dimanche 30 janvier 2011

Libre comme l'air avec Philippe Mac Leod

Comment parler de l’air ? Cette question insolite surgit plutôt comme une réponse à l’air qui me parle ce matin, avec une insistance étrange, faite de douceur et d’une pointe d’agressivité. La fraîcheur, l’éclat de la lumière toute jeune, qui semble remonter de la terre, entre le vert des prés et le bleu du ciel, le rendent pour ainsi dire plus vivant, plus proche, presque tangible, dans un scintillement qui relègue les choses au second plan. 


Discrètement parfumé, légèrement piquant, comme une effervescence, on le sent faire pression sur la chair du visage, tout l’espace quittant l’abstraction pour devenir substance et nous pénétrer jusqu’à l’intime de notre corps. Car c’est bien l’espace que nous respirons, l’espace qui nous habite par le souffle, nous anime, creuse en nous ce grand vide où l’âme se meut comme le regard au-dehors, au-dessus des arbres, des collines, avec l’oiseau qui porte haut nos rêves de légèreté, de clarté, de liberté, de pureté.

Nous sentons bien cette parenté, ou cette proximité, quand notre souffle à l’inverse s’emporte en forme de bourrasque, quand la voix enfle comme un torrent sort de son lit, dans un grand bruit de pierres qui roulent, toute délicatesse engloutie sous la boue noire de la colère. L’air brillant des premières heures du jour, avant que le soleil n’échauffe nos passions, ne dit rien que de pur, pur et doux, pur et large, comme si je trouvais là mon point d’origine, mon vrai point de départ.



L’air apparaît alors comme l’esprit de la terre, l’âme qui en émane, son grand regard bleu, ce tremblement qui toujours la parcourt, ce perpétuel et imperceptible mouvement qui fait le vivant. Il aiguise notre écoute, l’extrême sensibilité de l’épiderme. On ne le voit pas, mais il enveloppe tout ce qu’il touche. Et c’est sans doute cette subtile alliance du proche et du lointain, du visible et de l’invisible, que l’air chuchote à nos oreilles ou agite dans le regard. Sans contour ni consistance, pure transparence, son frôlement rappelle l’Esprit en nous, le ciel auquel nous sommes destinés, qui est tout l’insaisissable de la vie, tout ce qui ne se voit pas, ne se prend pas, mais nous tient au plus secret de nous-même.

Voilà pourquoi le vent, l’oiseau ont toujours été les signes privilégiés de l’Esprit : tout l’espace comme une grande respiration, une perpétuelle invitation au départ, à l’essor. D’une douceur enveloppante ou d’une soudaine brusquerie, vif, agile, inlassablement son souffle dit la grandeur de l’espace que traverse l’aile d’un regard, que reflète la surface luisante de la feuille vernissée ou de la peau frémissante, qu’une caresse éveille à l’infini qui l’entoure... Il nous sort de nous-mêmes, tout en nous rappelant de quoi nous sommes faits.
Pour nous qui ne décollons pas du sol, l’air en sa liberté n’a de présence que par ce mouvement infini vers les lointains, qui semble emporter ou prolonger le souffle qui nous anime. Tout ce qui demeure hors de notre portée par son aspect fuyant, tout ce qui dans le réel nous échappe, comme les nuages, les vastes horizons, les lumineuses trouées, comme le ciel longuement contemplé, nous étire en quelque sorte, nous allonge, nous grandit intérieurement.


L’air que l’on inspire distille l’immensité des nues que notre chair recueille et que l’azur reprend. Dans ce mouvement, comme la parole du Seigneur ne lui revient pas sans avoir accompli sa mission, elle laisse dans notre âme un peu de sa transparence, elle creuse en nous ce désir d’infini et d’éternité.

Philippe Mac Leod est écrivain, il a publié plusieurs recueils de poésie. Son dernier ouvrage, l’Infini en toute vie, est paru aux éditions Ad Solem.

samedi 29 janvier 2011

Histoire de l'homéopathie et de Samuel Hahnemann par Colette Lesens

vendredi 28 janvier 2011

Jardin Zen et Eveil



Jun et l'expérience du "vide" dans un jardin zen


La source des 4 extraits sonores que vous avez pu écouter est "Le sumo qui ne pouvait pas grossir" de Eric-Emmanuel Schmitt (lu par l'auteur)

A la recherche du Soi de Arnaud Desjardins

Pour la sortie en poche d'Adhyatma Yoga (A la recherche du Soi - vol.1 ), en voici un extrait :


