jeudi 6 juillet 2017
mercredi 5 juillet 2017
Il est temps...
Peut-être est-il temps de ne plus essayer de " réparer " celui qui est en face de toi, de ne plus essayer de lui donner des réponses ou de résoudre ses problèmes.
Mon ami, tu n'es pas très bon à cela.
Ta nature n'est pas la manipulation, mais la présence; elle n'est pas la division, mais la plénitude.
Peut-être est-il temps de ne plus prétendre être cette autorité qui sait tout, cet enseignant infaillible, cet expert complètement guéri. Même avec la meilleure des intentions, tu peux, sans le savoir, interférer avec son processus de guérison naturel. Tu peux le maintenir dépendant de toi, en l'empêchant de prendre vraiment conscience de son expérience directe.
Rappelle-toi, il peut avoir besoin de se sentir encore plus mal avant de se sentir mieux. Il peut avoir besoin de ressentir sa douleur plus profondément avant de s'ouvrir à la véritable source de guérison qui lui est propre. Il peut avoir besoin de mourir à ce qu'il pensait être, avant de pouvoir vraiment vivre. Ce qui est vrai pour lui est vrai pour toi.
Alors détends-toi.
Respire.
Sors du drame.
Reconnais ton désir de le changer, de le guérir ou même de l'apaiser.
Écoute simplement, maintenant, sans jugement et essaie de comprendre où il en est maintenant.
Vois clairement ce qui est et qui est en face de toi.
Peut-être la plus grande aide que tu puisses offrir en ce moment est-elle ta clarté et ton attention sans jugement - ta compassion naturelle.
Transmets cela : sois cette présence; offre cette ouverture.
Reste largement ouvert aux solutions qui ne sont pas encore nées.
Aie confiance dans le processus étrange de la vie.
Sois une intention silencieuse... et les bons mots, les bonnes actions, les bonnes interventions, les bonnes décisions, surviendront sans effort.
Sanctifie son moment en ne fuyant pas. Reflète sa propre capacité à être présent.
Aie confiance dans l'ancien mystère de la guérison.
Peut-être que le véritable remède peut fonctionner quand « tu » ne te mets pas en travers du chemin. Oui, les remèdes et les bons conseils peuvent engourdir ou même supprimer les symptômes, mais une invitation à une guérison spirituelle plus profonde peut se tapir juste sous la surface des choses.
Jeff Foster
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mardi 4 juillet 2017
Comment la méditation nous aide à moins souffrir avec Christophe André (2)
Une réponse préventive
La méditation s’inscrit aussi dans les évolutions que connaît le monde médical. Pendant longtemps, la médecine occidentale était principalement une médecine de la maladie, ciblée uniquement sur les organes. Par conséquent, aujourd’hui, lorsque vous consultez dans un Centre hospitalier universitaire (CHU), il n’y a plus de praticien généraliste. Même chaque cardiologue est spécialisé sur des pathologies très précises comme l’hypertension ou les infarctus. Mais au fil du temps, on s’est rendu compte que cette organisation ne suffisait pas. Qu’il fallait adjoindre à cette médecine d’excellence des organes, une médecine de la santé. Il s’agit de s’interroger en amont, faire de la prévention pour aider les personnes à rester en bonne santé plutôt que de les soigner lorsqu’elles sont tombées malades. C’est soigner la personne et non seulement ses organes.
Cette mission, la méditation peut y répondre. Car cette approche plus écologique de la santé facilite les capacités d’autoréparation du corps. C’est ce qu’il se passe lorsque vous vous coupez et que votre peau se cicatrise toute seule. Autoréparer nos organes, y compris notre cerveau, est possible grâce notamment à l’apprentissage de l’auto-compassion : la bienveillance et la douceur envers nous-mêmes. Lorsqu’on est malade, il s’agit de ne pas traiter son corps comme un objet qui nous casse les pieds et nous empêche d’atteindre tel ou tel objectif. Au contraire, il faut être attentif à ses besoins. De plus, cette pratique nous incite à modifier notre style de vie. Apprendre à méditer, ce n’est pas seulement s’asseoir tous les matins sur un tabouret pendant une demi-heure, puis conduire le reste de ses journées comme auparavant. C’est prendre davantage d’instants pour se poser, ne rien faire, écouter, ressentir afin d’être plus présents face à ce que nous accomplissons.
Se focaliser et non se disperser
Au travail, nous pensons à nos loisirs. À la maison, nous pensons à notre travail, etc. Nous sommes aujourd’hui dans une société dite de « la dispersion intentionnelle ». La méditation peut nous aider à nous concentrer davantage grâce à l’un de ses mécanismes : l’entraînement intentionnel. Une technique qui utilise le souffle et la respiration, deux cibles mouvantes (voir exercice en encadré). En effet, notre intention se fixe plus facilement sur des objets en mouvement qu’immobiles. Ceci explique pourquoi la majorité des humains entrent dans des états proches de la pleine conscience lorsqu’ils sont face aux vagues de la mer ou les flammes d’un feu.
Toutefois, l’objectif de l’entraînement intentionnel n’est pas d’être toujours attentifs mais de savoir où vont nos pensées : à quel moment notre esprit est-il en train de vagabonder ? À quel instant est-il centré sur un objet ? Puis il arrive que le problème s’inverse. De trop dispersée, notre intention peut devenir trop focalisée. C’est ce qu’il se passe lorsque nous souffrons ou même lorsque nous sommes préoccupés. Lors de ces situations, nous oublions tout ce qui existe autour de nous. C’est pour cela que parmi les pratiques méditatives, certains entraînements sont des exercices de focalisation de l’attention tandis que d’autres que l’on appelle de « conscience ouverte » permettent de s’ouvrir à l’ensemble des éléments présents dans notre environnement.
Souffrance moins destructrice
Méditer modifie des variables biologiques, immunitaires, inflammatoires, etc. Les bénéfices médicaux de cette pratique sont nombreux. Lorsque nous avons découvert les premières études sur ce sujet, nous avons été bluffés. Parmi ces recherches, certaines étudient la diminution de la C-réactive (ou CRP), une protéine qui se révèle être un bon marqueur de l’état inflammatoire. Les unes s’attachent à observer l’impact de la méditation après trois mois de pratique, les autres se focalisent sur des méditants plus expérimentés. Mais toutes concluent sur des résultats similaires : un affaiblissement des niveaux d’inflammation, identifié grâce à des variables biologiques.
Quant aux études sur la douleur, elles montrent que les personnes qui méditent vont avoir davantage de recul psychologique sur leur souffrance. Certes, la source de douleur en elle-même ne sera pas supprimée. Mais ses conséquences psychologiques et affectives seront moindres. À douleur égale, la souffrance sera moins destructrice, moins dévastatrice. Du côté des méditants expérimentés, on observe également des modifications d’ordre anatomique. Chez eux, les aires du cerveau qui traitent les signaux douloureux sont plus épaisses comme si elles travaillaient davantage et qu’elles freinaient plus intensément les impulsions que chez les personnes non méditantes. Tous ces phénomènes sont très étonnants. Ici, il ne s’agit pas de patients qui nous déclarent : « J’ai moins mal, je souffre moins. » Mais bel et bien de données biologiques qui montrent l’impact de ces pratiques.
