dimanche 12 novembre 2017

Mes conseils pour marcher vers la Lumière par Alain Dumas


1.Retrouvez votre intériorité
Régulièrement, faites silence, rentrez en vous, afin de revenir à la Source. Sans prendre forcément une prière ou un texte, évacuez toute pensée pour laisser un espace à la rencontre. Dans les moments difficiles, regardez ce qu'il y a de solide en vous : vos richesses, vos valeurs, les liens qui vous nourrissent, les petites ou grandes joies de votre existence, ce que vous avez bâti.
2.Adoptez la politique des petits pas...
Les grands idéaux peuvent vite nous décourager. Procédez par petits objectifs, en mesurant votre capacité à les accomplir ou non. Mieux vaut faire un petit pas, atteignable, plutôt que d'en envisager un qui soit immense et qui nous immobilise. On peut parfois, dans la vie spirituelle, sentir une pression et croire qu'on n'est pas à la hauteur. Dieu ne nous demande qu'une chose : répondre à son amour, avec nos limites et nos forces.
3. ... En restant dans le réel
Mon travail de sculpteur m'incite sans cesse à m'ajuster : les matériaux ont leurs contraintes, je dois parfois renoncer à en déplacer certains, ou bien revoir mes désirs de grandeur, je suis aussi obligé de m'adapter aux mesures, de mon atelier, d'une église, d'un espace public. Rester collé au réel, ce n'est pas renoncer à soi. Régulièrement, revoyez vos exigences, en appliquant la « politique des petits pas », et n'en restez pas à la déception.
4.Restez en contact avec la nature
La marche aide à vivre l'instant présent, et à habiter son corps. Lorsque vous marchez, accueillez les émotions qui montent en vous. Touchez aussi cette nature qui vous entoure : l'écorce des arbres, les feuilles humidifiées par la rosée, le sable glissant entre vos doigts. Unifier corps et esprit nous fait percevoir le mystère de l'incarnation, nous place dans un état de grâce face à la Création.

Croix vue de nuit
Centre diocésain de Clermont-Ferrand (63)

