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dimanche 7 juin 2026

Edgar Morin, l’unité d’une voie

 Parmi les grands humanistes français qui accompagnent la conversation démocratique, il tenait une place à part. Le sociologue et philosophe Edgar Morin, décédé le 29 mai 2026 à l'âge de 104 ans, avait fait de sa longue existence la matière même d’une pensée toujours renouvelée.


« Renaître et renaître jusqu’à la mort… » C’était l’une de ses nombreuses maximes de vie. Edgar Morin est décédé le vendredi 29 mai 2026. Durant ses presque 105 années d’existence, il aura eu le temps d’observer plusieurs fois ce « commandement », comme il disait. Par l’esprit, à travers les recommencements qui ont scandé son itinéraire intellectuel, amoureux et spirituel. Et à la lettre, en esquivant de justesse plusieurs rendez-vous avec la camarde.

L’enfance dans « une totale liberté mentale »

« J’ai échappé à la mort dès avant ma naissance, sans parler des risques que j’ai pris durant la Résistance. Plus tard, j’ai survécu à deux graves accidents de santé », confiait-il à Laure Adler dans la dernière Heure bleue que lui avait consacrée la journaliste le 26 juin 2023 sur France Inter.

Le doyen des intellectuels français a raconté cet événement originel à plusieurs reprises : la maladie cardiaque de sa mère lui interdit d’avoir des enfants. Enceinte, elle prend en vain des produits abortifs. Étranglé par le cordon ombilical, le bébé doit son salut au médecin, qui le secoue par les pieds jusqu’à ce qu’il pousse son premier cri. Luna, la mère du petit Edgar, décède une dizaine d’années plus tard. Sa mort provoque chez son fils unique un « Hiroshima intérieur », une immense solitude et une culpabilité « toujours prête à revenir ».

Son père, Vidal Nahoum, est commerçant dans le quartier du Sentier, à Paris. Dans Vidal et les siens (Seuil, 1989), Edgar Morin – c’est le nom qu’il conserve de ses années de clandestinité dans la Résistance – explore les origines de sa famille. Des juifs séfarades de souche italienne côté maternel, installés à Salonique port de l’Empire ottoman sur la mer Égée. Côté paternel, les Nahoum sont des Séfarades expulsés d’Espagne en 1492, fixés à Livourne en Italie, avant de rejoindre Salonique. Ses parents se rencontrent à Paris où Edgar grandit dans « une totale liberté mentale », « libre de chercher ses propres vérités », raconte-t-il dans un livre d’entretiens avec Djénane Kareh Tager Mon chemin (Fayard, 2008).

Comme un concentré d’histoire contemporaine

Si sa vie personnelle lui fournit une inépuisable matière pour se découvrir lui-même, le destin public d’Edgar Morin est un concentré d’histoire contemporaine. À 16 ans, il envoie des colis aux anarchistes catalans en pleine Guerre d’Espagne. À 21 ans, sous l’Occupation, il rejoint la résistance communiste. En 1956, il quitte le Parti communiste, prenant acte que la terreur stalinienne est une impasse et une imposture. Il s’en explique en 1959 par une retentissante « autocritique » dans un essai du même nom. Depuis, et jusqu’à son dernier souffle, il n’a cessé de partager sa passion pour la vitalité de la démocratie, attentif à tout frémissement collectif porteur d’espérance.

Quant à sa carrière professionnelle au CNRS, elle épouse l’évolution sociologique de la société française, depuis l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1980. Ses enquêtes ethnologiques font date. Dans la Métamorphose de Plozévet (1967), il analyse la fin de la paysannerie, la révolte des jeunes, et – déjà ! – la montée des valeurs féministes. Autant de changements inscrits dans la singularité de cette commune bigoudène, dans le Finistère, où il séjourne près d’un an. Quand les sociologues de l’époque ne voyaient que des classes sociales, il est le premier à décrire en 1963 le surgissement, en France et aux États-Unis, d’une classe d’âge adolescente avec sa culture propre. En 1969, il publie une célèbre enquête sur le mécanisme de propagation d’une rumeur (la Rumeur d’Orléans, Seuil) selon laquelle de jeunes femmes prétendument chloroformées disparaissaient dans les cabines d’essayage des détaillants juifs de la rue de Bourgogne, à Orléans.