Ainsi, pour moi, lorsque des hommes modernes déclarent qu’ils n’ont pas le temps de méditer, ils sont en danger. Leur raisonnement est quelque peu absurde. Car cette pratique n’est pas du temps à consacrer en plus mais une manière différente de traverser nos moments de vie habituels qu’ils soient joyeux ou malheureux.
Le souffle et les intentions
« Voici un exercice pour travailler sur vos intentions. Installez-vous correctement : le dos droit, les pieds à plat. Cessez toute activité pour être juste dans la présence de ce qu’il se passe ici et maintenant. Que ressentez-vous à cet instant ? Rappelez-vous que vous avez un corps, puis focalisez votre attention sur les mouvements de votre souffle sans pour autant chercher à contrôler votre respiration. Peut-être qu’à un moment donné, vous allez vous rendre compte que vous n’êtes plus dans la conscience de votre respiration mais que vous pensez à autre chose. Une fois que vous notez cela, acceptez-le. C’est le fonctionnement naturel de notre esprit : il vagabonde. Puis si vos pensées s’éloignent à nouveau du souffle, revenez à votre respiration afin de continuer à travailler sur votre intention première. »
Distinguer le réel du virtuel
« Nos souffrances intérieures ne sont pas liées uniquement à des événements mais aussi à ce que nous en disons et à ce que nous en pensons. Parmi les mécanismes de la méditation, un exercice permet de prendre du recul sur nos pensées et nos émotions, de mieux faire la distinction entre le réel et le virtuel. Quand nous nous sentons tristes ou anxieux, nous pouvons, par exemple, nous demander : suis-je dans la réalité ou dans la lecture la réalité ? Ma tristesse a-t-elle comme origine des faits concrets ou est-elle due à des montées d’angoisses plus anciennes ? Cet apprentissage, qui s’inscrit bien sûr dans le temps, peut jouer un rôle intéressant dans la prévention de rechutes dépressives ou l’apparition de troubles anxieux. Les patients souffrant de ces pathologies seront plus aptes à affronter l’adversité de la vie car ils auront déjà distingué les faits réels des lectures de la réalité. »
Christophe André :
C’est lui qui, en France, a été l’un des premiers à introduire la méditation à l’hôpital. Il est l’auteur de best-sellers sur la psychologie positive et la méditation (vous en trouverez d’ailleurs dans notre boutique en ligne), des livres où il sait trouver les mots et les conseils simples et humains qui nous touchent et rejoignent nos expériences. Ce psychiatre dit aussi sans détour, combien il est lui aussi traversé par cette anxiété, ce stress qui nous concernent tous à un moment de notre vie. Il continue de suivre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, des patients et à poursuivre des recherches sur le traitement et la prévention des troubles émotionnels anxieux et dépressifs.
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dimanche 2 juillet 2017
Comment la méditation nous aide à moins souffrir avec Christophe André
En Orient, dans un monastère coupé du monde, un moine, au crâne rasé, médite. Tels sont les clichés qu’active le mot « méditation » dans l’esprit des Occidentaux. Ces images exotiques sont aussi des réalités. Mais en tant que médecin ou soignant, nous ne délivrons pas comme message à nos patients que pour méditer, il faut se retirer au loin. Nous leur présentons plutôt la méditation comme un moyen d’accomplir leur vie de la plus belle manière possible sans se faire violence, sans se mettre de pression excessive mais en essayant de devenir meilleur. Là où nous nous trouvons, là où nous voulons aller, la méditation peut nous accompagner.
Un entraînement de l’esprit
On ne devrait pas dire la méditation mais les méditations. Il existe en effet de nombreuses pratiques et formes de méditation. Mais lorsqu’en Occident, de nos jours, nous parlons de cette pratique sans apporter plus de précision, nous faisons référence à la méditation dite de la « pleine conscience ». Il s’agit d’un ensemble de techniques d’origine bouddhiste dont l’esprit pourrait se résumer ainsi : être davantage présents à nous, à notre vie, à l’existence, au monde, etc. En ce qui concerne la pleine conscience, ses techniques ont été laïcisées, codifiées, adaptées pour l’hôpital par le docteur en biologie moléculaire américain Jon Kabat-Zinn, en 1979, pour s’ouvrir au plus grand nombre. Toutefois sans que son message essentiel soit trahi, ni appauvri. Ainsi, tout un chacun en quelques mois peut prendre goût à cet apprentissage et décider de l’approfondir le reste de sa vie.
Si de longues années sont nécessaires pour devenir un méditant expérimenté, c’est que la méditation constitue un entraînement de l’esprit. Face à nos patients, nous la comparons souvent au sport. Pour atteindre des changements sur le long terme, il ne faut pas faire des exercices physiques durant trois mois, puis tout arrêter. Il en va de même pour la pleine conscience : il s’agit d’un entraînement de l’esprit à pratiquer à rythme régulier. C’est à cette condition que pourront s’accomplir des modifications notamment sur notre état de santé.
Être davantage présent
La méditation ne se limite pas à des exercices. L’esprit de cette pratique va plus loin. C’est être tout au long de sa journée davantage présent. Lorsque nos patients sont chez le dentiste ou dans la file d’attente d’un magasin, nous les encourageons à prendre conscience de ce qu’ils sont en train de vivre. Comment sont-ils en train de respirer ? Quelles pensées traversent leur esprit ?
Se rendre attentif aux choses agréables est, de plus, facile. Il s’agit simplement de s’arrêter, de respirer, de ressentir. Par exemple, lorsque je regarde mon enfant dormir, je peux m’absorber dans la contemplation de ce dernier. Ou, à la vue d’un ciel bleu, ressentir ma présence face à cette beauté naturelle. Toutefois, il est intéressant de réaliser également cet exercice lors d’expériences désagréables. Paradoxalement, la méditation nous apprend à ne plus avoir peur ni de souffrir, ni d’être tristes. Mais elle nous enseigne à observer comment ces états modifient notre corps et notre esprit. Régulièrement, prenez du temps pour accueillir ces sensations afin de mieux les comprendre. Les évacuer par des produits toxiques ne les ferait pas disparaître.
Du spirituel à la santé
Pendant longtemps, la méditation a appartenu quasi exclusivement à la sphère de la spiritualité et de la religion. Ce n’est pas un mal en soi. Pourtant ce cloisonnement a constitué un obstacle à son utilisation dans d’autres milieux comme la médecine ou la pédagogie. Puis, la méditation est sortie du champ strict des pratiques religieuses. Le premier palier a été franchi lorsque cette approche a commencé à être en vogue en Occident. Dans les années 1960, ce qu’on appelle la méditation transcendantale, a connu un vif succès. Même les Beatles en étaient friands.
