vendredi 26 avril 2019
jeudi 25 avril 2019
Un lieu spirituel... avec Bernard Pivot
Que représente pour vous Notre-Dame de Paris ?
Quand j’étais étudiant et que ma famille et mes proches venaient me voir à Paris, je me transformais en guide de Notre-Dame. Il n’était pas envisageable de ne pas y aller. Notre-Dame est beaucoup plus que du patrimoine : on devrait l’appeler « matrimoine » ! Ce trésor inestimable est une œuvre essentielle de notre histoire et de la foi. On ne peut comparer Notre-Dame à rien d’autre ! Cette cathédrale ne relève pas seulement du patrimoine architectural et matrimoine religieux, elle est un lieu de culture contenant des chefs d’œuvre et réunissant tous les arts : la musique, la peinture, la sculpture… Elle est aussi le lieu où de grands hommes se sont convertis, comme Paul Claudel, lors des vêpres de Noël en 1886, à côté de la statue de la Vierge du Pilier. J’ajouterai également que j’ai toujours été amusé par le fait que toutes les distances des routes partant de Paris sont calculées en fonction de Notre-Dame : si vous êtes à Fontainebleau et que vous voyez sur un panneau indiquant Paris à 70 km, cela veut dire que vous êtes à 70 km du parvis ! La Vierge Marie est donc la borne finale ; la cathédrale, le centre spirituel et culturel, mais aussi géographique. C’est d’ailleurs assez curieux pour un pays laïque : on aurait pu désigner le Panthéon ou la Tour Eiffel comme repères kilométriques, mais non, c’est Notre-Dame qui est la référence...
Source : la vie
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mercredi 24 avril 2019
Tout au long de notre vie, nous évoluons...
Pas besoin d’être fan d’existentialisme pour le reconnaître : quel que soit notre héritage (certains diraient notre karma), nous naissons en partie comme une page blanche, sur laquelle une infinité d’histoires peuvent s’écrire. Certes, la vie se charge vite de refermer le champ des possibles. Mais rien n’est jamais acquis pour toujours. Une part de nous demeure jusqu’à la fin comme un manuscrit en écriture. Et comme nous appartenons au cercle des vivants, cette écriture obéit à la loi de toute évolution, que l’on pourrait ramener à une suite de trois verbes : récapituler, mémoriser, innover. Contrairement à ce que s’imaginent les esprits juvéniles, on ne fait jamais « du passé table rase ».
Qui que vous soyez, vous venez forcément de quelque-part, et quel que soit votre regard sur vos ancêtres et votre culture, que vous les aimiez ou pas, c’est de là que vous venez et votre destin se greffe forcément dessus. Mais à partir de là, que d’inventions possibles ! Il en va ainsi de tout ce qui vit. Les reptiles sont nés des poissons, on pourrait dire qu’ils ont en quelque sorte mémorisé et récapitulé l’« état poisson », avant de se lancer dans l’immense innovation qu’a constitué l’avènement des premiers animaux à poumons.
Cette loi de l’évolution vaut pour les humains, pour les groupes comme pour les individus. Tout au long de notre vie, nous évoluons. Notre corps « récapitule et mémorise » tout ce que nous avons vécu et c’est à partir de là que nous pouvons éventuellement nous lancer dans l’innovation, le changement, la création.
source : Nouvelles Clés
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mardi 23 avril 2019
Puzzle unificateur...
lundi 22 avril 2019
Quelle personne unique êtes-vous ?
Quelquefois, les anciens sages, accoudés au balcon d’allez savoir quel paradis, doivent éclater de rire quand ils nous regardent, nous autres, modernes ou post-modernes férus de sciences et de technologies. « Bon sang, doivent-ils se dire, qu’il leur a fallu un chemin long et sophistiqué pour découvrir des évidences que leurs ancêtres connaissaient depuis longtemps ! » Ainsi par exemple, l’une des approches pluridisciplinaires les plus avant-gardistes et les plus prometteuses en matière de santé – que les Américains appellent psycho-neuro-immunologie et les Français neuro-immuno-endocrinologie –, a fini par aboutir (à force de recherches jusqu’au niveau moléculaire) à cette découverte fantastique : chacun de nous est absolument unique et, pour être bien traité, doit être considéré comme une entité non superposable à une autre. Une entité dont la santé, physique, émotionnelle, relationnelle, mentale, spirituelle dépend d’un alignement spécifique. Pourquoi les anciens riraient-ils ?
