dimanche 24 février 2013

Tu t'élanceras vers la clarté avec Philippe Mac Leod

C'est le deuxième dimanche de Carême : « Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil »  Évangile selon Saint Matthieu, chapitre 17, verset 2.


"L’homme est conçu pour s’élancer. La station verticale l’a dégagé de l’animalité. C’est encore vers le haut que son développement s’est dirigé. 
Tout en se répandant à la surface de la Terre, il n’a cessé de se chercher dans le miroir du ciel. Nous aurions tort de déprécier cet attrait, qui n’est pas seulement une évasion, une respiration nécessaires. Il témoigne aussi de notre soif des grands espaces, de notre aspiration à la clarté, à l’aisance. 
Le bleu est une couleur de libération, de transparence ; d’eau et d’air, il est la couleur de l’insaisissable, du lointain, de l’appel. Le monde, à cette hauteur, dit autre chose de nous-mêmes. 
Nous élever, c’est nous alléger.

Le Christ priait. Au milieu des foules, il levait les yeux vers le ciel. Il semblait prendre pied dans un monde porté par le souffle d’en haut.

Aimer les hommes, aimer l’homme comme le Christ l’a aimé, et aujourd’hui sans doute plus qu’hier, c’est regarder les gens plus loin que ce qu’ils donnent à voir. Surtout pas pour ce qu’ils sont, ni même pour ce qu’ils cacheraient au-delà des apparences, mais pour ce qu’ils ne sont pas encore, ce qu’ils sont appelés à être. Poser sur eux un regard qui apporte souffle, clarté, hauteur et largeur, un regard qui leur ouvre l’espace où ils pourront s’élever.

Par peur de l’irréalisme, du déracinement, nous sommes peut-être devenus trop terre à terre. Il ne s’agit pas de nous échapper, mais de nous élever au sens de grandir, croître, les pieds sur terre, dans la terre, mais la tête au ciel, pleine du souffle large des cieux. 

Nous citons volontiers saint Irénée : "La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant." Nous connaissons moins bien la suite: "Et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu." Saint Paul, dans le droit fil des prophètes, le déclare sans détour : Dieu nous a faits pour que nous le cherchions et que nous essayions d’entrer en contact avec lui (selon le récit des Actes des Apôtres, chapitre 17, versets 22 à 31). "Nous sommes de sa race", dit-il, c’est-à-dire que nous sommes capables de Dieu, nous sommes faits pour lui, pour le rejoindre, non pas en décollant de la réalité, mais en croissant, en atteignant la taille du Christ. Il ne suffit donc pas de croire passivement. L’Évangile ne cesse de nous interroger sur le Dieu auquel nous croyons. 

Si elle ne nous engage pas dans un processus de transformation, de progression, d’élévation, comme le principe actif du levain, notre foi ne franchit jamais la fonction sociale. Elle finit par devenir une sorte d’option ou d’héritage culturel. Elle n’habite pas en nous et nous ne sommes pas en elle. Elle n’enfante plus. 

Et la pratique dont nous nous réclamons est trop souvent la mise à distance d’un Dieu qui nous cherche pourtant jusque dans l’intimité de nos entrailles. L’excès formaliste, la place trop grande donnée aux signes extérieurs sont autant de façons de compenser cette distance. C’est notre faiblesse naturelle qui justifie les représentations des choses de l’esprit. Il faut nous forcer à nous dépasser en dépassant ces représentations.
Il y a comme une religion prophétique à réinventer, une religion de la vérité intérieure, de l’authenticité, une religion de la beauté de l’âme que nous saurons rayonner autour de nous et qui seule pourra faire comprendre à nos contemporains ce que peut signifier le Verbe fait chair. Le ciel que nous avons contemplé, le bleu qui est en nous, il nous faut maintenant le répandre, comme une traînée de poudre, une monnaie brillante au fond de nos regards épurés jusqu’à la divine simplicité. "

L’écrivain Philippe Mac Leod a publié plusieurs recueils de poèmes, dont la Liturgie des saisons (le Castor astral, prix Max-Pol-Fouchet) et Au milieu de la nuit (Ad Solem). 