« C’était un narcissique généreux »

« Sa vie même est une quête d’unité entre ses engagements politiques, ses recherches et son histoire intime », souligne Bernadette Puijalon, anthropologue, qui fréquente ses écrits depuis les années 1960. En effet, nous savons presque tout des amours d’Edgar Morin. Il a raconté chacune de ses épouses, depuis Violette, la mère de ses deux filles, puis Johanne, la Canadienne, et Edwige, l’adorée, décédée en 2008. Jusqu’à Sabah, sa compagne, universitaire marocaine rencontrée au Festival des musiques sacrées à Fès en 2009.

« C’était un narcissique généreux qui a exposé au fil des années ses avancées, ses incohérences, ses carences avec honnêteté. Il indiquait en permanence où il en était, à ce moment précis de son chemin d’homme. Ce grand intellectuel m’a montré qu’on pouvait s’approprier son domaine de recherche pour grandir soi-même. » Spécialiste des âges de la vie, Bernadette Puijalon l’a interviewé alors qu’il n’avait « que » 70 ans. « Je lui dois la plus délicate mise en garde contre l’infantilisation de nos parents vieillissants, se souvient-elle. Un des secrets de sa vitalité, c’était de dialoguer en permanence avec le meilleur de l’enfant, le meilleur du jeune homme qu’il avait été et le meilleur du vieillard qu’il espérait devenir. »

Au carrefour de l’intime et du politique

L’apport d’Edgar Morin se situe au carrefour de l’intime et du politique. Il a été notamment l’un des premiers à montrer que l’autonomie est un mythe, sur le plan intime et collectif : c’est la gestion de nos dépendances et interdépendances qui la détermine. En 1972, il découvre le rapport du Club de Rome et prend conscience du problème écologique sur lequel il n’a cessé de réfléchir et d’alerter jusqu’à sa mort. « J’ai alors compris que la course aux profits était la cause principale de la dégradation de notre environnement et qu’elle conduisait à la crise de la démocratie un peu partout », se souvient-il dans Mon chemin.

Toujours, il additionnait les approches au lieu de les opposer. C’est le cœur de la fameuse « pensée de la complexité ». Complexité au sens étymologique : ce qui est tissé ensemble. Elle est explorée, sous la forme d’une véritable aventure intellectuelle, dans les six volumes de la Méthode, publiés de 1977 à 2004. Cette méthode se veut une « voie », surtout pas un système.

Parcours intellectuel des États-Unis à l’Amérique du Sud

L’origine de ce travail monumental s’ancre dans ses séjours en Amérique du Sud et aux États-Unis. À la fin des années 1960 en Californie, il découvre l’école des sciences humaines de Palo Alto dont les théoriciens considèrent que la réalité n’existe pas en soi : chacun construit des réalités et des systèmes qui peuvent fonctionner ou dysfonctionner. « Le premier volume de la Méthode est arrivé à un moment de vide intellectuel où les espérances révolutionnaires se désintégraient, reconnaît-il dans Mon chemin. Il a suscité un certain intérêt et m’a valu des interviews où j’ai pu exposer mes idées. »

Ses idées se propagent dans le monde, en particulier en Amérique latine. En Colombie, il existe aujourd’hui un « doctorat en pensée complexe » reconnu par le ministère de l’Éducation. Une statue en bronze d’Edgar Morin a même été érigée en 2007 dans la ville d’Hermosillo, 600 000 habitants, dans le nord du Mexique. « En Amérique latine, l’œuvre de Morin est accueillie comme l’aventure interdisciplinaire d’un marginal génial et d’un franc-tireur inspirant », analyse son disciple, le philosophe franco-colombien Nelson Vallejo-Gomez dans le livre Edgar Morin, les cent premières années (Hermann, 2023). « Le débat intellectuel latino-américain, notamment dans les universités publiques, était phagocyté par les querelles idéologiques entre marxisme et antimarxisme, capitalisme et communisme, amis et ennemis, explique-t-il. La lecture de Morin apparaît comme un bol d’oxygène pour une minorité en quête de liberté d’esprit. »

« Curieusement, la pensée de cet intellectuel agnostique a d’abord été accueillie dans des institutions catholiques comme l’Université pontificale bolivarienne de Medellín (Colombie), l’Université Cândido Mendes de Rio de Janeiro (Brésil), l’université ibéro-américaine, créée par des jésuites à Mexico », poursuit Nelson Vallejo-Gomez. Ses plaidoyers pour une éducation transdisciplinaire, coopérative, suscitent en particulier un intérêt constant depuis la parution de son livre les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur (Seuil, 2000).