Parce que cette entité s’appelle tout simplement une personne, ce que toutes les plus grandes traditions spirituelles ont toujours dit. Quelle personne unique êtes-vous ? Beaucoup d'embuches entravent notre réponse. Nous ne sommes pas des objets… mais nous sommes assoiffés d’objectivité ; nous sommes des sujets… mais nos sciences se méfient de toute subjectivité.
Quand on aborde la question féminine, le hiatus est encore plus compliqué. Car l’individu de sexe féminin a longtemps été non seulement nié en tant que personne unique, mais toujours rapporté et comparé à celui de sexe masculin – que ce soit pour le juger inférieur (comme hélas encore dans beaucoup de régions obscurantistes), ou pour le considérer comme équivalent, dans un effort certes louable de parité, mais que les dernières découvertes rejettent, en médecine de pointe notamment, comme le montre la biologiste Claudine Junien : « Le corps d’une femme ne se soigne pas exactement comme celui d’un homme, ne pas le reconnaître, c’est maltraiter toutes les femmes. »
Quand on en vient au cœur même de la personne, c’est à dire à sa sexualité, au sens large – là où palpite son désir, sa vitalité, sa joie d’exister, sa créativité –, la question devient immense. Et là, peut-être les sages du paradis ne rient-ils plus autant : qu’en disaient-ils eux-mêmes lorsqu’ils vivaient sur terre ? Lesquels surent mettre la féminité en valeur ? Ne les mettons pas tous dans le même sac. Ainsi, toute la leçon de Maeva Poornima, pour « dévoiler les trésors de la sexualité » des femmes, s’inspire-t-elle de l’ancienne civilisation indienne, infiniment plus « féministe », au moins en théorie, que les cultures nées autour du bassin méditerranéen. Une chose est sûre : sur ce plan-là, qui est juste essentiel, l’avenir nous ouvre des perspectives immenses.
source : nouvelles clés
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dimanche 21 avril 2019
La Vie nue !
La vie a paru - et la vie ne l'a pas connue. La vie marchait avec la vie. Et la vie ne le savait pas. La vie vivait sa vie, loin au fond dépeuplé de la vie. Et la vie l'a laissée mourir de froid.
Un instant s'est déchiré l'épais brouillard de la confusion et je crois avoir vu son visage, son sourire long comme un banc de reflets, qui ne demandait que de vivre un peu, là-bas vivre d'un instant pour que vive la vie.
Et quand la déchirure doucement s'est refermée - la vie a oublié la vie. Je guette aujourd'hui la blessure qui rouvrira la chair - pour entendre un cœur battre, partir, laissant tout, même les images, loin, avec la vie qui sait marcher sur les eaux.
Et la vie toujours me déchire qui nous fuit et nous approche en s'éloignant, puisque chaque jour il faut que nous nous trompions éteignant ses grands ciels dans les mares de nos jeux sans joie.
La vie me dédaigne, de confondre encore la morsure dans le fruit avec le parfum de la connaissance, la tendresse des feuilles, le souffle secret dans les jardins de la rencontre.
Arbres solitaires - allées muettes - clartés offertes de tant de visages disparus - toujours appelle la voix du plus grand amour, qui ne se donne qu'aux libres murmures de la lumière, au babil sans fil ni raison des fleurs écloses.
On ne sauve rien des apparences
la peau s'entoure, le corps s'enveloppe
et de quelle épaisseur de meuvent-elles
la face brille et c'est la nuit à l'intérieur de la lumière
on n'a jamais vraiment voulu voir
ou on a toujours eu peur
peur d'aller pieds nus avec la vie nue
pieds nus sur la rive nue
et maigre comme l'éclat au ras des sables, les vents à tout va
l'ivresse qui d'un coup nous dépouille.
in "Supplique du vivant"
Ad Solem / Poésie / décembre 2018
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samedi 20 avril 2019
Ce que nos âmes sont...
L’éveil à sa nature originelle
peut faire passer
dans un espace de conscience
en lequel je perçois seulement
le moi personnel,
qui se percevait comme séparé du tout,
et le Soi impersonnel,
se percevant comme Tout ce qui est est.
En cette communion,
les plans intermédiaires de la création
peuvent ne plus être perçus
et le goût unique de notre être manifesté
ne pas être pleinement reconnu et vécu.
Je remercie mon amie Claudette Vidal
d’avoir attiré avec tendresse mon attention
sur le plan de mon Âme,
(manifestation particulière de la Source)
et permis ainsi de renouer le contact
avec cette précieuse manifestation de l’Un,
se colorant d’une couleur unique
que je suis appelé à incarner.
J’ai beaucoup de gratitude pour Zazie qui,
par cette chanson et le magnifique clip
qui l’illustre, a su avec délicatesse et poésie,
attirer à sa manière notre attention
vers ce plan unique de notre Être.
