et telle que nous voudrions qu'elle soit. Si bien que nous ne sommes jamais là où nous sommes et que si nous croyons y être, c'est avec ce désir de poursuivre une certaine idée de soi-même, dans la continuité d'une histoire, refusant tout ce qu'il peut y avoir d'aléatoire et d'imprévu.

Voilà comment œuvre la pensée : le maintien d'une stabilité illusoire tellement nécessaire à l'ego. Penser la situation, c'est la réduire à un conditionnement qui restreint notre manière de nous percevoir, de percevoir l'autre et le monde. C'est aussi restreindre la réalité à un cadre de référence qui nous permet de ne rien concéder de nos illusions, de nos attentes. Penser, c'est refuser la vie telle qu'elle est, telle qu'elle se présente, c'est lui préférer une certaine permanence, donc une certaine sécurité, et cela n'a rien d'audacieux, ni de neuf.

La non-pensée est donc un travail sur soi-même qui consiste à s'abstraire de toute forme de conscience personnelle sur la situation quelle qu'elle soit (conscience d'être quelqu'un, de savoir quelque chose) et à substituer au mot conscience la simple présence. C'est la découverte d'un autre type de relation au réel qui va bouleverser notre pratique, la découverte de l'intime de soi-même en train de sentir et de se sentir au cœur d'une situation. Percevoir le réel et se sentir dans l'entièreté de tout soi-même en train de percevoir le réel. C'est là que nous est donnée la chance de pénétrer le vécu, tel qu'il apparaît, d'en approfondir l'essence, ce que l'on ne pourra jamais contenir dans un savoir, ce qui nous échappe dès que nous croyons l'avoir saisi, comme une « apparition disparaissante ». Ne serait-ce pas là que se présente la vacuité, l'absence d'ego ?

Cette rencontre de l'intime de soi-même avec le réel exige une acuité perceptive soutenue par la rigueur de la tenue. La pratique nous offre ainsi le goût tout à fait particulier d'un étonnement participatif à ce qui se présente. Il ne peut y avoir de saisie immédiate de la réalité autre que celle-ci, elle n'est pas limitative comme celle d'une pensée qui s'arrête à ce qu'elle sait. Dans l'assise nous sommes ainsi conduits à poursuivre ce que nous ignorons.

On n'est pas méditant parce qu'on s'assoit sur un coussin quelques minutes par jour, on est méditant lorsque, exerçant cette acuité perceptive, on est poussé malgré soi vers « cette possibilité de saisir l'essentiel », (selon la belle expression d'Eric Baret).

La non-pensée s'expérimente dans une simple présence, un ensemble d'actions qui consistent à se laisser sentir et se laisser consentir. Le retrait le l'ego ne laisse pas un vide, il cède le pas à une présence qui réside dans l'unité du corps vécu et de la situation, une unité parfaitement consentante au moment présent et qui ne laisse aucune place au mental.

La non-pensée ne doit pas être une quête au cours de la méditation, elle se présente naturellement lorsqu'apparaît le consentement de tout soi-même au moment présent.

Dominique Durand

******

mardi 2 avril 2019

Mouvements de vie


Tout est mouvement. La vie est mouvement. Les cellules, les êtres, les choses, les pensées, apparaissent, croissent ou se construisent dans le cas des objets, puis tout ce qui apparaît vieillit et meurt. Tout est mouvement organique en nous et pourtant nous aimerions vivre un monde stable et définit, répondant à la seule logique de nos intérêts personnels, avec le bonheur tout le temps comme jardin.

Dès lors qu’il est vu que le mouvement est inhérent à notre nature profonde, alors nous pouvons nous relier à ce mouvement, être simplement présent à cela, sans plus chercher à rien retenir : ni les pensées, ni les autres êtres humains, ni les situations. C’est une invitation à voir, en nous, que nous sommes à chaque seconde différent. Notre vibration, nos perceptions de ce qui est, rien n’est jamais fixe.

Toute idée de contrôle sur soi, sur sa vie, le monde qui nous entoure, est par conséquent une illusion. La croyance que nous décidons du « quoi, pourquoi, où, comment », nous rassure dans un premier temps, puis cette croyance finit par nous enfermer dans un monde limité, figé, mort. Nous perdons de vue la vie qui est là.

Définir des projets d’avenir, se projeter sans cesse dans le futur, prévoir cet avenir, l’anticiper, faire de ses projets des buts à atteindre est dans mon expérience un frein à leur réalisation même car nous les limitons à ce que nous avons imaginé ou voulu. La vie se retrouve comme contrainte dans cette vision étroite.

Cela m’évoque une citation tirée d’un livre que j’ai lu il y a très longtemps et qui m’a marqué (« Le grand livre tibétain de la vie et de la mort »). Je ne me souviens plus de son auteur et la citation est approximative. Mais elle m’avait tellement inspirée, malgré que le sens m’échappait encore pas mal, que je l’avais apprise par cœur et que je m’en souviens encore très bien je pense :

« Faire des projets d’avenir, c’est comme aller puiser dans le lit sec d’un torrent. Rien n’arrive jamais comme on s’y attend. Alors s’il ne te faut penser qu’à une chose, que ce soit à l’incertitude de l’heure de ta propre mort. »

Christophe Le Bec 

****