En France, un contemporain capital, sollicité et attendu

En France, la pérennité de sa vivacité intellectuelle et son immense curiosité en font un contemporain capital, sollicité et attendu, car il ne donne pas de leçon. Interviewé dans les colonnes de La Vie, le 17 septembre 2020 (N° 3916), en pleine crise sanitaire, il souligne : « La notion de voie s’oppose à la notion rigide de programme et à la notion statique de modèle de société, alors que tout est en évolution. Il n’y a pas de but à atteindre, mais un cheminement à aménager. »

« Que te reste-t-il à faire ? », l’interrogeait Laure Adler. « Continuer dans le sens de ma vie, en essayant de lutter contre l’illusion et l’erreur. J’ai moi-même fait deux erreurs fondamentales dans ma jeunesse. J’ai été pacifiste parce que je ne savais pas que Hitler voulait coloniser toute l’Europe. J’ai été communiste, parce que je me faisais des illusions. Quand on fait des erreurs aussi profondes, on réfléchit sur les sources. À 102 ans, je me sens plus motivé que jamais car nous vivons des circonstances terribles et allons vers des désastres en somnambules. »

« Pour moi, la mort ne comporte pas de mystère »

Edgar Morin, jusqu’au bout, a appelé à cultiver des oasis de fraternité, de pensée et de convivialité face à la régression qui menace. Des oasis de résistance où seront sauvegardées les forces de liberté et de conscience. Beaucoup de jeunes aujourd’hui suivent cette voie de façon très concrète sans avoir forcément lu ou entendu le vieux sage.

Edgar Morin ne croyait pas au Dieu personnel des religions monothéistes, ni en aucun système théologique, mais il était sensible aux mystères. « Pour moi, la mort ne comporte pas de mystère », disait-il à Laure Adler à l’occasion de la parution de son dernier livre (Encore un moment, 2023). « C’est la dégradation physique de tout l’être. C’est une loi de la nature. C’est la vie qui est un mystère. Pourquoi cette force créatrice dont je suis possédée même à mon âge ? Ce n’est pas moi qui possède la vie. C’est elle qui me possède. » En tout cas, la vie l’aura aimé autant qu’il l’a aimée.

source La Vie - par Dominique Fonlupt

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lundi 31 janvier 2011

A le recherche d'une voie (1)

Edgar Morin, Nicolas Hulot, Patrick Viveret, Christian Saint-Etienne... un beau plateau pour entrevoir l'avenir de la planète.


Edgar Morin,
Philosophe
Edgar Morin est reconnu dans le monde entier comme le penseur de la complexité. Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages traduits en 28 langues et publiés dans 42 pays. Docteur honoris causa de vingt-quatre universités, il est directeur de recherche émérite au CNRS. Au cœur de son œuvre, il y a La Méthode, un système de pensée global construit comme une encyclopédie. De la conscience planétaire à la politique de civilisation, il développe depuis 60 ans les notions clés de la philosophie contemporaine. Membre du Collegium international éthique, politique et scientifique avec Patrick Viveret, il est engagé dans tous les grands débats de notre époque avec un certain pessimisme. A 89 ans, il vient de publier La Voie, pour l’avenir de l’humanité. Il estime que la mondialisation, l’occidentalisation et le développement nous conduisent vers des catastrophes en chaîne.

