Affichage des articles dont le libellé est Roberto Juarroz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roberto Juarroz. Afficher tous les articles

samedi 25 juillet 2026

Une autre face

 

L’abîme n’admet pas l’ordre,
le désordre non plus.
Et nous savons que tout est un abîme.
Pourtant,
le jeu de la feuille et du vent
s’achève toujours à l’endroit le plus exact.
Et aucune feuille ne souille
le lieu où elle tombe.
Il se peut qu’une feuille ordonne
ou peut-être désordonne
une autre face de l’univers.
Quatorzième poésie verticale - Roberto Juarroz

----------------


vendredi 17 juillet 2026

Derrière les yeux


Le souffle de lumière, le tremblement concentré
qui émane de certaines rencontres
contredit parfois sa propre brièveté
et s’étend comme une lente alchimie
sur tout le reste de la vie.
Posséder ainsi pour toujours
quelque chose que l’on n’eut jamais
et que l’on n’aura jamais,
change la condition de l’homme,
modifie ses limites.
Les mains se touchent parfois
et parfois n’y parviennent pas.
Mais les yeux se touchent
ou quelque chose qui est derrière les yeux.
Mais posséder ainsi, toucher ainsi,
réduit encore un coin d’éternité
et le fait tenir dans la cellule que nous occupons.
C’est peut-être là qu’est la sagesse de l’amour,
sauvée des incendies qui le dévastent.
Roberto Juarroz - Douzième poésie verticale
"Mains d'amant" - Rodin

-------------------

lundi 22 mai 2023

Le geste en sens

 Un geste vers le bas

ne trouve pas toujours

un geste vers le haut.


Mais lorsqu'il le trouve

ils vont tous deux vers le haut

ou tous deux vers le bas.


Ou peut-être les directions disparaissent

et inaugurent dans le point de rencontre

la transfiguration qui les dispense

d'un mouvement quelconque.


Tout geste est une épiphanie

lorsqu'il n'y a plus de différences

entre le haut et le bas .

Roberto Juarroz, 14ème Poésie Verticale

-------------

vendredi 4 novembre 2022

Rien faire...

 Aujourd'hui je n'ai rien fait.

Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n'existent pas

ont trouvé leur nid.

Des ombres qui peut-être existent

ont rencontré leurs corps.

Des paroles qui existent

ont recouvré le silence.

Ne rien faire

sauve parfois l'équilibre du monde,

en obtenant que quelque chose pèse

sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz - Treizième poésie verticale

***********


mercredi 8 décembre 2021

Vide médian / 化 Hua, la métamorphose



"Très tôt dans ma vie, j’ai eu le sentiment qu’il y avait en l’homme une tendance inévitable vers la chute. L’homme doit tomber. Et l’on doit accepter cette idée presque insupportable, l’idée de l’échec, dans un monde voué au culte du succès.

Mais symétrique à la chute, il y a dans l’homme un élan vers le haut. La pensée, le langage, l’amour, toute création participent de cet élan.

Il y a donc un double mouvement de chute et d’élévation dans l’homme, une sorte de loi de gravité paradoxale.

Entre ces deux dimensions, il y a une dimension verticale. La poésie qui m’intéresse possède l’audace et la nudité suffisantes pour atteindre ce lieu où se produit le double mouvement vertical de chute et d’élévation. Parfois on oublie l’une des deux dimensions.

Mes poèmes tentent de rendre compte de cette contradiction vitale."

Roberto Juarroz Dans 'Les Lettres Françaises' (avril 1993)

Calligraphie François Cheng

*******

vendredi 13 novembre 2020

Accueil de feuilles...




Il ne suffit pas de lever les mains.
Ni de les abaisser
ou de dissimuler ces deux gestes
sous les embarras intermédiaires.
Aucun geste n’est suffisant,
même s’il s’immobilise comme un défi.
Reste une seule solution possible:
ouvrir les mains
comme si elles étaient des feuilles.

Roberto Juarroz,
Poésie Verticale

*****************

samedi 25 janvier 2020

dimanche 15 septembre 2019

Rêve intérieur

Les personnages de mon rêve
sont venu converser avec moi
hors de mon rêve.


Et cela, ils n’ont pas pu le supporter.

Ils se sont sentis prisonniers
des formes truquées
de ce rêve à l’envers.




je n’ai pas su les retenir.

Je n’ai pas su créer pour eux un autre rêve au
dehors.
Un rêve véritable.


Pourrai-je me remettre à présent

à converser avec eux au-dedans?


Roberto Juarroz, 15ème Poésie Verticale

----

jeudi 15 août 2019

Ne rien faire...

Un texte qui me touche beaucoup à la suite du tirage réalisé avec le nouveau jeu de développement personnel de Sabine Dewulf dont je vous parlerai prochainement.


"Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance."


Robert Juarroz, 
treizième poésie verticale, 
traduction Roger Munier, José Corti 1993


---------------

samedi 15 mars 2014

Effacement avec Roberto Juarroz


S'effacer,
s'abstenir,
sous n'importe quel climat. 

Vivre les nuits comme des sortilèges
et rester en marge,
sans même les prononcer.

Dévier légèrement l'éternité
et se tenir là en suspens,
comme un insecte dans une fissure.

Ce n'est qu'ainsi,
abandonnant parfois temporairement la vie,
qu'on peut continuer de vivre



Roberto Juarroz, 
Poésie Verticale, Fayard Collection Points

(photo extraite du beau blog "Dans le Courant")