dimanche 4 septembre 2016

Eveil égocentrique... avec Gilles Farcet

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F.B. : Et « l’éveil ? » dans tout ça ? Voilà près d’une heure que nous parlons et nous n’avons toujours pas prononcé le gros mot…
Gilles Farcet : C’est vrai… La notion « d’éveil » est aujourd’hui très tendance dans le microcosme spiritualiste… Elle a fini par devenir un cliché irritant. S’il faut en croire les vidéos qui prolifèrent sur YouTube, le monde moderne regorgerait d’éveillés… Inutile, je crois, de préciser que la plupart d’entre eux sont autoproclamés… Le phénomène a pris de telles proportions que j’en suis arrivé à éprouver une certaine répugnance par rapport à un terme qui, à force d’être galvaudé, est désormais dépourvu de signification…
F.B. : Le sujet n’en est pas moins incontournable. Après tout c’est tout de même le but de la vie spirituelle…
Gilles Farcet : Je ne suis pas d’accord… J’irais même jusqu’à dire qu’en ce qui me concerne, il n’est pas très important de vivre cette expérience dite « d’éveil ». Ce qui est en revanche essentiel, c’est de travailler à émerger de son égocentrisme et de grandir en bonté, en générosité, en ouverture, en empathie et en compassion… Non, je ne considère pas du tout que l’expérience de « l’éveil », entendue comme un éveil métaphysique à sa véritable nature, soit forcément un pré requis pour un travail spirituel digne de ce nom. Il s’agit certes d’une expérience fascinante, mais elle est en fin de compte très secondaire…
F.B. : Voilà une déclaration qui ne va pas manquer de susciter quelques réactions…
Gilles Farcet : Je n’en doute pas (sourire)… Puisque tu m’as lancé sur le sujet, j’aimerais partager quelques réflexions qui me tiennent très à cœur… Après plus de trente ans de pratique et de réflexion, il m’apparaît clairement qu’il existe deux grandes conceptions de l’éveil. La première de ces conceptions repose en effet sur l’idée que le but de la vie spirituelle est d’expérimenter d’une manière ou d’une autre la réalité de la non séparation. Il s’agit de réaliser une fois pour toute que notre nature essentielle n’est ni séparée ni limitée… Nous ne sommes pas uniquement ce corps et cet esprit périssables… Pour reprendre la métaphore ô combien classique et indémodable, notre identité ne se limite pas à la vague. Elle englobe également la totalité de l’océan. Beaucoup voient dans la réalisation de cette vérité métaphysique la solution globale et définitive à toutes nos problématiques existentielles… Cette conception simpliste est aujourd’hui de plus en plus répandue. Elle en est même venue à représenter le courant majoritaire. Il existe cependant une autre approche de l’éveil. Cette deuxième conception inclue la première tout en considérant qu’elle est insuffisante… Décréter que la dimension métaphysique est réelle alors que le monde dit phénoménal est illusoire revient à affirmer que l’existence de la physique quantique invalide la physique classique. Ce n’est pas parce que le physicien quantique conçoit le monde comme une myriade de particules qui dansent dans le vide qu’il peut se dispenser de tenir compte des lois de la physique classique. Même le plus pointu des physiciens quantiques ne traverse pas les murs. S’il prétend le faire, il comprendra immédiatement qu’il y a un problème…
F.B. : Tu dis que la seconde conception de l’éveil inclue la première… Elles ne sont donc pas incompatibles. Qu’est-ce qui les distingue radicalement l’une de l’autre ?
Gilles Farcet : Ce qui distingue ces deux approches c’est que la première essaie de prendre les choses par le haut alors que la deuxième les prend par le bas c’est à dire de manière beaucoup plus sobre et pragmatique. Quand Swami Prajnanpad dit « vous ne vivez pas dans le monde, vous vivez dans votre monde » ou « Swamiji ne connaît rien d’autre que d’être un avec » il ne fait en rien référence à des expériences sublimes. Il invite tout simplement ses élèves à se familiariser avec leur monde de manière à être peu à peu capables d’en émerger et de s’en détacher. Aux yeux de Swami Prajnanpad, les expériences exceptionnelles n’avaient aucune valeur tant qu’elles n’avaient pas été vraiment intégrées par la personne… Il fallait que celle-ci l’harmonise avec son humanité nécessairement limitée et conditionnée… Pour juger de l’intérêt d’une telle