Nicolas Hulot,
Reporter
Nicolas Hulot est identifié depuis 20 ans comme le plus grand porte-parole de la sauvegarde de la nature. L’impact de l’émission Ushaïa, qu’il présente depuis 1987, l’a conduit à créer la Fondation Ushaïa, devenue la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, reconnue d’utilité publique en 1996. Classé en 2005 parmi les plus grands français de tous les temps, Nicolas Hulot été l’artisan d’un pacte écologique signé par tous les grands partis politiques et qui a pesé lourd dans la balance électorale en 2007. « L’homme qui veut sauver la terre », comme le nommait le Nouvel Observateur en 2008, a pourtant de nombreux détracteurs. Certains écologistes lui reprochent sa culture du consensus, d’autres adversaires l’ accusent non seulement de pessimisme, mais encore d’alarmisme.

Patrick Viveret
Philosophe
Patrick Viveret est philosophe, conseiller référendaire à la Cour des comptes, ancien rédacteur en chef de la revue Transversales Science Culture. Il compte parmi les figures de la pensée altermondialiste. Membre du Collegium international éthique, politique et scientifique avec Edgar Morin, il vient de publier avec lui Comment vivre en temps de crise. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages critiques : Pour une nouvelle culture politique, PIB, la richesse est ailleurs ou encore Reconsidérer la richesse, un rapport commandé en 2002 par le secrétaire d’Etat à l’économie solidaire. Dans Pourquoi ça ne va pas plus mal, paru en 2005, il fait un constat pessimiste de l’état du monde tout en misant sur la lucidité de chacun. Pour lui, l’humanité ne tardera pas à comprendre que son avenir est dans l’être et non dans l’avoir.

Christian Saint-Etienne
Economiste
Christian Saint-Etienne est titulaire de la Chaire d’Economie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers et membre du Cercle des économistes. Il siége au Conseil d’analyse économique placé auprès du Premier ministre. Il est l’auteur de nombreux livres, L’Exception française, L’Etat mensonger, Croissance équitable et concurrence fiscale. Le dernier s’intitule Guerre et paix au XXIème siècle, un essai pour comprendre le monde à venir dans les 40 prochaines années. Selon Christian Saint-Etienne, le pessimisme est surtout porté par l’Occident, et plus particulièrement par les européens. Il estime que l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine n’ont jamais été plus optimistes et que le discours sur la fin des temps n’a jamais été moins justifié.

vendredi 23 janvier 2009

Edgar Morin et le salut de l'abîme

Une empreinte d'Edgar Morin à travers des photos de l'agence Magnum :
Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, né à Paris le 8 juillet 1921, est un sociologue et philosophe français.

dimanche 1 juin 2008

La planète Terre vue par Edgar Morin

Une belle interview d'Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, né à Paris le 8 juillet 1921, sociologue et philosophe français. Il nous offre un regard sur notre planète :

"La Terre est notre patrie, notre maison commune ; elle est notre jardin."
Edgar Morin

mercredi 30 mars 2011

Edgar Morin et les questions sur la Voie (1)

Edgar Morin est directeur de recherche émérite au CNRS, sociologue et philosophe, Docteur honoris causa de 24 universités à travers le monde. Nous l'entendons à la suite de la sortie de son livre : La Voie


Edgar Morin (7 février 2011 dans la Tête au carré)
1ère partie : 18 min.

jeudi 31 mars 2011

Edgar Morin répond aux questions sur la Voie (2)

Edgar Morin est directeur de recherche émérite au CNRS, sociologue et philosophe, Docteur honoris causa de 24 universités à travers le monde. Nous l'entendons à la suite de la sortie de son livre : La Voie


Edgar Morin (7 février 2011 dans la Tête au carré)
2ème partie : 18 min.

mardi 22 novembre 2011

La présence de la mort... avec Edgar Morin (2)

"Vivre de mort, mourir de vie" Héraclite
2ème partie
Entretien avec Edgar Morin, sociologue et philosophe français, directeur de recherche émérite au CNRS, Centre National de la Recherche Scientifique, auteur de plusieurs ouvrages dont « La Méthode ». Edgar Morin est connu également pour son engagement politique et son action au sein de la Résistance durant la seconde Guerre Mondiale. En 1938, il rejoint le mouvement des Etudiants frontistes, socialiste, qui s'oppose aux Nazis, et l'année suivante entre dans la Résistance. A partir de 1958, il rejoint les rangs du Parti Communiste français, où il rencontre François Mitterrand. Etudiant infatigable, il entreprend un cursus de sociologie. Il ne quitte pas l'université après l'obtention de sa thèse, il devient professeur...

samedi 24 mars 2012

L'amour avec Edgar Morin

Veuf inconsolable, le sociologue Edgar Morin a écrit une déclaration d’amour émouvante à Edwige, celle qui a partagé sa vie pendant 30 ans. Rencontre touchante avec cet éternel amoureux de 90 ans.