vendredi 10 novembre 2017

Hôzumi Rôshi ou les leçons d'un maître zen

Vous avez animé en 1986 la première retraite au Japon. Pourquoi vous a-t-on choisi ?
Cela a été une surprise pour moi : 27 moines et religieuses venant d'Occident, dont le mariste Bernard Rérolle, le bénédictin Benoît Billot et Jacques Breton, le père fondateur du centre Assise, ont passé un mois dans divers monastères au Japon. Il y a eu une sesshin [période intensive de méditation, ndlr] de cinq jours à Okayama. Et j'ai été nommé pour guider la pratique des participants, alors que je ne disposais pas de compétences particulières pour le dialogue interreligieux. Cela a été une expérience formidable. Le groupe des 27 était associé à des novices bouddhistes, que l'on appelle « les nuages et l'eau », c'est-à-dire des jeunes qui sont censés avoir la malléabilité des nuages et de l'eau. Ce qui sans doute était moins le cas de la délégation européenne.
Vous vous êtes rendu ensuite dans un monastère en Europe. Qu'est-ce qui vous a étonné ?
Je ne connaissais absolument rien à la religion chrétienne. J'étais surpris qu'on nous ouvre les portes et que nous puissions partager le quotidien des abbayes, car je croyais que c'était un royaume interdit. Des échanges plus étroits ont ensuite été instaurés par le pape Jean Paul II qui a donné son accord pour que se noue ce genre de rencontres. À ma connaissance, c'était la première fois que cela se produisait depuis la naissance du Christ. En 1986, j'ai animé les premières sessions zen pour des moines et des laïcs.
Trente ans plus tard, que peuvent apporter ces rencontres à notre époque ?
Nous vivons dans des sociétés marquées par un fort sentiment de peur et des conflits violents. À cause des actes terroristes comme ceux que la France a connus, mais aussi parce que nos contemporains évoluent dans un monde du travail en perpétuelle tension. Si bien que de nombreux citoyens rejoignent les croyants pour se demander comment oeuvrer à la paix.
Que propose le zen pour dépasser ses appréhensions ?
Il est certes difficile d'apporter une réponse simple, car ces actes de violence traduisent aussi de fortes frustrations. Mais un travail dans la durée est de toute façon nécessaire. Et pour cela, le zen préconise de prendre des temps de méditation réguliers, en trouvant une posture physique juste. Le dos doit rester droit, la colonne vertébrale étirée, comme si un fil partait du sommet du crâne pour atteindre le ciel. Et en même temps, le zen incite à nous ancrer dans le sol, en ayant la sensation d'être enracinés dans la terre. L'ensemble crée un état de stabilité, mais sans tension. Cette attitude n'est pas si simple à adopter à notre époque où les personnes sont souvent dans une agitation permanente. Mais ce n'est qu'à partir de cette position que nous pouvons identifier ce que représente la peur pour chacun de nous et élaborer une réponse pacifique pour y faire face.
Pourquoi insister sur la posture ?
Car elle seule permet de trouver une respiration suscitant un état de calme intérieur où le physique et le mental sont en harmonie. Dans cette perspective, le zen propose de se concentrer sur l'expiration. Nous pratiquons ainsi une forme particulière de respiration (dite inversée) qui purifie le coeur de ce qui nous encombre. Il est conseillé d'expirer profondément et longuement, en ayant la sensation que l'on chasse à l'extérieur ce qui peut être de l'ordre des choses négatives. Quand nous expirons l'air, nous sommes invités en même temps à pousser sur le bas-ventre, entre le nombril et le pubis. L'inspiration survient ensuite comme par réflexe, une simple conséquence de l'expiration. Au début, cette façon de procéder surprend les Occidentaux qui ont plutôt l'habitude de gonfler la poitrine lorsqu'ils inspirent, puis de rentrer le ventre quand ils chassent l'air !
Pourquoi expulser l'air par le nez plutôt que par la bouche ?
Les Occidentaux utilisent souvent la bouche pour respirer dans le cadre d'une respiration centrée sur la cage thoracique. La respiration inversée, en poussant sur le bas-ventre durant l'expiration, s'avère plus simple si l'on ferme la bouche. L'air remonte ainsi le long de la colonne vers les narines. Le menton est légèrement rentré pour faciliter le passage de l'expiration le long du cou. Nous gagnons en stabilité. Ce travail favorise une prise de conscience de nos craintes qui permet de les affronter de la façon la plus paisible possible. À chacun de l'expérimenter, mais cela se ressent physiquement.
En quoi ces temps de méditation ont-ils un lien avec la vie quotidienne ?
Mais ce lien est direct ! Ce qu'on aura découvert dans la posture de l'assise pourra être ensuite transposé dans tous les actes de notre existence pour maintenir ce coeur que rien ne trouble malgré les catastrophes environnantes. Contrairement à une certaine interprétation venue des États-Unis, le zen n'a pas pour but de se débarrasser des émotions. Nous pouvons les recevoir toutes, positives ou négatives. Il ne s'agit pas de les supprimer, mais de ne pas en devenir prisonnier. Progressivement, en pratiquant la méditation, nous arrivons à une forme de lucidité qui n'est pas intellectuelle, mais qui est la capacité de voir les choses dans leur réalité tout en gardant notre propre sérénité.
Plus qu'une technique de bien-être individuel, le zen peut donc nous aider à affronter nos peurs ?
En soi, ce bien-être n'est pas négatif. Les écoles classiques du zen aident leurs adeptes à se sentir bien, en trouvant une certaine quiétude pour ne pas être atteints par les agressions extérieures. Mais il y a un risque à le réduire à cette dimension. Au XVIIIe siècle, au Japon, le zen Rinzai a connu une période qui s'attachait beaucoup trop à la forme et au « salut personnel ». La pratique a été rénovée par un dénommé Hakuin, un type extraordinaire, qui a fait voler en éclats la vision traditionnelle et conformiste du zen, pour ne pas se soucier que de son bien-être personnel. Mais aussi intégrer cette façon de se tenir dans la vie lorsqu'on est confronté à des événements dramatiques, pour garder cette qualité de présence, à la fois concentrée sur la respiration et ouverte sur les autres.