expérience d’éveil, Swâmi Prajnanpad utilisait un critère simple et exigeant : dans quelle mesure cette expérience aidait-t-elle son élève à changer de manière profonde et durable sa manière d’entrer en relation avec les autres… Selon cette conception, un être éveillé n’est donc pas un individu qui expérimenterait en permanence une sorte d’état de conscience supérieur mais une personne s’efforçant d’être de moins en moins soumise à la dictature de son monde donc de son ego, de son mental et de sa stratégie de survie fondamentale. Il s’agit donc de quelqu’un qui est fondamentalement apte à entrer en communion avec lui-même et avec chacun.Dorje-Gotrab-AK3-zentralfigur
F.B. : Que veux tu dire quand tu affirmes que l’expérience de l’éveil doit être harmonisée avec notre humanité ?
Gilles Farcet : Il arrive que certaines personnes manifestent une forme de réalisation hors du commun tout en restant prisonnières de leur stratégie de survie fondamentale. Elles font preuve d’un rayonnement indéniable et tiennent parfois des propos remarquables. Dans certaines circonstances, elles n’en continuent pas moins à se comporter de manière purement égocentrique.
F.B. : Peux-tu développer ton propos ?
Strat10Gilles Farcet : Pour donner un peu de consistance à mes propos, je vais être obligé de te donner un exemple… Il y a quelques mois j’ai lu le texte qu’un physicien indien du nom de Ravi Ravindra, a consacré à Krishnamurti. Élève des groupes Gurdjieff, Ravindra était un ami et un grand admirateur de Krishnamurti Il n’était cependant pas un de ses zélateurs fanatiques. Son témoignage est intelligent… Il est critique tout en demeurant profondément respectueux… Selon Ravi il y avait deux Krishnamurti. Il y avait bien sûr le Krishnamurti transcendant et magnifique habité par une dimension toute autre et émanant ce charisme bouleversant qui a fait sa réputation dans le monde entier… Il existait cependant un Krishnamurti moins inspirant… Un homme qui pouvait facilement être en proie à de très fortes émotions dès qu’il s’agissait de dénoncer les religions constituées, la relation maître / disciple et les hiérarchies de tous ordres… Ravi explique que Krishnamurti se comportait alors comme un être humain ordinaire exprimant des tensions très fortes et non résolues… Il est également intéressant de noter que Krishnamurti n’a pas été très sincère à propos de sa vie personnelle. Il s’est toujours ostensiblement présenté comme un célibataire et a même incité un certain nombre de ses admirateurs à suivre son exemple. Or il se trouve qu’il a vécu toute sa vie une liaison amoureuse intense, compliquée et empreinte de beaucoup de souffrance que ce soit pour lui, pour la femme qu’il aimait mais aussi pour le mari de cette dernière et leurs enfants… Tout cela a été bien entendu soigneusement caché et n’a émergé que de nombreuses années après sa mort…
F.B. : Où veux-tu en venir ?
Gilles Farcet : Je n’ai aucune intention de me placer sur un plan moral. J’ai bien trop d’admiration pour Krishnamurti pour le juger et le condamner. Et d’ailleurs qui suis-je, moi, pauvre pékin, pour prétendre lui faire la morale? Tant mieux pour lui s’il a pu vivre une vie amoureuse et sexuelle… Il le méritait… Ça ne me choque pas du tout. Par contre il est légitime de s’interroger sur les raisons de ce double discours. On peut se demander s’il est légitime de tromper des centaines de milliers de personnes à son sujet. Un tel comportement n’est-il pas né d’une peur, d’un égocentrisme, d’une souffrance ? Il ne s’agit encore une fois pas de juger ce comportement mais simplement de prendre cet exemple célèbre comme base de réflexion. Ce faisant, je me situe dans une ligne que Krishnamurti lui-même n’aurait pas désavouée. Je m’efforce d’utiliser mon intelligence pour essayer d’aller au fond des choses et ne pas laisser les autres penser à ma place. Krishnamurti est l’exemple typique d’un éveil qui n’a pas été complètement intégré… Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples moins fameux dont certains que j’ai eu l’opportunité de côtoyer et d’observer de près… Chez de telles personnes une dimension vaste, transcendante et infinie peut coexister avec des comportements médiocres qui conduisent à la souffrance pour soi-même et pour les autres. Or, j’ai à ce sujet une position très claire : telle que j’en suis arrivé à la concevoir à mon niveau, la vie spirituelle ne peut être qu’au service de l’allègement de la souffrance. C’est un instrument de la compassion. Son but est de contribuer « au bien de tous les êtres sensibles » comme disent les bouddhistes. Elle est par conséquent incompatible avec des comportements mécaniques qui sont uniquement des réactions nées de la peur et de l’égocentrisme.