Pourquoi avoir choisi, à votre âge, de vous mettre à nu en écrivant ce livre Edwige, l’inséparable ?
Edwige était une personne très secrète et pudique. Excepté quelques amies, les gens ne la voyaient qu’au travers des apparences. J’ai donc éprouvé le besoin de la faire reconnaître. C’était une femme qui sécrétait une poésie par sa grande capacité d’émerveillement. Elle s’émerveillait de notre chatte, de la nature, des jolies choses de la vie. Elle aimait la beauté d’une façon extraordinaire et sentait tout ce qui est poétique dans l’existence. D’ailleurs, je considère qu’un amour tient dans un couple quand l’autre est source de poésie. Si l’un des deux cesse de l’être, ça n’a plus de sens.


Aviez-vous des petits mots doux pour Edwige ?
Parfois, je l’appelais Edwigette, mais le plus souvent c’était « mon cœur ». Enfin, ça me gêne un peu d’en parler… Elle disait que nous étions deux inséparables, en se référant à ces oiseaux qui se bécotent sans arrêt. C’est vrai que nous aimions tout le temps nous embrasser. Dès que nous nous croisions à la maison, nous nous donnions des baisers. Elle nous disait inséparables, et pourtant…


Finalement, les intellectuels sont comme tout le monde : ils expriment leur amour par des métaphores ou des diminutifs un peu enfantins…
Bien sûr. Nous nous faisions des petits dessins. Nous aimions jouer ensemble, comme les enfants. Ce sont des choses normales. Montaigne disait que « chacun porte en soi l’humaine condition » : c’est le tronc commun à toute l’humanité. Le fait d’être un intellectuel et un écrivain donne la possibilité d’exprimer avec des mots ce que tout le monde vit ou ressent.


Quel est donc ce lien si particulier qui vous unissait à Edwige ?
Ce lien a commencé avec un coup de foudre, bien avant que nous nous unissions. C’était en 1961 et nous nous sommes mariés en 1978. Grâce à ce livre, Edwige, l’inséparable, j’ai compris ce qui nous liait si intimement, bien que nous soyons totalement différents. Montaigne disait de La Boétie : « C’était lui, c’était moi. » Avec Edwige, c’était elle et c’était moi.


Quelle est la singularité de votre amour filial ?
Ma mère est l’amour primordial de ma vie. Elle est morte quand j’avais 10 ans. Après son décès, elle est devenue à mes yeux une sorte de déesse. Elle s’appelait Luna (« Lune ») et, quand je vois la pleine lune, je sens sa présence. Sa perte m’a donné un grand besoin d’amour, car elle a laissé un immense vide en moi.
Quant à mon père, j’avais un ressentiment contre lui car, pensant me protéger de trop d’émotions, il m’a bêtement caché la mort de ma mère. Il m’a privé de lui dire au revoir. Je ne me suis vraiment réconcilié avec lui qu’après des années.


Finalement, Edwige et vous aviez une épine liée à vos enfances ?
Exactement. Le père d’Edwige était un médecin bohème qui ne se faisait pas payer et fréquentait les artistes. Il avait été chassé par la mère d’Edwige, elle aussi médecin, mais très bourgeoise. Edwige m’a toujours dit que son père était pour elle un étranger. Cependant, à deux ou trois occasions, j’ai constaté que quelque chose se déchirait en elle quand on l’évoquait. C’était la racine de son caractère renfermé : elle cachait cette douleur. D’autant ­qu’Edwige a toujours eu le sentiment que sa mère ne l’aimait pas.
(…)