Le parcours d'un maître 
Hôzumi Gensho Rôshi est né en 1937 à Hitoyoshi,au Japon. Quand il perd son père à 7 ans,Hôzumi est confié à son oncle, prêtre du petit templeToko-ji à Kameoka. Il poursuit ses études sans vouloirdevenir moine, mais au cours d'un voyage, il se convertit au zen. Il rejoint alors le monastère Shôfukujipour plus de 12 années de pratique intensive du zenauprès du maître Yamada Mumon. Diplômé en études bouddhistes de l'université Hanazono en 1959, ilincarne le 84e patriarche dans la lignée du zen Rinzai,depuis Bouddha Shakyamuni, l'une des deux grandes écoles zen (la seconde étant le Soto).
 Une retraite avec Hôzumi Rôshi
Chaque année, en février, le maître zen donne une retraite où il partage sa sagesse. Depuis cinq ans, elle se tient à l'abbaye trappiste de Cîteaux. La session est organisée par l'association Mugen dont la responsable est Anne-Marie Hebeisen. Les laïcs peuvent y participer. Renseignements : asso.mugen@gmail.com

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jeudi 9 novembre 2017

La vérité de la Douceur...


" La douceur apparaît d'abord comme une défaillance.
Elle déroge à toutes les règles du savoir-vivre social.
Les êtres qui en font preuve sont parfois des résistants mais ils ne portent pas le combat là où il a lieu habituellement. Ils sont ailleurs.
Incapables de trahir comme de se trahir, leur puissance vient d'un agir qui est constamment une manière d'être au monde.(...)
De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière. (...)
Dessous est la douceur, tapie. Sous chaque chose regardée, juste la ligne en dessous, c'est là, sous chaque chose touchée, chaque mot prononcé, chaque geste commencé, comme la ligne mélodique qui accompagne une ligne chantée.(...)
...Attenter à la douceur est un crime sans nom que notre époque commet souvent au nom de ses divinités : l'efficacité, la rapidité, la rentabilité. (...)
La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.(...)
Comment faire entendre le manque de la douceur dans l'existence, la mémoire, la fragilité des êtres ?
Ce manque n'est presque pas audible, je ne sais même pas s'il est vraiment perçu. Il apparaît en creux dans la norme de plus en plus présente que fait peser une société qui se veut démocratique et libérale mais dont la logique consumériste fait s'indifférencier les êtres dans une économie qui ne souffre aucun "état d'âme"....(...)
ANNE DUFOURMANTELLE
" puissance de la douceur "
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photo de Ged Rudrau

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mercredi 8 novembre 2017

Parole silencieuse...




Le silence ne cesse de parler.
C'est un courant continuel qui n'est interrompu que par la parole.
Les mots que je prononce font obstacle au langage muet.
Prenez par exemple le courant électrique dans un fil.
S'il y a une résistance sur son passage,
il brille dans le cas d'une lampe,
ou tourne dans le cas d'un ventilateur.
Dans le fil il demeure à l'état d'énergie électrique.
Il en est de même avec le silence qui est flux de langage,
tandis que les mots sont des résistances.
Ce que l'on est pas capable de connaître,
même après des années de conversations,
peut être appréhendé instantanément dans le silence,
ou en face du silence.

Ramana Maharshi


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mardi 7 novembre 2017

A deux mains pour être humain




Je crois en une contamination de l'amour, de la bienveillance, de la douceur et de l'intelligence. Chaque fois qu'on pose un acte de tendresse, d'affection, d'amour, chaque fois qu'on éclaire quelqu'un en lui donnant une écoute, un conseil, on modifie un tout petit peu l'avenir de l'humanité dans le bon sens.  

Christophe André.


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lundi 6 novembre 2017

Méditation et vie intérieure avec Jacques Castermane

Voici ce que dit Graf Dürckheim quant au sens des exercices qu'il a pratiqué durant son séjour au Japon (1938-1947).

« J'ai moi-même pratiqué pendant de longues années le tir à l'arc (Kyudo) et la méditation de pleine attention appelée zazen. Je pense avoir saisi le sens de tels exercices. Les Japonais utilisent l'acquisition d'une maîtrise technique extérieure comme moyen de maturation de l'homme intérieur. Quel que soit l'art pratiqué, au départ il y a toujours l'apprentissage d'une technique. Au fur et à mesure de votre entraînement, le maître des exercices vous invite à faire bien ce que vous avez appris, à maîtriser ce que vous faites bien, pour ensuite maîtriser parfaitement ce que vous maîtrisez. Et, lorsque j'ai quitté le Japon, mon maître de tir à l'arc m'a dit — vous reste maintenant à parfaire ce que vous maîtrisez parfaitement — !
C'est en pratiquant, inlassablement le même exercice, que j'ai compris le sens de la répétition de toujours la même chose. Plus la technique est maîtrisée, plus le pratiquant arrive à lâcher-prise du moi ambitieux, du moi volontariste, du moi enfermé dans le désir de réussir ou la crainte d'échouer. Alors viendra peut-être le moment où la technique purifiée des réactions mentales et affectives qui révèlent la présence de l'ego, fera place à une réalité plus profonde que les maîtres du zen appellent —la vraie nature de l'être humain—, que j'appelle —son être essentiel—. Expérience intérieure, vécu intérieur souvent bouleversant dans le sens où votre action est réalisée dans la liberté de l'être. 
Moment au cours duquel s'éveille ou se réveille cette qualité d'être qui manque cruellement à l'homme contemporain: le calme intérieur».
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samedi 4 novembre 2017