F.B. : Est-ce que tu ne pinailles pas un peu ? Après-tout ce Krishnamurti passe pour avoir été un homme extraordinaire. Il a changé la vie de milliers de personnes… Yogi Ramsuratkumar lui même le tenait en grande estime. Est-ce qu’on ne peut pas lui passer quelques « faiblesses » ?
Gilles Farcet : Bien sûr ! Il ne s’agit pas d’être idéaliste. « Ô saisons, ô châteaux ! Quelle âme est sans défauts ? » Les saints, les éveillés et les maîtres spirituels restent des êtres humains c’est à dire des créatures nécessairement imparfaites… Toute la question est de savoir si le saint justifie ses failles ou s’il considère qu’elles font partie des faiblesses dont il doit encore se libérer… A ce propos, il est intéressant de noter que les tenants d’un non dualisme radical en arrivent à considérer que les manifestations mécaniques et égocentriques de ceux qu’ils considèrent comme des « éveillés » n’ont aucune importance. Ils en arrivent ainsi à justifier l’injustifiable… Peu leur importe si le comportement de cet « éveillé » engendre beaucoup de souffrance et de confusion autour de lui. Ils vous diront que l’éveil n’est en rien affecté par ces actes qui appartiennent au « complexe corps esprit » de la personne. Cela revient à dire que je peux allègrement écraser un piéton avec ma voiture parce que du point de vue de la physique quantique il n’existe rien d’autre que le vide en train de danser avec le vide. En ce qui me concerne, ce point de vue est indéfendable.
F.B. : De leur côté, les néo-Vedantins dont tu parles reprochent certainement à Swami Prajnanpad de faire la part trop belle à la psychologie…
Gilles Farcet : M. Gurdjieff, qui par bien des aspects était très proche de Swami Prajnanpad,Strat17faisait une distinction entre « l’essence » et « la personnalité ». Il était selon lui indispensable de développer les deux. Certaines personnes peuvent avoir une « essence » exceptionnelle et une « personnalité » très défaillante. Elles peuvent faire preuve d’une innocence bouleversante, avoir de profondes intuitions métaphysiques tout en se comportant comme des gamins stupides et immatures. Est-ce idéal ? Certainement pas… Pour se développer de manière harmonieuse, un être humain doit développer sa « personnalité » tout en restant en contact avec son « essence »… Pour effectuer un tel travail, il est effectivement nécessaire de se confronter sérieusement à la psychologie humaine… Pour ce qui est de Swami Prajnanpad, j’ai souvent l’occasion de répéter que même s’il s’est effectivement beaucoup intéressé à la psychanalyse, il se considérait avant tout comme un maître spirituel s’insérant dans la plus pure tradition du Vedanta. Il était très clair à ce sujet… Quelques-unes de ses formules expriment d’ailleurs un point de vue radicalement non dualiste. Elles restent cependant rares et ne sont pas considérées comme les plus importantes. Il les a prononcées à la toute fin de sa vie à l’attention de personnes comme Arnaud Desjardins qui étaient à ce moment là suffisamment avancées pour en faire leur profit ou en tout cas pour les entendre et les méditer en leur cœur jusqu’à la fin de leur vie… Vu son éducation, son parcours et sa personnalité, Swami Prajnanpad aurait très bien pu se contenter de délivrer un enseignement purement métaphysique sans se donner la peine (et Dieu sait que c’est bien l’expression qui convient) d’entrer dans le monde compliqué, torturé, conflictuel et laborieux de ses élèves indiens et occidentaux. S’il l’a fait, c’est encore une fois que les dimensions psychologique et spirituelle sont inséparables. Elles forment un tout. Swami Prajnanpad souhaitait amener ses élèves à travailler sur leur stratégie de survie parce que c’est la seule manière de les faire émerger de leur monde pour les faire vivre dans le monde. Vivre dans le monde c’est être capable d’être un avec tout ce que l’on y rencontre. C’est ça la non dualité.
Strat18
lire l'interview de Gilles Farcet en entier.