Cette tension permanente – à laquelle remédient bien mal les techniques de relâchement, de training autogène, les postures de yoga, et tout ce qu’on peut utiliser aujourd’hui – se manifeste à travers deux attitudes, exprimées par les mots « prétendre » et « attendre ».
Dans ces deux mots, il y a tendre et tension. « Prétendre » est une forme de tension, « attendre » en est une autre. L’homme ordinaire vit toujours dans l’attente. Quand ce n’est pas l’attente des catastrophes, c’est l’attente de ce que les uns ou les autres devraient faire en conformité avec ce qu’il pense ou ce qu’il désire. Et cette attente est tout le temps surprise. Je m’attends à ce qu’une personne soit gaie, heureuse, quand je prononce un mot aimable, ou que je lui fais un cadeau, et mon attente est surprise. Je m’attends à ce que... Tout le temps. Cette attente est une tension perpétuelle, inconsciente, dont on ne se rend pas compte. S’il  n’y a plus aucune attente, il y a une détente complète, une disponibilité parfaite dans l’instant, dans le « ici et maintenant », pour tout ce qui peut se produire. Si je rentre chez moi, je ne m’attends pas à ce que mon appartement ait été cambriolé. Je m’attends à trouver mon appartement tel que je l’ai laissé. Et parce que je suis dans cette attente, qui n’est pas consciente, je reçois un choc, un stress, comme on dit aujourd’hui, si je vois tous les tiroirs vidés et retournés, les lits défaits, selon la technique habituelle des cambrioleurs qui cherchent où l’on a pu cacher l’argent ou l’argenterie...




Au terme d'une quête spirituelle exceptionnelle, Arnaud Desjardins est devenu le disciple de Shri Swâmi Prajnânpad, gourou hindouiste qui a suscité l'intérêt de nombreux universitaires, philosophes et psychologues. Car son enseignement, indépendant de toute pensée religieuse, est une passionnante exploration de soi : son yoga, l'Adhyatma yoga, vise à retrouver notre essence fondamentale - l'atman - par une démarche qui explique et désamorce les mécanismes de notre égoïsme, au coeur de nos soucis quotidiens.
Dans ce premier tome de À la recherche du soi, Arnaud Desjardins présente quelques notions fondamentales - koshas, samskara, vasana... - sur le mode vivant des enseignements orientaux.
Autrefois grand voyageur, réalisateur pour la télévision, Arnaud Desjardins a fait connaître aux Occidentaux les spiritualités vivantes de l'Orient à travers les films qu'il a tournés en Inde et en Asie. Il a suivi les enseignements de son maître Swâmi Prajnanpad pendant de nombreuses années. En 1974, il fonde un ashram installé aujourd'hui à Saint-Laurent-du-Pape en Ardèche, où il continue de transmettre l'héritage spirituel qu'il a reçu. Très engagé dans le dialogue interreligieux, il est internationalement reconnu, et ses livres sont traduits dans plusieurs pays. Après Spiritualité, de quoi s'agit-il ? : entretiens avec Emmanuel Desjardins, écrit en collaboration avec son fils, paru en 2009 aux éditions de La Table Ronde, il a publié Oui, chacun de nous peut se transformer (Albin Michel, 2010).

mercredi 26 janvier 2011

Chant du cristal



Jun et le chant du verre de cristal



Relaxation et Méthode Feldenkrais

Né en Russie en 1904, Moshe Feldenkrais a étudié en France où il est devenu physicien et ingénieur – de même qu'un des premiers Européens à obtenir une ceinture noire en judo (1936). Gravement blessé au genou durant une partie de soccer, il apprend qu'une chirurgie n'a que 50 % de chance de réussite et pourrait aussi bien le condamner au fauteuil roulant. Il combine alors ses connaissances en génie mécanique et en arts martiaux à l'étude de la biologie, de la cybernétique et du développement psychomoteur, jusqu'à ce qu'il réussisse à marcher de nouveau.
Installé ensuite en Israël, l'homme continue de perfectionner son savoir pour finalement mettre au point la méthode qui porte son nom. En 1970, il commence à voyager à travers le monde pour former des praticiens. Il dirigera le Feldenkrais Institute de Tel-Aviv, jusqu'à sa mort en 1984.




mardi 25 janvier 2011

Tu penses trop

Jun - tu penses trop ! :

Boris Cyrulnik et l'écologie

Boris Cyrulnik répond à quelques questions humoristico-écologiques. Il nous propose, en tout cas, une ré-utilisation des pots de yaourts :

lundi 24 janvier 2011

Boris Cyrulnik nous donne un sens...

Une interview plus personnelle de Boris Cyrulnik :
« Essayer de comprendre ce qu'est l'être humain. » Entre analyse scientifique et réflexion philosophique, voilà l'immense défi que s'est lancé, tout au long de sa vie, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik.