Le silence est rose


Il faut d’abord que votre cœur devienne silencieux et se tourne vers sa vraie vocation, recevoir et assimiler le noyau du microcosme*. Quand le cœur est devenu silencieux et pur, la Rose* s’ouvre à la Gnose universelle et la Parole devient vivante en vous. Une grande joie qui ne disparaîtra jamais plus vous envahit. Un immense et merveilleux bonheur remplit le cœur entier et l’on se sent intensément lié à tout et à tous. Ainsi entrez-vous en possession du premier grand pouvoir d’immortalité, qui est un pouvoir libérateur.[…] 
il vous anime et ne rencontre plus aucune résistance dans le cœur, le lieu de l’animation. Il lui est alors possible de purifier celui-ci totalement. Il s’adapte à la personnalité dans une grande harmonie, vibre à travers tout le système, donne la santé et repousse la maladie… Tel est le secret permettant à un corps faible de poursuivre le travail de manière durable jusqu’à un âge avancé.
Gnose Originelle Égyptienne IV – Jan van Rijckenborgh

* Rose: étincelle divine au cœur de l'Homme
* Microcosme: petit monde , l'homme en tant que création divine.

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vendredi 3 novembre 2017

Le sommeil conscient (3)


LA CORDE POUR LE SERPENT
Pendant le sommeil conscient, le système nerveux et la pensée se retirent, mais la conscience, le "je suis" demeure, contemplant le flux et le reflux de l'assoupissement, des rêves et de la veille sans en être affecté. Ce n’est pas d'une conscience cartésienne qu'il s'agit, d’un «je pense donc je suis ». mais d’une conscience universelle, celle de la joie d’être.

Pierre Bonnasse nous rappelle que, de Socrate à Montaigne, les philosophes nous enseignent que « ce n’est pas la réalité qui est difficile, mais notre manière de la percevoir ». Depuis la nuit des temps, le yoga nous montre pourquoi en nous confrontant avec la part mécanique de nous-même, que nous prenons généralement à tort pour notre véritable nature. Nous avons trop tendance à prendre la partie pour le tout. Mais nous ne nous réduisons pas aux émotions, même si celles-ci nous envahissent parfois au point de nous submerger et de nous emporter dans leurs flots. Dès l’instant où j’arrête de prendre la corde pour un serpent, je n’ai plus peur de m’en saisir et d’en user à bon escient. Le yoga nidra permet de comprendre que plus je suis conscient dans le sommeil, plus je le suis dans l’état de veille, et vice-versa. Cette connaissance permet de prendre du recul et d’enrichir la qualité de notre relation ; nous-même et au monde.

L’EXPÉRIENCE DU SOMMEIL ET DE LA MORT
La posture allongée du cadavre nous met, littéralement, dans l’expérience métaphorique de la mort. Il n’y a pas de veille sans sommeil, pas de vie sans mort. Et il nous est impossible de comprendre la nature d’un état sans comprendre la nature des autres.
« Je nais et je me réveille en inspirant, je meurs et je m’endors en expirant », dit Pierre Bonnasse. Dans la mythologie grecque, Hypnos, personnification du sommeil, et Thanatos, celle de la mort, sont frères. Le sommeil peut donc être considéré comme une préparation à la mort et un moyen de se libérer de la peur qu’elle éveille. Nous aimons dormir profondément, mais nous restons prisonniers de la peur de mourir - bien entendu, nous aimons d’autant plus dormir profondément que nous savons que nous nous réveillerons... Toutefois, le nidra permet de faire cette expérience finalement rassurante, sorte de « souvenance de la mort », à condition de vivre l’endormissement comme si c’était la toute première fois, sans préjugé ni a priori, et en même temps comme si c’était la dernière, comme si chaque expiration était bel et bien l'ultime. 