Alors en ce jour,
je nous invite à nous mettre à l’écoute
de la douce voix de notre âme
et à lui demander :
« Quel est ton élan pour moi aujourd’hui ? »
Belle journée à vous les âm-i-e-s ! ☀️
Isabelle Padovani
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vendredi 19 avril 2019
Quand le silence des mots réveille la violence des maux (3)
La cause d’une maladie n’est pas son sens
Dans
trop de démarches de compréhension et de « soins » il y a confusion
entre la recherche de la cause (pour expliquer, justifier la maladie) et
la tentative d’en comprendre le sens.
Trop
souvent, en effet, nous donnons une explication à la maladie,
c’est-à-dire que nous trouvons une cause matérielle ou physiologique ou
une cause psychologique. « Depuis que mon mari m’a quittée, j’ai des
insomnies ».
Cette
tentative d’explication d’une somatisation, d’un dérangement, d’un dysfonctionnement constitue pour moi un leurre. Il ne s’agit pas de
rechercher la cause, l’explication de la maladie, du traumatisme mais
bien sa signification, c’est-à-dire concevoir la maladie comme un
langage dans une chaîne de signifiants qui nous échappe. Ainsi les
insomnies de cette femme peuvent avoir comme sens une auto-privation,
une punition qu’elle s’inflige pour avoir désobéi à son père qui lui
avait dit: « tu ne dois pas te marier avec un type comme ça, tu me
déçois beaucoup ». Cherche-t-elle ainsi à renouer avec son père, à lui
marquer son allégeance: « tu avais raison papa, regarde comme je suis
punie ». Nous n’en savons rien, mais en « travaillant » sur la recherche
du sens, plus que de la cause, nous obtenons souvent un changement, un
abandon du symptôme, une restructuration d’une relation essentielle.
Quelle
signification prennent ces otites chez ce bébé? « Maman, tu ne
m’entends pas, tu n’entends rien ». C’est bien d’oreilles à déboucher
qu’il s’agit, mais pas de celles que l’on croit.
Combien
de psoriasis invincibles, traités, soignés depuis plusieurs années par
des dermatologues compétents… mais parfois sourds, vont « éclater », se
dissoudre littéralement quand la violence qui les contient pourra se
dire.
La
colère terrible de cette femme de trente-deux ans contre sa sœur qui
lui avait volé le prénom de sa poupée… à cinq ans, lui permettra de «
lâcher » un psoriasis tenace… qui ne demandait qu’à être entendu !
C’est
le retour du refoulé qui va libérer ces points de fixation, d’ancrage
et permettre de lâcher prise sur une « inscription, un germe de conflit,
un point de tension ».
Bien
sûr, la mère de cette jeune adolescente de treize ans ne sait pas
qu’elle inscrit dans le corps de sa fille un « jugement sans appel »
contre ces gens qui ne savent pas aimer une seule personne à la fois »
(elle parlait peut-être de son ami qui a plusieurs relations). Et quand
cette jeune fille de quinze ans va se sentir attirée par deux garçons à
la fois… elle sera prise de violentes crises (diagnostiquées comme
crises d’appendicite) – c’est son conflit qu’elle dira (je tiens à eux, à
tous les deux) ou son attachement à sa mère (je ne veux pas la
décevoir) et à l’image qu’elle a intériorisée (je ne veux pas être vue
comme une fille facile ou une putain..). A la troisième crise (quelques
minutes avant de partir à l’hôpital pour l’opération de l’appendice), un
échange avec un ami de passage « ouvrira » le conflit, fera éclater «
l’abcès » de ses contradictions et lui permettra de s’accepter mieux
dans ses attirances multiples.
Stéphane
a huit ans, c’est le soir de son anniversaire. Sa mère, célibataire, a
réuni autour de lui ses grands-parents et une tante. Tout s’annonce
bien, il est joyeux, détendu. Et puis le téléphone sonne, c’est l’ami de
sa mère qui souhaiterait passer quelques jours avec elle. Elle
l’invite, donc. Très peu de temps après l’arrivée de l’ami, Stéphane
commence une poussée fébrile, il sera ausculté, palpé avec prise de
température, il a 40°8. Il s’alitera. Le repas d’anniversaire se passera
sans lui… autour de l’ami de maman.
Cette
petite fille de dix ans et demi rentrant de camp de ski fut prise de
maux de ventre violents, de vomissements, de malaises. Cela dura plus de
deux mois jusqu’au moment où elle put dire à sa grand-mère qu’elle
avait embrassé un garçon sur la bouche et qu’elle avait entendu à la
radio que le sida pouvait s’attraper par le baiser.