samedi 3 septembre 2016

Lumière miraculeuse... avec Albert camus


"Ce jardin de l'autre côté de la fenêtre, je n'en vois que les murs. Et ces quelques feuillages où coule la lumière. Plus haut, c'est encore les feuillages. Plus haut, c'est le soleil.
Et de toute cette jubilation de l'air que l'on sent au dehors, de toute cette joie épandue sur le monde, je ne perçois que des ombres de feuillages qui jouent sur les rideaux blancs.
Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce un parfum blond d'herbes séchées. Une brise, et les ombres s'animent sur le rideau. Qu'un nuage couvre, puis découvre le soleil, et voici que de l'ombre surgit le jaune éclatant de ce vase de mimosas.
Il suffit : cette seule lueur naissante et me voici inondé d'une joie confuse et étourdissante.
Prisonnier de la caverne, me voici seul en face de l'ombre du monde. Après-midi de janvier. Mais le froid reste au fond de l'air. Partout une pellicule de soleil qui craquerait sous l'ongle, mais qui revêt toutes choses d'un éternel sourire.
Qui suis-je et que puis-je faire — sinon entrer dans le jeu des feuillages et de la lumière. Être ce rayon de soleil où ma cigarette se consume, cette douceur et cette passion discrète qui respire dans l'air.
Si j'essaie de m'atteindre, c'est tout au fond de cette lumière . Et si je tente de comprendre et de savourer cette délicate saveur qui livre le secret du monde, c'est moi-même que je trouve au fond de l'univers.
Moi-même, c'est-à-dire cette extrême émotion qui me délivre du décor. Tout à l'heure, d'autres choses et les hommes me reprendront.
Mais laissez-moi découper cette minute dans l'étoffe du temps, comme d'autres laissent une fleur entre les pages. Ils y enferment une promenade où l'amour les a effleurés. Et moi aussi, je me promène, mais c'est un dieu qui me caresse.
La vie est courte et c'est péché que de perdre son temps. Je perds mon temps pendant tout le jour et les autres disent que je suis très actif. Aujourd'hui c'est une halte et mon cœur s'en va à la rencontre de lui-même.
Si une angoisse encore m'étreint, c'est de sentir cet impalpable instant glisser entre mes doigts comme les perles du mercure.
Laissez donc ceux qui veulent se séparer du monde. Je ne me plains plus puisque je me regarde naître. Je suis heureux dans ce monde, car mon royaume est de ce monde.
Nuage qui passe et instant qui pâlit. Mort de moi-même à moi-même. Le livre s'ouvre à une page aimée. Qu'elle est fade aujourd'hui en présence du livre du monde.
Est-il vrai que j'ai souffert, n'est-il pas vrai que je souffre ; et que cette souffrance me grise parce qu'elle est ce soleil et ces ombres, cette chaleur et ce froid que l'on sent très loin, tout au fond de l'air.
Vais-je me demander si quelque chose meurt et si les hommes souffrent puisque tout est écrit dans cette fenêtre où le ciel déverse sa plénitude.
Je peux dire et je dirai tout à l'heure que ce qui compte est d'être humain, simple. Non, ce qui compte est d'être vrai et alors tout s'y inscrit, l'humanité et la simplicité. Et quand suis-je plus vrai et plus transparent que lorsque je suis le monde ?
Instant d'adorable silence. Les hommes se sont tus. Mais le chant du monde s’élève et moi, enchaîné au fond de la caverne, je suis comblé avant d'avoir désiré.
L'éternité est là et moi je l'espérais. Maintenant je puis parler. Je ne sais pas ce que je pourrais souhaiter de mieux que cette continuelle présence de moi-même à moi-même.
Ce n'est pas d'être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d'être conscient.
On se croit retranché du monde, mais il suffit qu'un olivier se dresse dans la poussière dorée, il suffit de quelques plages éblouissantes sous le soleil du matin, pour qu'on sente en soi fondre cette résistance.
Ainsi de moi. Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable. Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse."

Albert Camus,
Extrait de « Carnets I. — Mai 1935 – Février 1942.

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vendredi 2 septembre 2016

Promenade à Pairi Daïza (2)


“Le langage est source de malentendus.”