Rencontre avec Boris Cyrulnik, chez lui en France. Il a écrit plus d'une quinzaine d'ouvrages et passé sa vie à comprendre les autres et d'abord lui-même.

dimanche 23 janvier 2011

Vibrations avec Karine Safar

Je vous propose d'accompagner le texte "L'esprit des mains" de Philippe Mac Leod avec d'autres vibrations musicales.


"Vibrations", union magique du clavier et de la lame, invite à pénétrer dans l'univers unique de la lame sonore, que Claudel disait être "un des plus beaux vases de la musique.


extrait n°1 : 01 - Rêverie (1'20")
extrait n°2 : 16 - Concerto d' Aranjuez (1'07")
extrait n°3 : 13 - La Voix du Verseau (1'18")
extrait n°4 : 15 - Ave maria (1'08")

Le site de Karine Safar

L'esprit des mains avec Philippe Mac Leod

Les mains dessinent un autre visage, comme en contrepoint. L'épaisse couche des vêtements, en les épargnant, les expose constamment à la vue comme à l'air. Sans fard, sans autres ornements qu'une pierre limpide ou un anneau d'or, elles soutiennent les expressions du visage, et souvent, lestes, agiles, ou comme une eau dormante sur les genoux, elles témoignent de nos mouvements intimes. Accompagnant le regard ou la voix qui jouent plus haut, en solistes, elles sont comme une basse continue, discrète et pénétrante.

Une clarté tout intérieure semble éclore avec ces franges qui s'ouvrent et se divisent à la manière des pétales tremblants d'une fleur, dont la délicatesse du poignet n'est pas sans rappeler la base étroite qui les relie à la tige, ou les lignes de la paume, les nervures d'une feuille. On admirera la finesse des longs doigts qui spiritualisent la chair, qui l'étirent pour ainsi dire, en nous indiquant le terme de cette lente poussée qui nous a élevés de terre. Comme deux calices au bout de leur rameau, le parfum subtil qu'elles exhalent de chaque paume, de ce creux profond qui rejoint le centre de notre être, s'élève comme une flamme invisible, une lueur lointaine et rosée, la lueur pâle d'un mystère sans bruit. Il te suffira d'observer les mains, leur finesse ou leur empâtement, leur fluidité ou leur épaisseur, pour déterminer la prédominance du charnel ou du spirituel dans une personnalité. Cependant, que cet examen ne se transforme pas en discrimination mais reste un sentiment plus large de l'humain, pour reconnaître en toi les mains qui dénouent et qui empoignent, qui délivrent ou qui enserrent, les mêmes mains qui caressent puis qui blessent. En chacun de nous, est-ce encore Abel et Caïn, les doigts nus de Jacob et les poings velus d'Esaü qui se disputent l'humanité ? Mains comme des ailes, mains signant la perfection du corps humain, ce sont elles pourtant qui font de nous comme des anges, à peine moindres que des dieux (Ps 8, 6).

Dans les airs nos mains tracent des signes étranges. Elles accompagnent nos mots, les prolongent, ou cherchent à exprimer ce qu'ils ne sauraient dire. Fines, elles laissent apparaître notre vraie silhouette, diaphanes, notre âme à fleur de peau. Entre les nervures frémissantes qui rayonnent jusqu'aux premières phalanges, une profondeur mobile se tient tranquille, comme un lac aux eaux lisses et soyeuses dont la surface irisée protège bien le secret. Tant d'habileté au bout des doigts ! Tant d'intelligence, de finesse, mais aussi tant de grâce et de beauté réunies, qu'il semble que dans ces fragiles élongations ce soit l'esprit lui-même qui lamine la pâte, là où la chair se fait plus rare. laissant affleurer la vie profonde.

Par la délicatesse de leurs articulations, les mains ne dévoilent pas un squelette mais plutôt une membrure dont la chair serait à la fois le feuillage, la fleur et le fruit, la clarté qui les enveloppe, comme un jour qui viendrait de l'intérieur. Je le sens bien, l'Esprit lui-même a façonné cette main, au terme d'une longue, d'une inconcevable patience, en la modelant toujours plus finement, plus lisse, en l'effilant dans les airs. Contemplons cet étonnant travail au secret de la chair, tout en finesse, en subtilité, jusqu'au pétale nacré d'un ongle, arraché à la rudesse, à l'âpreté des griffes, des serres et des crocs. Il ne nous est pas indifférent que l'extrémité de notre corps se termine par cette transparence.

PHILIPPE MAC LEOD est écrivain, il a publié plusieurs recueils de poésie. Son dernier ouvrage, D'eau et de lumière, est paru aux éditions Ad Solem.
Voir un portrait de Philippe Mac Leod