Paule,
mariée depuis douze ans, deux enfants, est enceinte pour la troisième
fois. Son mari n’accepte pas sa grossesse et lui dit: « si tu gardes ce
troisième enfant… je divorce. » Paule fera une IVG et depuis, elle a des
hémorragies importantes, brutales, irrégulières. Sur le plan physique «
tout est en règle ». Qui lui permettra « d’entendre » où se trouve sa
blessure? Qu’est-ce qui saigne en elle? Qui l’écoutera pour qu’elle
entende, elle, cette partie blessée qui s’est révélée avec
l’interruption de grossesse? Paule mettra ainsi six ans (avec l’aide
d’un tout petit évènement) pour découvrir et reconnaître que ce qui
était blessé, « fissuré » en elle, c’est la relation avec son mari.
L’enjeu qu’il avait posé, « c’est moi ou l’enfant », avait cassé quelque
chose dans leur relation… et le sang des hémorragies disait cette
béance entre eux.
Il
s’appelle Jean et c’est le prénom du frère de la mère, mort très jeune.
Il porte ce nom comme une trace, celle de la blessure vécue par sa
mère, petite fille, qui adorait ce grand frère. Comment peut-il avoir du
plaisir et se présenter comme un être de sensualité? Sa fidélité… lui
dictera de s’autopunir, de s’anesthésier au niveau des sens et du
plaisir et de ne pas entretenir trop vivante la vie qu’il porte. Jean a
une relation suivie avec une jeune femme depuis six ans, mais il
n’éprouve « aucun plaisir avec elle ». Ses érections ne le conduisent
qu’à s’introduire puis à attendre… et il ne se passe rien. Son «
impuissance » à entrer dans le plaisir le conduit à consulter un
sexologue.
Pierre
est un Israélien qui fait ses études en France. Il fréquente une jeune
fille avec laquelle il vit et dans quelques mois, il aura son diplôme
d’ingénieur. Ses parents décident de venir le voir, avec l’intention de
lui rappeler ses engagements à l’égard de son pays, c’est-à-dire qu’il
devra rentrer après son diplôme. Pierre est partagé, il aime son amie,
il s’est attaché à la France et n’envisage pas de rentrer « tout de
suite » dans son pays. Quand ses parents décident d’abréger leur séjour
et de repartir, Pierre propose de les accompagner en voiture à
l’aéroport. Sur l’autoroute, juste à quelques kilomètres de l’aéroport,
il s’arrête dans un parking pour satisfaire un besoin élémentaire et… en
descendant simplement de sa voiture… il se casse une jambe (double
fracture, hospitalisation, plaques de fixation…). Pierre, lui, ne croit
pas du tout que cet « accident » a un quelconque rapport avec son
conflit et sa relation à ses parents… ou à son amie. Si nous ajoutons
que la première épreuve de son examen devait avoir lieu la semaine
suivante… qui faudra-t-il convaincre ?
Jeanne
a décidé de se marier quoi qu’il arrive avant la fin de l’année. Le
jour du réveillon du nouvel an, au cours du repas, elle s’engage à
l’égard d’un ami, de façon impromptue mais formelle… Toute sa famille
est présente. Et le lendemain matin elle se réveille « malade comme une
bête ». Pendant trois mois, elle sera malade tous les jours avec les
mêmes symptômes (maux d’estomac, brûlures, maux de tête…). Au bout de
trois mois elle part au Maroc avec son ami et décide de prendre la
pilule. Au retour, les symptômes s’amplifient et se polarisent sur les
huit jours précédant les règles. « Chaque mois pendant toute une semaine
j’étais malade à en crever ». Elle se marie à l’automne et pendant
seize ans elle sera ainsi chroniquement malade, dérangée, en souffrance
plusieurs jours par mois… sauf dans les deux périodes de sa grossesse. «
Les nausées de la grossesse, connais pas… ». Dans son couple, pendant
toutes ces années, pas de disputes, pas de reproches, pas de
revendications. « Jamais un mot plus haut qu’un autre, mais jamais plus
bas non plus… ». « Nous étions vus comme le couple idéal ». Un jour un
conflit éclata entre son mari et elle. « Une sorte de révolte m’a prise.