 “On ne voit bien qu’avec le coeur. 
L’essentiel est invisible pour les yeux.”



“Quand on s'abandonne, on ne souffre pas. 
Quand on s'abandonne même à la tristesse, on ne souffre plus.”





Saint Exupéry

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jeudi 1 septembre 2016

Promenade à Pairi Daïza (1)


Sur le tard, je n’aime que la quiétude.
Loin de mon esprit la vanité des choses.
Dénué de ressources, il me reste la joie
De hanter encore ma forêt ancienne.

La brise des pins me dénoue la ceinture;
La lune caresse les sons de ma cithare.
Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité?
Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne…

Wang Wei



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mercredi 31 août 2016

La colère n'est pas dangereuse, la violence oui...



Mon enfance a baigné dans la violence. Mes quatre frères, mes quatre grands-parents et la quasi-totalité du reste de ma famille ont été déportés et tués par les nazis. C’est d’ailleurs ce qui a orienté mes choix professionnels : j’ai décidé de consacrer ma vie à la lutte contre la violence, en particulier en mettant au point cet outil qu’est la thérapie sociale.

Il nous faut reconnaître la colère. L’institut que je dirige forme les gens à la transformation de la violence. Au cours de ces sessions, ils apprennent à admettre qu’elle existe aussi en eux, ce qui leur permet d’améliorer leurs relations avec les autres. Je n’ai jamais rencontré qui que ce soit qui n’ait pas subi de violence. Nous en sommes tous victimes. Alors, pour parvenir à bloquer le processus, il nous faut réaliser comment nous avons été blessés. En comprenant nos souffrances, nous pouvons réussir à les utiliser de manière positive. 

 Charles Rojzman
source : Psychologies Magazine
adresse de l'institut

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mardi 30 août 2016

Les hommes accèdent à l’unité avec Cyrille Javary

“Yang le matin, yin le soir ”

Dans la culture occidentale, on associe traditionnellement le concept chinois de yang au masculin et celui de yin au féminin. C’est une erreur. Chaque sexe porte en lui les deux principes.

Il n’y a pas de genre dans la langue chinoise, pas de masculin ni de féminin. Les critères esthétiques sont assez proches pour les deux sexes. En revanche, les places des hommes et des femmes dans la société y sont très précisément assignées. Et la sujétion des femmes comme le machisme des hommes y sont une réalité millénaire. Toutefois, les concepts de féminin et de masculin n’existent pas dans les courants philosophiques chinois. Yin et yang ne sont pas des états, des attributs, des sexes ; ce sont des stratégies, des manières d’agir, des vecteurs du changement. Yang regroupe les mouvements centrifuges, dirigés vers l’extérieur, et yin les courants orientés vers l’intériorité. Voilà pourquoi les garçons sont souvent plus sensibles aux stratégies yang, et les filles, aux stratégies yin.

L’âme chinoise a deux versants. Un versant solaire, social, extérieur, masculin, au cœur du confucianisme ; un versant intérieur, lunaire, féminin, mystérieux, au cœur du taoïsme. Un Chinois sera confucéen dans la journée, au bureau : et le soir, taoïste, poète, lunaire.


Les idéogrammes yin et yang ont une partie commune évoquant une colline : l’idée est qu’il est impossible de les isoler car ils sont les deux versants de la même montagne, comme en témoigne leur sens propre : ubac (yin) et adret (yang). 
Chaque être, chaque chose vivante est en même temps et successivement yin et yang. Un jour entier est toujours un jour et une nuit. Cette approche bat en brèche le fameux mythe d’Aristophane, selon lequel homme et femme seraient chacun des moitiés séparées ayant chacune besoin de l’autre pour être complets. “Ces deux moitiés sont en nous et c'est en nous seuls que nous pouvons trouver l’unité, et réaliser nous-mêmes notre plénitude, pour reprendre l’expression de Simon Leys (1). A partir du moment où nous l’avons atteinte, nous n’avons pas besoin d’ajouter ou de retirer quelque chose à l’autre sexe. Nous pouvons l’accueillir tel qu’il est."

1. Simon Leys, sinologue, auteur des Habits neufs du président Mao (Ivrea, 2009). 

Cyrille Javary, sinologue,
est l’auteur de La Souplesse du dragon (Albin Michel, 2014).