Pour nous, soignants, la bascule s’est produite plutôt dans les années 1980. Lorsque sont sorties les premières études scientifiques sur l’impact et les bénéfices de la méditation en matière de santé. De grands personnages ont contribué à ces recherches comme Richard Davidson, un scientifique américain spécialisé dans les neurosciences contemplatives. Depuis, on assiste à une explosion de publications scientifiques autour de cette thématique. Outre les vertus démontrées par la science, le succès de la méditation s’explique aussi par le fait qu’elle répond à des problématiques liées à nos modes de vie contemporains : accélération des rythmes, obsession des résultats, interruption sans cesse de nos pensées par les publicités ou les écrans, etc.
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Contempler le monde : un exercice poétique
Est-on jamais entré dans les airs ? J'entends : à l'intérieur de l'air, comme on pénètre les flots lavés du matin. À l'intérieur des airs où loge le silence. Les airs qui font l'espace, la vision et le souffle d'un même élan.
A-t-on jamais plongé dans la pureté des airs ? Dans le frais, dans le froid. Le clair, le vif. Le vaste. En les sentant se refermer derrière soi, plus fins que la frémissante transparence des eaux, loin au fond de la vision, et en y pénétrant avec la peau, l'œil et ses couleurs, l'ouïe comme un câble tendu dans les vents.
Les trésors du monde
On y entre en fendant la vague, d'une hauteur incommensurable, toute de verreries, s'y noyant et se redressant mille fois, ruisselant de scintillations, ou en s'égarant dans l'évanescence d'une musique omniprésente, sans jamais pouvoir épuiser l'espace qu'échafaudent les notes, marche après marche, suspendues, en s'ouvrant indéfiniment, et peut-être finirons-nous par toucher les fins cristaux de lumière qui font l'azur, les trésors du monde qui brillent au fond du ruisseau des airs.
Il n'y a pourtant qu'un seul chemin, pour monter et pour descendre - mais si tu prêtes bien attention, dans les brèches, les échancrures de la roche, il continue tout droit, d'un empan démesuré, entraînant tout ce que tu auras su regarder, porter, aimer.
Vois ce pic dressé, solitaire dans le bleu, et comme détaché de la terre, sans âge, pris dans un mouvement qui nous échappe. Vois l'étalement de sa base, les fronces, les plis amples et nombreux, puis l'irrésistible élan de son sommet. C'est ainsi que la montagne est faite, c'est ainsi que nous sommes conçus, bien que nous ayons encore à l'apprendre. Mais les airs - mais l'espace - le chant d'azur, qui pourra nous le rendre dans le murmure d'un ruisseau, qui nous en donnera l'accès, comme on enfonce le bras dans les brillances glacées pour saisir le joyau d'un galet dans la transparence ?
Ce que l'œil ne voit pas
Peut-être n'y a-t-il que ce geste d'atteindre, sans fin, par tous les chemins, le cri d'une voix infatigable, vers la lumière, l'ouvert, cette mystérieuse béance échappée des doigts d'or de la terre, qui s'allongent avec le regard, les mains tendues, le souffle éperdu remuant l'azur pour en fixer le point d'origine.
La spirale, on ne la voit pas, qui entraîne toute chose d'une invincible aimantation, du fond des vallées, où l'air se tasse et s'effiloche au long des routes, jusqu'aux clameurs de la pierre grisée d'altitude, foudroyée d'immensité. Un jour se prépare, d'un éclat insoutenable, et l'œil ne pourra le voir qu'en brûlant les contours de la vision, en écartant les ombres d'un ciel encore lourd de nos paupières soulevées.
Regarder vers les hauteurs
Ce n'est pas l'heure, et l'herbe la guette, peuple des airs, de sa pointe minuscule dardée comme une antenne, d'un vert si fin, si aigu qu'elle couvre les pentes d'un même frémissement bleu. Tu la caresseras longtemps, tu regarderas vers les hauteurs avec elle, avant d'engager ta petite taille dans l'étroit goulet qui plonge entre les rochers.
Tu épouseras alors son louvoiement, tu entreras dans sa docilité, comme tu t'es coulé dans l'effort des lacets ascendants. Tu descendras - parce que ce mouvement est aussi celui de la terre, à part égale avec la spirale du rapace, le lasso des sentes vertigineuses. Les anges eux-mêmes, incessamment, montent et descendent, au-dessus de la tête des enfants ou des échelles suspendues dans la nuit - et ce sont eux qui font les cieux toujours ouverts.
Philippe Mac leod
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Philippe Mac leod
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samedi 1 juillet 2017
A l'écoute...
"Aujourd'hui, on refait beaucoup l'Histoire. On essaye de comprendre pourquoi on n'a pas plus parlé. Je crois que ça vaut la peine d'essayer de comprendre pourquoi mais qu'il ne faut pas refaire l'histoire autrement qu'elle n'a été en disant que c'est parce que les déportés n'ont pas voulu en parler, parce que les déportés ont cherché l'oubli eux-mêmes. Ce n'est pas vrai du tout. Il suffit de voir le nombre de rencontres qu'ils ont entre eux. Si nous n'avons pas parlé c'est parce que l'on n'a pas voulu nous entendre, pas voulu nous écouter. Parce que ce qui est insupportable, c'est de parler et de ne pas être entendu. C'est insupportable. Et c'est arrivé tellement souvent, à nous tous. Que, quand nous commençons à évoquer, que nous disons quelque chose, il y a immédiatement l'interruption. La phrase qui vient couper, qui vient parler d'autre chose. Parce que nous gênons. Profondément, nous gênons."
Simone Veil
2 mai 1988
L'histoire en direct
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vendredi 30 juin 2017
De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (4)
Votre dernier livre s’intitule Une vie en confiance, Dialogues sur la peur et autres folies. De quelle confiance s’agit-il ?
Durant toutes ces années d’accompagnement, j’ai constaté de manière évidente et criante que la peur est présente en chaque être humain, et qu’elle dirige en sous-main de nombreux aspects de notre vie. Ce livre est axé sur le fait que la peur est l’émotion aliénante par excellence. Elle empoisonne notre quotidien. J’y propose des outils et des réflexions sur la manière dont on peut se délivrer de son emprise. La peur nous referme, nous contracte. Les peurs sont souvent inconscientes, on les sous-estime, on ne voit pas toutes leurs ramifications. La peur est une émotion qui s'infiltre partout, qui va conditionner notre pensée. Chacun d’entre nous porte une, deux ou trois peurs fondamentales et, derrière elles, se cache une seule et même peur : la peur de notre destruction psychique ou physique. Par exemple, si vous vivez un grand amour et que votre compagnon vous quitte, c’est une destruction. Le travail consiste donc à reconnaître la peur et à nous ouvrir à la confiance. La confiance, c’est l’ouverture, le lâcher-prise... Il existe deux niveaux de confiance. Il y a d’abord la confiance relative : en tant qu’être humain, sur quoi puis-je m’appuyer en moi-même ? Sur mon discernement, mon jugement, ma bienveillance, mon corps, mes sensations ? Des pratiques telles que le yoga ou la méditation peuvent nous aider à expérimenter cette confiance relative. Mais il existe une autre confiance. Lorsque nous sommes confrontés à des événements très douloureux, nous ne serons peut-être plus en mesure de nous reposer sur ces appuis intérieurs, nous risquons de nous sentir humainement dépassés par l’épreuve à laquelle nous sommes confrontés. Alors, peut-il y avoir un abandon, un lâcher-prise plus profond ? Une confiance dans la confiance elle-même ?