Pensez-vous pouvoir aimer de nouveau ?
Oui. J’éprouve d’ailleurs actuellement un sentiment amoureux pour quelqu’un, mais ce nouvel amour n’effacera pas celui pour Edwige. J’ai découvert en chacune des femmes que j’ai aimées une souffrance d’enfant. Est-ce par télépathie ? Est-ce dans l’expression du regard qui me donne un message subliminaire qu’avec le temps je comprends ? En fait, c’est une chose mystérieuse, mais je suis un éternel amoureux. C’est à la fois ma pathologie (la perte de ma mère a créé un vide absolu) et ma santé (l’amour est la santé de l’âme). Parfois, je me dis qu’il s’agit d’une sorte de maladie. Mais, finalement, je crois que je suis un être très simple et normal. Car il faut aimer, aimer encore. Le philosophe Vladimir Jankélévitch est celui qui a le mieux exprimé ces choses-là en écrivant : « Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien sont les choses les plus importantes dans la vie. »
■ Edgar Morin a publié un livre dédié à sa femme, Edwige, l’inséparable (Fayard, 2009).

vendredi 29 avril 2011

Rencontre avec Edgar Morin (1)

En 1974, Edgar Morin, sociologue et philosophe français, nous parle de biologie, d'éthologie...

mercredi 1 avril 2009

Edgar Morin et la métamorphose possible

Edgar Morin nous parle de la crise planètaire comme une étape possible de la métamorphose de l'humanité

mardi 6 avril 2010

lundi 30 mars 2009

Edgar Morin et la complexité du monde

De la complexité du monde, et de la difficulté de relier... par Edgar Morin.

vendredi 3 avril 2009

Edgar Morin et la religion

Je n'ai pas encore retrouvé mes liens habituels avec la toile mais cela ne doit pas empêché Edgar Morin de nous parler de religion

samedi 28 mars 2009

Edgar Morin et la planète Terre

N'ayant plus internet, je tente d'assurer la poursuite du blog par les moyens amis disponibles. Voici une série de vidéos où vous pourrez entendre, à plusieurs reprises, Edgar Morin et Bertrand Vergely philosopher sur l'existence. Tout d'abord au sujet de notre bien le plus précieux, notre planète.

lundi 1 février 2021

L'humain, c'est de la nature !

 

Le penseur, engagé en faveur de l'environnement, alerte sur les risques de

 dissocier l'être humain de la nature qui nous entoure.

Une interview à écouter de Pierre Rabhi sur RCF (11 min.)

À l’aube d’un potentiel troisième confinement en France, les interactions sociales semblent à nouveau en sursis. "L’être humain a besoin du contact, il est clanique. C’est dans sa nature, il ne peut pas vivre seul", affirme Pierre Rabhi. Pour autant, il constate également que la solitude augmente. "Il y a une désocialisation de plus en plus forte", déplore-t-il. 

METTRE NOS APTITUDES AU SERVICE DE L'ENVIRONNEMENT

L’homme, c’est celui que Pierre Rabhi tient pour responsable du changement climatique. Il prend exemple sur l’Amazonie, ravagée par la déforestation. "Notre impact est terrible par rapport aux autres créatures", se désole-t-il. Selon lui, la terre nourricière est droguée de chimie. "Nous avons répandu sur la planète des nuisances épouvantables", lâche Pierre Rabhi. 

"Les êtres humains se sont proclamés intelligents, ça n’est pas vrai", affirme le penseur. Pour lui, nous avons confondu aptitude et intelligence. "Nous sommes grisés par nos aptitudes. L’intelligence est dans la vie. Cette dissociation que nous avons créée entre nous et la vie aboutit à notre condamnation", alerte-t-il.

CULTIVER LE CONTENTEMENT

Cette attitude destructrice s’explique selon Pierre Rabhi par un consumérisme démesuré et "la peur de manquer, vouloir plus et encore plus". Face à cela, "il faudrait cultiver le contentement car sans ça on est constamment dans le désir". 

Dans "Frères d’âme" (éd. de L'aube), une série d’entretien menée avec le journaliste Denis Lafay et le philosophe Edgar Morin, Pierre Rabhi témoigne. Si tout semble l’opposer à Edgar Morin, il assure que "ce qui nous a rapproché, c’est nos consciences, nos âmes, nos exigences, nos désirs d’un monde différent". Selon lui, "il faut dépasser les particularismes qui ont divisé l’humanité pour aboutir à quelque chose qui va amener la convergence des consciences humaines".

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samedi 30 avril 2011