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lundi 29 août 2016

Au cœur de l'océan...




Le cœur de l'homme est semblable à la mer, il en a les marées, il en a les tempêtes il a sa profondeur. II a aussi ses perles.

Van Gogh

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dimanche 28 août 2016

L’expir, Verbe créateur avec Annick de Souzenelle


S’il ignore ce qu’il est, l’homme est aliéné, par rapport à son potentiel vital ; il ne vit qu’à la superficie de lui-même, ne respire donc qu’à la superficie de lui-même, survit en redoutant la mort qu’il crée d’autant plus et plus vite qu’elle devient en fin de compte, inconsciemment, son seul objectif. Je ne pense pas que nous puissions prendre délibérément et consciemment pour objectif la vie sans l’objectiver au plus haut niveau de conscience, c’est-à-dire sans avoir l’audace de plonger dans son mystère oublié, mais dont nos mythes traditionnels sont la mémoire.
Je vous invite à cette audace en ouvrant ensemble le livre de la Genèse dont la tradition hébraïque nous dit qu’il est tout entier contenu dans le premier chapitre, lui-même dans le premier verset, celui-là dans le premier mot — Bereshit — et ce premier mot dans la première lettre, le Beith. Obtenant du « Saint-Béni-Soit-Il », selon le Zohar, de présider à la création du monde, la lettre Beith fait présider avec elle le nombre 2, l’altérité, le « toi ». Dieu crie : « Toi, ma bien-aimée » dans un dire-expir-orgasme archétypiel, et la Création est.
« Dire-expir-orgasme » sont inséparables l’un de l’autre. Les sept jours de la Création sont une coulée de cet expir-verbe divin. Les six premiers jours, un ordonnancement de l’énergie ainsi écoulée. Le septième jour, le Shabat, fond de l’expir, rétention du souffle créateur, préparation de l’inspir divin dans lequel toute la création est emportée. Cet inspir est l’histoire, notre histoire, celle de l’humanité, celle de chacun de nous. Dans le Shabat, l’étincelle de vie est déposée au cœur de chacun de nous, amorçant notre propre respiration dont le rythme à deux temps à l’image du rythme divin, s’inscrit dans l’inspir archétypiel. C’est l’histoire du 2 dans son retour à l’un.
Bereshit, le premier mot de la Genèse, en contient deux : Bara – crée ; Shit, se pose dans un fondement. Dans le premier verset : « Bara shit Bara Elohim eth Hashamaim Veet Ha-aretz », le rythme à 2 temps saisit toute l’œuvre ; tout respire : diastole, systole ; le jour, la nuit ; lumière, ténèbre ; été, hiver ; flux et reflux des mers ; le rire et les larmes ; la naissance et la mort. Un immense cœur bat.
Mais avant même que le premier jour fasse éclater la lumière, « le souffle de Dieu plane sur la face des eaux » – « Ve Roua’h Elohim Mera’hephet al Pne Hamaïm ». Une pneumatologie grandiose s’instaure.
Le verbe « planer » ne rend pas compte de la force pénétrante en même temps que réchauffante et ouvrante du terme «Méra’hephet » : le souffle de Dieu, en même temps qu’un expir, est verbe. Il est une pénétration mâle et amoureuse des eaux qui alors éclatent et se séparent. C’est à la rupture des eaux que naît le Beith. Et le Beith lui-même est constitué, dit le 1er verset, de « Shamaîm » et « Aretz », « cieux et terre » qui plus tard seront appelés « humide et sec ». Je dirai aussi « inaccompli et accompli » qui sont les deux seuls réels temps du verbe hébraïque, car il appert que la respiration de l’homme lui est donnée pour s’accomplir et que son accomplissement constitue l’inspir divin.
Dans cette perspective, à l’image archétypielle, l’expir de l’homme est verbe, verbe créateur. Mais depuis le drame de la chute, il se diversifie en verbe créateur, sa fonction ontologique, et organe procréateur, fonction temporaire qui lui est donnée en attente de son retour aux normes ontologiques. Ce qui fait que le bloc urogénital de l’homme n’est qu’une diversification du bloc cardiorespiratoire et phonatoire...

(Revue Énergie Vitale. No 11. Mai-Juin 1982)
pour lire la suite...