Lorsque l’on s’abandonne à la confiance, on n’approche pas les événements de la même manière. Il ne s’agit plus de faire confiance à ceci ou à cela, ni même à la vie ou à Dieu. Nous ne pouvons pas faire confiance à la vie en nous persuadant qu'elle nous préservera de toute souffrance. En revanche, quand il nous arrive quelque chose de douloureux, nous pouvons faire confiance à une disposition intérieure confiante. Cette attitude nous permet de nous relâcher, de nous laisser porter intérieurement sans plus chercher à contrôler quoi que ce soit. On constate alors que tout devient plus fluide. Au cœur de la plus grande souffrance, on s’abandonne à la confiance elle-même et on la laisse accomplir son œuvre. préservera de toute souffrance. En revanche, quand il nous arrive quelque chose de douloureux, nous pouvons faire confiance à une disposition intérieure confiante. Cette attitude nous permet de nous relâcher, de nous laisser porter intérieurement sans plus chercher à contrôler quoi que ce soit. On constate alors que tout devient plus fluide. Au cœur de la plus grande souffrance, on s’abandonne à la confiance elle-même et on la laisse accomplir son œuvre.
Après toutes ces années de pratique, quelle est la principale leçon que vous avez retenue ?
J’avais posé cette question à Dilgo Khyentsé Rinpoché, le second maître de Matthieu Ricard. Alors que je lui parlais de mon travail auprès de mes patients, il m’avait simplement dit : « Aimez-les. » Ce qui me frappe fondamentalement, c'est à quel point l’être humain a besoin de bienveillance, avant toute autre chose. Quand on cherche à se transformer sur une base d’exigence idéaliste, de dureté, de fermeture, on peut beaucoup se maltraiter, et les résultats sont décevants. C’est ce que le Bouddha avait constaté, il y a 2 500 ans, avec la quête de la Voie du juste milieu. Il s’était rendu compte que ses ascèses les plus rudes et sévères ne conduisaient à rien. Dès qu'il y a de la patience et de la bienveillance, tout peut advenir. L’être humain commence à s’ouvrir, à se montrer. C’est le préalable fondamental à tout cheminement intérieur.
Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : Sources
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jeudi 29 juin 2017
De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (3)
La bonne nouvelle, au regard de ce que vous dites, c’est que nous pouvons faire l'expérience d’un état de grâce dans la vie quotidienne, et non pas uniquement au cours d’une séance de méditation ou un temps de prière...
Oui, c’est vrai. Afin d’éclairer cette idée, j’aimerais citer Swami Prajnanpad : « Tout ce qui vient à vous, vient comme un défi et une opportunité», disait-il. Ce défi et cette opportunité se présentent au moment où nous souffrons terriblement - c’est quitte ou double ! En nous appuyant sur ce ressenti émotionnel douloureux au lieu de le repousser, nous avons la possibilité de passer de l’autre côté du miroir. Swami Prajnanpad disait aussi : « Le relatif, c’est l’absolu. » Cela signifie qu’en vivant de manière absolue le relatif, donc en nous ouvrant totalement au relatif de notre vie humaine, nous pouvons faire l’expérience de la dimension absolue. Lorsque le cœur est bouleversé, il s’ouvre... Dans certaines traditions, il est dit : « Il faut un cœur blessé pour s’ouvrir à Dieu. » Dans une vie trop confortable, la sensibilité est parfois anesthésiée, endormie. Encore une fois, il ne s’agit pas de rechercher la souffrance pour la souffrance, mais la souffrance pour un éveil de notre sensibilité. Toute démarche spirituelle mène à une ouverture du cœur, à un affinement de la sensibilité.
Dans l’enseignement spirituel de Swami Prajnanpad. il n’y a ni dévotion, ni prières ni rituels. Elle s’enracine dans l’expérience du quotidien, dans la manière dont nous l’accueillons, pour mener à l’ouverture du cœur.
Dans les sociétés et les cultures traditionnelles, comme celle de l’Inde, on ne sépare pas le thérapeutique du sacré, la médecine de la spiritualité. Vous qui connaissez bien l'Inde, que pourriez-vous nous dire de la contribution de la philosophie, de la sagesse, de la spiritualité de cette culture à propos des tourments de l’âme ?
Effectivement, à la différence de la tradition hindoue, où médecine et psychologie s’enracinent dans une spiritualité qui éclaire tous les aspects de la vie, dans la perspective de la psychologie et de la psychiatrie occidentales, la dimension spirituelle de l’homme est absente, et c’est un grand manque. En dehors de toute question religieuse, il faut reconnaître qu'il y a en l’homme un potentiel spirituel qui conditionne sa psychologie. De même que notre psychologie intervient dans notre cheminement spirituel, la dimension spirituelle a une grande importance dans notre équilibre psychologique. Dans certains états psychiatriques, on observe l’émergence de cette dimension à travers des délires mystiques. La personne est habitée par une aspiration spirituelle qu’elle ne peut intégrer. Le psychiatre tchèque Stanislav Grof a travaillé sur ces questions et montré l’importance de la dimension spirituelle dans des accès de délire.
La spiritualité participe à l’équilibre de l’être humain. Sans parler de réalisation ultime, pouvoir cultiver une profondeur spirituelle en soi est essentiel. Aujourd’hui, de nombreuses personnes se sentent perdues et sont à la recherche de sens et de mieux-être. Cela est le signe que ce besoin est là, mais que les réponses de notre société ne sont pas satisfaisantes.
En tant que praticien, je constate qu’un travail de psychothérapie classique apporte des améliorations, mais n’est pas toujours suffisant au regard de cette recherche de sens. Résoudre manques et conflits avec les parents, se sentir moins culpabilisé, avoir moins de peurs... est une étape importante, mais ce n’est pas un but pour la vie. Il est essentiel, à un moment donné, de trouver le moyen de sortir de soi, et la démarche spirituelle est ce qui va permettre de remettre en question l’ego. La psychologie ne s’occupe pas de l’effacement de l’ego. Et pourtant c’est lui qui pose le problème de fond. Certains patients ont besoin d’un horizon plus large. Pour moi, la pratique « d’acceptation », que j’ai décrite plus haut, va permettre de ne pas tourner en rond indéfiniment dans des problématiques psychologiques.
Ce que je propose est de ne pas se laisser piéger par « la réalisation spirituelle ou rien ». Chacun d’entre nous, quel que soit son avancement, peut faire l’expérience pendant quelques instants d’une véritable ouverture intérieure. Tout le monde ne sera pas libéré au sens de moksha, la libération finale de l’âme individuelle selon l’hindouisme ; de ce côté-là, il y a très peu d’élus... Ce que j’ai à cœur de transmettre, c’est que nous pouvons tous vivre des expériences spirituelles. Mon travail consiste à aider ceux et celles qui cherchent à le découvrir. Bien sûr, il y a un préalable à l’expérience d’une ouverture du cœur véritable : il faut d’abord connaître nos fonctionnements, nos peurs, nos émotions, accepter qui nous sommes et ne pas chercher à être quelqu’un d’autre... Un état de grâce ne durera sans doute pas, mais le fait d’avoir fait cette expérience change la perspective...