J’ai hurlé, je suis malade depuis que je te connais, je n’avais rien eu
avant… Tu te présentes comme une victime mais c’est moi qui suis
coincée dans notre relation ». Après cette « sortie » sauvage,
véhémente, mes maux disparurent et je retrouvai ma santé de jeune fille…
mais la relation avec mon mari, elle, devint difficile, c’est-à-dire
réelle. J’avais commencé à changer et surtout à reconnaître combien mon
engagement du réveillon de fin d’année était un passage à l’acte et non
un véritable désir… que j’avais payé pendant tant d’années avec mes
somatisations. J’ai pu dire plus tard à mon mari que la colère que
j’exprimais envers lui, c’était contre moi que je l’avais de m’être
dupée moi-même. »
Marie,
mère de trois enfants, a perdu à neuf ans son père qui en avait
trente-neuf. Elle se souvient bien de l’évènement. Elle faisant ses
devoirs à la fin de l’après-midi, à la « tombée de la nuit », quand son
père s’est levé, a fait quelques pas puis est tombé comme une masse près
de la cheminée. Pendant des années elle a vécu ce moment précis, la «
tombée de la nuit », avec agitation, irritation, « une sorte de malaise
». Elle reliera son comportement au souvenir de la mort du père le jour
même de son anniversaire… à trente-neuf ans.
Les
associations de dates sont inscrites en nous et se réactivent à des
moments-clés pour dévoiler une situation difficile ou inachevée.
«
Chaque fois que je me mets en situation conflictuelle sans pouvoir
exprimer ma position, sans pouvoir être entendu, j’ai un incident, un
accident de voiture, jamais grave mais… coûteux (tôles froissées,
phares, portières, roues…). Aussi j’ai pris l’habitude, après un conflit
non ouvert, de prendre un taxi… »
Esquisses thérapeutiques
Si
nous acceptons que les « maux » produits par le corps (et qui
deviennent parfois des maladies et des somatisations fonctionnelles)
sont des langages symboliques, cela veut dire qu’il sera possible de les
soigner non à partir de leur symptôme mais à partir du sens, du
discours caché dans lesquels ils s’inscrivent, et de les traiter par des
réponses symboliques. Ainsi nous proposons parfois des « réponses
symboliques » qui vont être entendues et devenir des éléments actifs
dans la guérison ou provoquer la disparition des symptômes.
Le
petit Thomas, six ans, a depuis deux ans et demi de l’asthme. Son père a
quitté la mère quand il avait trois ans et demi (c’est l’élément
déclencheur). Il joue seul, refuse d’intégrer frère ou sœur dans ses
jeux, refuse la vie sociale proposée par la mère, se coupe de tout. Il
dit souvent: « j’aime pas l’air de cette maison, je préfère l’air de
papa ». Nous proposons à la mère d’utiliser une grande bouteille
(appelée Dame-Jeanne) sur laquelle elle collera une étiquette: «
Bonbonne d’air de papa », avec un petit tuyau pour aspirer. Et ce
jour-là, Thomas joue dans sa baignoire, appelle sa mère et lui dit: «
regarde, je fais le poisson, je respire sous l’eau ». Elle nous dira: «
il n’a plus fait de crise d’asthme de ce jour. »
Nous
proposons aussi ce que nous appelons des jeux, des prescriptions
symboliques portant sur un aspect du discours ou du symptôme entendu
comme ayant une forte charge symbolique. Il nous est arrivé de prescrire
à une personne de faire écouter du Mozart à ses reins ou à son foie. De
faire visualiser sa nuque comme une éponge desséchée qui se gonfle
lentement, lentement d’eau en descendant dans la mer…
Le
petit René, quatre ans et demi, va à l’école maternelle pour la
première fois et dès le troisième jour se met à faire caca dans sa
culotte. Son père se fâche, le menace et lui promet une raclée s’il
continue « car tu es grand maintenant ». René dira à sa mère: « je ne
peux pas me retenir, ça sort tout seul, ça pousse et ça sort ». Nous
proposons à sa mère de lui raconter sa naissance. Elle éclate en
sanglots: « je ne lui ai jamais parlé de ça pour ne pas le traumatiser,
il est né par césarienne ». Elle accepte cependant de lui dire son vécu à
elle, la décision prise par l’obstétricien… Elle nous dit que les
difficultés anales de René ont disparu dès le lendemain de ce récit.
Cet
enfant avait douze ans lorsque son père s’est suicidé par pendaison. Le
silence autour de cet évènement tant du sa famille que dans sa vie fait
que souvent il a mal au larynx (étouffements, étranglements). Pendant
trente ans de sa vie, il subira de multiples opérations: amygdales,
kyste, ganglions autour de la gorge, du cou, de la nuque. Dans un jeu
symbolique il parlera à son père et lui dira sa colère… et son amour, sa
fidélité aussi à travers toutes ses cicatrices. Autant de preuves de
l’existence de ce père qui s’est dérobé trop tôt… et à qui il a été
impossible de dire « je t’aime et je t’en veux ».