Photos : Gregory Perrin

samedi 23 février 2013

Christian Bobin et les médias...


« La télévision c’est le monde qui s’effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire et compréhensible. » 
Christian Bobin - Extrait de L'Inespérée

mercredi 20 février 2013

Détache-toi et assieds-toi...


Le temps viendra
où, plein d'allégresse,
tu t'accueilleras chez toi, 
devant ton propre miroir,


et chacun sourira devant l'accueil de l'autre,
et dira assieds-toi. Mange.
Tu aimeras à nouveau l'étranger que tu étais pour toi-même. 
Offre du vin. Offre du pain. Rends ton coeur
à ton coeur, à l'étranger qui t'a aimé

toute ta vie, que tu as ignoré,
pour un autre, qui te connaît par coeur. 
Descends les lettres d'amour de l'étagère,

les photographies, les billets désespérés, 
détache ta propre image du miroir. 
Assieds-toi. Savoure ta vie.

DEREK WALCOTT, 
"L'Amour après l'amour"


mardi 19 février 2013

Une rencontre possible avec Denise Desjardins (dans cette existence)

Cette année Denise Desjardins fête ses 90 printemps juste avant cette réunion du 23 mars. 

L’association « Avec Vous »  accueillera une nouvelle fois
  Denise Desjardins :

 Le samedi 23 mars 2013, de 15h à 19h (accueil à partir de 14h30)
Au Studio Atlas, 11 rue de l’Atlas 75019 Paris (métro Belleville)

Après une courte introduction, Denise répondra à vos questions, dans son style chaleureux, direct et intuitif. Faisant preuve d’une profonde connaissance de l’être humain et de ses possibilités, elle témoigne ainsi, avec son itinéraire, d’une expérience unique auprès de Swami Prajnanpad qui l’a amenée à pouvoir aider tant de personnes. 
Nous vous rappelons son dernier livre, La rage de l’absolu, édition La Table Ronde et le remarquable DVD sur son itinéraire, De la révolte au lacher-prise par Alizé Diffusion. 
Un petit extrait pour vous :

Venez nombreux, les opportunités se feront de plus en plus rares de la rencontrer ! 
Faites le savoir autour de vous. 
Amicalement, Pascal Caro et Marie-Laure Belleville.

dimanche 17 février 2013

Du désert à la conversion avec Ladji Diallo

C’était un jeune de banlieue à la dérive. Sa rencontre avec le Christ a bouleversé sa vie. Devenu chanteur et conteur, Ladji Diallo témoigne, dans sa musique et ses spectacles, de ce Dieu d’amour qui l’a sauvé et fait renaître.

Longtemps, j’ai vécu avec la violence. J’avais beau savoir qu’elle n’était pas une voie d’accomplissement, qu’elle ne me rendait pas heureux, je ne pouvais faire autrement que de m’y adonner. Jeune caïd de banlieue animé par une haine irrésistible que je déversais sur les autres, j’avais besoin de cogner. Tout pour moi était prétexte à me battre. Évidemment, cette violence a laissé des traces, et je repense souvent à ces personnes à qui j’ai fait du mal gratuitement. Aujourd’hui encore, leurs regards apeurés, exprimant l’injustice, hantent ma mémoire.

J’ai grandi près du quartier de Belleville dans une famille musulmane, au milieu de sept enfants. Originaires du Mali, mes parents sont arrivés en France dans les années 1970. Papa était boulanger-pâtissier ; maman complétait le revenu familial en faisant des ménages. Comme la plupart des immigrés, mes parents étaient très soucieux de notre intégration à la culture française. Ainsi, alors qu’entre eux ils dialoguaient en bambara, leur langue maternelle, ils utilisaient le français pour s’adresser à nous. C’est ce même souci d’intégration qui explique qu’ils n’ont pas voulu nous élever dans la religion musulmane, qu’ils pratiquaient pourtant avec assiduité et ferveur.
L’année de mes 9 ans, nous avons déménagé en Seine-et-Marne, où j’ai vécu une adolescence chaotique et violente. Je ressemblais alors à ces jeunes banlieusards que les médias montrent désœuvrés dans des cages d’escaliers. Cherchant sans cesse la confrontation, contestant toute forme d’autorité, j’ai connu les conseils disciplinaires, les renvois d’école, l’échec scolaire, la bagarre, le « business »... Interminable litanie d’une adolescence errante marquée aussi par la vacuité spirituelle. Car ma réputation de dur, de caïd, m’interdisait toute écoute de moi-même, toute attention à mes émotions, à ma vie intérieure.