Vous proposez en quelque sorte une démocratisation des petits moments d'éveil ?
Je ne prétends pas que l’éveil est à la portée de tout le monde car ce serait mensonger. Je dis simplement que quelque chose, dans cette perspective-là, nous est possible... Il m’importe que des personnes qui butent dans leur recherche sachent qu’elles peuvent vivre des moments d’ouverture, plutôt que de s’enfermer dans la conviction que rien n’est possible pour elles. En étant bienveillant avec soi-même, on peut faire l’expérience de la grâce, ne fût-ce que quelques instants.
Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : Sources
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mercredi 28 juin 2017
De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (2)
Pourquoi avez-vous décidé de compléter votre travail psychothérapeutique par une démarche spirituelle ?
Pour moi, les deux ont toujours été inséparables car je ne peux concevoir l'homme sans prendre en compte sa dimension spirituelle. La psychiatrie est une discipline médicale qui s’adresse à la maladie : la psychopathologie, la schizophrénie, la bipolarité, les délires... La démarche dont je parle ne concerne pas des personnes atteintes d’une maladie psychiatrique, car elles ne seraient pas en état de faire ce travail... La spiritualité attire beaucoup de gens fragiles, qui sont parfois border-line et qui ont des difficultés à s’insérer dans la société. Une voie spirituelle peut alors devenir un refuge. Pendant des sessions répétées de méditation, quelqu'un de fragile peut décompenser. Dans ce cas, la méditation n’est pas bénéfique car la personne n’est pas en mesure d’affronter ce qui déferle en elle. Ma formation de psychiatre est pour moi un appui pour dire à certains patients que la démarche spirituelle n’est pas mûre pour eux, pour l'instant, et qu’il est préférable qu’ils entament préalablement un travail de thérapie classique pour aller mieux dans leur vie.
Dans le même ordre d’idée, dans votre livre Souffrir ou Aimer vous nous invitez à commencer le travail de connaissance de soi par ce que vous appelez « moi seulement », avant de passer aux deux autres étapes : « moi et l'autre, et l’autre et moi », et enfin « l’autre seulement ». Pour quelle raison ?
Ces étapes ont été établies par Swami Prajnanpad. « Moi seulement » consiste à voir où nous en sommes vraiment, sans s’illusionner, sans se mentir. Par exemple, une personne engagée dans une voie bouddhiste ou chrétienne peut se persuader d'être dans l'amour et la compassion, alors qu’en réalité certaines de ses demandes névrotiques et infantiles ne sont pas réglées et sont ainsi détournées. « Moi seulement » conduit à s’interroger : « Quelle est ma réalité ? Ai-je le cœur ouvert ou fermé à l'autre ? Ai-je des insatisfactions, des peurs ? Suis-je heureux ? » Si je suis incapable de m’accueillir tel que je suis, je ne saurai pas accueillir l’autre tel qu’il est. Beaucoup de personnes ont un fort idéal spirituel auquel elles s’efforcent de ressembler, mais sans tenir compte de là où elles en sont. Vouloir ressembler à une image spirituelle idéale, sans prendre en compte notre vérité émotionnelle et égocentrique, peut entraîner des réactions violentes, telle qu’une dépression ou des angoisses. «L’autre seulement» exige que nous soyons véritablement dégagés de notre égocentrisme.
Pouvez-vous développer ce qu’est réellement « l'acceptation de ce qui est », une notion fondamentale dans la voie de Swami Prajnanpad ?
« Accepter ce qui est » peut paraître simple en apparence, mais en réalité, il s’agit de quelque chose de très subtil. Pendant longtemps, j’ai cru comprendre ce que voulait dire « accepter ce qui est », mais après quinze années de pratique, je me suis aperçu que ma compréhension était intellectuelle et superficielle. Je ne m’engageais pas profondément dans cette expérience. « L’acceptation » nécessite la participation de tout l’être. Le corps fait également parti du processus, dans la mesure où toute tension corporelle est le signe d'un refus sur le plan émotionnel. On peut reconnaître qu’à l’intérieur de soi, il y a telle pensée, tel état émotionnel, tel ressenti physique et les accepter. C’est déjà une étape importante. Mais «ce qui est» se limite-t-il à cela ? Qu’y a-t-il à accepter ? Qu’est-ce que c'est, « ce qui est » ? Peut-on le définir ?... En deçà de notre vécu individuel et de nos ressentis intérieurs, il existe une autre réalité qui ne se rapporte ni à des faits psychologiques ni à des faits extérieurs, une réalité impossible à expliquer avec des mots. En traversant délibérément des remontées d’émotions fortes, on peut faire l’expérience d’un grand silence.
Le point de départ de l’acceptation se situe au niveau relatif de l’être humain, avec son vécu, ses pensées, ses émotions. Si on reconnaît cette vérité complètement, qu’on la vit et la ressent avec une attitude intérieure de totale ouverture et d’acceptation... on débouche sur un plan de l’être où il n’y a plus rien à dire, où il ne se passe rien - au sens événementiel. On éprouve alors un sentiment d’amour, de paix -certains diront « Dieu ». « Ce qui est », c'est aussi cette dimension de paix...
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Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : Sources
mardi 27 juin 2017
De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (1)
En 1974, Christophe Massin part pour l'Inde, où il rencontre Kangyur Rinpoché et Ma Anandamayi.
C'est son premier contact avec la spiritualité. À son retour, saisi par la lecture des livres d’Arnaud Desjardins, il entame une démarche spirituelle auprès de lui. À l'issue de ses études de médecine, il se spécialise en psychiatrie et rédige un mémoire sur les aspects psychologiques du Vedânta hindou et de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad.
« Tout mon travail est nourri par cet enseignement », confie-t-il.
La nuit est parfois associée aux tourments de l'âme, à des états intérieurs faits de souffrance. De nombreux mystiques, comme saint Jean de la Croix, mais aussi d'autres traditions, ont connu des nuits de doute, de crise... Certains ont même parlé d'une nuit de l’angoisse. Avec quel regard le psychiatre que vous êtes considère-t-il ces nuits psychiques ?
Lorsque l’on est habité par une forte aspiration à trouver la lumière, la conscience, l’amour. Dieu - quel que soit le nom que l’on donne à cette réalité -, on vit à la fois des instants de grâce et des heures d'extrême aridité, de coupure, où le cœur est fermé. Au cours de ces « nuits intérieures », on se sent coupé du divin, on doute de soi et des autres, on a des pensées négatives, on ne perçoit plus aucun horizon. Tout est récupéré par la pensée. On peut exprimer cela en termes religieux, à travers la notion du « diable » - celui qui instille le doute -, mais cette nuit du cœur, que l’on retrouve poussée à son extrême chez les grands mystiques, est aussi un phénomène psychologique que nous connaissons tous, à notre mesure. Chaque personne qui chemine plus modestement dans sa vie traverse des périodes difficiles, en ayant la sensation d’être fermée, l’impression de piétiner, de tourner en rond. Ce n'est pas la nuit de saint Jean de la Croix, mais nous avons tous nos périodes obscures, avec des flots de pensées négatives.