En conclusion provisoire…
Dans
cette démarche qui consiste à écouter les maux du corps pour mieux
l’entendre se dire, l’écueil à éviter sera la confusion entre la cause
et le sens. Nous avons trop tendance à rechercher la cause, c’est-à-dire
l’explication d’une chose. Nous remplaçons trop facilement la
compréhension qui est une recherche du signifié par l’explication qui
est une recherche de savoir, de contrôle et de maîtrise.
Trop
souvent nous parlons de notre corps… nous parlons sur lui au lieu de
lui laisser la parole. Nous pouvons aussi « parler » à notre corps avec
des langages symboliques.
Nous
avons surtout le besoin d’être entendus, d’être écoutés plus que d’être
contrôlés. La qualité de la relation avec autrui passera par notre
capacité à être un meilleur compagnon pour soi-même mais ceci est déjà
une autre histoire.
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BIBLIOGRAPHIE
PARLE-MOI, J’AI DES CHOSES À TE DIRE, par Jacques SALOMÉ, Ed. de l’Homme
RELATION D’AIDE ET FORMATION À L’ENTRETIEN, par Jacques SALOMÉ, P.U.L. Lille
LES MÉMOIRES DE L’OUBLI, par Sylvie GALLAND et Jacques SALOMÉ, Ed. Le Regard Fertile
1 La pire des solitudes, ce n’est pas d’être seul, c’est d’être un mauvais compagnon pour soi-même.
2 Nous
savons tous le nombre d’infections vaginales, tenaces, douloureuses,
qui s’installent sans « causes » évidentes, avec des analyses négatives.
Elles disent souvent les malentendus, les refus non exprimés, les «
violences » relationnelles
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jeudi 18 avril 2019
Quand le silence des mots réveille la violence des maux (2)
Les séparations, les pertes
Elles
sont vécues à des degrés divers, suivant l’âge et la phase de
développement. Souvent l’émotion, les sentiments réels qui s’y
rattachent ne sont pas directement exprimés, ne peuvent être dits, le
travail de deuil ne peut se faire… et cela va s’inscrire dans le corps,
dans un signe, une trace qui se révèlera plus tard à partir d’un petit
évènement déclenchant.
Cet
homme de cinquante ans raconte avec une émotion intense faite de
désespoir et de colère mêlés cet épisode de ses sept ans où au retour de
l’école il découvre « Boum Boum » son ami le cochon, éventré contre le
mur de sa ferme. Son père avait tué son meilleur ami, son confident. Il
se cacha toute la nuit avec un sentiment immense de culpabilité. « Il
n’avait pas su protéger son ami ». Et pendant de longues années, aux
temps de Noël, il trouvera toujours moyen de se blesser, de se tailler,
de se couper, de se mutiler. Son corps porte la trace de nombreuses
cicatrices… qui témoignent de son impuissance à sauver son animal
préféré, « l’être le plus cher au monde » dans cette période de sa vie.
Cette
femme, mère de quatre filles, est allergique « depuis toujours »
dit-elle (il faut toujours se demander quand commence le « toujours »
dans une vie). Allergie à certaines odeurs et pollen, liée à la perte
d’une poupée jetée à la décharge parce que « trop vieille, trop sale ». «
Tu ne vas pas garder cette cochonnerie dans ton lit » avait décrété la
mère. Et chaque année au mois d’octobre (mois où la poupée avait été
jetée), elle produit une sinusite infectieuse, tenace, agressive. Ces
traces en elle furent retrouvées, le jour où en rangeant le grenier elle
découvrit la première poupée de sa fille et éclata en sanglots, sans
comprendre nous dit-elle.
La
petite Louise avait neuf ans quand elle perdit sa mère nourricière, la
seule mère qu’elle ait connue. Celle-ci avait soixante ans au moment de
sa mort et cinquante et un ans plus tard Louise, devenue grand-mère, fit
une dépression nerveuse. Elle dira bien longtemps après à son fils: «
Tu sais, moi aussi j’avais pensé mourir à soixante ans comme ma mère ».
Les messages anciens de fidélité ou de réparation
Ils se jouent souvent sur le mode de la soumission, de l’identification ou de la dette.
Jean,
trente-sept ans, produit plusieurs fois par an des sinusites, des
rhumes mauvais qui se prolongent longtemps. Jusqu’à ce qu’il puisse dire
à sa mère avec quelques trente ans de retard « la vérité » sur un
évènement de son enfance. A sept ans il avait failli se noyer et avait
caché cela à ses parents. Ce jour-là, oui, en l’écoutant enfin, sa mère
ouvrit ses bras et lui dit: « mon pauvre petit ». Il put pleurer
longuement et « lâcher » à ce moment- là toute l’eau angoissante qu’il
avait gardée pendant tant d’années… et « lâcher » ainsi ses sinusites
chroniques.