En 1996, tandis qu’il se remettait d’un accident de voiture, mon père a entendu parler, via son voisin de chambre d’hôpital, d’un camp de vacances à Julos, dans les Hautes-Pyrénées. Il a rencontré ensuite son directeur, le père Joseph Besnier, un homme droit, ouvert et généreux, qui l’a invité à m’y envoyer l’été avec mes frères et sœurs, et insisté pour que l’argent ne soit pas une barrière. Dans cette colonie, j’ai vécu une succession de premières fois. Premier séjour hors de la banlieue parisienne. Première découverte de la nature, sublime dans ce coin des Pyrénées. Première fois où, ma mauvaise réputation ne m’ayant pas précédé, je n’étais pas prisonnier de mon identité de délinquant. Où je rencontrais, aussi, des jeunes catholiques de mon âge, habités d’une foi joyeuse et communicative, et qu’en la personne du père Joseph je nouais une relation avec un prêtre. Cet homme de Dieu m’interpellait profondément. D’où lui venait ce charisme, cette façon de nous aimer, de nous responsabiliser ? Quelle était la force qui l’animait ? 

De la fenêtre de ma chambre, j’avais remarqué que certains jeunes, en dehors des offices, se rendaient à la chapelle. Intrigué par ce manège, j’ai décidé un soir d’y aller à mon tour. C’était une petite chapelle moderne où tout favorisait le recueillement. Installé sur un banc près de l’autel, reproduisant la gestuelle des jeunes dont j’avais observé l’attitude à la messe, j’ai fermé les yeux, joint mes mains et j’ai attendu. C’est alors que j’ai fait l’expérience de la présence de Dieu au plus profond de mon être ; c’était comme un flot d’amour qui, d’un seul coup, me submergeait, me brûlait le cœur, me libérait de cette violence qui m’avait si longtemps habité. De retour dans ma chambre, encore secoué par les larmes, j’ai ouvert les Évangiles. Une nouvelle fois, mon cœur s’est enflammé. Tout ce que le Christ exprimait sur le pardon, le rachat ou la conversion semblait m’être personnellement adressé. J’étais rejoint dans mes blessures les plus secrètes. Je me sentais aimé, apaisé.

Au début, ma conversion a blessé mes parents ; ils la considéraient comme un reniement des cultures musulmane et africaine. Pour respecter leur sensibilité, j’ai donc mené mon catéchuménat dans le silence. Tous les jours, je m’isolais pour me mettre en présence du Seigneur. Cette oraison quotidienne m’a vraiment aidé à m’engager sur le chemin de la guérison, de la confiance en moi, à me lancer dans la quête de mon identité. Peu à peu, devant mon évolution personnelle positive, mes parents ont accepté mon chemin spirituel. Lequel, loin de me détourner de mes racines, a permis de les approfondir. Soucieux de respirer la terre de mes ancêtres, de mieux connaître mes parents aussi, je suis ainsi parti avec ma mère pour un long voyage au Mali, le long du fleuve Niger. En devenant disciple du Christ, je me suis aussi réalisé sur le plan professionnel, faisant fructifier, comme dans la parabole, mes talents artistiques, découvrant mon grain de voix particulier, mes dons de conteur et de chanteur.

Longtemps, j’ai marché dans le désert, épuisé, et sans eau ; puis j’ai découvert la source où coule l’amour, et elle a fécondé toute ma vie. Tous les jours, je rends grâce au Seigneur pour les changements qu’il a opéré dans mon existence ; chanter est pour moi une manière de lui rendre hommage car je lui dois tout !