LE GESTE RIGOLO DES OREILLES
La technique est simple : « Pincez le lobe des oreilles entre le pouce et l'index, tirez vers le bas le plus loin possible, ouvrez la bouche, rétractez la langue au milieu sans qu'elle touche une autre partie de la bouche, tirez-la un peu en arrière, écarquillez les yeux, relevez les sourcils le plus haut possible... et vous devriez vous mettre à bâiller. C'est un geste de détente et d'énergie, à faire avant une séance, avant de s’endormir, en se réveillant, à tout moment de la journée. Simplement pour la saveur et le retour à la tranquillité. »

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jeudi 2 novembre 2017

Le sommeil conscient (2)


IMITER LE SOMMEIL
Pour commencer, le plus simple est d’imiter une façon de s’endormir assez commune à tout le monde : l’inspiration monte, s’étire un peu, puis retombe avec l’expiration, s’effondre avec une pause respiratoire à poumons vides. « En la répliquant volontairement, ma propre respiration du dormeur s’installe très rapidement et spontanément », constate Pierre Bonnasse.
Il n’y a rien à faire, ne surtout pas intervenir dans le processus pour l’apprécier tel qu’il est vraiment et non tel qu’on le pense.
Dans ce travail de repérage, il suffit d’observer le phénomène respiratoire à l’œuvre. L’écoute est portée sur l’air qui entre et sort par les narines, ou celle des deux qui est le plus en activité, et sur la sensation tactile. Quelques minutes avant que l’on s’endorme, la respiration change, chaque expiration s’allonge, s’étire et se trouve suspendue dans des rétentions naturelles à poumons vides. Le souffle s’amenuise. Le corps s’endort, consomme moins d’oxygène.

LES VERTUS DE LA FRAÎCHEUR
Sur le plan physiologique, le corps et les tensions se relâchent en profondeur, l’état de détente s’installe, les sens s’intériorisent, s’effondrent et la température du corps s’abaisse. Ce rapport au froid est important, car il permet de garder un certain éveil, contrairement à la chaleur qui entraîne l’engourdissement. Le froid nous relie à la sensation tactile, au toucher, à la peau et donc, conformément à l’interdépendance des éléments, au centre d’énergie du cœur, le centre du sommeil. C’est pourquoi, durant cette pratique, je peux essayer de rester le moins couvert possible pour sentir le froid et m’habituer à cette sensation de fraîcheur. Au niveau de la peau, cette fraîcheur se manifeste par une sensation particulière au cours de l’endormissement. Mais il ne faut pas non plus que la situation devienne inconfortable. Si nécessaire, on peut se couvrir.

DES IMAGES VENUES DE LOIN
Sur le plan mental, l’ordre et la cohérence disparaissent. Lors de la phase d’endormissement, le mental se déstructure, perd son agencement de l’état de veille, les pensées se dénouent. Je pénètre dans un monde différent, avec l’impression d’entrer et de m’enfoncer dans un profond couloir, avec des images ou des flashs qui défilent de plus en plus vite à mesure qu’approche le sommeil. Les impressions latentes se manifestent sous un nouveau regard. Des images s’associent, des souvenirs de la journée, puis d’autres en relation avec un passé plus lointain, encore identifiables, enfin certaines d’apparence inconnue.

LA NARINE GAUCHE
Sur le plan respiratoire, le souffle se confond progressivement à l’approche du sommeil avec la respiration du dormeur. Si je suis couché sur le côté droit, dans la posture du Bouddha allongé, je me concentre sur l’activité de la narine gauche, en écoutant simultanément le son intérieur, jusqu’à tranquillement glisser dans le sommeil, en pleine conscience. De l’autre côté du miroir. Cette pratique peut être conduite au milieu de la nuit. Il suffit alors de se munir d’une alarme, de se réveiller et d’alterner phases de veille et de sommeil. Mais l’exercice est déconseillé au non-initié, car il peut s’avérer déstructurant.

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mercredi 1 novembre 2017

Le sommeil conscient (1)

Le sommeil yogique est une technique de relaxation très puissante, aussi reconstituante qu'une bonne nuit ; la différence est que l’on reste conscient - ou tente de le rester - tout le temps.
Par Paul Velasquez
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Selon la legende, Brahma, le dieu créateur de l’hindou, « dormait » entre les successives créations du monde. Mais c’était un sommeil un peu particulier, qui lui permettait de « percevoir le soleil flamboyant dans le ciel ». Pour le yogi, le sommeil n’est jamais inconscient. A l’aune de ce que la science occidentale nous a appris sur les vertus du sommeil, l’ultra-vigilance de Brahma peut nous paraître regrettable pour lui, mais la notion de « conscience » en yoga n’est pas tout à fait la même que celle que l’on entend dans la pensée philosophique occidentale. Le sommeil est l’occasion d’un « temps d’éveil », une ouverture à soi et au monde, à l’être, et à la mort.