Fidélité à des messages anciens, à des engagements à tenir, à des réparations à faire.
Cette
ex-petite fille a voulu « redonner » et « offrir » ainsi à sa mère le
petit bébé que celle-ci avait péri lors d’une fausse couche, un petit
garçon, par exemple, qui aurait comblé de joie la grand-mère; mais dans
l’histoire conjugale de ce couple, il n’y avait pas de garçon, «
seulement » trois filles… et quelques années plus tard cette femme
(l’ex-petite fille) produira un kyste sur l’ovaire gauche (à la table
familiale la mère était toujours à sa gauche).
Oui,
quand nous écoutons, quand nous acceptons de laisser s’associer tant de
signes produits par le corps, nous commençons à entendre des histoires
fabuleuses… et pas nécessairement dramatiques.
La
mémoire du corps est incroyablement riche et il n’y a rien d’étonnant à
ce qu’elle se dise. Il arrive ainsi au corps de hurler dans le silence
des mots. Ne dit-on pas « à corps et à cris ». Il va tenter de parler,
de lâcher les conflits, de déposer des sentiments trop lourds, des
demandes refoulées, des sentiments de dette ou de réparation. Ainsi le
corps peut devenir un champ de bataille, extraordinairement fécond par
les « discours » contradictoires qui s’y affrontent.
Le
dilemme des écoutants et des soignants est le suivant: « Si je soigne,
je détruis le symptôme, je bâillonne donc ce qui tente de se dire par
cette médiation ». C’est pour cela que la médecine classique qui vise à
rétablir le fonctionnement, à supprimer les conséquences d’une infection
risque de passer à côté de l’essentiel: entendre ce qui se dit, ce qui
se crie, ce qui se débat dans l’expression d’une somatisation.
Très
souvent, sans que cela soit nécessairement conscient, il y a quand même
réparation symbolique dans la relation avec le soignant. Ce sera à
l’occasion d’un geste, d’une parole, d’une association que se rétablira
le lien dans une chaîne de signifiants qui échappent à la fois au
soignant et au soigné. C’est la qualité de certains thérapeutes
d’introduire ainsi dans leur relation des équivalents symboliques qui
restaurent cette dimension chez l’autre.
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mercredi 17 avril 2019
Quand le silence des mots réveille la violence des maux (1)
Revue Le chant de la licorne. No 26. 1989
Les maladies sont des langages symboliques avec lesquels nous allons tenter d’exprimer, parfois avec acharnement, avec désespoir… ou parfois avec plaisir ce que nous ne pouvons pas dire avec des mots, avec nos langages habituels, ce aussi à quoi nous n’avons pas directement accès et qui pourtant se crie en nous.
***
Si la communication avec autrui (le fait de mettre en commun) est vitale pour chacun, la communication avec nous-mêmes reste essentielle. Il s’agira d’écouter les impacts, sur notre corps et sur notre imaginaire, de notre histoire récente ou passée. Les mots du silence sont aussi violents à l’égard de nous-mêmes qu’à l’égard d’autrui.
Quand on ne peut le dire avez des mots, on va le crier avec des maux
Cette affirmation préliminaire peut sembler un paradoxe et risque de blesser, de heurter et de m’aliéner à tout jamais le lecteur de cet article. Car celui qui est en souffrance pense surtout à se débarrasser de son mal, ce qui équivaut à le bâillonner, donc à ne pas l’entendre.
Nous allons tenter d’en dire plus et de témoigner de notre approche pour une meilleure communication, c’est-à-dire une communication vivante pour des relations en santé. Sur le plan des relations humaines, nous voyons aujourd’hui deux phénomènes apparemment opposés et certainement complémentaires.
– D’un côté une incommunicabilité de plus en plus grande entre les individus (je parle ici de la communication proche, intime, de la communication vitale et non de la communication de masse confondue avec une sur-information, avec une consommation de mots et d’images qui ne nous nourrit pas pour autant). Autour de cette incommunicabilité, de cette difficulté à se dire, à être entendu, à recevoir, il y a une immense souffrance, une infinie détresse assimilée à la négation ou à la dévalorisation de soi (ou de l’autre vécu comme mauvais, inaccessible ou barré) qui conduit à la solitude [1].