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samedi 27 août 2016

Auto-bienveillance avec Christophe André


"De nos maladies, la plus sauvage c'est de mépriser notre être." 
 Montaigne 

L’auto-bienveillance, c’est simplement faire preuve de respect pour soi, de douceur avec soi, notamment lorsque l’on souffre. Lorsque nous sommes blessés, d’abord nous consoler, nous apaiser, nous réparer, avant même de vouloir nous corriger ou nous sermonner. Et ne jamais nous faire de mal, jamais.




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vendredi 26 août 2016

Rencontre avec le peti-fils de Gandhi : Arun Gandhi


Adolescent à Durban, en Afrique du Sud, j’ai été agressé, battu, insulté parce que j’avais la peau sombre. Cela a entraîné beaucoup de violence en moi, c’est la raison pour laquelle mes parents ont voulu que nous allions vivre avec mon grand-père, en Inde....

Seule l’éducation peut améliorer cela. Malheureusement, elle nous apprend à obtenir des succès, pas à devenir meilleurs. Les enfants d’aujourd’hui grandissent sans connaître leur part d’humanité, sans savoir comment la développer. Ils apprennent à devenir de bons scientifiques ou financiers, mais n’ont aucune idée de la manière d’établir de bonnes relations avec les autres. Commençons par modifier une chose simple : la violence de notre langage. Soyons attentifs à nos comportements, soyons plus compréhensifs. Mon grand-père m’expliquait la différence entre la violence passive et la violence physique. Il m’a encouragé à faire mon examen intérieur chaque soir. Qu’ai-je fait qui puisse être utile aux autres ? Qu’ai-je fait de mauvais? Il m’a demandé d’afficher un papier sur lequel je devais noter mes actes de violence passive et active. Peu à peu, cela m’a aidé à me connaître et à voir ce que je devais changer en moi...

La non-violence est un idéal qui peut et qui doit fonctionner chaque jour, parce qu’elle est fondée sur l’amour, la compréhension et le respect. Nous chérissons ces valeurs, et pourtant tout le monde dit aujourd’hui qu’elles sont dépourvues de sens. Mais en pensant ainsi, nous devenons une partie de ce processus. C’est vrai, nous sommes modelés par la culture de la violence... J’ai retenu de mon grand-père que nous devons nous changer nous-mêmes pour entrer dans une culture non violente...

Dans le passé, nous parlions surtout de non-violence physique, en réaction aux guerres, aux mauvais traitements... Aujourd’hui, la violence passive est devenue plus puissante que la violence physique. Elle réside dans les discriminations, le pillage des ressources, l’exploitation des peuples. Elle n’utilise pas la force mais elle laisse les victimes en colère, qui utilisent à leur tour la violence pour obtenir justice. Et nous nous faisons subir à nous-mêmes des violences passives comme le stress, l’angoisse. 
La vraie non-violence réside dans une transformation de nous-mêmes. 
A nous, par exemple, de prendre conscience de la violence passive que nous faisons subir autour de nous : ne pas considérer une personne parce que nous la pensons inférieure, ou parce qu’elle est noire ou musulmane ou pauvre... La pire chose est le nationalisme, lorsque nous pensons pouvoir être fiers de notre pays en excluant le reste du monde. Nous devons avoir une vision générale, nous devons créer une globalisation des esprits, une globalisation philosophique, bien plus importante que la globalisation économique...


Extraits de Psychologies magazine de déc. 2015

jeudi 25 août 2016

Porter attention au vivant !


Ne manquez pas le spectacle ! 
malgré le hamster intérieur !

avec Serge Marquis
(Son livre est vraiment intéressant.)




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mercredi 24 août 2016

Voies d'Air avec Pierre Dhainaut


Voici un extrait du nouveau recueil de Pierre Dhainaut qu'il nous a offert aujourd'hui et cela m'a touché. 
La poésie de Pierre Dhainaut fera partie du nouveau livre-jeu de Sabine Dewulf qui paraîtra fin septembre.




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mardi 23 août 2016

Un homme remarquable, Swami Prajnanpad


 Extraits de "Portrait d'un homme remarquable" de Frédérick Leboyer



Le génie de Swâmi Prajnânpad était de nous offrir une possibilité – certes pas « bon marché » –, de nous libérer en quelques années de désirs qui paraissent tout-puissants et non pas en dizaines et dizaines d’existences.

Arnaud Desjardins



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