Le cheminement intérieur que vous proposez unit psychothérapie et spiritualité. En quoi cela consiste-t-il ?
Depuis plus de trente ans, je reçois des personnes engagées dans une démarche de transformation personnelle. Certaines viennent à la spiritualité au cours de leur thérapie, alors que d'autres décident d’entamer un travail sur les émotions car elles se sentent freinées dans leur cheminement spirituel par des blocages psychologiques. Le maître indien Swami Prajnanpad, qui avait constaté ce phénomène chez ses disciples, insistait sur le fait que pour aller plus loin il était essentiel d’entrer en contact avec notre vérité émotionnelle. Si toute pratique spirituelle mène à l'ouverture du cœur, il arrive le plus souvent que des émotions réprimées nous ferment le cœur. Pour vivre une transformation authentique, il est nécessaire de plonger en soi-même, d’entrer en contact avec nos émotions et nos peurs, de les accepter pour s’en libérer. Il ne suffit pas d'analyser nos émotions uniquement à la lumière de notre histoire, mais de voir comment notre sensibilité a été touchée, affectée et s’est refermée à la suite d’une blessure, d’une déception, d’une violence, d’un abus... Il est essentiel de vraiment comprendre cela dans tout son être et pas seulement dans sa tête.
Ce chemin de réconciliation avec soi-même passe par des séances de lying, que vous conduisez avec vos patients. Cette pratique de « libération des schémas psychologiques » n’est pas toujours agréable et demande un peu de courage...
Oui, car pendant les séances de lying, nous sommes confrontés à des émotions, des vécus, que nous avons refusé de ressentir, sur lesquels nous avons posé un couvercle. Accepter de découvrir la personne que nous sommes vraiment, au niveau de notre vie émotionnelle, demande effectivement du courage. Nous n'avons pas toujours envie d’aller explorer les lieux en soi où ça fait mal. Il ne s’agit pas de le faire par masochisme, mais - si on se réfère aux symbolismes anciens - pour « franchir les portes de l’enfer », « affronter son dragon intérieur »... Si nous nous ouvrons totalement à une douleur émotionnelle, en acceptant de la traverser, nous découvrons qu'il existe un plan de conscience en nous qui n'est jamais affecté. En laissant complètement les émotions être, nous réalisons que la conscience n’est jamais triste, désespérée, ou en rage... La conscience est toujours lumineuse et paisible. L'approche du lying permet de faire cette expérience fondamentale : au fond de nous, comme au fond de l'océan, tout est calme. Dès lors, on n'a plus peur des turbulences émotionnelles, et on se rend compte qu’il n’y pas à les raisonner ni à essayer de lutter contre elles, mais juste à les traverser comme on traverserait, en avion, d'énormes nuages.
Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : revue Sources
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C'est son premier contact avec la spiritualité. À son retour, saisi par la lecture des livres d’Arnaud Desjardins, il entame une démarche spirituelle auprès de lui. À l'issue de ses études de médecine, il se spécialise en psychiatrie et rédige un mémoire sur les aspects psychologiques du Vedânta hindou et de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad.
« Tout mon travail est nourri par cet enseignement », confie-t-il.
La nuit est parfois associée aux tourments de l'âme, à des états intérieurs faits de souffrance. De nombreux mystiques, comme saint Jean de la Croix, mais aussi d'autres traditions, ont connu des nuits de doute, de crise... Certains ont même parlé d'une nuit de l’angoisse. Avec quel regard le psychiatre que vous êtes considère-t-il ces nuits psychiques ?
Lorsque l’on est habité par une forte aspiration à trouver la lumière, la conscience, l’amour. Dieu - quel que soit le nom que l’on donne à cette réalité -, on vit à la fois des instants de grâce et des heures d'extrême aridité, de coupure, où le cœur est fermé. Au cours de ces « nuits intérieures », on se sent coupé du divin, on doute de soi et des autres, on a des pensées négatives, on ne perçoit plus aucun horizon. Tout est récupéré par la pensée. On peut exprimer cela en termes religieux, à travers la notion du « diable » - celui qui instille le doute -, mais cette nuit du cœur, que l’on retrouve poussée à son extrême chez les grands mystiques, est aussi un phénomène psychologique que nous connaissons tous, à notre mesure. Chaque personne qui chemine plus modestement dans sa vie traverse des périodes difficiles, en ayant la sensation d’être fermée, l’impression de piétiner, de tourner en rond. Ce n'est pas la nuit de saint Jean de la Croix, mais nous avons tous nos périodes obscures, avec des flots de pensées négatives.
Le cheminement intérieur que vous proposez unit psychothérapie et spiritualité. En quoi cela consiste-t-il ?
Depuis plus de trente ans, je reçois des personnes engagées dans une démarche de transformation personnelle. Certaines viennent à la spiritualité au cours de leur thérapie, alors que d'autres décident d’entamer un travail sur les émotions car elles se sentent freinées dans leur cheminement spirituel par des blocages psychologiques. Le maître indien Swami Prajnanpad, qui avait constaté ce phénomène chez ses disciples, insistait sur le fait que pour aller plus loin il était essentiel d’entrer en contact avec notre vérité émotionnelle. Si toute pratique spirituelle mène à l'ouverture du cœur, il arrive le plus souvent que des émotions réprimées nous ferment le cœur. Pour vivre une transformation authentique, il est nécessaire de plonger en soi-même, d’entrer en contact avec nos émotions et nos peurs, de les accepter pour s’en libérer. Il ne suffit pas d'analyser nos émotions uniquement à la lumière de notre histoire, mais de voir comment notre sensibilité a été touchée, affectée et s’est refermée à la suite d’une blessure, d’une déception, d’une violence, d’un abus... Il est essentiel de vraiment comprendre cela dans tout son être et pas seulement dans sa tête.
Ce chemin de réconciliation avec soi-même passe par des séances de lying, que vous conduisez avec vos patients. Cette pratique de « libération des schémas psychologiques » n’est pas toujours agréable et demande un peu de courage...
Oui, car pendant les séances de lying, nous sommes confrontés à des émotions, des vécus, que nous avons refusé de ressentir, sur lesquels nous avons posé un couvercle. Accepter de découvrir la personne que nous sommes vraiment, au niveau de notre vie émotionnelle, demande effectivement du courage. Nous n'avons pas toujours envie d’aller explorer les lieux en soi où ça fait mal. Il ne s’agit pas de le faire par masochisme, mais - si on se réfère aux symbolismes anciens - pour « franchir les portes de l’enfer », « affronter son dragon intérieur »... Si nous nous ouvrons totalement à une douleur émotionnelle, en acceptant de la traverser, nous découvrons qu'il existe un plan de conscience en nous qui n'est jamais affecté. En laissant complètement les émotions être, nous réalisons que la conscience n’est jamais triste, désespérée, ou en rage... La conscience est toujours lumineuse et paisible. L'approche du lying permet de faire cette expérience fondamentale : au fond de nous, comme au fond de l'océan, tout est calme. Dès lors, on n'a plus peur des turbulences émotionnelles, et on se rend compte qu’il n’y pas à les raisonner ni à essayer de lutter contre elles, mais juste à les traverser comme on traverserait, en avion, d'énormes nuages.
Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : revue Sources
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lundi 26 juin 2017
Satsang... avec Mooji
Satsanga (sanskrit Sat = vérité, réalité absolue, Brahman. Saṅgha =compagnie, union, assemblée, rassembler.), signifie « être en compagnie de la vérité »...
Où sont leurs différences ? Vous devez trouver ce lieu dans votre cœur, où tout est, en quelque sorte, neutralisé dans la pure équanimité.
Les guerres, elles ont toujours existé, et continueront peut-être encore très longtemps. Mais la liberté est ce que nous sommes, non ce pour quoi on doit se battre. Le satsang est la voie de la Nature, de la Vie, de la Conscience, de Dieu – une sortie de la souffrance. Nous n'avons pas besoin d'aller sur une autre planète. C'est ici-même !
Vous devez ramener votre Éden ici-même.
Vous devez ouvrir la porte de votre propre être afin d'y laisser passer Dieu.
Et vous la franchissez en tant qu'Un. »
Mooji ॐ
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dimanche 25 juin 2017
Pardon avec Tim Guénard
Y a-t-il des situations difficiles à pardonner ?
Oui, tout ce qui touche les enfants abusés, les choses qui atteignent la croissance physiologique. Avant de pardonner, il faut déjà digérer. Pour moi, le plus dur dans mon pardon, c’était l’atteinte au corps parce que le fait d’être cassé partout, d’avoir subi des choses pas très jolies, tu ne t’aimes plus. Tu es abîmé avant d’être fini. Tu as des peurs, des manques de confiance. On a atteint ton image, une image divine.

Le Big Boss a dit : « tu honoreras ton père ou ta mère » et non pas « tu aimeras ton père ou ta mère » parce qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans qui sont plus durs que des Everest, des Kilimandjaro, sommets presque inatteignables. Je trouve ça très beau qu’il n’ait jamais dit « tu aimeras ». Je pense qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans faciles à aimer mais que d’autres sont inatteignables, c’est-à-dire qu’ils sont des sommets dangereux.
Donc, pour certains petits enfants, il est normal qu’ils ne puissent pas accéder au pardon tout de suite. Ils vont devoir d’abord se « déséquestrer » de leur histoire. Le premier temps, c’est de se reconnaître vierge. Il m’est arrivé de dire à des prostituées qu’elles étaient vierges : « ton âme est vierge ». L’homme peut tout salir, sauf ton âme, c’est-à-dire l’intimité de ton intimité. Du coup, il faut toujours donner quelque chose de propre à quelqu’un qui a quelque chose de sale. Personne ne peut salir le cœur du cœur. C’est l’âme qui alimente le cœur. C’est le disque dur de la pureté. C’est pour ça que tout le monde est récupérable.
Le problème de nos rancunes, c’est d’accuser, parce qu’on a été blessé. La blessure devient une accusatrice. Au début, c’est une réalité et après, le danger, c’est de l’entretenir en devenant accusateur. On honore la date anniversaire à tel point qu’elle va nous séquestrer, nous anesthésier et elle peut devenir une maladie psychique en ayant décidé de toujours voyager avec sa souffrance. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de malades psychiques qui pourraient guérir. Il suffit qu’ils choisissent de se délester comme le voyage en montgolfière.
Si on veut aller plus haut et plus loin, il faut lâcher du poids et ce n’est pas jeter. Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est savoir vivre avec. Ta plus grande ennemie, ce n’est pas ta souffrance, c’est ta mémoire, car elle te rappelle que tu as souffert tel jour et elle va avoir le bon plaisir de te le rappeler. Elle va prendre de plus en plus d’espace.
C’est là où la dimension spirituelle devient un cadeau, car tu prends conscience que tu es un tout pour tout et non pas un tout pour rien. Et c’est ça Dieu. Il va falloir que tu deviennes l’ami de ta mémoire, c’est-à-dire qu’en pardonnant, elle ne va pas se sauver. Et du coup, tu es comme une belle bagnole. La belle bagnole ne reste belle et propre que parce que le gars qui aime sa bagnole la regarde, la nettoie mais il ne se dit pas que c’est le dernier lavage. Le pardon, c’est ça. Tu pardonnes une fois, c’est un lavage, ce n’est pas définitif. Tu vas te resalir mais ce n’est pas grave, tu iras te relaver. Du coup, la mémoire n’efface pas. Elle devient une archive dans laquelle tu peux aller faire des visites et tu prends ce qui est bon et ce qui n’est pas bon.
Quand tu vis sans le Big Boss, c’est-à-dire par toi-même, tu restes dans la rancune et tu te laisses polluer. Le jour où tu rencontres ta dimension spirituelle, tu acceptes qu’il y ait des choses qui te dépassent qu’on appelle les rencontres. Un tel va dire tout haut ce que tu penses tout bas et tu vas dire : « putain je suis normal »...
Pourrait-on dire que le pardon est une nécessité biologique ?
Moi je dirais que c’est le GPS du bonheur. Tu ne peux pas continuer la route vers le bonheur si tu ne rentres pas le pardon dans ton GPS. Tu ne verras personne d’accompli. Toutes les belles personnes que tu vois, ce ne sont pas des gens qui s’embarrassent du passé mais qui l’ont offert. Tu le vois chez les gens qui ont été dans les camps à Auschwitz, ceux qui ont vécu de grands drames, quand tu les regardes, ils sont beaux. Leur passé, ils l’ont vécu mais il ne les empêche pas de vivre. Ils ont fait paix avec leur histoire.
Mère Teresa, on lui avait interdit d’aller voir son papa et sa maman mourir, tout prix Nobel qu’elle était. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle avait un pardon à vivre, toute sainte qu’elle était ? Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a connu une colère, qu’elle a connu un pardon à vivre. Le GPS de mère Teresa a été justement d’être un pardon infini parce qu’elle a ressenti Jésus au démarrage. Elle a eu des coups de chaleur avec Lui. Tant qu’elle était en activité, elle servait le pauvre comme elle servait Jésus. Quand elle était en non-activité, en état de prière, elle était remplie d’angoisses. Ne crois-tu pas qu’elle a renouvelé ses pardons indéfiniment ? Marthe Robin qui a fait un bien fou à des quantités de gens du fond de son lit, eh bien elle était toute petite devant le suicide de son frère, elle qui a sauvé tant de monde. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a été confrontée aussi à des combats pas possibles ? Ce sont les saints de notre temps. Je pense que pour aller vers la route du bonheur, tu ne peux pas le vivre sans ce GPS du pardon. Si tu refuses le pardon, tu refuses le bonheur. Quand tu pardonnes, tu te sens léger.
extrait inédit du magazine Reflets (n° 23)
Oui, tout ce qui touche les enfants abusés, les choses qui atteignent la croissance physiologique. Avant de pardonner, il faut déjà digérer. Pour moi, le plus dur dans mon pardon, c’était l’atteinte au corps parce que le fait d’être cassé partout, d’avoir subi des choses pas très jolies, tu ne t’aimes plus. Tu es abîmé avant d’être fini. Tu as des peurs, des manques de confiance. On a atteint ton image, une image divine.