– De l’autre côté un intérêt, une recherche de plus en plus exigeante, individuelle, personnelle pour tenter de mieux se connaître, de mieux vivre, d’être un meilleur compagnon pour soi-même et par là même pour autrui. Et cette recherche me semble elle aussi essentielle et vitale car il y va de notre survie. En effet, nous avons peu de prise sur les phénomènes sociaux qui nous environnent (et nous conditionnent). Ce sont les multinationales qui prévoient (sans nous) notre alimentation de demain, nos modes de loisirs, nos habitats et nos éléments de vie. Notre pouvoir réel et personnel sur les options sociales est quasi nul, nous avons peu de maîtrise sur tous ces phénomènes qui nous échappent. Il nous reste un pouvoir potentiel possible, c’est sur nous-mêmes, sur la conduite de notre vie quotidienne et surtout sur ce qui en fait l’intérêt – nos relations proches.
La seule aventure humaine qui nous reste est celle des relations humaines, la découverte de nos possibles et de nos impossibles
C’est sur ce courant que nous souhaitons nous appuyer car notre santé physique s’y trouve liée. En effet, malgré les progrès étonnants, fabuleux de la médecine et de la chirurgie, nous constatons qu’il y a de plus en plus de gens, non pas malades, mais en difficulté, en souffrance physique et psychique (la surconsommation de médicaments est liée à la non-convivialité avec autrui et avec soi-même). La maladie ou la santé ne nous tombent pas dessus comme ça, au hasard.
Les bactéries, les bacilles, les virus ou les accidents, nous les recevons, nous les accueillons et très souvent nous les gardons en les entretenant avec beaucoup de soins! C’est bien notre corps, notre organisme qui les accueille, les entretient ou les rejette. Il serait même possible de dire que nous fabriquons nos affections (ah que ce mot est ambigu).
Nous allons tenter d’illustrer nos réflexions par quelques exemples vécus, recueillis et explorés dans les sessions de formation portant sur le développement et le changement personnel.
Il ne s’agit pas ici de faire ni de la provocation ni de tomber dans des généralisations abusives et donc aveugles mais bien de tenter de comprendre un ensemble de phénomènes dans lesquels nous sommes parties prenantes, non pas sur un mode volontaire mais plus sur un mode interactionnel.
Chacun d’entre nous peut avoir observé, repéré, écouté quelques-uns des phénomènes psychiques, quelques-uns des vécus décrits plus loin et qui se sont inscrits comme des stress, comme des portes ouvertes, comme des appels au soma. Disons-le simplement: les maux (qui deviennent parfois des maladies) sont des langages symboliques avec lesquels nous allons tenter de dire:
* Les conflits intrapersonnels et interpersonnels.
* Les situations inachevées (et en particulier le ressentiment lié à ces situations).
* Les séparations, pertes.
* Les messages anciens de fidélité ou de réparation, de soumission ou de conformité.
Les conflits intrapersonnels et interpersonnels
« Le téléphone sonne et une amie m’apprend que je suis invité à une soirée, qu’elle a même pris un engagement pour moi. Sur le moment je ne dis rien, je réponds des banalités et je raccroche. Dans l’heure qui suit, j’ai des réactions fébriles, ma gorge me fait mal, j’ai tous les symptômes d’une angine… »
Combien d’angines, de grippes ne sont-elles que « l’expression » mise en acte d’un refus qui n’a pu se dire, d’une expression personnelle qui n’a pu trouver son passage pour se faire entendre.
Cette femme a épousé un alpiniste émérite, voire téméraire, qui l’entraîne chaque été sur les plus hauts sommets alpins. Elle suit son mari, mais a une peur terrible de certaines ascensions et surtout, surtout voudrait faire entendre sa demande qui serait de rester… au chalet à lire… à rêver pendant que lui ascensionne. Chaque été elle produit un herpès qui lui mange la moitié de la lèvre… elle « profite » de ce dérangement pour refuser les relations sexuelles [2]. Le jour où elle a pu entrer en conflit ouvert, c’est-à-dire confronter ses besoins réels avec ceux de son mari… et prendre la décision de les respecter, l’herpès disparut totalement.
Michèle, dix-huit ans, vit chez ses parents et sort avec un ami qui est devenu son amant. Elle doit rentrer à minuit moins dix. À chacune de ses sorties, durant le temps de la rencontre, elle se sent malade. « Une barre là, sur le front, des crispations à l’estomac, des crampes dans le bas-ventre. Toute la soirée j’étais mal foutue, vraiment patraque. C’était devenu un fait acquis. Cela s’arrêtait net quand vers onze heure trente je proposais qu’il me ramène. Les dix dernières minutes se passaient bien. On n’a jamais fait l’amour que dans sa voiture, juste avant le retour ».
--------------> à suivre...
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