C’est à ce voyage à nul autre pareil que va nous convier ici Pierre Bonnasse. Ecrivain, formateur en sophrologie et professeur de yoga, Pierre Bonnasse nous éclaire et nous guide à travers un formidable petit ouvrage qu’il consacre au « sommeil conscient », Yoga-nidrâ : la pratique du sommeil conscient (Almora).

LES PRATIQUES PRÉPARATOIRES
Le fait de rester allongé dans la posture dite du cadavre, immobile, sans rien vouloir faire (rappelons-le !), est en soi un exercice formidable. C’est l’exercice avec lequel on débute et auquel toute la pratique va nous ramener : simplement, allongé, être (on ne le répétera jamais assez), sans mot, sans pensée. Allongé sur le sol, les bras et les jambes légèrement écartés, les paumes de main vers le haut (quand c’est possible), le dos adhérant au sol. C’est une posture qu’il est possible d’adapter avec un coussin sous la tête ou sous les genoux pour soulager les lombaires. Relâchement du corps - visage, mains, bras, épaules, nuque, dos et jambes -, en prenant conscience des points d’appui au sol ou sur le lit. Prise de conscience également de l’air qui entre, frais, qui sort, un peu plus chaud. Inspirer et expirer, prendre et donner, vivre et mourir. Souffle après souffle, je m’abandonne à l’immobilité. A l’immuable. Paix immobile, plaisir à être, simplement être...

Les souffles.
La pose installée, Pierre Bonnasse nous invite à simplement observer le flux et le reflux naturel de la respiration, sans chercher à le contrôler. Il est également possible d'adopter une posture respiratoire particulière, par exemple, un temps d’inspiration pour deux temps d'expiration, ou un temps d’inspiration pour quatre temps de rétention à poumons pleins puis deux temps d’expiration. Le mantra à penser est simple : « Je suis. »

Quand pratiquer?
Avant le sommeil convient le mieux, car c’est une excellente technique pour induire le rêve lucide et les expériences hors du corps pendant le sommeil. Le « rêve lucide » se réfère au type de rêve dans lequel on est conscient d’être en train de rêver.
Comme on l’a vu avec Brahma, les grands maîtres de yoga restent conscients même pendant le sommeil profond : seuls le corps et le cerveau sont endormis - ou presque - tandis que la conscience demeure continuellement en éveil.

LA RESPIRATION DU DORMEUR
Pour prendre conscience de sa « respiration de dormeur », c’est simple. Au départ, il est préférable de s’asseoir dos sur un coussin, les jambes allongées, ou de s’allonger confortablement, sur le dos, ou dans la position où on s’endort le plus facilement et naturellement. On peut le faire au sol ou s’entraîner dans son lit. Le but est de s’endormir rapidement et de se réveiller plusieurs fois, pour observer des processus respiratoires et repérer précisément cette respiration du dormeur. Une fois apprise, elle peut être répliquée pour s’endormir sur commande, parfois plus rapidement, et ainsi entreprendre un travail sur soi plus approfondi. Pierre Bonnasse nous rappelle, avec malice, que la sieste, en particulier, devient un espace « de travail » savoureux.

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mardi 31 octobre 2017

Nous apprenons ce qu'aimer veut dire


Nous apprenons ce qu'aimer veut dire à partir de trois expériences fondatrices :

1/ Au creux des bras maternels qui nous ont tenus.

2/ À partir de la façon dont notre père s'est imposé ou non à cette relation privilégiée; et cela à la fois parce que, par son désir pour lui, la mère a fait une place à son mari et parce que le père a assumé cette place.

3/ Et aussi à partir de la manière dont les parents s'aimaient entre eux; un enfant a existentiellement besoin que ses parents s'aiment en se reconnaissant dans leurs différences. Si tel est le cas, c'est le gage pour l'enfant qu'il pourra se permettre à son tour d'être différent, sans craindre de perdre l'amour de ses parents.


Nicole Jeammet 
«les violences morales»
Odile Jacob

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