Les étapes de sa vie

1980  Naissance à Paris.
1996 Conversion au catholicisme.
1998 Baptême.
2000 Voyage au Mali.
2001  Deug arts du spectacle. Découvre sa voix.
2003 Mariage dont naîtront deux enfants.
2011  Prix de la musique spirituelle La Procure-Pélerin pour l’album Fils de lumière.

source : La Vie
voir aussi cette vidéo.

samedi 16 février 2013

Je parlerai à son coeur.

Mets-toi à l’écart, loin du bruit du monde, loin de l’agitation qui t’environne. 
Descends en toi-même, pour retrouver Celui qui t’attend.« Il connaît le secret des cœurs » 
Frère Xavier Pollart


Photo sur Vezelay de Sarah Robine

A blog ouvert...

Pour vos yeux ouverts sur ce chemin -
le million de pages vues a été dépassé -
Phytospiritualité vous remercie...



vendredi 15 février 2013

Les bonnes paroles...

Il y a quelques jours, j’ai eu la joie de retrouver Alexandre Jollien dans la tranquillité d’un village enneigé et lui ai demandé de me dire quelques bonnes paroles sur des sujets que je lui proposais : 

L’individualisme : « C’est être coupé des autres et se positionner comme séparé de l’autre. C’est le début de la souffrance. Beaucoup de philosophes aujourd’hui se sont faits les concessionnaires d’un bonheur sur mesure qui fait l’éloge de la différence. L’autre devient au mieux un marchepied, voire un adversaire. Les deux sont graves. » 

Le narcissisme : « Au lieu d’être ouvert à l’autre on se referme sur soi-même. C’est le monde à l’envers. » 

L’altruisme intéressé : « On peut s’emparer de l’altruisme pour en faire un instrument de l’ego lorsqu’on s’en sert d’un paravent pour arriver à ses fins. » 

La banalité du bien : « On est habitué à repérer ce qui ne va pas. On est content de dévaloriser l’autre. Il faut apprendre à repérer ce qui est bon. » 

Comment étendre l’altruisme : « En voyant l’amour qui nous lie à nos proches et en comprenant que le prochain est aussi proche de moi que mon enfant. Ce n’est qu’une affaire de préférence. L’altruisme c’est comme des cercles dans l’eau quand on jette une pierre. Les cercles sont tout petits au début, puis ils s’agrandissent pour embrasser la surface entière de l’océan. »

Pouvons-nous changer : « Le vrai changement doit être prêché par l’exemple. De nos jours la société fait de la réussite une affaire purement individuelle. » 

La cristallisation du moi : « C’est un phénomène de protection. En croyant se protéger on crée sa prison, dans laquelle cela finit par sentir le renfermé. » 

Sur la coopération : « Il faut montrer que la solidarité n’est pas seulement une vertu mais participe de la nature de l’existence. Coopérer c’est vivre. » 

Une éducation éclairée : « Des parents libres peuvent enseigner la liberté. Il s’agit avant tout de se libérer de soi et de ses préjugés. Trop souvent on envisage la liberté comme un laissez aller, un autoritarisme, alors que c’est le contraire de la liberté intérieure. Une éducation éclairée prend racine dans l’exemple de parents ouverts à l’autre, prêts à aider. Trop souvent, nous sommes des mendiants d’affection et l’autre devient un moyen. Il est instrumentalisé. Il s’agit donc de montrer la valeur de chaque vie et la beauté de l’altruisme. » 

L’économie altruisme : « C’est une économie qui change d’angle, qui passe du “je” au “nous”. »

Source : Blog de Matthieu Ricard

jeudi 14 février 2013

Entretien avec le Grand Christian Bobin (3)

Troisième partie - 8 min.

J'aime beaucoup les gens qui vont vers leur coeur...



Une phrase pour la Saint Valentin :
« Quand on aime quelqu'un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, 
jusqu'à la fin des temps. »




mercredi 13 février 2013

Entretien avec le Grand Christian Bobin (2)

Deuxième partie - 17 min.
A propos des livres :



« Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent c'est pour toujours. »


source : France Inter