Le Big Boss a dit : « tu honoreras ton père ou ta mère » et non pas « tu aimeras ton père ou ta mère » parce qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans qui sont plus durs que des Everest, des Kilimandjaro, sommets presque inatteignables. Je trouve ça très beau qu’il n’ait jamais dit « tu aimeras ». Je pense qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans faciles à aimer mais que d’autres sont inatteignables, c’est-à-dire qu’ils sont des sommets dangereux.
Donc, pour certains petits enfants, il est normal qu’ils ne puissent pas accéder au pardon tout de suite. Ils vont devoir d’abord se « déséquestrer » de leur histoire. Le premier temps, c’est de se reconnaître vierge. Il m’est arrivé de dire à des prostituées qu’elles étaient vierges : « ton âme est vierge ». L’homme peut tout salir, sauf ton âme, c’est-à-dire l’intimité de ton intimité. Du coup, il faut toujours donner quelque chose de propre à quelqu’un qui a quelque chose de sale. Personne ne peut salir le cœur du cœur. C’est l’âme qui alimente le cœur. C’est le disque dur de la pureté. C’est pour ça que tout le monde est récupérable.
Le problème de nos rancunes, c’est d’accuser, parce qu’on a été blessé. La blessure devient une accusatrice. Au début, c’est une réalité et après, le danger, c’est de l’entretenir en devenant accusateur. On honore la date anniversaire à tel point qu’elle va nous séquestrer, nous anesthésier et elle peut devenir une maladie psychique en ayant décidé de toujours voyager avec sa souffrance. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de malades psychiques qui pourraient guérir. Il suffit qu’ils choisissent de se délester comme le voyage en montgolfière.
Si on veut aller plus haut et plus loin, il faut lâcher du poids et ce n’est pas jeter. Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est savoir vivre avec. Ta plus grande ennemie, ce n’est pas ta souffrance, c’est ta mémoire, car elle te rappelle que tu as souffert tel jour et elle va avoir le bon plaisir de te le rappeler. Elle va prendre de plus en plus d’espace.
C’est là où la dimension spirituelle devient un cadeau, car tu prends conscience que tu es un tout pour tout et non pas un tout pour rien. Et c’est ça Dieu. Il va falloir que tu deviennes l’ami de ta mémoire, c’est-à-dire qu’en pardonnant, elle ne va pas se sauver. Et du coup, tu es comme une belle bagnole. La belle bagnole ne reste belle et propre que parce que le gars qui aime sa bagnole la regarde, la nettoie mais il ne se dit pas que c’est le dernier lavage. Le pardon, c’est ça. Tu pardonnes une fois, c’est un lavage, ce n’est pas définitif. Tu vas te resalir mais ce n’est pas grave, tu iras te relaver. Du coup, la mémoire n’efface pas. Elle devient une archive dans laquelle tu peux aller faire des visites et tu prends ce qui est bon et ce qui n’est pas bon.
Quand tu vis sans le Big Boss, c’est-à-dire par toi-même, tu restes dans la rancune et tu te laisses polluer. Le jour où tu rencontres ta dimension spirituelle, tu acceptes qu’il y ait des choses qui te dépassent qu’on appelle les rencontres. Un tel va dire tout haut ce que tu penses tout bas et tu vas dire : « putain je suis normal »...
Pourrait-on dire que le pardon est une nécessité biologique ?
Moi je dirais que c’est le GPS du bonheur. Tu ne peux pas continuer la route vers le bonheur si tu ne rentres pas le pardon dans ton GPS. Tu ne verras personne d’accompli. Toutes les belles personnes que tu vois, ce ne sont pas des gens qui s’embarrassent du passé mais qui l’ont offert. Tu le vois chez les gens qui ont été dans les camps à Auschwitz, ceux qui ont vécu de grands drames, quand tu les regardes, ils sont beaux. Leur passé, ils l’ont vécu mais il ne les empêche pas de vivre. Ils ont fait paix avec leur histoire.
Mère Teresa, on lui avait interdit d’aller voir son papa et sa maman mourir, tout prix Nobel qu’elle était. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle avait un pardon à vivre, toute sainte qu’elle était ? Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a connu une colère, qu’elle a connu un pardon à vivre. Le GPS de mère Teresa a été justement d’être un pardon infini parce qu’elle a ressenti Jésus au démarrage. Elle a eu des coups de chaleur avec Lui. Tant qu’elle était en activité, elle servait le pauvre comme elle servait Jésus. Quand elle était en non-activité, en état de prière, elle était remplie d’angoisses. Ne crois-tu pas qu’elle a renouvelé ses pardons indéfiniment ? Marthe Robin qui a fait un bien fou à des quantités de gens du fond de son lit, eh bien elle était toute petite devant le suicide de son frère, elle qui a sauvé tant de monde. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a été confrontée aussi à des combats pas possibles ? Ce sont les saints de notre temps. Je pense que pour aller vers la route du bonheur, tu ne peux pas le vivre sans ce GPS du pardon. Si tu refuses le pardon, tu refuses le bonheur. Quand tu pardonnes, tu te sens léger.
extrait inédit du magazine Reflets (n° 23)
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Tim Guénard
samedi 24 juin 2017
Traversée... avec Christian Bobin
Vivre est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie ! si nous avons pratiqué ces actes de résistance et même si la vie nous submerge, ce n'est pas grave...
C'est lié à la joie. Il faut savoir perdre. Et trouver la joie dans la défaite. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu..
Je vais vous donner un exemple que tout le monde va comprendre tout de suite. Quand on a trente ans à peu près, l'âge des bandes d'amis, et que c'est l'été, cette saison incroyablement belle, et que l'on tente de traverser une rivière sans trop se mouiller, que fait-on ? On passe d'un galet à l'autre. On peut gagner, c'est-à-dire arriver sur l'autre rive indemne. Mais on peut aussi perdre tout d'un coup, glisser brusquement, tomber, se mouiller... et s'apercevoir que perdre, c'est encore plus drôle que de gagner, et que ce n'est pas grave ! Ce qui comptait, ce n'était pas d'atteindre l'autre rive indemne mais d'être ensemble, vivant, de se réjouir de petits riens comme ceux-là.
On ne parvient pas à un certain âge sans avoir perdu. Beaucoup, oui. Ce que j'ai perdu est irrattrapable. Je ne parle ni des objets ni des biens ni même de l'argent mais des êtres. J'ai perdu des êtres qui étaient pour moi des sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je pense que je continue à en recevoir les rayons. Mais je sais aussi, en même temps, que c'est une perte et qu'elle est irrattrapable. Je sais les deux choses. Que dire de plus?
Christian Bobin.
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